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18/03/2011

Que mettra-t-on, soldat, sur ta tombe ?

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La disparition de la bipolarité, caractéristique essentielle du “nouvel ordre international”, a sans nul doute affecté et transformé la nature et la matérialité de la politique militaire des Etats du Nord, et de la France en particulier. La disparition, pour les professionnels de la guerre, à savoir les militaires, de “l'ennemi historique” soviétique a semble-t-il pour conséquence la réaffectation du personnel militaire à des missions de paix ou de protection de l'action humanitaire. Privés de ses objectifs classiques, disparus, les militaires, “se consacrent” à des missions qui obéissent à des contraintes opposées à celles de la bataille. C'est la systématisation de ces actions «contre nature», qui ne sont pas sans danger pour la “ valeur ” des forces militaires. De plus l'efficacité et l'effectivité de la protection humanitaire, les faits le montrent, pousseraient naturellement et légitimement le militaire à demander l'extension de son “contrat humanitaire”. Les missions humanitaires des militaires ne pas sont assez claires, précises. Si, pour Claude Le Borgne l'ONU est devenue un tribunal respecté, elle demeure un “machin militaire”, on ne saurait “impunément” exalter le droit, parfois contradictoire, tout en réduisant la force à un signe ou à une allusion.

 

L'action humanitaire et la protection militaire qu'elle requiert parfois sont au centre d'un paysage stratégique surprenant. Quelque rebattu que soit le thème de la disparition de l'ennemi, on se doit d'y revenir, tant il est riche, et gros de conséquences. Nécessité vitale pour le stratège, l'ennemi est, pour chacun, un élément indispensable du confort personnel, définition négative de soi-même : si je n'ai plus d'ennemi, est-ce que j'existe encore ? Désagréable incertitude ! Bien entendu, passée l'impression d'inconfort, on se réjouira grandement de la mort de l'Union soviétique et de l'idéologie marxiste léniniste, et on n'aura garde d'oublier que la multiplication des troubles qui surgissent dans le monde nouveau sont sans commune mesure avec l'effroyable menace (nucléaire pour l'essentiel) sous laquelle vivait un monde bêtement bipolaire, les innombrables victimes de régimes inhumains et les stratégies cruelles qui ensanglantèrent maints pays sous couvert de respectabilité révolutionnaire.

 

à lire sur : Cultures & Conflits

Référence papier

Cultures & Conflits n°11 (1993) pp. 127-38

Référence électronique

Claude Le Borgne , « Que mettra-t-on, soldat, sur ta tombe ? », Cultures & Conflits, 11, automne 1993, [En ligne], mis en ligne le 13 mars 2006. URL : http://conflits.revues.org/index423.html. Consulté le 18 mars 2011.

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