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28/10/2008

Le Dôme d'acier

Kipat Barzel, le choix cornélien entre le laser (longueur d’onde comprise entre 3.8 et 4.2 microns) et la bonne vieille munition anti-aérienne de 35mm.

 

 

Premier essai de Kipat barzel le 17 mars 2008

Le ministère de la Défense a effectué la semaine dernière le premier essai de Kipat barzel (couverture de fer), le système contre les tirs de roquettes Kassam et Katioucha sur les localités israéliennes. Il devrait être prêt en 2010.

L’essai effectué n’était pas l’interception d’une roquette, mais un simple tir du missile anti-missile, cela aussi est considéré comme une grande avancée dans le développement du système et dans la défense des localités du Néguev. Un essai d’interception du missile sera fait à la fin de l’année 2008.

Israël a procédé la semaine dernière au premier essai d’un missile capable d’intercepter des roquettes de courte portée du type de celles tirées depuis Gaza sur le sud d’Israël par les groupes terroristes palestiniens, a rapporté dimanche soir la chaîne 10 de télévision israélienne.

Le premier tir de ce missile a eu lieu dans le sud d’Israël, a rapporté la télévision qui a montré des images de cet essai. "Ce système d’armement sera opérationnel en 2010" a déclaré le général Dany Gotlib, chargé de la recherche au ministère israélien de la Défense. La société israélienne d’armement Rafael a été chargée par le gouvernement de mettre au point un système d’armement appelé "voûte de fer" et capable d’abattre en vol les roquettes de courte portée (4 à 70 km) de type Kassam et Katioucha.

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert avait effectué le 22 janvier une visite à Rafael pour s’enquérir de l’avancement de ce système d’armement. Il avait pu voir à cette occasion le prototype du missile en cours de développement mis au point contre les roquettes de courte portée. M. Olmert avait pressé les responsables de Rafael de mettre les bouchées doubles pour que le système d’armement contre les roquettes à courte portée soit rapidement opérationnel et déployé dans le secteur proche de la bande de Gaza soumis au feu des roquettes des groupes terroristes palestiniens.

Lors de la guerre contre le Hezbollah au Liban, l’été 2006, l’armée israélienne, l’une des plus modernes du monde, n’était pas parvenue à empêcher les tirs de Katioucha, des engins d’une portée allant jusqu’à 40 km. Quelque 4.000 de ces roquettes avaient été tirées sur le nord d’Israël. Le système Kipat barzel, crée par l’Autorité du développement des armes, devrait protéger les maisons des israéliens par l’identification d’un tir de roquette Kassam et la transmission de cette information en un temps insignifiant aux batteries de missiles anti-missile disposées dans la zone à défendre. Les ordinateurs du système doivent identifier en temps réel le moment et l’endroit où les roquettes des terroristes doivent atterrir en territoire israélien. Si la roquette doit tomber sur un terrain vague, l’anti-missile ne sera pas envoyé. Si la roquette risque d’atterrir sur des endroits peuplés, un missile anti-missile sera tiré, en vol il identifiera la roquette et la détruira. Le système Kipat barzel est censé identifier le tir d’une roquette d’une distance de 4 à 70 km. C’est quand il s’agit de plus petites distances que se pose un problème. Le ministère de la Défense et l’armée sont conscients du fait que même quand le système de défense sera au point, il ne défendra pas entièrement le sud du pays. La décision du Ministère Israélien de la Défense quant au système de défense contre les missiles et roquettes de faible porté est sur le point d’être prise !

Deux systèmes étaient en lisse, le « Kipat Barzel » de l’industrie israélienne, basé sur des missiles anti-missiles, et le « Nautilus » américain, basé sur laser.

 

NAUTILUS a été créé pour la mise au point du THELD (Tactical High Energy Laser Demonstrator) et ceci fut officiellement signé en juillet 96. Le 23 de ce même mois, un contrat de 89 millions de dollars fut passé avec la société TRW Inc. afin que celle-ci conçoive, fabrique et teste le Démonstrateur Laser Tactique à Haute Energie dans un délai de 21 mois.La société américaine Northrop Grumman Space Technology, en collaboration avec les meilleurs ingénieurs israéliens, notamment ceux des firmes Elbit, Electro-Optics Industries, Israël Aircraft Industries, MBT Systems & Space Technology, Tadiran et du Centre de développement de moyens de combat Raphaël, mettent au point le Nautilus.

Le Nautilus, dont l’appellation scientifique est MTHEL, pour laser mobile et tactique à haute énergie (Mobile Tactical High-energy Laser) et qui est destiné par ses concepteurs à devenir l’arme absolue du théâtre d’opérations de demain.

En plus des mortiers et des roquettes, la nouvelle arme est capable d’intercepter et d’anéantir les missiles de croisière, les avions sans pilotes, les missiles balistiques à très courte portée, les roquettes air-sol ainsi que les obus d’artillerie.

En fait, le système d’acquisition de cible et de fonctionnement du MTHEL permet, en théorie au moins, d’espérer intercepter presque tous les objets volants. A plus long terme, les Américains le destinent à l’interception d’avions eux-mêmes armés de faisceaux laser.

C’est en 2000 que le THEL (sans M, il n’était pas mobile à l’époque) a abattu sa première Katioucha. Depuis, le système en compte plusieurs dizaines à son actif, certaines tirées séparément, d’autres en salves ainsi que plusieurs obus d’artillerie qu’il a également détruits en vol. Au début, les Israéliens avaient tenté de développer le concept seul. Ils connurent plus d’avatars que de succès, notamment lors d’essais opérationnels de composants d’une version primitive du Nautilus qui généra des catastrophes. Si le concept demeurait prometteur, sur la base des travaux initiaux des savants israéliens, en 1990, il fallait à l’Etat hébreu élargir les ressources humaines, technologiques et financières du projet afin d’espérer le conduire à terme.

La coopération avec les USA débuta par une étude de faisabilité, diligentée par l’armée américaine en 1995. Le Dr. Josef Shwartz, le chef du projet MTHEL pour Northtrop Grumman, explique, qu’au début, ce sont les ingénieurs d’une autre compagnie US, TWR, qui travaillèrent avec les Israéliens, avant que TRW ne soit achetée par Northrop. Northtrop Grumman et ses sous-traitants israéliens vont produire un MTHEL entièrement intégré aux fonctions parfaitement testées dans un délai de trois ans. Il en coûtera encore environ 125 millions de Dollars, qui viennent s’ajouter aux quelques 300 millions déjà investis par les USA et Israël dans le développement du Nautilus depuis qu’il est devenu un projet américano-israélien.

Il est vrai que ces 425 millions ne comprennent pas le prix des batteries de Nautilus elles-mêmes, seulement de la recherche et du développement. Cela peut sembler beaucoup mais en termes de budgets militaires, il s’agit d’une dépense moyenne. Elle peut être comparée au prix d’une douzaine d’avions de combats ultramodernes avec leurs équipements de soutien.

