19.05.2012
Nato, Chicago, Occupychicago, Nonato, Natosummit, Occupynato
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17.05.2012
Le FN en campagne. Les ressorts sociaux des votes frontistes en milieu rural

Comment expliquer le succès du Front national en milieu rural ? Dans un contexte marqué par la déstructuration des formes locales de sociabilité, la vigueur des votes frontistes découle en grande partie de la mobilisation de candidats autochtones s’appuyant sur la revitalisation de lieux de sociabilités à l’abri des diverses sources de fragilisation sociale.
par
Extrait :
Il s’agit donc, si l’on veut mieux appréhender les rapports à la politique des électeurs des mondes ruraux, d’analyser les recompositions des sociabilités populaires et la déstructuration des collectifs traditionnels. C’est à l’occasion d’une étude réalisée à Saint-Vast [3], village d’un peu plus de 500 habitants situé dans l’Est de la Somme (Santerre Haute-Somme), où le FN obtient des scores très élevés depuis l’élection présidentielle de 2002 [4], qu’on a pu adopter cette perspective d’étude. À partir d’observations in situ et d’une série d’entretiens semi-directifs auprès d’habitants, complétés par des analyses statistiques, les votes frontistes ont ainsi été rapportés, plus qu’à des « lois générales » de la radicalité FN, à leurs fondements sociaux : l’entre-soi rural. Dans cette commune, l’étude des sociabilités traditionnelles du village (réseaux familiaux, associations, manifestations et fêtes) a mis au jour des formes de dévaluation de l’autochtonie (Retière 2003), ressource traditionnelle pour certaines catégories de résidents confinés dans les limites de l’espace communal. L’apparition de conflits interpersonnels au sein d’associations locales, la mise en concurrence de pratiques sociables par d’autres plus cotées (la pratique du tennis dans un bourg voisin au détriment de la longue paume, sport de raquette traditionnel picard) ou encore l’élévation du seuil de compétences exigées pour l’engagement dans l’espace local, comme c’est le cas pour les mandats électifs municipaux qui réclament désormais des compétences en lieu et place d’un ethos du dévouement (Retière 1994), sont autant de facteurs qui expliquent le retrait ou l’éviction de certaines catégories sociales de l’espace des sociabilités locales.
Ces facteurs contribuent à modifier sensiblement les rapports sociaux dans l’espace communal. D’abord en multipliant les formes de désengagements tous azimuts. Ensuite, cumulés aux bouleversements économiques (baisse du nombre de commerces dans la commune, concurrence croissante de la ville), ce déclin des pratiques collectives autochtones produit un « vide communal » déploré par les fractions des résidents qui ne peuvent investir d’autres lieux de sociabilités à l’extérieur (notamment à la ville) et qui se replient le plus souvent sur leur « monde privé » (Schwartz 1989). Pour les plus âgés et ceux qui sont faiblement dotés de capitaux, la commune devient un territoire aux bornes toujours plus étroites. À l’inverse, pour ceux qui ont des ressources mobilisables en dehors de l’espace communal, les lieux d’appartenance (en particulier de loisirs et de travail) se dissocient et se diversifient.
Enfin, dans le contexte de la déstabilisation de l’ancien entre-soi local et de la dégradation des conditions d’existence individuelle et collective (affaiblissement ressenti des relations de voisinage, manque de travail, de commerces, retrait des services publics), l’éthique du travail et, surtout, l’exigence d’égalité de traitement, très valorisées au sein des catégories populaires, sont perçues comme insultées et menacées : les jeunes qui « traînent » à l’abribus sont considérés comme moins « travailleurs » que leurs aînés, on regrette la « crise de l’autorité parentale » sur la jeunesse locale, etc. Avec la jeunesse incontrôlable, « les immigrés », bien que totalement absents de la commune, constituent l’autre figure repoussoir sur laquelle est reportée, souvent avec une violence verbale toute particulière, ce qui est vécu comme une chute de statut. La construction de logements sociaux et l’arrivée de populations « à problèmes », pour reprendre les propos de certains villageois, apparaissent comme une perturbation supplémentaire, venant renforcer les effets de l’entropie qui désorganise la vie communale. Dans un tel contexte de déstructuration des sociabilités populaires, le FN parvient à s’implanter grâce aux ressources « autochtones » de ses militants et candidats aux élections locales et à leurs mobilisations de proximité.
