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30/06/2010

Attention ! Trois provocateurs + Les Situ de Strasbourg et d’autre part + Sur l’expulsion des Strasbourgeois

 

 
Aux situationnistes absents de Paris
À des camarades strasbourgeois


Le 15 janvier 1967

La réunion de l’Internationale situationniste tenue à Paris le 15 janvier 1967 a dû constater que des calomnies particulièrement basses ont été lancées en collusion contre Mustapha Khayati par trois membres de l’I.S., dans des buts tactiques, et pour camoufler leurs propres manœuvres.

Les mensonges de Théo Frey, Jean Garnault et Herbert Holl ayant été mis en évidence, ils ont été exclus sur-le-champ, et l’I.S. refusera naturellement tout contact à l’avenir avec quiconque se compromettrait avec eux.

Pour l’I.S. : Bernstein, Debord,
Khayati, Nicholson-Smith, Viénet.


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Attention ! Trois provocateurs

Depuis que l’I.S. développe la théorie de la cohérence, comme exigence de toute organisation révolutionnaire maintenant, nous avons également soulevé les problèmes d’une idéologie de la cohérence qui serait à craindre par là même, dès que des gens croiraient pouvoir se rallier à un tel drapeau tout en conservant diverses contradictions entre l’affirmation théorique et la pratique. Dans la mesure où, même dans l’I.S., certains devenaient suspects d’une dissociation de ce genre, il était clair qu’ils devaient en toute hâte corriger leurs insuffisances, ou bien devenir les porteurs de cette idéologie. Nous avons nettement averti que nous ne tolérerions jamais la formation parmi nous d’une «critique idéologique de l’idéologie». Théo Frey, Jean Garnault et Herbert Holl ont suivi leur pente vers la fausse conscience. La tentative de défense de la fausse conscience dans un milieu défavorable ne pouvait que les conduire rapidement à la falsification consciente et organisée. Nous les avons acculés à se révéler, pour eux-mêmes et pour nous. Et nous les avons aussitôt exclus, détruisant ainsi la première manfestation de cette «idéologie de la cohérence» parmi nous.

Frey, Garnault et Holl ont en accord lancé et soutenu un inepte ramassis d’accusations fabriquées dans le but d’obtenir l’exclusion de Mustapha Khayati. Ils propageaient des rumeurs hostiles, et les démentaient ensuite. Ils affirmaient des faits imaginaires, et protestaient, aussitôt en présence des témoins de ces ragots, qu’ils n’avaient rien dit. Ils niaient des faits constatés, en essayant de discréditer tous ceux qui s’en souvenaient. Une réunion de l’I.S. tenue le 10 janvier a décidé unanimement d’en finir avec cette «crise» par la simple application du principe que tout menteur convaincu serait exclu sur-le-champ. Présents, Frey et Holl n’ont évidemment pas pu refuser ce principe. Dès le 15 janvier, ils ont été sommés de comparaître avec celui qu’ils accusaient, dans une confrontation générale. Frey, Garnault et Holl ont d’abord maintenu toutes leurs assertions et leurs dénégations. En moins de trois heures, ils ont dû entériner l’effondrement pitoyable de leur mensonge solidaire. D’abord par des demi-aveux individuels, puis, pan par pan, reconnaissant le démantèlement de leur falsification. Ils ont dû en venir, ne pouvant plus nier des faits, à les prétendre oubliés par eux. Enfin, ils ont dû tout avouer. C’est alors seulement, se voyant exclus, qu’ils ont révélé — dans l’intention franchement délirante de se disculper — qu’ils avaient formé dans l’I.S. une fraction secrète qui avait nécessité tous les mensonges finalement démasqués. C’est en tant que membres occultes de cette incroyable fraction qu’en décembre un délégué d’une assemblée de l’I.S. (Garnault) présentait à l’arrivée comme inacceptables les conclusions mêmes dont il s’était fait le porteur ; qu’un des signataires d’une lettre collective (Holl) téléphonait aussitôt seul aux destinataires que le texte qu’ils n’avaient pas encore pu lire était une indignité. Après quoi, les deux bons apôtres «justifiaient» leur lâcheté par une autre, en inventant une «menace d’exclusion» qui les aurait paralysés jusqu’aux orteils dans la discussion. Après quoi, ils niaient «radicalement» auprès d’autres avoir jamais parlé d’une possibilité d’exclusion, ni trompé leurs mandants, ni téléphoné. Après quoi, il leur fallait obtenir l’élimination de Khayati parce qu’il était témoin de ces supercheries ; et ils pensaient y parvenir en l’accusant systématiquement d’avoir tout inventé pour leur nuire. Après quoi, tout leur est retombé sur la gueule.

Mais cette fraction secrète était explicitement destinée à renforcer la démocratie et la participation égale de tous au projet situationniste ! Elle devait sauver l’I.S., et au besoin la «dissoudre». D’ailleurs Frey, l’idéologue le plus burlesque dans cet art d’allumer les incendies à l’aide d’un seau d’eau, a introduit sa révélation, consécutive à l’écroulement public de toutes les calomnies qu’il venait de soutenir et couvrir, en prononçant noblement la phrase : «La vérité est révolutionnaire» !

Aucun d’eux n’osait dire, même à cette dernière heure, qu’aucune critique aurait jamais pu être censurée dans l’I.S., au moindre degré. Ils avouaient qu’ils n’avaient rien voulu dire. Alors ? Ils étaient vexés et mécontents de se trouver inférieurs au niveau de la participation réelle dans l’I.S. Mais, d’une part, ils avaient affirmé en rejoignant l’I.S. qu’ils se sentaient capables de cette participation (ce qui impliquait le renforcement de cette capacité par la pratique réelle). D’autre part, les deux moins bornés d’entre eux, après avoir promis le contraire, étaient volontairement restés géographiquement isolés de cette pratique, pour parachever leur «vie étudiante» (en quoi déjà ils constituaient parmi les situationnistes une curieuse exception). Ils en sont donc venus à valoriser l’exigence abstraite d’une participation immédiate totale, contre toutes les réalités de cette I.S. qu’ils admiraient béatement. Ce soupir disgracié vers une reconnaissance abstraite réservée à leur quasi-impuissance devait bien sûr promptement les opposer, en ennemis sournois, à toutes les capacités réelles qu’ils enviaient (ils n’avaient pas la lucidité de celui-ci, le courage de celui-là, ils n’avaient pas écrit le livre de tel autre, ils n’avaient pas baisé la reine de Siam). Ainsi, tous les retards de leur propre développement dans la vie n’étaient pas surmontés, mais cessaient d’être dissimulés. Ceux qui n’osaient pas participer n’osaient pas parler. Ils murmuraient, ils gémissaient entre eux (s’étant sélectionnés sur la base de leur misère partagée, en s’ouvrant réciproquement de leurs secrètes susceptibilités de vierges de comédie). Ainsi donc, ils recomposaient clandestinement une situation hiérarchique parmi nous, pour pouvoir ensuite s’en plaindre. Ces consciences malheureuses invoquaient un au-delà de l’I.S. pour déplorer son absence : ils étaient sûrs que tous les situationnistes sont égaux, mais ils se trouvaient moins égaux que d’autres. Incapables d’assumer jusqu’au bout les exigences de l’I.S., ils s’en sont fabriqué une image absurde destinée à être critiquée — parmi eux, à huis clos —, et donc à leur permettre de s’affirmer magiquement «plus radicaux» ; même au prix de quelques bassesses assez traditionnelles.

Au lendemain de leur exclusion (communiquée le 15 janvier à tous les camarades concernés), Frey, Garnault et Holl ont publié un tract annonçant leur démission ! Il est d’ailleurs évident que tout ce que pourront dire ou écrire des gens qui se connaissent à partir d’une telle base d’action n’a plus aucune importance. Dans ce tract destiné au public, le ton de leurs calomnies et falsifications a naturellement baissé de plusieurs degrés par rapport aux aveux de la veille — encore une fois «oubliés» il faut croire. Ils sont même assez drôles pour écrire qu’il était vain de rechercher «un menteur particulier dans une situation de mensonge général». Aussi bien ne l’avons-nous pas fait : pas plus qu’on n’aurait l’idée de personnaliser une sardine dans sa boîte, on ne s’amuserait à chercher le menteur dans la voyante collusion Frey-Garnault-Holl, malheureuse jusque dans le déploiement concret de ses ruses, alors même qu’un climat de confiance lui en facilitait le début. Il est bien notable que la seule question pratique dont ils se sont vraiment occupés — leur propre conspiration à tous égards inutile —, non seulement était une pratique schizophréniquement opposée à tous leurs «buts idéaux», mais encore était menée avec un irréalisme confondant : ainsi, ils ont bien été dans la forme de leur entreprise ces «purs» idéologues marchant sur la tête, qu’ils étaient déjà par son contenu.

