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06/09/2011

Environnement: à la défense des collectivités et des protestataires

Que dire de l’affirmation, la semaine dernière, de la ministre de l’Environnement, Margaret Ann Blaney, alléguant que le personnel de CCNB Action avait incité les Néo-Brunswickois à protester, à organiser une manifestation illégale et à provoquer une explosion de violence contre les compagnies de gaz de schiste?

Le simple fait que la condamnation immédiate et écrasante de ses remarques l’ait obligée dès le lendemain à présenter ses excuses passe à côté du sujet. Elle a clairement commis une bourde politique de taille et elle a dû vivement se rétracter, car elle risquait que son parti glisse sur la même pente que les libéraux.
CCNB Action est bien aguerri à ce type d’attaque (je parle à titre d’ancienne employée et de membre de son bureau de direction). La plus récente est venue d’une autre ministre du Parti conservateur, Brenda Fowlie, dont l’industrie préférée était Bennett Environnemental (depuis éclaboussée par la corruption et des poursuites de ses actionnaires) et qui tentait de mettre en place l’importation de déchets dangereux et leur transformation à Belledune.
La côte nord du Nouveau-Brunswick en entier, y incluant les Premières Nations et des collectivités du Québec, se souleva et organisa une des oppositions citoyennes les plus efficaces de l’histoire du Nouveau-Brunswick. Plutôt que d’attaquer les citoyens de la côte nord, Mme Fowlie et la compagnie ajustèrent leur mire sur le CCNB et l’accusèrent de fomenter des manifestations et de propager de la désinformation. 
Bennett a poursuivi le CCNB pour responsabilité, une poursuite stratégique contre la mobilisation de la population, dans un effort d’imposer le silence et la faillite du conseil. Le CCNB a survécu, mais pas Bennett, et non à cause de la force et des ressources du CCNB (loin de là), mais parce que le mouvement populaire contre ce mauvais développement nuisible était trop puissant.
Maintenant une autre ministre conservatrice tente la même astuce.  Les conservateurs ont besoin d’un souffre-douleur pour expliquer le mouvement de la base qui s’est organisé contre la dernière baguette de magie noire sur laquelle ce gouvernement voulait accrocher son chapeau. Mais le sort s’est retourné contre lui. 
En faisant du CCNB son souffre-douleur, la ministre Blaney impliquait que les citoyens qui s’opposaient à l’exploration des gaz de schiste n’étaient pas capables de faire leurs propres recherches sur l’hydrofracturation; qu’ils n’étaient pas capables de comprendre ni de juger la qualité des informations qu’on leur présentait via d’autres sources (y inclus, je présume, celles provenant des compagnies et du gouvernement); qu’ils n’étaient pas capables de poser leur propre jugement sur les risques associés à l’exploration et à l’exploitation des gaz de schiste, et que par conséquent, ils ne pouvaient pas décider pour eux-mêmes si c’était une bonne idée pour leur collectivité. 
Dans leur ignorance, leur réaction émotive irrationnelle à la désinformation (la vidéo documentaire Gasland) aurait donc incité les citoyens à élever des barricades, à faire du vandalisme, à voler et à mener un assaut contre la compagnie SWN Resources qui a par la suite mis fin à ses activités.
En somme, elle a insulté des milliers de Néo-Brunswickois qui s’organisent pour se protéger des derniers assauts industriels sur leur terre, leur eau et leurs collectivités. J’utilise le mot «assaut» sciemment parce que c’est ce dont les protestataires sont accusés, avec en plus le vandalisme et le vol dont SWN Resources fait usage pour justifier son retrait prématuré du Nouveau-Brunswick. Ces déclarations ont suscité de prévisibles condamnations béates des commentatrices. 
Le 24 août, Lisa Keenan, dont les vues sont généralement respectées, a complètement échoué dans son devoir envers ses lecteurs en répétant les prétentions sans fondement de SWN voulant que ses travailleurs aient été «menacés, agressés et que leur équipement avait été saboté.» Elle sait très bien, que ce soit vrai ou non, que c’était là matière à relever de la police. Et pourtant, elle est allée jusqu’à commenter ces fausses allégations: «Ceux qui sont véritablement inquiets de l’hydrofracturation sont maintenant associés aux gangsters...»
Je ne suis pas avocate, comme elle, mais je pense que c’est une déclaration assez calomnieuse. De son côté, Barbara Pike, d’une association industrielle, l’Association de l’énergie des Maritimes (24 août) se joint à Keenan dans une attaque injustifiée contre les citoyens inquiets. Elle se serait sentie «embarrassée et un peu furieuse» que les commentaires des lecteurs qui ont répondu à la déclaration de SWN «semblaient soutenir les vandales et les voleurs comme s’ils étaient des héros.» 
Les deux, Keenan et Pike, ont cru SWN sur parole et, de leurs confortables positions de privilégiées, elles ont passé des jugements rapides sur ce que devraient être des comportements «corrects» et sur ce qui ne l’était pas.
À ma connaissance, toutes les protestations ont été pacifiques et non violentes, même les barrages, qui sont une forme de protestation légitime reconnue depuis longtemps, employée par les syndicats, les Premières Nations et par tous les groupes qui se battent pour une cause.
Les moralisateurs parmi nous préfèrent étiqueter les protestataires de gangsters, mais il existe beaucoup de gangstérisme contre les gens qui veulent se défendre eux-mêmes.
Regardons simplement ce qui arrive à Penobsquis, c’est un bon exemple. Les approvisionnements en eau des citoyens ont été détruits, leur terre s’affaisse, leur qualité de vie est détruite et il ne leur reste qu’à ramasser les conséquences et à se battre en justice à leurs propres frais contre une corporation immense qui fait des profits records à mesure que les prix des fertilisants montent en flèche.
Çà, pour moi, c’est du gangstérisme, légalisé et soutenu par le gouvernement. Où s’exprime l’indignation exprimée contre de telles situations? Jusqu’à ce qu’on s’indigne, les gens n’ont d’autre choix que de se défendre contre la prochaine attaque.

Janice Harvey
Chroniqueuse indépendante, candidate au doctorat et présidente du Parti vert du Nouveau-Brunswick.

 

via www.capacadie.com

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