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31/05/2009

Le suicide à la 101ème aéroportée

La 101ème division aéroportée US (101st Airborne Division) est célèbre, avec son surnom de The Screaming Eagles, aussi bien pour sa participation à des batailles comme celle de Normandie ou celle des Ardennes en 1944, que pour les opérations qu'elle mena au Vietnam. Plus récemment, le commandement de la 101ème en Irak consacra la célébrité du général Petraeus, à partir de laquelle Petraeus prit le commandement de toutes les forces en Irak pour le fameux “surge” (2007-2008), puis le commandement de CENTCOM, qu’il détient actuellement.

Aujourd’hui, cette unité fameuse, qui est redéployée dans sa base continentale de Fort Campbell, connaît un étrange destin. La base de Fort Campbell vient d’être mis dans une quasi-situation de lock out pendant trois jours à partir du 27 mai, pour permettre aux autorités de tenter d’enrayer le rythme des suicides. Il y a eu 11 suicides confirmés comme tels depuis le début de l’année, et plusieurs autres décès pourraient s’avérer être également des suicides.

Le site Army Times.com présente un rapport sur cette situation, ce 27 mai 2009.

»Regular duties are suspended for three days at Fort Campbell, which leads the Army in suicides this year, so commanders can identify and help soldiers who are struggling with the stress of war and most at risk for killing themselves.

»The post began a stand-down Wednesday so soldiers can focus on suicide prevention training in the wake of 11 confirmed suicides by Campbell soldiers this year. More deaths are being investigated as possible suicides. “This is not a place where Fort Campbell and the 101st Airborne Division want to be,” said Brig. Gen. Stephen Townsend. “We don’t want to lead the Army in this statistic.”

rom January to March, the installation averaged one suicide per week, Townsend said. After an Army-wide suicide prevention campaign in started in March, there were no suicides for six weeks, he said. “But last week we had two. Two in a week,” Townsend said.»

La situation de la 101ème division aéroportée est particulièrement marquée par les déploiements opérationnels depuis 2001, et c’est la pression de ces divers épisodes qui est évidemment identifiée comme la cause de ce taux très élevé de suicides.

«Frequent deployments by the division since 2001 have contributed to the stress suffered by Campbell’s soldiers, said Col. Ken Brown, the head of chaplains on the installation. The three 101st Airborne combat brigades have gone through at least three tours in Iraq. The 3rd Brigade also served seven months in Afghanistan early in the war, and the 4th Brigade just returned from a 15-month tour in Afghanistan. “We’ve been at war at this installation for seven years,” Brown said. “I think that has a cumulative effect across the force.”»

D’une façon générale, les forces armées US sont confrontées à un grave problème de suicides et, sur une échelle beaucoup plus vaste naturellement, à un très grave problème de traumatisme psychologique qui affecte une partie importante des forces. Qui plus est, ce problème ne cesse de s’amplifier et de s’aggraver. («The Army has said that soldier suicides reached the highest rate on record in 2008. Officials said the deaths in 2008 would amount to a rate of 20.2 per 100,000 soldiers, which is higher than the civilian rate, when adjusted to reflect the Army’s younger and male-heavy demographics.»)

La question du suicide dans les forces armées US est une question essentiellement psychologique, dans une époque caractérisée effectivement par l’importance de la psychologie. C’est un facteur évident dans la mesure où les conditions de la guerre ont radicalement changé, avec l’avènement de ce qu’on nomme la guerre de 4ème génération (G4G). Les pertes directes, parmi les forces occidentales super-sophistiquées, sont beaucoup moins élevées, mais la pression de la guerre se fait sentir par des moyens inédits, dans des domaines également inédits, avec des dégâts psychologiques considérables. Le cas de la 101ème division aéroportée est effectivement caractéristique, dans une situation où, à cause de diverses pressions (y compris les pressions des exigences médiatiques et de relations publiques), la capacité au combat de cette unité pourrait être notablement affectée à cause de ce facteur.

Les conditions générales sont loin de s’améliorer. L’armée se bat contre les suicides et les effets des affections psychologiques depuis 4 ou 5 ans et le problème ne cesse de s’aggraver, comme le montrent les statistiques, avec l’année 2008 qui est la pire du point de vue des suicides. Ce dernier cas (2008) montre que ce ne sont pas les combats qui sont directement en cause, puisque cette année a été particulièrement calme en Irak alors que les combats en Afghanistan gardaient la même intensité. La pression psychologique existe également, et surtout à notre sens, au niveau du conditionnement psychologique général des forces occidentales, de l’exagération constante et effrayante des capacités et de la stature de l’ennemi pour justifier toutes les mobilisations, de la situation d’occupantes de territoires étrangers de ces forces, des équipements technologiques qui ont un effet isolant de l’environnement particulièrement dévastateur pour la psychologie, etc. Tout cela fait s’interroger sur la possibilité pour les armées modernes, particulièrement américanistes, de résoudre ce problème dans la mesure où le développement de ces armées, voire les remèdes proposés pour ces affections constituent souvent des causes cachées de ces affections. Par exemple, la recherche d’une plus grande sécurité pour les forces, qui est considérée comme un remède essentiel aux traumatismes, signifie un plus grand isolement dans l’environnement du théâtre d’opération, un facteur qui, lui, accentue la pression négative sur la psychologie.

 

Mis en ligne le 28 mai 2009 à 12H33

http://www.dedefensa.org/article-le_suicide_contre_la_101eme_aeroportee_28_05_2009.html


Publié le 29 mai 2009 à 08h35 | Mis à jour le 29 mai 2009 à 08h44

Poussée de suicides dans une base militaire du Kentucky

Agence France-Presse
Washington

Les activités sur une base militaire américaine du Kentucky ont été suspendues pour trois jours en raison d'une inquiétante vague de suicides parmi ses soldats, a annoncé le commandant de la base, le général de brigade Stephen Townsend.

Fort Campbell qui accueille la fameuse 101è division aéroportée a enregistré le plus fort taux de suicide des forces armées américaines, avec au moins 11 cas confirmés ou suspects dont deux la semaine dernière. «Tout ceci est mauvais pour les soldats, leurs familles, nos unités, cette division, notre armée et notre pays. Les suicides à Fort Campbell doivent cesser», a déclaré le général Townsend.

