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30/12/2012

“Les Ch’tis d'Allah” : de Roubaix au djihad

Dans un documentaire glaçant, Olivier Pighetti remonte une des sources du djihadisme international jusqu'en Bosnie. A voir ce lundi 12 novembre, à 23h20, sur France 3.

Le 10/11/2012 à 00h00 - Mis à jour le 13/11/2012 à 16h27
Propos recueillis par Hélène Marzolf - Télérama n° 3278

Dans Les Ch’tis d'Allah, le gang de Roubaix, Olivier Pighetti retrace l'épopée du « gang de Roubaix », qui, en 1996, terrorisa le Nord de la France. A sa tête, deux Français convertis à l'islam et formés à l'action violente pendant la guerre de Bosnie. Par le prisme de ce fait divers, il revisite des aspects méconnus du djihadisme international.

Pourquoi vous être intéressé à ce sujet ?
L'idée m'est venue l'année dernière lorsque, pour mon film Le 11 Septembre raconté par al-Qaida, j'ai rencontré des membres du réseau partout dans le monde. Chaque fois, j'ai été confronté à des gens éduqués, auxquels je pouvais m'identifier, ce qui m'a conduit à me demander comment ils avaient pu basculer dans la terreur. Je me suis alors souvenu du gang de Roubaix, dont les chefs étaient deux chrétiens convertis à l'islam. Partis en Bosnie, Christophe Caze et Lionel Dumont (1) se sont fait enrôler, comme d'autres étrangers, par la milice extrémiste El Moujahidin (ou El Moudjahid). Je me suis dit qu'il serait intéressant de partir de l'histoire de ces Français, pour comprendre comment des jeunes gens intégrés dans la société ont pu verser dans une telle violence. Au départ, le documentaire devait être diffusé au moment de l'affaire Merah. Mais celle-ci intervenant juste avant la présidentielle, la chaîne a eu peur que le film ne soit instrumentalisé et ne fasse le jeu de Nicolas Sarkozy.

Le film résonne-t-il dans l'actualité ?
Je pense que le contexte de l'époque était différent. Caze et Dumont ont sombré dans le terrorisme, mais, au départ, leurs motivations étaient quasi humanitaires. Il faut se souvenir que le conflit des Balkans a poussé énormément de Français à se mobiliser. Face aux atrocités que l'on attribuait aux Serbes ou aux Croates, les jeunes prenaient fait et cause pour les Bosniaques… Aujourd'hui, il me semble que des gens comme Merah ne sont pas animés, au-delà de leur révolte, par le même idéalisme.

Vous expliquez que le djihad en Bosnie a été à l'origine des réseaux al-Qaida.

La Bosnie a constitué un moment charnière du djihadisme international, car ce conflit a fait le lien entre les « Afghans » – les musulmans des pays arabes ayant combattu les Russes en Afghanistan – et l'Europe. De nombreux combattants européens, comme Caze et Dumont, sont rentrés de Bosnie enragés par les atrocités de la guerre, et ont voulu poursuivre le djihad chez eux. A cette époque, il y a d'ailleurs eu en Europe des centaines d'arrestations… C'est en Bosnie que se sont formés une partie des futurs cadres d'al-Qaida, ceux qui, plus tard, ont participé à l'attaque contre l'USS Cole [en 2000] ou au 11 septembre 2001. Et Ben Laden lui-même s'est rendu en Bosnie, et a rencontré le président Izetbegovic. Il semblerait même qu'il ait obtenu un passeport bosniaque…

Ces faits sont-ils reconnus ?
Pas vraiment. Izetbegovic a toujours nié que Ben Laden lui ait rendu visite. Quant à la brigade El Moujahidin, les militaires locaux connaissaient son existence, mais le monde extérieur était tellement concentré sur les problèmes entre Serbes, Croates et Bosniaques que les exactions de cette milice sont passées relativement inaperçues.

