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25/11/2012

Le (rap)porte-monnaie de Marine Le Pen - micro parti Jeanne

Créé en janvier 2011, "Jeanne", le microparti de Marine Le Pen a déjà servi à financer quelques opérations politiques de la candidate durant les élections cantonales. Cette discrète coquille devrait jouer un rôle pour la campagne présidentielle du FN.

En route pour 2012, Marine Le Pen a créé il y a bientôt un an son propre microparti. Il s’appelle “Jeanne”. Ses fondateurs l’ont déclaré à la préfecture de police de Paris le 18 janvier dernier. Ses statuts ont été reconnus dans la foulée par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, ouvrant la voie à des prêts et dons de personnes physiques.

Au gouvernail de cette formation, un équipage de proches de Marine Le Pen : aux postes de président et trésorier, deux amis d’étude d’Assas de la candidate, Florence Lagarde et Olivier Duguet, tandis que le mandataire financier est Steeve Briois, secrétaire général du FN et candidat à Hénin-Beaumont avec la chef du parti. Contacté par OWNI, il nous a expliqué la raison de la création du microparti :

Jeanne a réuni des fonds, notamment des prêts bancaires, à l’époque où le Front national ne pouvait pas le faire à cause des conflits financiers avec Fernand Le Rachinel.

En grandes difficultés financières et loin d’être encore renfloué par la vente de son ancien siège (le fameux Paquebot de Saint-Cloud), le Front national croulait alors sous les emprunts contractés auprès de l’affichiste historique de Jean-Marie Le Pen. Conséquence de quoi, les fonds levés ponctuellement auprès des banques s’évaporaient la plupart du temps sur les dettes électorales encore chaudes.

Aide financière aux candidats

Le père de Marine Le Pen lui-même avait eu recours au même mécanisme : malgré son nom un peu défraîchi de “Cotelec”, le microparti du président d’honneur du FN affichait en 2008 235 481 euros de “dons de personnes physiques” et un excédent budgétaire de plus de 175 000 euros (malgré plus de deux millions d’emprunt courant).

Extrait de la publication générale des comptes des partis et groupements politiques au titre de l’exercice 2008.

En dehors d’offrir un autre nom aux banques pour contracter des emprunts (là où le FN était empêché du fait de ses dettes), les micropartis offrent l’avantage de contourner la limitation de dons aux formations politiques. Plafonnés à 7 500 euros par personne, par parti et par an, les “dons de personnes physiques” peuvent se multiplier avec les formations périphériques et “clubs”. Une fois abondés, ces derniers prennent en charge une partie des dépenses de campagne du candidat ou reversent l’argent au titre de “l’aide financière à d’autres formations politiques”, augmentant ainsi les sources de financement. Steeve Briois nous a confirmé avoir reçu des dons de personnes physiques sans en préciser le montant, indiquant seulement avoir pour l’instant principalement levé de l’argent par emprunt. Sur l’avenir de “Jeanne”, il ajoute :

Jeanne est une structure politique qui a vocation à participer au débat public, puisqu’elle est reconnue comme parti. Nous verrons si elle joue ou non un rôle dans la campagne, nous en discuterons dans les semaines à venir.

Pour l’instant, le microparti de Marine Le Pen a dépensé ses premiers deniers à l’occasion des élections cantonales de 2011, une aide qu’avait déjà évoqué un confrère de l’Express dans un livre consacré à la nouvelle présidente du FN. Le mandataire financier confirme avoir soutenu les candidats estampillés FN par des prêts, “comme le fait le parti à chaque élection”. Selon Patrick Bassot, élu conseiller général du Vaucluse sous cette étiquette dans le canton Carpentras Nord, “Jeanne” a également fourni du matériel de campagne clef en main :

Pour la campagne des élections cantonales, des tracts reprenant l’argumentaire national de Marine Le Pen, que j’ai validé, nous ont été fournis par l’équipe de M. Briois. J’ai fait une campagne sur mes propres fonds a minima, quelque chose comme 5 000 euros. Je n’ai pas reçu de prêt mais le Front national m’a apporté son aide par le biais de ce matériel reprenant les thèmes de campagne de la candidate.

Interrogé à ce sujet, Steeve Briois confirme avoir réalisé des “tracts personnalisés de quatre pages, cartes postales, etc.” mais en aucun cas à titre gracieux, uniquement à l’occasion de prêts aux candidats.


Illustration : Marion Boucharlat pour OWNI.fr.

piqué au tas sur oxni.com - 25/11/2011

Jeanne, l’autre parti de Marine Le Pen

Fondée fin 2010, cette structure affiche déjà des recettes de 2 millions d’euros.

Elle a créé ce parti en toute discrétion. Alors que le Front national connaissait de graves problèmes financiers, les amis de Marine Le Pen déposaient le 9 novembre 2010 les statuts d’une structure baptisée « Jeanne », référence à Jeanne d’Arc. Installé sur la très chic avenue Victor-Hugo dans le XVIe arrondissement de Paris, ce microparti, où le nom de Marine Le Pen n’apparaît pas, a enregistré pour sa première année d’existence 1,98 million d’euros de recettes. Une jolie somme récoltée en grande partie grâce à l’argent versé par... les candidats du FN aux élections cantonales. Le système est simple : Jeanne centralise les dépenses de campagne des candidats auprès de différents prestataires (site Internet, logo, frais d’imprimerie).

Marine Le Pen espère marcher sur les pas de son père, qui possède également son propre parti, Cotelec

Et les facture ensuite à ces mêmes candidats. Avoir son propre parti offre aussi à Marine Le Pen la possibilité de faire appel aux dons de particuliers en dehors du FN. Si elle n’a récupéré que 11 500 euros en 2011, elle espère marcher sur les pas de son père, qui possède également son propre parti, Cotelec (abréviation de « cotisations électorales »). Celui-ci a drainé 2,3 millions d’euros de dons entre 2003 et 2010 et encore 240 000 euros en 2011. Grâce à cet argent, Cotelec a longtemps aidé le FN à se maintenir à flots financièrement, au point d’en devenir l’un des principaux créanciers. Courant 2011, la vente du Paquebot, le siège du FN, a permis à Cotelec de récupérer les 2,6 millions d’euros que lui devait le parti d’extrême droite. L’opération a aussi désendetté le FN – de 9,5 à 2,7 millions – et lui a fait réaliser un bénéfice de 6 millions en 2011.

piqué au tas sur parismatch.com - 25/11/2012

Frédéric Chatillon, l’imprimeur radical du Front national

 

Figure de l’extrême droite radicale, défenseur de la Syrie d’Assad et proche de Dieudonné, Frédéric Chatillon a joué un rôle majeur dans la campagne historique du Front national.

Les toutes petites lignes des tracts sont parfois aussi intéressantes que les slogans. Sur les dépliants du Front national distribués en cette période d’élection présidentielle, un numéro, en bas à droite. Ce numéro RCS (Paris B 400 363 198), qui identifie officiellement une entreprise, renvoie à une agence de communication. Pour tous les autres partis, ce numéro de société est celui d’une imprimerie (l’Imprimerie de Compiègne pour l’UMP par exemple).

Le Front national est le seul parti à faire appel à un intermédiaire officiel entre lui et les entreprises chargées de son matériel de campagne. Ces tracts, dépliants et affiches du Front national mènent tout droit à l’agence de communication Riwal. Parmi les clients de l’entreprise, la fondation Brigitte Bardot, des grosses entreprises de l’agro-alimentaire, des événements culturels, et le Front national. La société est fondée en 1995 par Frédéric Chatillon, ancien dirigeant du GUD, le syndicat étudiant d’extrême droite identifiable au rat noir qui lui sert d’emblème.

Le FN le décrit comme “un simple prestataire de services”, Marine Le Pen comme “un ami” connu à la faculté. Un camarade de beuverie, invité aux fêtes de famille. Mais l’ami de la famille joue dans les faits le rôle de conseiller en communication : c’est lui qui a organisé le voyage en Italie de la candidate à la rencontre des nostalgiques de Mussolini, comme le montre le documentaire “La Face cachée du Front national” (Canal +).

Cette proximité avec Frédéric Chatillon peut expliquer l’embarras de Marine Le Pen, lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur la Syrie sur les ondes de France Inter il y a deux mois. En effet, le quarantenaire est surtout connu pour défendre ouvertement le régime syrien de Bachar al-Assad. Son agence prend en charge la communication du ministère syrien de Tourisme, il a contribué à lancer Infosyrie.fr, un site de “réinformation” sur le conflit syrien, domicilié à la même adresse et enregistré au nom de Riwal.

(Capture d’écran d’un article du site pixellibre.net)

Il est aussi de toutes les manifestations pro-Assad organisées à Paris.

Marié à une amie d’enfance de la candidate frontiste, Marie d’Herbais, la présentatrice du blog vidéo de Jean-Marie Le Pen, Frédéric Chatillon se rend régulièrement en Syrie et au Liban. Une photo immortalise sa rencontre avec Dieudonné et les Tlass, père et fils, fidèles du régime Assad occupant des postes importants dans l’armée syrienne. On l’aperçoit encore au procès de Dieudonné en 2009 lorsque l’humoriste avait remis le prix de l’infréquentabilité à Robert Faurisson, négationniste notoire. Proche d’Alain Soral selon Droites-extrêmes, il est également un soutien convaincu du régime iranien.

Idéologie et business

Dans le parcours de Frédéric Chatillon, l’idéologie côtoie le business : l’homme d’affaires profite largement du juteux marché du matériel de campagne du Front national. Pour les cantonales 2011, chaque candidat frontiste a reçu un courrier du micro-parti Jeanne fondé fin 2010. Une structure destinée à recueillir des fonds pour le nouveau FN de Marine Le Pen, parallèlement au micro-parti Cotelec, déjà existant mais traditionnellement attaché au nom de son père. Dans les statuts de l’association, le trésorier est Olivier Duguet, un ancien du GUD proche de Frédéric Chatillon. Cette lettre propose aux candidats un kit de campagne pour un montant d’au moins 2500 euros selon les options choisies (tracts sur l’islamisation et/ou l’insécurité par exemple) et une aide au financement par le biais d’un prêt à 6,5%. 500 candidats ont fait appel à ce prêt, pour un kit de campagne fabriqué par la fameuse agence Riwal, puisqu’on retrouve le même numéro RCS.

la suite sur lesinrocks.fr article de Laure Siegel

13:11 | Lien permanent | Commentaires (0) |

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