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07/05/2010

Assassinat de Benazir Bhutto - L’avenir s’assombrit pour Musharraf ... grâce aussi au nouvel épouventail Faisal Shahzad, l'Américain "d'origine" pakistanaise

 

Mis en cause dans l’assassinat de Benazir Bhutto par un rapport de l’ONU, l’ancien président n’est plus à l’abri de la justice. Celle-ci semble décidée à mettre un terme à l’impunité dont il a bénéficié jusque-là.

 

Les nuages s’accumulent au-dessus de la tête de Pervez Musharraf. Selon de nouvelles accusations formulées contre l’ancien dictateur [à la tête du pays du 12 octobre 1999 au 18 août 2008], le bâtiment de la chancellerie ainsi que la résidence de l’ambassadeur du Pakistan à Jakarta – qui avaient été offerts au Pakistan par l’Indonésie – ont été, sur instructions de Musharraf, vendues en 2002 pour une bouchée de pain d’une façon totalement opaque et irresponsable.

Cette affaire est loin d’être la seule à venir entacher le bilan du général Musharraf. Le rapport de l’ONU sur l’assassinat de Benazir Bhutto en décembre 2007, publié le 15 avril, accuse l’administration Musharraf d’être impliquée dans le meurtre, pour avoir refusé d’assurer la sécurité de la dirigeante politique, et d’avoir ensuite tenté d’étouffer l’affaire. Une pétition exigeant l’ouverture d’une enquête contre Musharraf a été jugée recevable par la Haute Cour de Lahore concernant un attentat à la bombe perpétré le 17 juillet 2007. L’attaque avait pris pour cible un rassemblement de soutien au juge Iftikhar Muhammad Chaudhry, suspendu de son poste de président de la Cour suprême pakistanaise [une première fois du 9 mars au 20 juillet 2007, puis du 3 décembre 2007 au 24 mars 2009].

Le gouvernement britannique aurait par ailleurs décidé l’annulation d’une partie du dispositif de sécurité entourant Musharraf, qui vit confortablement à Londres [voir CI n° 986, du 24 septembre 2009]. Scotland Yard ne semble guère apprécier de devoir protéger un individu soupçonné par l’ONU d’avoir du sang sur les mains.

L’avenir semble également s’assombrir pour les amis de Pervez Musharraf : le général Nadeem Ejaz, ancien chef des renseignements militaires, a comparu devant une commission, le 28 avril, pour avoir joué un rôle central dans le nettoyage de l’endroit où fut assassinée Benazir Bhutto [alors qu’il aurait fallu le maintenir en l’état pour l’enquête]. La culture politique pakistanaise semble connaître un profond bouleversement. Les comptes que l’on demande à un ancien dictateur pour laver son nom largement souillé sont une première dans ce pays. Une telle exigence indique que la crainte que l’on pouvait éprouver jusqu’ici d’oser mettre en cause un ancien chef militaire devant des institutions qui l’avaient auparavant accueilli semble s’être évaporée. La regrettable culture pakistanaise de l’impunité pourrait bien avoir déjà un pied dans la tombe.

Un tel bouleversement politique, qui permet de prendre des mesures énergiques pour obtenir des coupables, quels qu’ils soient, qu’ils rendent des comptes, pourrait être le signe de l’arrivée au Pakistan d’une nouvelle gouvernance plus éclairée.

Article de Courrier International.com - 06.05.2010

 

Londres ne veut plus assurer la sécurité de Musharraf

D'après le quotidien pakistanais The News, les autorités britanniques auraient décidé d'annuler le dispositif de sécurité accordé à l'ancien dirigeant du Pakistan Pervez Musharraf, qui vit à Londres depuis avril 2009. Pas moins de quatre officiers de police britannique, ainsi qu'une voiture blindée, lui seront donc retirés et les visas de ses gardes du corps ne seront pas renouvelés. Cette décision semble avoir été prise après la publication du rapport de l'ONU sur l'assassinat de Benazir Bhutto qui accuse Musharraf d'avoir refusé de protéger la dirigeante politique alors qu'elle était menacée de mort par des groupes extrémistes. Le conseiller de Musharraf, Fawad Chaudhary, a pourtant indiqué que les mesures de sécurité offertes par la Grande-Bretagne étaient toujours en place.

Article de Courrier International.com - 27.04.2010

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La "filière pakistanaise"

 

 

New Delhi Correspondant en Asie du Sud

Encore une fois, la piste mène au Pakistan. Faisal Shahzad, l'Américain d'origine pakistanaise arrêté après l'attentat manqué à Times Square, n'est que le dernier d'une longue liste de djihadistes, ou d'apprentis djihadistes, ressortissants de pays occidentaux ayant sacrifié au pèlerinage idéologique et militant dans certains sanctuaires du Pakistan. La police pakistanaise a d'ailleurs procédé à des arrestations.

Faisal Shahzad s'était rendu à Peshawar, le chef-lieu de la province de la frontière du Nord-Ouest (récemment rebaptisée Khyber-Pakhtunwha), sas d'entrée vers la zone tribale du Waziristan, où Al-Qaida et d'autres groupes extrémistes alliés ont établi leurs bases arrière, à partir desquelles ils se projettent vers l'Afghanistan voisin ou des cibles en Occident. Cette région de peuplement pachtoune, échappant largement à la tutelle du gouvernement d'Islamabad, s'est imposée depuis 2001 comme la principale pépinière de terroristes islamistes.

Selon une récente étude réalisée par Paul Cruickshank pour la New America Fondation, un centre de réflexion américain (The Militant Pipeline, New America Foundation, février 2010), huit des vingt et un complots terroristes ayant visé des pays occidentaux entre 2004 et 2009 sont partis du Pakistan. Autre indication fournie par Paul Cruickshank, onze de ces projets d'attentats ont mobilisé des ressortissants de pays occidentaux ayant suivi une formation terroriste au Pakistan. Les attentats de Madrid en mars 2004 (191 morts), de Londres en juillet 2005 (52 morts) ou les plans avortés d'explosion d'avions sur des vols transatlantiques (août 2006), d'attentats en Allemagne (septembre 2007), à Copenhague (septembre 2007) ou dans le métro de New York (septembre 2009) s'inscrivent tous, à des degrés divers, dans cette filière pakistanaise.

Pour les djihadistes occidentaux, les zones tribales pakistanaises sont avant tout le point d'accès à l'Afghanistan, qui a pris le relais de l'Irak comme cause sacrée. Des dizaines d'entre eux - surtout Britanniques - ont ainsi passé des mois dans des camps au Sud comme au Nord-Waziristan, en attendant de pouvoir traverser la frontière afghane et de frapper les forces de l'OTAN. Mais leurs plans ont pu changer en cours de route.

Sur instruction d'Al-Qaida ou de certains groupes alliés de plus en plus aspirés par le djihad global, certains de ces militants ont été réorientés vers la préparation d'attentats dans leur propre pays afin de "punir" les Etats de l'OTAN pour leur participation à la guerre en Afghanistan. La multiplication des frappes de drones américains a quelque peu déstabilisé ces réseaux, qui, selon Paul Cruickshank, ont toutefois su "s'adapter".

LEMONDE | 05.05.10 | 14h47  •  Mis à jour le 05.05.10 | 14h48  Frédéric Bobin

 

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