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31/03/2012

Justice de classe pour Adlène Hicheur

Six ans de prison ferme ont été requis vendredi contre Adlène Hicheur, le physicien franco-algérien incarcéré depuis 2 ans et demi sur des soupçons de terrorisme. Décision le 4 mai.


« Aucun complot »

« La stratégie de défense […] est de faire d’Adlène Hicheur un martyr de la lutte antiterroriste », a résumé le procureur du tribunal de Paris, Guillaume Portenseigne mais, a-t-il mis en garde, « je n’ai vu aucun bouc-émissaire de la lutte antiterroriste, aucun complot pour abattre Adlène Hicheur ».

Docteur en physique des particules détaché au Centre européen de recherche nucléaire (Cern) de Genève, Adlène Hicheur avait été interpellé en octobre 2009. Les enquêteurs le soupçonnaient d’envisager des attentats en France, après avoir intercepté une série de messages électroniques qu’il avait échangés avec un membre supposé d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Mustapha Debchi.

Pas d’amalgame avec l’affaire Merah

Une semaine après l’épilogue des tueries de Toulouse et Montauban, le parquetier a refusé tout amalgame et appelé le tribunal correctionnel à « mettre de côté le dossier Merah », du nom du tueur qui a revendiqué les meurtres au nom d’Al Qaïda. « Il serait un peu facile pour moi d’exploiter cette peur », a-t-il reconnu dès le début de son réquisitoire.

Le représentant du ministère public a ensuite engagé le tribunal à « se départir de ses préjugés : qu’un homme brillant ne saurait tomber dans les bras du terrorisme ». Car, a-t-il continué, « l’histoire d’Adlène Hicheur se confond avec celle de l’obscurantisme religieux ». Ainsi, « il est fier que Mustapha Debchi, terroriste de l’Aqmi, lui propose un attentat-suicide » dans un de ses courriels. « L’intelligence et la mesure ne sont pas forcément les deux faces d’une même pièce… »

Internet au coeur du dossier

Au coeur de ce dossier : Internet qui, a rappelé le parquetier, « est devenu un formidable outil de relais de la propagande terroriste ». « La virtualité des échanges », a prévenu Guillaume Portenseigne, n’est pas « synonyme d’irresponsabilité pénale », comme le prouve la condamnation des pédopornographes. « Nous sommes comptables de nos mots et de nos actes, fussent-ils transmis par une communication électronique. »

« On vient d’entendre une charge à la hussarde », a immédiatement réagi l’avocat du prévenu, Me Patrick Baudouin, mais « ce n’est que la suite logique de la tentative de diabolisation entamée depuis son arrestation ».

Plus tôt, son client s’était plaint qu’on veuille l’enfermer dans des qualificatifs du type « islamiste » ou « jihadiste ». « Je crois que je vais ressortir de ce procès avec la istite aiguë, je n’ai jamais autant entendu de iste », avait ironisé l’enseignant-chercheur, avant de dénoncer une nouvelle fois les méthodes policières, « dégueulasses » à ses yeux.

Ecrits favorables à la cause jihadiste

Toutefois, si le chercheur a multiplié les éclats indignés, il a peiné vendredi à se justifier lorsqu’étaient évoqués certains de ses écrits favorables à la cause jihadiste. La présidente Jacqueline Rebeyrotte a de nouveau évoqué les messages de mars 2009 où Adlène Hicheur évoquait des « objectifs » en France, et notamment le bataillon de chasseurs alpins de Cran-Gévrier, près d’Annecy, qui a envoyé des soldats en Afghanistan.

Jeudi, le chercheur avait affirmé qu’il se souvenait à peine de ces échanges et les avait imputés à sa fragilité physique et psychologique de l’époque. Vendredi, il a de nouveau minimisé ce message. « Il n’y a jamais eu de dévolu sur quoi que ce soit », s’est-il emporté. La base de Cran-Gévrier, « ça a été cité une fois, dans un contexte bien précis, en lien avec une actualité chaude, mais sans but précis. D’ailleurs, c’est apparu une fois et c’est plus jamais apparu. »

La décision a été mise en délibéré au 4 mai.

Les « turbulences » d’Adlène Hicheur

Le procès du chercheur soupçonné de contacts avec Al Qaida a débuté hier. Au cœur de l’accusation, 35 mails.

Soutenu par ses amis, et une béquille

Dans la salle d’audience, sa famille, ses copains, ses deux directeurs de thèse, son directeur adjoint de laboratoire. Adlène Hicheur, 35 ans, célibataire, physicien au Cern à Genève, est doublement soutenu.

Par ses amis et par une béquille. L’homme est changé : pâle, efflanqué, rattrapé par un mal de dos, après 900 jours de détention provisoire. Il marche de guingois et répond, de biais parfois aux questions de la présidente.

Nébuleuse de sites

Phrasé saccadé, réponses éludées. Le chercheur s’accroche à ce qu’il maîtrise le mieux, les maths. On l’accuse, à travers une nébuleuse de sites, d’e-mails cryptés, sous couvert de pseudos, d’avoir été le correspondant d’un homme d’Al Qaida au Maghreb islamique, Mustapha Debchi.

« Vous me dites X = A (Debchi), mais l’équation n’a jamais été démontrée » s’insurge Hicheur.

Pure curiosité intellectuelle

Imperturbable greffière, la présidente entasse les accusations. À charge, des dizaines d’imprimés, trouvés chez lui, consacrés à l’histoire de l’Islam, aux tactiques de guérilla, aux armes…

Pure curiosité intellectuelle, jure l’accusé. « Les policiers ont sélectionné ces documents. Les traductions sont biaisées, tronquées. Cela m’a noué les viscères pendant deux ans et demi. »

Zone de turbulences

Plus embêtants pour sa défense, des mails au contenu inquiétant. Chaque message débute par un « bonjour et miséricorde de dieu, cher frère ». Leur lecture donne à penser qu’il connaît le statut de son interlocuteur, clandestin dans les Aurès. Ils parlent financement et cibles.

« Je sortais de l’hôpital, j’étais encore sous morphine. J’étais dans une zone de turbulences » commente, penaud, le physicien. « J’ai été arrêté au moment où je reprenais pied. » Le procès se poursuit aujourd’hui.

Bernard LE SOLLEU.

 

piqué au tas sur ouestfrance.fr - samedi 31 mars 2012

La défense d'Adlène Hicheur pointe des irrégularités dans le dossier

Le dossier, dans lequel Adlène Hicheur risque jusqu'à 10 ans de prison pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", serait entaché de plusieurs vices, selon la défense.

A l'audience, Me Patrick Baudouin, l'avocat d'Adlène Hicheur est revenu sur différentes irrégularités dont a, selon lui, été victime son client. Tout d'abord, les conditions de la garde à vue. Suite à son arrestation le 8 octobre 2009, le physicien a été soumis à de longs et nombreux interrogatoires espacés par de courtes pauses ne lui laissant pas le temps de dormir, durant 96 heures. Il a également subi 8 examens médicaux et été placé sous traitement médicamenteux pour ses douleurs sciatiques. A la fin de la garde à vue, il ne pouvait se maintenir en position autre qu'allongée, a dénoncé Me Baudoin. "Il est totalement irraisonnable de lui imputer les propos tenus en garde à vue", a ajouté l'avocat. A la fin de cet épisode judiciaire, le prévenu avait déclaré notamment: "J'ai été pris dans un système avec le sentiment idéaliste de rompre les injustices. Bien sûr, les regrets sont amers: le gâchis de ma personne et les éventuelles conséquences de mes démarches". Propos pouvant apparaître comme des aveux. 

La défense a aussi pointé les incertitudes quant à l'identité de l'interlocuteurde Hicheur, Mustapha Debchi, interrogé en février 2011 après l'émission d'une commission rogatoire internationale par la DCRI. "On peut douter de la véracité du procès-verbal. D'autre part, nous avons eu les retours de la commission rogatoire seulement en septembre 2011, alors qu'il aurait été interrogé en février", note l'avocat. "La DCRI a cherché à valoriser les services français. Comme le dossier était léger, elle a essayé de le conforter par une série de scories", ajoute-t-il.

 

piqué au tas sur l'express.fr - 30/02/2012

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