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20/12/2009

Tarnac Underground

CECI N'EST PAS UNE BANANE
Velvet Underground, Velvet Underground and Nico.jpg
Backchich donne la parole à un officier de la PJ:

« Nous avions au frigo des bananes qui étaient un peu vertes, explique un des patrons de la PJ, on nous a demandé de les sortir prématurément en nous expliquant qu’elles étaient mûres. Le résultat, on le voit, un Julien Coupat transformé en chevalier blanc ».

 

 

 

Alors que la chambre de l’Instruction judiciaire vient de rendre une décision pour le moins ambiguë à l’égard de Julien Coupat et de ses « présumés terroristes » d’acolytes, lire l’enquête de Marcel Gay, Le Coup de Tarnac (Florent Massot éditeur), s’impose pour tenter de comprendre la suite. Une suite qui s’inscrit dans une logique, qui peut paraître délirante, mais n’est pas moins mise en actes. À l’occasion de ce dernier – en date – des épisodes judiciaires de l’affaire Coupat, nous avons posé deux questions à l’auteur…

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C4N – Vous vous attendiez à du nouveau avant la fin 2009, ce qui s’est produit. Qu’en penser ?

Marcel GayLa décision de la chambre de l'Instruction doit être comprise, à mon sens, comme une volonté de calmer le jeu. Car, en désavouant aussi nettement et le parquet général qui avait requis le maintien du strict contrôle judiciaire et le juge d'instruction qui a des positions jusqu'auboutistes, les magistrats de la cour d'appel entament un virage à 180 degrés sur ce dossier dont il n'est plus besoin de démontrer qu'il est vide…

C4N – Aviez-vous une idée préconçue de cette affaire ?

Marcel GayLa vérité, c'est qu'à l'Est Républicain et dans d’autres titres de presse, personne ne voulait aller à Tarnac, trop loin, trop froid, pas passionnant pour certains confrères et des couillons qui se disent « grands reporters ». J'ai pensé, au contraire, que cette affaire pouvait être passionnante. C'était un fait-divers à forte coloration politique. À cette époque, ça pétait de partout : en Grèce, dans nos territoires d'Outre-mer. Ca ressemblait à des émeutes de la faim. Et puis, il y avait une personne, Maryvonne Hallez, la maman de Gabrielle, qui avait été en GAV avec les gens de Tarnac. Or, Maryvonne est de Baccarat. La famille Hallez inclut les anciens propriétaire de l'usine de cristallerie célèbre dans le monde entier. Donc un petit côté régional qui faisait bien dans le décor. Puis, je me suis piqué au jeu, j'ai compris très rapidement qu'il s'agissait d'un coup monté pour faire tomber ces jeunes. En réfléchissant, je me suis dit : il y a dans ce pays des lois antiterroristes de plus en plus nombreuses, il y a un parquet antiterroristes et des juges antiterroristes, il y a même une police spéciale antiterroriste, la SDAT. Il ne manque qu'une chose : des terroristes. Alors, quand on connaît le pognon que rapporte l'industrie de la peur, on imagine que certains ont tout intérêt à faire tourner les machines.

Ce Coup de Tarnac n’est pas seulement un livre de journaliste de terrain qui « colle » aux faits. Il s’agit aussi d’une analyse exposant comment, tel le coup de Jarnac (au départ une botte qui lui vaut une belle renommée élogieuse avant de se retourner contre sa réputation), l’affaire de Tarnac revient en boomerang à travers la figure de Nicolas Sarközy qui exigeait de Michèle Aliot-Marie de lui fournir de quoi alimenter ses fantasmes. Page 176, Marcel Gay écrit : « les élus craignent désormais que l’on promène un jour leur tête au bout d’une pique. ». Il suffit de se plonger dans les archives du Canard enchaîné pour se rendre compte que, bien avant le déclenchement de l’affaire de Tarnac, le locataire de La Lanterne (résidence préférée de Nicolas Sarközy avant, en date, l’appartement de Carla Bruni, et toujours préférée à l’Élysée), s’inquiétait d’une future « ultra-gauche ».
Michèle Aliot-Marie, titulaire des ministères de l’Intérieur puis de la Justice n’a, dans un premier temps, que suivi les consignes. Alors qu’une partie de la majorité doute de l’endurance de l’effet Nicolas sur l’électorat, la Chancellerie doit avoir à cœur de ménager tant les excitations du lider minimo que l’avenir… Toutes ces choses ne sont pas bonnes à dire, mais comme nous en devisions avec Marcel Gay, nominé du Prix du Pamphlet (remporté par Yann Kerninon pour Tentative d’assassinat du bourgeois qui est moi), l’insurrection qui vient ne prend pas naissance qu’à gauche. On peut d’ailleurs se demander si, chez Julien Coupat et d’autres, en dépit des apparences réelles ou fabriquées, l’insurrection à venir n’est pas à chercher chez Yann Kerninon, et son essai de vivre en étant non plus anti-bourgeois mais non-bourgeois, en étant réellement vivant tout simplement.

L’apport de Marcel Gay au débat ne réside pas uniquement dans son éclairage du contexte, tant national qu’international. Certes, il a bénéficié des confidences d’enquêteurs. Tout comme Laïd Samari, autre plume de l’Est Républicain, est parfois le relai des fuites organisées par les services de police, Marcel Gay, à l’instar de feu Jean-Michel Bezzina (ancien de RTL pour le Grand Est), a ses sources privilégiées. Alors que la plupart des journalistes se sont branchés sur « Radio ministères » (les chargées de presse) avant de progressivement donner la parole aux avocats des mis en examen, Michel Gay a pu, assez tôt, auprès des gendarmes et des policiers, recueillir des demi-mots, des semi-confidences et des hémi-indices qui n’étaient pas destinés à conforter les suspicions à l’encontre de Julien Coupat. Mais tant les gendarmes que les policiers ont, d’emblée, estimé crédible que Julien Coupat ou ses proches aient eu, de loin sinon de près, eu à voir avec les faits qui leur sont reprochés. Or, à l’heure actuelle, il semblerait qu’ils ne les aient même pas facilités, si ce n’est en fournissant des bases idéologiques aujourd’hui contestées par ceux-là même qui leur reprochent leur désengagement de l’action. Marcel Gay détaille aussi le débat qui divise non pas la mouvance, mais les divers courants dits autonomes. Coupat n’est certes pas le chef de file d’une « ultra-gauche ». Il est même partiellement désavoué du fait de son attitude, de ses déclarations à la presse.

Sans remonter à Alain Peyreffite, à Marcelin, à Pasqua et aux autres apôtres du tout-sécuritaire et de la manipulation des consciences, Marcel Gay, sans jamais se mettre en avant, s’est attaché à démonter les ressorts d’une plus vaste machination. Sa conclusion peut paraître réductrice. Il cite le rapport d’Amnesty International d’avril 2009 : « la situation est telle en France que les forces de l’ordre se sentent au-dessus des lois. ». Elle le serait s’il n’avait pas auparavant expliqué le pourquoi d’une telle appréciation. Les policiers, et désormais les gendarmes, sont sous pression et leurs appréciations importent peu. Tout comme les généraux de la Wehrmacht, tentant de tempérer Hitler qui qualifiait de traitre quiconque contestait l’issue envisagée de la bataille des Ardennes, ils n’ont plus le choix. Ils n’ont plus obligation de moyens, mais de résultats. Il leur faut remplir les objectifs sous peine d’être mutés, voire de devoir renoncer à tout autre avancement que l’échelle indiciaire liée à l’ancienneté. Quant à la magistrature « debout » (le parquet, le ministère public, s’expriment debout et non assis en audience), elle se sait de plus en plus « pliée ».

