Avertir le modérateur

28/01/2012

Ci-dessous tu trouveras un texte que j'ai écris ces derniers jours à l'intention des indignéEs pour partager des réflexions, et pourquoi pas alimenter des débats

Aux indignéEs : *

Je suis Angélique, 37 ans, et j'ai un fils de (presque) 10 ans.
Je n'appartiens à aucune "case" organisationnelle, ni partisane, ni drapeau (car même noirs, ils restent des drapeaux), ni idéologique figée et pré-mâchée. Je construis ma conscience par ma propre réflexion à l'aide de mes expériences, des mes rencontres, de mes lectures, des débats politiques avec mes amis et ennemis, et surtout je tente de mettre en pratique et en cohérence mes actes à ma conscience, au fil de son évolution.

Je ne suis pas née militante, même pas dans une famille militante, mais dans une famille modeste et rurale.
J'ai vécue pendant 30 ans armée d'un fort esprit républicain et d'un sentiment de révolte justicier dictés par mon éducation familiale et scolaire, se résumant ainsi : la gloire et la fierté de la nation française à travers sa révolution, son empire et ses grèves ouvrières. Je ne connaissais rien d'autre.

J'ai cru en ces valeurs et les appliquées lors de ma tentative d'intégration à notre système sociétal durant des années :
J'ai regardé la télé, je connaissais les pub par coeur, gueulait avec mon père devant les actualités comme il se doit,
J'ai été au catéchisme, fréquenter les églises, malgré moi, et répété bêtement par coeur des valeurs chrétiennes comme il se doit,
J'ai consommé, j'ai même fait des crédits à la consommation et me suis bien sûr surendettée comme il se doit,
J'ai été fonctionnaire à l'hôpital et m'y suis impliquée puisqu'il est bien
connu que le système se change de l'intérieur, jusqu'à ce qu'il vous écrase, et suis tombée gravement en dépression professionnelle (ou burn out) comme il se doit,
J'ai suivi les préceptes de fondation d'une famille : fiancée, mariée, maison, et j'ai bien sûr divorcé comme il se doit,
J'ai été élue, conseillère municipale, de mon petite village, j'ai découvert les méandres du pouvoir politiciens et de la fameuse démocratie républicaine, et j'ai bien sûr appris à manipuler comme à fermer ma bouche comme il se doit,
J'ai élevé mon fils seule, en bon père de famille (expression légale) suivant les dictats de notre société moderne (= femme active, mère attentive mais pas possessive, vie sociale riche, loisirs culturels, activités de développement pour les enfants, et bien sûr s'occuper de son corps pour préserver sa féminité), j'ai bien sûr fini par consulter un psy comme il se doit.
Etc.

En bon petit soldat, j'ai usé de mes droits et devoirs républicains, sur
lesquels était collée l'étiquette citoyenneté comme gage de liberté, tel un
slogan pour me faire acheter le produit.
Malgré tout mes bons et loyaux efforts, je ne me trouvais pas à l'aise dans
cette société, pas à ma place, et surtout elle me décevait, me trahissait sans cesse, et, souvent, me rejetait violemment à la figure "t'es anormalement révoltée, calme-toi" ou "tu finiras à la rue ou en asile" qui parfois me faisait douter de moi-même.

Puis des évènements personnels importants ont tout bousculé, si bien et
profondément que le voile s'est levé :
Ma vie n'était qu'application simple et bête de valeurs apprises par coeur et de repères dominants imposés.
Ma vie n'était qu'une page de pub respectant les valeurs de ce qui n'est rien d'autre que de la propagande et du formatage d'un système étatique dictatorial grimé d'artifices telle que la "république", la "liberté d'expression démocratique", les "pays développés" synonymes d'une soi-disant évolution humaine.

J'ai enfin compris la mascarade à laquelle j'avais participé. Je me suis sentie hautement trahie et en colère contre cette société et mes parents. J'ai alors créé le chaos dans ma vie : démissionner, déménager, reprendre des études, etc.
Je me suis débattue et j'ai tenté de jeter loin ces valeurs : en vain.
Cependant, il fallait que je passe par cette destruction pour me reconstruire.
Impossible de reconstruire sur de l'existant, mais pour autant impossible de reconstruire sans une partie des ruines : il m'a fallu décoder et revisiter ces valeurs, les réfléchir, leur donner un sens humain réel et me les approprier.

Ce que je n'aurais pas pu faire et continuer de faire sans les rencontres avec d'autres qui avaient levé aussi leur propre voile ou qui ne l'avait jamais eu.
Ces autres ont été et sont multiples : encartés, non-encartés, anarchistes,
communistes, autonomes, socialistes, libertaires, tout celles et ceux que la
société (médiatique comme populaire) montre du doigt comme étant des
"révolutionnaires", des "utopiques", "des extrémistes, voire "terroristes", des "chiants-avec-leur-politique-d

ans-les-repas-de-famille".
J'ai rencontré des personnes de tout âge, de toute situation sociale, sans
papiers, sans toits ; de toute normalité mentale : dépressif, schizophrène,
sociopathe, parano, égocentrique, limité intellectuellement, etc. ; des
venus-d'ailleurs : polonais, marocains, turcs, kurdes, allemands, russes,
sénégalais, lituaniens..........

C'est grâce à ces rencontres et nos échanges que j'ai pu et peux encore me "déformater" et me reconstruire : j'ai appris à reconnaître et décortiquer mes propres codes, ceux qui m'avaient été imposés et que j'imposais à d'autres dans mon comportement, dans mon fonctionnement sans en avoir une conscience éveillée : la domination, la compétition, la séduction, le patriarcat, la surconsommation, l'individualisme égoïste, la charité bienveillante colonialiste, etc... la liste est dans le désordre et devrait être plus longue.
Et c'est un long travail de discussions, de pratiques, d'erreurs et de succès, mais surtout un long travail sur soi-même, avant de d'entrevoir et de commencer la reconstruction possible.

Voilà ce que j'étais, voilà ce que je suis. Je suis un être humain en perpétuel devenir.

Et c'est sur toute cette base, que je viens de décrire, que je peux exprimer en conscience ce qui suit :

Je suis née blanche et fille, j'ai grandi dans un système colonialiste,
fasciste, patriarcale et capitaliste : il ne suffit pas de dire que je rejette
ce système ou de manifester contre ses travers pour changer ce qui a été
enraciné en moi au cours de ma vie, particulièrement dans mon
enfance-adolescence quand j'étais le plus "façonnable". Son empreinte est là
dans mes rapports avec les autres : le nier, c'est continuer de faire vivre ce système en moi et par moi.

Je compose maintenant avec et dans ce système en ayant conscience qu'il est mon ennemi intérieur comme extérieur : J'essaye d'axer mes projets et actes de vie au plus près de la cohérence à mes idées, à mon ressenti humain et à mes espoirs. L'espoir que nous, mon fils, nos enfants n'aurons pas ou plus du tout à composer avec ce système, mais pourrons vivre dans une totale autre organisation de l'humanité, "horizontale" et en symbiose avec la planète.

Tout ceci ne fait de moi en rien une partisane, et je refuse à quiconque le
droit de me réduire, moi ou mes propos, à une case quelque soit.

Alors j'ajoute en toute liberté, indépendance, sans aucun intérêt individuel ou collectif :

Ne me parle pas, ne m'attire pas et même m'effraye : tout mouvement social qu'il soit contestataire d'une loi, d'une économie, d'un sommet, qu'il soit pacifique ou violent, remettant en cause seulement les conséquences de ce système, et non pas le système lui-même, et souhaitant seulement l'améliorer et le rendre plus juste.

Ce mouvement serait vain, l'histoire nous le prouve par sa répétition. Ce
mouvement ne servirait qu'au pouvoir, car bien plus dangereux que l'argent qui n'est qu'un outil, il y a le pouvoir. Tant que nous ne remettrons pas en cause toute forme de pouvoir des uns sur les autres dans nos vies quotidiennes et politiques, nous ne ferons que perpétuer ce système qu'il soit étatique, capitaliste, monarchique, républicain, etc.
Le pouvoir des uns sur les autres, c'est une dictature qu'elle qu'en soit la
forme. A mon sens, nous devons apprendre d'abord à dompter notre propre envie de pouvoir individuel sur les autres, et l'user sur nous-même afin de retrouver auto-confiance et autonomie.

C'est pourquoi après des mois de doutes, de réflexions et de constats, je peux écrire :

Je ne participerai pas et ne soutiendrai pas le mouvement des indignés (de
France car je ne connais pas les autres) parce que ce mouvement est mort-né, sclérosé par son histoire culturelle et militante française, par sa situation socio-politique-économique actuelle, par sa pseudo-neutralité politique qui n'en est plus une depuis longtemps, les participantEs à ce reste de mouvement se comportant à présent comme des partisanEs montrant et délimitant le "chemin" à suivre.

Je ne participerai pas et ne soutiendrai aucune idéologie
citoyenniste-justicière car elle n'éveille pas les consciences individuelles. Au contraire, elle mène à de frénétiques besoins de supra-gouvernance et favorise la mise en place de pouvoirs qui perpétuent le système : pouvoir religieux (Révoltes arabes) ou pouvoir patriotico-économico-démocratique (réclamé par les indignés).

Je ne participerai pas et ne soutiendrai pas la quête de vérité sur des complots qu'ils soient réels ou imaginaires, parce qu'ils émanent et sont parties intégrantes de ce système, et que par là même, par cette servitude, cette vérité serait vaine, voire dangereuse. Elle astreindrait l'illusoire émancipation individuelle et collective à la déduction simpliste que si ce système ne fonctionne pas, c'est parce qu'il y aurait quelques groupes de "mauvaises personnes" au pouvoir.
Ainsi, tous les groupes intimement persuadés d'être les "bonnes personnes" pour le pouvoir, sincèrement convaincues que leurs solutions sont les "bonnes", serait accréditées pour prendre la parole et le pouvoir, grâce à un sentiment collectif de "ils-ont-raison-finalement".
Et il suffit d'analyser l'histoire passée et récente pour constater que ce "ils" furent, entre autres, la petite classe intellectuelle bourgeoise dictant la révolution française, les fascistes de l'Allemagne nazi et de la France
vichyste, les religieux des révoltes arabes.

Je ne participerai pas et ne soutiendrai pas un mouvement que certains veulent susciter, ressusciter, créer et organiser car un mouvement né, grandi, s'accroit par lui-même sans l'aide de quelques groupes, partisans ou pas, montrant le chemin, sinon il meurt, ou pire il est dévoyé.
Un mouvement, par son auto-croissance exponentielle, libère et créé lui-même des espaces pour la parole et les actes de toutes et tous. En aucun cas, ces espaces ne peuvent être conçus et mis en place au préalable par quelques groupes de pseudo-avertis.

Je tenterai de reconnaître en moi ou chez les autres le sentiment de
supériorité, enfoui derrière ma croyance que mes connaissances et expériences, intellectuelles et pratiques, personnelles et militantes font de moi quelqu'un qui aurait la sagesse d'être un leader qui ne se reconnaît pas en tant que tel, même déguisé de manière diplomatique, tolérante et pacifique, mais qui "sait" et indique le chemin. Car je ne serais alors là qu'un gourou de plus, porté inconsciemment par mes désillusions systémiques, animé par un non reconnu "J'ai
mal à mon existence", un gourou qui cherche son propre remède à travers et aux dépends des autres et d'un sentiment de mouvement.

Je ne répondrai pas à l'urgence, créée de toute pièce par le système, à travers ses classes dirigeantes et leurs médias, pour sauver ce système. Le système est la crise.

Je suis une privilégiée par rapport à beaucoup d'autres : je suis blanche, j'ai un toit, je bénéficie du RSA, j'ai des papiers, je suis reconnue comme saine d'esprit par la société, j'ai le droit d'élever mon fils. La répression sous toutes ses formes et ses conséquences ne s'abat sur moi aussi fortement que sur d'autres à qui il manque parfois seulement un de ces privilèges. C'est pourquoi je ne prendrai plus le risque facile d'entrainer ou de cautionner des personnes dans une action ou une lutte dans lesquelles leurs risques ne seraient pas égaux aux miens. Seul un réel mouvement collectif et de masse pourrait atténuer ces risques.

Et, si ce mouvement de masse avait lieu, et que je sois mise dans la position de choisir un camp : je choisirai sans aucun doute celui qui propose de détruire ce système, pas de le réparer pacifiquement, celui qui tend vers un monde où les frontières sociales et géopolitiques n'existent pas et où l'on agit en symbiose avec son environnement. Je choisirai ce camp même s'il est accusé et use de violence, car ce système est bien plus violent qu'une pierre jetée dans une vitrine ou vers un flic, et que s'il ne se détruit pas lui-même, il faudra bien plus que de belles AG (consensuelles ou pas) pour en venir à bout, et respirer enfin.

En attendant, ce mouvement de masse ou l'autodestruction de ce système qui n'auront peut-être jamais lieu, je préfère mettre mon énergie dans la création de lieux et de liens qui permettent l'apprentissage et la mise en pratique de la solidarité et de l'autonomie, sans pouvoir des uns sur les autres : autant de bases qui nous permettent de survivre dans ce système et nous permettraient de
résister si et lors de sa destruction.

Il y a beaucoup à faire, beaucoup d'énergie nécessaire pour se préparer et
commencer à reconstruire : Reste à sortir le nez de l'urgence d'un mouvement mort et ouvrir les yeux pour s'en apercevoir (je sais de quoi je parle, j'étais moi-même aveugle très longtemps et aveuglée encore ensuite par l'espoir d'un mouvement social de grande ampleur il y a quelques années).

Juste à titre d'exemple, pour montrer les possibles, où les énergies se dirigent et se multiplient : voir l'appel ci-joint émanant de Reclaim The Field
<http://reclaimthefields.org/nl/content/about

> qui n'est pas antagoniste à
l'actualité, au contraire, qui se met en lien avec les luttes locales comme
internationales. (si besoin : l'appel existe en plusieurs langues).

Peut-être est-il ce qu'on pourrait appeler un "mouvement" de fond constructif qui, après l'indignation, est passé à l'action concrète et durable, et qui à tout moment rejoint d'autres actions sous d'autres formes ?

Sans amertume et avec optimisme,

Angélique
Une individu parmi tant d'autres...
 
 
via un mail de "maman", mère de tribu.

22:43 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu