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10/10/2011

Métapolitique et stratégies des droites radicales


Métapolitique et stratégies des droites radicales

Brochure sur la métapolitique et les stratégies des droites radicales diffusée avant la conférence-formation "Le mouvement Casapound en Italie - Modèle culturel pour le fascisme européen?" organisée par Quartiers Libres le 11 juin 2011.


Métapolitique et stratégies des droites radicales


La métapolitique est une conception idéologique et une pratique politique qui vise à s'inscrire dans les rapports de force sociaux et économiques en déployant des concepts au niveau culturel pour influencer la sphère politique et y faire progresser ses idées. Il s'agit de considérer que la vision que la société porte sur elle même doit être modifiée préalablement à une tentative de changement de société. Vision politique adaptée au contexte social actuel, la métapolitique est une des formes d'action politique
majeure de notre époque. La gauche et l'extrême gauche française l’ignorent ou l’ont oubliée. Cette carence est l’une des causes de l’influence grandissante des droites radicales en France.

Métapolitique et hégémonie culturelle

Antonio Gramsci, théoricien communiste italien engagé jusqu’à sa mort (1937) contre le fascisme, est considéré comme le fondateur de la théorie du « métapolitique » (bien que le terme ne se trouve pas dans son oeuvre). Gramsci envisageait un dépassement des cadres traditionnels de l'action politique marxiste en insistant sur l'importance d'une prise de « pouvoir culturel », qui serait le préalable nécessaire et efficace à la prise du pouvoir politique. L’hégémonie culturelle acquise au terme de cette lutte permettrait de dominer ou de réduire au silence tous les tenants d’interprétations alternatives et ainsi de construire une domination durable et solide.
Cette stratégie permet de donner aux classes dominées culturellement l’illusion de consentir librement à l’exercice du pouvoir et de l’autorité de la classe dominante dont elle a intégré les valeurs morales et culturelles. C’est pourquoi le combat métapolitique vise « une situation dans laquelle une alliance provisoire entre certains secteurs sociaux est à même d’exercer une autorité sociale totale sur des groupes subalternes, et ce non pas tant en ayant recours à la coercition ou à l’imposition directe des idées dominantes qu’en engendrant et en façonnant une forme de consensus telle que le pouvoir des classes dominantes apparaisse tout à la fois comme légitime et naturel »1.
Véritable guerre idéologique qui déplace les enjeux politiques, sociaux et économiques au niveau moral et culturel, cette forme de lutte politique se caractérise par l'absence de revendications politiques concrètes.
Pour apparaître comme légitime et naturelle, et ainsi prétendre à l'hégémonie, cette offensive doit dissimuler sa nature idéologique et ne pas être présentée comme la lutte pour les intérêts particuliers de la classe dominante ‐ce qu’elle est en réalité‐ mais viser la création d’une homogénéité consensuelle propre à faire taire les idéologies concurrentes2.

La nouvelle droite

En France, cette stratégie a connu un grand succès chez les théoriciens et hommes politiques de droite et d’extrême droite, qui s’en emparèrent dès les années 1970. Ainsi, en 1976, le négationniste et néofasciste François Duprat écrivait : « Nous ne devons pas laisser à nos adversaires, marxistes et régimistes, le monopole de la présentation historique des hommes, des faits et des idées. Car l’histoire est un merveilleux instrument de combat et il serait vain de nier qu’une des raisons importantes de nos difficultés politiques réside dans l’exploitation historique et la déformation systématique des expériences nationalistes du passé »3. .
C’est au sein de la « nouvelle droite » que l’expérimentation métapolitique a été la plus développée. La « nouvelle droite » rassemble l’ensemble des idées et des personnalités, ou groupes, liés au Groupement de Recherches et d’Etudes pour la Civilisation Européenne (GRECE) créé en 1968 par Alain de Benoist. Les acteurs français de ce mouvement préfèrent la dénomination de « nouvelle culture » plutôt que celle de « nouvelle droite »4, car ils se placent dans la lignée d'une révolution conservatrice, escamotant ainsi le clivage parlementaire gauche/droite. La Nouvelle Droite se construit comme une tendance intellectuelle et politique rassemblant ceux et celles qui veulent renouveler les représentations socio‐historiques structurant l'univers politique français pour promouvoir un paganisme européen, qui serait le seul « recours à ce qui est encore en nous quand tout s'effondre »5.
En 1982, Guillaume Faye expliquait notamment que la Nouvelle Droite entendait fonder son action une « stratégie métapolitique, c’est‐à‐dire située en dehors des institutions politiques, au plan du langage comme à celui des idées »6. En 2000, le manifeste de la « nouvelle droite » définit encore cette dernière comme une « école de pensée » et non un « mouvement politique ». Mais les auteurs du manifeste (Alain de Benoist et Charles Champetier) se défendent de voir dans la perspective métapolitique une quelconque « stratégie » destinée à asseoir une hégémonie culturelle qui « disqualifierait d’autres démarches »7.
La nouvelle droite intervient néanmoins toujours au double niveau du langage et des idées. En insistant sur l’« obsolescence accélérée de tous les clivages qui avaient caractérisé la modernité »8, et tout particulièrement le clivage droite‐gauche, principal marqueur des luttes sociales, la Nouvelle Droite s’est accaparée de nombreuses références et expressions historiquement ou traditionnellement associées à la gauche.

Brouiller les pistes

Le « gramscisme de droite », formalisé et construit par la Nouvelle Droite depuis la fin des années 1970, compte depuis quelques années un nouveau partisan, Nicolas Sarkozy. Ce dernier déclarait « depuis 2002, j’ai donc engagé un combat pour la maîtrise du débat d’idées […] Au fond, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées »9.
Devenue majoritaire dans une grande partie de la droite française, sous l'influence des droites radicales, cette stratégie politique s’est appuyée très tôt sur la création de plusieurs revues (Krisis, Réfléchir et Agir…) et trouve dorénavant sur Internet un moyen d’expression et un relais privilégié. Ainsi du site Zentropa, l’un des plus actifs et des plus ambitieux à l’heure actuelle, qui s’auto‐définit comme l’émanation d’une "véritable communauté militante, unie par un idéal transversal et transcendant, qui cherche à construire chaque jour une contre‐culture révolutionnaire". Zentropa est en lien avec le mouvement italien Casa Pound dont il diffuse les idées et l’esthétique dans la sphère francophone.
Cette « contre‐culture » s’appuie en réalité sur une pensée hétérogène et confuse qui cherche à masquer l’idéologie réelle à l’oeuvre derrière les contributions du site. L’un des slogans de Zentropa, « l’important c’est le style », résume assez bien l'importance accordée à l'image, à la « fascion » ou au « style » sous toutes ses formes (vêtements, musique, littérature, radio etc.), qui se manifeste entre autres par la reprise de visuels et de signes attachés habituellement à l’imaginaire de la gauche. La stratégie métapolitique à l'oeuvre ici subvertit les représentations relatives à l’extrême‐droite en mettant en avant un style destiné à brouiller les pistes et à faire oublier que cette idéologie repose sur une volonté de « lente subversion »10 des esprits afin de préparer la prise de pouvoir politique des droites radicales. Le « style » zentropiste démontre ainsi en quoi « l’imaginaire de l’extrême‐droite est fait avant tout de « visions du monde », d’images fugaces arrivant en gerbes, et qui dessinent un univers intellectuel dans lequel l’attitude et le style importent finalement davantage que la cohérence »11.
Face à cette ligne idéologique voulant réduire les problèmes sociaux et économiques à des questions culturelles et religieuses, il est nécessaire de comprendre et de connaître les enjeux et les présupposés de ces entreprises qui veulent donner l'impression de ne pas être liées aux questions politiques et cherchent à imposer leur manière de penser.


1 Stuart Hall, cité par Dick Hebdige dans Sous-culture, le sens du style (traduction française du texte de 1979 paru aux Éditions Zones en 2008, texte intégral disponible en ligne)
2 Voir Hebdige, op. cit., : « les groupes subalternes seront sinon complètement sous contrôle, du moins contenus au sein d’un espace idéologique dont le caractère « idéologique » est occulté, adoptant une apparence de permanence et de naturalité, extérieur aux contingences de l’histoire et des intérêts particuliers ».
3 « Front historique », Année Zéro, mai 1976.
4 L’expression « nouvelle droite » est un terme inventé par la presse française lors de la grande controverse autour des idées du GRECE qui débute avec la parution d’un article de Thierry Pfister dans Le Monde du 22 juin 1979 et que le GRECE a ensuite repris par convenance, ainsi que par défi, avec la conscience que cela constituait un identifiant fort, mais sans s’y reconnaître totalement. Alain de Benoist, expliquant son choix d’ouvrir les colonnes de la revue Krisis à des intellectuels de gauche explique d’ailleurs : "J'en avais assez d'être enfermé dans l'étiquette de la nouvelle droite, que j'ai toujours trouvée réductrice"
5 Entretien avec Jacques Marlaud, Vouloir n°68-70, 1990.
6 Guillaume Faye, « Le G.R.E.C.E. et la conquête du pouvoir des idées », Pour un Gramscisme de droite. Actes du XVI colloque national du GRECE, Paris, 1978. Voir aussi l’entrée « métapolitique » du Petit lexique du partisan européen (Guillaume Faye, Pierre Freson et Robert Steuckers, éds., Eurograf, Esneux-lez-Liège, 1985) : « Diffusion dans la mentalité collective et dans la société civile de valeurs et d'idées (ou d'"idéologèmes ") en excluant tout moyen ou toute visée politicienne, comme tout étiquettage politique, mais selon une visée de "Grande Politique", c'est-à-dire de recherche d'un impact historique ».
Faye prendra ses distances vis-à-vis du GRECE au milieu des années 80 (voir à ce sujet http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article204).
7 Jacques Marlaud, ancien président du GRECE, confirme ces évolutions récentes dans une interview accordée à Novopress en 2008: « La métapolitique n’a pas pour autant été abandonnée par la nouvelle droite, mais révisée et relativisée. Elle se réfère à tout travail de réflexion, d’analyse, de diffusion d’idées et de pratiques culturelles susceptible d’influencer à long terme la société politique. Il ne s’agit plus de prendre le pouvoir, mais de lui fournir un aliment idéologique, philosophique, culturel… capable d’orienter (ou de contredire) ses décisions. »
8 Alain de Benoist et Charles Champetier, "Manifeste : la Nouvelle Droite de l'an 2000".
9 Entretien au Figaro, 2007.
10 L’expression est d’Alain de Benoist, dans l’article qu’il consacre au « pouvoir culturel » dans Vu de droite : anthologie critique des idées contemporaines, éditions Le Labyrinthe, 2001. La « lenteur » de cette subversion tient sans doute pour partie à celle décrite par Gramsci dans Quelques thèmes sur la question méridionale : « Les intellectuels se développent lentement, beaucoup plus lentement que n'importe quel autre groupe social, du fait de leur nature même et de leur fonction sociale ».
11Jean-Yves Camus, « L’Extrême droite : une famille idéologique complexe et diversifiée », La Pensée et les hommes, n° 68, 2008.



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via bboyKonsian

18:15 | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

Cartographie de l’extrême-droite française:
http://bataillesocialiste.wordpress.com/2011/10/11/cartographie-de-lextreme-droite-francaise/

Écrit par : rgz | 11/10/2011

Oui, j'avais vu chez Scalp et c'est beaucoup plus lisible avec les zoom !

merci

Écrit par : fred | 11/10/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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