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25/12/2012

L'Allemagne exporte son armement

Monde, Angela Merkel , Allemagne, armement, Europe, exportation, armes, Défense,Sécurité

Selon le Sipri, un institut suédois qui effectue chaque année un classement des ventes d'armes et de services militaires, l'Allemagne serait le troisième fournisseur au monde sur la période 2007-2011, avec une part de marché de 9 %, derrière les Etats-Unis (30 %) et la Russie (24 %), et devant la France (8 %). Mais, dans un classement publié en août par le Congrès américain, l'Allemagne figure en quatrième position, avec un volume d'affaires de 9,3 milliards de dollars entre 2008 et 2011, soit la moitié de la France, qui est troisième.
«Dans le passé, la politique allemande contrôlait l'industrie de l'armement sans intervenir, mais, depuis environ dix ans, la chancellerie soutient activement les exportations d'armes » , souligne Guido Steinberg, expert à la Fondation pour la science et la politique (SWP). S'il y voit un moyen de stabiliser certaines régions, il craint que des chars allemands soient utilisés lors de soulèvements populaires.
THIBAUT MADELIN

lesechos.fr - 3/12/2012


A qui l'Allemagne vend-elle ses chars Leopard ?
« Une stratégie de sécurité avec un effet boomerang » - c’est ainsi que Jan Grebe, l’expert principal du Centre international de conversion de Bonn (BICC) a décrit la politique de l’Allemagne dans le domaine de l’exportation des armes. Son point de vue n’est qu’un parmi de nombreux autres, exprimés au cours des discussions sur la livraison des armes aux pays qui ne sont pas membres de l’OTAN ou de l’UE par les entreprises allemandes du secteur militaro-industriel.
Les vives discussions qui ont éclaté entre les hommes politiques et les experts à ce sujet furent provoquées par les transactions avec des pays comme l’Arabie saoudite, le Qatar, Israël ou l’Indonésie sur les ventes de l’armement. Selon les informations qui ont été révélées par la presse, l’Arabie saoudite aurait envoyé une demande officielle à l’Allemagne pour l'achat de plus de 200 nouveaux chars d'assaut Leopard-2 et des centaines de véhicules blindés Boxer dernière version. Le Conseil de sécurité de l’Allemagne a alors approuvé cette transaction.
On a également appris qu’avant la fin de l’année 2012, l’Indonésie compte acheter à l’Allemagne 100 chars Léopard-2 et 50 blindés légers Marder. La transaction pour la livraison en Israël d’une série de lance-grenades perforants et de bombes puissantes visant à détruire des bunkers souterrains a également été conclue. Ces armes, comme le supposent les experts, pourraient notamment être utilisées pour porter des coups contre les installations nucléaires en Iran. Le cabinet de Merkel a approuvé les exportations d'armes pour un montant total de 5,4 milliards d'euros. Et 42 % de ce volume sont destinés à des pays « tiers », dont les Emirats arabes unis, l’Algérie, l’Iraq et Singapour.
Ces résultats figurent dans le rapport du gouvernement sur les exportations de l’armement en 2011 présenté en Allemagne le 14 novembre dernier. Le fait même de l’apparition d’un tel rapport à la fin de cette année a suscité l’indignation des députés d’opposition au Bundestag et l’étonnement de certains experts militaires. Ils accusent le gouvernement allemand de les informer d’un des éléments principaux de sa stratégie de sécurité à posteriori, un an après les faits. Evidemment, selon la législation, le parlement n’est pas à même de contrôler cette activité, qui est encadrée par plusieurs textes législatifs. En principe, elle est fixée par la législation des autres pays qui se spécialisent dans l’exportation des armes, explique le directeur adjoint de l'Institut de l'analyse politique et militaire Alexandre Khramtchikhine.
« L’organisation de l’exportation des armes est en général une affaire intérieure de chaque pays, et dans ce cas précis, celui de l’Allemagne. C’est vraiment leur affaire ».
L’expert des questions de l’armement du Centre international de conversion de Bonn (BICC) Marc von Boemken considère que le fait de régler les questions concernant l’exportation de l’armement « en comité fermé » n’est pas approprié et se prononce pour davantage de transparence dans ce secteur.
« Toutes les décisions sont prises par le Conseil de sécurité fédéral, qui se réunit à huis clos. Par conséquent, nous ne connaissons pas les mesures qui ont été prises et si elles sont vraiment justifiées. Nous avons un gros problème avec la transparence dans ce domaine. Nous pensons que nous pourrions nous joindre plus activement aux débats qui sont en cours dans la société d'aujourd'hui ».
Les lois et les bénéfices sont certes des arguments importants dans le domaine de l’exportation de l’armement, mais il y a également des raisons politiques, estiment les experts. Les médias citent dernièrement les propos d'Angela Merkel concernant le fait que l'exportation d'armes vers des pays avec des régimes « amicaux » est un « instrument de la paix ». Mais comme l’affirme Jan Grebe du BICC, les matériels comme le Leopard-2 et le Marder sont exportés vers des zones de tension, déstabilisent la situation qui est déjà tendue dans ces régions, ce qui risque de revenir vers l’Europe sous forme d’effet boomerang. « Berlin a déjà emmêlé l’écheveau dans le Moyen-Orient », indique un commentaire à ce sujet. Peut-être que ces « prédateurs blindés » qui luttent pour la liberté, peuvent encore être contrôlés. /L
Oleg Severguine - ruvr.ru - 11/12/2012

Guerre et armement : la doctrine Merkel
Près de la moitié des exportations d'armes allemandes partent dans des Etats qui ne sont membres ni de l'UE ni de l'OTAN. Plutôt que d'aller se battre, mieux vaut livrer des armes à ses alliés, même si ce sont des dictatures. Telle est la politique de la chancelière.
S'il y a une chose que les Allemands savent bien faire, ce sont les blindés. Dans toutes les variantes, avec des roues, avec des chenilles, pour le combat, pour le transport. Tout ce qui prévaut pour l'automobile allemande - progrès de la technique, plaisir de conduire - s'applique également et surtout aux blindés allemands : si c'est du bon, c'est du teuton. Les Allemands pourraient être fiers de leurs blindés. Ils ne le sont pas. Si on posait la question aux gens, la plupart seraient contre les ventes d'armes. Quand on est un tant soit peu sain d'esprit, on ne souhaite pas gagner de l'argent sur la mort des autres. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : fabriquer un bon blindé signifie qu'il tue bien.
C'est là un mot impropre. Dans le commerce des armes, on ne parle pas de tuer, on préfère utiliser le mot de "responsabilité." Comme dans ce discours mémorable qu'Angela Merkel a tenu il y a un an, s'étendant longuement sur l'Allemagne consciente de "sa responsabilité dans le monde" et sur les "pays émergents" qui devaient "prendre davantage de responsabilités." Ce faisant, Merkel avait énoncé le principe d'une nouvelle politique allemande en matière d'armement : la doctrine Merkel. Le cœur de cette doctrine est le suivant : plutôt que d'aller eux-mêmes se battre, mieux vaut que les Allemands fournissent des armes à leurs alliés. Même si les dits alliés sont des dictatures.
Le jour où on voudra déterminer quelles étaient exactement les positions d'Angela Merkel, tant elle a changé d'orientation - au moins une fois, en général plus souvent - sur nombre de questions essentielles tels l'énergie nucléaire, le sauvetage de l'euro ou bien encore la conscription. Mais on se souviendra d'elle pour cette nouvelle doctrine car celle-ci rompt avec la tradition (ouest-)allemande qui était la ligne directrice au moins théorique et parfois pratique en matière de vente d'armes et qui veut qu'on évite de vendre des armes aux dictateurs.
Des contrats en vue dans le Golfe
Ce ne sont pas des paroles creuses : 42% des exportations d'armes allemandes vont désormais à des Etats tiers, c'est à dire des Etats qui ne font partie ni de l'UE ni de l'OTAN. Or le chiffre n'était que de 29% il y a encore deux ans. En 2011, on a appris que le gouvernement avait donné un avis favorable à la vente de 270 chars Leopard-2 à l'Arabie Saoudite. Der Spiegel rapporte cette semaine à la une que les Saoudiens sont revenus à la charge et entendent passer commande pour quelques centaines de véhicules blindés supplémentaires, de type Boxer. Le Qatar est également intéressé et il y a longtemps que l'Allemagne fait des affaires juteuses avec les Emirats Arabes Unis.
Ces ventes d'armes sont immorales parce que les blindés allemands risquent fort d'être déployés contre l'opposition plutôt que contre des troupes ennemies. Et elles sont déraisonnables parce que les Leopard seront encore en état de marche lorsque la dynastie des Saoud aura été renversée par une révolution islamique. Les F14 Tomcats que les Etats-Unis avaient livrés au chah d'Iran ne sont-ils pas désormais aux mains des pilotes des mollahs ?
Seul un débat public pourra mettre un terme à l'hypocrisie des ventes d'armes allemandes. Il faut en finir avec les décisions secrètes du Conseil fédéral pour la Sécurité, qui se réunit sans que le Parlement et l'opinion aient leur mot à dire. Un parti qui se dit chrétien [comme l'Union chrétienne-démocrate (CDU) d'Angela Merkel] devrait s'inquiéter de sa crédibilité sur cette question. Mais surtout, il devrait s'inquiéter pour ses électeurs car ceux-ci désavouent ce genre de pratique. La CDU se cherche. La Basse-Saxe élira son parlement en janvier, le pays ses députés au Bundestag à l'automne prochain. La CDU se dispute avec les Verts pour savoir qui est le meilleur citoyen du pays. Elle s'étonne de ne pas bien passer auprès des citadins et des jeunes. Elle vient de perdre les élections municipales à Karlsruhe. Elle ne dirige plus aucune grande ville du sud-ouest. Comment Angela Merkel va-t-elle expliquer à ses électeurs qu'elle compte fournir le char le plus moderne au monde à un pays dans lequel les femmes n'ont pas le droit de conduire ?
  Der Spiegel Jakob Augstein 7 Décembre 2012
courrierinternational.com

Merkel va-t-en guerre
"Des armes allemandes pour le monde entier," titre Der Spiegel avec le portrait d'Angela Merkel en tenue militaire. Dans son édition du 3 décembre, l'hebdomadaire de Hambourg - qui a déjà irrité la chancelière ces derniers mois en rendant publiques des informations classées secret défense sur "la nouvelle politique allemande de l'armement" - révèle les "deux points explosifs" à l'ordre du jour de la réunion du Conseil fédéral de sécurité le 26 novembre : la livraison d'armes antichars à Israël et une nouvelle demande de livraison de véhicules blindés à l'Arabie saoudite.

"La chancelière est prête à donner sa bénédiction à des exportations d'armes qui étaient jadis taboues ; pour Merkel, des Etats autoritaires peuvent aussi être des partenaires, dès lors qu'ils s'engagent dans un sens qui convient à l'Allemagne." Cette "doctrine Merkel" - qui aboutit au "surarmement d'une région explosive" - a déjà conduit à négocier des livraisons de chars Leopard à l'Arabie saoudite et au Qatar, de frégates à l'Algérie et de sous-marins à Israël et à l'Egypte.
courrierinternational.com

Quand l'Allemagne bloque une vente d'armes françaises
La fabrication et la vente de 350 véhicule blindés de conception française est bloquée par l'Allemagne, selon le journal «Les Echos». 264 véhicules de transport de troupe Aravis fabriqués par le groupe d'armement Nexter, ainsi que 15 ambulances et 68 véhicules MPCV de défense anti-aérienne construits par Lohr, ne peuvent être livrés à l'Arabie saoudite, malgré les contrats passés entre Paris et Riad.
Le problème vient de ce que ces véhicules possèdent des châssis fabriqués par Mercedes. Or ces châssis étant destinés à un usage militaire, ils ont besoin d'une autorisation d'exportation que Berlin n'a pas délivrée.
Alors que plusieurs centaines de millions d'euros sont en jeu, le président de la société Lohr assure pourtant avoir obtenu de Mercedes «des assurances officieuses que les autorisations allaient être délivrées dès le début de 2013».
Il demeure néanmoins la question de la véritable motivation de ce blocage. Freiner la politique de coopération en matière de défense entre Paris et Berlin ? Favoriser la vente de matériel allemand ? Un spécialiste du secteur cité par «Les Echos» explique que «si on a des problèmes pour exporter même avec un pays ami comme l'Allemagne, alors il y a des questions à se poser».
LeParisien.fr - 24.12.2012

08:12 | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

Quand je pense que l'Algérie achète des frégates aux allemands et ne peut
rembourser 600 millions d'euros de SECU à la France.

Nous sommes trop C....

Écrit par : Bellet | 25/12/2012

La priorité que donnent certains gouvernements à effectuer des achats de matériels militaires plutôt que de tenter de rembourser leur dette n'est pas l'apanage des pays étrangers.
Le drone Male figure au projet de budget français de la Défense en 2013, maintenu a 31,4 milliards d'euros, comme en 2012, alors qu'à la fin du deuxième trimestre 2012, la dette publique s’établit à 1 832,6 milliards d’euros (source INSEE)
http://www.insee.fr/fr/themes/info-rapide.asp?id=40
Provenances du pétrole brut importé en France en 2011:
Algérie : + de 4 millions de tonne, soit une augmentation de 354% par rapport à 2010 (source INSEE)
http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF11348
Nous sommes effectivement vraiment très c..., mais à cela le peuple Algérien n'y peux absolument rien...

Écrit par : fred | 25/12/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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