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17/11/2009

Débat sur l'Afghanistan au Sénat - JP Chevènement "fait un rêve": L'intervention militaire doit se conclure par un retrait.

 

 

AFP

10/11/2009 | Figaro

Un débat parlementaire sur l'engagement français en Afghanistan se tiendra lundi 16 novembre à 14h30 au Sénat à la demande du groupe PS et du groupe communiste et du parti de gauche (CRC-SPG), a-t-on appris aujourd'hui de source parlementaire. Le ministre de la Défense Hervé Morin et le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner répondront aux orateurs.

 

Ce débat a été préparé par une visite en Afghanistan du président du Sénat Gérard Larcher accompagné des trois président des groupes UMP, PS et Centriste (Gérard Longuet, Jean-Pierre Bel, Nicolas About) et une représentante du groupe communiste et du parti de gauche, (CRC-SPG) Michèle Demessine.

 

Lors de cette visite, fin octobre, la délégation sénatoriale qui essuyé à plusieurs reprise des tirs, a rencontré les forces armées françaises, le président Hamid Karzaï et Abdullah Abdullah, alors candidats à la présidentielle, et le général Stanley McChrystal, commandant des forces militaires de l'OTAN.

 

L'opposition de gauche avait demandé à plusieurs reprises l'organisation d'un tel débat.

 

 

M. Jean-Pierre Chevènement.  - Monsieur le ministre des affaires étrangères, vous avez déclaré au Monde : « Nous en sommes encore à attendre la décision du Président Obama sur sa stratégie. On ne va pas s'opposer aux Américains en Afghanistan. Mais pour discuter, nous avons besoin d'une stratégie européenne ». On ne peut avouer plus crûment son absence de stratégie. (Rires sur les bancs CRC) Vous avez ajouté : « Nous préparons un papier à ce sujet, avec des partenaires européens très engagés en Afghanistan ». Vous vous retranchez derrière une Europe de papier ! « S'il y a un haut représentant fort, nous, les ministres des affaires étrangères, nous aurons moins d'importance. C'est comme ça. Il faut croire à l'Europe ».

M. Bernard Kouchner, ministre.  - S'il vous plaît.

M. Jean-Pierre Chevènement.  - Si vous n'avez déjà plus d'importance, pourquoi organiser ce débat ? Je m'étonne qu'un gouvernement dont le ministre des affaires étrangères revendique son effacement veuille nous parler de l'identité nationale de la France et de son indépendance, ravalée au rang des accessoires par le mini-traité de Lisbonne.

Faisons un rêve. Vous êtes resté le ministre des affaires étrangères de la France. Vous et le Président de la République devez faire connaître la position de la France avant même que Barack Obama ait pris sa décision. Les buts politiques de l'intervention de l'Otan n'étant pas clairement définis, il n'est pas opportun d'appuyer les demandes de renfort exprimées par le général McChrystal. Les raisons qui justifiaient l'intervention en 2001 ont évolué vers la construction d'un État démocratique, mais cette tâche est aujourd'hui hors de portée. On ne peut occulter l'effet de pollution exercé sur le conflit afghan par l'invasion de l'Irak en 2003. (Mme Nathalie Goulet approuve) Le temps perdu ne se rattrape pas. Il n'est pas possible d'exporter la démocratie vers un pays aussi différent des pays occidentaux que l'Afghanistan.

L'élection d'un nouveau président américain et la rupture que celui-ci souhaite opérer dans les relations avec les pays musulmans autorisent une réévaluation de la situation. La Force internationale d'assistance à la sécurité (Fias) ne peut envisager de s'installer durablement en Afghanistan. Sept ans après son accession au pouvoir, le Président Karzaï ne dispose plus d'une légitimité suffisante. La restauration de l'État afghan est le préalable de tout, comme l'a expliqué Josselin de Rohan. L'intervention militaire doit se conclure par un retrait.

Afin de redéfinir les objectifs de la présence militaire de l'Otan, il faut prévoir le rejet par la révolte nationale pachtoune du terrorisme d'Al-Qaïda, la constitution d'un gouvernement d'union nationale conformément à la tradition du pays et la neutralisation de l'Afghanistan dans le cadre d'une conférence internationale. C'est seulement en attendant que ces conditions soient réunies qu'il est légitime de maintenir une pression militaire.

La définition des objectifs politiques ne doit pas être laissée aux militaires, qui demandent toujours des renforts. Il faut que l'Otan opte pour une stratégie soutenable à long terme que l'opinion publique peut approuver et non affaiblir. Aucune stratégie ne peut faire l'économie de la coopération active du Pakistan. Pour cela, il faut rechercher la normalisation des rapports indo-pakistanais et sino-indiens. Les pays voisins doivent aider à la restauration de la paix en Afghanistan.

Voilà, monsieur le ministre, la voix que la France devrait faire entendre au Président Obama. La présence de 3 500 soldats français, auxquels je rends hommage pour leur courage et leur stoïcisme, vous oblige à prendre une position raisonnée. Si Nicolas Sarkozy sait l'exprimer avec force, elle sera entendue. Ne vous réfugiez pas derrière un papier européen dont les Américains ne tiendront aucun compte. Faites entendre la voix de la France ! (Applaudissements sur de nombreux bancs à gauche et sur la plupart des bancs au centre et à droite)

 

 

 

Mme Dominique Voynet.  - Nous devons à l'opposition ce débat indispensable, mais qui ne débouchera sur rien puisque nous n'avons pas l'illusion de convaincre le Président de la République de considérer la situation d'un oeil neuf. Or, un examen approfondi est indispensable pour nous extraire de ce bourbier.

Je ne suis pas spécialiste de l'Afghanistan. Je ne crois d'ailleurs pas qu'il y en ait beaucoup ici. Ceux qui se sont rendus quelques jours ou quelques semaines dans ce pays sont revenus avec plus d'interrogations que de certitudes. Nous devons donc nous fonder sur les analyses glanées auprès de spécialistes civils et d'officiers d'état-major qui ont appris en huit ans l'extraordinaire complexité régionale.

Ce que nous savons se résume à l'hypothèse du journaliste Jean-Dominique Merchet : imaginez que vous soyez nés en Afghanistan vers 1960. Après avoir survécu au sortir de l'enfance à une famine qui a fait des dizaines de milliers de morts, vous auriez vécu l'année suivante un coup d'État soutenu par des officiers communistes, puis la prise du pouvoir par les seuls communistes grâce à un autre coup d'État, déclenchant l'occupation soviétique, elle-même cause d'une guerre civile conclue par le retrait des soviétiques et la victoire du commandant Massoud en 1992. Quatre ans plus tard, Massoud est chassé par les talibans, puis assassiné l'avant-veille des attentats contre les tours du World trade center, qui précipitent à leur tour l'intervention américaine. Depuis la victoire de celle-ci, qu'avons-nous gagné ? Les talibans ont été rapidement chassés du pouvoir mais ils se sont renforcés. Les forces alliées se sont muées en armée d'occupation. Enfin, le Président Karzaï est arrivé au pouvoir, où il s'est maintenu en arrangeant les élections et en malmenant le pluralisme. Cette suite ininterrompue de désastres s'est déroulée pendant la demi-vie d'un homme ordinaire ! L'oublier, c'est passer à côté de l'essentiel !

Je fais mienne cette vision car j'y vois un antidote à l'ivresse du sentiment de toute puissance éprouvée par certains chefs d'État au moment de s'aventurer dans une région que les stratèges du renseignement connaissent moins bien qu'ils ne le devraient. Ce sentiment a poussé George Bush à déclencher la seconde guerre d'Irak. Il a empêché les forces alliées de redéfinir le sens de leur action. Comme le dit M. de Rohan, une cote mal taillée ne répond qu'à des considérations de politique intérieure, nullement à une stratégie compréhensible sur le terrain.

Le problème n'est pas de savoir si nous envoyons encore des hommes et pour combien de temps, mais pour quoi faire. Il n'y a pas de stratégie française indépendante en Afghanistan, où les choix sont subordonnés à ceux des Américains. En décidant seul de revenir dans le commandement militaire intégré de l'Otan, le Président de la République a encore aggravé cette soumission. Nous nous sommes coupés les mains ! Aujourd'hui, « nous en sommes réduits à attendre l'oracle, suspendus plus que jamais aux décisions de la Maison Blanche », comme vous l'avez déclaré, monsieur le ministre des affaires étrangères, au cours d'un entretien publié dans Le Monde du 13 novembre. Un engagement aussi flou conduit à l'enlisement. Le problème est donc de savoir comment rester.

Nul ne dit que la guerre soit facile, ni qu'il faille abandonner les Afghans à leur sort. Monsieur le ministre des affaires étrangères, je vous demande aussi d'intervenir pour que le gouvernement français renonce à renvoyer dans leur pays des Afghans ayant fui la misère, la violence et la mort !

Personne ici ne prétend que la tâche soit facile. Je sais que nos militaires exposent leur vie dans les combats mais nous devons préparer les conditions réalistes du désengagement. Il faudra bien admettre que le discours sur le maintien des forces étrangères jusqu'à l'établissement d'un État satisfaisant est source de désillusions. Il sera difficile de nous retirer d'Afghanistan, tant les armées étrangères gênent l'organisation du conflit. Si nous refusions l'idée qu'il nous faudra partir, nous écririons le scénario le plus noir : celui d'un retrait précipité au pire moment. Ce jour me paraît plus proche que beaucoup ne le pensent.

Nous n'avons pas d'autre solution que de renoncer aux illusions d'une solution militaire et de faire confiance aux Afghans pour construire un pays prospère, stable et démocratique. D'ici là, on peut satisfaire des besoins essentiels comme l'eau, la santé, l'énergie et l'éducation des filles et garçons. Monsieur le ministre, vous faites valoir ses points positifs, mais sont-ils avérés hors de Kaboul ?

L'aide de la France représente 1 % des contributions. C'est peu !

M. le président. - Veuillez conclure.

Mme Dominique Voynet.  - Je ne peux me résoudre à ce que se répète ici, plusieurs fois par an, un dialogue de sourds dont les répliques semblent écrites pour le théâtre.

En Afghanistan, le droit et les institutions sont malmenés, déconsidérés. Des institutions mises en place par les Occidentaux, artificiellement plaquées sur la réalité afghane, discréditent auprès de la population l'idée même de démocratie. Le grand rendez-vous, ce sont les législatives de 2010. Mais il faut avant tout ouvrir le débat avec la société civile afghane. (Applaudissements à gauche)

 



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