article complet ici
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La voiture du chef de la "Task Force" pour la Grèce a été incendiée
Le chef de la "Task Force" européenne chargée d'aider la Grèce, l'Allemand Horst Reichenbach, a été la cible d'actes de vandalisme. Ils ont été revendiqués par un groupe grec, visant son domicile et son véhicule à Potsdam, près de Berlin, a-t-on appris mercredi de source judiciaire.
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"Le véhicule de la famille a été incendié" et il y a eu des jets de peinture sur la maison de M. Reichenbach, a expliqué à l'AFP Helmut Lange procureur du parquet de Potsdam, joint au téléphone.
Il a ajouté que ces actes avaient été revendiqués par un groupe grec, sans plus de précision. "Nous condamnons cette attaque isolée sur un membre de la Commission", a déclaré le porte-parole de la Commission européenne, Antony Gravili. Il s'est refusé à "commenter les motivations" éventuelles des auteurs.
"La police allemande a ouvert une enquête et elle est en contact avec notre propre service de sécurité", a-t-il ajouté. Ces actes, survenus dans la nuit de dimanche à lundi, ont été revendiqués mardi auprès d'un journal berlinois par un groupe appelé "Les amies de Loukanikos", selon l'édition internet du journal Die Welt qui évoque une organisation d'extrême gauche.
"Les amies de Loukanikos", du nom d'un chien devenu emblématique
Loukanikos est le nom d'un chien présent dans la plupart des manifestations contre l'austérité à Athènes et repéré par les photographes de presse, qui est devenu un emblème planétaire de la contestation sociale grâce au magazine américain Time qui en a fait une de ses personnalités de l'année.
Dans un communiqué en cours d'authentification, ce groupe accuse l'Union européenne d'avoir provoqué une "dégradation extrême" du niveau de vie des Grecs, selon Die Welt. Le parquet de Potsdam a annoncé avoir ouvert une enquête.
"Nous en sommes au début de l'instruction, toutes les pistes sont envisageables", a précisé M. Lange.
La "Task Force" européenne compte une quarantaine de hauts fonctionnaires chargés de coordonner l'assistance technique des pays membres pour aider la Grèce à mettre en oeuvre les réformes destinées à sortir le pays de la crise.
piqué au tas sur wort.lu - 16/05/2012
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Les Bandits Tragiques - Errico Malatesta
Il semble qu’il soit bien tard pour en parler encore ; néanmoins, le sujet reste d’actualité, puisqu’il s’agit de faits et de discussions qui, s’étant renouvelés dans le passé, se répéteront, hélas, dans l’avenir aussi, et cela, tant que n’en auront pas disparu les causes déterminantes.
Quelques individus ont volé et, pour pouvoir voler, ont tué ; ils ont tué au hasard, sans discernement, quiconque se dressait entre eux et l’argent convoité, tué des gens qui leur étaient inconnus, des prolétaires, victimes comme eux et plus qu’eux de la mauvaise organisation sociale.
Au fond, rien que de très vulgaire : ce sont là les fruits acerbes mûris normalement sur l’arbre du privilège. Quand toute la vie sociale est entachée de fraude et de violence et que celui qui naît pauvre est condamné à toutes sortes de souffrances et d’humiliations, quand l’argent est chose indispensable à la satisfaction de nos besoins et au respect de notre personnalité et quand pour tant de gens il est impossible de s’en procurer par un travail honnête et digne, il n’y a vraiment pas lieu de s’étonner si de temps à autre surgissent quelques malheureux qui, las du joug et s’inspirant de la morale bourgeoise, ne pouvant s’approprier le travail d’autrui sous la protection des gendarmes, volent illégalement à la barbe de ceux-ci. Comme ils ne peuvent, pour voler, organiser des expéditions guerrières ou vendre des poisons en guise de produits alimentaires, ils assassinent directement à coups de revolver ou de poignard.
Mais ces « bandits » se disaient anarchistes et cela donna une importance et un sens symbolique à des exploits qui étaient loin d’en avoir par eux-mêmes.
Et la bourgeoisie met à profit l’impression produite par de tels faits sur le public, pour dénigrer l’anarchisme et consolider son propre pouvoir. La police, qui souvent est l’instigatrice secrète de ces exploits, s’en sert pour grandir son importance, satisfaire ses instincts de persécution et de meurtre et récupérer le prix du sang versé, en espèces sonnantes et en avancement. D’autre part, nombre de nos camarades se sont crus obligés, puisqu’on parlait d’anarchie, de ne pas renier qui se disait anarchiste ; beaucoup, fascinés par le pittoresque de l’aventure, admirant le courage des protagonistes, n’y ont plus rien vu qu’un acte de rébellion à la loi, oubliant d’en examiner le pourquoi et le comment.
Or, il me semble que pour régler notre conduite, comme pour conseiller celle d’autrui, il importe d’examiner les choses avec calme, de les juger d’après nos aspirations et de ne pas accorder aux impressions esthétiques plus de valeur qu’elles n’en ont en réalité.
Certes, ces hommes étaient courageux ; et le courage (qui n’est peut-être autre chose qu’une forme de bonne santé physique) est sans contredit une belle et bonne qualité ; mais elle peut être mise au service du mal comme à celui du bien. On a vu des hommes très courageux parmi les martyrs de la liberté et il y en eut aussi parmi les plus odieux tyrans ; il s’en trouve dans les révolutionnaires, comme on en rencontre dans les camorristes, les soldats et les policiers. D’habitude, et l’on n’a pas tort, on qualifie de héros ceux qui risquent leur vie pour le bien et l’on traite de violents ou, dans les cas les plus graves, de brutes insensibles et sanguinaires ceux qui emploient leur courage à faire du mal.
Je ne nierai pas le pittoresque de ces épisodes et même, dans un certain sens, leur beauté esthétique. Mais que les poètes admirateurs du « beau geste » se donnent la peine de réfléchir quelque peu.
Une automobile, lancée à toute vitesse, montée par des hommes armés de brownings qui répandent la terreur et la mort sur leur parcours, est chose plus moderne, certes, mais pas plus pittoresque que le brigand en chapeau à plumes et armé d’un tromblon qui assaille et dévalise une caravane de voyageurs ou que le baron féodal, vêtu de fer et campé sur une monture bardée de même, exigeant la taille du vilain ; - et cela ne vaut pas mieux. Si le gouvernement italien n’avait pas eu que des généraux d’opérette et des chefs ignorants et voleurs, il aurait peut-être réussi à faire en Libye une belle opération militaire, mais la guerre en serait-elle moins criminelle et moins moralement hideuse pour cela ?
Pourtant ces bandits n’étaient pas, ou du moins n’étaient pas tous, de vulgaires malfaiteurs.
Parmi « ces voleurs » il y avait des idéalistes désorientés, parmi « ces assassins » il y avait des natures de héros qui auraient pu s’affirmer comme telles, placées en d’autres circonstances ou inspirées par d’autres idées. Ce qui est certain pour quiconque les a connus, c’est que ces individus se préoccupaient d’idées, et que, s’ils réagirent férocement contre le milieu et cherchèrent avec une belle frénésie à satisfaire leurs passions et leurs besoins, ce fut en grande partie sous l’influence d’une conception spéciale de la vie et de la lutte.
Mais sont-ce là des idées anarchiques ?
Ces idées peuvent-elles, même en accordant aux mots leur sens le plus large, se confondre avec l’anarchisme, ou sont-elles, au contraire, en contradiction flagrante avec lui ?
Voilà la question.
* *
L’anarchiste est, par définition, celui qui ne veut être ni opprimé, ni oppresseur, celui qui veut le maximum de bien-être, la plus grande somme de liberté, le plus complet épanouissement possible pour TOUS les humains.
Ses idées, ses volontés, tirent leur origine du sentiment de sympathie d’amour, de respect pour tous les êtres, sentiment qui doit être assez fort pour l’amener à vouloir le bonheur des autres autant que le sien propre et à renoncer aux avantages personnels dont l’obtention demande le sacrifice d’autrui. S’il n’en était pas ainsi, pourquoi donc serait-il l’ennemi de l’oppression et ne devrait-il pas, au contraire, chercher à devenir oppresseur ?
L’anarchiste sait que l’individu ne peut vivre en dehors de la société ; qu’au contraire, en tant qu’être humain, il existe seulement parce qu’il porte, résumés en lui, les résultats de l’œuvre d’innombrables générations passées et parce qu’il bénéficie toute sa vie durant de la collaboration de ses contemporains.
Il sait aussi que l’activité de chacun influe directement ou indirectement sur la vie de tous et reconnaît ainsi la grande loi de solidarité qui règne dans la société comme dans la nature. Et comme il veut la liberté pour tous, il doit vouloir que l’action de cette solidarité nécessaire, au lieu d’être imposée et subie inconsciemment et involontairement, au lieu d’être laissée au hasard et exploitée au profit des uns et au détriment des autres, devienne consciente et volontaire et se manifeste en avantages égaux pour tous.
Ou être opprimé, ou être oppresseur, ou coopérer volontairement au plus grand bien de tous, il n’est pas d’autre alternative ; et les anarchistes sont naturellement, et ne sauraient pas ne pas l’être, pour la coopération libre et consentie.
Qu’on ne vienne donc pas ici faire de la « philosophie » et nous parler d’égoïsme, d’altruisme et autres casse-tête. Nous en convenons, nous sommes égoïstes, tous nous recherchons notre propre satisfaction, mais sera anarchiste celui qui trouvera sa plus grande satisfaction à lutter pour le bien de tous, pour l’avènement d’une société au sein de laquelle il se sentira frère parmi des frères, au milieu d’hommes sains, intelligents, instruits, heureux. Celui qui peut se résoudre à vivre satisfait parmi des esclaves et tirer profit d’un travail d’esclaves n’est pas, ne saurait être anarchiste.
Il est des individus forts, intelligents, passionnés, en proie à de grands besoins matériels ou intellectuels, qui, placés par le sort au rang des opprimés, veulent, coûte que coûte, s’affranchir et, pour ce faire, ne répugnent pas à devenir des oppresseurs. Ces individus, se trouvant gênés dans la société actuelle, se mettent à mépriser et à haïr toute société, et se rendant compte qu’il serait absurde de vouloir vivre en dehors de la collectivité, voudraient soumettre tous les hommes à leur volonté, à l’assouvissement de leurs passions. Parfois, lorsqu’ils se piquent quelque peu de littérature, ils s’intitulent « surhommes ». Ne s’embarrassant point de scrupules, ils veulent « vivre leur vie » ; tournant en dérision la révolution et toutes les aspirations pour l’avenir, ils veulent jouir sur l’heure, à tout prix, et au mépris de quiconque ; ils sacrifieraient l’humanité entière pour une heure – d’aucuns l’ont textuellement dit – de « vie intense ».
Ils sont des révoltés, mais non point des anarchistes ; ils ont la mentalité, les sentiments de bourgeois manqués, et s’il leur arrive de réussir, ils deviennent des bourgeois de fait et non des moins mauvais.
Il peut nous arriver parfois, au cours de la lutte, de les trouver à nos côtés, mais nous ne pouvons, ne devons, ni ne voulons nous confondre avec eux. Et ils le savent très bien.
* *
Mais beaucoup d’entre eux aiment à se dire anarchiste. Cela est vrai – et c’est déplorable.
Nous ne pouvons certes empêcher qui que ce soit de prendre le nom qui lui plaît, et d’autre part, nous-mêmes ne saurions faire abandon du nom qui résume nos idées et nous appartient, logiquement et historiquement. Ce que nous pouvons faire, c’est de veiller à ce qu’il n’y ait nulle confusion, ou tout au moins, à ce qu’il y en ait le moins possible.
