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12/09/2009

Quand un Mirage français lance un missile sur un navire américain -Mirage F1-Exocet-Iraq

« UN client si fidèle »

 

« UN client si fidèle »… Les sociétés françaises d’armement écrasent une larme. Bien sûr, l’Irak ne payait pas rubis sur l’ongle, mais quelle ampleur avaient ses commandes ! Depuis le 2 août dernier, l’assurance-vie des marchands de canon a disparu : la France - 2ème fournisseur de Bagdad après l’URSS et avant la Chine et l’Allemagne - avait livré pour 4, 5 milliards de dollars (25 milliards de francs) d’armes de 1980 à 1987. Le conflit avec l’Iran arrangeait bien les affaires.

Quelques jours après l’invasion du Koweit la société Dassault a dû s’abstenir de livrer comme prévu, un ou deux Mirage à Saddam Hussein. L’avionneur négociait la vente d’au moins 50 Mirage-2000 et de 150 appareils d’entraînement Alpha-Jet. Thomson-CSF se préparait à fournir pour 900 millions de francs d’équipements pour avions.

Tout a commencé en 1967 par la vente par Panhard de blindés légers AML. Depuis, et notamment durant la « décennie dorée » de 1977 à 1987, l’Aérospatiale a fourni à l’armée irakienne plus d’une centaine d’hélicoptères de tous types, et près de 2.000 missiles soit 400 Exocet et plus de 1.300 anti-chars AS-11. Dassault a livré une centaine de Mirage-F1, les derniers étant fournis en novembre 1988. Euromissile, contrôlé conjointement par Aérospatiale et l’allemand Messerschmitt, a décroché un contrat de 136 missiles Roland, et Matra a arraché la vente de missiles Super-530 et Magic-I pour 2,5 milliards de francs. La SNECMA aurait livré à l’Irak des réacteurs Atar, la SAGEM des autodirecteurs pour équiper les fameux missiles SCUD, susceptibles de transporter des charges chimiques. La Sopelem aurait expédié en 1989 des jumelles de vision nocturne pour hélicoptères.

L’armée irakienne s’est dotée d’avions de surveillance comparables aux AWACS en équipant des Ilioutchine 76, d’un radar Thomson, et elle aligne au sol une impressionnante quantité de matériels français : 548 chars de bataille AMX-30, 150 chars légers AMX10, 85 canons 155 GCT.

A tout cela, il faut ajouter une quantité considérable de munitions, parmi les plus modernes comme les obus-fléches susceptibles de percer la plupart des blindages. L’Irak a longtemps été le principal client du GIAT (les arsenaux de l’Etat). Des caisses pleines portant la mention de destination « Bagdad Irak » étaient encore entreposées au mois d’octobre dernier dans un magasin de transit de l’arsenal de Roanne. Plusieurs sociétés d’armement françaises travaillaient à plus de 40% pour fournir Saddam Hussein. Mais elles ne s’en tenaient pas là et armaient également les Emirats et l’Arabie Saoudite. Ainsi à l’issue de leur raid sur le Koweit, les troupes irakiennes pouvaient ajouter à leur inventaire 42 Mirage-F1, une trentaine d’hélicoptères Puma et Gazelle et les munitions en Exocet afférentes à ces appareils. D’ailleurs, dès le 2 août, ces VRP français dont la valise est diplomatique s’affairaient auprès des autorités de Ryad pour placer les commandes de Hussein qui leur restent sur les bras. Mais, là-bas le commandement est américain. Les contrats - forts modiques - ne remplacent pas ceux d’antan et les fructueuses complicités des années passées.

Alors, les ministres successifs s’empressaient à Bagdad auprès des dignitaires du régime, et savaient décider à Paris de gestes qui témoignent d’une amitié solide : ainsi, en octobre 1983, le gouvernement est allé jusqu’à prêter à l’Irak cinq Super-Etendard de l’armée française, et leur dotation en missiles Exocet.

Patrick Apel-Muller

http://www.humanite.fr/1991-01-15_Articles_-UN-client-si-fidele

 

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