Avertir le modérateur

16/02/2010

DEVENEZ-VOUS MÊME.COM - Les appelés du contingent ont joué les cobayes lors des essais nucléaires en Algérie

Le 13 février 1960, la France procédait à son premier essai nucléaire en Algérie. Le Costarmoricain Armand Jolivet a vécu les troisième et quatrième tirs. Il en garde d'importantes séquelles physiques.

A lire également :
> Il y a cinquante ans, l'opération "Gerboise bleue"


«On est face contre terre. Il y a d'abord un énorme éclair comme la foudre, un gros boum et puis un immense souffle capable d'envoyer un homme à terre». Armand Jolivet s'en souvient comme si c'était hier. Pourtant, cinquante années ont passé. L'explosion d'une bombe nucléaire, ça ne s'oublie pas comme ça. En 1960, le Breton, aujourd'hui installé à L'Hermitage-Lorge (22), a tout juste 20 ans. Il effectue son service militaire en Algérie. Armand Jolivet est sous-officier spécialisé dans le transport. D'abord affecté au nord du pays, il file vite vers le Sahara où se déroulent les essais nucléaires.

Deux explosions à 16km du point zéro

«On m'a dit: ?vous allez dans le sud. Vous aurez une bonne paie, moins d'opérations et du soleil?. En fait, j'ai été volontaire désigné d'office», raconte-t-il laconiquement. Armand Jolivet rejoint la base d'Hamoudia... à 16km de l'endroit des explosions. Le point zéro. Pour le soleil, l'armée n'a pas menti. Il fait entre 60 et 85ºCen pleine journée. Armand est responsable du parc de véhicules et chargé de transporter le matériel mais aussi le personnel civil et militaire au point zéro. D'octobre1960 à juillet1961, il multiplie les missions sur place. Sans réelle protection. «Normalement, on devait porter une combinaison, des bottes, des lunettes et des masques. Mais il y avait une paire de lunettes pour dix et il faisait trop chaud.» Du coup, la combinaison est souvent ouverte ou remplacée par un simple tee-shirt. Les bottes laissent place à des espadrilles.Armand décrit des scènes identiques lors des troisième et quatrième explosions qu'il a vécues à 16km de là. Gerboise rouge le 27décembre 1960 et Gerboise verte le 25avril 1961. Militaires et civils n'ont alors pas conscience du danger. «On ne nous a jamais dit qu'il y avait un risque de contamination. Pourtant des gens savaient puisqu'avant il y avait eu Hiroshima et Nagasaki. Je pense qu'on a servi de cobayes. On a testé le matériel... et les bonshommes».

«On souffre dans l'indifférence»

Un sentiment renforcé par ce que le Breton a vu sur place. «Ils exposaient du matériel, des véhicules et même des animaux pour mesurer les effets de la bombe. Après l'explosion, le sable était brûlé, les camions détruits. Ça faisait peur». Armand Jolivet aurait voulu montrer cela. Mais au moment du retour, l'armée lui a confisqué des centaines de photos du point zéro. Il a par contre rapporté sa combinaison irradiée. «Drôle de souvenir!» Il est surtout revenu avec de gros soucis de santé. «En quittant Hamoudia, je pesais 47kg. J'étais squelettique. J'ai passé un mois dans un centre de convalescence et j'ai perdu toutes mes dents du haut en un an». Depuis, les pathologies s'enchaînent pour le vétéran des essais nucléaires. Inflammation de la plèvre, colite ulcéreuse, inflammation du colon, spondylarthrite ankylosante. Beaucoup trop pour Armand, pas assez pour l'État qui n'indemnise que 18 maladies. «Je n'ai pas de cancer donc je ne peux rien espérer.Je souffre dans l'indifférence mais je me battrai jusqu'au bout», termine Armand, à l'aube de ses 71 ans.

  • Dominique Morvan
article sur 20 Minutes
Mis à jour le 16.02.10 à 14h11
Lucien Parfait, un ancien militaire français incorporé dans le Sahara de 1960 à 1962, pose, le 26 février 2009 à son arrivée au Palais de Justice de Paris
Lucien Parfait, un ancien militaire français incorporé dans le Sahara de 1960 à 1962, pose, le 26 février 2009 à son arrivée au Palais de Justice de Paris/AFP PHOTO OLIVIER LABAN-MATTEI

DEFENSE – Le rapport classé «confidentiel défense» est accablant…

Une partie du secret est levé. Un rapport révélé par le Parisien - Aujourd’hui en France lève le voile sur la campagne française d’essais nucléaires dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966.

L’existence de manquements aux règles élémentaires de sécurité durant ces opérations et les conséquences dramatiques sur la santé des militaires, malgré les témoignages des vétérans, a toujours été un secret très bien gardé.

Ce rapport, classé «confidentiel défense» et intitulé «la Genèse de l’organisation et les expérimentations au Sahara», aurait été rédigé selon le quotidien par un ou des militaires anonymes en 1998, l’année de l’abandon définitif des essais nucléaires. Il montre que lors des premiers essais atomiques au début des années 1960, la priorité absolue pour les scientifiques et les militaires, était d’obtenir la bombe. Quelles que soient les conséquences humaines.

Masque anti-poussière
On apprend par exemple que l’armée a demandé à certains militaires de remplacer leur masque à gaz par un masque anti-poussière. Le rapport est sans appel, selon le Parisien: «les appelés du contingent servaient de cobayes».
M. L.

6a00e008d663eb88340120a847631a970b-250wi.jpg


Reggane sacrifié pour la course à l’armement
«Gerboise bleue», un crime contre l’humanité
image

Par Rachida Merkouche

Le 13 février 1960, la guerre pour l’indépendance de l’Algérie entrait dans sa troisième année. Ce jour-là, la France coloniale commettait l’un des crimes les plus abominables que l’humanité ait connus. La région de Reggane, à 150 kilomètres d’Adrar, a été le théâtre d’une explosion quatre fois plus puissante que
la bombe larguée sur la ville japonaise d’Hiroshima quinze ans plus tôt, durant la Seconde Guerre mondiale. Après cette démonstration de force de la remière puissance au monde, il n’était pas question pour la France de rester en marge de la course à l’armement nucléaire, et de laisser seuls dans le club des «privilégiés» les Etats-Unis d’Amérique, l’ex-Union soviétique et la Grande-Bretagne. Il avait été décidé en 1954 par Pierre Mendès France que l’ancien empire colonial deviendrait une puissance nucléaire, et c’est le premier président de la Vème République qui a parachevé le travail, le 22 juillet 1958, en fixant la date du premier essai au premier trimestre de l’année 1960. Reggane était le site choisi pour le premier tir qui portait le nom de code «Gerboise bleue», et son sort allait être scellé pour toujours. La population de Reggane, estimée à 8 000 habitants selon les statistiques de l’administration coloniale à cette époque, ignorait ce qui allait se passer alors que le site avait déjà été choisi par l’armée française en juillet 1957 pour abriter le champ de tirs, à seulement 50 kilomètres de la zone habitée. Ce 13 février 1960 à 7 h 04 mn, ils ont été surpris par le souffle de la déflagration. Une boule de feu dévorait le ciel avant
de retomber en une pluie de poussières qui allaient recouvrir la région et changer son destin et celui de ses habitants, qui n’étaient pas les seuls à en subir les effets dévastateurs. Parmi les 24 000 hommes ayant séjourné à Reggane avant et après l’opération, des travailleurs algériens engagés dans la réparation de l’effroyable manœuvre sans rien connaître de ce qui se préparait et sans aucune protection. Ils ignoraient tout du travail qu’il leur avait été demandé d’accomplir et de l’usage qui serait fait des équipements qu’ils étaient en train de transporter. Pis, non contents de ne pas avoir averti les habitants du danger, les militaires chargés de mener cette première expérience qui devait faire de leur pays une puissance nucléaire étaient déterminés à tout mettre
en œuvre pour son succès, poussant la cruauté jusqu’à attacher à des poteaux 150 prisonniers de guerre algériens, à un kilomètre de l’épicentre de l’explosion, afin de tester sur ces cobayes humains les effets des radiations. Ces derniers ont été désagrégés, leurs corps partis en fumée. Quant aux effets sur la population et les nombreux travailleurs enrôlés pour cette tâche, ils sont innombrables et se sont étalés sur le temps. Des cancers du poumon, de la peau et du sang ont causé la mort de beaucoup de personnes alors que d’autres souffrent encore, et des malformations affectent les enfants nés de parents contaminés. La sécheresse, la disparition de la végétation et la mort des animaux sont également les conséquences de la radioactivité de la région de Reggane. La puissance de feu de la bombe nucléaire française avait tout dévasté. Les trois premières puissances avaient brandi l’interdiction d’effectuer des essais atmosphériques, mais la France coloniale était passée outre du moment que c’était les Algériens qui allaient en être les victimes. D’ailleurs, trois autres explosions aériennes dont le taux de contamination est de 22 fois supérieur aux normes autorisées suivront à Reggane. Aucune opération de écontamination n’a été entreprise par la France avant son départ, les déchets enfouis dans le sable ont émergé sous l’effet de l’érosion, vestiges de la barbarie et témoins d’un crime contre l’humanité.

R. M.   


L’armée française a délibérément exposé ses soldats à des radiations lors des essais nucléaires atmosphériques au début des années 60 en Algérie, à des fins d’expérimentation, selon un rapport militaire. Le document intitulé “La Genèse de l’organisation et les expérimentations au Sahara” aurait été rédigé “par un ou des militaires anonymes”. “Il daterait de 1998”, après l’abandon définitif des essais.

Le ministre de la Défense affirme qu’“une synthèse de ce rapport avait été faite en janvier 2007 par le ministère de la Défense et diffusée”. Une deuxième synthèse a été également réalisée sur les essais en Polynésie. La synthèse publiée en 2007 relatait “les expérimentations tactiques durant les opérations Gerboise verte et Gerboise rose”, explique le ministre Hervé Morin.

Des soldats français ont-ils été exposés délibérément aux essais nucléaires menés par la France dans les années 1960 en Algérie. Le ministre de la défense Hervé Morin a réagi à la publication de ce rapport confidentiel.  (1'00")

Des soldats français ont- ils été exposés délibérément aux essais nucléaires menés par la France dans les années 1960 en Algérie ? C’est ce que relate un rapport militaire confidentiel. Jean-Paul Tessonière avocat de l’Association des Vétérans des Essais Nucléaires.  (1'58")

15:21 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu