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25/02/2010

BAUER - RAUFER - GLENN BECK - La mise en scène du terrorisme

Le spectacle antiterroriste et ses metteurs en scène

A propos de Bauer-Raufer, les duettistes du cirque antiterroro

lundi 16 novembre 2009, par Serge Quadruppani


En février 2009, Michèle Alliot-Marie exposait l’argumentaire justifiant les énergies déployées pour monter le spectacle appelé « affaire de Tarnac » : « L’effondrement du parti communiste et des partis de gauche d’une façon générale entraine automatiquement (…) la résurgence de groupes très radicaux et souvent violents. Nous sommes aujourd’hui en Europe dans cette phase. Ce qui se passe en Grèce, ce qui se prépare en Allemagne, en Italie ou en Belgique, ce que nous commençons à voir surgir en France, c’est cela. » Et d’inviter ses interlocuteurs à l’aider dans la lutte contre des gens qui « contestent l’Etat, contestent l’autorité ». Mais à qui demande-t-elle de « créer de la part de l’opinion publique un rejet de ces groupes » ? En fait, elle parle à la tribune de la convention annuelle du Mouvement Initiative et Libertés, association qui se défend d’être une simple résurgence du Service d’Action civique (SAC), organisation gaulliste de droite qui s’était rendue célèbre dans les années 70 par son activité de fichage et ses interventions musclées antigrévistes et antigauchistes. Mais le MIL a été fondé par les dirigeants du SAC peu après l’autodissolution de ce dernier, consécutive à la tuerie d’Auriol, affaire de meurtres commis par certains de ses membres, et l’idéologie que le mouvement défend est la même.

En 2009, la ministre de l’Intérieur invite donc des « milistes » (je n’ai pas dit « miliciens ») à jouer sur le besoin d’Etat qui travaillerait la population. Les gens, selon elle, seraient « mieux disposés » à « isoler » ceux qui attaquent l’Etat. « A condition d’y croire. Je dis bien à condition d’y croire ». Pour produire cette croyance dont la ministre expose avec tant d’insistance la nécessité, le duo Xavier Raufer-Alain Bauer s’est depuis longtemps imposé dans un rôle de conseillers des princes et d’experts médiatisés. Leur binôme est tout à fait dans l’air d’un temps où le sarkozisme fait fusionner les idées et les hommes venus de l’extrême-droite avec ceux provenant de la « gauche » gestionnaire : Raufer (de son vrai nom Christian de Bongain), vient d’Occident et des réseaux de guerre froide, tandis que Bauer a commencé du côté de Michel Rocard et poursuivi au Grand Orient de France. Le premier semble mieux doué pour s’imposer dans les milieux universitaires et éditoriaux, le second pour gagner de l’argent : alors que les deux compères ne semblent pas plus pourvus, l’un comme l’autre, de légitimité universitaire – Raufer n’a passé que récemment un doctorat de… géographie, ce dernier a créé dès 1998 une structure à sa main au sein de l’Institut de criminologie de l’université Paris II (avec l’aide d’un prof du Front national), le Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines (DRMCC), tandis que Bauer a dû attendre l’année dernière pour qu’en récompense des services rendus, le pouvoir sarkozyste crée spécialement pour lui une chaire de criminologie au Conservatoire des arts et métiers, suscitant de nombreuses protestations (mais le fait de ne posséder qu’un Diplôme d’études supérieures spécialisées ne l’empêchait pas de dispenser depuis longtemps des cours dans de nombreux instituts à travers le monde). L’un et l’autre se flattent d’être enseignants et directeurs de recherche dans ces hauts lieux démocratique que sont, en Chine, l’Ecole supérieure de police criminelle et le Centre de recherche sur le terrorisme et le crime organisé. Bauer a développé une société de conseils en sécurité qui accumule les contrats juteux avec les collectivités locales et les entreprises.

Voilà longtemps que l’on sait à quoi s’en tenir sur la « science » du duo. En 1998, leur « Que Sais-Je » intitulé Violences et insécurités urbaines était déjà remarquable par la prédominance de l’idéologie sur l’analyse empirique, alors même que les auteurs prétendaient avec insistance s’en tenir aux faits : ainsi, toutes les émeutes recensées dans les quartiers chauds étaient-elles présentées comme destinées à protéger le trafic de drogue, ce qui permettait ensuite de suggérer une prétendue mesure de la croissance du trafic.

Publiée par nos duettistes sous un titre qui fleure l’altermondialisme, La face noire de la mondialisation est en fait la transcription sur un support prestigieux et prétendument neutre (les éditions du CNRS) des thèses du DRMCC, déclinées sur le site de ce dernier souvent exactement dans les mêmes termes que dans le livre, dès les déclarations de principe du département et ensuite, jusqu’à plus soif, dans d’innombrables articles. Le discours opère en deux temps : description terrorisante du monde : caractère mutant et hybride des nouvelles menaces, incapacité de la communauté internationale à ramener l’ordre sur terre, etc avant de dégainer la « trouvaille » des auteurs : le « décèlement précoce ». Il faut s’attaquer aux nouvelles menaces quand elles ne sont encore qu’un « bourgeon », et cela grâce au regard d’experts formés par les Bauer et Raufer. On a eu une démonstration de « décèlement précoce » avec l’affaire de Tarnac. En avril 2009, au terme d’un sujet du Journal télévisé de France 2 qui mélangeait allègrement des images des bagarres au sommet de l’OTAN à Strasbourg et d’autres de Coupat et de L’insurrection qui vient, Bauer expliqua que les « prémisses étaient les mêmes » entre les gens de Tarnac, Action directe et les Brigades rouges. Président du groupe de contrôle des fichiers de police et de gendarmerie, il répond le 19/10 à une interview de Libération à propos de deux nouveaux fichiers (pouvant intégrer des mineurs de 13 ans) créés par Hortefeux en prenant prétexte de 18 vitrines brisées à Poitiers : « il s’agit de fichiers de renseignements sur des personnes qui n’ont pas encore commis d’actes répréhensibles mais qui sont susceptibles de le faire » !

Une fois le décèlement précoce opéré, et les personnes susceptibles de commettre des actes répréhensibles dûment fichées, qu’est-ce que nos experts conseillent de faire ? Voici les lignes conclusives de leur livre publié par le CNRS : « Quels coups sévères porterait-on à toutes ces entités (…) dans tous leurs champs d’action en considérant désormais comme stratégiques le cadre et les harmonies – le terreau criminel – dans lequel elles opèrent, puis en entreprenant de les nettoyer (souligné par moi, SQ) ? Cette approche est infiniment plus efficace que la démarche consistant à « saucissonner » l’ensemble en mille procédures tatillonnes, pathétiquement lentes et finalement inutiles, selon des codes dépassés… » Il n’est pas indifférent de savoir que la Ministre de l’Intérieur, aujourd’hui ministre de la Justice, a cette « pensée »-là dans la tête quand elle s’adresse aux continuateurs d’une organisation où l’on dressait, en 1968, des plans pour regrouper les gens de gauche dans des stades.

10:26 | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

Un soldat de plomb de l'Occident

Xavier Raufer, recyclé d'extrême-droite, et Alain Bauer, deux rescapés, par procuration, du goulag, nous promettaient, en 2002, le pire! « La guerre ne fait que commencer ». Cette année-là, l'année du Front républicain, ils n'étaient pas les seuls pieds-nickelés à crier, aux armes! Nous voulons une autre façon de gouverner. Selon un credo policier tout neuf: un homme, une loi. En somme, à chaque Français, son code personnalisé. Les VRP multicartes (Défense de l'Occident, Ordre Nouveau, UIMM, UMP) de la Sécurité avancent, depuis longtemps, main dans la main électorale des VIP. Et aujourd'hui, plus que jamais, ils sont de mèche. Mais la France présidentielle, tirée de son rêve de corruption tranquille, a voulu, par souci de réalisme, en faire cadeau, à tout le monde, au son d'un énorme dzim boum boum médiatique, qui a, grosso modo, pour nom de code: peur immuable! Huit ans, plus tard, où en est-on? Ça empire, tout est pour le mieux. Ce résultat-là, contradictoire, en chantent nos deux compères. Experts en philosophie criminelle, ils l'assimilent sans peine. La vérité chiffrée n'est pas la vérité vécue, tout simplement. Et donc une diminution de la délinquance n'est pas incompatible avec une intensification du sentiment national d'insécurité. De ce point de vue, on peut même prévoir qu'avec le dernier délinquant, le monde connaîtra le pire! Une peur maximum. Si la dernière élite européenne est d'une complexité véritablement spectaculaire, sans état et sans police, elle est aussi inoffensive qu'une merde sur le trottoir.

Cette assurance-vie, Raufer s'emploie à la renforcer. La main invisible du crime le pousse en avant, vite! Il la saisit au moyen de cinglants articles, aux titres aussi ésotériques que « de quoi Tarnac est-il le nom? Herméneutique d'une sombre histoire ». C'est donc clairement une arnaque providentielle. Il balance également des études, si l'on ose dire, explosives, dont les titres allégoriques font planer un continent de menaces: « et soudain s'est profilée la face noire de la mondialisation » et des cours d'économie, de la plus belle eau libidinale, comme « sous la neige, les autruches ». Il y a là globalement la révélation stupéfiante que voici: les sociétés sont, certes, de plus en plus violentes, mais attention! Ce n'est ni faute de bonne société, ni faute de de bonnes actions. C'est, en fait, une question de bon ou de mauvais gouvernement qui, à pompier, pompier et demi, font les bons et mauvais peuples, quoique le peuple en soi, rétif, ne soit pas un mauvais bougre. Complexité toujours. Et au vu du chaos mondial, dont la mondialisation, incarnée à forts sons de cornemuses médiatiques, sort indemne, grâce à ces anges exterminateurs d'un nouveau type, pas de tarot criminel, sans solide excuse, la question se pose fatalement: qu'est-ce qu'un bon gouvernement? Sans doute un gouvernement, allô, police, ici guignol, c'est l'heure de l'élection! Mais c'est peut-être un peu manichéen. L'image semble encore filoutée. Un précis des racines nébuleuses de la terreur s'impose.

Le bon gouvernement, Raufer, en bon élève du cours David Vincent et probable spectateur de la Guerre des mondes, prise au sérieux par Huntington, mort en 2008, et c'est tant mieux pour lui, en a une idée plus que précise, extrême. En effet, se jetant, sans peur, dès 1983, année d'un remaniement et non d'un reniement, « sur la violence sociale », violence qu'aujourd'hui, en tant que personnage échappé d'un roman policier mal ficelé, il qualifie de science-fiction, s'y jetant du haut d'une anticipation doctorale, en géographie de la Peur, il nous jetait déjà à la face, des faces de bachibouzouks, la première analyse froide d'un phénomène social brûlant, et surtout, ce qui le distingue radicalement de tous les détectives, en chambre jaune, et amateurs d'usines-à-gaz policières, il nous livrait, à brûle-pourpoint, les premières perspectives réalistes de solutions. C'est à partir de ce livre remarquable, lit-on, non sans une certaine délectation, car, nous autres, prolétaires, savons identifier le mal et pas seulement, le matin, en nous rasant, que le problème change de visage. Peut-être un cousin germain du regretté ministre-de-la-duperie-nationale. Comme quoi, la folie compulsive comporte un grain de vérité. Et depuis ça, en France, qu'est formidable, nul n'est censé désormais ignorer le visage télévisuel de la délinquance: bronzé, bon teint, adieu veaux, vaches, ouvriers, paysans, las, l'empire du Bien a été délocalisé! Voilà enfin le visage radieux du bon gouvernement tel que la télé l'a attrapé par les cornes.

Prolétaires, n'est-il pas temps d'enseigner à nos enfants, quelles sortes de figures parentales resserrées, ils auront à abattre, s'ils veulent vivre autrement que comme des robots d'entreprises, sous prétexte d'engeance humaine à éradiquer? Car Xavier Raufer, ce génie du crime, dont vivent aussi les honnêtes gens, mais lui, en tant que criminologue, gonflé à l'herméneutique, n'hésite pas. Ces gens-là qui battent le beurre dans les ténèbres ont forcément tous les culots. Il en appelle à Marx, comme font les gamins quand ils déclarent la guerre, craie en main, ou plus exactement, il l'embrigade manu militari, dans la reconquista sécuritaire que mène l'actuelle armada présidentielle, l'antifisc, à gros bas virtuel, de laine, et galons d'honneur, de blanc, cousus. Ce nuage de mouches informationnelles compte, dans ses rangs, des émigrés belges et émirs suisses, des jusqu'au-boutistes de la langue, des économistes du dimanche, des promoteurs de la libération du marché de la drogue, une façon libérale de guérir le mal par le mal, des historiens, à la César, qui voit l'idée révolutionnaire, comme un gros dé rouillé, de ferraille, des journalistes à plumes et goudrons antitotalitaires, des managers qui ont, dans leur panier, queues-de-loup, bonus et stock hop-chions, des hommes-kangourous qui reniflent du con qui p'lote et de la cagoule partout, à l'exception de leur intime conviction, des climatologues allègres, allergiques à la poussière scientifique, des autocuiseurs philosophes, à cordon bleu spatial, des écrivains-peau-de-chagrin et des idoles qui se déboulonnent elles-mêmes, sans oublier la foule innombrable des ignorantins répandus dans toutes les classes de la société. Bref, le parti l'umpéniste, au sens large. Un lumpen-prolétariat républicain, qui a pour point commun: la négation des classes sociales. Une illusion, une vieille idée noire, de la propagande, pure invention! Sans état, sans police, ils se tueraient les uns, les autres, ils le jurent! Alors qu'avec eux, au contraire, non! ça s'ra un carton, un malheur, c'est promis!

Pur problème ici, on le voit, au premier coup d'oeil, d'identité. L'ennemi a l'air d'un Français. Il parle comme un Français. Il a le goût français. Et même l'esprit français. Mais voilà, ce n'est pas un Français, c'est une bombe! Cette bombe s'appelle Christian-de-Bongain-qui-se-veut-Xavier-Raufer-mais-n'est-pas-Xavier-Raufer. Elle met le feu à la télé, à la radio, dans les journaux et dans quantité d'autres endroits, à l'abri des regards. Allez! Prolétaires! Tous ensemble, assumons notre violence, mas alto que Carrero Blanco! S'il n'est pas tout à fait l'heure de régler nos comptes, notre tour viendra! Car nous aussi nous aimons la police. La nôtre qui mettra fin à l'appropriation capitaliste de la vie. Et donc, la chose à face humaine nommée Raufer a des motifs d'avoir peur: la dictature du prolétariat n'est pas faite pour les chiens.

Écrit par : Valentini | 18/11/2010

commentaire de novembre 2009 :

http://betapolitique.com/Le-monde-universitaire-a-t-il-21003.html#forum46735

Écrit par : fred | 19/11/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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