Recherchons cependant comment il advint que des individus d’aspirations aussi contraires au nôtres se soient approprié un nom qui est la négation de leurs idées, de leurs sentiments.
J’ai fait allusion plus haut à de louches manœuvres de la police, et il me serait facile de prouver comment certaines aberrations, qu’on a voulu taxer d’anarchistes, eurent pour origine les sentines policières : Andrieux, Goron et leurs pareils.
Lorsque l’anarchisme commença à se manifester et à acquérir de l’importance en France, les policiers eurent l’idée géniale, digne des plus astucieux jésuites, de combattre le mouvement du dedans. Dans ce but, ils envoyèrent parmi les anarchistes des agents provocateurs, qui se donnaient des airs ultra révolutionnaires et travestissait fort habilement les idées anarchistes, les rendaient grotesques et en faisait quelque chose de diamétralement opposé à ce qu’elles sont en réalité. Ils fondèrent des journaux payés par la police, provoquèrent des actes insensés et criminels pour les vanter ensuite en les qualifiant d’anarchistes, compromirent des jeunes gens naïfs et sincères qu’ils vendirent peu après, et avec la complicité complaisante de la presse bourgeoise, ils réussirent à persuader une partie du public que l’anarchisme était tel qu’ils le représentaient. Et les camarades français ont de bonnes raisons de croire que les mêmes manœuvres policières perdurent encore et ne ont pas étrangère aux événements auxquels a trait cet article. Parfois les faits dépassent l’intention des provocateurs, mais, quoi qu’il en soit, la police en profite tout de même.
A ces influences de la police, il faut en ajouter d’autres, moins écoeurantes mais non moins néfastes. A un moment ou des attentats impressionnantes avaient attiré l’attention du public sur les idées anarchiques, des littérateurs de talent, professionnels de la plume toujours à l’affût du sujet à la mode et du paradoxe sensationnel, se mirent à faire de l’anarchisme. Et comme ils étaient des bourgeois, de mentalité, d’éducation, d’ambitions bourgeoises, ils firent de l’anarchisme bon à donner un frisson de volupté aux jeunes filles fantasques et aux vieilles dames blasées, mais n’ayant rien à voir avec le mouvement émancipateur des masses que l’anarchisme peut provoquer. C’étaient des hommes de talent, qui écrivaient bien, avançant souvent des choses que personne ne comprenait et… ils furent admirés. Ne disait-on pas, à un moment donné, en Italie, que Gabriele d’Annunzio était devenu socialiste ?
Après quelque temps, ces « intellectuels » rentrèrent presque tous dans le giron bourgeois pour y goûter le prix de la notoriété acquise, se montrant ce qu’ils n’avaient jamais cessé d’être, c’est-à-dire des aventuriers littéraires en quête de réclame. Mais le mal était fait.
* *
En somme, tout cela n’aurait pas causé grand dommage s’il n’y avait au monde que des gens aux idées claires, sachant nettement ce qu’ils veulent et agissant en conséquence. Mais à côté de ceux-là, combien d’autres aux idées confuses, à l’âme incertaine, sans cesse ballottés d’un extrême à l’autre !
Ainsi en est-il de ceux qui se disent et se croient anarchistes, mais se glorifient des vilaines actions qu’il leur arrive de commettre (et qui sont d’ailleurs souvent excusables en raison de la nécessité et du milieu) en disant que les bourgeois agissent de même et pis encore. Cela est vrai, mais pourquoi alors se croire autres et meilleurs qu’eux ?
Ils blâment les bourgeois parce qu’ils volent à l’ouvrier une bonne part de son travail, mais ne trouvent rien à redire si l’un des leurs vole encore à cet ouvrier le peu que lui a laissé le bourgeois.
Ils s’indignent de ce que le patron, pour augmenter ses bénéfices, fasse travailler un homme dans des conditions malsaines, mais sont plein d’indulgence pour celui qui donnera un coup de couteau à cet homme afin de voler quelques sous.
Ils ont du dégoût pour l’usurier extorquant à un pauvre diable un franc d’intérêts pour dix francs qu’il lui a prêtés, mais trouvent digne d’estime, ou presque, que l’un d’eux prenne à ce même pauvre diable dix francs sur dix (qu’il ne lui a point prêtés) en lui passant une pièce fausse.
Comme ils sont des pauvres d’esprit, ils se croient naturellement des êtres supérieurs et affectent un profond mépris pour les « masses abruties », s’arrogeant le droit de faire du mal aux travailleurs, aux pauvres, aux malheureux, parce que ceux-ci « ne se révoltent point et sont ainsi les soutiens de la société actuelle ». Je connais un capitaliste qui se plaît, alors qu’il se trouve au café, à se dire socialiste, voire même anarchiste, mais n’en est pas moins pour cela, dans son usine, le plus avide exploiteur : un patron avare, dur, orgueilleux. Et il ne le nie nullement, mais a coutume de justifier sa conduite de façon originale pour un patron :
« Mes ouvriers, argue-t-il, méritent le traitement que je leur fais subir, puisqu’ils s’y soumettent ; ils sont des natures d’esclaves, ils sont les soutiens du régime bourgeois, etc., etc. »
Voilà précisément le langage de ceux qui se disent anarchistes, mais n’éprouvent ni sympathie ni solidarité pour les opprimés. La conclusion en serait que leurs véritables amis sont les patrons et leurs ennemis la masse des déshérités.
Mais alors, que viennent-ils déblatérer d’émancipation et d’anarchisme ? Qu’ils aillent avec les bourgeois et nous laissent la paix.
* *
J’en ai assez dit et il me faut conclure.
Je conclurai en donnant un conseil à ceux qui « veulent vivre leur vie » et ne se soucient nullement de celle des autres.
Le vol, l’assassinat sont des moyens dangereux et, en général, peu productifs. Dans cette voie, on ne réussit le plus souvent qu’à passer sa vie dans les prisons ou à laisser sa tête sous la guillotine – surtout si l’on a l’impudence d’attirer sur soi l’attention de la police en se disant anarchiste et en fréquentant les anarchistes.
Comme affaire, c’est plutôt maigre.
Lorsqu’on est intelligent, énergique et sans scrupules, il est aisé de faire son chemin au sein de la bourgeoisie.
Qu’ils s’efforcent donc, par le vol et l’assassinat, mais légaux, bien entendu, à devenir des bourgeois. Ils feront une meilleure affaire ; et, s’il est vrai qu’ils aient des sympathies intellectuelles pour l’anarchisme, ils s’épargneront le déplaisir de faire du tort à la cause qui leur est chère – intellectuellement.
Errico Malatesta
La Société Nouvelle, 19ème année, n°2, août 1913
via tresors.oublies
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15.05.2012
Six militants d’ultra-gauche jugés pour préparation d’ «actes de terrorisme»
Six militants d’ultra-gauche sont jugés depuis lundi au tribunal correctionnel de Paris, accusés d’avoir planifié des actions violentes qualifiées d’ «actes de terrorisme», au moment de la lutte anti-CPE (Contrat première embauche) en 2006 et de l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007.Ces six jeunes (cinq hommes et une femme) âgés aujourd’hui de 29 à 31 ans, qui revendiquent leur engagement dans la lutte «anti-capitaliste» mais contestent les faits qui leur sont reprochés, encourent dix ans de prison.Ils sont accusés d’avoir participé à «un groupement en vue de la préparation d’actes de terrorisme», d’avoir fabriqué ou détenu des produits incendiaires ou explosifs, et pour certains d’avoir refusé le prélèvement biologique destiné à identifier leur ADN, ainsi que la prise d’empreintes digitales et de photographies.Ils doivent comparaître jusqu’au 22 mai devant la 10e chambre correctionnelle.De nombreux membres de leur famille et proches avaient pris place dans la salle d’audience. Plusieurs dizaines restés à l’extérieur ont manifesté bruyamment leur soutien en début d’après-midi, sifflant, chantant et scandant des slogans tels que «liberté pour tous, avec ou sans papiers».Selon l’accusation, les prévenus auraient notamment déposé un engin incendiaire sous un camion de police à Paris en mai 2007. Les empreintes génétiques de plusieurs d’entre eux avaient été retrouvées sur cet engin, qui n’avait pas fonctionné.L’un d’eux est poursuivi pour avoir tenté de dégrader en avril 2006, au moment de la lutte contre le CPE, une armoire électrique de la SNCF située sur une voie ferrée à Paris.L’accusation les présente comme appartenant à la «mouvance anarcho-autonome francilienne» et affirme que leurs tentatives de destruction s’inscrivaient dans une campagne menée par des groupuscules de l’ultra-gauche pour troubler l’élection présidentielle de 2007.
piqué au tas sur estrepublicain.fr - 14/05/2012
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14.05.2012
Procès antiterroriste pour 6 camarades du 14 au 22 mai 2012 à Paris
Procès antiterroriste pour 6 camarades du 14 au 22 mai 2012 à Paris
RDV le 14 MAI à 13h30 pour la première audience - 10e chambre - TGI Paris
(Métro Cité)
Ivan, Bruno et Damien sont arrêtés en janvier 2008 alors qu’ils se rendent
à une manif devant le centre de rétention de Vincennes avec des fumigènes
artisanaux et des crève-pneus, qui deviennent pour la justice et les
médias une “bombe à clous”. Ivan et Bruno sont alors placés en détention
préventive et Damien sous contrôle judiciaire.
Quelques jours plus tard, Inès (*Isa) et Franck (*Farid) sont arrêtés lors
d’un contrôle des douanes à Vierzon en possession de manuels expliquant
des techniques de sabotage, du plan d’une prison pour mineurs et de
chlorate. L’antiterrorisme se saisit de l’affaire. Les flics prétendent
que l’ADN d’Isa correspondrait à une des 5 traces ADN présentes dans un
sac contenant des bouteilles d’essence, retrouvé sous une dépanneuse de
flics pendant l’entre-deux-tours des présidentielles de 2007.
Rapidement, ces deux enquêtes sont jointes en un seul dossier, instruit
par les mêmes juges antiterroristes. La police ratisse alors dans
l’entourage des personnes arrêtées et des personnes fichées
“anarcho-autonomes” pour tenter de trouver qui se cacherait derrière les
ADN manquants. Javier (*Juan), le frère d’Inès (*Isa), puis Damien (qui
avait été arrêté avec Ivan et Bruno) sont mis en prison pendant plusieurs
mois car leurs profils ADN correspondraient aussi aux traces retrouvées
sous la dépanneuse. Par ailleurs, en juin 2010, Javier (*Juan) a, en plus,
été mis en examen pour une série de sabotages par incendie sur des
armoires électriques de signalisation SNCF qui ont paralysé une partie du
trafic ferroviaire en 2006 pendant le mouvement "CPE". Son ADN aurait été
retrouvé sur le lieu d’une tentative de sabotage.
Inès (*Isa), Javier (*Juan), Damien, Ivan, Franck (*Farid) et Bruno ont
chacun fait entre 5 et 13 mois de détention préventive dans le cadre de
cette procédure. Et ils restent sous contrôle judiciaire jusqu’au procès
en correctionnelle.
soutien financier : billet ou chèque à l’ordre de "Les" à envoyer à Mauvaises Intentions, 21 ter rue Voltaire 75011 Paris A lire : Mauvaises intentions #3 - autour du procès antiterroriste de mai 2012 http://infokiosques.net/spip.php?article945
07:19 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) |
10.05.2012
Tarnac, dernière remise avant inventaire

LAMBERT et MANCHERON vont ils invoquer la "présomption de légitime défense" ?
La rocambolesque enquête sur la «cellule invisible» va s'achever. Non sans de nouvelles surprises, pour l'anti-terrorisme et pour les amis de Julien Coupat.
L’instruction judicaire de l’affaire Tarnac, qui est pratiquement bouclée, devrait aboutir à un des grands shows médiatico-judiciaires de la rentrée de septembre.
En effet tous les ingrédients semblent être réunis pour faire, à travers la mise en cause de Julien Coupat et de ses amis, le procès des méthodes de la justice anti terroriste pendant le quinquennat qui vient de s’écouler.
Les deux policiers de la DCRI qui avaient rempli, un peu précipitamment, le PV sur les pérégrinations de Coupat de de son amie durant la fameuse nuit où le TGV avait été stoppé net, viennent d’être entendus par une juge de Nanterre qui instruit la plainte pour faux et usage de faux déposé par leurs avocats.
la suite sur mediapart
13:53 | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) |
Non létale, mon œil !
Le 27 décembre 2007, quelques centaines d’étudiants manifestent contre la loi LRU dans les rues de Nantes. Arrivés devant le rectorat, après que certains d’entre eux ont réussi à écarter le grillage d’enceinte, ils pénètrent dans le parc qui entoure le bâtiment administratif. Le commissaire Monard [1], directeur départemental de la sécurité publique, envoie ses troupes composées de gendarmes mobiles, de flics cagoulés des Compagnies départementales d’intervention et de cow-boys de la Bac. Ils encerclent les manifestants et les repoussent à l’extérieur par un portail. Deux ou trois projectiles seraient alors partis depuis les rangs étudiants. Aussitôt, des policiers tirent des balles en caoutchouc à travers les grilles. Deux jeunes sont touchés en pleine tête. Un troisième perdra un œil [2].
la suite sur CQFD
07:16 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) |
Georges Cipriani: une liberté très surveillée
Déterminé économiquement et politiquement par un passé vieux de plus de 25 ans, il est aujourd’hui nécessaire que le système politico-judiciaire cesse de s’acharner contre Georges Cipriani. Après 24 ans d’incarcération, l’ancien militant d’Action directe est aujourd’hui sous libération conditionnelle. Cependant, ses conditions d’existence ne se résument qu’à vendre sa force de travail pour survivre et continuer à indemniser les parties civiles.
Une libération conditionnelle n’est pas une libération, elle est un mode de vie où les conditions relatives à la libération ne permettent qu’une liberté en peau de chagrin. En effet, soumis aux décisions du juge anti-terroriste, sa liberté de mouvement n’est, par exemple, qu’une vaste mascarade. Enchainé aux murs de Strasbourg, Georges doit, pour sortir du département au-delà de deux semaines, « prévenir » le juge. Cependant, sa présence est indésirable dans bon nombre de départements, où il est interdit de séjour. En effet, il lui est interdit de se rendre aussi bien au sein des grosses agglomérations françaises (Marseille, Lyon, Bordeaux, Ile de France…) que dans l’intégralité des départements jouxtant les pays frontaliers et la méditerranée. Inutile de préciser également qu’il ne peut, sous aucun prétexte, quitter le territoire.
la suite sur CNT67
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06.05.2012
AFFAIRE HICHEUR, UN SIMPLE DÉTAIL
Extrait :
Ne soyons pas dupes : rien n’est plus exploitable et malléable que le sentiment de peur et c’est en cela que la DCRI est une police éminemment politique. Le hic, bien évidemment, c’est que, du Petit Journal à C.N.N., de Casimir-Perier à Nicolas Sarkozy, toute la terreur associée à tel ou tel fait, qu’il ait eu lieu au café Terminus ou à Toulouse, c’est l’appareil gouvernemental qui la produit en exploitant le fait à dessein, et non son auteur. Claude Guéant n’aura pas ménagé ses efforts et Nicolas Sarkozy ses effets pour répandre, et ce jusque dans les écoles primaires, l’effroi lié aux assassinats de Toulouse. Les histoires de terroristes sont les contes cruels, pleins de barbus, de bombes et de sabres, dont on berce le sommeil agité des solitudes démocratiques. Tout souci de vraisemblance y est superflu. On peut rafler des musulmans pour le spectacle à la veille des élections présidentielles ; et le refaire une semaine plus tard, pour les libérer tous : le « fromage islamiste » est si « alléchant », comme l’écrit le juge Trévidic.
à lire sur soutien11novembre
16:49 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) |


















