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31/05/2010

STRASBOURG : REPRESSION CONTRE LES RASSEMBLEMENTS EN SOUTIEN AU PEUPLE PALESTINIEN ET CONTRE ISRAËL

Rassemblement à l'appel d'organisations pro-palestiniennes et turques place kleber. Environ 500 personnes au début. Départ en manif apparemment autorisée jusqu'à l'Ancienne Douane et remontée vers la place Kleber par la rue des grandes Arcades. De nombreuses personnes rejoignent le cortège. Environ 2000 personnes d'après les personnes sur place. Présence de groupes politiques à l'avant (PCF, NPA, Droits de l'Homme, etc.). Peu de libertaires.

La manif ne cesse de grossir jusqu'au retour à la Place Kleber, très vivante, nombreux slogans anti-sionistes repris ardemment par tout le défilé. Communauté turque fortement présente, présence également du PMF. Beaucoup de familles. Durant ce premier défilé, la tension monte, nombreux pétards, feux d'artifice et mortiers tonnent. Quasiment pas de flics pour le moment.

En débouchant sur la Place Kleber, le cortège s'arrête, et scande à l'unisson sa haine du Mac Do en passant devant celui de Kleber. De nombreux manifestants se saisissent de tables et chaises et tentent de briser les vitrines du mac do. Des organisateurs tentent de calmer le jeu, frictions. Violents accrochages avec des Bacceux également.Nouvelle tentative d'envahir le Mac Do. Nous sommes refoulés. On se dirige tous vers place Kleber.

Place Kleber, tout le monde se rassemble et se compresse pour écouter le discours des organisateurs. Des jeunes escaladent la statue Kleber et déploient des drapeaux palestiniens, tous les drapeaux sont turcs et palestiniens. Flics très discrets. Au bout d'1/2h-40mn, un nouveau départ en manif sauvage démarre en direction de l'homme de Fer. Blocage des trams et du carrefour-tramway place Kleber. Quasiment tout le monde suit, environ 1300 personnes encore. Le cortège sauvage semble hésiter, se dirige d'abord vers Alt Winmärick puis rebrousse chemin, toujours sur les rails, vers la Place Broglie avec l'objectif d'atteindre l'Ambassade d'Israel avenue des vosges. Les esprits s'échauffent, pétards et feux d'artifice éclatent tout le long, l'imposant groupe à l'avant se met à courir pour devancer les flics jusqu'à Broglie. Un toto éclate une vitrine d'un magasin de luxe, des camarades ont dû le secourir, pris à partis par une quinzaine de personnes.

Bref arrêt place Broglie, toujours 1000 personnes en manif sauvage. Les flics se positionnent à l'entrée du pont menant à la Place de la République. Bac et flics en civil partout dans le cortège. Le pont est barré par deux-trois cars et une quinzaine de CRS équipés de flash, et lacrymos. L'avant du cortège s'avance, puis charge la ligne de police. Les flics répliquent par des salves de grenades lacrymos. Repli. On avance à nouveau. Nouvelle salve de lacrymos. Le gros du cortège reste à la place Broglie, environ 400 à l'avant contre les flics. La préfecture est sécurisée, les flics se positionnent tout autour de l'Opéra. On avance à nouveau. Jets de projectiles et tirs de mortiers/feux d'artifice sur la ligne de flics barrant le pont. Les CRS chargent pour nous refouler. Repli puis on avance à nouveau. Long face à face. Le gros du cortège fait demi-tour et retourne place Kleber. Hésitation, finalement les 400 manifestants à l'avant courent et remontent les quais jusqu'au pont menant devant les Halles pour contourner les flics. Certains veulent aller à la synagogue, confusion sur l'objectif. Les flics chargent sur le pont des Halles. Jets de pierre. Une poubelle prend feu. Nouvelle tentative de charger les flics sur le pont des Halles. Les CRS répliquent par des salves de grenades lacrymos et des tirs de flashball. Au moins deux personnes tombent à terre, dont une assez âgée, touché au flashball au visage. Un groupe de CRS et de Bacceux chargent violemment et tirent à nouveau au flashball devant le pont où des pierres sont jetées. Un ou deux groupes d'une dizaine de jeunes (très jeunes!) sont coursés par les flics jusqu'à alt Winmärick. Au moins deux arrestations.

Colère des familles qui tentent d'apporter les premiers soins à la personne âgée durement touchée. Deux CRS sortent de leur ligne pour aller voir ce qu'il en est. Aussitôt ils sont pris à partie par une cinquantaine de manifestants. Charge des CRS. Tirs de flash et grenades lacrymos. Une femme protège de ses bras son enfant au milieu de la charge. Repli vers l'Opéra. Deux trams sont bloqués. Face à face avec les flics du pont de la place de la Rep. On s'approche. Ils tirent aussitôt avec lacrymos spray et flash. Les CRS chargent. Repli jusqu'à l'Homme de Fer, tout le monde appelle à se rassembler de nouveau Place Kleber pour se regrouper et repartir. 150 personnes encore maximum. Blocage de l'homme de Fer. Charge des flics et Bacceux avec tirs de flashball. Plusieurs personnes tombent.

Au moins 3 à 4 blessés au sol, les pompiers sont bloqués par les flics et mettent 1/4h à les secourir. Une petite centaine de manifestants font encore face aux flics à l'Homme de Fer. Lacrymos spray, et violente charge de CRS et Bacceux. Deux personnes à terre, un manifestant de 50-60ans touché par flashball et une jeune fille touchée également par flashball, ne bougent plus, inanimés. Une cinquantaine de manifestants tentent de les secourir, mais les CRS s'alignent et les en empêchent. Les pompiers arrivent enfin. La personne âgée est gravement blessée, ne répond plus. Les deux blessés sont emmenés en civière par les pompiers. Plus loin vers Alt Winmärick, une jeune fille est en pleine crise d'épilepsie, soutenue par une douzaine de manifestants. Un enfant en crise de trauma et asphyxié par les lacrymos également.

Plusieurs blessés légers au flash dans les jambes. Les manifestants se dispersent progressivement. CRS, gendarmes mobiles et BACceux, se positionnent en nombre dans tout le centre-ville : la place Kleber est bouclée pour empêcher tout rassemblement, des patrouilles de robocops avec boucliers et flash au niveau de Gutenberg, Alt Winmärick, Halles, Homme de fer, Broglie, opéra, République, Contades, rue d'Austerliz et Ancienne douane. Des groupes continuent d'harceler sporadiquement les flics par endroits.

NOUVEAU RASSEMBLEMENT EN SOUTIEN AU PEUPLE PALESTINIEN CE SAMEDI A 15H PLACE KLEBER.
QUE TOUT LE MONDE SOIT LA !
APPEL A TOUS LES CAMARADES A DIFFUSER L'INFORMATION !

 

Des milliers de personnes ont manifesté en fin de journée à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse ou encore Strasbourg... Toutes réunies pour dénoncer le raid israélien meurtrier de ce matin. Quelques débordements ont eu lieu, notamment à Paris quand les manifestant ont tenté de forcer les cordons de police pour se rapprocher de l’ambassade d’Israël.

France Info - Sur les Champs-Elysées.

Sur les Champs-Elysées. © RADIOFRANCE/ Nathanaël Charbonnier

 

La condamnation internationale est unanime. Les manifestations, plus ou moins spontanées, en sont la preuve. Au Liban, en Iran, en Turquie, des milliers de personnes se sont rassemblées pour dénoncer le raid meurtrier d’Israël ce matin, contre la flottille qui devait apporter de l’aide humanitaire à Gaza.

La France a également été ce soir le théâtre de plusieurs manifestations assez mouvementées d’ailleurs. Un gros millier de personnes, à chaque fois, s’est ainsi rassemblé à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse ou encore Strasbourg.

Quelques échauffourées ont d’ailleurs éclaté à Paris, quand les manifestants, regroupés au bas des Champs-Elysées, ont tenté de se rapprocher de l’ambassade d’Israël, à quelques centaines de mètres de là.
Certains ont lancé des pierres sur les forces de l’ordre, qui ont répliqué à coups de matraques et de gaz lacrymogènes.

"Israël, assassin" , scandaient les manifestants qui, pour une grande partie portaient le keffieh, le foulard palestinien traditionnel. Parmi les autres slogans, on entendait : "Palestine vivra, Palestine vaincra", "Sionistes fascistes"...

 

http://www.france-info.com/france-regions-2010-05-31-manifestations-musclees-de-soutien-aux-palestiniens-448909-9-13.html


22:36 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Gaza - attaque de la flotille de l'aide humanitaire: blocus de l'information - censure militaire israélienne

Photo d'un commando israélien "gravement blessé" au lance-pierres ...

 

 


Meurtre des humanitaires internationaux : Israël, c'est vous les terroristes !

 

Dans la nuit du 30 au 31 mai, cinq bateaux chargés d’aide humanitaire ont tenté de briser le blocus imposé à la bande de Gaza par lÉtat israélien. Partis de Chypre, ils devaient apporter à la population des matériaux de construction, des maisons préfabriquées, de laide médicale, des fournitures scolaires…
La suite sur le Jura Libertaire

18:05 | Lien permanent | Commentaires (0) |

30/05/2010

La propagande festive de Vichy - Mythes fondateurs, relecture nationaliste et contestation en france de 1940 à 1944

Si l’attitude des Français sous l’occupation fait l’objet de nombreuses études, les vecteurs quotidiens de l’idéologie vichyste n’ont pas encore tous  été recensés. En effet, s’il n’est guère contestable qu’à Vichy « la sauvegarde, mais aussi l’utilisation du moral furent les soucis prioritaires des gouvernants et [que] la propagande devint [...] une arme de choix »[1] , les questions de la perception des choix gouvernementaux par les Français et des réactions aux tentatives d’encadrement social restent posées. Il est donc pertinent, pour mieux comprendre la réalité du régime, de croiser l’étude des relais[2] idéologiques du pouvoir dans la vie quotidienne (l’école, la légion, l’armée, les corporations...) avec celle des supports de propagande d’un régime autoritaire comme les affiches, la presse, la radio ou le cinéma. Or, depuis longtemps, une pratique sociale et culturelle rassemblait ces indicateurs : les fêtes publiques. Elles formaient en effet depuis toujours, et plus encore depuis 1789[3] , un espace de sociabilité éloquent et populaire, malléable selon les choix idéologiques des gouvernements.

Rémi Dalisson - IUFM de Rouen.

L'illustration ne fait pas partie de l'article

 

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22:59 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Con D'Dogme


Nombre d'entre nous avons la fâcheuse tendance à refuser de faire confiance à notre intuition, ou plus précisément, à notre sens de la déduction, en ce qui concerne les vérités établies. Par exemple, depuis plus de trente ans, nous nous laissons berner par une théorie officialisée selon laquelle le Syndrome d'Immuno Déficience Acquise serait un virus. Ce qui n'est pas le cas. Non. Le SIDA n'est pas un virus. Et non, s'équiper de préservatifs ou faire vœu d'abstinence ne nous en protégera pas plus que de nous adonner exclusivement à l'onanisme. Il suffirait, pour s'en rendre compte par soi-même, d'écouter sa conscience. Si le SIDA était un virus, il y aurait eut, depuis le temps, une hécatombe. Les 35000 morts en France depuis 1978 n'ont pas l'envergure d'une hécatombe. Adultère, prostitution, jeunesse insouciante, échangisme et autres mœurs dont Benoît XVI rêve tous les soirs font passer ce chiffre pour ridicule. Nous ne pouvons nous mentir. Nous même, citoyens lambdas, savons que nous n'avons pas toujours été assidus en terme de protection, nous fiant souvent à notre instinct – état de rut, ndt - avant de vérifier ou non si c'était une bonne idée avec un test du SIDA. Mais puisque décidément, nous n'arrivons pas à réfléchir par nous-même, blâmés par le voisin cathodique extrémiste, qui nous reproche de nous prendre pour Einstein car nous nous targuons de nous fier à notre intuition, écoutons ce que dit la science.

Commençons par la plus grande incohérence de cette idée populaire selon laquelle le SIDA est un virus. Jamais aucune cellule virale pouvant être considérée comme la cause du SIDA n'a été isolée. Un comble pour un virus! Ces trois lettres qui nous font peur quand elles se suivent, V, I, H, ne représentent tout simplement rien, sinon une mauvaise farce destinée à faire croire à des gens que s'ils sont malades, c'est de leur faute, ils n'ont pas assez été prudent. L' immunodéficience acquise, connue depuis longtemps, est causée par la malnutrition et l'usage de substances dangereuses pour le système immunitaire. Depuis les années 80, bizarrement, on l'appelle SIDA, et on lui associe un virus imaginaire. Parce qu'on ne propage pas de fausse idée en lésinant sur les moyens, on associe, bien entendu, un dépistage à ce virus. Ce même dépistage est une insulte à la dignité humaine. Apparemment, pour ne pas être considéré comme infecté, il suffit d'emménager dans le pays étranger adéquat. Le test Western Blot, censé confirmer la séropositivité en détectant une ou plusieurs des dix protéines propres au SIDA, est interprété différemment selon les pays. La détection de deux de ces protéines rends un africain sidéen, alors que dans le même cas le patient anglais est déclaré séronégatif. Pour terminer ce paragraphe, liste loin d'être exhaustive des mensonges sur le SIDA, allons-y gaiement. Étrangement, si l'on en croit les statistiques, le SIDA serait quasi-exclusivement une affaire de mâle. Plus de 95% de la population séropositive est masculine (!).

Rappelons-nous qu'il y a la science façon E=M6, Arte, Wikipedia et Sciences & Vie, art de la manipulation des chiffres par mensonge et omission pour créer la conjecture en parfaite harmonie avec quelconque projet des autorités, qui n'aurait pas été accepté par le peuple sans cet appui providentiel de « l'élite scientifique ». Puis il y a l'autre science, prudente, douteuse, se basant sur des faits, qui ne plaît pas aux détenteurs du Pouvoir, parce qu'elle ne convient pas à la Loi du Marché. Le SIDA, encore un assemblage de lettres ne voulant pas dire grand chose et beaucoup en même temps, est le Mal de notre siècle. Pas pour tout le monde. Les industriels pharmaceutiques en profitent pour écouler leur traitements dont l'efficacité reste à prouver, quand ils ne sont pas toxiques. La lutte contre ce pseudo virus rassemble des fonds dont nous ne pouvons évidemment pas contrôler l'utilisation. Les eugénistes de tout poil, largement présents dans les hautes sphères étatiques y ont vu un bon outil parmi d'autres pour « maîtriser la fécondité ». Et quel meilleur moyen pour propager cette fausse idée d'un fléau sexuellement transmissible que de demander son avis au Vatican, qui s'en donne à cœur joie, relayé par tous les médias.

Soyons curieux, remettons nous en question, et posons les .Croyons en notre intuition, en notre sens de la déduction. Le mien me dit que je dois me protéger du virus le plus insidieux, le plus dangereux et le plus contagieux depuis que la conscience est : la connerie.


A lire : LES DIX PLUS GROS MENSONGES SUR LE SIDA, de Etienne De Hasrven et Jean-Claude Roussez, éditions Dangles.


Un petit lien en plus donnant sur un aperçu du livre cité ci-dessus :
http://www.alterinfo.net/Les-10-plus-gr ... a8262.html

Article paru sur la Gazette Des Insoumis > www.lesinsoumis.org

Piqué au tas méchament sans rien demander chez LE REVEIL

16:20 | Lien permanent | Commentaires (0) |

"Purifier le territoire. De la lutte antimigratoire comme laboratoire sécuritaire (1968-1974)" - Mathieu Rigouste

Mathieu RIGOUSTE est chercheur en socio-histoire, à l’Université Paris 8 Saint-Denis.

 

 

L’institutionnalisation moderne de la xénophobie commence avec l’Etat-nation et son principe de discrimination par le lieu de naissance. L’étranger y est, par principe, un banni juridique et de fait un surexploité, il est surveillé et soumis structurellement à des principes d’exception [1]. Toute forme de nationalisme pose ainsi l’étranger comme un suspect par nature. On peut alors étudier les mécanismes qui déterminent ces périodes où l’Etat entreprend une lutte systématique contre les étrangers. On explique généralement ces phénomènes en ciblant les variables économiques. Confronté à l’essor du chômage et à la baisse de la croissance, l’Etat chercherait à favoriser l’emploi des nationaux. La « préférence nationale », de ce point de vue, relève moins d’une revendication de l’extrême droite que d’un principe dirigeant l’ensemble du droit depuis la fin de l’ancien régime. Il faut pourtant bien admettre que l’économie capitaliste s’appuie en permanence sur l’entretien d’un sous-prolétariat corvéable, auquel l’Etat refuse l’égalité et qu’il se doit pourtant de reproduire pour assurer la production des tâches les plus méprisées. Comment comprendre, dans ce cadre, l’offensive anti-migratoire du début des années 1970 qui initia la période dans laquelle nous continuons de vivre, où l’immigré postcolonial caractérise une sorte de bouc-émissaire transversal ? Nous allons tenter de montrer que la désignation d’ennemis intérieurs socio-ethniques par l’Etat doit être analysée parallèlement comme une technique de protection de l’ordre politique et géopolitique. La genèse du schéma de domination sécuritaire s’est faite notamment par la reconversion de principes contre-subversifs dans la lutte anti-migratoire, c’est-à-dire en appliquant à l’ensemble de la population, des dispositifs qui visaient à protéger l’ordre impérial, et ce, en employant le corps de l’immigré comme le laboratoire et la vitrine d’un « ordre nouveau ».

Le corps immigré comme monnaie d’échange et levier géopolitique.

Les traités d’ « indépendance » sont les premiers textes à avoir défini les rapports de circulation entre les anciennes colonies et la métropole et à avoir ainsi posé les bases d’un discours d’Etat sur l’immigration postcoloniale. Les accords d’Evian comme la plupart de ces textes visant à reconduire à travers un imaginaire de l’association, de la communauté et de la coopération, les rapports de tutelle et de subordination coloniaux, ont dérivé d’une lutte pour la conservation des intérêts énergétiques, économiques, stratégiques, nucléaires et militaires. En laissant miroiter une série d’intérêts comme le privilège de diriger les Etats postcoloniaux et l’assurance du soutien militaire français contre les révoltes populaires aux nouvelles élites coloniales, l’Etat français a négocié le statut des immigrés postcoloniaux comme une monnaie d’échange, c’est-à-dire la garantie d’une souveraineté partagée sur l’exploitation des richesses et des êtres humains entre l’Etat français et ses nouveaux sous-traitants.

Dès 1959, la perspective de l’indépendance algérienne avait ainsi amené à reconcevoir le statut des « Français musulmans résidant en métropole », appelés à devenir des « immigrés Algériens ». La figure de l’immigré a été mobilisée pour les toutes premières fois dans l’institution militaire et la pensée d’Etat comme une source de travail pour la France et de capital pour l’Algérie, et ainsi comme l’assurance d’une conservation de l’influence française sur le gouvernement algérien. Il s’agissait de se prémunir du risque que le pétrole algérien soit nationalisé et fournisse ainsi à l’Algérie un levier sur la France en contrôlant sa source principale d’approvisionnement en hydrocarbures. Il en allait de même de la présence militaire française dans le Sahara et de la conservation des sites nucléaires qui s’y trouvaient. La note d’introduction fournie par la direction de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, le principal think-thank civilo-militaire français, à ses auditeurs de la session 1959-1960 [2], intitulée « Cohésion économique entre métropole et Algérie », présentait « les raisons qui conduisent en effet l’occident à s’efforcer d’élever rapidement le niveau de vie dans les pays sous-développés ». Les « échanges humains » y étaient présentés comme « le facteur décisif » d’une cohésion économique entre la métropole et la colonie. « L’appoint, pour une économie [algérienne] en suremploi, des travailleurs musulmans résidant en Métropole » fut conçu parallèlement comme un moyen de décharger « la main-d’œuvre métropolitaine, généralement plus qualifiée, de tâches dont l’accomplissement exigerait en toute hypothèse, une certaine immigration. ». « Il est au surplus très improbable qu’aucun autre territoire que la Métropole, soit en mesure de leur offrir l’emploi qui leur est actuellement assuré », ajoutait le document.

La synthèse des travaux produits à partir de cette note par les comités d’auditeurs de cette même session s’intéressait précisément au contrôle des « flux migratoires » et à l’encadrement des émigrés algériens en France, après l’indépendance. [3] « L’ensemble des problèmes liés au séjour des travailleurs musulmans dans la métropole » était lié par les auditeurs à « l’expansion démographique exceptionnelle que connaît l’Algérie » et « à la révolution politique et sociale qui secoue tour à tour les pays sous-développés. ». Selon les auditeurs il aurait existé une solution, « tout d’abord en contrôlant, dans leur propre intérêt, la venue en métropole des travailleurs algériens ». « Il semble nécessaire de créer en Algérie des services de placement qui auraient pour mission de procéder à une première sélection des Musulmans possédant une certaine connaissance du français parlé, ainsi qu’un début de qualification professionnelle » expliquait la synthèse.

On a vu émerger, à la toute première heure de la réflexion sur l’immigration postcoloniale, un certain nombre des dispositifs organisant la pensée dominante du contrôle de l’immigration sous la 5e République : politique des quotas et sélection selon l’origine, la profession ou le niveau scolaire, surveillance politique, restriction, regroupement familial et contrôle de « l’intégration ». La culture militaire a saisi le corps de l’immigré comme une rançon pour le maintien de l’influence extérieure et un suspect de subversion dont il faudrait s’assurer en permanence l’allégeance ou le silence.

Un certain nombre de documents montrent qu’il y a réellement eu investissement dans le corps immigré, dans ce sens où on a opéré un calcul en termes de pertes et profits. Les discours d’Etat sur l’immigré algérien ont nécessairement évolué à partir du coup d’Etat de Houari Boumediène en 1965. La même année une première circulaire visait à restreindre l’entrée des travailleurs algériens sur le territoire français. En 1968, ce dernier fit évacuer la base militaire occupée par la France à Mers el Kébir. Le 27 décembre de la même année, un accord franco-algérien sur la circulation, l’emploi et le séjour des migrants fixait des quotas et imposait d’avoir une autorisation d’émigration et l’assurance d’être embauché en France pour pouvoir émigrer. Le rapport de forces entre les deux Etats ayant été bouleversé, l’Etat a accentué la dévalorisation du corps immigré et l’institution militaire a réinventé la menace migratoire.

Pour comprendre les mécanismes qui dirigent la mise en oeuvre systématique de la xénophobie d’Etat, il faut donc prendre en compte les stratégies géopolitiques des Etats exploitant la main d’oeuvre immigrée de chaque côté de l’exil et la nature des rapports de force entre ces Etats, c’est-à-dire les enjeux économiques, industriels, militaires et stratégiques du modèle de domination impérialiste.

Purger le corps national. Evacuation et retour de la doctrine contre-subversive.

Durant les guerres coloniales d’Indochine, du Maroc et d’Algérie, l’armée française a systématisé une série de techniques de contrôle et de répression relevant de la terreur d’Etat contre des populations civiles, que l’on appelle généralement « doctrine de la guerre révolutionnaire » ou « contre-subversion » [4]. Celle-ci concevait l’association des communistes et des colonisés dans la lutte contre le colonialisme comme une « stratégie de pourrissement » du monde soviétique, par la mise en place de cinquièmes colonnes à l’intérieur du territoire. La contre-subversion caractérise ainsi l’expérimentation et le réglage dans l’atelier colonial d’un programme de contrôle de la population s’appuyant sur l’idée qu’il faudrait reprendre à l’adversaire le contrôle des coeurs et des esprits. Pour justifier un système de violence combinant torture industrielle, déplacements de populations, assassinats, manipulation psychologique, contre-terrorisme, cette disposition mentale s’était appuyée sur l’articulation des figures du révolutionnaire communiste et du révolutionnaire colonisé. Parce qu’elle appelait à la militarisation du contrôle social et à l’autonomisation du militaire et constituait ainsi un support théorique pour justifier les coups d’Etat militaire pour la conservation de l’Algérie française à la fin de la guerre, cette doctrine a été évacuée par de Gaulle. Nous allons montrer que son premier retour furtif dans la pensée politique et militaire s’est opéré dans l’après-1968, c’est-à-dire avec la reconstitution d’une figure de l’ennemi intérieur socio-ethnique, associant les révolutionnaires et les immigrés postcoloniaux, la chienlit et les sous-développés.

De la fin de la guerre d’Algérie à 1968, les représentations de la menace dans l’armée et l’Etat ont été relativement décolonisées, on a marginalisé les variables ethnicisantes qui faisaient des colonisés une menace par essence, dans le même mouvement où l’on a évacué et marqué d’un tabou la contre-subversion. Restaient grossièrement les communistes et les révolutionnaires en général et commençait à s’opérer le mécanisme qui dirigerait quelques années plus tard la fondation des premiers dispositifs sécuritaires : considérer la population dans son ensemble et en tant que telle, comme un milieu de prolifération des menaces, à immuniser. On trouve ainsi de 1962 à 1968, très peu de traces d’une suspicion à l’égard de l’étranger dans les revues de la Défense Nationale et les archives des hautes études militaires, comme dans les discours politiques.

Mai 1968 a déterminé, en France, le premier retour dissimulé de la contre-subversion pour le contrôle intérieur. L’épisode de Baden-Baden, où s’était réfugié De Gaulle, effrayé par la violence du mouvement révolutionnaire, symbolise assez bien ce phénomène. Le Président y a rencontré le général Massu pour s’assurer le soutien de l’armée contre les révoltes. Peu après, le 31 juillet 1968, une loi portant amnistie de l’ensemble des crimes de la guerre d’Algérie était adoptée par le parlement. Elle permit aux putschistes, principaux partisans de la contre-subversion de réintégrer les périphéries des institutions politiques et militaires. Le gouvernement Georges Pompidou avait requis la troupe lors des « événements », la 501e division blindée basée à Rambouillet avait été préparée à foncer sur Paris pour y rétablir l’ordre et diverses unités convoquées dans la capitale avaient reçu instruction d’assurer la protection, entre autres points sensibles, de l’Elysée. Il semble que l’emploi de la contre-subversion à l’intérieur ait retrouvé un intérêt pour l’Etat qui s’est alors engagé dans une lutte contre ce qu’il appelait la chienlit et contre le mouvement social en général.

De retour de Baden-Baden, le général De Gaulle mettait ainsi en cause dans un message destiné à la population mais aussi aux Etats alliés, la menace véhiculée par le « communisme totalitaire ». Mai 1968 fut le cadre de nouvelles expérimentations de la contre-révolution. On y a ainsi employé des grenades offensives, précédemment utilisées en Algérie, au cours des opérations de maintien de l’ordre, un système d’infiltration et de manipulation policière et employé des groupes para-policiers de provocation, intimidation et répression parallèle. Pour légitimer cette répression, on a cherché à reconstruire une figure de l’ennemi intérieur socio-ethnique.

Le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin, mis en place juste après mai 1968 pour rétablir l’ordre, était un ancien fonctionnaire de Vichy qui avait dirigé le bureau d’orientation et de formation professionnelle et dont le zèle avait été récompensé par la francisque en 1943. Il s’est alors engagé dans une vaste entreprise de lutte contre « la subversion révolutionnaire ». Il s’agissait selon lui de réprimer fortement les révoltes sociales à l’intérieur et d’expulser les étrangers qu’il jugeait responsables de manipulations pour le compte du « monde communiste ». Dès son arrivée place Beauvau, il n’a eu de cesse de dénoncer le complot contre la France organisé depuis l’étranger. Il cherchait à persuader l’opinion publique que les leaders du mouvement contestataire avaient participé à des stages d’endoctrinement, voire d’entraînement à la guérilla, à Cuba ou en Tchécoslovaquie ou, plus tard, en Irlande du Nord et peut-être dans les camps palestiniens. [5] Les premières figures de l’étranger expulsé furent donc stigmatisées pour leur « défaut d’allégeance à la République » et leur engagement « révolutionnaire ». « Le gouvernement a ordonné la dissolution des associations et groupements de fait qui avaient pour but d’attenter à la forme républicaine du gouvernement. « Les étrangers qui n’observent pas la neutralité politique ont été ou seront expulsés du territoire national… » expliquait Raymond Marcellin dans Le Monde du 13 août 1968. Ce qui fut mis en pratique. L’expulsion de « Dany le rouge » symbolisait l’expression de ce projet de rétablissement de l’ordre par la purge des étrangers et des révolutionnaires. Maurice Rajsfus a répertorié un certain nombre d’expulsions d’étrangers mises en oeuvre dans l’après 1968 qui peuvent nous donner une idée du phénomène : 8 juin 1968 : 5 peintres étrangers (3 Latino-américains et deux Tunisiens) on fait l’objet d’un ordre d’expulsion. En 48 heures, une cinquantaine d’étrangers ont été expulsés et reconduits à la frontière de leur choix. 10 juin 1968 : 30 jeunes étrangers expulsés (22 Allemands présumés membres du mouvement d’extrême gauche SDS). 13 juin : 41 personnes de 16 nationalités différentes sont frappées à leur tour par une mesure d’expulsion : 7 Allemands, six Algériens, 3 Tunisiens, deux Sénégalais, 1 Malgache, 1 Péruvien, 1 Belge, 1 Iranien, 1 Argentin, 1 Danois, 1 Grec et 1 Hollandais. Dans les départements du Rhône et de l’Ain, 33 étrangers subissent le même sort (Le Monde, 15 juin 1968). Il est reproché à toutes ces personnes d’avoir participé à des manifestations interdites, mais plusieurs ont été arrêtées lors d’un simple contrôle d’identité. Au 17 juin, on comptabilise déjà 161 expulsions. 28 juin : 35 étrangers résidant à Lyon sont expulsés, tous se voient signifier que leur présence est « de nature à troubler l’ordre public ». « Le grand nombre d’étrangers participant aux manifestations et aux mouvements révolutionnaires a obligé le gouvernement à prendre des mesures d’expulsion contre les étrangers qui ne respectent pas la neutralité politique » expliquait Marcellin dans Le Monde du 16 novembre 1968.

L’« Information annuelle des chefs de corps » de 1970 rédigée par la Direction de la Sécurité Militaire, montre que l’armée s’est, elle aussi, saisie du « problème » : « A l’heure où renaît de ses cendres l’antimilitarisme des temps de paix, [La DSM] s’efforce d’apporter à ceux qui détiennent l’autorité et ont la charge de préserver nos valeurs militaires, une contribution dans la lutte contre les nouveaux forcenés de la révolution. Dans ce but, elle donne un aperçu : des procédés qu’ils comptent utiliser au sein des formations pour susciter des incidents de type subversif et des appuis qu’ils attendent de l’extérieur pour donner à leur entreprise une dimension nationale. ». La reconstitution d’une figure de l’ennemi intérieur socio-ethnique a permis de ré-autoriser les principes contre-subversifs et posé les bases d’un discours d’Etat et d’une pensée militaro-policière de l’expulsion comme principe d’immunisation du corps national face à la subversion révolutionnaire. La fermeture des frontières doit ainsi être analysée parallèlement comme la dérivée d’une stratégie de reproduction et de protection du capitalisme élaborée en réaction aux révoltes de 1968.

Légitimer la xénophobie d’Etat.

Un article du ministre d’Etat chargé des Affaires sociales, Maurice Schumann, destiné à la communauté militaire, résume la représentation du corps immigré qui s’était imposée en 1969 dans la pensée d’Etat. [6] « Le groupe des étrangers se développe dix fois plus vite que celui des Français », « cette constatation prend une portée singulière si l’on observe que la France connaît un changement profond dans l’origine géographique des immigrants. ». « Si notre pays a été pendant longtemps un pays d’accueil où l’assimilation des étrangers ne posait pas de problème majeur », « les immigrants étaient pour la plupart des "voisins" dont la mentalité et les aspirations étaient très proches de celles de notre population ». Maurice Schumann fournissait un modèle d’Etat pour une pensée de l’inassimilabilité des nouveaux migrants « originaires de pays plus lointains dont les modes de vie sont moins proches des nôtres ». Ces immigrations auraient selon lui « procédé si rapidement qu’elles ont créé par leur volume même un obstacle à une adaptation suffisante à nos mœurs et à une insertion harmonieuse dans nos structures sociales. ». Il fallait ainsi « savoir si le laissez-faire, c’est-à-dire en ce qui concerne l’immigration, le "laissez-passer", doit être préféré à un développement ordonné des mouvements migratoires. ». On se serait « trouvé dès lors exposé à subir les effets des crises démographiques, économiques et sociales qui affectent notamment les nations en cours de développement ». Maurice Schumann dénonçait « le risque […] nullement négligeable de voir notre pays perdre la maîtrise de certains secteurs de son marché de l’emploi ou de voir se constituer sur son territoire des "îlots de peuplement" imperméables aux processus traditionnels d’assimilation qui ont, au cours des siècles, tissé entre des éléments très divers les liens de l’unité française. ». L’un des concepteurs principaux du projet européen était un racialiste convaincu et qui s’assumait en tant que tel. Revenant sur la surnatalité de ces nouveaux immigrants, il vantait l’adoption au mois de juillet 1968 par les ministres des Affaires sociales réunis à Bruxelles du règlement définitif sur la libre circulation des travailleurs à l’intérieur de la Communauté et sa conjugaison à la définition, par le gouvernement français « de façon plus stricte des règles applicables à l’immigration des travailleurs que contrôle l’Office National d’Immigration ». Une seconde étape dans « le redressement de la politique française d’immigration » aurait été franchie, selon lui, lors de la conclusion entre la France et l’Algérie, au mois de décembre 1968, de l’accord relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens. Cet accord constitua une innovation importante dans les relations entre la France et l’Algérie, puisqu’il subordonna l’entrée des travailleurs algériens sur le territoire français à la demande du patronat. Il prévoyait d’autre part un contingentement annuel ou pluriannuel de l’immigration de travailleurs algériens désireux d’exercer une profession salariée. Il prévoyait encore une sélection médicale des travailleurs algériens dans le cadre des opérations de l’Office national algérien de la main-d’œuvre. Enfin il contrôlait la régularité et la stabilité de l’établissement des Algériens en France, désormais identifiés par l’attribution d’un certificat de résidence.

Le texte de Maurice Schumann constitue l’un des premiers documents envisageant les résultats des accords de libre circulation pris au moment des indépendances, et les considérant comme des problèmes. C’est en quelque sorte l’acte de naissance du « problème immigré » dans la pensée d’Etat. On y lit l’émergence d’un thème majeur, l’idée que l’importation d’un certain taux de race inassimilable, handicaperait la nation voire la menacerait dans sa souche.

L’importation de la « question démographique » dans la culture militaire et la pensée d’Etat a été décisive de ce point de vue. Elle a notamment permis de justifier par son apparence scientifique, rigoureuse, technicienne et donc apolitique, l’expulsion de l’étranger comme un principe de survie, une intervention médicale visant à immuniser le corps national, dont les dysfonctionnements ne seraient finalement dus qu’à la présence d’antigènes en son sein. L’idéologie de l’intégration qui justifie depuis les méthodes de soumission et de répression employées à l’égard des migrants postcoloniaux a été conçue dans cette forge. Un article d’Alfred Sauvy, démographe mondialement connu, expliquait ainsi à la communauté politico-militaire les dangers d’une « immigration non contrôlée », dans Défense nationale en avril 1972 [7] ; celui-ci y expliquait que « la peur suscitée par la montée des peuples pauvres peut susciter des réactions de contraction et d’effacement », « la natalité étant un phénomène de psychologie collective plus qu’individuelle, il est possible que l’angoisse éprouvée devant l’exubérance des autres n’agisse que sur les mécanismes de l’inconscient. ». Alfred Sauvy cherchait à montrer que la surpopulation mondiale ne devait pas suppléer la dénatalité française, « compromettre la vitalité d’un peuple pour un tel résultat serait un calcul bien léger », écrivait-il. La pensée de Sauvy était effectivement fondée sur l’idée qu’il existerait une nature française à préserver, on peut l’entendre comme l’une des formulations originelles de ce culturalisme reconduisant de nombreux éléments de la structure de pensée colonialiste. Selon lui, « la thèse selon laquelle la France n’a pas de soucis démographiques, puisqu’elle trouvera toujours des pauvres de l’autre côté de la Méditerranée pour venir la servir », « est séduisante en termes numériques et en arguments matériels » mais « condamnable si l’on fait intervenir la notion de vitalité de la nation. ». « Ce serait renouveler l’expérience de Rome et de la Grèce jusqu’à l’affaissement fatal » expliquait-il avant de conclure que « le recours aux travailleurs étrangers est inévitable, pour le moment, pour des raisons économiques, mais ne doit en rien fournir un aliment au sentiment de refus de la vie. ». La vision d’Alfred Sauvy, structurée autour de la catégorie de race, était largement partagée dans les sphères politico-militaires dominantes depuis le milieu des années 1960. Celui-ci prophétisait même la chute de ce qu’il appelait la « civilisation française », face aux assauts des « barbares » pauvres et étrangers, qui l’acculaient vers une mort certaine.

Il faut ainsi considérer la fermeture des frontières comme un moyen de pression à l’intérieur d’un rapport de forces géopolitique pour la conservation d’intérêts économiques, énergétiques et stratégiques, comme un levier de la répression des révoltes de 1968 mais aussi comme un processus de mystification de l’ordre capitaliste, qui ferait de l’étranger le responsable des inégalités structurelles de ce système économique dont il est l’un des premiers à subir l’infamie. Dans ce cadre, les métaphores corporelles, virales et médicales assurent un travail de falsification fondamental.

La lutte antimigratoire, un laboratoire sécuritaire.

Jacques Chaban-Delmas, ancien ministre des armées pendant la guerre d’Algérie qui avait créé le centre d’entraînement à la guerre subversive de Philippeville, fut plusieurs fois ministre et Premier ministre de 1969 à 1972. Il avait été président de l’Assemblée Nationale depuis le coup d’Etat qui porta De Gaulle au pouvoir en 1958. Le 16 septembre 1969 il prononça devant l’Assemblée Nationale un discours fondateur sur la construction d’une « nouvelle société » qui devait enterrer celle de la chienlit représentée par mai 1968. Ce texte avait permis de synthétiser les premiers éléments de l’idéologie sécuritaire. Le chantier de la « nouvelle société » a été présenté comme devant permettre de lier le « problème de l’ouverture des frontières », de la « responsabilité de la France dans le monde », d’ « une meilleure formation et une meilleure information du citoyen », d’ « une redéfinition du rôle de l’Etat » ainsi que du « développement de notre compétitivité ». L’ancien spécialiste en action psychologique avait aussi lancé l’idée de privatiser l’ORTF (ce qui fut fait en 1974), ainsi que les entreprises publiques, il a aussi importé le principe des stock-options venu d’Angleterre (l’actionnariat dans l’entreprise). C’est dans ce contexte qu’est réapparue, au début des années 1970, une manière de penser le contrôle du territoire et de la population, basée sur l’encadrement spécifique des révolutionnaires et des migrants.

La Présidence de Pompidou de 1969 à 1974, a permis de mettre en place les premiers appareils sécuritaires conçus dans le cadre de l’après 1968. Après avoir dissout l’organisation maoïste La Gauche Prolétarienne en avril 1970, en juin, le gouvernement Chaban-Delmas vota la loi Pleven dite « loi anticasseurs », visant particulièrement les « mouvements subversifs d’extrême-gauche » et réinventant dans le droit français la notion de « responsabilité collective » qui n’était employée jusque-là que sur le terrain colonial.

Michel Debré, le premier ministre de De Gaulle, obsédé de contre-subversion et partisan irrésolu de l’Algérie française, qui pendant l’occupation avait prêté serment devant le maréchal Pétain fut ministre de la Défense de 1969 à 1972. Il créa la Fondation pour les Etudes de Défense nationale en 1972, chargée de développer une recherche stratégique française pour combler le retard sur les anglo-saxons. [8] C’est sous son autorité que fut publié le Livre blanc sur la Défense de 1973 qui visait à reformuler dans le contexte de la détente les principes de la Défense globale qu’il avait inscrits au fondement de la Constitution et de l’ordonnance de 1959.

La lutte anti-migratoire a été conçue sur le terreau de cette « nouvelle société », pensée comme l’antithèse de mai 1968 et au coeur de ces réseaux politiques et militaires nationalistes. En 1972, les circulaires Marcellin et Fontanet subordonnèrent la délivrance d’une carte de séjour à l’obtention d’un contrat de travail et d’un « logement décent ». Ces textes mirent fin aux procédures de régularisation et constituèrent l’amorce, par les pouvoirs publics, d’un programme de contrôle et de répression systématique des migrants postcoloniaux. Sous la pression du mouvement social, le gouvernement revint sur sa position en juin 1973 et permit aux travailleurs entrés en France avant le 1er juin et pouvant présenter une promesse d’embauche, d’obtenir un titre de séjour et de travail.

Valery Giscard d’Estaing, l’ancien ministre des finances de Michel Debré, passé au cabinet de Jacques Chaban-Delmas puis de Pierre Messmer sous Pompidou fut élu Président en mai 1974. Il est resté critique vis-à-vis de plusieurs positions gaullistes et s’est engagé pour la construction européenne. Il était à la fois partisan du lobby nucléaire et de la contre-subversion. Il a ainsi lancé parallèlement la 8e campagne d’essais nucléaires et nommé le général Bigeard secrétaire d’Etat à la Défense de 1975 à 1976. C’est sous sa Présidence qu’a été entamée la première réconciliation de la dissuasion et de la subversion, la prise en compte du chômage de masse comme menace économique et l’arrêt de l’immigration de travail, c’est-à-dire la pénalisation des surexploités. Le 5 juillet 1974, sur proposition d’André Postel-Vinay, nommé à la tête du Secrétariat d’Etat aux travailleurs immigrés créé le 7 juin, le conseil des ministres décidait ainsi de suspendre « l’immigration économique et familiale », sauf pour les ressortissants de la Communauté européenne. En 1977, il réitérait (après une ré-autorisation) et mettait en place des procédures d’incitation au retour (le million Stoléru), de restriction de l’accès à l’emploi des familles regroupées et de l’accès à l’université des étrangers. En 1978 les pouvoirs d’expulsion du ministère de l’Intérieur furent élargis et la loi Bonnet du 10 janvier 1980 créait les centres de rétention, ces camps d’internement pour étrangers indésirables où l’Etat enferme ceux dont ils jugent la présence et l’existence incompatibles avec sa prétention à purifier le territoire.

L’idéologie sécuritaire qui conçoit, comme la pensée républicaine, la population comme la chair du corps national que l’Etat aurait en charge de protéger, considère parallèlement la population comme un milieu de prolifération des menaces subversives venues de l’étranger. La mise en oeuvre simultanée puis coextensive de la lutte anti-migratoire et des techniques du contrôle sécuritaire n’a rien de fortuit. Elle résulte à la fois d’un processus de dépassement de la domination coloniale et de reformulation du schéma de contrôle mis à mal par les révoltes de 1968. La justification économiste de la xénophobie d’Etat est elle-même une stratégie politique. La désignation d’un ennemi intérieur socio-ethnique permet de diviser la population selon les catégories imaginaires de l’essence – la race- et donc de mystifier les rapports de domination structurels dans l’économie capitaliste et son garant l’Etat-nation.

L’étude des discours et des pratiques qui préfigurèrent la mise en oeuvre de la lutte anti-migratoire dans l’armée et la classe politique montre que l’on ne saurait comprendre ces rituels de purge ostentatoire du corps national sans les lier aux logiques et aux enjeux de la protection de l’ordre.

[1] Lire Wahnich Sophie, L’impossible citoyen. L’étranger dans le discours de la Révolution française, Albin Michel, Paris, 1997 et Noiriel, Gérard, La tyrannie du national, Le droit d’asile en Europe (1793-2003), Calmann-Levy, Paris, 1993.

[2] « Cohésion économique entre métropole et Algérie, note d’introduction », Travail en comités, pièce n°2, section économique et sociale, 18.12.1959, IHEDN.

[3] « Cohésion économique entre métropole et Algérie, Synthèse des travaux », section économique et sociale, 12.05.1960, IHEDN.

[4] Pour une analyse détaillée de cette doctrine lire Rigouste, Mathieu, « L’ennemi intérieur, de la guerre coloniale au contrôle sécuritaire, Cultures et Conflits, Sociologie politique de l’International, n°67, janvier 2008, pp157-174. Les thèses de Pierre et Marie-Catherine Villatoux ainsi que celle de Gabriel Périès et celle de l’auteur, constituent les trois travaux universitaires principaux sur le sujet.

[5] Sur toute cette partie, lire Rajsfus, Maurice, Mai 1968, sous les pavés la répression, Le Cherche Midi, Paris, 1999.

[6] Maurice Schumann, « La politique française d’immigration », Défense nationale, juin 1969, p933.

[7] Alfred Sauvy, « La population française : situation et perspectives », Défense nationale, avril 1972, p555.

[8] Lettre de Michel Debré, 1982, citée par Maurice Woignier dans La revue stratégie lui-même cité par Hervé Couteau-Bégarie, dans « La structure de la recherche stratégique », op. cit.

Mathieu Rigouste, "Purifier le territoire. De la lutte antimigratoire comme laboratoire sécuritaire (1968-1974) ", N° 04. Institutionnalisation de la xénophobie en France, mai 2008, REVUE Asylon(s), url de référence: http://www.reseau-terra.eu/article738.html

 

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29/05/2010

Le système de l’étalon dollar - sur la voie de l’élimination définitive de l’obstacle de l’or

Après sa conférence de presse du 4 février 1965, le Général de Gaulle avait recueilli sarcasmes ou indifférence. Et son successeur, Georges Pompidou, oublia ses avertissements, lorsqu’il accepta, en décembre 1971, que le dollar fût détaché de l’or et servît néanmoins de monnaie de réserve internationale. Le successeur de Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, accepta que fût définitivement scellée la domination du dollar en signant,en 1976, les Accords de la Jamaïque, qui démonétisaient l’or.

 

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Au sujet du Vampire du Borinage

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Raphaëlle Rérolle, chef-adjoint du Monde des Livres, a consacré récemment un article à De l'amour, dernier livre, sauf erreur, du Stakhanov de l'industrie culturelle, Raoul Vaneigem (Le Monde des Livres du 14 mai 2010). On peut y lire, au sujet de l'auteur, ce surprenant rappel : « Vite exclu de l’Internationale situationniste par son chef de file, Guy Debord, Vaneigem n’en est pas moins resté un adversaire impénitent de l’ordre social. » Quiconque connaît un peu la question sait bien que cette petite phrase est à elle seule un monde d’inexactitudes. Vaneigem est devenu membre de l’Internationale situationniste au plus tard en 1961. Il en a démissionné en novembre 1970. Il n’en a donc pas été exclu, comme l’affirme imprudemment Raphaëlle Rérolle, et il ne s’est pas séparé « vite » de l’I.S., mais après au moins neuf ans d’appartenance et de collaboration plus ou moins intense à cette organisation. Qui plus est, si l’on tient compte du fait que l’I.S. s’est auto-dissoute en 1972, on remarquera que cette démission est pour le moins tardive. On se tromperait sans doute en pensant que cette petite désinformation de la journaliste du Monde est intentionnelle. Raphaëlle Rérolle désinforme, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose : sans le savoir. Il suffit pour comprendre cela de se souvenir qu’il n’est pas nécessaire aujourd’hui à un journaliste, pour écrire un article sur quelque sujet que ce soit, d’avoir une connaissance, même sommaire, de ce dont il devra parler, par exemple en lisant les livres relatifs à son sujet. Il suffit de colporter les ragots qui traînent dans les salles de rédaction ou dans la bouche des faux témoins qu’on aura bien voulu écouter. Et, s’agissant de Guy Debord, on sait que l’un de ces plus tenaces racontars veut qu’il ait été une sorte de dictateur au sein d’une petite organisation qui tenait de la secte ou de l’appareil gauchiste bureaucratique. Le caprice du « chef de file » de l’I.S. aurait donc entraîné l’excommunication rapide d’un « adversaire impénitent de l’ordre social ». Voilà donc ce qu’il est permis de lire dans ce qui passe pour le quotidien de référence des gens cultivés. Ici, comme ailleurs, c’est la même ignorance, mal et vite informée, qui prétend savoir et instruire son public de jobards dont les « connaissances » sont ainsi continûment mises à jour.

 

 

 

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28/05/2010

"1945-1998" by Isao Hashimoto - Essais nucléaires de 1945 à 1998

 

"1945-1998" by Isao Hashimoto

Multimedia artwork

"2053" - This is the number of nuclear explosions conducted in various parts of the globe.*

Profile of the artist: Isao HASHIMOTO

Born in Kumamoto prefecture, Japan in 1959.

Worked for 17 years in financial industry as a foreign exchange dealer. Studied at Department of Arts, Policy and Management of Musashino Art University, Tokyo.

Currently working for Lalique Museum, Hakone, Japan as a curator.

Created artwork series expressing, in the artist's view, "the fear and the folly of nuclear weapons":

  1. "1945-1998" © 2003
  2. "Overkilled"
  3. "The Names of Experiments"

About "1945-1998" ©2003

"This piece of work is a bird's eye view of the history by scaling down a month length of time into one second.  No letter is used for equal messaging to all viewers without language barrier.  The blinking light, sound and the numbers on the world map show when, where and how many experiments each country have conducted.  I created this work for the means of an interface to the people who are yet to know of the extremely grave, but present problem of the world."

Contact the artist:

Should you have any query regarding this artwork, please contact  e-mail address below:

hashi123ping@amy.hi-ho.nepong.jp

* The number excludes both tests by North Korea (October 2006 and May 2009).

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Cubisme et camouflage... devenir l'ennemi

Je tombe par fois sur des choses étonnantes, à défaut d'être détonnantes...
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L’arme « camouflage »

La guerre de 1914-1918 ne fut pas la guerre éclair tant attendue. Elle s’enlisa rapidement et, avec la mise en place des tranchées, devint une guerre de position où la survie dépendait essentiellement du silence et de l’invisibilité des troupes. Il fallait voir sans être vu, surveiller sans se faire repérer pour anticiper les mouvements de l’ennemi ou attaquer sans envoyer à l’aveuglette projectiles et soldats. Le camouflage n’était plus une ruse ponctuelle comme dans les guerres de mouvement, mais un moyen de combat offensif et défensif.
Guirand de Scevola, jeune peintre canonnier de 2e classe, eut le premier l’idée de camoufler le matériel en le peignant. De cette invention naquit la première équipe de camouflage, placée sous sa direction, dont le ministre de la guerre ratifia l’existence officielle le 12 février 1915. Une fois reconnu, codifié et organisé, le camouflage pris rapidement une importance considérable comme méthode stratégique passive et active : de 30 hommes en 1915, son effectif passa en 1918 à 3 000 hommes.
Comme méthode passive, la plus rapidement mise en place, il s’agissait de dissimuler le matériel, les routes, ponts et autres points stratégiques sous des filets ou par de la peinture. Le camouflage actif comprenait quant à lui la création de postes d’observation ou de tir invisibles en s’appuyant sur les accidents et les particularités du terrain (ruines, arbres creux, meules de paille, fossés…) ou en les fabriquant de toute pièce (comme le faux arbre contenant une guérite photographié par Louis Danton) pour les substituer de nuit aux véritables éléments ayant servi de modèle à leur élaboration. Toute modification du paysage étant suspecte, il fallait remplacer un objet réel par son fac-similé, la copie étant aménagée de manière à contenir un ou plusieurs hommes avec du matériel militaire. Parfois ces doubles servaient à dérouter l’ennemi et le diriger sur des cibles fictives ou des positions erronées par la confection de canons ou de véhicules factices et de faux terrains d’aviations ou dépôts de munitions.



Auteur : Claire LE THOMAS

 

Le camouflage, un art

C'est au cours de la guerre de 14-18 que la France utilisa pour la première fois le camouflage. A cette fin, l'armée fit appel à la technique des cubistes. L'Historial de Péronne leur rend hommage

Du cheval de Troie aux avions leurres en plastique, le camouflage est synonyme d'ingéniosité. S'il est aujourd'hui présent dans toutes les armées du monde, il fut institué en France pendant la Première Guerre mondiale. En 1915, les technologies de mort se perfectionnant, il fallut améliorer la protection des troupes, tromper l'ennemi sur leur présence, leur importance, leurs moyens, leurs intentions. On donna alors aux cubistes français l'occasion d'inventer un véritable camouflage militaire, et ce malgré l'anathème que la propagande patriotique jetait sur ce mouvement d'avant-garde, assimilé à de l'art «boche».

Dans un petit mais captivant accrochage de tableaux et d'objets (peintures, dessins, photos, documents, sculptures, casques, vareuses et capotes), l'Historial de la Grande Guerre, à Péronne, raconte l'insolite collaboration de ces soldats sans armes qui avaient un caméléon comme insigne.

C'est le peintre Guirand de Scévola qui, le premier, eut l'idée de cacher des canons en exploitant les procédés des artistes cubistes, lesquels, en travaillant sur le rapport de l'objet avec la lumière, cherchaient à le révéler par la distorsion de ses formes et de ses couleurs. Scévola camoufla donc les engins de guerre sous des toiles bariolées dont les teintes se fondirent avec la nature environnante et dont le graphisme modifia la silhouette réelle.

Le 4 août 1915, un détachement de 125 réservistes, ouvriers peintres, décorateurs ou en bâtiment, fut mis à sa disposition. L'unité des «trompe-la-mort» était née. Sur tout le front on recruta menuisiers, charpentiers, tôliers, ajusteurs, mécaniciens, plâtriers. Pas fâchés de quitter l'enfer des tranchées, quantité de peintres, de sculpteurs ou d'illustrateurs, tels André Mare (l'exposition montre notamment quelques-uns de ses nombreux carnets de campagne), Léger, Braque, Camoin, Dunoyer de Segonzac, Forain, Villon, Duchamp, Duchamp-Villon, La Fresnaye, Marcoussis, Bouchard, Landowski, rejoignirent la section.

Les artistes soldats créèrent des arbres, des pierres, de faux cadavres, de fausses voies ferrées, des meules de paille, des masques en raphia; dessinèrent des fleurs sur les voitures, des reflets changeants sur les navires; passèrent des chevaux au bleu de méthylène, des pigeons au noir de suie; et, bien avant Christo, habillèrent les paysages cauchemardesques de la Somme de grandes mousselines barbouillées: des choses qui, vues d'avion, étaient un défi au sens commun...

Surprenants, amusants parfois, ces leurres réunissent le ludique et le métaphorique, le mensonge et la vérité. «Le camouflage appartient à la poésie universelle de la vie: être, ne pas être, dire, ne pas dire, faire, ne pas faire», rappelle Thomas Compère-Morel, directeur de l'Historial. Pendant la Grande Guerre, des peintres figuratifs choisirent le cubisme, mais l'abandonnèrent une fois le conflit fini. Comme s'il avait un arrière-goût trop évident de mort.

Pris au tas chez L'Express - Par Lachaud Martine, publié le 30/10/1997

 

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27/05/2010

« Don’t hate the media, become the media »

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"Don’t hate the media, become the media" (1)
Manifestation organisée par l’association Videozarts en collaboration avec Mire et Zoo Galerie, dans le prolongement des 4èmes Rencontres nantaises de la presse, Samedi 19 avril 2003, à partir de 18h aux Ateliers Delrue, 49, chaussée de la madeleine 44000 NANTES,


Au milieu des années soixante, avec l’apparition du portapack – le premier modèle de caméra électronique portable commercialisé – l’outil vidéo devient progressivement accessible. L’utopie d’une télévision «faite par tous non, par un» envahit les sphères militantes et artistiques tout en élargissant les marges trop étroites du médiatique.

Au flux inexorable de la TV on oppose le geste individuel. Condamner la place hégémonique de cet appareil de massification marchande devient une urgence. C’est dans ce contexte qu’émerge l’art vidéo, que se déploient les gestes – devrait-on dire la geste – de la contre-information. À cette époque, la vidéo comme pratique sociale ou militante partage le creuset de la vidéo à visée artistique. La fiction voisine volontiers avec le document brut. La contre-information s'exerce alors sous forme de reportages libres abordant des sujets négligés par la télé : de nombreuses «street tapes» sont réalisées par divers collectifs qui se forment d’abord aux Etats-Unis puis en Europe. Dans ce bouillon de contre-culture s’écrivent les paradigmes d’une histoire alternative. On descend dans la rue caméra au poing. D’hier à aujourd’hui, la TV construit un certain type de figuration immédiatement identifiable ; le buste tronqué du présentateur – l’homme encubé – préside aux rituels immuables et cosmétiques de la télévision. Dans un bras de fer qui devient bras d’honneur, les programmes télévisuels sont piratés et remontés à des fins d'édification critique. Les codes de représentation des mass médias sont explicitement détournés, les mécanismes techniques de mise en scène démontés. Dans le sillage de mai 1968, au sein des premiers collectifs français comme Vidéo out, Les Cents fleurs , Slon vidéo s’élabore la reconstruction d’un réel social et immanent qui semble caractériser ces œuvres de contre-information. La vidéo s’affirme comme un outil d'information et de communication entre individus et groupes d'individus. Les premières expériences de réseaux locaux de diffusion se mettent en place…

Aujourd’hui, les questions de la légitimité et de la logique médiatique reviennent au cœur de la critique et posent le problème de la mise en scène de la relation animateur/journaliste - spectateur/public. Les nouveaux médias explosent le cadre sclérosé d’un champ médiatique spectacularisé, paralysé par la main mise accrue des grands groupes industriels et financiers sur l’information, et de plus en plus soumis à la logique de marché et à la concentration.

Internet, média de flux participatif pourrait bien être l'alternative et marquer le début d'une nouvelle ère d'échanges. L’open publishing (publication ouverte sur des sites collaboratifs), pratiqué sur les sites de contre-information brise le rapport hiérarchique qui maintenait le consommateur passif de l’information-marchandise à l’écart du créateur d’informations. Le phénomène weblog, véritables journaux en ligne tenus par des journalistes amateurs court-circuite la chaîne traditionnelle journaliste-éditeur-annonceur. En s’emparant des moyens de production et de diffusion – comme les collectifs de vidéastes se saisirent trente ans auparavant des premières caméras électroniques – les sites comme Indymedia ou Samizdat tentent d’échapper aux contraintes économiques qui s'exercent sur les médias traditionnels. Particulièrement attentifs aux représentations dominantes, les média-activistes mènent une contre-expertise du système médiatique et l’utopie est à nouveau d’actualité – elle est littéralement  "sans lieu» – se donnant comme un réseau d’information fait de libres associations, favorisant de nouveaux modes coopératifs. Bien sûr, «on» nous rétorque que les mêmes mirages nous aveuglent à nouveau. Mais sont-ce des mirages : l’Histoire dans toute sa subjectivité reste encore celle des vainqueurs. Ainsi aujourd’hui, c’est le livre des histoires alternatives que nous nous proposons de (ré)ouvrir. Militants, artistes, média-activistes et cyber-résistants tissent la nouvelle toile de pénélope et s’approprient l’outil des dominants pour réinventer des formes et un propos resté inachevé. Toutes les uchronies sont à repenser ; elles seront désormais nos histoires. «Selon d'où vient le vent du souvenir, les dunes se forment, d'autres s'en vont» (2). Mais sous la plage, il y a toujours des pavés à jeter dans la mare stagnante du flux médiatique (3).

 

Patrice Allain, mars 2003.
ce texte est également paru dans le numéro 4 de la revue Les archarnistes.


notes

(1)
L’intitulé de la manifestation a été choisi en référence au slogan popularisé par les sites media-activistes présents sur le Web comme Samizdat agence de presse alternative ou Indymedia réseau mondial de contre-information né des manifestations contre l’OMC à Seattle en novembre 1999.

(2) VIOT Jacques, "Formose", Poèmes de guerre, p. 119, Jean-Michel Place, 1994.

(3) À l’heure où s’écrit ce texte, Wu Ming publie sur Samizdat un texte à l’intitulé explicite :
«DEPUIS LE 15 FÉVRIER, LES MÉDIAS, C'EST NOUS… ET NOUS SOMMES AUSSI L'ESPACE PUBLIC, L'EUROPE, LE MONDE...
À partir d'aujourd'hui, c'est officiel, les médias, c'est nous, et je veux dire "nous tous" : qu'est-ce qu'y peut la mesquine, la malveillante disinfomazja d'un régime contre le bouche-à-oreille de ceux qui ont participé à un des plus grands événements de toujours ? Le bouche-à-oreille joyeux de trois millions et demi de personnes à Rome et de dizaines de millions de personnes dans le reste du monde ? (.…)
Durant ces trois dernières années de luttes, la chose est apparue toujours plus évidente, mais aujourd'hui, elle saute aux yeux et aux oreilles : notre communication peut tranquillement se passer de l'information officielle, télévisuelle, pyramidale. (…)
Dans le cours des décennies, en travaillant parfois dans l'invisibilité, les mouvements se sont dotés de réseaux et d'instruments de langage qui permettent de communiquer "au-dessous, autour et au-delà" des médias officiels, en longeant les bords de ce trou noir du sens dans lequel se noient les "majorités silencieuses", qui ne sont plus des majorités (…)
Les fameuses "cent fleurs" dont on souhaitait l'éclosion sont déjà là, sur la prairie du monde du Net, des radios, des télés de rue, des canaux satellitaires, des fanzines, de la presse indépendante … »

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