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22/12/2008

JD Merchet : on ne gagnera pas la guerre en Afghanistan

http://www.lefigaro.fr/international/2008/12/05/01003-200...

 

Jean-Dominique Merchet, journaliste à Libération et auteur de «Mourir en Afganistan», estime que la France doit préparer les conditions de son départ.

Le général Christian Baptiste, porte-parole adjoint du ministère de la Défense, est un homme qui pèse tous ces mots. Voilà ce qu'il a dit ce matin, interrogé par l'AFP ; "A ce jour, l'envoi de troupes supplémentaires n'est pas d'actualité. (...) Nous sommes responsables de la sécurité de la région capitale (Kaboul) et le transfert aux forces afghanes va se faire au cours du premier trimestre de 2009. On réfléchit à l'utilisation des troupes à la suite de ce transfert", a-t-il dit.

Le capitaine de vaisseau Christophe Prazuck, porte-parole de l'état-major, a indiqué au Point.fr que "nous étudions diverses possibilités de réorganisation pour l'été 2009, quand la sécurité de la région de Kaboul passera complètement aux mains de l'armée afghane. Très en amont, nous réfléchissons, à la manière de redéployer le dispositif, à effectifs constants."

Plus politique, le ministre de la Défense Hervé Morin a indiqué la France n'envisage "aucun plan d'accroissement des effectifs en Afghanistan". Ni le président Nicolas Sarkozy ni lui même n'ont "donné à l'état-major la consigne de travailler sur un plan de renforcement des effectifs en Afghanistan", a-t-il ajouté. La veille, avant que l'article ne soit publié sur ce blog, le même ministre expliquait sur RTL que «pour l'instant, nous n'avons pas l'intention d'envoyer des hommes supplémentaires (...) Mais une partie de notre propre sécurité se joue en Afghanistan. On ne peut pas laisser ce pays revenir dans les mains des Talibans.»

Résumons : les autorités militaires confirment que le dispositif sera bien réorganisé à l'été comme nous l'indiquions et ne démentent même pas la constitution d'une brigade française sur le théâtre afghan. Le seul point de désaccord porte sur l'envoi de renforts. C'est un sujet politique très délicat, autant sur le plan intérieur - l'opinion est réservée et la gauche hostile - que dans les discussions avec nos alliés. Voici ce qu'écrit la Lettre A d'informations confidentielles : "Le ministre Hervé Morin l'a assuré à la Lettre A : il n'est pas question que la France augmente son contingent en Afghanistan en 2009. Mais les autorités françaises, à commencer par le président de la République, pourront-elles tenir longtemps cette position ? Car l'une des premières demandes (si ce n'est la première) que sera adressée à Paris par Barack Obama portera justement sur une augmentation de la participation française. Des notes ont déjà été rédigées en ce sens au Quai d'Orsay".

L'annonce ne peut être faite que par le président de la République lui-même, au moment où il le jugera opportun. D'ici là, ce ne seront que démentis plus ou moins prudents. Nous nous retrouvons exactement dans la même situation que l'an dernier à la même époque, lorsque les responsables politiques et militaires ne voulaient pas reconnaitre que la France préparait l'envoi de renforts... avant que le président de la République ne l'annonce à l'occasion du sommet de Bucarest, en avril 2008. Deux mois auparavant, voilà ce que nous écrivions : "Sauf coup de théâtre, la question n'est plus de savoir si, mais quand la France annoncera l'envoi de renfort en Afghanistan". C'est un "secret de polichinelle" juge  un bon connaisseur de ce dossier. En clair, le président Sarkozy va-t-il renoncer à son projet stratégique de retour aux premières loges de l'Otan, tout cela pour éviter d'envoyer un ou deux bataillons dans l'Est afghan ?

Ne soyons pas naïfs : nous ne vivons pas dans un pays où l'envoi de soldats à la guerre se ferait en confirmant des informations données par un journaliste. Il faut plus de solennité à cela, et c'est sans doute tant mieux.

Lire en complément l'excellente analyse de Nicolas Gros-Verheyde sur son blog consacré aux affaires de défense, vues de Bruxelles.

FRENCH BRIGADE...

Le ministère de la Défense et l'état-major des armées préparent l'envoi de nouveaux renforts en Afghanistan. Ils devraient permettre de former une brigade à trois (voire quatre) bataillons interarmes. Cela se traduira par l'arrivée de contingents supplémentaires, dont les effectifs exacts ne sont pas encore connus.

Très demandeurs, les Américains parlent déjà de la "French Brigade" qui devrait s'installer dans l'est de l'Afghanistan, à partir de la vallée de la Kapissa - où des renforts sont déjà arrivés à l'été 2008. Cette brigade serait commandée par un officier général et se verrait attribuer un secteur plus large que celui confié aujourd'hui aux militaires français.

Ces renforts se traduiront vraisemblablement par l'arrivée de plusieurs centaines d'hommes supplémentaires en Afghanistan, afin de participer au "surge" souhaité par le nouveau président américain Barack Obama. Ce "surge", expérimenté avec succès en Irak, vise à renforcer les moyens militaires tout en négociant avec des forces locales.

Cette French brigade devrait permettre de mettre un terme à l'éparpillement actuel des militaires français sur le territoire afghan. "Un vrai mille-feuilles, hérité des phases successives de notre engagement" indique un proche du dossier. Les Français sont actuellement dans la RCC (Regional Command Capitale) dont ils assurent le commandement, d'autres sont dans l'Est sous commandement américain, d'autres dans les OMLT (conseillers militaires de l'armée nationale afghane) y compris dans le Sud, d'autres sur la base aérienne de Kandahar et de Bagram, d'autres enfin instruisent l'Armée afghane. L'idée force consiste à regrouper l'ensemble de ces moyens - ou la majeure partie d'entre eux - dans un ensemble cohérent, à la fois sur le plan géographique et sur celui du commandement.

La création de cette brigade doit correspondre au transfert de la sécurité de la capitale Kaboul et de sa région aux seules forces afghanes. Les contigents français seront ainsi rendus disponibles pour d'autres secteurs. Le sort du secteur de Surobi ("afghaniser' ou en secteur français?) n'est pas tranché.

Environ 3000 militaires français sont actuellement présents en Afghanistan, où ils représentent 5% de l'effort militaire occidental. A l'heure où la France entend réintégrer complètement l'Otan,lors du sommet de Kehl, début avril 2009, il s'agit de peser plus au sein de l'Alliance. A titre de comparaison, les Britanniques, qui fournissent déjà 16% de l'effort militaire, viennent d'annoncer l'envoi d'environ 2000 hommes supplémentaires. Si Paris veut jouer un rôle de premier plan au sein de l'Otan, difficile de se faire autant distancer par Londres sur le seul terrain qui compte pour Obama...

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