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29/11/2010

"Opération banlieues : comment l’Etat prépare la guerre urbaine dans les cités françaises" - Hacène Belmessous

Quand la rénovation urbaine facilite les opérations policières

« Si tu veux la guerre, prépare la guerre. » Dans Opération banlieues, Hacène Belmessous décrypte un projet de conquête où la rénovation urbaine vise à faciliter les opérations policières.

Un laboratoire. Le récit d’Hacène Belmessous ne se déroule ni au Congo ni au Yémen. Mais dans ces quartiers populaires ou défavorisés de notre pays. Ce livre, Opération banlieues, qui fera l’objet d’une rencontre lors du festival Origines contrôlées (1), tente de dessiner la place de ces quartiers dans la France du chef de l’État. Depuis 2002, explique l’auteur, Nicolas Sarkozy « a fait du contrôle des banlieues la condition nécessaire à l’exercice de son pouvoir ». Ainsi, chacun de ses discours est marqué par la référence à ces territoires. Au cœur de ses représentations, des zones incurables et « irrémédiablement hostiles aux valeurs de la France et à son héritage civilisationnel ». Dans cette vision, les opérations de rénovation urbaine reprennent en quelque sorte l’ambition haussmannienne d’en finir avec les potentiels foyers de révolte. Sans tenir compte des protestations des habitants, les quartiers sont redessinés afin de les « rendre moins hostiles aux policiers », décrit Belmessous qui indique que, au même titre que les bailleurs sociaux, un représentant des forces de l’ordre est toujours présent aux réunions de requalification des quartiers.

En outre, en 2008, le Livre blanc sur la défense s’est mu en Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, copie parfaite du Patriot Act américain. Il précise depuis que « les armées doivent pouvoir, à la demande de l’autorité politique, lorsque des situations graves frappent le territoire national, mettre à disposition cet effectif ». Et Nicolas Sarkozy d’en appeler à « l’ordre de la République » contre « l’ordre des bandes » ; et François Fillon de justifier devant le Parlement : « Au regard de l’expérience du 11 septembre 2001, nous avons intégré les enjeux du front intérieur. » Seulement, note l’auteur, l’armée a de la mémoire et sait qu’à chaque fois qu’elle fut « engagée sur le territoire national contre des Français, cela s’est mal passé et l’institution militaire en est sortie durablement blessée », comme lors de la révolte des vignerons en 1907.

Pourtant, les militaires sont désormais invités à mettre en application leurs connaissances en matière de contrôle des foules en banlieue. L’enquête du journaliste montre que les militaires restent malgré tout mus par les valeurs républicaines et s’interrogent sur leurs nouvelles missions. Malgré cela, l’État dispose de l’appui « intéressé des entreprises de défense et de sécurité » qui vendent un arsenal de technologies de contrôle et des services. Des caméras jusqu’au Taser. Sur ces nouveaux théâtres d’opérations, l’État délègue également à des sociétés de sécurité les rondes nocturnes afin d’éviter les contrecoups d’un éventuel échec. Dans l’optique d’un pouvoir qui pense faire face à une « Intifada des banlieues », l’armée israélienne est également mise à contribution pour son expertise en matière de guerre urbaine. Une démarche politique qui trace une « frontière définitive entre ces quartiers et le “nous” national ».

 

(1) Jeudi 25 novembre, à 18 heures, 
à la Bourse du travail.

Lina Sankari

piqué au tas sur l'huma;fr - 22/11/2010

 

Rencontre avec Hacène Belmessous le 3 décembre à Paris

Rencontre-discussion avec Hacène BELMESSOUS autour de son dernier livre "Opération banlieues : comment l’Etat prépare la guerre urbaine dans les cités françaises".

 

Vendredi 3 décembre à 20h, Bar restaurant Le Lieu Dit - 6, rue Sorbier 75020 Paris - 01 40 33 26 29 - contact@lelieudit.com

 

 

 

 

 

 

Entre 1977 et 2003, la politique de la ville visait à « réinjecter du droit commun » dans les quartiers d’habitat social. Mais depuis, derrière les grands discours, une autre politique se déploie discrètement : la préparation d’une guerre totale aux cités, transformées en véritables ghettos ethniques, chaudrons sociaux dont le « traitement » ne relèverait plus que de l’éradication ou de la force armée. Voilà ce que démontre cette enquête implacable d’Hacène Belmessous, nourrie de documents confidentiels, de témoignages d’acteurs de la « sécurité urbaine » : politiques, urbanistes, policiers, gendarmes et militaires, et de visites des lieux où militaires et gendarmes se préparent à la contre-guérilla urbaine. Il explique ainsi qu’un objectif caché des opérations de rénovation urbaine est de faciliter les interventions policières, voire militaires, à venir dans ces territoires. Et il montre comment, à la suite des émeutes de 2005, deux nouveaux intervenants ont été enrôlés par le pouvoir sarkozyste : la gendarmerie mobile et l’armée de terre. Car avec l’adoption en 2008 du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, l’idée d’un engagement des forces terrestres en banlieue n’est plus un tabou. Mais s’ils se disent loyaux envers le chef de l’État, nombre d’officiers interrogés récusent ce « scénario de l’inacceptable ». Quant aux gendarmes, ils contestent ouvertement leur rapprochement avec la police, tandis que nombre de policiers, aujourd’hui en première ligne, récusent la militarisation croissante de leur action. Autant de révélations inquiétantes, pointant les graves dérives d’une politique d’État ayant fait sienne un nouvel adage : « Si tu veux la guerre, prépare la guerre ! »

piqué au tas sur HNSinfo - mis en ligne dimanche 28 novembre 2010 par jesusparis

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