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16/12/2009

Y'a des impulsifs qui téléphonent, y'en a d'autres qui se déplacent.

Le 27 mars (2002) dernier, à 1 h 11 du matin, Richard Durn abattait huit membres du conseil municipal de la préfecture des Hauts-de-Seine et en blessait gravement quatorze autres....

«Qui aurait pu deviner qu'un militant de gauche comme Richard possédait des armes chez lui?» soupire Julio Cortes. Et pourtant... Ily a environ six ans, l'étudiant taciturne s'était inscrit au club de tir de La Garenne-Colombes. Le 21 mars 1997, il avait acheté un pistolet automatique 9 mm Glock et un Smith and Wesson 357 Magnum dans une armurerie du quartier de la Bourse. Fin 1997, il dépose une nouvelle demande pour l'achat de quatre armes supplémentaires. Avis favorable. Le 3 janvier 1998, il ajoute donc un nouveau Glock à son arsenal. Mais Richard ne demande pas le renouvellement de son autorisation de détention d'armes. A partir du 3 janvier 2001, il vit donc dans l'illégalité. Les services de la préfecture des Hauts-de-Seine, chargés du contrôle, ne semblent avoir entrepris aucune démarche pour s'enquérir du destin des trois gros calibres. Après l'épisode du Bapu, une seconde occasion de perdue...

Un oubli d'autant plus inquiétant que Richard Durn reste fasciné par les tueurs kamikazes. Lors d'un voyage en Israël avec son seul ami d'enfance, il semble obsédé par Baruch Goldstein, ce médecin israélien qui a massacré 29 musulmans au fusil d'assaut dans le tombeau des Patriarches, à Hébron, en 1994. La lettre envoyée à une amie la veille du drame de Nanterre ne cache rien de cette fascination: «J'espère, à mon niveau, être à la hauteur d'un Ben Laden, d'un Milosevic, d'un Pol Pot, d'un Hitler ou d'un Staline.»

Jeudi 28 mars, vers 10 heures, Durn regagne le bureau 414 pour le troisième et dernier interrogatoire. Il commence à faire chaud: le vasistas n'est pas verrouillé. La gorge sèche, Durn désire un verre d'eau. Le lieutenant Philippe D., assis derrière son bureau, à gauche de la pièce, demande, à 10 h 15, au suspect de se lever pour reconnaître une photographie. Selon le témoignage des deux policiers, Durn se précipite soudain vers la fenêtre. Il prend appui sur le meuble et les dossiers, bousculant l'aquarium. Il percute violemment le Velux, qui pivote sur lui-même. Durn glisse déjà le long du toit. Sa tête a dépassé la gouttière de zinc, rempart dérisoire. Le brigadier tente de le retenir mais ses bras glissent le long du pantalon. Le tueur se débat et réussit à échapper aux policiers et à la vie: le brigadier ne tient plus dans sa main qu'une chaussette et une chaussure gauche. Une chaussure sans lacet, comme le veut la règle destinée à éviter le suicide des gardés à vue... 20 mètres plus bas, dans la cour intérieure, le tueur de Nanterre, tombé à 1 mètre d'une avocate, gît près des motos et des scooters.

L'annonce de ce suicide provoque une vague d'indignation. Les survivants de la tuerie et leurs proches le ressentent comme un nouveau drame. «Des élus, au péril de leur vie, se sont jetés sur cet homme, lui ont pris son arme, rappelle Jacqueline Fraysse. Ils ont été grièvement blessés et, sur leur lit d'hôpital, il apprennent que cet homme s'est suicidé.» L'élue poursuit, la gorge nouée: «Je veux, nous voulons savoir comment, au Quai des Orfèvres, on a pu laisser faire cela.» «Interrogations légitimes», convient le soir même le Premier ministre. Jacques Chirac pointe «les défaillances» du système. Un «dysfonctionnement grave», a déjà reconnu Daniel Vaillant, ministre de l'Intérieur. Vers 17 heures, le préfet de police de Paris, Jean-Paul Proust, souhaitant se rendre compte par lui-même, visite le bureau 414. A sa sortie, une centaine de policiers guettent sa réaction. Pour lui, il apparaît qu'il n'y a pas eu de fautes.

Les conclusions de l'une des deux enquêtes diligentées après le suicide de Durn ne relèveraient d'ailleurs pas de «dysfonctionnements majeurs» au cours de la garde à vue. Il n'empêche. Un homme, surveillé et protégé par un prestigieux service, a échappé à sa vigilance. Ultime défaillance dans cette incroyable histoire.

Voilà plus d'une semaine que la folie d'un homme a entraîné la mort de huit élus au conseil municipal de Nanterre. Aujourd'hui, une solidarité fantastique s'est nouée à Nanterre, où il n'y a plus de clivage politique. Où il n'y a plus ni droite ni gauche. Mardi 2 avril, une cérémonie solennelle, qui a réuni 14 000 personnes, a eu lieu au stade Gabriel-Péri, en présence de Jacques Chirac et de Lionel Jospin. Quelques jours plus tôt, à l'occasion de l'enterrement de son amie Jacotte Duplenne, la maire de Nanterre a eu cette phrase toute simple: «Nous allons essayer de reprendre notre tâche. Je ne t'oublierai pas.»
L'oubli. Un mot qui hante toutes les familles des victimes. Comme si elles ne supportaient pas d'être privées d'un procès, privées, aussi, de leur travail de deuil; après le suicide de Richard Durn, l'action publique est éteinte.

Aussi, le procureur de Nanterre, Yves Bot, conscient de cette frustration intolérable, a décidé d'informer périodiquement les parents des victimes du déroulement de l'enquête. Des conditions exactes du suicide de Durn. De l'incroyable enchaînement des faits qui ont conduit le meurtrier à détenir trois armes en toute légalité. Enfin, de l'alerte, en 1998, de cette psychiatre menacée par Durn, qui tombera dans une relative indifférence. Deux faits qui, pris en compte, auraient (peut-être) évité qu'un jour de printemps, à 1 h 11 du matin, une folie meurtrière ne s'abatte sur le conseil municipal de Nanterre...

http://www.lexpress.fr/informations/retour-sur-la-tragedie_647874.html

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