Mais surtout, on attend un effet pacificateur, au niveau mondial, de l’introduction du MTHEL. On s’attend à ce que ce rayon laser dote les démocraties d’un moyen pour éviter une partie des nuisances de guérillas."

Selon des officiels du ministère de la Défense, deux commissions du ministère se sont penchées sur la question de la destruction de roquettes par des missiles anti-missile sur de courtes distances, et toutes deux ont conclu que Kipat barzel est la meilleure solution.

Le ministère de la Défense a comparé Kipat barzel au système américain, le Nautilus contrôlé par le laser, et trouvé que d’un point de vue économique, Kipat barzel est plus rentable : le coût de développement, l’installation et l’utilisation de chacun des systèmes ainsi que les scénarios opérationnels possibles ont été comparés. Le prix du système laser est 5 à 10 fois le prix des autres possibilités, entre autres, Kipat barzel. Bien que le prix d’un tir au laser soit relativement bas, le coût du développement et de l’installation est énorme.

Dans ces conditions les « lobbies » qui représentent les intérêts américains en Israël se sont activés pour démontrer la supériorité du système américain, en termes de coûts et d’opérabilité.
Le Général de Brigade de réserve Pinhas Bukris, directeur général du Ministère, a été envoyé d’urgence aux US pour une démonstration du système.

Selon la Chaîne 2 de la TV israélienne ce fut un fiasco

: le système fut incapable de tirer !

Une vérification des données expérimentales montre que le système n’a, jusqu’à présent, réussi à marcher que dans 30% des mises en marche ! De plus sur 36 missiles Kassem tirés il n’a réussi à intercepter que 8 au lieu des 21 prévues statistiquement !

La démonstration par la négative du niveau opérationnel du système basé sur le laser a classé l’affaire.

Israël attendra encore quelques mois avant d’être équipé d’un armement anti-missile pour protéger le Sud comme le Nord du pays.

Les décisions des commissions ont été présentées au Premier ministre, au ministre de la Défense et à 3 directeurs du ministère. Les conclusions des commissions ont été acceptées par tous les décisionnaires, qui ont tenu compte des capacités et des limites de Kipat barzel.

Ayant abandonné le programme du rayon laser comme moyen de neutraliser les missiles à courte portée (Nautilus ou Thel contre les Katiouchas ou les Kassam), pour des raisons de coût, de délai et d’efficacité, Tsahal commence des essais d’un système « multi projectiles » déjà expérimenté ailleurs contre des avions ou des drones. « Skyshield 35 Air Defense System » est un canon qui tire un seul projectile de 35 mm qui se déploie en un nuage de 152 éléments, pouvant atteindre un missile entrant jusqu’à 10 km (Oerlikon Contraves Corporation- Suisse). « Vulcan Phalanx » est aussi un canon installé sur des bateaux qui expédie une salve anti-missile. La société Rafael a développé aussi le système analogue Barak pour la marine.

 

Sources :

http://ashomer.blogspot.com/2006/04/le-bouclier-anti-guerilla.html

http://www.a7fr.org/article/49389.htm

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25/10/2008

Lobby de l'armement, à qui profite la guerre ?

 

Le VBCI de Nexter. Choisi par l'Angleterre, il pourrait marquer le début d'un regroupement industriel de l'armement terrestre européen. Ce sujet devait être abordé durant le déplacement de Nicolas Sarkozy au Royaume-Uni.

Dans les prochaines semaines, le Ministère de la Défense britannique doit choisir son véhicule de transport de troupes intermédiaire. Le véhicule blindé de combat d'infanterie de Nexter (ex Giat Industries) s'oppose dans cette compétition à l'allemand Boxer (KMW et Rheinmetall) et au Piranha IV (Mowag, filiale de General Dynamics). Cet appel d'offres est significatif puisqu'il porte sur l'acquisition de plus de 2000 véhicules mais aussi parce qu'il pourrait être le détonateur de la recomposition du paysage de l'armement terrestre européen.

Depuis plus de cinq ans, les groupes anglo-saxons ont effectué une percée qui isole les groupes allemands et français : l’américain General Dynamics a réalisé une avancée par l’Europe du sud, rachetant en 2001 Santa Barbara (Espagne), et en 2003 Steyr (Autriche) et Mowag (Suisse), tandis que BAE Systems s’est emparé de l’Europe du nord, reprenant en 1997 Hagglunds Vehicle Group (Suède) et en 2004 Alvis (Royaume-Uni). Reste donc, très isolés, les Allemands KMW et Rheinmetall, aujourd’hui focalisés sur leur marché national, et le Français Nexter.

En quelques années, grâce au plan Giat 2006 mis en œuvre par son PDG Luc Vigneron, ce dernier est passé du statut du mouton noir à celui de la proie courtisée. Certes, tout n’est pas rose. Les ratios financiers de Giat Industries sont à l’équilibre, avec en 2006 un premier retour aux bénéfices (les premiers depuis la création de l’entreprise en 1991). Cependant, le groupe reste très dépendant du marché national et lié au sort de deux produits : le VBCI, 700 véhicules commandés par l’armée française à près de deux millions d’euros l’unité, et le canon Caesar, commandés à 72 unités en France. L’exportation est bien faible puisque ni le char Leclerc, ni le VBCI ne sont parvenus à percer. Seuls quelques Caesar ont été vendus en Thaïlande et Arabie Saoudite. Par ailleurs, Nexter, au prix d’un plan social drastique, est parvenu à diminuer le nombre de ses sites et de sa masse salariale. Avec 3 000 employés pour 700 millions d’euros de chiffre d’affaires, le leader français de l’armement terrestre, se rapproche en taille de KMW mais reste loin derrière les majors anglo-saxons, qui réalisent plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans ce domaine. Le sursaut de Nexter n’a donc de sens que s’il se traduit rapidement par une alliance ou un rapprochement.

Dans un tel contexte, l’appel d’offres britanniques nourrit un certain nombre de fantasme. A la direction générale de l’armement, on imagine, en cas de succès du VBCI en Grande-Bretagne, pouvoir marier Nexter avec BAE. D’autant qu’une série d’appels d’offres français, comprenant plus de 2600 blindés médians et 300 EBRC, permettraient de garnir facilement la corbeille de la mariée. Dans l’esprit de la DGA, EADS a permis de rafler l’aéronautique en Europe et les meubles ont été sauvés par le rapprochement entre DCN et Thales dans le naval. Le secteur terrestre est considéré comme non prioritaire. Une alliance entre égaux a été pour un temps recherchée avec les Allemands, mais KMW et Rheinmetall n’ont guère montré d’intérêt pour le Français. Leur principale préoccupation a toujours été de savoir qui réussirait à reprendre l’autre ! Après des décennies de tentative de coopération (le char Napoléon, le VBCI, etc.), les Français ont fini par jeter l’éponge, se tournant ainsi naturellement vers une solution britannique.

