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02/11/2009

Marchands de canons, après le coucou, les faux culs suisse...


Berne ne vend plus d’armes au Pakistan, juste des obus

MATÉRIEL DE GUERRE | En mars, le Conseil fédéral a gelé l’exportation de biens militaires vers le Pakistan et l’Egypte en raison de l’instabilité politique. Le même jour, il a pourtant avalisé des ventes vers ces pays. Selon lui, la Suisse ne fait qu’honorer des contrats passés auparavant.

Cachemire
© EPA  /  RAJNEESH PARIHAN | Si la Suisse décide de ne plus exporter du matériel de guerre vers un pays (ici un enfant de 5 ans du Cachemire avec un débris d’obus pakistanais), elle peut en revanche continuer à livrer les pièces de rechange, et même des munitions, d’après le Secrétariat d’Etat à l’économie.


Serge Gumy | 02.11.2009 | 00:03

«Dans la presse et lors de débats publics, Doris Leuthard a menti en affirmant que la Suisse n’exporte plus de matériel de guerre vers le Pakistan.» Membre du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), Tobia Schnebli fait feu contre la conseillère fédérale en charge de l’Economie. Et pour défendre le oui à l’initiative visant à interdire les exportations de matériel de guerre, sur laquelle les Suisses votent le 29 novembre prochain, il a trouvé hier des munitions dans la NZZ am Sonntag.

Selon l’hebdomadaire zurichois, qui n’a pas la réputation d’être de gauche, le Conseil fédéral a autorisé le 25 mars dernier la vente au Pakistan d’obus destinés à des canons de défense antiaérienne, pour une valeur de 13 millions de francs. Il a aussi donné son feu vert à l’exportation vers l’Egypte de pièces de rechange pour des appareils de visée, pour 3 millions de francs. Deux transactions que confirme le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO).

Une décision passée sous silence
Le problème, c’est que ce même 25 mars le Conseil fédéral annonçait avoir refusé plusieurs demandes d’exportation de matériel vers le Pakistan, mais aussi vers l’Egypte et l’Arabie saoudite, «eu égard au contexte politique insatisfaisant et à la situation des droits de l’homme» qui prévalent dans ces pays. Mais alors, pourquoi le gouvernement a-t-il tout de même avalisé les deux transactions révélées par la NZZ am Sonntag? Et pourquoi n’en a-t-il pas parlé publiquement?

Selon le SECO, le Conseil fédéral a parfaitement respecté la loi fédérale sur l’exportation de matériel de guerre. Celle-ci stipule à son article 23 que «l’exportation de pièces de rechange destinées à du matériel de guerre dont l’exportation a été autorisée sera aussi autorisée, à moins que des circonstances exceptionnelles ne surviennent entre-temps, qui justifieraient la révocation des premières autorisations».

La munition est concernée
«Mais des obus ne sont pas des pièces de rechange!» s’étrangle Tobia Schnebli, du GSsA. Eh bien, si, réplique le SECO: «Si la livraison de matériel de rechange ou de la munition nécessaire n’était plus possible, le matériel de guerre serait alors sans valeur pour le client.» Il risquerait dès lors de réclamer des dommages et intérêts au fabricant. La Suisse n’a fait donc qu’honorer un contrat antérieur au 25 mars 2009.

Berne se défend par ailleurs «d’avoir autorisé en secret de nouvelles demandes d’exportation, comme le prétend le GSsA. La pratique du Conseil fédéral ne contredit ni la loi suisse ni le droit international.» Ces explications ne convainquent pas Tobia Schnebli: «L’administration se trouve une nouvelle fois à la croisée d’intérêts divergents: ceux des entreprises exportatrices d’armes, et ceux de la politique étrangère de la Suisse.»


De nouvelles transactions en perspective

Selon la NZZ am Sonntag, de nouvelles affaires pourraient se conclure entre la Suisse et le Pakistan, malgré le gel des ventes d’armes décidé en mars par le Conseil fédéral. L’entreprise Rheinmetall Air Defence SA – anciennement Oerlikon Contraves – a en effet signé en avril un précontrat de collaboration avec POF, l’entreprise étatique pakistanaise d’armement. Objet de cette collaboration, la fabrication de munitions pour des armes «à caractère exclusivement défensif», selon Rheinmetall Air Defence. A ce jour, aucune demande formelle n’a toutefois été déposée auprès du Seco pour le transfert de cette technologie vers le Pakistan.

http://www.24heures.ch/actu/suisse/berne-ne-vend-armes-pakistan-juste-obus-2009-11-01

 

 

Le Tchad aurait aussi armé son Pilatus PC-9


Un avion d'entrainement militaire de type PC-9 livré en 2006 par la société suisse Pilatus a «vraisemblablement» été armé par les forces tchadiennes, admettent les autorités suisses.

La polémique enfle, quelques jours après la révélation des missions de bombardement que mènent les PC-7 aux couleurs de N'Djamena, notamment au Darfour.

Depuis le début de l'année, les révélations se suivent sur le rôle que les Pilatus PC-7 tchadiens – pourtant achetés comme avions d'entraînement - jouent dans des opérations militaires, notamment au Darfour.

Pour en savoir plus, le Ministère des Affaires étrangères (DFAE) et le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) ont ouvert une enquête. Jeudi, le DFAE a convoqué l'ambassadeur du Tchad en Suisse, mais rien n'a transpiré de cet entretien. La veille déjà, Berne avait demandé des explications à N'Djamena.

Jean-Daniel Gerber, le chef du SECO a confirmé que le Tchad a aussi doté son PC-9 d'un équipement d'armement. «Il n'est pas sûr, mais vraisemblable» que l'avion a été armé. En revanche, il n'y a pas de preuve à ce stade de l'enquête qu'il a été utilisé à des fins militaires.

Berne entend poursuivre les investigations. Plusieurs questions restent en suspens, par exemple s'il est exact que le PC-9 a été envoyé en Israël pour être armé. Des éclaircissements sont aussi nécessaires sur l'activité de deux mécaniciens de Pilatus, rencontrés il y a une année au Tchad.

 

Les Verts montent au créneau

Depuis 1996, les PC-7 et PC-9 ne sont plus considérés comme matériel de guerre mais tombent sous la loi sur le contrôle des biens utilisables à des fins civiles et militaires. Ainsi, leur exportation ne peut être interdite que si le destinataire est sous le coup d'un embargo de l'Union européenne ou de l'ONU.

Le SECO précise tout de même qu'aujourd'hui, il ne serait plus question d'exporter ces appareils vers le Tchad.

Déjà opposés à la décision du Parlement à l'époque, le Parti socialiste, les Verts et le Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) sont à nouveau montés au créneau mercredi. Ils demandent que ce type d'appareil soit soumis à la loi sur le matériel de guerre.

Vice-président du parti écologiste Ueli Leuenberger juge les explications des autorités «assez légères». «Elles doivent prendre des mesures beaucoup plus strictes pour éviter que des Pilatus se retrouvent dans des zones de crise ou des pays en guerre. Si ces mesures ne sont pas prises, nous pourrions demander l'interdiction totale de l'exportation de ces avions», explique-t-il à swissinfo.

Et de rappeler que les Verts soutiennent l'initiative populaire du GSsA, qui veut interdire toute vente de matériel de guerre. Déposée en octobre 2007, elle attend le verdict du gouvernement, puis du parlement avant d'être soumise à celui du peuple.

«Paradoxe» suisse

De son côté, l'organisation de coopération au développement Swissaid dénonce le «paradoxe» de la politique de la Confédération.

«D'un côté, la Suisse accorde une aide au développement et humanitaire au Tchad et pour le Darfour. Et dans le même temps, des avions suisses sont utilisés pour des attaques aériennes dans le contexte d'une guerre civile, qui, précisément, réduit fortement les efforts de développement», note l'ONG dans son communiqué.

Durant les années 90, le gouvernement suisse avait déjà essuyé un feu de critiques de différentes ONG contre les ventes d'avions Pilatus à des gouvernements comme la junte militaire birmane ou le régime d'apartheid en Afrique du Sud.

«Trop extrême»

Dans le camp de l'UDC (droite nationaliste), on juge que l'interdiction de vendre des Pilatus serait une mesure «trop extrême».

«En soi, le Pilatus n'est pas un avion fait pour bombarder des populations. Ici en Valais, on l'utilise depuis des décennies comme avion à tout faire», rappelle à swissinfo le député Oskar Freysinger.

Le Valaisan admet néanmoins que cet avion «peut être détourné» pour cet emploi, et que manifestement «cela a été fait dans ce cas». Pour lui cependant, il n'est pas possible d'interdire l'exportation de tout ce qui pourrait être détourné. Sans compter que cela entraînerait fermetures d'usines et mises au chômage...

swissinfo et les agences

 

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Berne envisage des sanctions contre N'Djamena

 

 

Légende photo: Ce PC-9 aux couleurs tchadiennes n'a pas seulement servi à l'entraînement. (Keystone)

L'armée tchadienne a bel et bien utilisé un avion d'entraînement suisse Pilatus PC-9 pour des missions de combat. Le gouvernement suisse l'a confirmé pour la première fois vendredi.

Le Tchad a ainsi violé l'accord passé avec la Suisse. Berne envisage d'éventuelles sanctions économiques et politiques contre N'Djamena.

Des éléments «concrets» confirment que le Tchad a utilisé le PC-9 livré par l'entreprise Pilatus (sise dans le canton de Nidwald) en 2006 à des fins militaires, a indiqué vendredi le ministère suisse de l'Economie (DFE).

Lors de sa séance de mercredi, le gouvernement avait chargé le DFE et le ministère des Affaires étrangères (DFAE) «d'étudier s'il y a lieu de prendre des sanctions contre le Tchad». Les services des deux ministères doivent rendre leurs conclusions «dans les prochaines semaines», selon un communiqué du DFE.

Confirmation

Dans ce communiqué, le DFE confirme que le Tchad a utilisé l'avion d'entraînement PC-9 à des fins militaires. En janvier déjà, le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) avait indiqué que l'avion livré au Tchad par Pilatus avait été équipé du système d'accrochage nécessaire à son armement et que l'appareil avait été «probablement» armé.

Le SECO réagissait alors à des informations de médias selon lesquelles l'appareil de la société Pilatus avait été engagé lors de combats dans la région soudanaise du Darfour.

Selon le communiqué diffusé vendredi, «divers indices donnent à penser que l'appareil incriminé a été régulièrement impliqué dans des combats livrés le long de la frontière entre le Tchad et le Soudan». Le Tchad a nié jusqu'ici l'armement et l'utilisation du PC-9 à des fins militaires.



«Violation flagrante»

«L'utilisation de cet avion à des fins militaires est une violation flagrante de la déclaration de destination finale signée par le Tchad» au moment de l'achat, explique le DFE. N'Djamena avait assuré à l'époque que l'avion ne serait utilisé qu'à des fins d'entraînement et qu'il ne serait pas réexporté.

L'appareil de type PC-9 livré en 2006 par l'entreprise Pilatus de Stans n'était pas armé et était destiné uniquement à l'entraînement, rappelle le DFE qui ajoute dans la foulée qu'il va étudier la question d'une adaptation des critères d'autorisation pour l'exportation des avions d'entraînement militaire.

Violents combats

La situation s'est dégradée à la fin janvier au Tchad, une ancienne colonie française. Les rebelles ont tenté de renverser le président Idriss Deby. Des combats violents ont eu lieu à N'Djamena entre les forces gouvernementales et les rebelles au début février.

L'Union européenne (UE) fait actuellement pression pour que N'Djamena négocie avec les groupes rebelles. Bruxelles souligne que l'instabilité nuit aux efforts internationaux visant à venir en aide dans l'Est tchadien au demi-million de réfugiés du Darfour et de Tchadiens déplacés par les troubles.

swissinfo et les agences


La Suisse ne devrait plus livrer aussi facilement ses Pilatus à l'étranger. La loi sera revue

03.04.2008 11:56

La Suisse ne devrait plus livrer aussi facilement ses Pilatus à l'étranger à l'avenir. Après l'affaire du PC-9 tchadien, le CF veut durcir les conditions d'exportations d'avions de ce type. Le Conseil fédéral a chargé le Département fédéral de l'économie de préparer une modification de la loi sur le contrôle des biens, a noté jeudi le DFE.

Actuellement, la vente n'est refusée qu'en cas d'embargo international contre le pays acquéreur. Le CF veut qu'il y ait également un refus quand l'Etat destinataire est en proie à un conflit armé ou en cas de risque d'utilisation des avions contre la population civile.

(SWISS TXT)

Tour de vis aux exportations d'avions

Après la polémique autour de la vente de Pilatus au Tchad, qui a armé cet avion, le gouvernement décide fixer des conditions plus strictes aux exportations d'avions d'entraînement militaires.

Concrètement, ces exportations ne devraient plus être autorisées si l'Etat destinataire est en proie à un conflit armé interne ou international. L'interdiction s'imposerait aussi lorsque le risque existe que les avions soient utilisés contre la population civile.

Actuellement, la loi ne prévoit un refus de vente qu'en cas d'embargo international contre le pays destinataire ou si une décision similaire a été prise dans le cadre de mesures internationales de contrôle des exportations.

Il revient maintenant au Département fédéral de l'économie (DFE) de préparer une modification de la loi sur le contrôle des biens.

 

http://centrafrique-presse.over-blog.com/10-categorie-10337323.html

 

Dimanche 2 mars 2008


Interview de Heinrich Frei à propos des avions Pilatus utilisés au Tchad parue dans le journal suisse Horizons et débats (hd).


undefined L’information selon laquelle un avion Pilatus du gouvernement tchadien a été utilisé lors d’une opération militaire nous a amenés à interviewer Heinrich Frei de Zurich. Depuis plusieurs années, il s’intéresse à la question de la guerre et de la paix et en particulier aux exportations de matériel de guerre de sociétés suisses et à leurs bases juri­diques. Avec d’autres personnes engagées dans le même combat, il documente ces affaires et adresse des mises en garde. Il a été ­membre du Comité du «Groupe de travail pour le contrôle des armements et l’interdiction de l’exportation de matériel de guerre» (ARW). Il fait aujourd’hui partie du «Conseil suisse de la paix» et de l’association «Neue Wege in Somalia»


Horizons et débats
: La présence d’avions d’entraînement militaire PC-9 au Tchad constitue-t-elle une violation de la Loi sur le matériel de guerre?

Heinrich Frei: Les avions de type PC-7 et PC-9 des usines Pilatus de Stans ne re­lèvent plus, depuis 1996, de la Loi sur le matériel de guerre mais de la Loi sur le contrôle des biens [utilisables à des fins civiles et militaires et des biens spécifiques] (LCB). De telles exportations ne peuvent être inter­dites que s’il s’agit d’un membre de l’UE ou d’un pays sous embargo des Nations Unies, ce qui n’était pas le cas du Tchad. C’est du moins ainsi que les autorités fédérales, par la voix du Secrétaire d’Etat à l’économie Jean-­Daniel Gerber et du Département des Affaires étrangères interprètent les lois.

En outre, contrairement à la Loi sur le matériel de guerre, la LCB ne prévoit pas de «certificat d’utilisateur final». Un Etat qui achète des avions Pilatus en Suisse peut les revendre sans devoir informer les autorités suisses. Certes, les usines de Stans ont renoncé depuis un certain temps à livrer de nouveaux avions au régime de Déby. Mais selon un communiqué de Tchad actuel du 2 janvier 2007, le Tchad a déjà acheté trois autres PC-7, probablement pas directement à la Suisse mais par l’intermédiaire d’un Etat tiers. De toute façon, la rupture des relations d’affaires entre Pilatus et le Tchad ne paraît pas très cohérente. Selon la Neue Zürcher Zeitung du 27 janvier 2007, des mécaniciens de Pilatus ont été vus récemment à ­N’Djamena. Probablement qu’ils étaient là pour veiller à la mise en train des PC-9 nouvellement acquis.


L’avion a été armé au Tchad. Pouvait-on s’y attendre ?

Oui. Les PC-7 et les PC-9 sont munis de points d’emport pour y monter des bombes et des canons de bord. Les forces de l’air de petits pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ne peuvent pas s’offrir des avions de combat et ne sont pas non plus en mesure d’entretenir ces appareils. Aussi achètent-ils des avions légers, dont des Pilatus, certainement pas uniquement à des fins d’instruction mais également pour les combats en cas d’urgence.

Le 7 juillet 2006, on a appris que les ­usines Pilatus étaient sur le point de livrer un avion léger de type PC-9 au régime d’Idriss Déby. Othmar Wyss, responsable des autorisations d’exportation de matériel de guerre du Seco a déclaré à l’époque qu’il supposait que l’avion ne servirait qu’à l’instruction. Cet argument était cousu de fil blanc car les forces de l’air tchadiennes ne possédaient par d’avions de combat qui auraient nécessité la formation de pilotes.

Un ancien directeur des ventes de Pilatus a déclaré à l’époque au Nouveau Quotidien, après que la Birmanie ait utilisé des Pilatus contre des rebelles, que «la plupart des PC-7 exportés n’étaient pas destinés à l’aviation civile mais étaient systématiquement armés avec ou sans l’assistance technique des usines Pilatus». On savait naguère que dans la plupart des pays, lors de la signature de contrats d’achat d‘avions Pilatus, des représentants de sociétés d’armement belges et françaises étaient également présents pour livrer en même temps des systèmes d’armement pour les PC-7 et les PC-9.

Le 25 septembre 1989, le conseiller ­fédéral Villiger a confirmé pour la première fois devant le Conseil national que des ­Pilatus ont été utilisés contre la population civile au ­Guatemala et en Birmanie.

Le 4 février 1993, le Groupe de travail pour le contrôle des armements et l’interdiction de l’exportation de matériel de guerre (ARW) a révélé que des techniciens de Pilatus collaboraient à l’armement d’avions d’entraînement militaire PC-7 et PC-9 en Birmanie.

Le 24 août 1993, les usines Pilatus ont reconnu dans un «livre blanc» que leurs avions d’entraînement ont été utilisés contre des personnes non armées en Angola, en Birmanie, au Guatemala et en Irak.


La firme Pilatus aurait-elle pu empêcher qu’on utilise ses avions dans des opérations militaires ?

Oui, car sans les renforts et les points d’emport montés par Pilatus, on ne pourrait pas accrocher de bombes et de missiles. Avant, les points d’emport étaient ­montés à l’étranger mais les renforts sous les ailes étaient déjà présents. Sans la possibilité de fixer des munitions, Pilatus n’aurait pas pu vendre les PC-9 au dictateur du Tchad. Il en avait besoin pour combattre les rebelles qui menaçaient sa vie et son régime.


Ne devrait-on pas, dans un tel cas, assu­jettir à nouveau les Pilatus à la Loi sur le matériel de guerre ?

Cela relève de la compétence du Conseil ­fédéral et du Parlement, comme l’a déclaré Jean-Daniel Gerber. En 1996, le Conseil fédéral et le Parlement ont décidé d’assujettir les Pilatus à la Loi sur le contrôle des biens par complaisance envers la firme, après tous les scandales qu’il y a eu.

Un crime non prescrit: l’attaque de Halabdja aux gaz toxiques qui a coûté la vie à 5000 personnes

Le 16 mars 1988, les forces de l’air irakiennes ont bombardé Halabdja aux gaz toxiques. 5000 personnes – hommes, femmes, enfants – ont été tuées. L’aviation a utilisé des avions à hélice, dont des ­Pilatus (cf. Tribune de Genève du 14/9/1992: «Un pilote kurde de Saddam dénonce l’utilisation des Pilatus»). Selon les statistiques du commerce extérieur, la firme Pilatus de Stans a livré à l’Irak, dans les années 1980, 53 PC-7 et 22 PC-9 en plus des petit appareils Bravo des usines suisses d’Altenrhein. Oerlikon Bührle a livré à l’Irak des canons de marine de 20 mm (Jane’s Fighting Ships 1994-95), des systèmes de contrôle de tir (via le Brésil pour des lance-roquettes multiples Avibras Astros) et Mowag des blindés 4 x 4 Roland Rad (Jane’s Armour and Artillery 1985-86).

Les Forces de l’air américaines ont bombardé des quartiers d’habitation à Belgrade, Novi Sad, Bagdad, Bassora, Kaboul, etc. et malgré cela les usines Ruag, entreprise appartenant à la Confédération, continuent de leur livrer du matériel.


On dit que les bombes à fragmentation qui ont été larguées depuis les PC-9 viennent également de Suisse. Comment est-il ­possible qu’elles arrivent au Tchad dont on sait que c’est un pays en crise ?

Souvent le matériel de guerre est revendu et on ne peut guère l’empêcher. Les Emirats arabes unis (EAU) ont revendu des blindés suisses au Maroc. Par la suite, ils ont déclaré qu’ils ignoraient avoir besoin d’une autorisation de la Suisse. Or c’est à cela que servent les «certificats d’utilisateur final» que doivent signer tous les pays destinataires. Malgré cela, le Conseil fédéral a autorisé par la suite de nouvelles livraisons de matériel de guerre aux EAU, baril de poudre du Proche-Orient. Depuis assez longtemps, les EAU négocient avec une firme zurichoise la livraison de nouveau matériel de guerre suisse (lance-roquettes anti­char Ruag) pour une valeur de 100 millions de francs. La décision concernant les nouvelles livraisons aux EAU rend également possible ce marché. A la lumière des expériences passées, rien n’est moins sûr que ces lance-roquettes resteront là-bas.


Quels moyens avons-nous d’empêcher que soit contournée la Loi sur le matériel de guerre ?

Depuis des décennies, le Conseil fédéral autorise des livraisons d’armes à des pays qui mènent des guerres: USA, Grande-Bretagne, Etats membres de l’OTAN, violant ainsi cette loi.
Elle est également violée par les ventes d’armements à des Etats ou régions en crise, à des régimes qui foulent au pied les droits de l’homme et à des régions où les hommes vivent dans la misère. Or la majorité du Parlement approuve cette politique laxiste d’exportation de matériel de guerre. Par conséquent, on ne peut pas faire grand-chose au plan parlementaire contre ces violations. Quant aux initiatives visant à interdire ces exportations, elles ont jusqu’ici échoué. En septembre de l’année dernière, la Coalition contre l’exportation de matériel de guerre dont font partie plus de 35 organisations a toutefois déposé une nouvelle initiative «pour l’interdiction d’exporter du matériel de guerre» sur laquelle le peuple va bientôt se prononcer.


Existe-t-il une responsabilité pénale en matière de commerce d’armements ?

Les complices d’un crime doivent s’attendre à des sanctions. Le Code pénal suisse ne prévoit aucune exception à la complicité de crime en temps de guerre. Les délits de complicité de meurtre, d’assassinat, de lésions corporelles graves ou de dommages graves à la propriété tombent sous le coup de ­l’article 25. Est complice «quiconque a intentionnellement prêté assistance à l’auteur pour commettre un crime ou un délit» et également, selon la jurisprudence du Tribunal fédéral «quiconque, en position subalterne, encourage le crime ou le délit.» Il n’existe donc pas d’impunité pour les exportateurs d’armements et leurs complices des milieux politiques et économiques.

Condamnation d’un Hollandais pour crime de guerre

Un tribunal néerlandais a déjà donné ­l’exemple en condamnant à 15 ans de détention pour complicité de crime de guerre un Hollandais qui avait fourni au régime de Saddam ­Hussein du matériel de guerre (substances chimiques pour fabriquer un gaz innervant) (Neue Zürcher Zeitung des 24-25/12/2005). Cependant, le Ministère public de la Confédération n’a jamais ouvert d’instruction pour livraison de matériel de guerre à ­Saddam ­Hussein. Le droit exigerait d’instruire contre des entreprises qui, aujourd’hui encore, avec la bénédiction du Conseil fédéral, fournissent illégalement du matériel de guerre aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne, à l’Allemagne et à d’autres Etats qui mènent des opérations militaires en Irak et en Afghanistan.

Selon les statistiques de la Confédération, la Suisse a, entre 1975 et 2007, exporté du matériel de guerre pour 11,978 milliards de francs, et cela en grande partie vers des Etats en guerre, des régions en crise, des régimes qui violent les droits de l’homme, des pays dont les habitants vivent dans une misère indescriptible.    •

Par Ambenatna - Communauté : blogueur africains
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