Comment fonctionnait la brigade El Moudjahidin ?
Elle n’a pas immédiatement existé en tant que telle. Au tout début, les djihadistes – tous des combattants étrangers – ont été intégrés dans l’armée bosniaque. Mais des dissensions sont vite apparues. Les tenants de la guerre sainte considéraient les soldats de l’armée comme des pleutres. Surtout, ils leur reprochaient de ne pas obéir aux lois de la charia et ne supportaient pas que les Bosniaques fument, boivent, ou écoutent de la musique. Les combattants étrangers ont donc fini par créer une milice indépendante, sous contrôle de la présidence. Celle-ci était d’autant plus redoutable que ses membres n’avaient pas peur de mourir au combat, contrairement aux Bosniaques. Au début la brigade était composée d’une centaine de membres. Mais sur toute la durée de la guerre, entre 5 000 et 8 000 hommes se sont relayés. Ils étaient implantés dans différentes zones, allaient dans les endroits les plus dangereux lorsqu’il fallait regagner une position prise par les Croates ou les Serbes. Ils ont d’ailleurs réussi des coups incroyables grâce à leur vaillance.
Dans ce film, vous abordez le rôle de pompiers pyromanes qu’ont joué les Américains dans le conflit bosniaque. Et vous êtes même revenu sur ce sujet depuis, dans un autre documentaire intitulé Guerre de Bosnie, les combattants d’Allah
Dans ces deux enquêtes, j'explique comment, par peur que la Serbie tombe entre les mains des Russes, la CIA a coordonné l’ensemble des troupes de djihadistes, financées par l’Arabie saoudite ou l’Iran. Les Etats-Unis ont même directement entraîné des combattants. Donc l’Amérique a créé ce monstre, et s’est rendue compte à la fin de la guerre qu’il était devenu incontrôlable. Exactement comme en Afghanistan dans les années 80, lorsque les USA ont soutenu les Talibans contre les Russes… L’histoire se répète à chaque fois.

Quel a été le rôle du président bosniaque dans tout cela ?
Alija Izetbegovic a toujours joué double jeu. D’un côté il se rangeait du côté des Américains, et recevait leur aide pour obtenir des informations ou gagner des positions. Et de l’autre côté, il a soutenu la brigade El Moudjahidin, lui a permis d’être le fer de lance de l’armée bosniaque, alors même qu’elle commettait des crimes de guerre.

Comment avez-vous obtenu les séquences rares que l'on voit dans le film ?

J'ai fait travailler des enquêteurs. Nous avons récupéré des images provenant de la brigade El Moujahidin, par le biais d'un ex-militant, mais aussi par celui des services secrets bosniaques et du TPI (Tribunal pénal international) de La Haye. Concernant les entretiens, j'ai réussi, en passant par une famille de détenus, à obtenir un rendez-vous téléphonique avec Lionel Dumont, aujourd'hui enfermé à la prison de la Santé. Ce qui relève du miracle, car il est particulièrement surveillé, et je ne sais même pas si l'administration pénitentiaire est au courant de ce coup de fil. En Bosnie, nous avons pu rencontrer des militants et des ex-membres des services secrets ainsi que des anciens de la brigade El Moujahidin.

 

Ces derniers sont-ils encore nombreux ?
A la fin de la guerre, le président bosniaque a donné des passeports par centaines à tous ces combattants radicaux, pour qu'ils restent en Bosnie. Aujourd'hui, s'ils sont cinquante, c'est encore beaucoup. Et ils ont tellement peur de se faire expulser qu'ils se cachent et font profil bas.

.(1) Christophe Caze a été tué par les forces de l'ordre et Lionel Dumont est en prison.

4.png Les Ch’tis d'Allah, le gang de Roubaix, lundi 12 novembre 2012, à 23h20 sur France 3.


 

Bosnie-Kosovo : quand Allah s'en allait en guerre

Le Point.fr - Publié le 15/11/2012 à 09:46

Daniel Salvatore Schiffer (*) revient sur le destin de deux Français convertis à l'islam djihadiste et engagés dans l'armée bosniaque.

Ce lundi 12 novembre 2012 a eu lieu sur les antennes de France Télévisions, en deuxième partie de soirée, un événement médiatique d'une importance considérable (bien que notre pays n'y ait pas prêté l'attention qu'il méritait) : la diffusion sur France 3, dans le cadre de l'émission Docs interdits, d'un reportage, intitulé "Les Ch'tis d'Allah - Le gang de Roubaix", d'Olivier Pighetti, remarquable d'objectivité et de conscience professionnelle par la qualité de sa documentation. Une véritable mais salutaire onde de choc au vu du conformisme ambiant sur ce sujet !

Je ne reviendrai certes pas ici sur la folie meurtrière de ce tristement célèbre "gang de Roubaix" : celui-là même qui, commandé par deux Français (Christophe Caze et Lionel Dumont) convertis à l'islam djihadiste, terrorisa, de janvier à mars 1996, le nord de l'Hexagone, jusqu'à projeter de faire sauter, après avoir multiplié braquages et homicides, le G7 qui devait se tenir à Lille. Ces faits-là sont suffisamment connus pour que je ne m'y attarde pas. Mais ce sur quoi, en revanche, je souhaiterais me pencher ici, c'est sur les incroyables révélations qui ont émergé, à travers ce reportage, au regard de la vérité historique quant à ce terrible conflit qui ensanglanta, de 1991 à 1995, en plein coeur de l'Europe, la Bosnie.

Car c'est en cette tragique guerre civile qui vit alors s'affronter Serbes et Bosno-Musulmans, en cette partie des Balkans que l'on appelle désormais l'ex-Yougoslavie, que s'enracina, nous dévoila ce documentaire inédit, le fanatisme criminel de Caze et Dumont, lesquels s'étaient alors enrôlés, comme volontaires, dans l'armée bosniaque.

Djihad en Bosnie

Mais, attention, pas au sein de n'importe laquelle de ses divisions ! Non, dans sa brigade la plus férocement radicale et la plus violemment extrémiste : des fous d'Allah, regroupés sous le nom de "El Moudjahidin" et en contact direct avec "al-Qaida", venus expressément d'Afghanistan, du Pakistan ou du Maghreb pour non seulement faire la peau, au prix des pires atrocités (qui effrayaient jusqu'aux vrais soldats bosniaques eux-mêmes), aux Serbes orthodoxes, jugés "infidèles", mais, plus profondément encore, instaurer ainsi en Europe, via la Bosnie précisément, le premier État islamiste de son histoire !

Certes, soucieux de ne pas verser à mon tour en un manichéisme de mauvais aloi - la diabolisation des Serbes et, parallèlement, l'angélisation des Bosno-musulmans - ne ferai-je pas ici l'erreur, au contraire de bon nombre de mes pairs dans leur engagement d'alors, de réduire les forces régulières bosniaques à cette horde de dangereux intégristes. Mais, enfin, c'est tout de même avec ces terroristes de haut vol, dont certains furent impliqués directement (tel Mohammed Atta, chef du commando) dans l'attentat du 11 septembre 2001 à l'encontre des tours du World Trade Center, qu'Alija Izetbegovic, alors président de ces mêmes Bosno-musulmans, s'acoquina jusqu'à les décorer, pour services rendus à la cause bosniaque, des plus hautes distinctions militaires. Pis : certains journalistes, et non des moindres par leur crédibilité, assurent l'avoir vu s'entretenir un jour, dans le palais présidentiel de Sarajevo, avec Oussama Ben Laden en personne !

Fondamentalisme musulman

S'en étonnera-t-on vraiment, du reste, lorsque l'on sait que ce même Alija Izetbegovic, fondamentaliste musulman, écrivit, dans sa Déclaration islamique (parue, en 1970, à Istanbul, puis republiée, en 1990, à Sarajevo), qu'"il n'y a pas de paix ni de coexistence entre la religion islamique et les institutions sociales et politiques non islamiques". Une flagrante négation, cette affirmation, de l'une des valeurs suprêmes de nos sociétés modernes : la laïcité !

Et Izetbegovic, que certains des intellectuels les plus médiatisés ne cessèrent pourtant jamais d'encenser, d'ajouter ces mots funestes pour la sauvegarde de nos démocraties, sinon du sens de la fraternité entre les peuples : "Avant le droit de gouverner lui-même et son monde, l'islam exclut clairement le droit et la possibilité de la mise en oeuvre d'une idéologie étrangère sur son territoire. Il n'y a donc pas de principe de gouvernement laïque, et l'État doit être l'expression et le soutien de concepts moraux de la religion."

À propos : c'est encore un de ces barbares enturbannés, un certain Omar, dont les premiers faits d'armes remontent à son entraînement secret dans les camps djihadistes de Bosnie, qui égorgea sans pitié, à grand renfort d'insanes et tonitruants "Allah Akbar", le pauvre Daniel Pearl, auquel Bernard-Henri Lévy consacra un livre, "Qui a tué Daniel Pearl ?", dénonçant ce qu'il y qualifie, à juste titre, de "fascislamisme" (néologisme signifiant "fascisme vert").

Cette très idéologique brigade "El Moudjahidin", dont l'effroyable cruauté fit le déshonneur de l'armée bosniaque aux dires mêmes de ses officiers, n'avait rien à envier, d'autre part, à la division "Handzar" : celle-là même qui, lors de la Seconde Guerre mondiale, combattit, avec la bénédiction du grand mufti de Jérusalem, aux côtés des oustachis, ces nationalistes croates que les nazis considéraient comme leurs alliés les plus indéfectibles.

Une justice à géométrie variable

Nuances, toutefois ! Loin de moi la volonté, là encore, d'assimiler, par je ne sais quel outrageux amalgame, cet islamisme salafiste d'hier ou d'avant-hier à cet islam modéré que prône aujourd'hui cette Bosnie multiculturelle et pluriethnique qu'appelle de ses voeux tout authentique démocrate. De même, n'est-il en rien question, ici, de nier quoi que ce soit ni même de minimiser et encore moins de justifier les atrocités commises, lors de cette guerre de Bosnie, par les Serbesº: l'abominable siège de Sarajevo tout autant que l'innommable massacre de Srebrenica demeureront de honteuses taches sur le "curriculum vitae" des chefs politique (Radovan Karadzic) et militaire (Ratko Mladic) des Bosno-Serbes.

Mais, enfin, force est de constater tout de même, non sans regrets, que seuls ces derniers, parmi les anciens responsables de cet odieux conflit, siègent à l'heure actuelle, pour crimes contre l'humanité et autres exactions, sur le banc des accusés du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Alija Izetbegovic est mort, lui, de sa belle mort, tandis que le président croate Franjo Tudjman, antisémite notoire et révisionniste chevronné, a été inhumé, au lendemain de son décès, dans le carré réservé, dans le cimetière de Zagreb, aux "grands hommes". Et cela, sans qu'il ait jamais été inquiété lui non plus, au contraire de son homologue serbe, Slobodan Milosevic (dont la mort inopinée, dans sa cellule de La Haye, reste un mystère) par le TPIY.

Pis : l'actuel Premier ministre du Kosovo, Hashim Thaci, qui fut le commandant en chef, lors de la guerre de 1999, de l'Armée de libération (UCK) de cette ancienne région de la Serbie, n'a encore jamais été appelé à comparaître devant ce même TPIY malgré les graves crimes de guerre (trafics en tous genres, y compris d'organes humains prélevés sur des prisonniers serbes) dénoncés, à son encontre, par l'ancienne procureur, Carla del Ponte, de cette vénérable institution. C'est dire si la justice internationale ressemble étrangement là, par sa partialité, à un tribunal politique : un illégitime et inéquitable "deux poids deux mesures" qui, comme tel, s'avère tout sauf précisément juste !

Par DANIEL SALVATORSE SCHIFFER

(*) Philosophe, auteur de "Requiem pour l'Europe - Zagreb, Belgrade, Sarajevo" (Ed. L'Âge d'Homme), "Les Ruines de l'intelligence - Les intellectuels et la guerre en ex-Yougoslavie" (Ed. Wern, préface de Patrick Besson) et "Critique de la déraison pure - La faillite intellectuelle des 'nouveaux philosophes' et de leurs épigones" (François Bourin Editeur).

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