Partout ailleurs, leur texte est en retard non d’un jour mais d’une période, puisque ce qu’ils attaquent post festum dans l’I.S., c’est uniquement l’effet de leur propre présence.

Nous déclarons nettement et définitivement que l’I.S. refusera tout contact ultérieur avec quiconque accepterait désormais de se compromettre dans la fréquentation de ces trois truqueurs, ou d’un seul d’entre eux (c’est déjà le cas d’Édith Frey). En engageant délibérément là-dessus toute la rigueur qui peut nous être reconnue, nous donnons les présents faits comme indiscutables.

Pour servir à l’auto-défense de tous les groupements révolutionnaires où ces gens pourraient vouloir s’infiltrer, nous fournissons les précisions suivantes, aisément vérifiables à l’usage, sur la façon dont ils mentent :

Frey est le plus intelligent. Capable de fragments de raisonnement véridiques, et d’une conviction qui se croirait presque franche dans quelques envolées, pourvu qu’il reste à une distance suffisante du concret. On peut détecter le mensonge en comparant la netteté de ces instants privilégiés aux brumes de l’ensemble, et en lui rappelant les positions incompatibles qu’il a juxtaposées sans gêne. C’est beaucoup plus aisé à dévoiler si l’on peut observer l’incohérence lorsque Frey doit, en plus, couvrir des positions beaucoup plus évidemment intenables sorties à contretemps par ses complices (pour leur qualité, à coup sûr, il n’est pas gâté).

Garnault, quand il ment, est extrêmement maladroit. Il ne peut tromper personne un quart d’heure, pour peu qu’on lui pose quelques questions sans ménagement. Quand il voit que tout ne passe pas bien, il se réfugie dans la dignité blessée, mais d’un air profondément peu convaincant.

Holl ment avec la plus grande froideur (raideur suspecte). Mais c’est aussi le plus bête, le plus embrouillé dans les plus simples affaires quotidiennes. De sorte qu’il soulève obligatoirement le doute dans la moindre confrontation ; non certes par l’embarras de son attitude, mais par l’extrême extravagance des points sur lesquels il peut trouver opportun d’inventer et falsifier.

Le 22 janvier 1967
Pour l’Internationale situationniste : Michèle Bernstein, Guy Debord, Mustapha Khayati, J.-V. Martin, Donald Nicholson-Smith, Raoul Vaneigem, René Viénet.
Supplément à la revue Internationale Situationniste,
B.P. 307-03 - Paris.


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Aux membres de l’I.S.

7 février 67

Je propose comme débat théorique urgent dans plusieurs des prochaines réunions, une définition plus précise de l’«organisation I.S.» (cohérence et participation démocratique en termes concrets).

Si l’exclusion de trois truqueurs ne pose presque aucun problème pratique (ils se condamnent eux-mêmes par leurs propres manifestations), elle semble au contraire imposer une nouvelle clarification théorique : le fait qu’il y ait eu une fraction secrète dans un groupe proclamé «cohérent» doit nous mener à préciser :
1) La cohérence théorico-pratique que nous voulons effectivement, et à quel niveau on doit atteindre la participation démocratique à la gestion de l’ensemble de notre activité ; en rejetant toute exigence d’égalité abstraite fondée sur un perfectionnisme idéologique qui se traduirait en fait par un processus «moralisant» (et jamais clos) de nivellement sur l’impuissance ou l’inexpérience.
2) Quelles gens — dans quelles conditions précises — nous pouvons désormais admettre (en fonction des réponses au premier point). À propos de ceci, nous devons bien voir que la sévérité vers l’extérieur montrée par l’I.S. l’année dernière est partiellement entachée d’arbitraire puisqu’elle couvrait des Frey-Garnault-Holl.
3) Les relations avec des groupes autonomes (en fonction des réponses aux deux premiers points).

Guy


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À un camarade [Double d’une lettre sans la mention du destinataire (peut-être Daniel Guérin ?).]

27 février 67

Cher camarade,

Je répond un peu tardivement à votre lettre du 9 février. La polémique dont vous parlez ne nous oppose guère aux étudiants de Strasbourg, mais précisément à trois ex-participants de l’I.S., auxquels deux membres de l’ancien bureau de l’A.F.G.E.S. ont été assez malavisés pour se joindre [André Schneider et Bruno Vayr-Piova. André Schneider dénoncera peu après, dans le tract Souvenir de la maison des morts, les mensonges dont il fut victime.].

La reconnaissance des individus dans le dialogue inter-subjectif, la transparence de leurs rapports, l’ouverture de leur expéreince, et la domination de leur histoire, toutes valeurs que vous défendez dans votre lettre, sont en effet éminemment souhaitables.

Il reste que tout effort dans ce sens ne se produit pas dans un laboratoire extra-historique, mais malheureusement dans l’entourage pesant du vieux monde, de vieilles habitudes aliénantes plus ou moins bien dominées ou dissimulées. Cet entourage peut regagner des gens jusque dans le milieu même où s’esquisse une affirmation d’une volonté de dépassement de tout ceci (et les gens les plus vulnérables sont sans doute ceux qui n’ont trouvé là que l’occasion d’une telle affirmation abstraite).

Il reste que la découverte, dans quelque groupe que ce soit, d’une ignominie comme le mensonge pratiqué en équipe pour salir et éliminer quelqu’un dont on est en principe solidaire, ne peut qu’être sanctionné par le mépris définitif.

Cordialement,

Guy Debord

Piqué avec camaraderie chez le Jura Libertaire - 30/06/2010

 

Les Situ de Strasbourg et d’autre part

 

L’Internationale situationniste est le dernier mouvement d’avant-garde révolutionnaire moderne, né, à la fin des années 50, de la rencontre des peintres du groupe Cobra (Copenhague-Bruxelles-Amsterdam) et des poètes rebelles de L’Internationale lettriste. Pendant une dizaine d’années, les " situs " développeront une critique radicale de la " société marchande " et une attaque en règle contre tous ceux qui l’organisent : hommes politiques, industriels, syndicalistes mais aussi intellectuels et artistes " dévoyés ". Leur programme tient en deux slogans : " changer la vie " et " jouir sans entraves ". Ils seront en tout près de quatre-vingt dans le monde à participer à cette aventure subversive et poétique. En 1966, à la suite des nombreuses exclusions prononcées par le " patron " charismatique, Guy Debord, ils ne sont plus que sept, dont quatre basés à Strasbourg, Théo Frey, Jean Garnault, Herbert Holl et Edith Frey qui s’illustreront cette année là par un coup d’éclat : la prise de pouvoir par surprise de l’AFGES (Association Fédérative Générale des Etudiants de Strasbourg) dans le but avoué de la liquider. Forts de ce fait d’armes et de leur supériorité numérique, les quatre Strasbourgeois tentent alors de ravir les commandes du mouvement à un Debord très parisien qui se consacre désormais à l’exploitation éditoriale de son fonds de commerce révolutionnaire. Mais ce dernier résiste. A l’issue d’une bataille interne dérisoire et d’une mascarade de procès sur le modèle stalinien, Théo Frey et ses amis sont exclus le 16 janvier 1967. Cet épisode alsacien sonnera le glas de l’Internationale situationniste. Il aura tout de même permis la publication d’un pamphlet corrosif, De la misère en milieu étudiant, contribution décisive à l’éveil de toute une jeunesse que l’on retrouvera dans la rue quelques mois plus tard.

La Librairie Arthème Fayard a édité en mai 1997 dans un volume de 708 pages, en y ajoutant des documents et annexes "signifiants", le texte intégral des douzes numéros de l’Internationale situationniste parus entre juin 1958 et septembre 1969. Dans le dernier, on lit non sans étonnement "il nous suffira de noter qu’en France ancun situationniste ne réside en province (et surtout pas à Strasbourg)". pourtant, si la cité alsacienne n’est pas, contrairement à certaines allégations, le berceau du mouvement, lequel existait déjà en 1957, elle fut le théâtre d’un événement majeur. En novembre 1966, des jeunes gens s’emparèrent de force des locaux et du matériel de l’UNEF pour imprimer, au nom de l’Association Fédérative Générale des Etudiants de Strasbourg, présidée par André Schneider, une brochure anonyme de 47 pages intitulée De la misère en milieu étudiant, considérée sous ses aspects économiques, politiques, psychologiques, sexuels et notamment intellectuels, et de quelques moyens pour y remédier. Son rédacteur : Mustapha Khayati. "Diverses mesures préliminaires" annoncèrent la sortie de l’opuscule. Celle du 26 octobre 1966 apparut comme la plus retentissante : une douzaine de trublions interrompirent à coups de tomates le cours du cybernéticien Abraham Moles, titulaire de la chaire de sociologie. En guise de publicité, l’AFGES afficha un comics réalisé par André Bertrand, Le retour de la colonne Durruti, pointant "la crise générale des vieux appareils syndicaux et des bureaucraties gauchistes", propageant l’espoir "du renouveau dans un groupe qui ne cachait pas ses intentions de saborder eu plus vite et pour le mieux tout ce militantisme archaïque". Le texte, distribué lors de la cérémonie marquant la rentrée et traduit dans plusieurs langues, inquiéta non seulement les sommités universitaires locales, mais horrifia aussi le Landerneau de la presse régionale, nationale et même étrangère. En riposte à la répression judiciaire, l’AFGES, qui exerça le contrôle sur la section locale de la MNEF, ferma le bureau d’aide psychologique universitaire, considérant que la "claire fonction" de cette instance était "de maintenir la passivité de toutes les catégories d’exploités". A quatre mois d’intervalle, il atteignit un tirage de 20 000 exemplaires. Mais compte trenu des innombrables duplications et diffusions dans plusieurs pays, l’on tabla sur 300 000 unités. Pourtant, le total des affiliés ne dépassa jamais plus de vingt en même temps dans le monde, ni plus d’une centaine durant son histoire. Début avril 1967, 79 étudiants se solidarisèrent ouvertement avec Vayr-Piova, vice-président de l’AFGES, renvoyé de la Faculté. Théo Frey, plus tard auteur de L’Unique et sa propriété (publié à Haguenau), Jean Garnault et Herbert Holi, exclus de l’IS le 15 janvier 1967 pour "mensonges", jouèrent un rôle important dans les révoltes de mai 1968. Plusieurs aphorismes situationnistes comme "Vivre sans temps mort et jouir sans entrave", "Ne travaillez jamais" ... fleurirent sur les murs.

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?rubrique14


 
Sur l’expulsion des Strasbourgeois
Expulsions & L’idéologie alsacienne (extrait de l’Internationale situationniste n°11 )
novembre 2002 / Internationale situationniste / Ce mouvement, formellement créé en juillet 1957 à la conférence de Cosio d’Arroscia, est né d’un ensemble international de mouvements contestataires des années 1950, dont, entre autres, le Lettrisme de Isidore Isou, que Guy Debord transforma en "Internationale lettriste".

Récentes exclusions

Théo Frey, Jean Garnault et Herbert Holl ont été exclus à l’instant même où ils cessèrent de soutenir leurs mensonges, dans la confrontation jugée par l’I.S. entre Khayati et eux. C’était le 15 janvier, vers minuit : le détail vaut d’être noté, car les menteurs écrivirent par la suite, comme un argument important d’une de leurs proclamations, que c’était déjà le 16, et ainsi prétendirent qu’il y aurait dans les conclusions de l’I.S. quelque chose d’inexact qui équilibrerait, pour ainsi dire, leur accumulation de falsifications concertées. Ayant à ce moment admis, presque comme une justification supérieure, qu’ils constituaient depuis quelques mois une fraction secrète décidée à capter le pouvoir dans l’I.S. (opération de nature magique, puisque ce " pouvoir " n’est rien d’autre que certaines capacités théoriques et pratiques individuelles, dont ils se sentaient démunis et que la conduite qu’ils assumaient leur interdisait à jamais d’atteindre) ils dirent aussi qu’Édith Frey en était. Comme elle était absente, et comme nous connaissions maintenant les autres, nous ne pouvions pas être sûrs de ce dernier aveu concernant un tiers, et nous n’avons pas alors joint son nom dans notre procès-verbal d’exclusion. Cependant, comme Édith Frey s’est effectivement solidarisée tout de suite avec eux, il faut donc croire qu’elle était dans le secret des menteurs.

L’idéologie alsacienne

Les milliers de lignes accumulées par les garnautins, dans les quelques dizaines de circulaires et tracts qu’ils ont fait paraître après leur exclusion, bardées d’affirmations péremptoires subrepticement découpées dans les publications situationnistes précédentes, et ici tout à fait hors de propos, n’ont jamais poursuivi qu’un seul but : cacher d’un rideau de fumée idéologique ce simple petit fait trivial, direct, brutal, que Frey, Garnault et Holl ont été exclus pour avoir menti en équipe, dans le but d’obtenir l’exclusion de Khayati, en essayant jusqu’à la dernière minute d’arracher ce " succès " ; faisant ce qu’ils pouvaient, jusqu’au bout, pour convaincre une assemblée de l’I.S. qui, depuis des heures, les traitait de plus en plus nettement en suspects.

De notre côté, mis à part un procès-verbal de l’exclusion immédiatement envoyé à tous les membres de l’I.S. absents de cette assemblée, et à seulement quatre personnes extérieures engagées à ce moment dans une action pratique avec nous (parmi lesquelles le seul Vayr-Piova préféra ne pas comprendre) - nous n’avons jamais publié qu’un seul texte, Attention ! trois provocateurs, qui était suffisant et définitif. Et les garnautins, dans leurs multiples documents, n’ont même pas pensé qu’il était utile (car ils n’en étaient évidemment plus à un mensonge près) de rejeter une bonne fois cette accusation vraiment suffisante et centrale. Ils n’ont pas senti que ce silence les jugeait aux yeux de toute personne non prévenue. Ils ont biaisé, lancé d’autres contrevérités, parlé d’autre chose, fait allusion au vif du sujet avec une gêne pudique : " Khayati ment : il rapporte inexactement des détails, et même si ces détails avaient été "exactement" rapportés, il n’en aurait pas moins menti sur l’ensemble d’une situation " (tract garnautin du 19 janvier). On admirera le demi aveu du " et même si ". C’est bien en effet ce qui s’était passé, et le " détail " est, à vrai dire, gros comme ce qui leur manque.

Leur tendance au renversement idéologique du réel, qui les avait menés au mensonge conspiratif, la prompte mise au jour du mensonge l’a poussée à l’extrême, en en faisant une nécessité. Aucune énormité dès lors ne les arrête plus dans la course aux contresens. Ils ont trouvé " flicard " le tract de l’I.S. qui dénonçait leur procédé policier tout à fait classique de la production de quelques faux témoins pour déshonorer et faire éliminer un adversaire gênant, dans la meilleure tradition du " document Taschereau ". Ils se sont abrités derrière Hegel pour condamner " la réflexion dite psychologique " qui veut rabaisser par de petites explications d’ordre privé les " grandes figures historiques ". Ainsi, ils postulent avec une naïveté percutante qu’ils sont, eux, de ces hommes historiques. Ils pensent donc avoir " voulu et accompli une grande chose, non imaginaire et présumée, mais bien juste et nécessaire. " Ces héros oublient simplement que tout ce qu’ils ont par eux-mêmes jamais voulu - sinon accompli - c’était la réussite d’un truquage aussi vil que dépourvu de sens ; et que, si nous avons dû avancer quelques précisions sur leur misère psychologique, c’est bien parce que nous avions à expliquer la surprenante petitesse de leur action. Cette majorité qui les rejetait - en fait tous ceux qui ne figuraient pas dans leur fraction ainsi découverte -, ils l’ont alors imputée à une dictature de Debord et de ses fanatiques partisans. Ils ont inventé ce pouvoir personnel dans l’I.S., pour y réappliquer la dialectique du maître et de l’esclave. Ils croient qu’ils ont été les esclaves servant les fins de Guy Debord ; et ainsi qu’ils sont appelés à devenir des maîtres. Mais ils ont ignoré, pour un tel " dépassement de l’I.S. ", comme toujours, l’essentiel. Ils étaient peut-être bien des esclaves, par goût personnel. Nous l’ignorions. Mais dans ce cas ils étaient assurément des esclaves qui ne travaillaient pas. Ils ne pouvaient donc voir aliéner pour l’usage de qui que ce soit leur oeuvre, puisqu’elle était inexistante ; ni devenir forts de la fonction pratique à laquelle ils eussent été soumis, puisqu’ils n’en avaient aucune. C’était justement leur non-participation à l’activité commune de l’I.S., leur fermeté à demeurer - d’ailleurs en dépit de leurs engagements - dans une vie provinciale " étudiante " faites de quiètes spéculations, qui créaient leur infériorité, leur connaissance contemplative de l’I.S. Cette contemplation admirative s’est normalement changée en rancoeur. Leur fraction s’est constituée secrètement sur le thème de l’égalité à établir dans l’I.S. ; et ces idéologues de l’égalité pure étaient assez aveuglés pour ne pas sentir que leur constitution en fraction secrète (avant même le recours à la calomnie organisée) les plaçait au-dessus de l’ensemble de l’I.S., et constituait la première inégalité objective créée et institutionnalisée dans les rapports entre les situationnistes.

Aussitôt que les garnautins furent compris par l’I.S., et traités en conséquence, l’idéologie de l’égalité pure fut proclamée hautement et servit à rassembler quelques étudiants qu’eux-mêmes méprisaient la veille, non sans raison. En quelques semaines on égalisa à Strasbourg avec une fureur et un extrémisme au regard desquels les exigences des niveleurs et des bras-nus, des millénaristes et des babouvistes parurent des jeux d’enfants. On proclama que le défaut de l’I.S. avait été de n’être qu’une avant-garde, et que l’avant-garde n’existe que par le retard de quelques autres. Que le retard était donc aboli par Garnault, et qu’il fallait maintenant " une organisation révolutionnaire capable d’agir dans le monde sur une vaste échelle " (L’Unique et sa propriété). Et donc que l’on était devenu cette organisation. D’un trait de plume, le prolétariat mondial, sorti comme un seul homme des divers degrés de son retard, était là, rigoureusement égal en conscience et en capacité à Garnault et à n’importe qui. Et ceci était le dépassement de l’I.S., si souhaitable dans leur position. Naturellement, tout cela s’était passé dans la pensée pure.

Le produit de " cet enthousiasme qui, comme un coup de pistolet, commence immédiatement avec le savoir absolu " (Hegel) a paru pour l’étonnement ébloui du monde, qui ne le reverra pas de si tôt, le 13 avril 1967. Là, l’" organisation révolutionnaire capable d’agir dans le monde sur une vaste échelle " est montée à l’assaut du ciel de la M.N.E.F. (section de Strasbourg). Et pour avoir été défaite dans cette épopée électorale, elle n’en laisse pas moins le glorieux souvenir de sa praxis totale, en sauce Garnault (personne ne s’étonnera donc si nos idéologues condamnent ensuite dans l’I.S. l’abus de l’exigence de cohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on fait).

La plus haute production de l’idéologie alsacienne a été imprimée dans la brochure L’Unique et sa propriété. Ici Debord a remplacé Khayati comme objet d’envie et de haine. L’incohérence totale, au niveau même du texte, se ramène à ce développement. La théorie de l’I.S. avait de grandes qualités. Elle avait un grave défaut : c’est d’être debordiste. De sorte qu’elle ne valait rien, même comme théorie. Car seule la praxis (voir plus haut).

Pour soutenir cette rigolade - Debord seul ayant toujours tout dirigé et tout fait - les procédés les plus sots sont mis à contribution parmi une dizaine d’évidents mensonges : ainsi l’idée qu’il n’y aurait jamais eu d’oppositions dans l’I.S., alors que nos garnautins furent, tout au contraire, la première de ces oppositions qui soit lâchement restée secrète. Pour une citation attribuée nommément à Debord (pour laquelle on feint de croire que le concept de " communication " n’est pas employé au sens de l’I.S., mais au sens unilatéral de l’O.R.T.F, par exemple), deux citations avancées sans nom d’auteur sont en fait de Vaneigem : tous les situationnistes, et tous les lecteurs attentifs de nos publications, sachant bien que certaines des conceptions de Vaneigem sur les qualités de l’organisation situationniste présentent d’importantes nuances personnelles. Debord, comme meneur, est identifié au cardinal de Retz, lequel se voit en retour doté d’une conscience de classe assez insolite (" se regardant jouer le jeu esthétique d’une lutte sans espoir face à la montée de l’appareil bureaucratique-bourgeois "). Nos idéologues auraient dû plutôt lire Retz : ils y auraient appris qu’" en fait de calomnie, tout ce qui ne nuit pas sert à celui qui est attaqué ".

Le comble de leur analyse est de découvrir, dans le style " marxiste " de L’Humanité Dimanche, que du fait que la revue Internationale Situationniste paraît légalement, et que Debord, son directeur, se trouve personnellement responsable de nos dettes chez l’imprimeur qui a la témérité de nous faire confiance, il y a là la base d’un pouvoir économique qui expliquerait la fatalité d’un pouvoir debordiste sur toute l’I.S. ; et qui explique du même coup pourquoi les héros de l’égalisation n’ont même pas essayé une minute de s’opposer à ce pouvoir, et lui ont toujours fait bonne mine.

Le fait par exemple que toutes nos publications hors de France ont toujours et partout été réalisées sur une base financière complètement autonome par les camarades de ces pays, avec d’autres " directeurs " ou d’autres travailleurs dans les imprimeries, n’a même pas été considéré dans leur optique étroitement alsacienne.

La réalité actuelle de l’I.S. comme " groupe international de théoriciens ", paraissait déjà bien belle aux garnautins, quand ils croyaient y avoir leur place, et pouvoir prouver bientôt qu’ils étaient aussi eux-mêmes au moins des théoriciens. Dès le lendemain de leur exclusion, ils reprochent à l’I.S. de n’être que cela ; de ne pas se déclarer comme eux " organisation révolutionnaire capable d’agir dans le monde sur une vaste échelle ". Il serait bien inutile d’attendre d’eux la moindre conscience des réalités du processus pratique qui créera ce genre d’organisation des travailleurs dans la société moderne. Mais pour rester sur le plan émotionnel et égocentrique qui les tient captifs, on peut se demander quelle différence il y aurait pour eux à ce que le nouveau courant révolutionnaire soit au stade de la première liaison sur une nouvelle base théorique, ou déjà vécu par des ouvriers révolutionnaires en lutte, ou même au stade du pouvoir des Conseils. Car les garnautins et leur pratique réelle y seront à tout moment condamnés. Les ouvriers révolutionnaires ne plaisantent pas sur les questions de calomnie - au contraire des bureaucrates et politiciens qui règnent par les manipulations de mensonges. Et le pouvoir prolétarien des Conseils, qui est de part en part la mise en pratique de la vérité, devra évidemment traiter les cas de mensonges soutenus en équipe par des groupes secrets, poursuivant leurs propres fins, comme une des rares formes d’obstruction qu’il aura encore à réprimer.

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?page=imprimer&id_article=58

Pour aller plus loin :

Memento Mori

L’exemplaire Debord

 

L’exemplaire Debord, donc. Debord n’a cessé de se montrer en exemple. La racine de cette exemplarité est l’identité, qu’il affirme et revendique, entre sa pensée et sa vie : il a vécu comme il a dit que l’on devait vivre. Et la vie est quotidienne — et le reste. Il y a le passé où l’on puise et le présent où l’on vit ; il n’y a pas de futur — no futur ! Si l’on ne vit pas maintenant, on ne vit jamais. Ce n’est pas une position nouvelle ; elle se retrouve dans toute l’histoire de la philosophie. Qu’est-ce à dire ? En substance : tout est , de toute éternité, dans le présent et la présence au monde. Si l’on est incapable de répondre : présent, c’est comme si l’on n’existait pas. Debord répond présent. Et il ne s’occupe pas de ceux qui en sont incapables. Jusque là, il n’y a rien à dire. Mais il finit par se poser en autorité, lui qui ne devait répondre que pour lui-même. Il veut se montrer exemplaire pour les autres ; mais il ne peut être exemplaire que pour lui-même. Il n’a aucun droit de juger les autres. On se trouve là à la limite. Pourtant, il franchit la borne. Il faut revoir son film testamentaire : In girum etc. à cette aune. Ce que je me propose de faire prochainement. Memento mori.

 

15:08 | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

Etant à la recherche des exclusions/démission des garnaultins, je suis tombé sur votre site. Je trouve tout de même curieux que vous reteniez la seule version de Guy Debord, sans même citer par exemple le texte de Garnault, "L'unique et sa propriété".

Écrit par : dupond | 19/11/2011

bonjour Dupont

Cet article est repris de chez le JL.

Je vais faire quelque recherches avec vos indications

Bien à vous

Écrit par : fred | 19/11/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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