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05/11/2010

Un concept fourre-tout : le terrorisme

DEPUIS les années 70, à l’occasion des divers troubles qui ont agité le bassin méditerranéen et touché l’opinion française, le mot terrorisme a été galvaudé, risquant de brouiller les analyses. Dans son livre de 1977 devenu un classique, Walter Laqueur insistait déjà sur la nécessité de distinguer clairement entre terrorisme et guérilla urbaine. D’autres analyses dénonçaient le terrorisme d’Etat le massacre à grande échelle destiné à imposer la soumission ou l’expulsion de la population par la terreur , bien plus dangereux que la violence des acteurs " sub-étatiques ".

Si on doit désigner sous le même vocable toutes les activités politiques ayant recours aux violences extrêmes, le terrorisme cesse d’être un concept utile à l’analyse stratégique car il recouvre toutes les actions de force, lesquelles visent toujours à terroriser. En revanche, le mot " terrorisme " a eu une grande utilité pour manipuler les opinions. Durant la guerre froide, il s’agissait de discréditer comme terroriste le mouvement des guérillas de libération nationale ou, plus tard, ceux de " deuxième libération nationale ", aidés par l’URSS. Aujourd’hui, la bipolarité a disparu et les violences locales paraissent être l’effet ou la substance même du système unique de l’empire universel du marché sous l’égide des Etats-Unis. Convaincues par l’usage constant du mot terrorisme que le monde entre dans une phase de désordre généralisée, les opinions publiques placent leurs espoirs d’ordre, à défaut de bien-être et d’emploi, dans la protection sécuritaire, promise par les gouvernements (dans l’optique française) ou par le leadership des Etats-Unis (dans l’optique d’outre-Atlantique). Le mot de terrorisme est, par sa résonance affective et son extension excessive, un instrument propre à effacer les limites entre menace intérieure et menace extérieure, à gommer la perception des frontières et des nations et à nier le facteur politique au profit de l’élément policier. Utilisé pour désigner toutes les sources du désordre, il minimise l’analyse sociopolitique des causes de la violence et comporte plusieurs effets pervers. Il permet la promotion, à l’intérieur, de la gendarmerie comme paradigme du " militaire policier " et, à l’extérieur, celle des " casques bleus " (ou kakis), devenus pacificateurs modèles lors d’expéditions " humanitaires ".

Alain Joxe

Directeur du Centre interdisciplinaire de recherches sur la paix et d’études stratégiques (Cirpes), auteur de L’Empire du chaos, La Découverte, Paris, 2002

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