Pourtant, les jeux ne sont pas faits : le réalisme des groupes de Défense français pourrait finir par jouer. EADS et Thales sont bien conscients que dans les autres pays du monde occidental, l’armement terrestre est devenu un secteur stratégique. Ce n’est pas encore le cas en France, en raison du poids historique de nos champions nationaux dans le domaine aéronautique, mais la réalité des engagements sur le terrain (les opérations extérieures en Afghanistan et au Liban) ne manquera pas de provoquer, à terme, un sursaut. Dès lors, EADS, déjà propriétaire de Patria (Finlande), ou Thales (qui a créé une Business Group Land & Joint pilotée par Bruno Rambaud) pourraient mener une action défensive pour empêcher General Dynamics ou BAE de mettre la main sur Nexter.

Néanmoins, l’offensive des groupes américains et anglais met en danger l’autonomie des industries de l’armement européen, encore en ordre dispersé, qui manque de concentration. Quelques dix producteurs opèrent en Europe, contre deux aux Etats-Unis. Une dispersion qui pourrait coûter chez aux industriels européens qui aujourd’hui, doivent se concentrer.

 

Traditionnellement les biens de défense sont classés comme biens collectifs purs, du fait de leur non-rivalité et de leur non-exlusion

7

Le caractère pur du bien collectif « défense nationale » apparaît cependant contestable du fait de la segmentation possible entre la fourniture du service de défense, relevant de la mission régalienne de l’État, et la fourniture des équipements de défense, c'est-à-dire leur production elle-même. L’évaluation de l’efficience passe par une analyse au cas par cas, et donc des modes de contractualisation adaptés tenant compte du degré de criticité et de valeur stratégique du bien (ce qui induit des possibilités ou impossibilités d’exportation), de sa disponibilité souhaitée, des investissements nécessaires et du retour sur investissement possible, des droits de propriété, etc.8

 

 

 

 

La théorie des biens collectifs appliquée à la défense évoluerait ainsi vers un tryptique :

-

 

biens collectifs purs (avec la production nucléaire militaire par exemple) ;

-

 

biens collectifs mixtes (systèmes de communication, marchés de MCO, de formation, services de transport militaire) ;

-

 

biens privés (avions de chasse, véhicules terrestres, navires).

L’évolution des contrats, vers une gestion capacitaire davantage que patrimoniale, notamment avec des « partenariats publics privés », des financements d’origine privée, des locations et des contrats de service sur le long terme, permettrait de retrouver une adéquation équilibrée entre la demande et l’offre

 

9. Le nouveau mode de régulation, en tout état de cause, doit mettre l’accent sur le partage des risques et donc le partage de l’information, en particulier sur la disponibilité demandée et offerte, en qualité et quantité (cf. les contrats de maintien en condition opérationnelle et étalés sur le cycle de vie)10. De ces partages et échanges construits – « la définition de l’objet de l’échange ne va pas de soi, elle doit être construite »11 , dépendent la satisfaction de la mission régalienne et l’implication effective des entreprises. Les incertitudes qui subsistent, majeures, sont le périmètre de ce nouveau mode de régulation ou la « qualification » du produit ou de la prestation, sa durabilité, ses résultats financiers et, in fine, les performances opérationnelles. Se justifie alors pleinement l’émergence de structures administratives dédiées à ce type de contractualisation12

.

Enfin, dernière condition implicite de réussite d’un marché de défense et explication du paradoxe d’un monopole bilatéral au niveau européen, la relation transatlantique en matière d’armement apparaît fondamentale. Il s’agit de trouver la juste insertion d’un marché intérieur dans un marché global international dominé par la demande et surtout l’offre américaine. La crainte d’un surcroît d’importations d’origine américaine ainsi que celle de la conduite des restructurations européennes par des entreprises amé-ricaines amènent les États européens à favoriser des entreprises atteignant une taille critique, et devenant de fait des entreprises monopolistiques au niveau européen. Des re-configurations de marché intérieur sont prévisibles à l’orée de la comparaison entre les États-Unis et l’Union européenne : le secteur naval américain est constitué de quatre industriels (pour six chantiers), tandis que le secteur naval européen, dont la restructuration a débuté en 2004, compte vingt-et-un industriels (pour 23 chantiers)

 

13. Le secteur terrestre européen comprend une dizaine d’industriels, avec une prédominance de BAE Systems’ Land and Armaments, division de BAE Systems, et d’European Land Combat Systems, division de General Dynamics. A l’échelle mondiale, du point de vue européen, la tendance est alors à la création de duopoles. Ces champions européens et non plus nationaux ont parallèlement avantage à voir la demande européenne se coordonner et harmoniser ses commandes afin de lisser au mieux leur plan de charge14

.

7

La non-rivalité désigne le fait que la consommation du bien par une personne ne réduit pas les possibilités de consommation par une autre. La non-exclusion désigne le fait que le propriétaire d’un bien n’est pas en capacité d’en empêcher l’accès à un tiers qui refuserait d’en payer l’usage (cf. Renaud Bellais, « La défense entre missions et satisfaction : nouvelle "géographie" des frontières du marché », in Renaud Bellais (dir.), Economie et Défense. Nouvelles frontières entre États et marchés, Paris, Descartes & Cie, 2005, pp. 45-66).

8

Un service de transport militaire permanent n’est pas nécessairement utile aux Armées, pourvu que sa disponibilité soit assurée, contractuellement, à des moments précis.

9

Martial Foucault, « Défense et contractualisation : quels partenariats ? », in Renaud Bellais (dir.), Economie et Défense. Nouvelles frontières entre États et marchés, Paris, Descartes & Cie, 2005, pp. 67-86. Soulignons que si la concurrence existe au moment du choix du contractant industriel, elle ne s’en trouve pas accrue sur le long terme puisque les contrats sont valables sur plusieurs années, voire plus d’une décennie du fait de la prise en compte du cycle de vie et des coûts de possession (exemple français : 7 ans pour l’automoteur Caesar, 9 ans pour la location des deux avions de transport à long rayon d’action A340-200).

10 Jean-Michel Oudot, « La réduction des risques présents dans l’approvisionnement de défense : une approche par les contrats », Chronique Ecadienne, n° 3, octobre 2004, 4 p.

11

Benjamin Coriat et Olivier Weinstein, « La construction sociale des marchés », op. cit., p. 2.

12 En France, le décret n° 2004-1551 du 30 décembre 2004 modifié a ainsi institué un organisme expert au sein du ministère de la Défense pour évaluer les contrats de partenariats et leur opportunité (

cf. Ministère de la Défense, Projet de loi de finances pour 2006. Budget de la Défense, Paris, DICOD, 2005, pp. 35-38).

13 DCN,

Rapport d’activité 2003, 2004, p. 25. Le nombre d’industriels intervenant sur les chantiers européens peut être ramené à une dizaine si l’on prend seulement en compte les maîtres d’oeuvre.

14 C’est ainsi qu’il faut comprendre la demande pressante des industries aéronautiques européennes déjà restructurées à l’égard des gouvernements européens en faveur d’une plus grande harmonisation en 2003 (Philippe Camus, Rainer Hertrich, Denis Ranque et Mike Turner, « Défense européenne : il est grand temps d’agir ! »,

Le Monde, 29 avril 2003), et inversement la demande actuelle tout aussi pressante du ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, à l’égard de DCN et Thales pour fusionner dans l’optique de restructurations européennes dans le domaine naval (alors que la demande européenne tend déjà à s’harmoniser). Le secteur terrestre reste encore en retrait, seule l’Agence européenne de défense semblant prendre l’initiative à défaut des gouvernements et industriels (britanniques exceptés), échaudés par l’échec de coopérations et l’inexistence de grand programme commun (cf. Laetitia Blandin, Antonin Tisseron et Cyrus Hodes, « Quelle évolution du marché de la défense en Europe ? Le cas du secteur terrestre et aéroterrestre », Les notes de l’Institut Thomas More, n° 5, 15 octobre 2005, p. 8, et Agence européenne de Défense). « European Defence Agency Ministers Call for More Cooperation on New Armoured Fighting Vehicles », Bruxelles, 23 mai 2005.

15 Hélène Masson, « L’ouverture des marchés publics de défense en Europe : vers un régime intergouvernemental volontaire ? », in

Annuaire stratégiques et militaire 2005, Paris, Odile Jacob, pp.193-232.

 

De l'armement belge au Tchad

Sabine Verhest

Mis en ligne le 08/02/2008

La Région wallonne estime la France responsable de l'octroi de la licence.

Des blindés, modernisés et armés par une société belge, avant de se retrouver au Tchad - à la frontière avec le Darfour qui plus est -, cela fait mauvais genre. L'information a été donnée par "The Bulletin". Le 7 décembre 2006, la Région wallonne a octroyé à Sabiex International, de Braine-l'Alleud, une licence d'exportation d'armes à destination de la France, laquelle a ensuite décidé d'envoyer le matériel à la garde présidentielle tchadienne.

Sabiex a équipé des blindés originaires d'Afrique du Sud pour le groupe Sofema, qui a obtenu de la France une licence d'exportation de 25 de ces chars légers à destination de son allié tchadien l'an dernier. Et le gouvernement wallon refuse de porter le chapeau. "La France seule assume la responsabilité politique de l'envoi de ce matériel", insiste Karim Ibourki, porte-parole du ministre-Président Rudy Demotte. En l'occurrence, le code de conduite de l'Union européenne en matière d'exportation d'armements n'impose pas à Paris de demander l'aval de Namur pour pouvoir envoyer des équipements de Sabiex au Tchad. "On ne demande pas à un pays européen ou de l'Otan de remplir le certificat de destination finale", précise M.Ibourki. Les membres de l'Union partent du principe qu'ils sont tous censés respecter le même code de conduite en octroyant une licence d'exportation d'armes vers un pays.

"Manque de prudence"

Or, "quand la transaction a eu lieu, fin 2006 début 2007, trois critères du code auraient dû inciter la France à refuser la licence", estime Luc Mampaey. Il s'agit, un, de "la question du respect des droits de l'homme dans le pays de destination finale; et le régime du président Déby est autoritaire", affirme le chercheur au Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité. Deux, l'exportation doit être évitée si elle est "susceptible de provoquer ou de prolonger des conflits armés ou des tensions, internes ou avec des pays voisins". Ou, trois, s'il existe "un risque de détournement de l'équipement; et les rebelles volent le matériel gouvernemental".

Aussi, "si la Région wallonne savait, au moment où Sabiex a introduit sa demande, que les armes seraient réexpédiées vers le Tchad, elle aurait pu refuser la transaction". Mais, indique M. Ibourki, "le dossier de Sabiex qu'elle a examiné ne mentionnait pas le Tchad ".

Reste que la Région a fait preuve "de manque de curiosité et d'erreur de jugement" dans cette affaire, pense l'expert du Grip. Car "une série d'indices auraient dû l'inciter à être plus prudente . D'une part, on était en présence de blindés de plus de 30 ans, certes reconditionnés par Sabiex, mais qui n'étaient manifestement pas destinés à l'armée française. D'autre part, l'activité principale du groupe Sofema en France est justement de vendre du matériel à l'exportation." Donc, "la Région wallonne aurait dû enquêter sur la finalité du contrat". Et l'"on ne peut pas dire que la responsabilité soit entièrement du côté français".

Depuis, toutefois, "l'attitude de la communauté internationale a changé vis-à-vis du Tchad : le Conseil de sécurité a appelé le 4 février tous les Etats membres à apporter leur appui au gouvernement du président Déby", rappelle M. Mampaey. De quoi justifier en fait, a posteriori, la licence française d'exportation.

Queqlues infos qui prennent de la place, désolé...

http://www.amnesty.org/fr/library/asset/ASA11/004/2008/en/0869e617-018c-11dd-b95b-f14e309c7fde/asa110042008eng.pdf

http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/news/afghanistan-arms-fuel-further-abuse-20080403

 

Lors du sommet de l’OTAN, cette semaine à Bucarest (2-4 avril), Amnesty International s’est inquiétée des quantités excessives d’armes légères, d’armes de petit calibre et de munitions fournies par des États membres de l’OTAN et leurs alliés aux forces de sécurité et à la police afghanes. Il existe un risque important de voir ces équipements être utilisés pour commettre de graves violations du droit international relatif aux droits humains et du droit international humanitaire.

dans le PDF, beaucoup de chiffre.

merci au soldat canadien près de La Rivière

 

http://www.rue89.com/2008/06/10/le-business-des-armes-se-porte-comme-un-charme

http://www.lelivrenoirdeleconomie.com/Notes-Chapitre-03.htm

http://www.newsweek.com/id/132684

 

20:28 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Les assassins de Massoud

Le dossier Massoud est un dossier relatif à l'existence d'une filière internationale d'acheminement, en zone pakistano-afghane, de volontaires désireux de s'y installer ou de recevoir un entraînement paramilitaire. Cette filière a fait usage de documents d'identité et de visas falsifiés, dont ont pu notamment profiter les assassins du commandant Massoud, tué dans son fief du nord de l'Afghanistan le 9 septembre 2001. Le dossier sera plus que probablement joint le 22 mai prochain à celui concernant Nizar Trabelsi, qui doit répondre, avec douze autres prévenus, d'association criminelle en vue d'attaques terroristes notamment contre la base militaire belge de Kleine-Brogel.

Un important déploiement policier a été mis sur pied lundi matin à l'occasion de ce que la police considère comme "une répétition du méga-procès qui devrait commencer le 22 mai". Quelque 80 policiers ont ainsi été déployés dans et aux alentours du palais de Justice de Bruxelles.

Le parquet fédéral a demandé la jonction en raison des inculpations dans les deux dossiers de deux personnages clé du procès, Tarek Maaroufi et Amor Sliti. Les avocats de deux prévenus se sont opposés à cette jonction. La raison invoquée par l'un d'entre eux était que son client, qui n'était impliqué que dans le dossier Maaroufi (Massoud), aurait dû assimiler en très peu de temps les 44 cartons du dossier Trabelsi. Le second déclarait que son client aurait à poursuivre un mois de plus sa détention préventive.
Le tribunal a cependant estimé que, "dans l'interêt de la justice", les deux dossiers devaient être joints le 22 mai.

http://old.rtbf.be/rtbf_2000/bin/view_something.cgi?type=article&id=0127392_article&menu=default&pub=RTBF.PORTAIL%2FPORTAIL.FR.la_taille.SP.BELG

 

Le dossier de l'assassinat du commandant Afghan Massoud devant le tribunal correctionnel de Bruxelles aujourd'hui. Le véritable procès débutera le 22 mai, il intégrera également le dossier de Nizar Trabelsi, soupçonné d'avoir préparé un attentat terroriste en Belgique. Il y a deux inculpés communs aux deux dossiers.

La présidente du tribunal correctionnel de Bruxelles a estimé ce matin que les dossiers Massoud et Trabelsi peuvent être joints,notamment parce que deux personnes étaient présents dans les deux dossiers.

Selon la justice belge, les filières de recrutement de combattants islamistes pour l'Afghanistan utilisés par les assassins du commandant Massoud ont fait le projet d'attentat suicide sur la base de Kleine Brogel ont suffisamment de points communs pour qu'un seul procès s'impose dans l'intérêt de la justice, un procès qui commencera le 22 mai.

Coïncidence, c'est aujourd'hui que le frère du commandant Massoud rencontrait, une rencontre prévue de longue date, le ministre des Affaires étrangères Louis Michel, Wali Massoud ambassadeur afghan à Londres est venu demander l'aide de la Belgique pour la fondation Massoud dont l'objectif est la reconstruction de son pays dans la mission respectuelle des droits de l'homme du commandant Massoud. Wali Massoud a également commenté le procès.

Wali Massoud, Frère du commandant Massoud

 

La Belgique est le seul pays de cette partie du monde à coopérer dans cette affaire.

Un appareil judiciaire, c'est justement ce qu'il manque aujourd'hui à l'Afghanistan. Pour Louis Michel, la Belgique devrait directement aider ce pays à reconstruire son état, une administration et une justice

http://old.rtbf.be/rtbf_2000/////bin/view_something.cgi?type=article&id=0127567_article&menu=0127580_menulist&pub=www.rtbf.jt/hp

 

 

Une tentative d'évasion de Trabelsi a été déjouée. 14 suspects interpellés. La police craint des actes terroristes

La veuve de l'assassin de Massoud interpellée

 

 

 

Mesures dans les transports en commun

 

Trabelsi et "Farid le fou" échangés entre Nivelles et Lantin

BRUXELLES

La police fédérale a déjoué, dans le cadre d'une enquête menée par un juge d'instruction bruxellois, une tentative d'évasion de Nizar Trabelsi, condamné en juin 2004 à 10 ans de prison pour la préparation d'un attentat contre la base militaire de Kleine-Brogel. Quinze perquisitions ont été menées vendredi matin dans différents arrondissements judiciaires et 14 personnes ont été interpellées, a-t-on appris vendredi à l'occasion d'un point presse au centre de crise du ministère de l'Intérieur.

La section terrorisme de la police fédérale et le parquet fédéral craignent des actes à caractère terroriste dans les prochains jours, ont-ils indiqué vendredi lors d'une conférence de presse. Des mesures de sécurité renforcées, visibles et moins visibles, seront d'application jusqu'au 2 janvier, principalement dans des lieux stratégiques de Bruxelles.

Les autorités demandent à la population belge de rester vigilante mais de ne pas céder à la panique.
Quinze mandats de perquisitions ont été exécutés vendredi matin sur différents arrondissements judiciaires et principalement sur celui de Bruxelles. Ces perquisitions ont été menées dans le cadre d'un dossier d'un juge d'instruction bruxellois spécialisé dans la lutte contre le terrorisme relatif à un projet d'évasion de Nizar Trabelsi, dont avait été informé la police fédérale.

Les perquisitions de vendredi matin visaient un groupe d'islamistes présumés qui aurait eu pour projet de faire évader Nizar Trabelsi au moyen d'explosifs et d'armes. Quatorze suspects ont été interpellés vendredi matin dans le cadre de ces perquisitions. On ignore si des armes ou des explosifs ont été saisis vendredi matin par la police.

Le parquet fédéral a estimé que si ce groupe pouvait utiliser des explosifs et des armes pour assurer l'évasion d'un détenu d'une prison belge, il n'était pas exclu que ces moyens soient utilisés à d'autres fins.
Une évaluation des menaces terroristes en Belgique a été menée par l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) qui estime que des mesures doivent être prises pour renforcer la sécurité de certains lieux fort fréquentés par la population, particulièrement à Bruxelles, comme sur les marchés de Noël, dans des rues commerçantes, Grand-Place, à Brussels Airport ou les stations de métro.

Des mesures visibles, comparables à celles adoptées lors des sommets européens à Bruxelles, avec une présence policière plus importante, et d'autres plus discrètes seront prises jusqu'au 2 janvier prochain. Les autorités judiciaires réexamineront la situation en fonction notamment d'une nouvelle analyse de l'OCAM, pour décider ou non de prolonger ces mesures. Il est demandé à la population d'être vigilante sans céder à la panique.

Le centre de crise du ministère de l'Intérieur a indiqué vendredi que le phénomène du terrorisme faisait partie de l'actualité quotidienne dans le monde et que le risque s'avère désormais réel en Belgique depuis le projet d'évasion de Nizar Trabelsi.

La veuve de l'assassin de Massoud interpellée

BRUXELLES

Malika el-Aroud, l'épouse d'un des deux assassins du commandant Massoud, l'ancien chef de l'opposition armée des talibans, fait partie des quatorze personnes, islamistes présumés, interpellées vendredi matin dans le cadre de l'enquête sur un projet d'évasion de Nizar Trabelsi, a indiqué à l'AFP Lieven Pellens, porte-parole du parquet fédéral.
Le parquet fédéral devrait communiquer samedi sur d'éventuels mandats d'arrêt.
Agée de 48 ans, Malika el-Aroud, belge d'origine afghane, est la veuve d'Abdessater Dahmane, l'un des deux hommes qui ont assassiné, le 9 septembre 2001 dans un attentat-suicide, le commandant Ahmed Shah Massoud, chef de l'Alliance du Nord qui s'opposait aux talibans.
Déjà poursuivie en Belgique, cette Belge d'origine afghane avait été acquittée en 2003 par le tribunal correctionnel de Bruxelles qui jugeait une filière d'envoi de candidats au jihad en Afghanistan.
Partie en Suisse aux côtés de son nouvel époux, elle avait été jugée en juin de cette année à Genève pour soutien au terrorisme islamiste sur des sites internet. Elle avait été condamnée à six mois de prison avec sursis "pour soutien à une organisation terroriste et complicité de représentation de la violence".
Selon l'accusation, son mari Moez Garsallaoui, un Tunisien de 39 ans demeurant en Suisse, avait créé et exploité différents sites internet utilisés par des organisations terroristes, dont Al-Qaïda. Ces sites diffusaient notamment des recettes de fabrication d'explosifs, selon l'accusation.
Son épouse Malika, "grâce à sa notoriété dans le monde islamique, a offert une légitimation accrue aux démarches criminelles de son mari", avait soutenu l'accusation.

 


Nizar Trabelsi détenu à Nivelles, "Farid le fou" à Lantin

LANTIN

http://www.dhnet.be/infos/faits-divers/article/193608/menaces-terroristes-a-bruxelles.html

 

Enquête

Vie et mort des assassins de Massoud

LE MONDE | 19.04.05 | 13h31 • Mis à jour le 19.04.05 | 15h09

ommandant, que ferez-vous d'Oussama Ben Laden lorsque vous aurez reconquis tout l'Afghanistan ?"

Ahmad Chah Massoud ne peut s'empêcher d'éclater de rire à la question posée par le journaliste de télévision qui lui fait face, ce 9 septembre 2001. Le chef de l'Alliance du Nord, figure emblématique de la résistance aux talibans, se trouve alors à Kawja Bahaudinne (Afghani-stan), sa base de repli ; il ne se méfie pas des deux hommes, le journaliste et un cameraman, venus l'interviewer pour une chaîne prétendument appelée Arabic News International (ANI-TV).

Quelques secondes plus tard, alors qu'il s'amuse encore de la question sur Ben Laden, une explosion le projette au sol. Le visage criblé d'éclats, démembré, il mourra peu de temps après. Le cameraman, qui a déclenché les explosifs dissimulés dans sa ceinture, meurt lui aussi, les jambes arrachées. Plusieurs proches de Massoud sont déchiquetés ou grièvement blessés. Seul le faux journaliste est presque indemne. Il tente de fuir mais deux gardes l'abattent de trois balles dans le ventre. Son passeport belge porte le nom de Kassim Bocouli ; il serait né au Maroc, tout comme le cameraman, un certain Karim Souzani. Mais l'enquête établira que leurs documents d'identité faisaient partie des... 19 000 passeports dérobés aux autorités belges entre 1990 et 2000.

Ce 9 septembre 2001, l'organisation d'Oussama Ben Laden, Al-Qaida, signe l'une des opérations les plus retentissantes de son histoire. Deux jours avant de commettre les attentats du 11-Septembre à New York et à Washington, elle élimine son principal ennemi, l'homme qui est venu demander aux Européens de se mobiliser contre les talibans, Ben Laden et leur soutien au sein des services de renseignement pakistanais. Le commandant Massoud Al-Qaida le sait aurait pu relayer dans son pays l'offensive qui ne manquera pas d'être lancée par les Américains après les attentats en préparation aux Etats-Unis. Voilà sans doute pourquoi elle a organisé l'assassinat avec tant de minutie.

Au-delà des deux "kamikazes", tout un réseau a été mis en oeuvre pour cette opération. Sept membres présumés de ce groupe ont comparu, du 30 mars au 13 avril, devant la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Toutes n'ont pas joué un rôle de premier plan dans l'affaire, mais leur procès, après ceux de 23 autres personnes, à Bruxelles, en 2003 et 2004, permet de mieux comprendre le djihad (guerre sainte) et l'itinéraire des deux assassins. Ces derniers s'appelaient en réalité Dahmane Abd El-Sattar le faux journaliste et Bouraoui El-Ouaer le faux cameraman ; ils étaient Tunisiens. Le premier, âgé de 39 ans, était issu d'un milieu aisé de la ville côtière de Gabès. Le second, âgé de 31 ans, venait d'une famille d'ouvriers de Sousse. Leur histoire est celle d'une évolution progressive vers la mouvance islamiste...

Dahmane Abd El-Sattar, étudiant moyen dans son pays, est arrivé en Belgique en 1986 dans le but de décrocher un doctorat en communication. Six ans plus tard, alors qu'il espère toujours obtenir un diplôme universitaire, il se prépare à une douloureuse séparation avec Samia, une jeune femme qu'il a épousée au pays en 1991. Le jeune homme aux idées de gauche, qui écoute du reggae et boit volontiers de la bière blanche, est considéré comme serviable, ouvert et peu religieux, mais ses mésaventures professionnelles et conjugales le rendent amer. Il se renferme sur lui-même, laisse pousser sa barbe, refuse désormais de serrer la main des femmes. Vivant tant bien que mal de petits boulots, notamment dans une poissonnerie, il déménage beaucoup et, à partir de 1997, fréquente diverses mosquées.

Le parcours de son complice, Bouraoui El-Ouaer, est plus banal. Cet ancien ouvrier textile débarque en Belgique après avoir tenté sa chance en Allemagne et en Italie. Sans formation, il vivote en exerçant, lui aussi, divers petits boulots. Il a le profil-type de l'exécutant et se mettra toujours au service de Dahmane Abd El-Sattar. Tous deux fréquentent la même mosquée, à Bruxelles.

Leur trajectoire a été illustrée par deux récits livrés par Malika El-Aroud, la deuxième épouse de Dahmane Abd El-Sattar. A son retour d'Afghanistan, où elle avait accompagné son mari pour s'occuper, dit-elle, de "projets humanitaires" et enseigner "l'islam véritable", cette femme de 45 ans s'est d'abord confiée à une journaliste belge, Marie-Rose Armesto. Brouillée avec la journaliste qui a tiré un livre de leurs conversations (Son mari a tué Massoud, éd. Balland, 2002) et a évoqué, dès février 2002, la présence de réseaux terroristes en Belgique, Malika El-Aroud a ensuite rédigé son propre ouvrage, Soldats de lumière (La Lanterne Editions, 2004), publié avec le soutien d'un groupe islamiste bruxellois. A l'entendre, son mari n'était pas un terroriste mais "un homme réfléchi, prêt à sacrifier sa vie pour sauver des innocents opprimés".

"On retrouve dans ce livre beaucoup d'éléments qui permettent de comprendre ou d'approcher la motivation de ceux qu'on décrit comme les "fous de Dieu"

, explique Claude Moniquet, spécialiste de ces questions et auteur de l'ouvrage Djihad et islamisme en Belgique (éd. Jourdan-le-Clercq, 2005). Parmi ces éléments, le thème de "l'oppression des musulmans" et celui de "l'humiliation virtuelle".

Dahmane Abd El-Sattar n'était pas un cas social. Avant de venir étudier en Europe, il avait connu une jeunesse plutôt protégée en Tunisie. Quant à sa préoccupation pour le sort de ses coreligionnaires musulmans, elle relevait, selon M. Moniquet, d'une "identité reconstruite, qui ne correspondait à aucun vécu personnel mais à une appropriation des souffrances des autres qui, mythifiées et intégrées, forment la personnalité et la volonté du djihadiste". Reste à savoir comment il est arrivé à l'islam radical... Tout indique qu'il commence à basculer à partir du milieu des années 1990 en fréquentant un groupe de Tunisiens en compagnie d'Adel Tebourski, l'un des prévenus du procès de Paris. Dahmane Abd El-Sattar a fait connaissance de ce Franco-Tunisien en 1987, à l'université catholique de Louvain. A l'époque, Adel Tebourski étudiait les mathématiques. La justice française le soupçonne aujourd'hui d'avoir été l'un des "logisticiens" du groupe appelé à tuer Massoud. Une accusation qu'il a contestée à la barre du tribunal, cherchant au contraire à se démarquer des fondamentalistes musulmans (Le Monde du 1er avril). Il aurait cependant fourni des passeports et des billets d'avions et aidé à l'acheminement des tueurs vers les aéroports.

Ala fin des années 1990, l'un des inspirateurs de Dahmane Abd El-Sattar et Adel Tebourski est un Tunisien naturalisé belge, condamné dans son pays d'origine pour appartenance à un groupe intégriste : Tarek Maaroufi. Réputé proche du Groupe islamique armé (GIA) algérien, cet homme souriant et patelin a également été condamné en Belgique pour trafic d'armes en 1995. Il a ensuite été impliqué dans trois filières mises au jour dans ce pays, dont celle de l'assassinat de Massoud et celle qui, avec l'ex-footballeur professionnel Nizar Trabelsi, préparait un attentat antiaméricain soit à Paris, soit dans le Limbourg belge.

A en croire la police française, Tarek Maaroufi était également impliqué dans les préparatifs de l'attentat manqué contre le marché de Noël, à Strasbourg, en 2000. Les services de renseignement italiens voient en lui l'un des leaders européens du GSPC, un groupe salafiste. Quant à la justice belge, elle a acquis la conviction qu'il a organisé des filières d'acheminement vers l'Afghanistan, tentant d'y former de futures troupes d'assaut contre le régime tunisien. Certaines sources affirment que c'est d'ailleurs pour remercier Ben Laden d'ouvrir ses camps à leurs hommes que des salafistes tunisiens auraient mis leurs militants à son service pour éliminer Massoud.

Le réseau dans lequel Dahmane Abd El-Sattar et son ami Tebourski (l'ancien étudiant en mathématiques) mettent les pieds dans les années 1990 leur fait rencontrer d'autres figures marquantes de la mouvance fondamentaliste. Parmi elles, Cheikh Bassam. Ce prêcheur radical, français d'origine syrienne, dirige le Centre islamique belge, à Bruxelles. Autre personnalité importante : le Tunisien Mohammed Sliti, un garagiste parti s'installer en Afghanistan dès 1999 avec sa femme et ses cinq enfants. C'est lui qui, à l'automne 2000, accueille Dahmane Abd El-Sattar en Afghanistan.

Celui-ci, rebaptisé Abou Hobeid, subit neuf mois d'entraînement physique et de formation idéologique. Il fréquente Trabelsi (l'ex-footballeur), mais aussi des Français : Djamel Beghal (condamné, depuis, à dix ans de réclusion à Paris) et Zacarias Moussaoui, un jeune homme qui sera par la suite accusé par les Américains d'être impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001.

Malika El-Aroud rejoint son mari en Afghanistan en janvier 2001. Elle est porteuse de divers objets remis par Tebourski : des dictionnaires français-arabe, un ordinateur, des dollars et deux multimètres, des appareils de mesure pouvant aider à la fabrication d'une bombe. Le couple s'installe bientôt dans la "ville des élus", où se dressent des maisons offertes par Ben Laden à ses meilleurs combattants. Dahmane Abd El-Sattar initie son épouse au maniement des armes. Au début août 2001, il lui annonce avoir "enfin trouvé du travail" comme "journaliste". Sa première mission sera d'aller "interviewer" Massoud.

Il a en poche une lettre de recommandation de Yasser Al-Siri, directeur du Centre d'observation islamique, une organisation basée à Londres. Ce document présente Dahmane Abd El-Sattar et El-Ouaer le faux cameraman, passé par la Tchétchénie avant de suivre une formation en Afghanistan , comme les envoyés spéciaux d'Arabic News International, une chaîne fictive. En fait, Al-Siri est un proche du numéro deux d'Al-Qaida, Ayman Al-Zawahiri. Il affirmera plus tard ne pas connaître les deux hommes, assurant que cette "lettre de recommandation" était fausse (Le Monde du 3 octobre 2001). Au printemps 2000, Dahmane Abd El-Sattar est en tout cas passé par Londres. Bloqué par les services de l'immigration, il a dû s'échapper d'un centre de transit et appeler à la rescousse son ami Adel Tebourski. Ce dernier s'est arrangé pour lui faire livrer un autre passeport afin de lui permettre de rejoindre le Pakistan, puis l'Afghanistan, avec un visa délivré par l'ambassade des talibans à Islamabad (Pakistan).

Ce détail important aurait dû intriguer les membres de l'Alliance du Nord, en août 2001, quand les prétendus journalistes se sont présentés à eux : comment avaient-ils pu obtenir ce visa auprès des talibans en expliquant qu'ils comptaient rencontrer leur ennemi, le commandant Massoud ? Toujours est-il qu'en jouant les innocents, les deux hommes ont fini, au bout de trois semaines, par endormir la méfiance de tous et approcher le chef de la résistance, dans son fief de Kawja Bahauddine. Françoise Causse, une journaliste française, a, elle, renoncé à obtenir un entretien. Elle a regagné Paris avec toutefois dans la poche des images de ces deux hommes au comportement étrange que la présence de sa caméra semblait tant importuner. Ils étaient, il est vrai, concentrés sur leur mission : tuer celui que Malika El-Aroud appelait "le diable".

"Massoud était un mauvais musulman, on était en guerre et il était légitime de le tuer"

, a déclaré l'épouse du faux journaliste. Jugée en septembre 2003 à Bruxelles, elle n'a pas changé de propos à cette occasion. Sa complicité n'ayant pu être établie avec certitude, elle a échappé aux sanctions. Le tribunal a toutefois jugé que ses idées radicales avaient pu influencer son mari (un "combattant du Bien", à l'entendre) et qu'elle conservait un "mépris évident" pour le monde occidental. La justice belge a en revanche condamné Tarek Maaroufi (six ans de prison), l'ex-footballeur Nizar Trabelsi (dix ans), le garagiste Mohammed Sliti (cinq ans) et d'autres membres d'un réseau qui comptaient visiblement préparer d'autres actions que l'assassinat du chef de guerre afghan.

Depuis, Malika El-Aroud a franchi un nouveau pas. Arrêtée fin février en Suisse lors d'une opération visant des islamistes radicaux, elle est accusée d'avoir contribué à mettre sur pied "islamic-minbar", un site Internet montrant notamment des mises à mort d'otages, des mutilations, ou délivrant des instructions pour des attentats ou la fabrication de bombes. La femme, qui a écrit que le 11-Septembre était l'œuvre des "juifs qui voulaient détourner l'attention du monde pour raser la Palestine et les Palestiniens", n'a manifestement pas terminé son évolution.

Jean-Pierre Stroobants

http://www.mafhoum.com/press8/237C32.htm

 

Terrorisme Les réseaux belges d’al Qaeda

Journaliste à la chaîne de télévision belge RTL-TVI, Marie Rose Armesto est l’auteur d’une enquête (voir ci-dessous) sur le parcours d’un des deux kamikazes qui, venus de Bruxelles avec des passeports belges, ont tué le commandant Massoud, le 9 septembre 2001.

Vous avez publié l’an dernier un livre intitulé Son mari a tué Massoud (1) qui raconte l’histoire de l’assassinat du chef de l’Alliance du Nord, par deux faux journalistes tunisiens venus de Bruxelles via Londres. Le récit fait par Malika Dahmane, l’épouse de l’un de ces terroristes, montre très clairement l’existence de réseaux de soutien à Oussama Ben Laden en Belgique. Ces réseaux existent-ils toujours selon vous ?

Marie-Rose Armesto. J’en suis persuadée. Il s’agit de réseaux dormants dont les membres attendent un signal pour passer à l’action. J’ai découvert leur existence deux jours après les attentats du 11 septembre par un coup de fil reçu à ma rédaction : celui d’une jeune Belge rentrant d’Afghanistan où elle avait suivi un entraînement dans les camps de Ben Laden pour qui elle avait une admiration sans borne. Elle avait vingt-cinq ans, était belgo-pakistanaise et avait fait ses études au Pakistan. Elle m’a expliqué que beaucoup de jeunes Belges allaient s’entraîner en Afghanistan, y restaient de 6 mois à un an, puis revenaient en Belgique où ils reprenaient une vie normale en attendant qu’on fasse appel à eux pour une mission. C’est le principe des cellules dormantes. Le mari de Malika, Abdessatar Dahmane en faisait partie, comme Tarek Maaroufi ou Nizar Trabelsi, qui viennent d’être jugés à Bruxelles (2). Mais comme il n’y a pas encore de loi antiterroriste en Belgique, la plupart des inculpés de ce procès ont été condamnés à des peines légères, sauf Trabelsi, condamné à 10 ans car il préparait un attentat important dont il n’est pas sûr que la cible qu’il a désignée - une base militaire dans le nord de la Belgique - soit celle qu’il visait réellement. Comme on l’a dit, " la tête de l’iceberg a été mise hors d’état de nuire mais la base, que l’on ne voit pas, reste active ". Je trouve inquiétant ce processus de ré-islamisation, de radicalisation et d’embrigadement de musulmans qui se passe sous nos yeux.

Comment se fait leur recrutement ?

Marie-Rose Armesto. Le parcours de Malika et de son mari en sont une illustration. Abdessatar était un jeune Tunisien qui avait fait des études de journalisme dans son pays. Arrivé en Belgique, il s’inscrit dans plusieurs universités mais ne réussit pas à décrocher une équivalence. Il n’a pas de travail fixe, sa première femme le quitte pour rentrer en Tunisie, il vit mal sa situation et commence à fréquenter les mosquées. Quelques années plus tard, on le retrouve totalement transformé : il porte la barbe et la tenue islamique, refuse de serrer la main des femmes et n’a plus qu’une idée en tête, le djihad. Comme il n’a pas de papiers, il cherche une épouse belge et c’est Malika, qu’il épouse au centre islamique de Belgique de Molenbeck où elle-même a été ré-islamisée après avoir été rejetée par sa famille parce qu’elle avait eu une fille hors mariage. Ce centre est très connu. Il était alors dirigé par un Belge converti à l’Islam, Bastin, dont le fils est actuellement en prison en Turquie où il est accusé d’avoir pris part à l’un des attentats de ces derniers mois à Istanbul. Jean François Bastin, alias Abdullah, est aujourd’hui à la tête d’un parti islamiste, le Parti de la citoyenneté et de la prospérité, qui a déjà recueilli 8 500 voix aux dernières élections et qui compte bien améliorer son score en juin prochain.

Mais il n’y a pas que Bastin. Il existe en Belgique une trentaine de mosquées intégristes où sont prononcés des discours d’une rare violence, sans parler de certains sites islamistes sur Internet. On peut y lire des slogans antisémites et des appels aux " véritables musulmans " à " anéantir les chrétiens " ou à " prendre les armes à Ankara comme à Paris ".

Comment réagissent les autorités ?

Marie-Rose Armesto. J’ai posé un jour la question au maire de Molenbek, Philippe Moureaux. Il m’a répondu : " On a laissé les choses aller trop loin, on ne peut plus rien faire sous peine de provoquer une émeute. " Il me semble que des pays comme la France ou l’Espagne réagissent d’une manière plus ferme et sont davantage conscients du danger. En Belgique, dans certains quartiers, des groupes de jeunes musulmans s’érigent en police islamique et exercent un contrôle social, notamment sur les femmes et les jeunes filles qu’ils obligent à se voiler. Et on a saisi des livres dans certaines écoles où on peut lire que " le meilleur voile pour la femme est la burqa ".

Vous parlez d’écoles publiques ou privées ?

Marie-Rose Armesto. Je parle des écoles publiques. En Belgique, il existe un enseignement religieux financé par l’État mais organisé par le Conseil du culte musulman qui fournit les enseignants et choisit les livres. Certains sont des traductions de manuels saoudiens. Ils véhiculent un discours qui mène à l’intolérance et à la violence.

Entretien réalisé par Françoise Germain-Robin

(1) Son mari a tué Massoud, de Marie Rose Armesto ( Balland, 18 euros).

(2) Vingt-deux inculpés ont comparu dont Malika Dahmane, acquittée faute de preuve. Tarek Maaroufi, qui fut l’un des " contacts " des assassins de Massoud a été condamné à 6 ans et Trabelsi, qui a déjà fait deux ans de préventive, devrait être libre dans trois ans.

Un des orateurs les plus virulents contre l’interdiction du port du voile à l’école lors de la dernière manifestation parisienne

http://www.humanite.fr/2004-02-14_International_-Terrorisme-Les-reseaux-belges-d-al-Qaeda

 

 

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