Avertir le modérateur

10/10/2009

Les enfumades du Dahra - 18 juin 1845

Les enfumades du Dahra en documentaire

Les protocoles des massacres

Réalisateur d’une série de documentaires sous le titre générique de Témoignages pour l’histoire, Ali Fateh Ayadi a présenté, hier au siège de la télévision nationale à Alger, son dernier opus en 52 minutes, Les enfumades du Dahra. Documentaire qui devra passer sur les trois chaînes algériennes dimanche 18 février à 20h45, en version arabe et en français.

 

A travers le documentaire, on redécouvre les massacres du Dahra, œuvre du général Pélissier. Le 18 juin 1845, 1000 Algériens de la tribu de Ouled Riah, poursuivis par les colonnes françaises, subiront le sort déjà appliqué par le général Cavaignac aux tribus résistantes de Ténès. L’enfumade, « un massacre respectant un protocole précis », selon Gilles Maçeron, historien français et rédacteur en chef de la Ligue des droits de l’homme (LDH). Une technique. Un mois et douze jours après, c’est le général Saint-Arnaud qui enfume ce qui reste de la tribu des Beni Sebah à Ténès, faisant selon les estimations de l’époque 500 victimes. Le documentaire est rehaussé par le témoignage de Hadja Zohra, arrière-petit-fille d’une survivante. Le lendemain du crime, Mohamed Ben Mohamed inspecte les lieux à cheval et retrouve deux survivants, deux miraculés de l’enfer : un homme, Bouhraoua et Aïcha Bent M’hamed. Le sauveur se marie avec la survivante Aïcha. De cette union naissent les grands-parents de Zohra qui récitent des poèmes populaires relatant le massacre des anciens condamnés en son temps par des consciences telles que le bonapartien maréchal Ney, qui déclare que ce n’est point comme cela qu’on mène la guerre. Le documentaire incrimine les voix apologistiques des crimes : de Tocqueville, mais aussi Jules Ferry. Pour l’auteur de Coloniser, exterminer, Olivier Le Cour Grand-Maison, les enfumades n’ont pas été décidées dans le feu de l’action, évoquant des « massacres administratifs », concept emprunté à Hannah Arendt. La dérive du discours républicain français justifiant les crimes contre les civils durant la conquête française, explique Gilles Mançeron, a subsisté dans la pensée politique française jusqu’aux indépendances. Pour sa part, l’universitaire Madjid Merdaci s’interroge « à quand un examen sérieux du passé colonial de la France ? ». Un tel examen nourrira selon lui une meilleure politique de la France vis-à-vis de ses propres citoyens, notamment ceux d’origine immigrée. « Le rôle des militants des droits de l’homme est également important », souligne dans le documentaire Gilles Mançeron, « car l’histoire a des conséquences actuelles sur les phénomènes de discrimination et de racisme qui plongent leurs racines dans le terreau du colonialisme ». Mais l’histoire a besoin de repères. « Aucune indication ne signale l’emplacement actuel de ces grottes », ajoute le réalisateur qui regrette que des noms de généraux français coupables de massacres contre les Algériens, comme Clausel ou Cavaignac, soient toujours usités pour indiquer des quartiers d’Alger. Ali Fateh Ayad prépare un autre documentaire, en co-production avec France 2, sur les massacres de mai 1945 dont le tournage sera lancé le 20 avril 2007, De Reggane à Mururoa, traitant des essais nucléaires français ainsi qu’un feuilleton en trois épisodes sur l’Emir Abdel Kader, en chantier.

 

Par Adlène Meddi

 

le maréchal Achille Leroy de Saint-Arnaud



article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée > la période coloniale de l’Algérie
date de publication : vendredi 28 octobre 2005


Armand Jacques Arnaud (dit Achille Leroy de Saint-Arnaud) « avait les états de service d’un chacal » (Victor Hugo).

Partant des lettres qu’il a adressées à sa famille, François Maspero a relaté sa carrière dans un livre qui n’a rien perdu de son actualité, L’honneur de Saint-Arnaud [1].

Les extraits qui sont repris ci-dessous révèlent le prix du sang qu’il a fallu faire payer pour coloniser l’Algérie.


