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14/10/2009

Communiqué 5 octobre - La guerre entre le FLN et le MNA...un immense gâchis ?

 

de chez backchich

 

Le MNA ou les tabous de l’histoire d’Algérie

Passé / dimanche 31 août 2008 par Akram Belkaïd

 

Tous les conflits de l’histoire d’Algérie ne sont pas purgés. Notamment celui qui a opposé le MNA et le FLN, aux premières lueurs de la lutte pour l’indépendance.

 

Il y a quelques semaines, j’ai reçu un message d’un fidèle et très lointain lecteur de la présente chronique à propos de l’histoire d’Algérie et de ses thèmes interdits. Evoquant les nombreuses interrogations concernant la période 1945-1963, il se demandait si un appel d’intellectuels pourrait convaincre des acteurs ayant vécu cette époque de s’exprimer pour dire toute la vérité. « La génération concernée nous quitte progressivement, m’a-t-il écrit. Nous sommes à l’extrême limite temporelle où nous pourrions enfin savoir de la bouche des derniers protagonistes tout ce qui s’est réellement passé y compris sur les questions taboues : la crise berbériste, la trahison du MNA, la mort d’Abane Ramdane, le massacre de Melouza, les vraies raisons qui ont débouché sur les événements sanglants du 8 mai 1945, l’asphyxie organisée des maquis, les motivations réelles des officiers musulmans qui ont déserté l’armée française pour rejoindre le FLN (les daf), la paranoïa d’Amirouche, sa mort avec celle de Si Haoues, l’ampleur réelle du massacre des harkis, le rôle des « marsiens » (ceux qui ont pris le maquis après le cessez-le-feu de mars 1962) » Et de citer le cas de l’Indonésie ou de l’Afrique du Sud où des commissions ont su surmonter l’obstacle du nationalisme pour faire la lumière sur des événements douloureux pour ne pas dire honteux.

Parler mais d’abord délier les langues

 

Ma réponse était empreinte de scepticisme. Faire parler les acteurs qui sont encore en vie ? Pourquoi pas mais à condition qu’un déclic majeur puisse délier les langues et faire en sorte que l’on sorte des discours convenus. Pour étayer mon propos, j’ai cité le cas de Lakhdar Belaïd, un camarade journaliste dont j’attendais depuis des années le livre sur le Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj. Un projet qui butait sur une grande difficulté : la réticence des anciens militants de ce parti à se raconter et à revenir sur un épisode de l’Histoire dont on parle peu et toujours avec grande prudence en Algérie comme en France. Hasard, coïncidence ou signe encourageant, quelques jours après cet échange épistolaire, j’ai reçu les épreuves du livre de Lakhdar Belaïd [1]

 

Cet ouvrage est une enquête sur le père de l’auteur. Un père, aujourd’hui disparu qui n’a jamais accepté de raconter son passé de militant du MNA fidèle jusqu’au bout à Messali Hadj. Un père qui fut acteur, comme tant d’autres membres de son parti, de la bataille fratricide qui opposa, surtout en France, le FLN et le MNA. Une véritable guerre civile dont les générations nées après l’indépendance ne savent pas grand-chose puisque cet épisode sanglant a toujours été enveloppé dans un voile de confusion et de désinformation. C’est bien simple, une majorité d’Algériens qui n’ont pas connu la Guerre de libération sont convaincus que le MNA et les Harkis, c’est Hadj-Moussa et Moussa-Hadj. Quant à Messali Hadj, réhabilité a minima en 1999, nombreux sont ceux qui lui contestent encore le rôle de père du nationalisme algérien et qui persistent à le qualifier de traître à la cause de l’indépendance.