Pour Marcel Gay, les poursuites contre Julien Coupat visent à dire à tout citoyen : soyez conformes à ce qu’on attend de vous. Conformes en tous points. Il ne suffit plus de ne pas manifester (Coupat et les mis en examen de Tarnac participaient à des manifestations), mais il convient aussi de ne plus s’abstraire. Même la résistance passive et muette peut devenir suspecte. De quoi inciter même les plus conciliants ou indifférents à se radicaliser. Pour un Alain Bauer, criminologue sécuritaire dont Marcel Gay a recueilli les propos, l’action préventive contre le Comité invisible vise à éradiquer, dès les prémisses, toute tentative de radicalisation : Alain Bauer site ainsi le Ben Laden de 1996 « qui a fait tout ce qu’il a écrit. » Pour un autre observateur des groupes informels, Sébastien Schifres, à l’inverse, l’explication de la violence découle de la « doctrine » d’Alain Bauer. Marcel Gay expose que « la radicalisation d’un groupe ou le passage à la lutte armée (…) fait suite à la répression de l’État. » De quel État s’agit-il vraiment, d’ailleurs ? Le fiasco du sommet de Copenhague sur l’environnement laisse planer le doute. Qui, en fait, décide de quoi ? Sans tomber dans la théorie du complot, on peut se demander qui, pour celui semblant à présent avoir motivé les mises en examen et la longue détention de Julien Coupat, a décidé réellement de quoi. Car « l’industrie de la peur » que désigne Marcel Gay, si elle profite aussi à l’appareil d’État, n’a pas que lui pour bénéficiaires. Ce ne sont certes pas les populations américaine ou française qui bénéficient le plus des retombées financières positives des guerres qui se poursuivent en Irak ou Afghanistan. Pour un Dick Cheney ou un Donald Rumsfeld, combien d’élus n’ont pu bénéficier que des miettes, et ont pâti des inconvénients de la ligne républicaine lors de leur dernière campagne électorale ?

Ce Coup de Tarnac a aussi pour mérite de lever de nouveau le voile sur les mensonges ou omissions du lobby de l’énergie nucléaire. Sur les voies d’acheminement des convois de matières nucléaires, ce ne sont pas des Julien Coupat (si tant était qu’il soit jamais démontré qu’il ait eu, de près ou de loin, à voir avec la pose de crochets) qui sont le plus à craindre, mais des accidents ou de véritables attentats destinés à propager la terreur et la désolation. Ce n’est pourtant pas un acte malveillant ou un accident qui a paralysé un temps tous les transports de combustibles irradiés en Europe de l’Ouest, mais un rapport. Lequel établissait que la contamination par irradiation de ces transports était « plusieurs centaines de fois supérieure à la norme admise. ». Et parfois « 2 000 fois supérieure ». Les autorités allemandes ont pu déterminer que « depuis quinze ans, les exploitants des centrales savaient et n’avaient rien dit. ». Depuis, selon les scientifiques des organisations écologiques, la situation aurait empiré. Mais les fuites ministérielles vers la presse sont beaucoup moins spectaculaires que celles ayant visé les Neuf de Tarnac et d’autres. Utiliser des toilettes d’aire autoroutière distantes de plus de 50 m d’un camion porteur du trèfle radioactif expose à des radiations. Ce ne sont pas les convois qu’on arrête, mais celles et ceux qui, simplement, les freinent et tentent de faire entendre d’autres raisonnements, voire bientôt, celles et ceux qui auraient la velléité de penser autrement. La catastrophe qui vient, elle, progresse silencieusement. Qu’on ne s’y méprenne pas : l’affaire de Tarnac n’est pas un coup d’épée dans l’eau, c’est l’une des « premières » politico-judiciaro-policières destinée à rôder les futurs scénarios. Pour que les radiations restent sans odeur, les aliments sans autres saveurs qu’artificielles, il faut qu’il n’y ait pas de fumée sans feu, quitte à attiser les braises.

 

http://www.come4news.com/le-coup-de-tarnac-tombe-a-l-eau-68724

 

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