«Le suicide est une solution permanente à un problème qui n'est que provisoire. Quelle que soit la gravité de votre problème, croyez-moi, ce n'est pas la fin du monde», a-t-il lancé devant les soldats de la base qui sont au repos jusqu'à vendredi inclus.

Le stress lié à la violence des combats en Irak et Afghanistan ainsi que des missions plus fréquentes et plus longues dans ces pays sont considérés comme à l'origine d'une forte progression du nombre de suicides dans l'armée américaine.

L'an passé, 128 soldats ont mis fin à leurs jours après 115 en 2007. Avec déjà 64 suicides confirmés ou suspects cette année, les forces armées sont bien parties pour dépasser le funeste record de 2008.

L'armée s'inquiète de l'état de santé mental de ses troupes. Le 11 mai, le sergent John Russell, a ouvert le feu dans une antenne médicale soignant les traumatismes de guerres sur une base américaine à Bagdad, tuant cinq de ses camarades et en blessant trois autres.

Lors de visites dans différentes bases, le chef d'état-major des armées, l'amiral Mike Mullen, a recommandé aux soldats de signaler d'éventuels troubles chez des camarades et de leur venir en aide.

Mais, selon une enquête de l'Association américaine de psychologie menée en 2008, 61% des hommes et femmes engagés estiment que demander un soutien psychologique aurait un impact négatif sur leur carrière et 53% que cela nuirait à leur image auprès de leurs camarades.

http://www.cyberpresse.ca/international/etats-unis/200905/29/01-861040-poussee-de-suicides-dans-une-base-militaire-du-kentucky.php

24/05/2009

Mort d'un soldat français en Afghanistan (actualisé)

Un caporal-chef français d'une trentaine d'année est mort des suites de ses blessures, aujourd'hui à l'hopital militaire de Bragram. Il a été touché à la tête par une balle tirée par son pistolet de service (Pamas). On ignore s'il s'agit d'un accident ou d'un suicide. Aucun témoin n'a assisté au drame. Comme le reglèment le prévoit, la gendarmerie prévôtale a été chargée de l'enquête. Le militaire servait au sein d'une OMLT à Darrulaman. Il appartenait à la compagnie de transmissions de la 9ème Brigade légère blindée d'infanterie de marine.

Si la thèse du suicide, la pus probable, se confirme, il s'agirait du deuxième sur les 28 militaires français morts en Afghanistan.

 

 



 


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Pipe Line par les Chant Ays 1963

 

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Europa Tour II

 

sarko heil.jpg

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Happy Birthday

P1020893.JPG

Je viens de lire la feuille de chou (http://schlomoh.blog.lemonde.fr/)concernant la pharmacie, et j’ajoute qu’il y a une opération immobilière sur le quartier Port du Rhin….(l’an dernier j’avais un peu fouillé la question : projet Starlette* et Porte de France http://www.investirstrasbourg.com/page.php/fr/390.htm -là où nous étions - projets de l’ancienne mairie, mais tjrs discussions, projet d’éco-quartier, et hôtelier ) or, comment bazarder une population indésirable car miséreuse aux abords de futurs quartiers cossus en bordure du désormais célèbre jardin des deux rives ??? je vous laisse répondre.
Il me semble important d’être SOLIDAIRE avec ces strasbourgeoisES, otages de l’OTAN, otages de la finance, otages des “décisions” gouvernementales et locales. Donc, être nombreux ce mercredi 8 avec eux, parce qu’il s’agit aussi de nous.
Ils ont incendié notre imaginaire de paix entre les peuples, faisons en sorte d’incendier leurs visées mercantiles, occupons le quartier Port du Rhin, grève des loyers, mise en auto-gestion, etc….

 

Pour obtenir d’autres info concernant cette question de spéculation immobilière et banquière (ancien maire, c’était BNP Paribas par le biais de Meunier), nous pourrions contacter le Port autonome qui est en tension, notamment / aux terrains, et qui jouissent légalement eh bien
d’une autonomie / territoire strasbourg.

 

Copie depuis le http://news.aivp.org/news.php?page=tag&id_mot=459 :
Port de Strasbourg : nouvelles opportunités
mardi 17 février 2009

 

Le Port de Strasbourg a conclu l’année avec une baisse de 5% due essentiellement au trafic de matériaux de construction. Mais le développement du conteneur se confirme (+9,5%) grâce en particulier au dynamisme du ferroviaire. 2 éléments devraient conforter ce dynamisme :
le Port va devenir propriétaire des voies ferrées portuaires, et l’intérêt de ses clients pour les liaisons vers Le Havre, Marseille, et bientôt Dunkerque. La restructuration des espaces portuaires va également rendre possibles de nouvelles activités logistiques, de même que la réalisation du nouveau terminal conteneur qui sera exploité par un opérateur privé. Reste par ailleurs à trouver un accord avec la Ville sur certaines implantations.

 

Navigation, ports & industries
Journal de la marine marchande
Source : L’extension du terminal Nord en voie d’achèvement / BOHLINGER, Philippe - Journal de la marine marchande, vendredi 23 janvier 2009, pp. 22-23
Strasbourg : une politique portuaire renouvelée / N.S. - Navigation, ports & industries, janvier 2009, p. 7

 

*Strasbourg : le charbon devient du tertiaire
lundi 8 janvier 2007
Le redéveloppement des “terrains Starlettes” à Strasbourg va démarrer.
Anciens terrains portuaires dédiés essentiellement au charbon, ce site de près de 9ha a vocation à devenir un nouveau pôle de services permettant au Port autonome de diversifier son offre et d’offrir une façade fluviale contemporaine. Une tour de bureaux, un ensemble de
constructions dédiées aux activités tertiaires et de services, et un complexe hôtelier sont notamment programmés. Le site pourra accueillir environ 1900 emplois directs. Le projet de l’agence d’architectes hambourgeoise BRT (Bothe, Richter, Teherami) sera développé avec Meunier Immobilier d’Entreprise, filiale de promotion immobilière du groupe français BNP Paribas. Les premiers bâtiments sont prévus pour 2009.
Source :

 

Port Autonome de Strasbourg, communiqué de presse, 14 décembre 2006, - p. >Voir aussi notre article 657

 

Pour plus d’informations - Mme Tapaloglu, Port autonome de Strasbourg, Aménagement urbain - b.topaloglu@strasbourg.port.fr

 

 

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Les Olivenstein "Je suis fier de ne rien faire"

 

@Fier de ne rien faire (Eric Tandy)

A sucer des poires belle-hélène
Les mains pleines de confitures
Et les lèvres peintes de haine
Lorgnant là-haut le ciel azur
Où les japs se démènent
A détourner des Boeing
A descendre ceux qui rechignent
Oh mon Dieu qu'ils ont mauvaise mine

Je suis fier de ne rien faire )
Fier de ne savoir rien faire ) (x2)

Je n'ai même pas le courage
D'aller pointer au chômage
Oui bien sûr j'ai le bon âge
De pouvoir placer dans ma vie
Tous mes talents inusables
Et mes charmes infinis
C'est dur d'être si feignant
Quand on aime tant l'argent


Je suis fier de ne rien faire )
Fier de ne savoir rien faire ) x2

Rien faire pas faire
Faut l'faire défaire refaire...

 

@Euthanasie (Eric Tandy)

Vite vite vite y'a encore une fuite
Que le médecin colmate
J'vous f'rais sombrer à coups d'savates
Dans le lit maculé
Vite vite vite l'état empire vite
Y'a longtemps déjà
Que je vois venir le trépas
Et sonner le glas

Euthanasie papy )
Euthanasie mamy ) (x2)
Votre calvaire est fini )

Tchak tchak tchak c'est à coups d'piquouses
Qui m'raniment à Toulouse
Et vous maintiennent encore en l'air
Alors pour votre bien
Vous seriez mieux sous terre
A faire vos prières

Pour les vieillards et les infirmes
Paralytiques et asthmatiques
Les assedic, syphilitiques
Les diabétiques, les catholiques
Euthanasie pour eux aussi (x2)
Euthanasie c'est bien fini
Euthanasie plus de soucis
Euthanasie pour vous aussi.

 


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Soutien aux inculpés

soirée LT epines 230509.pdf

 

Le prochain procès "des tourangeaux" aurait lieu lundi 22 juin prochain au Tribunal de Grande Instance de Strasbourg. Accusés d’avoir acheté du white spirit, une serpillère et des lunettes de plongé dans un hypermarché de Strasbourg pendant le contre-sommet de l’OTAN, dénoncé par les vigiles du magasin, les trois personnes avaient été arrêtés et incarcérés pendant un mois à la prison de l’Elsau après avoir refusé leur comparution immédiate. Libérés le 5 mai après qu’une des nullités plaidées ait été accepté par les juges, le parquet avait modifié "l’erreur" afin de faire recomparaître les trois personnes. C’est donc une troisième fois qu’ils vont comparaître devant le TGI, l’acharnement est manifeste. La procureur avait requis 12 mois de prison fermes.

Der nächste Prozess der Kameraden aus Tours findet am Montag, 22. Juni im Tribunal de Grande Instance de Strasbourg statt. Die drei wurden während des Nato- Gegengipfels in einem grossen strassburger Supermarkt von den Sicherheitsleuten denunziert white spirit, ein Wischtuch und Taucherbrillen gekauft zu haben, sie wurden festgenommen und haben einen Monat im Knast in der Elsau verbracht, nachdem sie das Schnellverfahren abgelehnt hatten. Am 5. Mai wurden sie freigelassen, weil der Richter einen der von der Verteidigung angeführten Verfahrensfehler akzeptiert hatte. Die Staatsanwaltschaft berichtigte den „Fehler“, um die drei Personen erneut vorladen zu können. Nun werden sie zum dritten Mal vor dem TGI erscheinen. Man lässt nicht locker. Die Staatsanwaltschaft hatte 12 Monate ohne Bewährung gefordert.

 

 

 

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30/05/2009

le poète du Cordel

 

Le symbole et ses diverses résonances : analyse de l'historiographie du Cangaço

Au XIXème siècle, des bandes armées -les cangaceiros- parcourent la région semi-aride du Nordeste brésilien. Ce phénomène du Cangaço, qui prendra fin à la mort, en 1940, du dernier grand chef de bande -Corisco, le Diable Blond- ne tardera pas à devenir une légende. Dès le début du siècle, les poètes populaires nordestinos immortalisent les prouesses des cangaceiros à travers une littérature régionale, sorte de chanson de geste, le Cordel. Sur les marchés et les foires, on chantera ou on lira à haute voix l'épopée tragique de ces héros d'autrefois.

Phénomène régional au départ, le thème du Cangaço va dépasser progressivement les cadres de la poésie populaire nordestine : romans, films ou pièces de théâtre, vont à leur tour s'approprier l'image du cangaceiro et la diffuser dans un plus large public. En 1953, le film de Lima Barreto, Os Cangaceiros, sera même présenté au festival de Cannes. A l'instar de l'image de l'Indien, aseptisée par le Romantisme, le Cangaceiro s'inscrit alors parmi les éléments symboliques de la "brésilianité". Et c'est une représentation idéalisée de ces bandits -symbole de liberté, d'identité nationale ou de force occulte des opprimés- qui se répand dans certains milieux intellectuels de cette époque.

A partir des années soixante, cette vision embellie du cangaceiro, débordant la limite de la production artistique, va s'insérer à l'intérieur de certaines interprétations socio-historiques du phénomène et les teinter, parfois, fortement. Le cangaceiro, que l'on oppose désormais aux grands propriétaires terriens, se transforme ainsi en une sorte d'"infra-révolutionnaire", luttant inconsciemment pour la réforme agraire.

Toutefois, cette idéalisation des bandes armées, si elle est sensible, n'est pas omniprésente dans l'ensemble des ouvrages existants. Singulièrement, l'image du cangaceiro- selon les auteurs ou l'époque des publications- se déplace à l'intérieur d'un éventail de représentations très contradictoires allant du bandit sanguinaire au bandit social, du justicier au forban sans scrupules.

Nous tenterons d'analyser ici ces diverses approches du Cangaço telles qu'elles se présentent dans l'historiographie brésilienne concernant ce phénomène. Nous nous questionnerons à la fois sur les outils et sur l'état actuel de la recherche.

Comme l'a pertinemment signalé Pereira de Queiroz[1], la nécessité d'un déchiffrage précis des diverses réalités sociales englobées sous le terme de cangaceiro s'impose à qui approche pour la première fois l'histoire du Cangaço. En effet, l'emploi élargi de celui-ci, très variable selon les auteurs et les époques -et surtout chez ceux de la première moitié de ce siècle- rend extrêmement difficile la compréhension du phénomène. Le cangaceiro, s'il est synonyme de bandit, le sera aussi de garde du corps (le capanga), mais encore d'homme-lige (cabra) ou de mercenaire (le jagunço), tout comme il servira parfois à désigner le membre d'une parentèle en lutte pour le pouvoir.

Dans ce contexte, il semble nécessaire, en préalable à l'analyse historiographique, de préciser un certain nombre de définitions. Etymologiquement, le terme cangaceiro dérive probablement du mot canga (joug) et est utilisé jusqu'à la fin du XIXème siècle pour désigner tout homme lourdement armé. Le cangaceiro est celui qui porte "sur ses épaules le tromblon, comme un boeuf porte le joug"[2]. Il est sous le Cangaço, c'est à dire, sous le fardeau.

Dans un premier temps, le terme cangaceiro, dans ce sens de surcharge d'armement, a servi à nommer tout groupe d'hommes, qui armé et payé par des éleveurs de bétail du Sertao, entre en guerre contre les tribus indiennes dans le but d'agrandir les zones de pâturage.

Avec l'Indépendance, une deuxième utilisation du terme cangaceiro se développe au moment des grandes luttes entre chefs locaux : il désigne dès lors l'homme armé appartenant à l'un des "clans politiques" qui s'entretuent. Dans ces luttes de parentèles, célèbres dans le Sertao, comme celle des Pereiras contre les Carvalhos, ou celle des Cavalcanti Ayres opposés aux Carvalho Nobréga, chaque clan possède sa propre milice privée, ses bandes de cangaceiros. Ces dernières, composées aussi bien par les membres les plus éminents de la parentèle, que par les cabras, les capangas ou les jagunços[3], se forment et se dissipent selon les besoins du moment. Enfin, le terme sera aussi utilisé pour nommer les intégrants des bandes permanentes, qui à partir de la deuxième moitié du XIXème siècle, parcourent le Sertao.

Toutefois, si le mot cangaceiro, comportant ce sens de surcharge d'armement, peut s'étendre à des réalités sociales diverses, celui de Cangaço s'applique à un unique mode de vie : celui des bandes nomades qui, vivant du pillage, s'écarteront graduellement des luttes des familles. Deux grands noms y sont associés, Antonio Silvino et Lampiao. Ce sont eux qui deviendront, dans l'imaginaire collectif, les héros légendaires.

Leurs histoires, comportent d'ailleurs quelques traits communs : entrés dans le cangaço par souci de vengeance à la suite du meurtre de leur père, Antonio Silvino, comme Lampiao, sans jamais parvenir à tuer les assassins, s'éloigneront progressivement des luttes de familles auxquelles ils étaient liés, pour constituer, chacun leur tour, une sorte de "troisième force sociale" indépendante, échappant à la fois au contrôle du pouvoir gouvernemental et à celui, plus traditionnel, des parentèles.

Ainsi Antonio Silvino (Manuel Baptista de Morais), à la tête d'un petit nombre d'hommes, entre huit et dix individus, parcourt le Sertao durant une quinzaine d'années entre 1897 et 1912. Capturé vivant par la police, il sera emprisonné, et plus tard gracié par Getulio Vargas, en 1937.

Lampiao (Virgulino Ferreira da Silva), est, quant à lui, chef d'une bande beaucoup plus importante, pouvant atteindre à certaines périodes une centaine d'individus. Cette bande, dès 1930, intègre des femmes, et établira en son sein une sorte de "subculture" originale, avec ses attributs vestimentaires, ses codes de hiérarchie, ses rapports entre les genres, ses rituels d'initiation, ses valeurs culturelles et ses pratiques religieuses. Se déplaçant beaucoup, généralement à pied, les cangaceiros (hommes et femmes) transportent sur leur dos une charge pouvant atteindre 40 kilos. Lampiao, le "Roi du Cangaço", "règne" ainsi sur le Sertao de 1922 à 1938, date à laquelle il est tué par la police. Deux ans plus tard, ce sera le tour de son bras droit, Corisco. Le Cangaço des bandes permanentes prend fin.

L'un des premiers à s'intéresser au phénomène, est Gustavo Barroso, dont l'ouvrage Heroes e Bandidos[4], publié en 1917, constitue une étude incontournable dans l'historiographie du Cangaço. Originaire du Céara, Barroso s'intéresse aux problèmes spécifiques du Nordeste, décrivant dans ses publications, aussi bien les faits historiques que les coutumes et le folklore de cette région. Heroes e Bandidos, utilisé en tant que source par pratiquement tous les historiens en la matière, est avant tout une reconstitution des luttes politiques et des luttes de famille. L'auteur y emploie de façon très diversifiée le terme cangaceiro, et consacre son dernier chapitre à Antonio Silvino. Empruntant une approche méthodologique où apparaissent bien des lacunes -l'auteur fournit rarement l'origine de ses sources-, Barroso nous "raconte des histoires", sur un mode passionné et guère affranchi de certains jugements de valeur, allant, parfois, jusqu'à introduire dans le récit des dialogues et faisant régulièrement appel aux récits poétiques de la littérature du Cordel.5

Il est néanmoins très intéressant de retrouver dans l'ouvrage de Barroso des jalons qu'utiliseront la plupart des publications ultérieures sur le Cangaço : présence des dialogues insérés dans les récits, jugements de valeur, défaut de rigueur méthodologique. En effet, si les ouvrages concernant le phénomène sont nombreux, ils sont aussi, pour leur majorité, produits par des "passionnés" du Cangaço. Ces estudiosos (chercheurs), comme on les désigne, appartiennent aux horizons les plus divers, et exercent les professions les plus variées. Ils vont recueillir des années durant, les faits, les anecdotes, les détails de la vie des cangaceiros. Leurs ouvrages, dont la plupart traitent de Lampiao et sa bande, constituent, en raison de la quantité d'informations qu'ils comportent, un réservoir non négligeable pour la recherche. Sous un autre aspect, ces ouvrages révèlent un caractère propre, donnant naissance à un phénomène particulier, très spécifique à l'historiographie du Cangaço.

Les publications de ces estudiosos étant trop nombreuses[6] pour nous permettre ici de les aborder dans le détail, nous citerons, à titre d'exemple, un extrait d'ouvrage assez significatif, celui de Rodrigues de Carvalho[7].

Dans cet extrait, l'auteur tente d'apporter une explication au fait, incompréhensible, que Lampiao, malgré sa puissance, ne parvient pas à tuer Saturnino, l'assassin de son père. Selon Rodrigues de Carvalho, Lampiao se rend, un jour, chez Saturnino, afin d'y accomplir sa vengeance, mais à l'intérieur de la maison, se trouve la mère de celui-ci, qui, par ailleurs, est la propre marraine de Lampiao :

"[Il] entre, le fusil prêt à tirer, impétueux et vindicatif, quand la vieille femme, ferme et résolue, se dresse sur son chemin et lui demande avec un air pathétique :

- Virgulino, mon fils, que veux-tu faire de moi ?

- Je ne prétends rien faire de vous, je veux seulement tuer ce vieux chien qui vient de s'enfermer dans cette chambre! rétorque le bandit, furieux. Mais la vieille dame lui répond avec la sérénité et l'héroïsme dignes des véritables mères quand elles voient leurs fils en danger :

- Mon petit, si tu éprouves le besoin d'enlever la vie à quelqu'un, je suis ici. Tu peux faire de moi ce que bon te semble [...] Tue-moi, mais épargne la vie de mon fils."[8]

Devant ce discours "d'une résolution et d'une force morale inébranlables", Lampiao recule. Il reste quelques instants silencieux et "certains racontent que, pour la première fois, on a vu le terrible malfaiteur essuyer une larme."[9]

Les valeurs morales, l'éloquence passionnée, présentes dans cet extrait sont un premier élément caractéristique de ces publications. Exprimés tacitement ou explicitement, ces jugements de valeur viennent régulièrement s'intercaler dans la présentation des faits, allant parfois jusqu'à dresser des portraits assez caricaturaux du célèbre cangaceiro et de ses comparses.

D'autre part, ces ouvrages sont fortement imprégnés, soit d'une forme de réquisitoire, soit d'une sorte d'apologie du Cangaço. Prises de positions que l'on pourrait attribuer au fait que la plupart de ces auteurs appartiennent, d'une manière ou d'une autre, directe ou indirecte, proche ou lointaine, aux factions antagonistes qui opposèrent alliés et adversaires de Lampiao. Diabolisation ou idéalisation, ces ouvrages semblent se construire comme des réponses au camp rival.

A ce titre, nous citerons un autre auteur important, le prêtre Bezerra Maciel[10], qui durant neuf ans, va recueillir des informations dans le Sertao, et publiera cinq volumes sur la vie de Lampiao, dans lesquels il insistera sur la piété, la bonté, le sens de la justice et de la famille chez le célèbre cangaceiro. Dans cet extrait, Lampiao prend en otage un inspecteur de la Standard Oil Company et demande une forte rançon en échange de sa libération. Mais l'argent n'arrive pas et l'inspecteur est au bord du désespoir:

"Lampiao, subitement, se rend compte de l'état d'esprit de son prisonnier, il le tranquillise en lui touchant légèrement l'épaule:

- 'Si je reçois l'argent, je vous libère, si je ne le reçois pas, je vous libère aussi, si Dieu le veut'.

Après un profond soupir de soulagement, le voyageur rassuré, va jusqu'à se dire avec conviction:

- 'Comme Lampiao est bon !...'"[11]

Ces extraits mettent en évidence un autre trait caractéristique de ces ouvrages, qui leur confère, par ailleurs, une nature spécifique : la reconstitution de dialogues dans le texte. En effet la présence de ces dialogues introduit dans le récit une oscillation sensible entre fait historique et invention, allant parfois jusqu'à une surprenante intrusion du merveilleux dans le déroulement des événements.

Citons encore un extrait exemplaire rapporté par le même Bezerra Maciel[12]. Ici l'auteur nous donne sa version d'un combat contre la police où Lampiao fut grièvement blessé. Les cangaceiros voyant leur chef presque inanimé et paralysé par la douleur le cachent derrière un buisson.

Un soldat le découvre :

"Lampiao comprit que son heure était venue. Il ne pouvait rien y faire. Pas même utiliser son fusil, tant il était faible et épuisé [...], il allait à ce moment extrême de sa vie et de son destin, se prévaloir une fois de plus du pouvoir de sa foi. Il cassa un brin de foin et le porta verticalement devant son visage et récita de toute son âme et de toute sa foi cette oraison d'envoûtement [...] Chose incroyable ! le soldat le regarda, fixa bien les yeux de Lampiao, mais ne le vit pas !... Une force mystérieuse l'avait aveuglé."[13]

Une telle récurrence tant au niveau de l'utilisation des dialogues qu'à celui de la référence au merveilleux dans certains témoignages, si elle met en évidence le caractère hybride de ces publications, semi-véridiques, semi-fictives, ne manque pas par ailleurs de nous suggérer un rapprochement entre ces estudiosos et les poètes du Cordel[14].

Cette littérature populaire, autre support où s'épanouiront les exploits des cangaceiros est, au départ, un véritable véhicule de l'information immédiate. En effet depuis le début du siècle, à coté d'une geste de héros empruntés aux romans de chevalerie européens, apparaissent parmi les sujets traités par les poètes ambulants, des thèmes issus directement de la presse, notamment les nouvelles à sensation et les faits divers. Les poètes populaires seront parmi les premiers à enregistrer sur leurs "feuillets" les faits relatifs au cangaço -composant ce que l'on appellera plus tard le "cycle historique" du Cordel- dans un style narratif particulier où les cangaceiros deviennent peu à peu des héros épiques.

Dans cette littérature, où tout est utilisé, mélangé, brassé, la plupart des poètes vont ainsi accommoder les événements aux croyances et aux valeurs de leur public, faisant coïncider le point de vue du texte à celui de ses lecteurs ou de ses auditeurs. Se plaçant naturellement en résonance avec la presse de la côte, le poète du Cordel se doit de traquer toute "contrevérité", rencontrée lorsqu'elle s'exprime dans une représentation étrangère à l'imaginaire collectif de son public. Il est en quelque sorte le garant de la "vérité".

De même que dans le Cordel, le cangaceiro est dans les ouvrages des estudiosos, soit le héros, soit l'antihéros des épopées, et en aura, tacitement ou explicitement, les attributs : prédestination, précocité, surévaluation de ses capacités, protection des forces divines ou pacte avec les puissances démoniaques.

Comme les poètes du Cordel, les estudiosos, intégrant les champs délimités des défenseurs ou des admirateurs de Lampiao, se donnent pour mission de démasquer tout "mensonge" répandu au sujet du célèbre cangaceiro. La confrontation vérité/contrevérité ne se pose pas ici dans une opposition entre le "réel" et le merveilleux mais se situe plutôt dans une dimension propre, dans laquelle interviennent valeurs et principes d'un univers où le surnaturel interfère dans les détails du quotidien, dans une vision du monde spécifique à l'élaboration imaginaire de ces auteurs et de leur public.

Cependant, les moyens par lesquels cette "Vérité" s'affirme, montrent une nette distinction entre les productions du Cordel et celles des estudiosos. Tandis que les poètes du Cordel se désignent comme porteurs de la véracité des faits parce qu'ils revendiquent être les "écrivains du peuple" (escritores do povo), les porte-parole d'une voix collective, les estudiosos, pour leur part, font appel à leur travail de recherche et de récolte d'informations, comme gage de sérieux et de véracité. Et ce sera essentiellement à partir des témoignages de ceux qui, d'une façon ou d'une autre, ont eu un rapport, direct ou indirect, avec le Cangaço, que ces estudiosos vont aborder leur reconstruction du passé.

Il apparaît donc que ces ouvrages, émanants d'une mémoire collective, constituent un support dans lequel se perpétue cette même mémoire, c'est à dire, à la fois, son capital symbolique, ses moyens de conservation et son rapport à l'Histoire. Il semble dès lors probable, que pour ces estudiosos, la reconstruction du passé, le récit des événements, nécessitent avant toute chose, non pas d'avoir les preuves documentaires, mais d'être repris, conquis et en quelque sorte approuvés au sein de la représentation du monde du public auquel ils s'adressent. Ici pourrions nous trouver prétexte à cette présence constante de ces reconstitutions de dialogues qui placent singulièrement le lecteur au coeur de la scène, et font de lui, à la fois le témoin et le juge du moment historique.

Ainsi, les ouvrages de ces estudiosos, puisqu'ils sont, en même temps, résultat et élément constitutif d'une mémoire commune, obéissant à des règles qui lui sont propres, insèrent le Cangaço dans un mouvement pendulaire entre fait historique et projections collectives.

Délaissés par les historiens du Cangaço, considérés comme "de mauvaise qualité", ces ouvrages qui représentent la majorité des publications parus sur le sujet, constituent, pourtant, un vaste champ de recherche, une source inexplorée pour la compréhension du fonctionnement des imaginaires sociaux et de leur mécanismes d'appropriation des événements historiques.

On verra que malgré une volonté affirmée de démarquage par rapport à ceux-ci, l'idéalisation ou la diabolisation du cangaceiro débordera pourtant du cadre de ces ouvrages. En effet, cette oscillation entre mythe et réalité, entre fait historique et projections collectives ne disparaîtra pas toujours dans les analyses socio-historiques postérieures au phénomène.

Le premier historien brésilien à étudier le Cangaço est Rui Facco, dont le célèbre ouvrage, Cangaceiros e Fanaticos[15], paru en 1965, va influencer toute une génération de chercheurs de l'Université de Sao Paulo.

Dans les sillages d'Hobsbawn[16], Facco considère le cangaceiro comme un bandit social ayant son origine dans la structure foncière du pays. Son objectif est de démonter que, tandis que les mouvements millénaristes constituent une forme passive de lutte, le cangaceirismo représente une forme active du combat contre l'oppression du latifundium. Cet ouvrage est un élément capital dans le processus d'appropriation imaginaire, auquel nous avons déjà fait allusion et par lequel le cangaceiro se transforme en une sorte d'infra-révolutionnaire, symbole de la lutte pour la réforme agraire.

Ce symbolisme se développe dans des conditions historiques bien spécifiques. Depuis la fin des années cinquante sont créées dans le Nordeste, les Ligues Paysannes pour défendre les droits des petits paysans face aux senhores de engenho. L'avocat Francisco Juliao, fondateur et leader de ces Ligues, sera d'ailleurs le premier à revendiquer les cangaceiros comme étant les pionniers de leur combat. Une partie de l'intelligentsia brésilienne vit à ce moment-là une période d'effervescence, dont la création des Centros Populares de Cultura, les programmes d'alphabétisation et de conscientizaçao des masses populaires, les débats sur la révolution brésilienne au sein de l'ISEB (Instituto Superior de Estudos Brasileiros) sont quelques unes des manifestations. Le coup d'état de 1964 va désarticuler la démarche de ces intellectuels. Le régime militaire, perçu comme incapable d'apporter une réponse aux problèmes fondamentaux de la société brésilienne, ne peut être pour eux qu'un intermède. Et, jusqu'au durcissement du régime, à travers l'Ato Institucional ndeg.5 (AI5) de 1968 qui ouvre une période de répression sans précédent, la production culturelle va connaître une nette expansion. C'est à ce moment que les théories marxistes, pénètrent en force dans l'Université de Sao Paulo (USP), et vont influencer la grille d'analyse qui sera utilisée pour l'étude du Cangaço.

Dans ce nouveau contexte, nous pouvons supposer que l'idéalisation du Cangaço est une tentative de formuler une "proto-conscience" du peuple, capable de se soulever face à l'oppression. En effet, dans la pensée d'une bonne partie des intellectuels, les masses populaires démunies d'une conscience politique sont les seules forces qui ne se trompent pas, et qui ne vont jamais se corrompre. Par ailleurs, selon ces intellectuels, cette conscience politique "n'atteint son point culminant que lorsqu'elle rejoint cette inconscience porteuse de la potentialité révolutionnaire"[17]. Ce sera justement aux paysans, plutôt qu'aux ouvriers, que l'on attribuera le plus fréquemment la vertu de transformer la société. Or le cangaceiro est justement celui qui lutte inconsciemment pour la réforme agraire. Ainsi Facco affirme qu'à coté des "fanatiques" des mouvements millénaristes, ces bandes armées représentent "les éléments actifs d'une transformation qui prépare les changements de caractère national"[18].

En les considérant comme les ancêtres des Ligues Paysannes, les intellectuels de sensibilité marxiste ont probablement voulu faire des cangaceiros un instrument politique, historiquement déterminé. Autrement dit, nous pouvons suggérer que le Cangaço serait alors un moyen de légitimer l'existence d'une lutte de classes et d'une résistance au latifundium au sein de la population rurale.

Cette lecture du Cangaço, axée sur l'oppression, soit du latifundium, soit d'un appareil judiciaire corrompu et inefficace, a constitué, pendant longtemps, la grille de base utilisée dans une bonne partie des analyses du Cangaço, fermant ainsi la compréhension du propre phénomène.

A partir des années 80, à contre-courant de l'image du bon cangaceiro, va se développer une historiographie nettement marquée par une valorisation négative et ne permettant pas, ici encore, d'échapper à ce même clivage décelé chez les estudiosos qui opposent adversaires et partisans de Lampiao.

A ce titre, nous citerons Alfredo Rodrigues[19] qui, dans sa thèse de Livre Docencia, soutenue à l'Université de Sao Paulo, en 1985, s'efforce de démontrer l'inhumanité inouïe de Lampiao et le sadisme gratuit des cangaceiros. Cette diabolisation de Lampiao est aussi très explicite dans l'un des derniers ouvrages paru sur le sujet, celui de Chiavenato, O cangaço, a força do Coronel[20], publié en 1990. Ici l'auteur, voulant rompre avec le mythe du rebelle primitif, dénonçant des réseaux d'alliance entre cangaceiros et membres des couches dominantes, aboutit à la conclusion que Lampiao n'a été rien de plus qu'un bandit sanguinaire asservi aux chefs locaux. On note que, parallèlement aux estudiosos, chez qui, l'antihéros des épopées doit, malgré tout, posséder les attributs d'un grand belliqueux -bravoure, malice et cruauté- Chiavenato insiste sur le fait que Lampiao "bien qu'il soit un terroriste, a été un astucieux guerrier"[21] Dans sa volonté de démystification, Chiavenato se retrouve, pourtant, piégé dans sa propre élaboration imaginaire : non seulement le cangaceirismo de Lampiao se réduit à n'être que le fruit d'une pure barbarie, mais par ailleurs, l'auteur interprète l'intégration de femmes à la bande comme une révolution féministe -et ceci en dépit des témoignages contraires d'ex-cangaceiras encore vivantes.

Ainsi, l'étude du Cangaço continue-t-elle de présenter, à plusieurs niveaux du social, un terrain fertile pour les aspirations et les projections collectives. Terrain privilégié de l'imaginaire, le Cangaço ouvre, en effet, tout un éventail de représentations à partir du dédoublement d'un même symbole. De même que la maison est à la fois, rêve de refuge, d'accueil et de sécurité, elle est l'image du cachot, symbole de l'oppression carcérale, de l'ensevelissement, voire du tombeau[22]; le cangaceiro devient révolutionnaire, bandit social, justicier, gardien des valeurs morales ou terroriste, forban sans scrupules, monstre sanguinaire. Légende noire ou légende dorée des cangaceiros, diabolisation ou idéalisation, c'est en fin de compte un seul et même matériel symbolique qui s'ouvre à plusieurs résonances.

Peu d'ouvrages dépasseront la dimension symbolique de Lampiao et intégreront la problématique de la violence, ainsi que son cortège d'horreur, en tant qu'éléments constitutifs des rapports sociaux sans, pour autant, plaquer sur le phénomène un système de représentations venues du dehors [23]. Le premier est le célèbre ouvrage de Maria Isaura Pereira de Queiroz[24], à travers lequel l'auteur nous offre un aperçu sociologique de la région, ouvrant ainsi de multiples perspectives pour la recherche. Nous citerons aussi l'étude du sociologue Saker Fauzi[25], dans laquelle celui-ci inscrit le phénomène du Cangaço dans un processus de restructuration du pouvoir traditionnel, qui se remodèle afin de garantir l'hégémonie des groupes dominants. Pendant ce processus, le contrôle de la violence échapperait aux membres des couches dominantes permettant la constitution de bandes nomades qui s'imposent un temps comme "troisième force sociale".

Enfin nous ferons mention de l'ouvrage de Frederico Pernambucano de Mello[26], qui apporte des éléments essentiels à la compréhension du phénomène, en distinguant deux catégories de Cangaço : celle de la "vengeance", autour de petits propriétaires qui, une fois leur honneur lavé, se retirent de la vie nomade (comme ce fut le cas pour Sinho Pereira, le premier chef de Lampiao) et celle dite de "moyen de vie", composée par des bandes dont les membres se détachent des luttes de parentèles, sans jamais avoir accompli leur vengeance. Dans cette catégorie du "Cangaço-moyen de vie", l'auteur introduit, la notion de "bouclier éthique", considérant la nécessité pour ses membres de ne pas accomplir la vengeance, légitimant ainsi leur permanence dans cette vie nomade. Toutefois, Mello considère le Cangaço de vengeance comme "endémique", alors qu'il estime le Cangaço moyen de vie comme fait "épidémique".

L'ensemble de ces ouvrages, pourtant, nous semble manquer à la fois d'une étude solide des mentalités, et d'une analyse approfondie des conditions socio-économiques et politiques de la région, notamment dans une perspective historique. Qui sont ces petits propriétaires sortant de la légalité pour vouloir rétablir leur honneur bafoué ? Comment tissent-ils leur réseaux de sociabilité ? Quels sont les critères qui leur permettent de se penser eux même et de percevoir le monde environnant ? Y-a-t-il un processus historique de restructuration de la société, au niveau économique, social, politique, permettant l'apparition des bandes nomades ? Lequel ? Ces bandes, seraient-elles une tentative désespérée de rester dans une société qui est en train de se désintégrer ? Par quel nouveau mécanisme de contrôle et d'intégration a-t-on empêché une réapparition de ces bandes, si les violentes luttes entre les familles continuent de déchirer le Sertao ?

Autant de questions que l'historiographie sur le Cangaço doit désormais élucider et qui, nous le pensons, l'affranchiront un peu plus des projections collectives, permettant ainsi de restituer à ce phénomène sa cohérence, sa complexité et sa logique interne.

 


[1] QUEIROZ Maria Isaura Pereira de, "Notas sociologicas sobre o Cangaço", in Revista Ciências e Culturas, v. XXVII, Sao Paulo, 1975, pp. 495-516.

[2] BARROSO Gustavo, Heroes et Bandidos, Ed. Francisco Alves, 1917, p. 31.

[3] Tandis que la catégorie des cabras et des capangas est composée soit par des membres inférieurs de la parentèle, soit par des travailleurs de la fazenda (le capanga s'étant évidemment spécialisé dans le domaine de la sécurité rapproché) qui entretiennent une relation de soumission et de dépendance envers leur patron ou parent, le jagunço est plutôt un mercenaire isolé.

[4] BARROSO, op. cit..

5 Marianne WIESEBRON, dans son article "Historiografía do Cangaço e estado atual da pesquisa sobre o banditismo a nivel nacional e internacional", in Revista da SBPH, ndeg. 9, pp. 45-61, 1994, conteste la véracité des informations rapportées par Barroso, notamment en ce qui concerne Antonio Silvino.

[6] Nous pouvons citer, entre autres, COSTA Gutemberg, Gotas de sangue num mar de lamas, visao historica e sociologica do cangaço, 1982 ; CORREA, Antonio Amauri, Assim morreu Lampiao, 1976 ; LINS Valdemar de Souza, Os cangaceiros de Lampiao e o IV mandamento, 1977 ; LUNA Luis, Lampiao e seus cabras, 1963 ; OLIVEIRA Aglea Lima de, Lampiao Cangaço e Nordeste, 1970.

[7] CARVALHO Rodrigues de, Serrote Preto, Lampiao e seus sequazes, Senegra S/A, Rio de Janeiro, 1974, p. 132.

[8] Traduction de l'auteur : Foi entrando de fuzil engatilhado, impetuoso e vingativo quando a ancia, firme e resolutamente interceptou-lhe aos passos, interrogando-o numa atitude patética :

- Virgulino, meu filho, que pretendes fazer comigo?

- Com a senhora nada pretendo. Quero apenas matar esse cachorro velho que acabou de se trancar neste quarto! Redarguiu o bandoleiro, furibundo. Mas a velhinha respondeu-lhe com a serenidade e heroismo dignos das verdadeiras maes quando veem os os filhos em perigo :

- Meu fillho, se sentes necessidade de tirar a vida a alguem, eu estou aqui. Fazez de mim o que quizeres(...)Mata-me, mas poupa a vida a meu filho.

[9] CARVALHO, op. cit., p. 133.

[10] MACIEL Frederico Bezerra, Lampiao, seu tempo, seu reinado, v. III, Vozes, Pétropolis, 1986, p. 141.

[11] Traduction de l'auteur: "Lampiao, num relance, percebeu o estado de espirito do prisioneiro e tranquilizou-o batendo-lhe de leve no ombro :

- "Se vier o dinheiro eu solto, se nao vier eu solto tambem, querendo Deus."

Uma suspiraçao de alivio reanimou o viajante que chegou a dizer convictamente a si mesmo :

- "Como Lampiao é bom !...

[12] MACIEL, op. cit., v. II, p. 119.

[13] Traduction de l'auteur : Compreendeu Lampiao que havia chegado sua hora . Nada poderia fazer. Nem sequer utilisar o mosquetao, de tao fraco, exaurido (...) ia agora, nessa emêrgencia suprema de sua vida e de sue destino, mais uma vez se valer do poder da fé. Quebrou um talo de capim, segourou-o verticalmente na frente de seu rosto e rezou com toda a alma e a fé a seguinte oraçao de envluntamento (...) E espantoso! O soldado olhou, fixou bem nos olhos de Lampiao e nao o viu !... Uma força misteriosa o cegara.

[14] Marcia de ABREU, dans son article "Cordel, Historia ou ficçao" (communiqué présenté au Congrès de Literatura e Historia, Campinas, 1994) démontre ce caractère hybride, mi-véridique, mi-fictif, de la poésie populaire.

[15] FACCO Rui, Cangaceiros e Fanaticos, Civilisaçao Brasileira, Rio de Janeiro, 1965.

[16] Malgré le fait que, comme le signale WIESEBRON (op. cit.), Hobsbawm ne figure pas dans sa bibliographie, il nous est impossible de ne pas voir l'influence de cet historien anglais dans l'oeuvre de Facco, surtout parce que ses idées, développées dans Primitifs Rebels, sont largement diffusées à cette époque au Brésil.

[17] PECAUT Daniel, Entre le Peuple et la Nation, les intellectuels et la politique au Brésil, Maison de l'Homme, Paris, 1989, p. 117.

[18] FACCO, op. cit., p. 45.

[19] RODRIGUES Alfredo, O Cangaço na obra de Lins do Rego, Tése de Livre Docencia, FFCL-USP, Sao Paulo, 1985.

[20] CHIAVENATO Julio José, Cangaço, a força do coronel, 1990, Brasiliense, Sao Paulo, 1990.

[21] CHIAVENATO, op.cit., p. 84.

[22] Ce sont les travaux de Gaston BACHELARD, Terre et rêveries du repos, PUF, Paris, 1988, qui nous éclairent le plus sur ce sujet.

[23] Nous n'allons pas citer ici l'ouvrage de B.J. CHANDLER, Lampiao, O Rei deos cangaceiros, Paz e Terra, 1981, malgré la considérable qualité de son travail biographique sur Lampiao. Nous considérons néanmoins que Chandler s'inscrit dans des jugements de valeur, en affirmant à plusieurs reprises que Lampiao a "vraiment été un malfaiteur", réflexion qui a notre avis, loin d'apporter une connnaissance plus approfondie du phénomène, retombe sur les partis-pris.

[24] QUEIROZ Maria Isaura Pereira de, Os Cangaceiros, tous bandits d'honneur, Julliard, Paris, 1968.

[25] FAUZI Artur Saker, Pelo espaço do cangaceiro Jurubeba, Simbolo, Sao Paulo, 1975.

[26] MELLO Frederico Pernambucano de, Os Guerreiros do Sol, o banditismo ne Nordeste do Brasil, Massangana, 1985.

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