Avertir le modérateur

05/08/2010

A propos de « Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire »

http://www.lepolitique.com/actu/affiches/histoire/giscard.jpg

[illustration ne faisant pas partie de l'article]

 

 

par Yves, le mercredi 4 août 2010

 

« Les ter­ro­ris­tes disent tou­jours ce qu’ils vont faire », Alain Bauer et François-Bernard Huyghe, Editions PUF, 2010, 29 euros

Sous-titré « Terrorisme et révo­lution par les textes » et prét­endant nous offrir un tra­vail aussi appro­fondi que « Al-Qaida dans le texte : Ecrits d’Oussama ben Laden, Abdallah Azzam, Ayman al-Zawahiri et Abou Moussab al-Zarqawi » recueil publié aux PUF sous la direc­tion de Gilles Keppel et Jean-Pierre Milleli, ce livre est bien davan­tage une ana­lyse de ce que fut « l’euro­ter­ro­risme d’extrême gauche » qu’une com­pi­la­tion de textes des grou­pes pra­ti­quant l’action armée en Europe, des années 1960 à nos jours. D’ailleurs, il n’est pas sûr qu’une telle com­pi­la­tion aurait eu un grand intérêt, tant ces textes sont écrits dans une langue de bois et un style illi­si­bles.

Un ouvrage grand public

Les fins connais­seurs de l’his­toire grou­pus­cu­laire europé­enne relè­veront cer­tai­ne­ment des erreurs dans le récit des mul­ti­ples scis­sions des grou­pes d’extrême gauche (nous en avons trouvé quel­ques-unes, dont l’effet négatif est ren­forcé par les fautes d’ortho­gra­phe, coquilles ou mots man­quants – les PUF se refu­sant sans doute à employer des cor­rec­teurs...).

Objection plus impor­tante, cer­tains remet­tront sans doute en cause les clas­si­fi­ca­tions idéo­lo­giques établies par les auteurs, clas­si­fi­ca­tions qui leur sem­ble­ront injus­tes ou inexac­tes. Soucieux de pro­duire un livre déli­bérément péda­go­gique et grand public, Bauer et Huyghe n’ont pas voulu écrire une minu­tieuse his­toire cri­ti­que des faits et des théories poli­ti­ques rele­vant de l’ « euro­ter­ro­risme d’extrême gauche ».

Une tâche impos­si­ble

Il est de toute façon impos­si­ble (sauf si l’on pioche sans ver­go­gne dans les archi­ves poli­cières – de toute façon fermées puis­que trop réc­entes – et les tém­oig­nages d’indi­ca­teurs) de dres­ser en 200 pages (les 90 pre­mières pages for­mant l’intro­duc­tion et les 10 der­nières une annexe sur les théo­riciens et arti­sans du tyran­ni­cide à tra­vers l’his­toire et sur les « sectes tueu­ses » avant le XXe siècle) un pano­rama com­plet de tous ces grou­pes, de l’his­toire de leurs mili­tants, sans oublier l’évo­lution du contexte poli­ti­que, social et idéo­lo­gique des années 60 à aujourd’hui en France, en Italie, en Allemagne, en Belgique, etc. D’ailleurs les auteurs évitent de se pen­cher en détail sur les causes socia­les pro­fon­des du ter­ro­risme d’extrême gauche dans les mét­ro­poles « impér­ial­istes ».

La guér­illa n’est pas le ter­ro­risme

Bauer et Huyghe établ­issent une différ­ence entre ter­ro­risme et guér­illa. « Le ter­ro­risme, mét­hode asymét­rique de lutte du faible au fort, s’ins­crit dans la gamme d’actions de contrainte, quel­que part au-dessus de la pro­tes­ta­tion ou de la mani­fes­ta­tion qui dégénèrent, quel­que part en des­sous de la guerre civile ou de la révo­lution où les masses s’affron­tent de façon per­ma­nente ». On a affaire à du ter­ro­risme quand des « orga­ni­sa­tions clan­des­ti­nes » se lan­cent dans des « atten­tats » sur « des cibles sym­bo­li­ques dans un but poli­ti­que, entraînant ou ris­quant d’entraîner mort d’homme ». Ils font remar­quer que l’usage de termes comme guér­illa urbaine ou mét­ro­po­lit­aine est « une façon pom­peuse d’éviter les termes (...) d’atten­tats » car « la guér­illa est un phénomène trop lié au ter­ri­toire (voire sa conquête) pour être confondu avec le ter­ro­risme, suite dis­conti­nue d’actions menées par sur­prise, pres­que tou­jours sur des cibles urbai­nes, par des acteurs mobi­les ».