 

Le livre de Lakhdar Belaïd n’est donc pas une enquête sur le MNA. C’est avant tout l’histoire d’un père qui fut emprisonné et condamné durant la Guerre d’Algérie, la justice française l’ayant accusé d’avoir commandité l’assassinat d’un militant du FLN dans la région lilloise. Au fil des pages, on découvre le parcours d’un travailleur immigré en provenance de Kabylie auquel la fédération de France du PPA-MTLD donna, comme à tant d’autres Algériens, une conscience nationaliste et une éducation politique. Restitué non sans mal du fait du mutisme des survivants interrogés par l’auteur, cet itinéraire a pour toile de fond la férocité de la guerre entre le FLN et le MNA, les attentats, les représailles, le jeu trouble de la police française, en somme, tous ces actes sanglants que la presse de l’époque qualifiait souvent de « règlements de compte entre Nord-Africains ».

Le MNA algérie dépassé par un rival plus moderne

 

On réalise en lisant cet ouvrage que nombre de militants du MNA ont été jusqu’au bout de farouches nationalistes et qu’ils ont été partie prenante du combat pour l’indépendance de l’Algérie en organisant notamment des manifestations en France dont certaines furent dispersées dans le sang par les forces de l’ordre. Après 1962, le père de Lakhdar Belaïd s’est par exemple toujours opposé à ce que ses enfants prennent la nationalité française et c’est en Algérie que cet homme a terminé sa vie. On apprend aussi que le MNA s’est attaqué aux harkis comme l’explique un témoin messaliste interrogés par l’auteur.

 

Alors, pourquoi la guerre entre le FLN et le MNA ? L’intérêt du livre de Belaïd est qu’il met en exergue le point de vue du second camp, celui qui malgré son implantation forte en France a finalement été broyé par les commandos de choc du FLN à l’image de la liquidation de la direction de l’USTA (Union syndicale des travailleurs algériens, syndicat messaliste). Et les justifications des messalistes tournent souvent autour de l’attachement obsessionnel à Messali Hadj tandis que le FLN se voit dénié toute légitimité à conduire la Révolution qu’il a pourtant déclenchée.

 

Cinquante ans après cette période, on ne peut s’empêcher de penser que cette guerre entre le FLN et le MNA n’a été qu’un immense gâchis. A qui la faute ? Aux acteurs encore vivant de nous le dire. Pourquoi une telle violence, une telle haine (4.000 morts et 12.000 blessés uniquement en France) ? Le MNA représentait-il vraiment une menace pour l’indépendance ? Le statut de représentant unique, pour ne pas dire absolu, du peuple algérien était-il à ce point indispensable pour le FLN pour qu’il le conduise à liquider d’autres tendances politiques favorables à l’indépendance (messalistes mais aussi communistes) ?

 

La faiblesse politique du MNA ne résidait-elle pas dans le culte, archaïque et d’un autre âge, de Messali Hadj ? Ce dernier avait-il vraiment planifié le début de la guerre d’indépendance pour 1954, se faisant prendre de vitesse par ceux qui allaient créer le FLN ? Ces questions sont posées depuis longtemps. Nous attendons encore les réponses et, finalement, cette idée d’appel d’intellectuels pour que s’expriment enfin les acteurs de cette période est une urgence.

 

 

 

 

 

 

FLN contre MNA: la guerre dans la guerre

 

Par Edgar Morin «L’Affaire Bellounis», publiée en 1998 par un adjoint du chef de guerre messaliste, jette une lumière crue sur les divisions sanglantes du mouvement national algérien

 

5. FLN contre MNA: la guerre dans la guerre

 

Le Nouvel Observateur. – L’extraordinaire, avec «l’affaire Bellounis», est qu’elle ouvre le dossier méconnu d’une lutte acharnée au sein du nationalisme algérien...

Edgar Morin. – Oui. Et dès le début de la guerre d’Algérie. Il y a un conflit entre Messali Hadj, fondateur du nationalisme algérien, et son comité central, qui lui reproche son culte de la personnalité. Un groupe clandestin, le CRUA (Comité révolutionnaire d’Unité et d’Action), futur FLN, décide de réconcilier les uns et les autres... en lançant une insurrection armée, le 1er novembre 1954. Du coup, Messali décide que ses hommes vont prendre le maquis. Et quand le FLN veut absorber ses forces, il refuse. Rapidement, les combattants du FLN attaquent les maquis de Messali et les éliminent. Sauf un, le plus dur, celui que dirige Bellounis. Des officiers français nouent alors des contacts avec Bellounis pour l’utiliser contre ses frères ennemis du FLN. C’est l’année du massacre de Melouza, où des combattants de l’ALN-FLN vont tuer plus de 300 habitants d’un village favorable à Messali. Pris entre deux feux, Bellounis n’a plus le choix. Il est urgent pour lui de conclure un accord de fin des hostilités avec les Français. Il réussit à les bluffer sur l’importance de ses forces, pose ses conditions et réclame des armes et du matériel. Qu’il obtient. En contrepartie, les Français lui demandent de ne plus utiliser le drapeau algérien, de ne pas prélever d’impôt et de ne pas mobiliser. Ce qu’il ne respectera pas.

 

N. O. – Pour Bellounis, cet accord est une trêve armée, en attendant le jour où, une fois liquidé le FLN, il se retournera contre l’«armée colonisatrice»?

E. Morin. – Exactement. D’ailleurs, il écrit à Messali pour lui demander sa caution: «Donnez-moi votre bénédiction... Nous allons libérer l’Algérie!» Sauf que le vieux leader est persuadé – à tort – qu’il y a des accords secrets entre Bellounis et les Français. Il ne les obtient pas et refuse de reconnaître Bellounis.

N. O. – Se bat-il vraiment contre le FLN?

E. Morin. – Pendant toute une année. Son maquis s’étend et ses troupes bien armées, atteignent 8000 hommes! Au point que les Français finissent par s’en inquiéter.

N. O. – Après le 13 mai 1958, les Français lui demandent de se rallier. Il refuse. Le 23 juillet, les commandos du 11e Choc lui tendent un guet-apens...

E. Morin. – ... et Bellounis est tué. Après sa mort, son état-major est très divisé. Les uns pensent qu’il faut rallier le FLN; d’autres, qu’il faut continuer seuls le combat. Une partie du maquis se perd dans la nature...

N. O. – Comment avez-vous rencontré Chems Ed Din – c’est un pseudonyme –, l’auteur du texte que vous avez préfacé (1)?

E. Morin. – Il faisait partie de l’état-major de Bellounis. A sa mort, il décide de se rendre en bus à Alger. Arrêté à un contrôle, il est interrogé par les Services psychologiques, à qui il dit tout. On le libère et il gagne la France où il trouve un emploi… de vendeur au BHV. J’habitais à côté, rue des Blancs-Manteaux, où j’avais caché un temps un fugitif, un parent à lui. Mis en confiance, il vient me voir avec ce manuscrit: il veut témoigner.

 

N. O. – Qu’est-ce qui vous pousse à accepter?

E. Morin. – Le souvenir de la honte. J’étais scandalisé par la campagne de calomnie contre les messalistes, les faisant passer pour des traîtres, des espions, des collabos de la police. Et j’avais en tête la campagne de diffamation menée pendant la guerre contre les trotskistes accusés d’être des agents de Hitler. A l’époque, j’étais communiste et je n’avais rien dit. Et j’avais honte de m’être tu. En 1955, les amis du FLN, Francis Jeanson et André Mandouze, veulent faire passer l’idée que Messali est le Pierre Laval d’Algérie. Il y a même des gens des «Temps modernes» qui affirment que le FLN est l’avant-garde du prolétariat mondial. Il y a quand même eu, à cette époque, une débauche de conneries exprimées!

N. O. – Evidemment, l’affaire Bellounis est présentée comme la «preuve» de la trahison de Messali...

E. Morin. – Pardi! Sauf que je sais, moi, que Bellounis n’a pas la caution de Messali. Que celui-ci est resté un nationaliste. Contre cette hystérie fanatico-sectaire, je suis prêt à défendre son honneur.

N. O. – Pour publier ce texte, vous vous adressez à Jérôme Lindon. Sa réponse?

E. Morin. – «Ce n’est pas le moment!» Combien de fois ai-je entendu cela dans ma vie! J’ai donc gardé le manuscrit.

N. O. – Pourquoi le faire publier en 1998?

E. Morin. – J’ai rencontré une jeune femme d’origine algérienne, une actrice, dont le père était militant messaliste. Elle m’a dit qu’elle avait beaucoup souffert de l’étiquette de «traître» accolée à sa mémoire. Alors j’ai envoyé le manuscrit, un peu comme une bouteille à la mer.

N. O. – Quelle a été la réaction des critiques?

E. Morin. – Nulle. Pas un mot dans la presse. Les gens n’ont pas compris... Ils n’ont pas lu!

N. O. – Aujourd’hui encore, vous ne pouvez pas dire qui est Chems Ed Din?

E. Morin. – Hé non! L’auteur est toujours en Algérie, et cette affaire n’est pas encore purgée. La lutte entre le FLN et le MNA, en France et en Algérie, a fait plus de 10000 morts. Ces frères se sont entre-tués. Rien n’est plus horrible. «L’affaire Bellounis» montre ce qu’on a voulu cacher: la complexité de cette guerre. Il y avait plusieurs voies vers l’indépendance. Reste que la liquidation des messalistes est un des péchés originaux du FLN. Qui nous dit que, parmi les massacres actuels, il n’y pas le souvenir de ces villages messalistes et FLN qui ont tellement souffert de cette féroce guerre entre frères?

 

Propos recueillis par JEAN-PAUL MARI

 

(1) «L’Affaire Bellounis», par Chems Ed Din, préface d’Edgar Morin («Retour sur la guerre d’Algérie»), Editions de l’Aube.

 

Jean-Paul Mari

Le Nouvel Observateur

 

Des couvre-feux à Paris en 1958 et 1961 : Une mesure importée d’Algérie pour mieux lutter contre le FLN ?

Sylvie Thenault
L’historiographie récente relative aux événements d’octobre 1961 à Paris a présenté le système répressif alors en place comme le résultat de l’importation, par Maurice Papon, des mesures qu’il connut précédemment au Maroc et en Algérie. Cet article a pour objet de nuancer cette thèse, en examinant précisément le processus de décision du couvre-feu, qui avait aussi été décidé une première fois, en 1958. Il apparaît alors que la thèse de l’importation néglige deux aspects : le rôle des revendications policières dans ce processus et la traduction concrète du couvre-feu, sur le terrain. Ainsi, le couvrefeu s’inscrit dans le cadre de la gestion des troupes policières par leur hiérarchie et il renforce le repérage et le fichage des migrants de la région parisienne. Recent historiography about autumn 1961’s events in Paris tends to consider this repression as the result of Maurice Papon’s action, who is supposed to have reproduced the methods of counter-insurgency he learned before, in Morocco and Algeria. This article wants to discuss such a thesis because, notably, it neglects the role of the police troops in the decision of pronouncing a curfew. And finally, the reconstitution of the process of decision shows that Maurice Papon’s former experience wasn’t simply reproduced as such.
• 1958-1961, des communiqués aux portées très différentes
• Les « Français musulmans d’Algérie » comme cible
• De la lutte contre le terrorisme à la gestion de la base policière
• Conclusion


« Dans le but de mettre un terme sans délai aux agissements criminels des terroristes, des mesures nouvelles viennent d’être décidées par la préfecture de police. En vue d’en faciliter l’exécution, il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement de 20h30 à 5h30 du matin. (…)

D’autre part, il a été constaté que les attentats sont la plupart du temps le fait de groupes de trois ou quatre hommes. En conséquence, il est très vivement recommandé aux Français musulmans de circuler isolément, les petits groupes risquant de paraître suspects aux rondes et patrouilles de police. Enfin, le préfet de police a décidé que les débits de boissons tenus et fréquentés par les Français musulmans d’Algérie doivent fermer chaque jour à 19 heures ».

 

 

 

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