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06/01/2013

"Les féministes blanches et l’empire", ou le récit d’un complot féministe fantasmé

Sociologue et militante féministe, coordinatrice des Cahiers du féminisme (1977-1998), Josette Trat a souhaité proposer une réponse au livre de Félix Boggio Ewanjé-Epée et Stella Magliani-Belkacem - Les féministes blanches et l'empire - dont nous avons publié des "bonnes feuilles" sur notre site. 

 

Nous avons hésité avant de répondre à cet essai1 par souci de ne pas relancer une polémique qui a divisé la gauche radicale depuis plusieurs années. Mais après réflexion, il nous a semblé impossible d’ignorer ce pamphlet qui accumule les contrevérités historiques et les calomnies. Nous pensions avoir apporté dans notre livre collectif Cahiers du féminisme, dans le tourbillon du féminisme et de la lutte des classes2 des données suffisantes pour la clarification des enjeux de nos luttes et de nos choix en tant que féministes « luttes de classe » dans les quarante dernières années. Ce n’est pas le cas, du moins, pour les auteur.es de ce livre.

Cet essai correspond en effet à un véritable jeu de massacre : aucun courant du féminisme, excepté celui qui s’identifie directement à celui des Indigènes de la république ne trouve grâce aux yeux de F. Boggio Ewanjé-Epée et de S. Magliani-Belkacem3. On y retrouve d’ailleurs toutes les thématiques propres à ce courant : une lecture de l’histoire sociale et politique focalisée exclusivement sur le rapport colonial ou postcolonial ; le refus de prendre en compte la menace que représente pour l’émancipation des opprimé.es la montée conjointe du néolibéralisme économique, du néo-conservatisme et des fondamentalismes religieux dans le monde ; la subordination totale d’une perspective féministe à la lutte contre l’impérialisme et le post-colonialisme.

Les auteur.es se proposent de mettre en évidence les supposés « points aveugles » du féminisme « blanc »4 ou « hégémonique » concernant le racisme et la question coloniale ; il s’agit pour eux non pas d’analyser « l’instrumentalisation du féminisme » ou du mouvement LGBTI par l’impérialisme « à des fins racistes » mais bien de comprendre « les convergences d’intérêts », voire la « collusion »5 pure et simple entre l’impérialisme et l’orientation majoritaire au sein de ces différents mouvements. Ils prétendent nous révéler les racines profondes de ce « ralliement ».

C’est pourquoi ils nous invitent à remonter le temps en 100 pages en partant des « suffragettes » du début du XXe siècle pour déboucher sur le mouvement féministe des années 1970 et ses prolongements. Ce dernier, même s’il a mené des luttes internationalistes, aurait été incapable de prendre en compte la situation des femmes les plus opprimées, celles des femmes immigrées et de leurs filles. Nous n’aurions pas compris l’importance du rapport postcolonial et de la lutte antiraciste, en raison d’un lourd passif qui pèserait sur notre inconscient collectif.

Ils nous précisent enfin qu’ils n’ont pas l’ambition de faire « une histoire » du mouvement féministe mais de faire un «autre récit » des choix stratégiques auxquels se sont trouvé confrontées les féministes depuis plus d’un siècle, comme si cela pouvait les dédouaner des nombreuses « erreurs », anachronismes ou calomnies qui jalonnent leur « récit ».

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