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31/08/2009

"Chasing the dragon" en Afghanistan

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Le gouvernement Afghan vient d’interdire, du moins officiellement, depuis le mai 2009, l’importation de « précurseur chimique » utilisé pour la transformation de l’opium en héroïne et met enfin en œuvre, par cette action, une des parties de la résolution 1817 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui vient de proroger sont intervention en Afghanistan jusqu’en mars 2010.

Cette décision vient d’ailleurs d’être saluée par la France.

Les précurseurs chimiques et le Pacte de Paris
Les précurseurs sont les substances utilisées dans la fabrication des divers produits chimiques "légaux" comme la peinture, médicaments, alimentation...mais aussi dans la fabrication de produits illicite de stupéfiants et de substances psychotropes. Elles sont classées en trois catégories et dûment répertoriées comme vous pouvez vous en rendre compte dans ce document.
La lutte contre la trafic de drogue passe donc obligatoirement par une surveillance accrue des industries chimiques, industrie dont, en France, le chiffre d’affaire avoisine les 90 milliards d’euros chaque année.

La législation en matière de contrôle des précurseurs

En droit international, l’article 12 de la Convention des Nations unies de 1988 sur le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes, à laquelle les États membres de l’Union européenne participent, constitue le fondement du contrôle des 23 produits chimiques précurseurs. Les éléments centraux du dispositif légal communautaire comprennent :

. l’obligation pour les opérateurs en chimie de réunir une documentation, de constituer des archives et de procéder à un étiquetage,

. l’obtention d’une licence pour les produits les plus sensibles et d’un enregistrement pour les opérateurs,

. la coopération entre les autorités compétentes et les opérateurs (déclaration de soupçons),

. la délivrance d’autorisations d’exportation,

. une coopération administrative entre États membres,

 

. l’échange de renseignements sur les saisies et les détournements de produits chimiques.

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Le 3 juin 2003, lors de la conférence à Evian, la présidence du G8 a proposé ces conclusions à l’Afghanistan :

"Nous avons confirmé notre soutien à l’Administration transitoire du président Karzaï. Nous avons réaffirmé que le processus de Bonn devait etre mené à son terme, dans la lettre et dans l’esprit. Nous demeurons préoccupés par la sécurité intérieure. Pour lutter contre le trafic de drogue en provenance d’Afghanistan, nous soutenons la pleine mise en oeuvre de la stratégie nationale afghane de lutte contre la drogue et le " Pacte de Paris " proposé le 22 mai par les Nations Unies lors de la conférence sur les routes de la drogue."

 

De vastes opérations mise en route depuis des années :

 

Narco-mollah Afghan cherche anhydride acétique désespérément.

L’opération Topaz, lancée en 2001, est un vaste programme international portant sur le traçage des envois internationaux d’anhydride acétique, produit chimique essentiel, notamment pour la fabrication illicite d’héroïne. Son objectif comprend des activités de détection et de répression devant permettre d’intercepter des envois en contrebande de ce produit et de procéder à des enquêtes pertinentes, ainsi que de réaliser des saisies dans des entrepôts illicites ou des laboratoires clandestins pour remonter jusqu’à la source de la substance détournée.

Le Projet "Prism" a été lancé en 2002 pour prévenir le détournement des principaux précurseurs utilisés dans la fabrication de stimulants de type amphétamine. En 2006, les Opérations "Purple" et "Topaz" ont été fusionnées pour constituer le Projet "Cohesion", initiative d’envergure mondiale visant à combattre le détournement des précurseurs chimiques utilisés dans la fabrication d’héroïne et de cocaïne, en offrant une structure pouvant servir de base à des opérations régionales limitées dans le temps. Mais, Piotr Gontcharov, dans Ria Novosti en septembre 2006, nous décrit une toute autre réalité sur les caravanes de la drogue :

Les "caravanes" existent, seulement il ne s’agit pas de la drogue, mais de ses précurseurs. Le précurseur est un réactif utilisé dans la fabrication d’un produit chimique toxique. Pour transformer une tonne d’opium brut en héroïne, il faut, selon les experts, 2 à 6 tonnes d’anhydride acétique.

