Avertir le modérateur

30/11/2008

Affaire Borrel

Affaire Borrel
L'AUTRE France
" Voyez-vous Messieurs, il s'agit d'une vidéocassette piégée qui m'était destinée et qui m'a été envoyée depuis Marseille…N'ayez pas peur pour moi, Messieurs ! En réalité, c'est la paix que ces gens veulent assassiner…c'est le président Gouled qu'ils veulent intimider, c'est la République qui est visée…ce qui intéresse ces gens, c'est de plonger Djibouti dans le chaos !
Mais ils oublient qu'ils ne peuvent rien contre nous car nous avons la grâce de Dieu ! Dieu seul peut décider de la mort… "
L'homme qui parle ainsi avec un sang-froid stupéfiant le 31 décembre 1994 devant l'ancien ministre de l'Intérieur et l'ancien directeur du protocole d'Etat, tous deux pétrifiés en pensant à l'horreur que la vidéocassette piégée aurait pu provoquer si elle avait explosé, n'est autre que M.Ismaïl Omar Guelleh, alors chef de cabinet du président Hassan Gouled.
M.IsmaÏl Omar Guelleh était victime ce jour-là d'une tentative d'assassinat par le biais d'un explosif de forte puissance relié à un système de mise à feu extrêmement perfectionné, le tout dissimulé dans une vidéocassette piégée qui était destinée à entraîner la mort non seulement du destinataire mais aussi de toute personne se trouvant à côté de ce dernier.
Cette tentative d'assassinat intervenait cinq jours après la signature des accords historiques entre le Gouvernement et la rébellion du FRUD intervenue le 26 décembre 1994.
En apprenant la nouvelle avec stupeur, les Djiboutiens désignèrent d'emblée la France responsable de la tentative d'assassinat sur Ismaïl Omar Guelleh, l'homme de la paix.
" Furieuse d'avoir été tenue à l'écart des accords d'Aba'a, pensaient les Djiboutiens, l'ancienne puissance coloniale a voulu se venger sur IOG, l'homme qui l'a défiée ". Et pour cause…
Quelques mois plus tôt, au plus fort d'une guerre fratricide qui marqua durablement le pays, face à ses nombreux interlocuteurs, représentants officiels d'une France qui a toujours excellé dans le rôle de "pyromane pompier", du Tchad au Rwanda en passant par la Côte d'Ivoire, M. Ismail Omar Guelleh leur répétait invariablement la nécessité d'une réconciliation entre les belligérants djiboutiens sans "interférence extérieure".
Face aux ballets diplomatiques des émissaires de l'Elysée, Paul Dijoud, Alain Vivien et tous les autres, l'ancien chef de cabinet du Président Gouled faisait preuve d'un courage exceptionnel pour expliquer au gouvernement français que l'époque était révolue où celui-ci obligeait les dirigeants africains à se "soumettre ou à se démettre".
Une instruction judiciaire sera ouverte et une commission rogatoire internationale sera adressée à un juge anti-terroriste de Paris. Après avoir reconstitué l'itinéraire de la cassette piégée, les investigations du juge d'instruction français s'arrêteront brutalement dans le bureau du lieutenant-colonel Jean-Luc Hogard, directeur de l'établissement du matériel de THOUARS (Deux-Sèvres).
"Après recherches, je puis vous dire que l'établissement a effectivement pris en compte 12400 détonateurs de ce lot (le même que vous me présentez) qui provenait de notre unique fournisseur, la société "LACROIX" à MURET. Je ne peux exclure que un ou plusieurs détonateurs soient détournés…". Ainsi s'expliquait cet officier français, très gêné, devant l'OPJ de la DST , l'inspecteur Hervé SEVENO.
Or, les explications du LT/col HOGARD se transformeront en présomptions pour le juge d'instruction français en charge de la commission lorsque le Ministère français de la Défense refusera l'audition du Directeur de l'Etablissement de Réserve Générale de Munitions (ERGMU).
Un mois plus tard, le juge français écrira à son collègue djiboutien en des termes sibyllins : "Cher collègue, je n'ai malheureusement pas pu aller au bout de mes investigations, les autorités françaises ayant estimé que l'instruction mettait en danger la sécurité nationale".
Déjà il y a 12 ans, la République de Djibouti aurait pu saisir la Cour Internationale de Justice de La Haye pour demander la condamnation de la France pour violation de la coopération judiciaire mais aussi pour "acte de guerre" et "agression".
Faute d'avoir pu éliminer physiquement M.Ismail Omar Guelleh, la France manipulera quelques mois plus tard une partie du cabinet du Président Gouled, créant ainsi une véritable fracture dans le paysage politique djiboutien.
C'était les années où la France, à travers de médiocres avocats, les Montebourg et autres Calatayud, tentera un "coup d'Etat constitutionnel", espérant ainsi freiner l'irrésistible ascension de M.Ismail Omar Guelleh.
L'on sait aujourd'hui comment les choses ont fini …
A partir de 1997, à la faveur d'une élection législative, la gauche française moralisatrice retrouve le gouvernement et saisit l'affaire Borrel, dernier espoir pour barrer la route à M.Ismail Omar Guelleh.
Mais, confiant encore à cette époque en l'indépendance de la justice française, Djibouti accepte sur son sol l'arrivée en mars 1999-alors que M.Ismail Omar Guelleh n'est pas encore élu Président- de deux juges d'instruction français, Morachinni et Le Loire, et de policiers de la brigade criminelle de Paris qui enquêtaient sur l'assassinat de Bernard Borrel.
Ayant compris que les investigations réalisées par les deux juges à Djibouti allaient confirmer la thèse du suicide soutenue dès le début par Mme Borrel et toutes les autorités françaises, le gouvernement français de l'époque mettait en scène son "meilleur lampiste", le député Montebourg pour monter une incroyable machination qui propulsa un soir de janvier 2000 un voyou djiboutien, Mohamed Saleh Al Houmekani, déserteur et réfugié à Bruxelles.
En mars 2000, les deux juges d'instruction reviennent une deuxième fois à Djibouti pour vérifier les déclarations surréalistes du malheureux Al Houmekani aux abois, en quête d'un statut de réfugié politique à Bruxelles.
Les deux juges d'instruction démonteront le caractère fantaisiste des déclarations de ce témoin providentiel.
Un autre juge d'instruction parisien, le juge Thouvenot conclura au "caractère invraisemblable" d'un témoin présentant un "profil psychologique fragile" en avril 2002, dans le cadre d'une plainte déposée à Paris par les autorités djiboutiennes pour diffamation contre Al Houmekani.
Alors que ces deux juges s'apprêtaient à rendre un non-lieu au terme d'un travail remarquable qui a pointé du doigt les mensonges de Mme Borrel sur les circonstances de la mort de son mari, ceux des autorités françaises à Djibouti, le gouvernement socialiste de Jospin entreprendra à travers son garde des Sceaux, Mme Guigou une entreprise de déstabilisation des deux juges d'instruction parisiens.
Au terme d'une campagne calomnieuse et mensongère à l'encontre de l'instruction menée par Mme Morrachinni et M.Le Loire, la cour d'Appel de Paris, composée de magistrats du "cabinet noir de Mme Guigou" va débarquer les deux magistrats et confier l'instruction au juge Parlos, d'emblée sommé par le gouvernement socialiste, les médias français et la cohorte de Montebourg, Mme Borrel, Morice de suivre les désirs de la partie civile et des syndicats de magistrats, tous constitués comme partie civile.
En février 2002 et malgré la tournure nettement raciste qu'avait alors pris la justice française, Djibouti accepte que dans le cadre d'une commission rogatoire, le juge Parlos, Mme Borrel, ses médiocres avocats et les très socialistes et corporatistes représentants du syndicat de la magistrature foulent le sol djiboutien jusqu'à enquêter à l'intérieur du palais présidentiel.
Alors qu'ils se sont se sont fait systématiquement refouler du portail de l'Elysée à deux reprises, les magistrats français viennent enquêter en nombre et en compagnie d'une partie civile haineuse jusqu'à l'intérieur du palais présidentiel d'un pays souverain : la République de Djibouti. Alors, comment, après tout cela, la France peut-elle continuer à faire la morale ?
En l'absence de preuves tangibles et sachant pertinemment que les déclarations d'Al Houmekani et d'Iftin ne sont que pures inventions, la justice française se base aujourd'hui sur des expertises complètement dénaturées et dont l'interprétation compromet jusqu'à sa dignité la magistrature française.
On sait aujourd'hui qu'au moment de la réalisation de ces expertises, les curieux médecins légistes n'avaient même pas les photos en couleur du corps de Bernard Borrel. J'usqu'à aujourd'hui, la juge Sophie Clément se base sur des clichés en noir et blanc et non sur les photos en couleur prises par la prévôté à Djibouti.
Et pourtant, cela n'a pas empêché Sophie Clément, au mépris des règles édictées avec fermeté par la cour de cassation française de convoquer à deux reprises en 2005 et 2007 , un chef d'Etat démocratiquement élu et en exercice.
Par ailleurs alors même que le témoignage d'Al Houmekani est démenti par le fait qu'Alain Romani n'a jamais été mis en examen et par le fait que les recherches ADN sur Adouani se sont avérées négatives, cela n'a pourtant pas empêché un juge d'instruction de Versailles de renvoyer MM.Hassan Saïd et Djama Souleïman en correctionnelle pour subornation de témoin !
Toutes ces contradictions n'ont pas empêché le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marie, d'assurer la veuve Borrel que " les indices recueillis notamment depuis 2002, donc les expertises, militent en faveur d'un acte criminel ".
Ce communiqué du procureur de Paris qui abandonne les témoignages d'Al Houmekani et qui ne retient que les expertises (très fragiles) démontre à lui seul le caractère ridicule de la procédure de Versailles. Ce pauvre procureur qui a éprouvé, dans son communiqué, le besoin de souligner qu'il a répondu à une démarche du juge d'instruction, alors que tout le palais de justice de Paris ricane, car, démarche sans précédent, c'est sur instructions de l'Elysée et du Président Sarkozy lui-même après avoir reçu, de façon "intimidante pour la justice", l'immorale veuve Borrel.
C'est le Président Sarkozy lui-même qui se vantait lors d'un déplacement en Afrique et face à des journalistes déjà décomposés par le discours de Dakar qu'il était plus courageux que son prédécesseur en recevant à l'Elysée Mme Borrel !
Il faudra désormais que le Président Sarkozy soit suffisamment courageux pour traduire en justice les diplomates, coopérants et militaires français impliqués dans le scandale pédophile de la Cathédrale de Djibouti.
Il faudra du courage à ce Président pour juger les dizaines de fonctionnaires français qui ont volontairement inoculé le virus HIV à ces pauvres enfants qui sont morts pour la plupart dans des conditions qui révoltent la conscience humaine.
Il faudra enfin que la République française sache que désormais la République de Djibouti a décidé de ne plus être enfermée (douze ans après la mort d'un homme sur le compte duquel on n'a pas fini d'apprendre) dans le halo nauséabond de l'affaire Borrel.

 

 

Borrel : les dossiers du juge Le Loire sur l’attentat du Café de Paris Version imprimable Suggérer par mail

ImageTéléchargez ces 41 pages avec les notes des agents de la DST envoyés à Djibouti pour enquêter sur l’attentat du Café de Paris.

Le 14.06.07 Jusqu’à son meurtre perpétré à Djibouti le 19 octobre 1995, le magistrat français Bernard Borrel travaillait dans cette ancienne colonie française comme coopérant pour le cabinet du ministre de la justice local. Sur place, le juge Borrel était officiellement investi d’une mission de conseiller pour la mise en place d’une nouvelle législation pénale. Cependant, ses fonctions l’amenèrent aussi à servir d’interface pour le magistrat parisien Roger Le Loire, responsable de l’instruction sur l’attentat antifrançais du Café de Paris, commis à Djibouti le 27 septembre 1990…

La juge Sophie Clément, qui mène les investigations sur l’assassinat de Bernard Borrel, s’intéresse à cet épisode dans le cadre de ses recherches sur le mobile du crime. Une problématique pour le moins épineuse, car, avant elle, le même Roger Le Loire a été également chargé de cette instruction sur la mort du juge Borrel. À l’époque, Roger Le Loire parvenait à la conclusion que Bernard Borrel s’était suicidé ; mais ce scénario a été formellement contredit par le collège d’experts, réuni par la justice à partir de 2002.

 Au regard des pièces versées au dossier Borrel, sa collaboration avec Roger Le Loire aurait pu amener Bernard Borrel à effectuer des recherches mettant en évidence des relations singulières entre l’entourage du président djiboutien Ismaël Omar Guelleh, des réseaux affairistes franco djiboutiens, et quelques officiers français

De telles collusions – évoquées dans une procédure du Tribunal aux affaires militaires de Paris – auraient dû intéresser le juge Borrel, par ailleurs officier de réserve de la Marine française, pour comprendre les limites du système judiciaire djiboutien.  

L’attentat à la grenade contre l’enceinte du Café de Paris, un lieu de rassemblement de la communauté française, causa la mort d’un enfant de six ans, fils d’un militaire français basé à Djibouti, et blessa dix-sept autres personnes. 

En mars 1993 – soit un an avant l’arrivée de Bernard Borrel à Djibouti – des rapports de la DST adressés à Roger Le Loire, révélèrent l’existence de nombreuses manipulations des autorités locales, pour faire porter la responsabilité de cet acte sur un mouvement d’opposition au régime. Il s'agissait en particulier de discréditer la communauté des Gadaboursi, traditionnellement hostile à la communauté Issa, dont est issu le président de Djibouti Ismaël Omar Guelleh.

 Les Gadaboursi furent mis hors de cause après quelques mois. Puis, comme vous le découvrirez avec les documents de la DST et du parquet de Paris que nous avons scannés, l’enquête française, orientée un temps par les informations des services secrets de Djibouti – le SDS – désigna un autre opposant au régime comme le commanditaire de cet attentat. Aden Robleh, président du Parti national démocratique. Et elle identifia un ancien militaire, Awaleh Guelleh Assoweh, comme le chef du commando qui avait lancé les grenades. 

À cette période, le SDS était sous la tutelle d’Ismaël Omar Guelleh. Par ailleurs, selon le témoignage d’un ancien membre de la Garde présidentielle versé au dossier de Sophie Clément, le même Awaleh Guelleh Assoweh serait directement impliqué dans l’assassinat de Bernard Borrel. Quant à Aden Robleh, après avoir longtemps dénoncé une machination des services secrets djiboutiens et avoir clamé son innocence, il a été jugé le 9 avril 2001 par la Cour criminelle de Djibouti. La cour l’a condamné à six mois de prison avec sursis pour cet attentat et l’a aussitôt remis en liberté.

Aux yeux du ministère de la justice français, selon le réquisitoire définitif du 27 mars 1997, Aden Robleh reste l’ordonnateur de l’attentat du Café de Paris.      

Langue du document : français
Identification : en-tête et signature de la DST et du parquet de Paris

23:38 | Lien permanent | Commentaires (3) |

Commentaires

Borrel, un assassinat franco-françaismardi 26 juin 2007 par Gari John
Version imprimable Recommander à un ennemi

Votre adresse email


L'email de votre ennemi :


Texte de votre message :




L’acharnement du patron de la cellule africaine de Chirac à soutenir contre vents et marées la fable du suicide du juge Borrel en 1995 à Djibouti cache de plus en plus mal une sordide réalité : il fallait à tout prix protéger les français impliqués dans cet assassinat.

Alors que les jours de Chirac à l’Élysée étaient comptés, Michel de Bonnecorse, jusque là peu connu pour son amour des journalistes, multiplie politesses et invitations,s’évertuant à convaincre ses convives de la réalité du suicide du juge Borrel. Ses efforts ont finalement été récompensés par Paris-Match, qui, dans sa livraison du 6 juin, consacre 6 pages, oscillant entre désinformation et ragots douteux, sobrement titrées « la thèse du suicide demeure ».

Cette tardive percée mediatique n’a pas eu les effets escomptés : la juge d’instruction, furieuse, a réclamé, et exceptionnellement obtenu du parquet, après que Mme Borrel ait été reçue (le 19 juin) par Sarkozy, la confirmation de l’origine criminelle de la mort du juge Borrel. Quant au porte-parole du Quai d’Orsay, qui avait tout tenté pour valider le suicide, il souhaite désormais que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

Chirac en personne, comme l’attestent des télégrammes saisis par la justice lors de sa perquisition au Quai d’Orsay, avait suggéré en 2005 à son homologue djiboutien Ismail Omar Guelleh de saisir la cour internationale de justice contre la France pour récupérer le dossier d’instruction et ainsi boucler l’affaire.

Ces grandes manœuvres ne sauraient avoir pour seul objet de protéger la réputation du chef d’un état qui héberge la plus grande base militaire française hors de l’hexagone. Si, comme on le murmure, le juge Borrel avait découvert , avant sa mort en 1995, quelques turpitudes de M. Guelleh, alors directeur de cabinet du président Hassan Gouled, il suffisait de l’expulser de Djibouti pour que tout s’arrête.

En revanche, le rapatriement en France de M. Borrel n’interromprait pas ses recherches sur de graves agissements de personnalités françaises… Il fallait alors le liquider sur place, avec pourquoi pas, l’assistance de M.Guelleh. L’enquête de Canal + établit qu’un français accompagnait dans sa voiture le juge Borrel dans son dernier voyage. Ce personnage n’a jamais été ni cherché ni trouvé, alors que des check points de l’armée française et de l’arméee djiboutienne ont nécessairement relevé son identité.

Combien de temps encore Ismail Omar Guelleh jouera-t-il seul les boucs émissaires ?

Écrit par : E-fred | 01/12/2008

Trois défilés anti-français ont été orchestrés ce week end par le régime djiboutien. Les manifestants protestaient contre l'enquête de la justice française sur la mort du juge Borrel en 1995, qui met en cause des proches du président Ismaïl Omar Guelleh.

"Justice raciste !", "Honte à toi, Sarkozy !", "Touche pas à mon président !": ce bref florilège reflète assez fidèlement la bourrasque hargneuse qui a soufflé, les 20 et 21 octobre, sur les trois défilés anti-français orchestrés par le régime djiboutien, ministres et députés en tête.

Il s’agissait, pour le "collectif d’associations" -paravent commode- censé sonner l’heure de la révolte, de flêtrir l’acharnement judiciaire dont serait victime le président Ismaïl Omar Guelleh, à l’heure où la vérité officielle sur l’assassinat en octobre 1995 du juge français Bernard Borrel, hâtivement maquillé en suicide au terme d’une enquête bâclée, fait eau de toutes parts.  

S’il y eut acharnement dans cette affaire tortueuse, ce fut d’abord celui que Paris déploya pour dédouaner son protégé Guelleh, patron d’un Etat de la Corne de l’Afrique qui, du fait de sa situation, constitue un enjeu géostratégique majeur. Au point que la France, désormais exposée à la concurrence américaine, y entretient sa base militaire la plus imposante du continent.

Mais le vent a tourné. En recevant le 20 juin dernier à l’Elysée Elisabeth Borrel, la veuve du magistrat disparu, Nicolas Sarkozy a donné quelque consistance au serment de rupture avec l’ère des turpitudes françafricaines, tellement malmené par ailleurs. Il l’a fait avec d’autant plus d’entrain que le meurtre de Borrel, alors coopérant technique détaché auprès du ministre de la Justice djiboutien, fut le prologue de l’un des épisodes les plus sinistres de l’ère Chirac.

D’autres indices attestent le changement de cap. A commencer par les mandats d’arrêts délivrés en octobre 2007 pour "subornation de témoins" contre le procureur général Djama Souleiman et le chef des services secrets de Djibouti, Hassan Saïd, renvoyés l’un et l’autre devant le tribunal correctionnel de Versailles, puis contre deux des exécutants présumés de la liquidation du juge, Awalleh Guelleh et Hamadou Hassan Adouani.

Autre indice, les perquisitions conduites en juillet -et contre l’avis du Parquet- aux domiciles parisien et provençal de Michel de Bonnecorse, patron de la cellule africaine de l’Elysée sous Chirac et avocat opiniâtre de la thèse du suicide, qu’il défendit notamment devant l’auteur de ces lignes au printemps 2006. Expédition menée deux mois après que les gendarmes de l’Elysée eurent interdit aux deux juges l’accès au "Château".  

Opportunément rediffusé dimanche soir sur "Canal + décalé", la troublante enquête menée par l’équipe de Lundi Investigation recense de manière implacable les failles de l’une des fables les plus faisandées de la Chiraquie. On y voit, document consternant, les deux juges initialement chargés de l’enquête, tituber le long d’une corde de rappel sur l’à-pic au pied duquel le cadavre à-demi carbonisé de Bernard Borrel fut découvert, pour conclure que le défunt avait parfaitement pu descendre en pleine nuit, et de son plein gré, ce toboggan rocailleux avant de se donner la mort puis de s’immoler par le feu...

On y entend les récits, convergents, de plusieurs témoins djiboutiens ; notamment celui d’un ex-membre de la Garde présidentielle, Mohamed Saleh Alhoumaneki, aujourd’hui exilé en Belgique, qui jure avoir entendu en décembre 1996 le commando supposé rassurer en ces termes Ismaïl Omar Guelleh, alors directeur de cabinet de son prédécesseur à la présidence, et qui d’ailleurs avait, en cette qualité, reçu Ayman al-Zawahri, l’idéologue d’al-Qaïda : "Le juge fouineur est mort, il n’y a pas de traces".

On y découvre que l’un des deux hommes de main présumés s’est évadé de la prison de Djibouti peu après les faits pour se réfugier en Ethiopie, et que l’autre coule des jours tranquilles dans sa Tunisie natale. On y apprend que les notes de la DGSE -le renseignement extérieur français-, qui dépeignaient Guelleh sous les traits d’un affairiste dénué de scrupules, seront au fil du temps édulcorées sur ordre, jusqu’à vanter sa clairvoyance et son intelligence.

On y voit le chef de l’Etat djiboutien en détresse, battre en retraite sous les questions incisives d’un journaliste de Canal lors d’une conférence de presse donnée à Paris au Centre d’accueil de la presse étrangère, avant de filer à l’Elysée où Chirac s’empressera d’épingler une Légion d’honneur au revers de son veston.

Reste à savoir ce qui valut à Bernard Borrel une fin si funeste. Il enquêtait de trop près sur des trafics auxquels Guelleh était mêlé, avancent les uns ; une affaire de négoce clandestin de matières nucléaires, supposent les autres.

Avant de recourir à l’arme des manifs, Djibouti a tenté d’allumer un contre-feu. Suggérant que le juge Borrel fait partie des douze Français, dont deux diplomates, un enseignant, deux militaires, un prêtre et "un coopérant technique", poursuivis pour agressions pédophiles sur des enfants des rues. Loin de nous la volonté de nier que de tels crimes aient pu être commis, hélas, là comme ailleurs. Mais la ficelle de cette diversion tardive a la finesse d’un cable de marine.  

A l’évidence, il est une vérité qui échappe aux milliers de porteurs de pancartes djiboutiens, aussi sincères soient-ils : ce n’est pas la justice qui est raciste, mais l’injustice.

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/manifestations-contre-la-france-a-djibouti_467370.html

Écrit par : E-fred | 01/12/2008

Guillaume Dasquié est journaliste d’investigation, spécialiste des sujets couverts par la raison d’Etat. Avec son ami Philippe André Dayan, il a co-fondé le site Geopolitique.com, dédié à la publication de documents confidentiels. Le bureau de la rédaction a fait il y a peu l’objet d’une effraction.



VSD. Comment avez-vous réagi au fait que vos locaux aient été « visités » ?

Guillaume Dasquié. Sans trop nous en inquiéter. La porte du petit bureau de Geopolitique.com était fracturée et des dossiers étaient ouverts et éparpillés. Les visiteurs n’avaient rien dérobé, ils n’avaient pas touché au matériel informatique. La police a pris ça très au sérieux et a procédé à des analyses. Il s’est avéré que nos visiteurs avaient utilisé des gants spécifiques pour ne pas laisser de traces. Ça nous a presque amusés. Les documents confidentiels que nous obtenons sont publiés en ligne, inutile de se déplacer et d’utiliser des méthodes dignes des romans d’espionnage.

VSD. A votre avis, qui peut avoir des raisons de vous en vouloir ?

G.D. Diverses institutions nous ont déjà montré leur agacement. Par ordre d’intensité, je placerai en tête de classement le parquet de Paris, ex-æquo avec le ministère de la Défense. Ce dernier ayant déposé plainte contre moi pour « divulgation au public de documents ayant le caractère d’un secret de la défense »… C’est une curieuse époque: le pouvoir exécutif abuse des caractéristiques de notre société de l’information, en développant des stratégies de communication de plus en plus sournoises, et dans le temps, il exige que cette société de l’information ne s’intéresse pas aux affaires sensibles de l’État.

VSD. Comment avez-vous eu l’idée de ce site ?

G.D. Une démarche militante nous a engagé à fonder Geopolitique.com. De nos jours, trop souvent, l’information est transformée, modifiée, pour s’imbriquer dans des campagnes d’influence. Nous avons voulu offrir un média complémentaire, pour permettre aux citoyens d’accéder à des sources documentaires de premier ordre, pour se forger une opinion par eux-mêmes. Nous transmettons des éléments validés, replacés dans leur contexte, pour qu’ils se fassent leur avis. Nos abonnés sont en général des passionnés, des personnes surinformées qui sont prêts à payer pour recevoir une information à forte valeur ajoutée.

VSD. D’où proviennent les documents mis en ligne ?

G.D. Bon nombre d’entre eux sont des documents que j’ai recueillis en menant des enquêtes pour mes livres. Sinon, beaucoup de ces documents circulent entre les rédactions. De manière générale, ils font l’objet d’échanges entre confrères, mais ils ne sortent jamais de ce cercle fermé, à l’exception du Canard Enchaîné, qui est, à mes yeux, un modèle de presse d’investigation. Concernant leur diffusion, nous nous imposons des règles précises. Par exemple, nous publions des pièces judiciaires si l’instruction est close, ou si l’instruction connaît des lenteurs anormales dues à des interventions politiques. Ainsi, dans le dossier de l’assassinat du juge Borrel, Jean-Claude Marin, le procureur de la république de Paris, a attaqué Geopolitique.com pour avoir mis en ligne des documents violant selon lui le secret de l’instruction. Ces documents démontraient que, depuis 2004, le ministère de la Défense et le ministère de l’Intérieur ne pouvaient plus ignorer que Bernard Borrel avait été tué, alors qu’ils entretenaient encore le doute sur l’hypothèse d’un suicide. Et précisément, le Tribunal de grande instance nous a relaxés au motif que les documents publiés avaient participé à démontrer l’existence de graves dysfonctionnements institutionnels dans ce dossier.


Propos recueillis par Marjorie Philibert

01/12/2008 15:54

Écrit par : E-fred | 03/12/2008

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu