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14/12/2012

Bruno Tellenne, l'humoriste à droite de la droite...

 

Basile de Koch : l'épingleur épinglé

Le frère de Karl Zéro et ancien nègre de Charles Pasqua attend son procès en appel dans l'affaire des emplois fictifs de l'Essonne. Bruno Tellenne emprunte à Oscar Wilde sa devise : « Tout ce qui vous arrive vous ressemble. » Et quand ce qui lui arrive ne lui ressemble pas, il tente d'y ressembler malgré tout. Pour doubler ses chances de tomber juste, il s'est dédoublé lui-même. Bruno Tellenne, alias « Basile de Koch », aplanit ses paradoxes en s'arrimant à un édifice savamment construit.

Regrettant de ne pouvoir être un « honnête homme du XVIIe siècle », il a choisi de jouer les virus « de ce stupide XXe siècle ». Mais l'anticorps ne fonctionne plus. Dans une boîte de nuit de l'Etoile, Basile de Koch a réuni les fidèles de son groupe d'édition satirique Jalons, spécialiste des pastiches de journaux et des manifestations absurdes, comme celle qui a été organisée en 1985 contre le froid, au métro Glacière. Il s'apprête à célébrer le lancement de son nouvel ouvrage, « Le manifeste foutiste » (1), qui dévoile le « vrai secret du bonheur », décliné en une cinquantaine de commandements. Une foule de cravatés hystériques attend l'entrée en scène de son prince. C'est un héros à triste figure, suant, les yeux clos, qui entreprend, en claudiquant sur un tendon d'Achille sectionné, l'ascension de l'estrade. La stature est imposante, la posture vacille, débraillée, le discours flanche. « Il est déprimé, angoissé, il n'a plus la niaque », confie son épouse et associée, Frigide Barjot.

Depuis ce 14 décembre au tribunal correctionnel d'Evry, qui le condamne à six mois de prison ferme et à plus de 800 000 francs d'amende pour avoir bénéficié d'un emploi fictif au conseil général de l'Essonne, de Koch masque difficilement Tellenne. Xavier Dugoin avoue deux collaborateurs virtuels : Xavière Tiberi et Bruno Tellenne. L'une échappe au jugement, l'autre plonge. « La prison, je ne supporterai pas. Quand on n'a pas voulu faire son service militaire, quand on déteste les ascenseurs, quand on a même arrêté le métro de peur qu'il ne s'arrête tout seul entre deux stations, on n'envisage pas d'un coeur léger d'aller en taule. » Inconcevable, en effet, pour celui qui a érigé, depuis l'enfance, l'insubordination en credo, au point de « se rouler par terre pour ne pas avoir à subir l'embrigadement des scouts ». Il se veut insoumis. Et a pourtant passé plus de quinze ans dans l'ombre des autres. La fonction lui colle à la peau. Nègre. Dix ans à écrire les discours de Pasqua, après ceux de Michel Poniatowski, Raymond Barre, Simone Veil. Mais, s'il a prêté sa plume, il dit n'avoir jamais dérogé à ses convictions.

Refusant d'être un simple pion sur l'échiquier partisan, ce diplômé de droit et de sciences politiques, fils brillant d'un ancien inspecteur des Affaires culturelles auprès de Malraux, a rejeté tous les mandats qui s'offraient à lui. Pour leur préférer le petit royaume de Jalons, où, « président autoproclamé à vie », il est seul maître à bord. « L'esprit public n'est pas capable d'entendre ce que j'ai à dire au premier degré », plastronne-t-il. Alors il choisit le vocabulaire codé de la parodie. Au risque de se heurter, à nouveau, aux écueils de la contradiction. Comme quand il prépare un pastiche du Figaro Magazine en collaboration avec SOS-Racisme, et qu'il officie, simultanément, au ministère de l'Intérieur pour Pasqua. Ou quand il réalise une satire de Voici, en continuant à remplir la chronique « Nightclubbing » de l'hebdomadaire People. « C'est excitant de naviguer au plus près, de voir jusqu'où on peut aller trop loin dans l'apparent paradoxe. »

Le discours politique de Jalons se perd dans un fumeux « tous pareils ». L'appartenance du maître, elle, est indubitable. Bruno Tellenne est de droite. « Mais au niveau philosophique, nuance-t-il. Parce que la pensée rousseauiste, matrice de toutes les utopies de gauche, qui conçoit l'homme comme un bon sauvage corrompu par la société, est radicalement incompatible avec l'ontologie chrétienne fondée sur le péché originel. » Ce fervent catholique, pupille des jésuites du collège Franklin et assidu à la messe dominicale - « celle de 19 heures, parce que le réveil est difficile » -, s'affirme donc de « non gauche ». Au point d'avoir participé aux écrits du Club de l'horloge, pour des personnages comme Yvan Blot et Jean-Yves Le Gallou, alors membres de la droite « civilisée », et partis, depuis, vers l'extrême. Ajouté à l'estampille du Pasqua de l'époque Malik Oussekine et aux affinités non électives des années Assas, ce cheminement vaut à Bruno Tellenne toute l'attention de ceux qu'il appelle les « chasseurs de nazis ». Un ancien de Jalons raconte une soirée du groupe où « les deux filles Le Pen se fendaient la pêche ». Tellenne se défend : « Je n'ai jamais souhaité leur présence. C'était un coup bas. » Lorsque les accusations se font publiques, il attaque. Quand Dechavanne lui attribue une participation à la revue du FNJ Béret Baguette, Tellenne obtient en référé la diffusion immédiate d'un démenti. Il engage une procédure contre L'Evénement du jeudi, qui le qualifiait, en 1995, d'ancien membre d'une association étudiante d'extrême droite. La Cour de cassation a considéré que l'imputation était diffamatoire.

« J'ai toujours eu à souffrir du sectarisme des gens de gauche. » Quand le petit frère, Marc, alias « Karl Zéro », lance « Le vrai journal », il s'adjoint les services de Bruno, pour animer l'improbable « revue de presse de la semaine prochaine ». Surtout pour l'aider à préparer ses interviews poli- tiques. Car le bon élève, c'est Bruno. Le seul des quatre frères de cette famille bourgeoise du 7e arrondissement à avoir obéi à « l'amicale pression » du père, normalien et agrégé de lettres, qui le pousse à s'inscrire en hypokhâgne. Mais les reporters de l'agence Capa, imposés par la direction de Canal, s'insurgent contre cet intrus du bord adverse. Jusqu'à mettre en demeure l'animateur de se débarrasser du frangin. « Quand j'ai un emploi fictif, ils ne sont pas contents, et quand j'en ai un vrai, ils me l'enlèvent ! » Sans rancune pour Karl Zéro, qui n'y est pour rien. D'ailleurs, depuis la mort du père, ils ont promis à « Maman Bonheur », écrivain, qui les suit dans toutes leurs activités, de rester proches. Dans la future version papier du « Vrai journal », Karl avait un temps envisagé de confier à Bruno le cahier « pas sérieux ». Finalement, la collaboration ne se fera pas. Mais c'est l'intention qui compte : « Comme je suis de droite, je suis réduit aux pignolades. » Une de plus qui se serait fondue dans un CV que Bruno-Basile a voulu à son image. A 42 ans, il s'enorgueillit de pouvoir afficher « exempté du service national pour myopie choroïdosale, aboyeur au restaurant de l'hôtel Commodore, prof d'histoire à l'Ecole centrale d'électronique, située... rue de la Lune ! ». Les parodies de Jalons - Le monstre, Laberration, Le cafard acharné - côtoient un titre de responsable ès pages « Idées » du Quotidien de Paris et l'adaptation française de la comédie musicale « My Fair Lady ». Mais aujourd'hui, hormis sa rubrique dans Voici et quelques piges pour Psychologies, il a choisi de se concentrer sur Jalons.

Son plus beau rôle res-te la coéducation à temps plein du « nain », comme il désigne son fils, Bastien, 2 ans. De son passé politique il garde de bonnes relations. Sa meilleure amie est la chef de cabinet de Pasqua. L'ancien patron demande toujours des nouvelles du trublion. Mais il n'a pas apprécié qu'à la barre Bruno ironise : « Après dix années au service de Charles Pasqua, j'étais en surnombre. Avec ses fonctions, l'entourage de Pasqua s'était démultiplié. Des plumes... il en avait absolument partout, si j'ose dire. » La boutade n'était pas non plus du goût de la présidente du tribunal. Pour le procès en appel, les avocats lui conseillent d'adopter profil bas. Ça tombe bien : il n'a plus envie de rire.

Par Lisa Vaturi

 

piqué au tas sur lepoint.fr - 21/04/2000

Les juges dénichent deux salariés insolites chez Xavier Dugoin . Basile de Koch et un vice-président des Hauts-de-Seine, proches de Pasqua, ont été employés par le patron de l'Essonne.

La liste des personnalités du RPR salariées par le cabinet de Xavier

Dugoin, le président du conseil général de l'Essonne, s'allonge. Les juges Chantal Solaro et Dominique Pauthe, lors d'une perquisition effectuée au conseil général de l'Essonne, ont découvert deux nouveaux contrats de travail qui ont vivement retenu leur attention. Sans doute parce qu'ils concernent deux proches de Charles Pasqua, président RPR du conseil général des Hauts-de-Seine. Les deux magistrats enquêtaient à Evry sur des salaires présumés fictifs au bénéfice de Xavière Tiberi, épouse du maire de Paris, et de la propre épouse de Xavier Dugoin, employée par son mari sous son nom de jeune fille, Marie-Aline Hugot. Selon le Parisien, qui révélait ce nouvel épisode de la saga Dugoin dans son édition de samedi, ces contrats entraient dans le cadre des «emplois de cabinet» et ne dépendaient, tout comme les précédents, que du président. La première convention concerne Bruno Tellenne, plus connu sous son pseudonyme Basile de Koch. Frère de l'animateur Karl Zéro, Bruno Tellenne est directeur d'une société d'édition de journaux satiriques. Il fut aussi, pendant plusieurs années, le «nègre» de l'ancien ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua, dont il rédigeait les discours. La perquisition effectuée à Evry aura permis de découvrir qu'il ne sera pas resté longtemps au chômage.

Fin 1992, Tellenne quitte Pasqua. Rupture non conflictuelle puisque ce serait l'ancien ministre lui-même qui aurait demandé à Dugoin de récupérer Tellenne. De décembre 1992 à juin 1995, pour 20 000 francs par mois, Bruno Tellenne affirme avoir rédigé les allocutions du patron RPR de l'Essonne. «J'ai écrit les discours de Dugoin après ceux de Pasqua», explique-t-il. Et d'ajouter: «Le niveau intellectuel a un peu baissé, c'est tout!» Pas à une perfidie près, le frère de Karl Zéro précise: «Dans mon cas, cela n'a rien d'un salaire fictif...» Comme Xavière Tiberi, le plumitif ne mettait pas les pieds à Evry, se contentant d'envoyer par fax, trois à quatre fois par mois, le fruit de ses travaux.

Bruno Tellenne, comme d'autres proches du patron de l'Essonne, avait fréquenté, avant le RPR, une droite plus musclée. Un membre du cabinet de Dugoin s'était même étonné, en arrivant à Evry, de retrouver tant «d'anciens» des syndicats étudiants d'extrême droite. Certains avaient gardé l'esprit potache. L'un des «nègres» du président raconte qu'il avait l'habitude de glisser dans les discours de son boss des citations d'Hitler ou de Staline. L'orateur n'y aurait vu que du feu.

L'autre salarié surprise est tout aussi étonnant. Xavier Dugoin avait embauché à ses côtés rien moins que le deuxième vice-président RPR du conseil général des Hauts-de-Seine. Alain Aubert effectuait, paraît-il, une mission de «conseiller politique». On ne connaît ni le montant de ses émoluments ni la teneur de ses conseils.

Rien ne prouve pour l'heure que l'emploi de ces deux personnes entraîne de nouvelles actions judiciaires. L'épouse du maire de Paris, elle, a été mise en examen pour «recel de détournements de fonds publics». Xavière Tiberi aura enfin l'occasion de connaître Evry. Elle doit y être entendue jeudi par le juge Dominique Pauthe.

Par PIVOIS Marc

piqué au tas sur libé.fr - 16/12/1996

20:04 | Lien permanent | Commentaires (0) |

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