Paris, 11 juillet 1845 : à la Chambre des Pairs, entre un débat sur l’aménagement des ports corses et un autre sur la loi relative aux chemins de fer, le prince de la Moskowa, fils du maréchal Ney, demande la parole pour une brève interpellation :

«  Messieurs, un journal qui se publie en Algérie, l’Akhbar, contient le récit d’un fait inouï dans notre histoire militaire. Un colonel français se serait rendu coupable d’un acte de cruauté inexplicable, inqualifiable, à l’égard de malheureux arabes prisonniers. Je viens demander au gouvernement français de s’expliquer sur ce fait. » Et il donne lecture de l’article : «  Il vient d’arriver dans le Dahra un de ces événements qui contristent profondément ceux qui en ont été témoins, même lorsqu’ils en ont compris l’affreuse nécessité... Le colonel Pélissier s’occupait à poursuivre les Ouled-Riah, tribu qui n’a jamais été soumise, parce que les pays qu’ils habitent renferment d’immenses cavernes ... » Suit le récit de l’enfumade des Ouled-Riah. Hommes, femmes, enfants et troupeaux se sont, à l’arrivée de la colonne française, réfugiés dans leurs grottes. On en a fait le siège et, au bout d’une journée, « à bout de patience » face au «  fanatisme sauvage de ces malheureux » qui exigeaient, pour sortir, que l’armée française s’éloigne, Pélissier a fait mettre le feu à des fascines disposées aux accès. Le matin, tout est consommé. Cinq cents victimes, dit le rapport officiel. Aux environs de mille, témoignera un officier espagnol présent. Péroraison de l’orateur : «  Il est de l’honneur de l’armée comme il est de la dignité du Gouvernement que de pareils faits soient démentis ou désavoués hautement. »

Le ministre de la Guerre et président nominal du Conseil, le vieux Soult, affecte d’être pris de court : «  Les rapports qui sont parvenus au Ministère sont tellement contradictoires que j’ai dû m’empresser de demander de nouveaux renseignements... Mais pour le fait lui-même, le Gouvernement désapprouve hautement ! (Très bien ! Très bien ! Une voix : - S’il a eu lieu !) »

Il ne s’en tire pas à si bon compte. Montalembert, catholique au coeur sensible, intervient à son tour : «  Je vous demande, Messieurs, de réfléchir à l’effet qu’une pareille nouvelle va produire en Angleterre, hors de France, et je vous demande s’il ne doit pas y avoir un sentiment unanime d’horreur... » Soult lâche encore du lest : «  Si l’expression de désapprobation que j’ai employée au sujet du fait dont il est question est insuffisante, j’ajoute que je le déplore. »

L’incident est clos. Provisoirement. Ça fait quand même du bruit dans le pays. Et aussi dans l’armée d’Afrique : celle-ci ressent cette agression de la métropole comme un coup de poignard dans le dos, et quelques jours plus tard Soult doit faire machine arrière : «  J’ai dit que je désapprouvais et déplorais. Ces expressions se rapportent au fait en lui-même car toutes les fois qu’il s’agit d’un accident, d’un malheur, le sentiment naturel porte tout le monde à le déplorer et à gémir. Mais je veux être plus explicite. Cette affaire à laquelle s’est trouvé un des plus honorables militaires de l’armée d’Afrique, le colonel Pélissier, dont je ferai constamment l’éloge, l’a mis dans une situation fort pénible et embarrassante... Messieurs, je suis aussi patient qu’un autre, mais si j’avais été dans la situation où s’est trouvé le colonel Pélissier j’aurais peut-être fait aussi un exemple très sévère... Nous avons trop souvent le tort, nous autres Français, d’exagérer les faits sans tenir compte des circonstances... En Europe, un pareil fait serait affreux, détestable. En Afrique, c’est la guerre elle-même. Comment voulez-vous qu’on la fasse ?... Je crois qu’on ferait beaucoup mieux de s’abstenir de toutes les réflexions qui peuvent produire un très mauvais effet. »

Cette fois, l’incident est définitivement clos. On pourra jaser en Angleterre ou ailleurs : Pélissier finira maréchal de France. [ ... ]

JPEG - 13.3 ko
Pélissier

Pauvre Pélissier, un si brave homme, un peu bourru, un peu «  bouledogue » même, mais si humain... Ses contemporains ne tarissent pas d’anecdotes : oui, il était soupe au lait - n’a-t-il pas, dans un restaurant, envoyé une omelette à la figure d’un serveur maladroit ? -, mais il adorait les mots d’enfants... Cette malheureuse affaire, cet «  accident », pour reprendre le terme de Soult, va lui coller à la peau jusqu’à son dernier jour, et il ne cessera de se justifier, d’écrire notes, mémoires et éclaircissements. Tout cela, c’est la faute aux Ouled-Riah eux-mêmes, à leur entêtement. Il a vraiment tout essayé : «  Je suis humain, mais je ne sais ce que j’aurais pu faire au-delà de ce que j’ai fait pour épargner à ces malheureux l’impasse infernale où ils sont tombés et très en dehors de ma volonté. » Absurde, leur terreur des représailles, d’être emprisonnés dans la «  Tour des cigognes », célèbre prison de Mostaganem. Extravagante, leur exigence que l’armée recule pour les laisser sortir. D’ailleurs, il ne voulait que leur faire peur : ce sont leurs métiers à tisser entassés aux issues qui, prenant feu, ont produit l’épaisse fumée qui les a intoxiqués. (Mais, témoigne le sergent du génie Moret, «  les soldats qui avaient essuyé des coups de feu mettaient de la rage à porter du bois ».) Et puis, ces sauvages n’ont-ils pas préféré massacrer eux-mêmes leurs femmes et leurs enfants qui tentaient de sortir ? [...] Non, il ne conteste pas le regrettable résultat de l’opération, puisque c’est lui-même qui, dans son rapport à Bugeaud, tombé dans des mains malveillantes, parle de «  hideux spectacle ». («  Rien ne pourrait donner idée, relate de son côté l’officier espagnol qui l’accompagnait, de l’horrible spectacle que présentait la caverne. Tous les cadavres étaient nus, dans des positions qui indiquaient les convulsions qu’ils avaient dû éprouver avant d’expirer... le sang leur sortait par la bouche. »)