Ils tra­cent ensuite un por­trait assez « jour­na­lis­ti­que » des prin­ci­paux grou­pes ter­ro­ris­tes européens (Fraction Armée Rouge (1), Brigades rouges, Cellules com­mu­nis­tes com­bat­tan­tes, Action directe), mêlant récits auto­bio­gra­phi­ques (sur­tout ceux tra­duits en français donc en petit nombre et pas tou­jours les plus intér­essants, notam­ment pour ce qui concerne l’Italie) de quel­ques « ex », rés­ultats des enquêtes poli­cières et judi­ciai­res (évid­emment sujet­tes à cau­tion), et un flo­rilège de cita­tions qui illus­trent, certes, le point de vue cri­ti­que déf­endu par les auteurs mais dont on ne peut pas dire qu’elles tra­his­sent les idées de ceux qui ont « pensé » et pra­ti­qué l’« euro­ter­ro­risme d’extrême gauche ».

Notre compte rendu se comp­tera de rele­ver les points les plus intér­essants, sans entrer dans une polé­mique sté­rile avec les posi­tions poli­ti­ques des auteurs, dont il nous faut quand même com­men­cer par pré­ciser les fonc­tions.

Deux réacs poly­va­lents

Alain Bauer est un habi­tué des pla­teaux de télé­vision, des émissions sen­sa­tion­na­lis­tes et un « spéc­ial­iste des ques­tions de sécurité » ; il ensei­gne ou a ensei­gné dans des ins­ti­tu­tions aussi émin­emment sym­pa­thi­ques que le Centre natio­nal de for­ma­tion judi­ciaire de la Gendarmerie natio­nale, l’Ecole natio­nale supéri­eure de la Police en France ou l’Académie de Police cri­mi­nelle de Chine ! Il conseille ou a conseillé les gérants du pou­voir éco­no­mique (Air France ; Générale des Eaux, devenu aujourd’hui Vivendi ; Groupe SARI du pro­mo­teur Christian Pellerin, etc.) et poli­ti­que (Rocard) fonc­tions qui ne peu­vent que nous le rendre à la fois sus­pect et anti­pa­thi­que. Sans comp­ter la société dont il est le PDG (AB asso­cia­tes SA) dont les « domai­nes de compét­ence » sont, d’après son site, les « diag­nos­tics de sécurité », « l’insé­curité intéri­eure et la déf­ense natio­nale ». Et nous ne men­tion­ne­rons pas tout ce que raconte le Réseau Voltaire sur Alain Bauer, car nous ne sommes pas en mesure de vérifier les infor­ma­tions de ce site expert en théories du com­plot et pour qui Bauer serait un cheval de Troie de l’impér­ial­isme amé­ricain – un comble pour un mon­sieur qui se ver­rait plutôt comme un chevè­nem­ent­iste, ou un « vall­sien » bon teint !

De toute façon, ce ne sont pas non plus ses fonc­tions d’ex-Grand maître, entre 2000 et 2003, du Grand Orient de France qui le feront remon­ter dans notre estime, la franc-maç­on­nerie ayant tou­jours pra­ti­qué la col­la­bo­ra­tion de classe et les magouilles poli­ti­ques. Certains ne man­que­ront pas de sou­li­gner que son itinér­aire – de la MNEF à la franc-maç­on­nerie en pas­sant par FO – res­sem­ble furieu­se­ment à celui de cer­tains mili­tants par­ti­sans de l’entrisme dans ces ins­ti­tu­tions, mais ce n’est sans doute qu’une mal­heu­reuse coïn­cid­ence…

Quant à son par­te­naire d’écri­ture, François Bernard Huygue, il a deux cas­quet­tes, l’une d’uni­ver­si­taire, doc­teur en scien­ces poli­ti­ques, l’autre de gérant de la Sarl « Huyghe Infostratégie » qui four­nit des « pres­ta­tions intel­lec­tuel­les et de conseil à des orga­ni­sa­tions et à des entre­pri­ses dans le domaine de l’intel­li­gence éco­no­mique, de la stratégie de l’infor­ma­tion, de l’édition, de la sécurité ». Cette double acti­vité res­sem­ble fort à celle (plutôt banale aux Etats-Unis) d’un intello proche des ser­vi­ces de ren­sei­gne­ments ou des direc­tions des gran­des entre­pri­ses, mais nous igno­rons ses sym­pa­thies poli­ti­ques exac­tes et n’avons lu aucun de ses ouvra­ges. Cependant un rapide coup d’œil sur son site (http://www.huyghe.fr/index.htm) laisse penser que les pas­sa­ges les plus intér­essants et les plus sub­tils de ce livre ont été écrits par Huyghe et non par Bauer.

la suite sur mondialisme.org

11:41 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu