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13/01/2010

Introduction à la distanciation: laissons-nous provoquer par les situations...

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La genèse de la théorie distanciatrice

La distanciation est une des caractéristiques les plus fondamentales de l'espèce humaine, une de celles qui nous détache le plus de l'animalité. L'homme naît avec cette possibilité unique de savoir ce qu'il fait au moment même où il le fait. Dans les pires formes du travail aliéné, dans l'esclavage pur et simple, il lui reste la possibilité (au moins théorique…) de rester conscient jusqu'à l'ultime moment, celui de sa propre mort. Les prisonniers des camps de concentration l'ont souvent raconté, c'est en eux-mêmes qu'ils ont trouvé la possibilité de " résister ", selon la devise gravée dans la pierre par Marie Durand, la protestante internée trente-huit ans dans la prison de la tour Constance à Aigues-Mortes. Sortir de soi-même quand il n'y a plus rien d'autre à faire pour ne pas disparaître, montre l'aspect vital de la prise de distance, quels qu'en soient les moyens, des souvenirs à l'alcool, de la drogue à l'auto-suggestion, du rire à la dérision qui conserve le " quantum de distance " vital. Dans tous les cas, cette prise de recul est une des dernières armes des opprimés.

 

Les origines de la distanciation

 

L'étymologie n'est pas d'un grand secours pour rechercher une hypothétique origine du concept, elle permet de dégager ses significations classiques et habituelles (la " distancia " latine). Le verbe " distancer " semble provenir de l'anglais " to distance " et présente un ensemble de significations parasites, même si la distance réelle ou physique peut engendrer ou accroître la distanciation du sujet, ainsi que la proxémique le montre souvent. D'où l'alternative suivante : conserver distancer ou utiliser " distancier " pour figurer la différence.

Distancer ne peut en principe être pronominal et ne donne pas clairement l'idée que nous voulons exprimer : " il se distance du film en cours " est incorrect en termes grammaticaux et sémantiques. De plus, son emploi risque d'évoquer trop fortement les " tenir à distance ", " garder ses distances ", etc. qui possèdent un tout autre sens.

Les avantages de distancier apparaissent comme la réponse aux inconvénients de distancer. On ne peut guère lui trouver d'inconvénients, si ce n'est le fait de proposer un mot relativement nouveau, mais déjà présent dans beaucoup de dictionnaires .

Du côté de l'anglais contemporain, on ne trouve rien de plus qu'en français, le terme " distanciation " est encore assez peu répandu. En allemand, on trouve plus facilement " Entfremdung " qui est le plus souvent traduit par distanciation. Cette indication corrobore le fait que le terme semble remonter à Schiller, au moins dans son acception d'acte volontaire visant à établir une distance entre un phénomène et sa perception. Nous y reviendrons.

Naturellement, il existe des termes synonymes comme " recul ", " hauteur (ou largeur) de vue ", ainsi que quelques faux-amis comme " planer "… Le terme sera pris dans son sens le plus immédiat de " distance avec la perception que l'on a d'un phénomène communicatoire ", quelle que soit la nature de la perception et les canaux de communication employés. Par souci de clarification, nous utiliserons désormais le verbe distancier, marquant bien l'action de distanciation, de préférence à distancer qui peut prêter à confusion avec la distance physique, ce qui n'empêchera pas de retrouver de temps à autre les deux termes ensemble comme dans le cas du coureur qui peut distancer son concurrent et se distancier des spectateurs afin de mieux conserver sa concentration…

L'emploi de ce terme et de la " théorie " qu'il va symboliser ne signifie aucun jugement de valeur ni sur le contenu, ni sur la forme de la communication. La distanciation sera aussi une variable scientifique des échanges communicatoires, au même titre - ou presque - que le niveau sonore, la gestuelle, le niveau de langue, les déterminants proxémiques, etc.

La distanciation critique constituera un premier palier, le plus simple et le plus immédiat. C'est le plus souvent à elle que l'on fait implicitement référence en parlant de distanciation. Dans la plupart de ses acceptions, elle aquiert un sens plutôt négatif, en ce sens que l'épithète " critique " est souvent perçue elle-même - à tort - au sens négatif. La distanciation dialectique représentera un stade plus achevé impliquant une démarche active, une médiation auto-personnelle du récepteur/consommateur comme co-auteur du message reçu et surtout comme co-réalisateur réel ou imaginaire de sa mise en forme médiatique. On la rencontrera plus souvent du côté des canaux interactifs.

Les distanciations critique et dialectique seront regroupées sous le terme commun et générique de distanciation médiatique pour insister sur la spécificité de la communication médiatisée ou hyper-médiatisée.

Si la typologie récurrente mise au point à propos de la médiation et de l'IPT et réemployée avec l'aliénation, l'appropriation et la socialisation est effectivement fonctionnelle et opératoire, elle devrait s'appliquer sans difficultés à la distanciation, comme à toutes les variables médiatiques. Une première analyse aboutirait assez vite aux valeurs explicitées dans le tableau ci-dessous.

JL MICHEL 1991

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