D’ailleurs, la preuve de son souci d’humanité, c’est qu’en découvrant ledit spectacle, il a fait porter secours aux survivants. [...]Ce rapport donne également le chiffre des pertes françaises : pas de morts, cinq blessés dont aucun n’est en danger, et vingt-cinq malades de diarrhée.) Non, non, s’acharnera encore Pélissier dans ses vieux jours avec, dit un témoin, «  un sentiment de vive émotion et les larmes aux yeux » : «  Répétez surtout que je n’ai jamais voulu la mort des tribus rebelles. » Mais son cri du coeur, c’est celui qu’il a lancé dans l’un de ses nombreux plaidoyers : «  La peau d’un de mes tambours avait plus de prix que la peau de tous ces misérables. » L’« affaire du Dahra » demeure dans les annales de la conquête comme une sorte de bavure (regrettable, selon le terme consacré). Elle n’est pourtant pas isolée. On connaît officiellement au moins quatre tueries similaires opérées dans la région par des commandants de colonnes à la même époque [2].

A tout seigneur tout honneur, commençons par notre ami Saint-Arnaud. Celui-ci a reçu Pélissier dans sa circonscription, il a d’autant mieux suivi l’affaire qu’ils se sont concertés, et qu’il a été le premier à en avoir communication écrite. Il a commencé par se taire, prudemment, mais la réaction métropolitaine l’a fait sortir de ses gonds. Le 27 juin 1845, il écrit à son frère Adolphe :

«  Le colonel Pélissier et moi, nous étions chargés de soumettre le Dahra, et le Dahra est soumis. Pélissier est plus ancien que moi et colonel d’état-major, j’ai agi avec lui avec déférence. Je lui ai laissé la belle part... Il a dû agir avec rigueur. J’aurais été à sa place, j’aurais fait de même. » [...] Faire de même ? Il n’aura pas longtemps à attendre. Le 15 août, il envoie à Adolphe le récit de sa propre «  enfumade » des Sbéahs, en lui demandant de le garder pour lui. Le voici, tel qu’il a été publié par la famille :

«  Cher frère, je voulais te faire un long récit de mon expédition, mais le temps me manque. Je viens d’écrire huit pages au maréchal. La fatigue et la chaleur m’accablent, j’ai passé hier vingt-quatre heures à cheval. Je t’envoie seulement une espèce de journal sommaire de mes opérations. Tu sais que j’avais dirigé mes trois colonnes, de manière à surprendre le chérif, le 8, par un mouvement combiné. J’ai rejeté Bou Maza sur les colonnes de Ténès et de Mostaganem qui l’ont tenu entre elles et l’ont poursuivi. Il a fini par s’échapper en passant entre Claparède, Canrobert, Fleury et le lieutenant-colonel Berthier. On m’a rapporté trente quatre têtes, mais c’est la sienne que je voulais.

«  Le même jour, je poussais une reconnaissance sur les grottes ou plutôt cavernes, deux cents mètres de développement, cinq entrées. Nous sommes reçus à coups de fusil, et j’ai été si surpris que j’ai salué respectueusement quelques balles, ce qui n’est pas mon habitude. Le soir même, investissement par le 53e sous le feu ennemi, un seul homme blessé, mesures bien prises. Le 9, commencement des travaux de siège, blocus, mines, pétards, sommations, instances, prières de sortir et de se rendre. Réponse : injures, blasphèmes, coups de fusil... feu allumé. 10, 11, même répétition. Un Arabe sort le 11, engage ses compatriotes à sortir ; ils refusent. Le 12, onze Arabes sortent, les autres tirent des coups de fusil. Alors je fais hermétiquement boucher toutes les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques. Personne n’est descendu dans les cavernes ; personne... que moi ne sait qu’il y a là-dessous cinq cents brigands qui n’égorgeront plus les Français. Un rapport confidentiel a tout dit au maréchal, simplement, sans poésie terrible ni images.

«  Frère, personne n’est bon par goût ou par nature comme moi. Du 8 au 12, j’ai été malade, mais ma conscience ne me reproche rien. J’ai fait mon devoir de chef, et demain je recommencerais. Mais j’ai pris l’Afrique en dégoût. » Un mois plus tard, dégoût ou pas, il sera toujours à l’oeuvre : «  Je n’ai pas encore tout à fait fini avec les Sbéahs, mais cela avance... A la fin de l’expédition, j’aurai tué ou pris plus de deux mille Sbéahs. La tribu entière compte de dix à douze mille âmes. Et peut-être ne seront-ils pas corrigés ? » [...]

[En bref, quelques dates dans la fin de carrière de Saint-Arnaud :

- 1847 : Saint-Arnaud est promu général.
- 1848 : « le sentiment qui domine chez moi, c’est la haine des révolutions ».
- Octobre 1851 : le futur Napoléon III le nomme ministre de la Guerre.
- Saint-Arnaud mène de main de maître le coup d’Etat du 2 décembre 1851.
- En 1852, consécration suprême, il est nommé maréchal de France.
- 1854 : Saint-Arnaud obtient le commandement de l’expédition de Crimée.
- Il remporte la victoire de l’Alma, le 20 septembre 1854.
- Ayant contracté le choléra, il se voit contraint de remettre son commandement le 26.
- 29 septembre 1854 : mort du Maréchal de Saint-Arnaud.]

Dès sa mort, en 1854, au lendemain de la bataille de l’Alma, le frère et la veuve du maréchal avaient eu l’idée de magnifier son souvenir par la publication de ses lettres. Il fallait, écrit Adolphe de Saint-Arnaud dans son introduction, mieux faire connaître l’exemple de cet homme d’action au «  patriotisme éclairé et sincère qui ne savait comprendre ni la société sans ordre, ni la France sans grandeur ». Sainte-Beuve consacra à cette correspondance une «  Causerie du lundi » tellement enthousiaste qu’elle figura en préface à la seconde édition du livre. Sainte-Beuve faisait du maréchal «  la définition vivante de ce qu’est un brillant officier français de notre âge », l’exemple idéal à offrir à la jeunesse française :

«  Après avoir tout vu dans la vie, en savoir tous les courants et tous les écueils, s’y être brisé, puis s’en être relevé, connaître les hommes par les passions et savoir s’en servir, avoir appris à ses dépens à toucher en eux les cordes qui résistent et celles qui répondent, avoir conservé au milieu de toutes ses traverses, et jusque dans les désastres où l’on est tombé par sa faute, son sang-froid, sa gaieté, son entrain, les ressources de son esprit, sa bonne mine, son courage, son espérance surtout, et cette moralité essentielle de l’homme ; quelle préparation meilleure, quand le ressort général n’a point fléchi, quand le principe d’honneur a gardé toute sa sensibilité, pour cette improvisation perpétuelle qu’est la guerre et qui, dès qu’on arrive au commandement, est bien autre chose que ce qu’elle paraît de loin ; car on ne l’a définie qu’en gros quand on a dit qu’elle est l’art de tuer et la facilité à mourir... »[...]

Sainte-Beuve disait de Saint-Arnaud : «  Militaire français s’il en fut, esprit français, saillie française... » Ombres et lumières : il apparaît, dans notre histoire et au gré des historiens, comme tout cela à la fois, gentilhomme et bourreau, chrétien et cynique, loyal et corrompu. Et toujours : français. Car cet homme est de chez nous. Cet homme est à nous.

Ce qu’il y a de fascinant, dans sa correspondance, ce n’est pas tellement qu’il y raconte avec autant de naturel que de clarté et d’élégance toute une série d’actions qui peuvent difficilement être présentées comme des faits d’armes - cette interminable répétition de pays dévastés, de villages brûlés, de populations massacrées sans distinction d’âge et de sexe. Il avait bien le droit de raconter sa vie à sa famille. Là où ça devient formidable, c’est quand on voit cette famille décider que le plus bel hommage à rendre au cher disparu est de publier ses lettres et que, tout en en supprimant ou amputant, bien légitimement, un certain nombre, elle choisit délibérément de conserver l’essentiel de ces lettres-là. Il n’y a dans ce geste aucune hésitation, aucun doute : ces massacres font partie de la gloire militaire du maréchal. La famille a été jusqu’à conserver la lettre où il écrivait lui-même qu’il ne ferait pas la bêtise de rédiger un rapport officiel sur les enfumades. Pourquoi être gêné ? Rien que d’honorable, dans tout cela. Le maréchal lui-même a été, en son temps, le premier à l’affirmer : «  La place était honorable, et je suis fier d’y avoir été. »

François Maspero

Notes

[1] François Maspero, L’honneur de Saint-Arnaud, éd. Plon, 1993. Réédition Points/Seuil, 1995.

[2] Après Pélissier et Saint-Arnaud, Cavaignac et Canrobert.

 

 

 

le colonialisme n’est pas une histoire anecdotique de coup d’éventail



article de la rubrique les deux rives de la Méditerranée > la période coloniale de l’Algérie
date de publication : dimanche 30 avril 2006


Un entretien avec Ahmed Akkache, ancien secrétaire du parti communiste algérien, publié dans El Watan le 30 avril 2006 [1].

Ce petit fils de paysan, fils d’Alger, est entré en politique, presque naturellement, parce qu’il considérait dans les années 1940 qu’il était de son devoir de le faire, parce que l’Algérie avait besoin de tous ses enfants. « J’ai eu la chance, au collège, vers l’âge de 15 ans de trouver des livres qui parlaient de révolution et de socialisme. »


  • Pouvez-vous nous dresser le portrait-robot d’un jeune Algérien des années 1940 et brosser les grands traits de sa condition sociale ?

Le jeune Algérien des années 1940 n’avait ni passé ni avenir. Il survivait d’une façon misérable dans les campagnes, dont les terres, les meilleures avaient été prises par la colonisation.

- Son niveau scolaire : néant (3 % seulement des enfants pouvaient trouver place dans les rares « écoles indigène » existantes)
- Sa profession : néant (le chômage était général)
- Sa nationalité : aucune (il était simplement indigène)

Le jeune Algérien avait faim. La Seconde Guerre mondiale (qui était en cours et à laquelle certains de ses parents participaient) avait interrompu les relations commerciales entre l’Algérie et la France. Or la colonisation avait abandonné depuis longtemps les cultures vivrières, nécessaires à la population mais peu rentables, pour les remplacer par des cultures d’exportation (vignobles, agrumes...). L’Algérie croulait sous des millions d’hectolitres de vin, dont elle n’avait pas besoin, mais manquait totalement de farine, de sucre, de savon. Le jeune ne pouvait manger qu’un peu de pain d’orge, qui était rationné. Des régions entières étaient frappées par la famine et des épidémies comme le typhus .

Pour vivre, le jeune Algérien n’avait pas d’autre choix que ramasser la « talghouda », garder des chèvres dans les campagnes ou cirer les souliers des colons européens dans les villes. C’est dans ces conditions qu’est intervenu le débarquement des armées anglo-américaines en novembre 1942. Brusquement, le jeune Algérien voyait surgir des hommes qui semblaient venir d’un autre monde.

Quelque temps après, le général De Gaulle s’installait à son tour à Alger, avec un Comité national de libération de la « France combattante ». Les avions allemands bombardaient la région, des combats se déroulaient en Tunisie. C’était encore la guerre. Mais en mai 1945, le nazisme capitulait. Une époque nouvelle commençait...

  • Jusqu’à cette époque, le mouvement national bégayait encore. Les différentes tendances se précisent, le discours idéologique s’affine, les positions politiques se radicalisent. Pouvez-vous nous parler de l’Algérie de cette période ?

C’était une époque de grands bouleversements et de remise en cause, nous voulions en tirer profit pour nous libérer nous-mêmes. L’image de supériorité et de puissance des grands Etats impérialistes se détériorait.

Déjà la Première Guerre mondiale, marquée notamment par la victoire de la Révolution socialiste d’octobre, en Russie et dans ce qui deviendra l’Union soviétique, avait éveillé et stimulé les peuples coloniaux. En Algérie, par exemple, les activités politiques prenaient le relais de la lutte armée qui avait duré près d’un siècle, mais qui tendait à devenir individuelle et localisée.

Le retour au pays de l’Emir Khaled, petit fils de l’Emir Abdelkader, donna le signal à la création du mouvement des jeunes Algériens, puis à la Fédération des élus indigènes. L’Etoile nord africaine naquit à Paris en 1926, l’association des Ouléma en 1931, le Parti communiste algérien en 1936, le PPA en 1937, les Amis du Manifeste en 1944. Les syndicats CGT avaient commencé à se manifester beaucoup plus tôt.

Il y avait eu, avant même la Seconde Guerre mondiale, de grandes luttes populaires, des grèves, des meetings, des manifestations souvent unitaires comme le Congrès musulman (Ouléma, communistes, Fédération des élus et indépendants) contre la répression et pour le respect des libertés démocratiques.

Il existait donc des traditions importantes de luttes légales qu’il fallait poursuivre et développer, pour les faire émerger à un niveau national.

On pouvait désormais demander l’application des promesses concernant le droit des peuples à disposer deux-mêmes. De grands pays d’Asie accédaient à l’indépendance. Les révolutions socialistes s’étendaient à de nouvelles contrées.

Seul l’impérialisme français, incapable de comprendre la nécessité du changement, s’accrochait férocement à ses « possessions d’outre-mer » : massacres en Algérie (1945) et à Madagascar (1947), répression sanglante en Tunisie et au Maroc, guerre au Viêtnam... mais les peuples n’avaient plus peur et s’organisaient massivement dans les partis politiques, les syndicats et les associations, pour exiger leurs droits.

  • Qu’est-ce qui, dans tout ce foisonnement, a guidé vos choix politiques et vous a incité à aller dans un camp plutôt que dans un autre ?

Les jeunes de ma génération cherchaient avidement à comprendre la société et ses problèmes. Ils se posaient des questions : pourquoi la colonisation ? Pourquoi l’humiliation et la misère ? Pourquoi y a-t-il des riches et des pauvres ? Comment faire pour être libres et vivre mieux ?

Les pays arabes ne nous offraient aucun modèle positif. C’était partout des monarchies et des féodalités, le luxe insolent d’une minorité et l’arbitraire à l’égard des peuples. Ce n’était pas du tout ce dont nous rêvions dans le petit groupe de jeunes nationalistes dont je faisais partie. Personnellement, j’ai eu la chance au collège, vers l’âge de 15 ans, de trouver des livres qui parlaient de révolution et de socialisme. J’ai passé des nuits entières à les lire et à les relire. Brusquement, je comprenais que la colonisation n’était pas une fatalité, mais le résultat d’un système d’exploitation de l’homme par l’homme, qu’on pouvait donc combattre.

Le colonialisme, ce n’est pas une question de morale ou de région ni une histoire anecdotique de coup d’éventail, mais un instrument de pillage des ressources d’un pays par les sociétés capitalistes d’un autre pays. C’est un problème de conquête du marché national pour y vendre les produits industriels fabriqués à l’étranger, pour tirer le maximum de profits de la terre et des hommes. J’apprenais ainsi que l’Union des mines (Ouenza et Kouif), la banque Lazard, le groupe Rotschild et son représentant en Algérie René Mayer, les « 100 seigneurs » de la colonisation, Borgeaud, Schneider, Blachette et autres étaient les véritables maîtres du pays. Et les causes essentielles de notre misère et de notre dénuement. A partir de ce moment, les idées nationalistes me semblèrent insuffisantes.

L’indépendance politique, c’est-à-dire le remplacement des dirigeants français par des Algériens, ne pouvait avoir son véritable sens que par des transformations de la société et du système dirigeant lui-même. C’est pourquoi l’idéal proposé dans mes lectures, celui d’une société juste et solidaire, fondée sur la propriété collective des moyens de production, m’a séduit. J’en ai parlé à mes amis. Certains d’entre eux éprouvaient la même inquiétude à l’idée d’une indépendance qui aboutirait au pouvoir d’un monarque, d’une bourgeoisie ou d’une bureaucratie d’Etat. Nous rêvions d’une indépendance qui libérerait réellement la population, qui donnerait les terres aux paysans et une vie meilleure aux ouvriers. Nous rêvions confusément à un système social démocratique et juste, au service des plus démunis et des plus malheureux. C’est alors que nous avons décidé de créer la première cellule de la jeunesse communiste dans notre quartier. C’était en 1944. De nombreux jeunes Algériens y ont adhéré. Il y avait parmi eux deux jeunes Européens. L’un s’appelait Henri Maillot et l’autre Fernand Yveton.

  • Vu d’ici, aujourd’hui, nous avons l’impression que les quatre grandes formations nationales des années 1940 se complétaient bien plus qu’elles ne s’opposaient. Qu’en était-il réellement ?

Les quatre formations nationales s’adressaient à des couches différentes de la population et pouvaient ainsi se compléter, mais aussi s’opposer. Il y avait par exemple au début une certaine concurrence entre PPA et PCA, nés tous les deux dans les milieux des travailleurs algériens émigrés et s’adressant tous les deux à des milieux ouvriers et populaires. Quand le PPA s’est transformé en MTLD et qu’il s’est élargi à des militants favorables à une activité politique légale, les relations se sont améliorées. Il s’est même développé une certaine coopération dans les comités de lutte contre la répression, pour les libertés démocratiques pour l’amnistie aux condamnés à mort du 8 mai et la libération des détenus, dans les grèves, les comités de chômeurs, les syndicats de petits paysans...

Les relations étaient moins tendues avec l’UDMA, qui s’appuyait sur des agriculteurs aisés dans les campagnes et des membres des professions libérales dans les villes, ouverts à une vision moderne de la société et favorables à des réformes progressives. Il y avait entre nous un dénominateur commun : la lutte contre le colonialisme. Mais chacun avait sa façon de la mener.

Les alliances locales se diversifiaient. Aux élections municipales par exemple, le MTLD a accepté une liste commune à Oran avec le PCA, mais il a préféré se présenter seul à Alger. Par contre PCA et UDMA ont présenté une liste commune à Constantine.

La répression colonialiste contribuait évidemment à nous rapprocher les uns des autres pour mieux nous défendre. Et la lutte commune faisait reculer les tendances conservatrices et les visions moyenâgeuses. L’action des ouléma s’opposait au maraboutisme et au charlatanisme encouragés par l’administration française.

  • Qu’est-ce qui a empêché le PCA d’intégrer les AML ?

On ne lui a pas demandé sa participation. Les dirigeants nationalistes espéraient sans doute en 1944 obtenir le soutien des Américains à la cause de l’Algérie. Et ils ne voulaient pas les indisposer en s’alliant aux communistes.

Faux calcul, car les Etats-Unis, nouvelle puissance impériale, préféraient s’appuyer sur les ex-grandes puissances européennes (Angleterre, France). Les AML ont d’ailleurs volé en éclats en moins d’un an sous l’effet de leurs contradictions internes.

  • Après la terrible tragédie du 8 mai 45, le PCF et l’Humanité ont été très durs avec les nationalistes du PPA qu’ils ont traités « d’agents dans un complot fasciste ». Qu’en pensez-vous ?

Nos camarades français se sont trompés. Et ils l’ont d’ailleurs reconnu par la suite. Ne connaissant pas bien les réalités algériennes (la plupart d’entre eux venaient de sortir des camps de concentration), ils ont réagi avec précipitation aux événements. Pour eux - comme d’ailleurs pour les autres peuples - le 8 mai 1945 représentait la victoire sur le fascisme et la fin du terrible cauchemar de la guerre mondiale. Ils ne comprenaient pas que les Algériens puissent être à la fois heureux de la victoire, à laquelle des milliers des leurs avaient d’ailleurs participé, et profiter de cette occasion pour rappeler leurs propres aspirations nationales.

Il est vrai que dans le PPA de l’époque, il y avait certains admirateurs de Hitler et du nazisme. Mais la tragédie du 8 mai est le résultat d’une provocation de l’administration française composée en majorité de représentants des colons et de collaborateurs des Allemands pour tenter d’étouffer dans le sang le mouvement algérien de libération qui commençait à prendre son essor. Le préfet Lestrade Carbonel et le sous-préfet Achiary avaient formé de véritables milices pour la « chasse aux Arabes ».

Les manifestations populaires de Sétif et de Guelma ont été immédiatement présentées par la presse colonialiste comme une « insurrection nationaliste ». Des photos d’Européens tués étaient publiées pour appeler à la répression. Mais très vite, le complot fasciste fut éventé. L’un des premiers à le dénoncer fut le postier communiste Denier, secrétaire de la section de Sétif, qui avait eu les deux mains coupées à la hache par des provocateurs. Les communistes français ont alors rectifié leur attitude, dénoncé les massacres et exigé la libération des Algériens emprisonnés en intervenant y compris à l’Assemblée nationale et au gouvernement, auxquels ils participaient.

  • Quand le secrétaire du PCA, Caballero, déclarait au congrès du PCF (28 juin 1945) que « le peuple algérien ne veut pas se séparer de la France » et qu’il traite ceux qui « réclament l’indépendance d’agents conscients ou inconscients d’un autre impérialisme », traduisait-il réellement le sentiment de tous les militants du PCA ?

Pas du tout. Cette déclaration ne traduisait que le point de vue d’un certain nombre de dirigeants, qui ont d’ailleurs reconnu leur erreur par la suite et fait leur autocritique.

Paul Caballero était un vieux militant, qui a été parmi les premiers à saluer l’idée d’indépendance de l’Algérie. Il a été condamné à mort en 1940 par les tribunaux français. J’ai passé plusieurs mois avec lui dans une cellule de Serkadji, et il m’a expliqué honnêtement que sa déclaration contre le « séparatisme » ne concernait pas les nationalistes algériens, mais les colons français fascistes, qui étaient alors effrayés par la constitution à Paris d’un gouvernement de gauche et qui, après avoir crié « plutôt Hitler que le Front populaire » menaçaient leur propre pays de représailles. Ce qu’ils ont d’ailleurs fait quelques années plus tard pendant la guerre de libération, lors du 13 mai 1958 et en 1960 avec la mutinerie des généraux OAS.

Caballero pensait, comme beaucoup de militants, qu’il valait mieux rester solidaires des forces démocratiques françaises - qui sympathisaient malgré tout à notre cause - plutôt que de subir la dictature des « ultras » colonialistes en Algérie.

  • La théorie de « l’Algérie nation en formation » défendue par le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez (1939), n’a-t-elle pas été à l’origine de l’affaiblissement de la position des communistes algériens, jusqu’à 1954 ?

Quand elle a été énoncée cette formule de « nation en formation » a d’abord paru séduisante. Par rapport aux thèses de la colonisation, qui niaient à notre pays tout caractère national, c’était même un progrès. L’idée d’une Algérie plurielle, riche de la diversité de tous ses habitants, sans distinction de race ou de religion, ne pouvait que nous satisfaire. Elle présentait en tout cas une solution possible à la coexistence d’une communauté autochtone de 7 millions de personnes et d’une communauté européenne d’un million.

Mais nous nous sommes aperçus par la suite que cette idée pouvait devenir un frein, car elle conditionnait l’émergence de la nation à l’intégration préalable des Européens, ce qui ne pouvait être le résultat que d’un long processus historique. Au demeurant, ces Européens étaient-ils disposés à devenir Algériens ? La colonisation française avait tout fait pour créer dans le pays un double collège : celui des Français, qui disposaient de tous les avantages, et « les autres ». Les juifs algériens, très nombreux dans les villes de Constantine, d’Alger, de Tlemcen, qui parlaient en arabe et qui vivaient en parfaite harmonie avec les autres habitants du pays, furent transformés par le décret Crémieux en citoyens français. Tous les Européens qui arrivaient en Algérie (de France, d’Italie, d’Espagne, de Malte...) obtenaient des terres, des emplois, des maisons.

Ils bénéficiaient rapidement de la nationalité française et avaient le droit d’élire des représentants dans les assemblées délibérantes, à raison des 4/5 des membres (contre 1/5 seulement pour les Algériens, pourtant 8 fois plus nombreux). Ces Européens étaient ainsi intégrés à la caste coloniale dominante, dont ils partageaient en partie les intérêts. Comment les amener à accepter l’indépendance de l’Algérie ? Défi énorme que le PCA a pourtant essayé de relever. Mais comment les rassurer sinon en édulcorant ses positions nationales ?

Ce qui aboutissait à mécontenter les jeunes militants algériens désireux d’impulser la lutte pour la libération. Créé à l’origine par des militants français, mais devenu par la suite indépendant, le parti restait néanmoins prisonnier de ses choix politiques. Bien qu’ayant fortement « algérianisé » sa composition, et amélioré son audience, il continuait à subir des contradictions paralysantes qui ont amené la direction clandestine du parti, en pleine guerre de libération à remettre en cause l’idée de « nation en formation ».

Ce qui n’enlevait rien à l’immense mérite d’une petite minorité de militants européens, profondément attachés à l’Algérie, et qui ont choisi d’y vivre et d’en prendre la nationalité.

  • Pour abréger la situation, on admet généralement que les nationalistes avaient un objectif (l’indépendance) mais pas de programme. En revanche, le PCA avait un programme, mais quel était son objectif ?

L’objectif fondamental des communistes était évidemment l’instauration du socialisme. Mais cet objectif ne peut se réaliser que par étapes tenant compte des conditions particulières de chaque pays. En Algérie, pays colonial, notre objectif premier était la réalisation d’une « République démocratique et sociale ayant sa constitution, son parlement et son gouvernement », c’est-à-dire l’indépendance.

Pour y parvenir, le PCA préconisait depuis 1946 l’union de toutes les forces anticolonialistes dans un Front national démocratique. « La libération de l’Algérie, disait-il, ne sera l’œuvre ni d’un homme ni d’un parti pris isolément mais celle de tous les Algériens unis contre le colonialisme. »

Cette nécessité impérieuse de l’Union a été le fil conducteur de l’action du parti durant toute cette période. Un résultat important a été obtenu en 1951 avec la création du Front algérien pour la défense et le respect des libertés (FADREL) rassemblant les trois grands partis nationaux, les oulémas, les syndicats et des personnalités indépendantes. Le gouverneur général de l’époque, Roger Léonard, avouait son inquiétude dans un rapport au gouvernement français en écrivant : « Ce front représente le mouvement le plus important qu’on ait jamais vu en Algérie. »

Malheureusement, cette réalisation historique, qui aurait pu accélérer la libération du pays, a été gâchée par les éternelles divisions et les querelles internes. Après avoir créé d’importants comités dans toutes les régions du pays et engagé de nombreuses actions unitaires, le front s’est disloqué en 1953. Mais il avait tout de même contribué à réduire les vieilles méfiances partisanes et à rapprocher les points de vue.

Ainsi le mot d’ordre de République démocratique et sociale était repris par l’UDMA. Le MTLD lui-même définissait à son congrès de 1953 les grandes lignes d’un programme, comportant « la nationalisation des grands moyens de production, la répartition équitable du revenu national, le respect des libertés syndicales », etc. De son côté, le PCA a intégré à son programme les principales revendications des oulémas : reconnaissance officielle de la langue arabe et liberté du culte musulman.

Boukhalfa Amazit

00:15 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu