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11/02/2012

Proces Noborder: "la justice c'est moi"

Rechtszaaltje-medium

Un an et demi plus tard le temps est venu de débuter un premier procès contre les militants du camp. Un responsable doit être trouvé, un délit a du être commis pour justifier toutes ces arrestations administratives arbitraires et les hospitalisations. Où sont ces dangereux terroristes qui rôdent au sein de Bruxelles? Bon, nous avons ces deux anglais qui se trouvaient à proximité de la cavalerie policière lors de la manifestation du 26 septembre aux alentours du centre fermé 127 bis au moment où un policier est tombé et a reçu un coup de son cheval. Le policier en question a même eu une incapacité de travail de plusieurs jours semble-t-'il. Nous ignorons si le cheval a été également traumatisé. A ce moment la, les deux anglais ont été tirés dans la boue par la police et l'un d'eux est tombé inconscient sous les coups. Mais ont ils utilisé des pouvoirs diaboliques pour inciter cette rébellion chevaline?

C'est ce que la glorieuse Justice a eu comme mission de découvrir dans la salle d'audience ce matin. D'abord la mise en scène. Pour s'assurer que la Justice puisse faire sa magie, il faut tout d'abord sécuriser la pièce, une vingtaine de policiers montent la garde. La salle d'audience est bien trop petite pour accueillir tous les soutiens qui sont venus en solidarité aux inculpés No Border. Certains soutiens sont restés à l'extérieur du palais de justice avec des tambours et des banderoles, offrant un divertissement aux usagers du palais de justice et l'opportunité d'une session photo pour une troupe d'élèves en visite. D'autres attendent devant la salle d'audience. Quatre sont arrêtés en possession de tambours dans l'enceinte du bâtiment. Quiconque voulant rentrer et voir la magie de la Justice sera fouillé, scanné, identifié, leurs noms notés.

A l'intérieur de la salle fermée hermétiquement, deux clowns jouent leurs rôles de protagonistes sur l'estrade. D'abord nous vous présentons le procureur du roi, du nom de Monsieur Lempereur. Monsieur l'Empereur a une belle coiffe ondulée et une barbe désinvolte. Assis au grand prêchoir de la Justice, s'incline majestueusement, sourcille, rêvasse avec un regard lointain. Quand les arguments de la défense le perturbent, il sursaute et frémit légèrement dans une petite rage d'indignation vertueuse. Ou il s'incline à nouveau et feint le sommeil. Quand il prend la parole, il se lève et bombe la poitrine, puis se lance dans une performance oratrice. Il fait la morale non seulement aux accusés et ses avocats mais aussi à toute l'audience, en longueur et à répétition, sur nos droits et nos devoirs, le respect de l'ordre, et la sainte nécessité de la hiérarchie. Monsieur l'Empereur est un petit coq dans sa basse-cour.

Ensuite, nous avons notre juge, Monsieur le Président. Bien que techniquement le maître suprème de la salle d'audience, Monsieur le Président a malgré tout moins de grandeur que Monsieur l'Empereur. Il est petit, rond, chauve, à lunettes, et fondamentalement grincheux. Son rôle revient à écouter sagement, ne croisant aucun regard pendant que Monsieur l'Empereur continue son discours sur les devoirs, élaborant de grandes analogies sur le maintien de l'ordre et l'enseignement (un des inculpé étant professeur), donnant son opinion sur la situation en Syrie, ou brandissant une citation de Churchill. Il interrompt par la suite la défense à chaque fois qu'elle tente de parler de l'agressivité des méthodes policières ou tout ce qui pourrait "dévier des faits immédiats".

Venons-en aux faits. Le bureau du procureur fournit deux longues vidéos montrant la manifestation filmée par les hélicoptères et sur le terrain. Les deux accusés sont visibles durant toute la séquence. A aucun instant dans la vidéo ils s'attaquent à la police, à la cavalerie, ou participent à d'autres formes d'agressions. Monsieur l'Empereur l'admet. "Mais la vidéo ne prouve rien", explique- t-il (ce qui pose la question de la pertinence de l'utilisation des vidéos comme preuve), "ils ont peut-être été violents hors caméras." Effectivement, il y aurait des témoignages de policiers qui révèlent d'une certaine violence. Ou plus précisément il y a un flic qui témoigne que les inculpés se sont comportés de manière agressive. Ceci contredit directement sa précédente déclaration.

"En fait," continue Monsieur l'Empereur, "la question n'est pas si les accusés ont frappé quelqu'un ou non ou s'ils se sont comportés de manière agressive. Il est évident qu'une personne a été frappée (par un sabot de cheval), c'est également évident que les accusés étaient dans les environs au même moment, que les manifestants autour d'eux, que se soient les accusés ou d'autres, qui aient troublé le cheval, menant ainsi au traumatisme. Donc, les accusés présents dans les parages auraient pu faire peur à la cavalerie qui aurait pu entraîner le coup reçu par le policier. Dans tous les cas, précise Monsieur l'Empereur, pourquoi étaient-t-ils là? Et pourquoi n'ont ils pas simplement bougé plus rapidement lorsque qu'ils ont été repoussés par la cavalerie? Le simple fait d'être présents, de ne pas avoir décamper plus vite, est en lui même un acte de rébellion. Les droits viennent avec des obligations. Quand un flic à cheval te pousse, tu as le devoir de déguerpir. On nomme cela le maintien de l'ordre. Lorsqu'un policier te commande de quitter une manifestation, tu obéis immédiatement. Sinon c'est le chaos général.

Tout est chaos. Les accusés ont été hospitalisés suite à des coups de la police. Mais ceci n'a rien à voir avec l'affaire. Les coups, les arrestations arbitraires, les fouilles au corps ou les menaces de viols de cette semaine de septembre sont hors sujets. Monsieur l'Empereur est outré par cette impertinence de la défense. La raison de la manifestation, le souvenir de l'assassinat de Semira Adamou, est bien sûr aussi hors propos. Cette impertinence va jusqu'à endormir Monsieur l'Empereur. La réalité quotidienne des agressions policières dans les quartiers d'immigrés autour du camp No Border........ la défense ne va pas tenter de montrer le rapport avec cela. Il y a des violences qui pèsent, qui ont de l'importance, et d'autres qui n'ont aucun lieu d'être cités dans le monde des droits et des devoirs de cette petite salle d'audience. "Alors envoyez un communiqué de presse" réplique Monsieur le Président, "car cela n'a rien a voir avec moi." Ici c'est ma salle d'audience, dit-il. Ce qui veut dire que ce sont mes 20 policiers dehors avec leurs pistolets. Ces policiers avec ces pistolets donnent à Monsieur l'Empereur et à moi-même le droit d'être deux petits coqs, et vous avez le devoir de la fermer et d'obéir. Maintenant sortez.

La peine demandée est un an de prison avec sursis. La décision sera prononcée le 7 Mars.

via http://bxl.indymedia.org/articles/3760

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