Sur les 4.000 tonnes d’opium brut, l’Afghanistan a importé l’an dernier plus de 10.000 tonnes d’anhydride acétique, a précisé M. Costa. Une vraie "caravane", car il faut 500 camions de 20 tonnes pour transporter cette quantité d’agents chimiques.

http://wings.buffalo.edu/aru/vapo-opium.jpg

L’anhydride acétique n’est pas d’origine afghane. Aujourd’hui, selon les experts, cette substance chimique n’est fabriquée qu’en Chine, en Inde et en Russie. Reste à savoir comment ces "caravanes" arrivent à passer inaperçues dans un Afghanistan à l’infrastructure routière sous-développée et dans les pays voisins.

Les problèmes des précurseurs ne semble donc toujours pas réglé, malgré les nombreuses opérations mise en place depuis 2001.

Début mai 2009, toujours dans Ria Novosti, on pouvait lire : "Les informations sur les pays fournissant à l’Afghanistan d’anhydride acétique (précurseur), utilisé dans la production de l’héroïne seront rendues publiques fin mai, a annoncé jeudi à RIA Novosti Tatiana Dmitrieva, académicienne. Auparavant on avait appris qu’en automne 2008, la Russie avait obtenu des services spéciaux des renseignements sur les filières d’acheminement de l’anhydride acétique en Afghanistan, sur les pays fournissant ce précurseur, sur les organisations se livrant à cette activité, ainsi que sur leurs chefs. Anciennement c’est la Russie et la Chine qui étaient censés livrer le précurseur à l’Afghanistan. "Actuellement des investigations se poursuivent et il est prématuré de parler de quoi que ce soit. Une session de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) se tiendra le 10 mai en présence d’officiers d’Interpol, et des informations pourraient être communiquées fin mai", a indiqué Mme Dmitrieva."

Ces déclarations ont été suivie au mois d’août 2009 par une annonce des Etats-Unis qui déclarent, selon Reuters : " - Les Etats-Unis ont dressé une liste noire d’une cinquantaine de trafiquants de drogue afghans qui auraient des liens avec les taliban, avec ordre de les capturer morts ou vifs, rapporte lundi le New York Times citant un rapport du Congrès qui sera rendu public cette semaine. Le Pentagone a décidé de réserver aux barons afghans de la drogue qui sont complices des islamistes le même traitement que celui qui frappe les dirigeants insurgés, c’est-à-dire qu’ils pourront être abattus à tout moment, ont déclaré à la commission des Affaires étrangères du Sénat deux généraux de l’US Army servant en Afghanistan."

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Pourtant, la réalité est tout autre comme on peut le voir dans cette vidéo.

Au péril de sa vie, notamment lors de rencontres inopinées entre les forces de l’ordre et les contrebandiers, Mehran Bozorgnia a mené une enquête sur l’économie de la drogue en Afghanistan. Malgré les millions de dollars investis dans les programmes antidrogue et la présence de militaires venus de tous les pays, la culture du pavot est souvent l’unique chance de survie pour les populations rurales, pauvres et analphabètes. Le commerce du pavot et de l’opium, s’il rapporte énormément aux contrebandiers, profite également aux administrations et aux seigneurs de la guerre, qui peuvent ainsi acheter des armes. Paradoxe majeur : alors que le trafic d’opium avait pratiquement disparu sous le régime des talibans, l’Afghanistan produit aujourd’hui 90% de la consommation mondiale.

Comme l’avait déjà écrit Olivier Weber, autre grand reporter :
"Bienvenue au pays du peuple de l’opium ! Partout, en Afghanistan, le pavot est roi. 6 100 tonnes ont été récoltées cette année, un record. « Quarante-neuf pour cent d’augmentation en un an ! »soupire d’un air las Mohammad Yaqubi, responsable de l’Organisation des Nations unies contre la drogue (UNODC). Quatre-vingt-douze pour cent de l’héroïne mondiale provient désormais d’Afghanistan. Et le florissant trafic de drogue représente 60 % de son PNB. Le régime du président Hamid Karzai ? Totalement dépassé. Des ministres sont même achetés par les trafiquants. C’est l’opium du peuple au pays de la déconfiture. Quant au frère du président, Wali Karzai, une sorte de gouverneur bis de Kandahar, la grande ville du sud et berceau des talibans, il est mis en cause par un rapport confidentiel de l’armée américaine. « Il faudrait commencer par le mettre en prison,commente un proche de Karzai. Mais tout le monde ferme les yeux, à commencer par les Américains, qui ont besoin de lui, comme des anciens chefs de guerre reconvertis en trafiquants. C’est le règne de l’impunité. "
La famille du président Karzai et les politiques en place trempent tous dans le trafic. Alors à quoi bon faire des listes ?

"D’après deux généraux américains déployés en Afghanistan, cités dans le rapport sans être identifiés, les gros trafiquants ayant des liens démontrés avec l’insurrection figurant sur la "liste jointe des cibles prioritaires" ont le même statut que les meneurs de l’insurrection et peuvent être arrêtés ou tués à tout moment.

opium-production.jpg

"Nous avons une liste de 367 cibles à capturer ou tuer, dont 50 cibles qui font le lien entre drogue et insurrection", a dit l’un des généraux aux membres de la commission."

La belle affaire !!! Des Karzai sur le peloton d’exécution ? L’impunité aux vues et sût de tout le monde...surtout de l’OICS :

"La production d’héroïne a battu tous les records en Afghanistan en 2007 malgré les tentatives de la communauté internationale pour enrayer ce fléau, s’alarme l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) dans son rapport annuel publiable mercredi.

L’Afghanistan a produit une "quantité exceptionnelle" de 8.200 tonnes d’opium l’an passé, soit 34% de plus qu’en 2006, et approvisionne désormais le marché mondial des opiacés à hauteur de 93%, selon ce rapport."

L’éradication du trafic d’opium devient-il maintenant un priorité pour les militaires en Afghanistan, du moins sur le plan de la communication ? Car pour Mc Chrystal, l’ISAF et l’ANA vont devoir "Chasser le Dragon" ensemble...avec des méthodes de coaching et de management à la Sun Tzu sorties tout droit des écoles de commerces :

"La culture afghane est fondée sur les relations personnelles. Ecoutez la population et agissez en conséquence. Gagnez leur confiance. Faites qu’ils s’approprient le résultat", ajoute-t-il.

Il demande aussi à ses hommes de traiter les soldats afghans, entraînés et équipés par les troupes internationales, en égaux.
"Vivez, mangez et entraînez-vous ensemble, dépendez et soyez responsables les uns des autres", écrit-il.
Face à la corruption endémique en Afghanistan (le cinquième pays le plus corrompu au monde, selon Transparency International), il demande aux soldats "d’affronter les responsables corrompus".
"Faites fi des conventions habituelles si elles ne sont plus adaptées à l’environnement. Ceci est une guerre de l’esprit - apprenez et adaptez-vous plus rapidement que les insurgés", dit-il, exhortant ses troupes à "s’améliorer quotidiennement ".
Qui sait, en "Chassant le Dragon" ensemble, il vont peut-être tomber sur un Fantôme (chinois).

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Pour info :

Les prix de l’héroïne :

Pour produire un kilo d’héroïne, dix kilos d’opium sont nécessaires.

Prix de 10 kilos d’opium en Afghanistan : de 1 000 à 1 400 dollars (rendement par hectare : de 35 à 70 kilos).

Prix d’un kilo d’héroïne dans le Badakhshan, à plus de 80 % de pureté : 2 000 dollars (soit 1 600 euros).

Prix à Kaboul : 4 000 dollars.

Prix au Pakistan : de 4 000 à 5 000 dollars au minimum (la pureté a tendance ensuite à diminuer, la drogue étant sans cesse recoupée par les intermédiaires).

Prix en Iran : de 6 000 à 8 000 dollars

Prix à Paris : 150 000 euros.

Etant donné que l’héroïne est coupée avec plusieurs additifs (talc, farine, sucre glace), un kilo à plus de 80 % de pureté peut donner plus de quinze kilos lors des transactions au détail. Ce qui signifie que le kilo « pur » à 150 000 euros peut engendrer en théorie des ventes totales estimées à 1 800 000 euros. La plus-value théorique est donc de 1 à 1 125 : de 1 600 euros, le prix de départ, à 1 800 000 euros. Aucun autre produit ne permet une telle plus-value.

 

Je profite de cet article pour souligner le courage et l’abnégation de tout ces reporters

de terrain qui risquent le plus souvent bien plus qu’une place de salarié et une carrière.

Sans leur travail et la mise en ligne des informations par les médias classiques, les blogueur alternatifs comme moi n’auraient pas toutes cette info. Encore merci.

Sources données avec les liens dans l’article et autres documents à consulter :

tchat Olivier Weber

article Olivier Weber

France-Diplomatie

Conférence de Presse de D. Villepin

article de Stéphane Alix Le Monde Diplomatique

 

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