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10/11/2011

Communiqué de Benoît Tangopi, ancien prisonnier d’Ouvéa et gardien de la grotte, sur le film « L’ordre et la morale » de Mathieu Kassovitz

Je souhaite apporter des informations et des éclaircissements sur la position de la chefferie de Gossanah par rapport au film « L’ordre et la morale » de Mathieu Kassovitz.

Je ne suis pas d’accord avec certaines informations données par l’équipe du film dans les médias. Et il me paraît donc important que la population sache ce qui s’est passé à notre niveau. Depuis l’arrivée de certains membres de l’équipe du film en 2007, nous avons assisté à toutes les réunions dans les chefferies d’Ouvéa, dans lesquelles devaient se prendre la décision d’accepter ou non le projet de film porté par Mathieu Kassovitz.

Il a été dit dans les médias que 99% des Kanak sont d’accord avec le film, or la décision d’accepter ce film a été prise uniquement par certaines personnes et contre l’avis d’autres personnes.

En mars 2010, a eu lieu à la chefferie Bazit la dernière réunion pour accepter le film ou non. Lors de cette réunion, des personnes étaient contre le film et d’autres pour le film. Le président du district de Saint-Joseph a alors pris la décision pour tout le monde d’accepter le film. Mais la population d’Ouvéa étant déjà divisée sur le film, l’équipe du film a décidé de partir faire le film à Tahiti.

S’agissant des anciens prisonniers d’Ouvéa 88, nous étions au départ d’accord si le projet se faisait à Ouvéa car nous aurions été là pour raconter. Mais ensuite nous n’étions plus d’accord avec le projet lorsque nous avons appris que le film se tournerait à Tahiti.

Sur 33 anciens prisonniers, 3 seulement sont partis à Tahiti participer au tournage du film. Je tiens à préciser que ce ne sont pas non plus toutes les chefferies d’Ouvéa qui avaient accepté le projet. De même, ce ne sont pas tous les gens d’Ouvéa qui ont accepté le  film. Les familles et les chefferies étaient, et sont toujours, divisées sur le film, et les décisions ont été prises uniquement par quelques personnes.

Il est dit trop souvent que Gossanah était d’accord pour ce projet alors qu’il n’y a que quelques personnes de certaines familles qui sont parties à Tahiti faire le film. La chefferie de Gossanah n’était pas à l’unanimité pour le film, et n’était pas non plus à l’unanimité pour la projection du film, mais a fait le choix de laisser chacun décider d’aller ou non regarder le film.

Beaucoup d’entre nous n’étaient pas d’accord avec le fait que le scénario du film soit basé sur l’histoire et le livre de Legorjus. D’autant que l’équipe du film s’était engagé à ce que la vérité de ce que les gens d’Ouvéa ont vécu soit dite. Or, nous constatons premièrement que cet engagement n’a pas été respecté et que deuxièmement, le film avance des informations sans preuves. Le FLNKS est accusé d’être responsable de ce qui s’est passé et de nous avoir lâchés. Or jusqu’à aujourd’hui, il nous est encore difficile de faire la lumière sur tout ce qui s’est passé. Il nous faut avant tout faire un travail de recherche de vérité avant d’avancer dans un film des faits sans preuves qui pourraient avoir des conséquences dramatiques pour la lutte de notre peuple.

C’est pour cette raison que nous nous demandons si ce film va réellement nous aider, comme nous l’avait précisé Mathieu Kassovitz au départ. Nous constatons pour l’instant que ce film nous divise encore plus. Mathieu Kassovitz et son équipe nous avaient dit que leur film nous aidera à travailler pour notre indépendance. Nous constatons que ce film nous brouille et que ce n’est pas un film de réconciliation comme indiqué dans les médias.

Nous ne sommes pas contre le film en tant que tel mais contre le fait que ce film soit basé sur l’histoire de Legorjus qui nous a trahis. Baser le film sur la version de Legorjus a pour objectif de le laver de ses responsabilités dans la mort de nos frères. Nous avions dit que nous allions libérer les otages après le 8 mai 1988, deuxième tour des élections présidentielles, et Legorjus le savait, de même l’Elysée et Matignon, puisque Legorjus était leur intermédiaire.

Nous reprochons à l’équipe du film de manquer d’analyse dans cette affaire. Ce manque aura et a déjà des conséquences négatives pour notre peuple ainsi que pour l’ensemble de la population de Nouvelle-Calédonie. Aujourd’hui les conséquences du film sont contraires à ce que l’équipe du film avait prétendu au départ.

Benoît Tangopi

via Le Cri du Cagou - 09/11/2011

à lire : Enquête sur Ouvéa: rapport et témoignages sur les évènements d'avril-mai 1988 - Alain Gresh, 1989 octobre

15:47 | Lien permanent | Commentaires (0) |

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