Avertir le modérateur

20/01/2010

Cyberguerre: Où est le Blog Consanguin ?

Mais où est passé le blog Consanguin ? Accès à aucuns des lien...

Seuls les lecteurs invités ont accès à ce blog

http://consanguin.blogspot.com/

...

Consanguin c'est d'abord un blog qui féraille avec humour contre la réacosphère (non...pas nous).

A telle enseigne que l'auteur de ce blog, RaouI Marx (et non RaouL) vient de publier sur le forum de Chronicart (des céliniens-situationnistes ceux-là!) un lexique très imagé du petit consanguin.

...

 

La Consanguinité a chopé le Haut-débit !

Style pompeux et idées sèches : nous sommes les Consanguins. Lamentables groupuscules improductifs, sinistres étudiants ou consommateurs aigris cachés derrière nos claviers, médiocrissimes excréments journalistiques (puisque nous n'avons et n'aurons jamais rien de littéraire), parfois regroupés sous des appellation incontrôlées qui fleurent bon le plan média foireux d'évadés de science-po ou la pose de l'artiste maudit adoptée par l'alcolo de province : nous sommes consanguins. Nous prétendons, sur nos sites, singer le "sulfureux", provoquer le gauchiste, choquer le bourgeois, croire à notre singularité, crier notre fierté identitaire.

Nous voulons nous conférer un semblant de consistance, de celle qui s'est toujours refusée à nos personnes. Nous gesticulons de façon grotesque, petits frustrés à préjugés qui coagulons et dégoulinons sur le web. Ce web où nous couinons haut et fort aujourd'hui. Nous sommes des parasites, des morpions commentateurs nous blottissant de temps en temps dans les replis chauds et moites des quelques auteurs dont nous nous réclamons. Nous jouons les maudits, prenons des poses : nous voudrions tant être publiquement conspués, remarqués, juste entr'aperçus, par cet éditeur à l'embonpoint maladif, ce fade journaliste en quête de mélasse anecdotique, ou encore cette étudiante au regard chafouin, ne serait-ce que ça.

Nous nous rêvons en parias, en renégats littéraires, seulement voilà : nous ne sommes que de risibles nabots à postillons. Nous tonnons, mais avec de fluettes voix de faussets. Traumatisés par les images du JT ou le vol de nos portables, nous réagissons enfin sur nos blogs, nous relevons la tête. Sursinges et sous-brêles quasi-inexistantes, nous sommes donc devenus blogueurs, carnétistes, à nos heures perdues. Nous y couchons nos frustrations et nos vindictes mesquines maquillées en généreuses considérations sur l'amitié, l'honneur, la convivialité, le temps jadis ou le picon bière. Nous sommes des obscurs, parfois réveillés par quelque élection présidentielle grand-guignolesque, décomplexés par l'hystérie sécuritaire environnante ou la provocation glauque. Nous lisons parfois même quelques revues rouges-brunes ou misérablement bordéliques, dramatiquement nulles et troubles, animées par quelques cohortes d'abrutis d'opérette ou de petits réactionnaires en mousse.

Nous sommes "anar de droite", nous aimons ça. Mais que nous bénéficiions d'une couverture médiatique, quelle qu'elle soit, un passage chez Ardisson ou une photo en compagnie d'Astrid Veillon ou de Steevy, et voilà toutes nos poses de maudits qui s'envolent. La reconnaissance, voilà notre but de frustrés haineux, celle que nous cherchons et celle que nous maudissons en même temps parce qu'elle se refuse à nous malgré sa prostitution universelle. Laissez-nous nous coaliser, autour d'un Voyer, d'un Dantec, ou des cadavres de Bloy ou de Céline, laissez-nous aussi bavasser autour de références culturelles instrumentalisées, et notre absolue indigence stylistique et la puanteur des trois pauvres opinions qui s'agitent sous nos crânes n'en seront que plus perceptibles. Nous nous linkons entre nous, extrémistes plus ou moins mal assumés ou simples idiots en quête de frissons, parfois cachés derrière des éruditions stériles et d'horribles plumes malodorantes.

Nous sommes les Consanguins, l'informe sous-organisme malsain qui veut pousser sur le fumier de la Médiocrité Ambiante et à l'ombre de quelques écrivains un peu trop paumés pour songer à arroser leurs pompes de désherbant. Nous sommes multiples : scribouilleurs réactionnaires sans talent ou dégobilleurs mondains, adolescentes étriquées ou écrivaillons de sous-bock, apprentis chroniqueurs hydrocéphales, macaques racistes plaintifs et croûtes comiques : nous sommes les Consanguins, parce que nous devons bien trouver une façon d'exister. Nos coulées de mots saumâtres, nos régurgitations d'attardés barboteurs et colériques, nos caprices verbeux, nos cacophonies ampoulées et nos autocongratulations poisseuses nous rassurent : nous sommes la Communauté qui flippe. Nous sommes la métastase du rhume des foins, l'occlusion intestinale littéraire, la Convivialité des constipés, la mononucléose du vieux garçon : nous sommes l'inutile et l'indigent, la réaction et l'autoréférence : nous sommes les fun-fascistes, nous sommes les Consanguins.


Consanguin : le Blog anti-Droite

Un blog qui ridiculise les Racistes, Xénophobes et les autres baufs de Droite qui refusent le Progrés et le Métissage.
C'est assez agressif, mais bien écrit :


En lisant les textes de bloggers réacs, ce qui me frappe spontanément, au-delà de la médiocrité invraisemblable de vos plumes et du caractère involontairement risible de vos propos, c’est la récurrence de vos frustrations, dont l’évidence semble presque insolente. En dissertant comme des bourrins sur le sort de Steiner, Léon Bloy ou Brunot Mégret, vous vous reposez sans cesse les mêmes questions : que puis-je exprimer dans mes déjections, que dois-je réprimer dans la rétention, m’aimera-t-on pour ma diarrhée verbale, est-il plus raisonnable de cacher ma pitoyable existence au reste du monde... Il y a là une frustration infantile permanente, un conflit obsessionnel, ou pour paraphraser mon ami Hauffer, une insoutenable tension crypto-morale.

Je ne suis pas sûr de bien vous comprendre, parce que vous utilisez des mots compliqués. En fait, ces questionnements renvoient à une variante inattendue du stade anal, non ? C’est un truc un peu freudien, c’est ça j’ai bon ?


Pas exactement… Mais votre réflexion n’est pas complètement conne, elle me fait penser à autre chose. Il y aurait beaucoup à dire sur le stade « anal de droite », le glissement subtil du sur-moi au bourre-moi, bref le drame de la jeune bourgeoisie de province perdue dans les faubourgs du quartier latin. Un syndrome qui s’est notamment révélé dans une certaine revue « transgénique ». Mais fermons la parenthèse, de toute façon c’est trop compliqué pour vous [ricanement]. Dans le fond, le vrai problème est beaucoup plus simple. L’apprenti réac qui se pare de savantes références littéraires et de paillettes branchouilles cherche désespérément une réponse à une question terriblement angoissante, une énigme qui le hante chaque matin lorsqu’il saisit son reflet dans une glace : « pourquoi ai-je l’air aussi con ? ».


Consanguin : le Blog anti-Droite

Vous serez sans doute surpris que le blog consanguin a fait l'objet de plusieurs tentatives de piratage, et que la dernière en date bloque l'accès au blog, du reste intégralement effacé.

Ce qui est curieux, c'est le silence gardé par l'hébergeur quand les responsables du blog le contactent pour réactiver leur compte ou lui demander des explications sur les black-outs en question.

Il semble que cet hébergeur se satisfasse sans problème de la prolifération de blogs aux discours extrêmistes, mais soit plus discret voire carrément absent lorsqu'il s'agit d'assurer un certain pluralisme dans les propos tenus sur Haut & Fort.

Il est bien sûr trop tôt pour parler de censure.

By Anonymous Anonyme, at mercredi, 15 juin, 2005

 

 

11:05 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Super Sordo est arrivé(e) !

Comme me l'a fait remarquer une amie, notre bien-aimé fils de Président a eu la bonne idée de prénommer son fiston Solal.

Solal Sarkozy.

 

Attention les mecs, garez vos miches...

Garez vos miches, Super Sordo est arrivé...

C'est le genre de fille qui vous fait froid dans le dos

Tous ces fils naturels sont nés accros !

S.S. Super Sordo

S.S. Super Sordo

Quand elle débarque dans une boum avec de la derpou

Y'a des poux dans les cheveux, y'a d'la chaude-pisse dans l'air

Quand elle a fini de shooter, il y dans sang sur les murs

C'est le genre de gaga qui fait craquer les durs...

S.S. Super Sordo

S.S. Super Sordo

Ca va speeder, super sordo est arrivée !!

OTH Réussite art traffic 1984

Oth_Back.jpg

10:27 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Optic 2012...la 2ème paire gratuite


optic_2000.jpg

 

optique 2012 Montagné.jpg
La vie musicale sous Sarkozy
Monsieur le Président de la République Française, Nicolas Sarkozy de N-B., félicite le talentueux secrétaire de l'identité nationale des compositeurs handicapés, Gilbert Montagné, avec l'aimable autorisation de la Propaganda Staffel.

09:00 | Lien permanent | Commentaires (0) |

19/01/2010

Haïti...un nouveau coup d'Etat ?

Coup d’Etat qui met fin aux mouvements populaires haitiens en 1991

Interview par ADITAL, reprise par AlterPresse après une traduction de RISAL, dimanche 12 septembre 2004

Ecrit le 12 septembre 2004


Lors du Forum social des Amériques (Quito, Equateur) qui s’est tenu en juillet passé, l’agence brésilienne d’information Adital a interviewé Camille Chalmers, professeur d’économie à l’Université d’Etat de Haïti, coordinateur de la Plate-forme haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif. La PAPDA est la coalition créée en 1995 pour lutter contre les plans d’ajustement structurel et les politiques néo-libérales mises en place par Aristide à son retour des Etats-Unis. Chalmers rappelle dans cette interview à quel point l’histoire récente de Haïti a été marquée par la résistance et l’organisation populaire en dépit de la répression des Etats-Unis.

Interview avec Camille Chalmers, secretaire executif de la PAPDA

Adital - En observant l’histoire récente de Haïti, quels sont les secteurs sociaux qui s’étaient organisés lors du coup d’état de 1991 qui a chassé Aristide du pouvoir ?

Camille Chalmers - En 1986, un mouvement populaire très profond s’est développé. Ses objectifs étaient de construire la démocratie, de bâtir un pays différent, de sortir de la domination étrangère, des dictatures et de la domination des propriétaires terriens.

Tout cela a été assumé par des secteurs très larges de la population. De nombreuses organisations de jeunes qui, dans tout le pays, avaient commencé à lutter depuis 1984, ont constitué un élément clé dans la chute du régime Duvalier. Il y avait aussi le mouvement paysan et de nombreuses organisations liées à l’Eglise, mais avec une vision différente de celle de la hiérarchie ecclésiastique. En plus, de nombreuses organisations syndicales qui, après une lutte difficile, ont réussi à s’installer dans les zones franches à cette époque. Les organisations de femmes ont aussi joué un rôle important. En Haïti, nous avons tous encore en mémoire la grande manifestation de femmes d’octobre 1986. Elles ont organisé une gigantesque manifestation contre la disparition d’un agent d’alphabétisation qui avait été assassiné. Elles se sont constituées à ce moment-là en actrices du processus de transformation de la société haïtienne.

C’est dans ce contexte de mobilisations populaires qu’est intervenue l’élection de Aristide ?

Tout ce mouvement a mené à la victoire électorale avec l’arrivée au pouvoir d’Aristide en décembre 1990. Il a gagné avec une large majorité des votes : 67 pour-cent. On sentait vraiment qu’il était possible de lancer un processus de rupture avec ce qu’avait été l’Etat haïtien, qui a toujours été anti-national, anti-populaire et lié aux intérêts impérialistes. On peut affirmer qu’au cours des sept premiers mois de gouvernement d’Aristide, beaucoup de choses avaient déjà changé. Par exemple, les entreprises publiques, qui étaient toujours en déficit, avaient déjà commencé à engranger des bénéfices. Une nouvelle politique de dévelloppement, une vision de distribution universelle des services publics se mettaient en place. Mais tout ce processus a été brutalement arrêté par le coup d’état financé et appuyé par les Etats-Unis, la CIA et l’oligarchie traditionnelle.

Une force étrangère a dû intervenir pour arrêter le mouvement qui était en train de mettre en place une démocratie plus participative et une économie plus populaire.

Oui, et cela continue. Il existe de nombreuses preuves qui mettent en évidence la participation directe des Etats-Unis dans ce coup d’état, dans les manipulations et dans le financement qui a eu lieu à travers l’armée haïtienne de cette époque. Cela a été un coup très dur pour le peuple dans son ensemble et pour le mouvement populaire parce que, pendant les trois années de domination militaire, une politique d’élimination systématique du mouvement populaire a été mis en place, un réel travail systématique de répression et d’assassinats. On estime à 5.000 le nombre de victimes. On a assisté à une persécution constante à l’encontre des dirigeants populaires et à la destruction des mouvements. Par exemple, le mouvement paysan Papaya, qui travaillait depuis les années 70, avait une force structurelle, une coopérative d’exportation de miel, de reforestation, etc. Tout cela a été détruit par l’emploi d’une force brutale.

Ils ont aussi commencé à utiliser des techniques plus subtiles de destruction du mouvement populaire comme la corruption, l’achat quotidien de dirigeants et, chose nouvelle que l’on ne connaissait pas en Haïti, ils ont offert aux dirigeants les plus en vue du mouvement populaire un visa de résidence aux Etats-Unis. On estime que 12.000 visas de résidence ont été distribués alors que l’on était en plein coup d’état militaire et que les dirigeants étaient persécutés. L’ambassade offrait directement des visas aux dirigeants et à leurs familles ainsi que le voyage aux Etats-Unis. Cela s’est fait sous le prétexte d’enquêtes au cours desquelles ils ont interrogés 95.000 personnes qui devaient dire si elles avaient été incarcérées, si la police était entrée dans leur maison, si elles avaient été frappées... De ces 95.000 interrogatoires, ils ont fait une base de données sur le mouvement populaire de Haïti et ils ont sélectionné 12.000 personnes. Une étude démontre clairement que ces 12.000 dirigeants avaient un poids significatif et un rôle important dans le processus d’organisation populaire.

Cela a été un travail scientifique et systématique de répression et de corruption pour en finir avec le mouvement ?

Exactement. Et malgré tout cela, ils n’ont pas réussi à installer un pouvoir militaire parce qu’ils ont dû faire face à une résistance admirable du peuple haïtien qui risquait souvent sa vie au vu des massacres qui ont eu lieu. Par exemple, le massacre dans le quartier populaire de Gonair, où, en un jour, ils ont tué de nombreuses personnes. Tant et si bien que certains ont dû fuir en se jetant à la mer. En dépit de tout cela, le mouvement est resté ferme et exigeait le retour d’Aristide, le retour de la constitutionnalité. Face à cette situation, les Etats-Unis ont dû se plier à cette revendication mais ils ont fait revenir un Aristide diminué.

 

 

Quatorze ans après le coup d’État militaire de 1991, le renard libre dans le poulailler

vendredi 30 septembre 2005
par Djems Olivier

P-au-P, 30 sept. 05 [AlterPresse] --- Les auteurs et commanditaires du coup d’état militaire du 30 septembre 1991, jouissent de la plus entière impunité, constate ce 30 septembre le Directeur exécutif du Centre œcuménique des Droits Humains (CEDH), Jean Claude Bajeux, à l’occasion du 14e anniversaire de cet événement sanglant.

Selon Bajeux, le coup d’état de 1991 représente « l’une des plus grosses bêtises que l’Armée d’Haïti n’ait jamais commises de toute son histoire ». Bajeux croit que les protagonistes de ce coup de force pouvaient utiliser d’autres moyens pour régler leurs différends avec le président d’alors, Jean Bertrand Aristide.

Le coup d’Etat du 30 septembre 1991, dirigé par le général Raoul Cédras, avait fait plusieurs milliers de morts. Selon des informations disponibles, il avait été financé par des secteurs de la bourgeoisie haitienne et appuyé par des franges de l’establishment américain.

« Il existe de nombreuses preuves qui mettent en évidence la participation directe des Etats-Unis dans ce coup d’état, dans les manipulations et dans le financement qui a eu lieu à travers l’armée haïtienne de cette époque », lit-on dans une interview de Camille Chalmers, secrétaire exécutif de la PAPDA.

Chalmers affirme avoir « assisté à une persécution constante à l’encontre des dirigeants populaires et à la destruction des mouvements ». A titre d’exemple, il cite la répression contre le mouvement paysan de Papaye (Est), qui fonctionne depuis les années 70.

Cette organisation avait une force structurelle, une coopérative d’exportation de miel et des activités de reforestation. Tout cela a été détruit par l’emploi d’une force brutale, a souligné Chalmers.

Quatorze ans, les victimes sont toujours en quête de justice, alors que certains acteurs du coup d’Etat militaire sont très actifs dans les processus politiques actuels.

« Je constate aujourd’hui la présence sur la scène politique de gens qui participaient activement à cette bêtise intolérable », s’indigne Jean Claude Bajeux.

Le militant des droits humains est d’avis qu’il est temps de sanctionner tous ceux-là qui commettent des exactions sur la population et qui empêchent le pays de s’engager dans la voie du progrès.

« Il faut commencer par sanctionner ceux qui méritent d’être sanctionnés, ainsi arrivera-t-on à réparer les torts causés par les Forces Armées d’Haïti et à conduire le pays dans la bonne direction », soutient Jean Claude Bajeux.

Le 11 août 2005, l’ancien responsable paramilitaire, Louis Jodel Chamblain, emprisonné sous des accusations liées à des crimes durant le coup d’Etat, a été libéré en vertu d’une décision de la Cour d’Appel de Port-au-Prince, sur la base de vice de forme.

La justice haïtienne l’avait condamné par contumace en l’an 2000 pour son implication dans un massacre en 1994 aux Gonaïves (Nord).

En février 2004, cet ancien paramilitaire était l’un des instigateurs de l’insurrection armée contre le régime lavalas de Jean Bertrand Aristide.

Au lendemain du départ d’Aristide, il a été accueilli à Port-au-Prince. Plus tard, sous la pression des organismes de défense des droits humains, Louis Jodel Chamblain s’était constitué prisonnier.

L’élargissement de l’ex-paramilitaire avait soulevé l’indignation des organismes de droits humains. Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) rappelait que Chamblain est bien connu par tous pour son implication dans divers crimes commis dans le pays, dont le meurtre du commerçant Antoine Izmery en 1993, les massacres de Cité Soleil (Nord de la capitale) en 1993 et de Raboteau (localité des Gonaïves, nord de Port-au-Prince) en 1994.

La dissolution des Forces Armées d’Haïti en 1994 par le président Jean Bertrand Aristide, (actuellement en exil en Afrique du Sud), n’a pas aidé à la cessation des violations systématiques de droits humains dans le pays.

Quatorze années après le putsch de 1991, Jean Claude Bajeux croit qu’il faut laisser à la justice le soin de faire son travail en toute indépendance. [do gp apr 30/09/05 13 : 00]

 

 

Les dessous du coup d’état américain en Haïti







Pendant que nos médias nous présentent d’anciens tontons-macoutes comme des émules de Che Guevara et les troupes américaines, françaises et canadiennes comme des libérateurs, nos éditorialistes parlent de "l’africanisation" de Haïti pour décrire le marasme économique total qui étrangle le pays. Tout cela pue le racisme à plein nez et transpire le vieux discours colonial sur le "fardeau de l’homme blanc."

Dans un dossier magistral, Michel Chossudovsky démonte, morceau par morceau, le mécanisme mis en place par les institutions internationales (FMI et Banque mondiale) et le gouvernement américain pour déstabiliser Haïti, chasser le président élu Jean-Bertrand Aristide et maintenir le pays comme zone de transit pour le trafic de la drogue entre la Colombie et les États-Unis.

Le professeur Chossudovsky rappelle le curriculum vitae des leaders des rebelles. Guy Philippe, la nouvelle coqueluche des médias, est un ancien chef de police et un membre des forces armées haïtiennes. Au cours des années 1990, il a suivi un entraînement prodigué par les forces spéciales américaines en Équateur.

Emmanuel "Toto" Constant et Jodel Chamblain sont deux anciens tontons-macoutes et membres du Front pour l’avancement et le progrès en Haïti (FRAPH), un paravent pour les escadrons de la mort qui ont assassiné des centaines de personnes lors du coup d’État militaire qui a déposé Jean-Bertrand Aristide en 1991.


Dans une entrevue à l’émission 60 Minutes du réseau américain CBS, diffusé en 1995, "Toto" Constant a reconnu qu’il recevait 700$ par mois de la CIA lorsqu’il a créé le FRAPH.

Le volet civil de l’opposition au président Aristide est regroupé sous l’enseigne de la Plate-forme démocratique. On y retrouve la Convergence démocratique de Evans Paul, l’ancien maire de Port-au-Prince, et le Groupe des 184 organisations de la société civile (G-184).

Ce dernier groupe est dirigé par André Apaid, qui est également citoyen américain. Apaid est propriétaire des industries Alpha, c’est-à-dire de sweatshops dans l’industrie textile et la sous-traitance pour des entreprises électroniques américaines comme IBM, Remington, Honeywell et Sperry/Unisys.

Apaid est le plus gros employeur industriel haïtien. Il exploite plus de 4 000 travailleuses et travailleurs à qui il verse un salaire aussi bas que 68 cents par jour, alors que le salaire minimum officiel est de 1,50$ par jour.

Apaid a soutenu le coup d’État de 1991 et des liens existent depuis longtemps entre l’opposition civile et militaire, même si les médias ont cherché à les camoufler. L’opposition civile est en bonne partie financée par l’Institut républicain international (IRI), qui reçoit beaucoup d’argent des pays de l’Union européenne, et par le National Endowment for Democracy (NED), une organisation américaine dont c’est un secret de polichinelle qu’elle travaille de concert avec la CIA.

Créée en 1983, au moment où la CIA était sous le feu des projecteurs pour avoir soudoyé des politiciens et créé des organisations-bidons à travers le monde, le NED a pour objectif, comme le reconnaîtra Allen Weinstein, responsable de sa mise en opération, "de faire beaucoup de choses qui étaient faites clandestinement auparavant par la CIA". (Washington Post, 21/09/1991)

Il est de notoriété publique que c’est par le canal du NED que passe le financement des organisations de la "société civile" qui cherchent à renverser le président Hugo Chavez au Venezuela, comme cela a été le cas en Yougoslavie lors de la chute de Milosevics.

La gravité de la situation économique en Haïti ne peut se comprendre sans tenir compte des politiques imposées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, explique Michel Chossudovsky, auteur du best-seller "La Mondialisation de la Pauvreté", un ouvrage publié en huit langues.

Après le renversement du premier gouvernement Aristide et son programme de mesures progressistes - seulement huit mois après son arrivée au pouvoir en 1990 - c’est un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale et ministre des Finances sous Duvalier, Marc Bazin, qui deviendra premier ministre, nommé par la junte militaire. Bazin avait été le candidat de Washington qui sera défait par Aristide lors des élections de 1990.

Sous la gouverne de Bazin et de la junte militaire, de 1992 à 1994, plus de 4 000 civils sont assassinés par le FRAPH, 300 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, des milliers d’autres trouvent refuge dans la République dominicaine voisine et 60 000 s’embarquent dans des navires de fortune pour fuir le pays.

C’est pour prévenir une insurrection populaire contre la junte que Washington envoie 20 000 marines et gardiens de la paix en Haïti en 1994, et qu’ils ne quitteront pas avant 1999.

Le retour à un gouvernement constitutionnel est négocié en secret avec les créanciers de Haïti avant le retour d’Aristide en octobre 1994 pour la fin de son premier mandat. L’argent neuf avancé par la Banque mondiale, le FMI et la Banque inter-américaine de développement ne sert alors qu’à permettre à Haïti de rencontrer ses obligations avec ses créanciers étrangers.

Sous le gouvernement de la junte, le FMI avait exigé la réduction des services de santé et d’éducation, prétextant un "surplus" d’enseignants et de personnel hospitalier dans un pays où de tels services sont quasi inexistants.

Le FMI et la Banque mondiale forcèrent la levée des barrières tarifaires et l’ouverture du marché local au dumping américain de produits comme le riz, le sucre et le maïs, ce qui a pour effet de détruire l’économie paysanne dans un pays où plus de 75% de la population vit de l’agriculture. Haïti devient alors le quatrième importateur de riz américain, après le Japon, le Mexique et le Canada. Sous la junte, le produit intérieur brut a chuté de 30%.

À peine deux semaines avant les élections présidentielles de novembre 2000 - qui vont marquer le retour d’Aristide au pouvoir pour un deuxième mandat - alors que les États-Unis ont instauré un embargo sur l’aide à Haïti, le gouvernement sortant signe une Lettre d’intention avec le FMI.

Bien qu’Aristide ait promis de hausser le salaire minimum, de construire des écoles et mettre en place un programme d’alphabétisation, le nouveau gouvernement a les mains liées par la Lettre d’intention.

En 2003, le FMI impose un système de "flexibilité du prix de l’essence" qui provoque en deux mois une hausse de 130% du prix du carburant. Cette mesure entraîne une augmentation de 40% des prix à la consommation. Pour juguler l’inflation, le FMI exige alors un gel des salaires. Le salaire quotidien minimum, qui était de 3 $ en 1994, tombe aussi bas qu’à 1,50 $. Cette "flexibilité du marché du travail" devait selon le FMI attirer les investisseurs étrangers !

La dette extérieure s’emballe et les taux d’intérêt s’envolent. Dans le Nord et l’Est du pays, la hausse du prix du carburant provoque une quasi paralysie des transports et des services publics comme l’électricité et l’approvisionnement en eau. Toute ces mesures alimentent la grogne contre le gouvernement Aristide et servent la cause de l’opposition.

En février 2003, Washington nomme James Foley comme nouvel ambassadeur en Haïti. En 1999, Foley était l’envoyé du Département d’État américain au Kosovo. Il oeuvra à rendre "respectable" l’Armée de libération du Kosovo, qui était financée par l’argent de la drogue et la CIA, dans le contexte de la préparation de l’intervention américaine contre le gouvernement de Milosevics.

Dans des études antérieures, Michel Chossudovsky a démontré comment le Kosovo a été transformé en "narco-démocratie" sous la protection de l’OTAN. La drogue, en provenance de l’Iran et de la Turquie, y transite pour prendre la direction de l’Europe. Aujourd’hui, Chossudovsky se demande si ce n’est pas ce modèle que Foley prépare, depuis 1999, pour Haïti.

Alors que l’économie réelle de Haïti est en banqueroute, le trafic de la drogue y est florissant. Selon la Drug Enforcement Administration (DEA) américaine, Haïti demeure "le principal pays pour le transit de la cocaïne de la Colombie vers les Etats-Unis."

La DEA estime que 14% de la cocaïne qui entre aux Etats-Unis passe par Haïti. Cela représente des sommes fabuleuses, lorsqu’on sait que le commerce global des narcotiques est évalué annuellement à 500 milliards $.

Les narco-dollars représentent aujourd’hui la principale source de devises pour Haïti. Ils servent à rembourser la dette et les intérêts de créanciers étrangers. D’ailleurs, la libéralisation du marché des échanges extérieures imposée par le FMI sert merveilleusement bien au blanchiment des narco-dollars.

Haïti ne touche qu’un très faible pourcentage des revenus de cette contrebande. Les principaux bénéficiaires en sont les intermédiaires criminels, les agences de renseignement qui protègent ce commerce, de même que les institutions bancaires et financières de Wall Street et d’Europe qui blanchissent cet argent.

Michel Chossudovsky souligne que le contrôle du marché de la drogue qui passe par Haïti est particulièrement important pour les Etats-Unis qui voient une bonne partie du commerce mondial de la drogue se transiger maintenant en euros plutôt qu’en dollars, sapant d’autant l’hégémonie du dollar américain.

La rébellion armée et la chute d’Aristide ne sont donc pas des événements spontanés. Ils ont été planifiés de longue main par les services secrets et le gouvernement américains. Bien que les membres des gouvernements Préval, et par la suite Aristide, se soient montrés complaisants à l’égard du FMI, Washington avait néanmoins inscrit Jean-Bertrand Aristide sur sa liste noire.

L’arrivée des militaires américains s’inscrit dans les plans de l’administration Bush pour la militarisation des Caraïbes. Elle vise à sécuriser les routes du trafic des drogues. Rappelons-nous également que Haïti est située stratégiquement entre Cuba et le Venezuela, deux pays où la Maison Blanche voudrait bien voir un changement de régime.
Pierre Dubuc, 3 mars 2004, L'aut' Journal

 

 

 

La déstabilisation de Haïti : un coup d’Etat orchestré et financé par les Etats-Unis

par Michel Chossudovsky
Article publié le 11 mars 2004

Double standards

La Maison blanche a remis en question la capacité du président haïtien Jean-Bertrand Aristide « à gouverner son pays ». Selon un communiqué officiel de la Maison blanche émis un jour avant le départ d’Aristide pour la République dominicaine : « Son échec à adhérer aux principes démocratiques a contribué à la profonde polarisation et aux violentes émeutes auxquelles nous assistons aujourd’hui en Haïti. Ses propres actions remettent en question sa capacité à gouverner Haïti. Nous l’invitons à examiner sa position soigneusement, à accepter la responsabilité, et à agir dans l’intérêt du peuple d’Haïti. »

Ne devrions-nous pas maintenant appliquer les mêmes standards au Président George W. Bush qui a menti au peuple américain, violé le droit international et mené une guerre criminelle sur base d’un faux prétexte ?

******

Le présent article a été rédigé durant les derniers jours de février 2004 en réponse au barrage de désinformation dressé par les médias traditionnels. Il a été complété le 29 février 2004, le jour du départ pour l’exil du président Jean-Bertrand Aristide.

******

L’insurrection armée qui a contribué à renverser le président Aristide le 29 février 2004 a été le résultat d’une opération de type militaire, combinée à des opérations de renseignements, minutieusement préparée.

L’armée paramilitaire des rebelles a traversé la frontière de la République dominicaine au début du mois de février. Il s’agit d’une unité paramilitaire bien armée, équipée et entraînée à laquelle se sont intégrés d’anciens membres du Front pour l’Avancement et le Progrès en Haïti (FRAPH), les escadrons de la mort en « vêtements civils » impliqués dans les massacres de civils et assassinats politiques perpétrés durant le coup d’Etat militaire de 1991, sponsorisé par la CIA, et qui avait débouché sur le renversement du gouvernement démocratiquement élu du président Jean-Bertrand Aristide.

Le Front autoproclamé pour la Libération et la Reconstruction nationale (FLRN) est dirigé par Guy Philippe, un ancien membre des Forces armées haïtiennes et par ailleurs chef de la police. Durant la période du coup d’Etat de 1991, Philippe avait subi un entraînement auprès des Forces spéciales américaines en Equateur, en même temps qu’une douzaine d’autres officiers de l’armée haïtienne (voir Juan Gonzalez, New York Daily News, 24 février 2004).

Les deux autres commandants rebelles et associés de Guy Philippe, qui ont dirigé les attaques contre Gonaïves et Cap-Haïtien, sont Emmanuel Constant, surnommé « Toto », et Jodel Chamblain. Tous deux sont d’anciens Tontons Macoutes et sont des dirigeants du FRAPH.

En 1994, Emmanuel Constant dirigeait l’escadron de la mort du FRAPH dans le village de Raboteau, opération que l’on appela plus tard le « Massacre de Ramboteau » :

« L’un des derniers massacres infâmes eut lieu en avril 1994 à Raboteau, un bidonville côtier à quelque 150 km au nord de la capitale. Raboteau compte environ 6.000 habitants, la plupart sont pêcheurs ou sauniers, mais il a la réputation d’être un bastion de l’opposition où des dissidents politiques viennent souvent se cacher. (...) Le 18 avril [1994], une centaine de soldats et une trentaine de paramilitaires débarquèrent à Raboteau pour ce que les enquêteurs allaient appeler plus tard une ’répétition générale’. Ils allaient sortir des gens de chez eux, leur demandant où se cachait Amiot ’Cubain’ Metayer, un partisan bien connu d’Aristide. Ils tabassèrent de nombreuses personnes, dont une femme enceinte qui en fit une fausse couche, et ils forcèrent d’autres personne à boire à même les égouts à ciel ouvert. Des soldats torturèrent un vieil aveugle de 65 ans jusqu’à ce qu’il vomisse du sang. L’homme mourut le lendemain.

« Le 22 avril avant l’aube, les soldats réapparaissaient. Ils mirent des maisons à sac et abattèrent des gens en rue et lorsque les habitants s’enfuyèrentt vers l’eau, d’autres soldats leur tirèrent dessus depuis des embarcations qu’ils avaient réquisitionnées. La mer allait rejeter des corps durant plusieurs jours. D’autres ne furent jamais retrouvés. Le nombre des victimes a été estimé entre deux douzaines et une trentaine. Des centaines d’autres allaient fuir la ville, craignant de nouvelles représailles. » (St Petersburg Times, Floride, 1er septembre 2002)

Durant le pouvoir militaire (1991-1994), le FRAPH passa (non officiellement) sous la juridiction des forces armées, prenant ses ordres chez le commandant en chef, le général Raoul Cedras. Selon un rapport de la Commission des Droits de l’Homme des Nations unies, daté de 1996, le FRAPH avait bénéficié du soutien de la CIA.

Sous la dictature militaire, le trafic de drogue fut protégé par la junte militaire qui, de son côté, était également soutenue par la CIA. Les dirigeants du coup d’Etat de 1991, y compris les commandants paramilitaires du FRAPH, figuraient sur les feuilles de paie de la CIA. (Voir Paul DeRienzo, http://globalresearch.ca/articles/R... , Voir également Jim Lobe, IPS, 11 oct. 1996).

A ce propos, Emmanuel Constant, alias « Toto », confirma, dans l’émission « 60 Minutes » de la CBS, en 1995, que la CIA le payait environ 700 dollars par mois et qu’il avait créé le FRAPH alors qu’il était sur les feuilles de paie de l’agence. (Voir Miami Herald, 1er août 2001). Selon Constant, le FRAPH avait été constitué « avec les encouragements et le soutien financier de la Defense Intelligence Agency [la DIA] américaine et de la CIA » (Miami New Times, 26 février 2004).

L’« opposition civile »

La prétendue « Convergence démocratique » (CD) est un groupe de quelque 200 organisations politiques dirigé par l’ancien maire de Port-au-Prince, Evans Paul. Cette CD, conjointement au « Groupe des 184 Organisations de la Société civile »(G-184) a constitué ce qu’elle appelle une « Plate-forme démocratique des Organisations de la Société civile et des Partis politiques de l’Opposition ».

Le G-184 est dirigé par André (Andy) Apaid, un citoyen américain né aux Etats-Unis de parents haïtiens (Haiti Progres, http://www.haiti-progres.com/eng11-...). Andy Apaid possède Alpha Industries, l’une des plus importantes lignes d’assemblage destiné à l’exportation et à main-d’œuvre bon marché, installées durant l’époque Duvalier. Ses bagnes produisent des produits textiles et des assemblages électroniques pour un certain nombre de firmes américaines, parmi lesquelles Sperry/Unisys, IBM, Remington et Honeywell. Apaid est le plus gros employeur industriel de Haïti avec une main-d’oeuvre de quelque 4.000 travailleurs. Les salaires payés dans les usines d’Andy Apaid ne dépassent pas 68 cents par jour (Miami Times, 26 février 2004). L’actuel salaire minimal à Haïti est de l’ordre de 1,50 dollar par jour :

« Le Comité national de l’Emploi, cantonné aux Etats-Unis, qui a été le premier à dénoncer le scandale Kathie Lee Gifford des mauvaises conditions de travail, a rapporté, voici plusieurs années déjà, que les usines d’Apaid situées dans la zone haïtienne de libre échange payaient souvent des salaires inférieurs au salaire minimal et que ses employées sont obligées de travailler 78 heures par semaine. » (Daily News, New York, 24 février 2004)

Apaid fut un fervent soutien du coup d’Etat militaire de 1991. Aussi bien la CD que le G-184 ont des liens avec le FLRN (anciennement les escadrons de la mort du FRAPH) dirigé par Guy Philippe. On sait également que le FLRN reçoit des fonds de la communauté haïtienne des affaires.
En d’autres termes, il n’y a pas de division bien tranchée entre l’opposition civile, qui se prétend non violente, et les paramilitaires du FLRN. Ce dernier collabore avec la prétendue « Plate-forme démocratique ».

Le rôle de la Fondation nationale pour la Démocratie (FND)

A Haïti, cette « opposition civile » est soutenue financièrement par la Fondation nationale pour la Démocratie qui travaille main dans la main avec la CIA. La Plate-forme démocratique est soutenue par l’Institut républicain international (IRI), l’une des composantes actives de la FND. Le sénateur John McCain est président du conseil de direction de l’IRI. (Voir Laura Flynn, Pierre Labossière et Robert Roth, Hidden from the Headlines : The U.S. War Against Haiti (Loin des gros titres : la guerre des Etats-Unis contre Haïti), California-based Haiti Action Committee (HAC), http://www.haitiprogres.com/eng11-1... ).

Le dirigeant du G-184, Andy Apaid, était en relation avec le secrétaire d’Etat Colin Powell durant toute la période qui a précédé le départ du président Aristide pour la République dominicaine, le 29 février dernier. Son organisation parapluie des cercles d’affaires de l’élite et des ONG religieuses, également soutenue par l’IRI, reçoit des sommes d’argent considérables de l’Union européenne. ( http://haitisupport.gn.apc.org/184 ... ).

Il est utile de rappeler que si la FND (que supervise l’IRI) ne fait pas officiellement partie de la CIA, elle joue d’importantes fonctions sur le plan des renseignements dans l’arène des partis politiques civils et des ONG. Elle a été créée en 1983, à l’époque où la CIA était accusée de corrompre en secret les hommes politiques et de monter de fausses organisations de front de la société civile. Selon Allen Weinstein, l’homme qui avait mis la FND sur pied à l’époque de l’administration Reagan, « une grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui l’était déjà, mais en secret, par la CIA, voici 25 ans ». (Washington Post, 21 septembre 1991).

La FND draine des fonds du Congrès vers quatre institutions : l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), le Center for International Private Enterprise (CIPE), et l’American Center for International Labor Solidarity (ACILS. Il est dit que ces organisations ne sont « qualifiées que pour fournir de l’assistance technique aux démocrates en herbe du monde entier ». (Voir IRI, http://www.iri.org/history.asp)

Autrement dit, il existe une répartition des tâches entre la CIA et la FND. Alors que la CIA fournit son soutien secret à des groupes rebelles de paramilitaires armés et autres escadrons de la mort, la FND et ses quatre organisations constituantes financent des partis politiques « civils » et des ONG en vue d’installer la « démocratie » à l’américaine aux quatre coins du monde.

La FND constitue donc en quelque sorte le « bras civil » de la CIA. Les interventions combinées des deux organisations dans diverses parties du monde sont caractérisées par un modèle constant, utilisé dans de nombreux pays.

La FND fournit des fonds aux organisations de la « société civile » au Venezuela, fonds qui ont permis de mettre sur pied une tentative de coup d’Etat contre le président Hugo Chavez. Au Venezuela, ce fut la « Coordination démocratique » qui bénéficia du soutien de la FND ; à Haïti, il s’agit de la « Convergence démocratique » et du G-184.

De la même manière, dans l’ancienne Yougoslavie, depuis 1995, la CIA a fait parvenir son soutien à l’Armée de Libération du Kosovo (UCK), un groupe paramilitaire impliqué dans des attentats terroristes contre la police et l’armée yougoslaves. Dans le même temps, via le CEPI, la FND soutenait la coalition d’opposition du DOS en Serbie et au Monténégro. Plus spécifiquement, la FND finançait le G-17, un groupe d’opposition constitué d’économistes responsables de la formulation (en liaison avec le FMI) de la plate-forme de réformes d’« ouverture du marché » de la coalition du DOS, lors des élections présidentielles de 2000 qui conduisirent à la chute de Slobodan Milosevic.

Le douloureux « remède économique » du FMI

Le FMI et la Banque mondiale sont des acteurs de premier plan dans le processus de déstabilisation économique et politique. Tout en étant appliquées sous les auspices d’un corps intergouvernemental, les réformes du FMI tendent à soutenir les objectifs de la stratégie et de la politique étrangère des Etats-Unis.

Reposant sur le prétendu « consensus de Washington », les mesures d’austérité et de restructuration du FMI contribuent souvent, via leurs effets terriblement dévastateurs, à déclencher des contestations sociales et ethniques. Les réformes du FMI ont souvent précipité la chute de gouvernements élus. Dans certains cas extrêmes de désorganisation économique et sociale, les mesures économiques pénibles du FMI ont contribué à la déstabilisation de pays tout entiers, comme ce fut le cas en Somalie, au Rwanda et en Yougoslavie. (Voir Michel Chossudovsky, The globalization of Poverty and the New World Order (La globalisation de la pauvreté et le Nouvel Ordre Mondial), 2e édition, 2003, http://globalresearch.ca/globaloutl... )

Le programme du FMI est en permanence un instrument de désorganisation économique. Les réformes du FMI contribuent à remodeler et à minimiser les institutions de l’Etat via des mesures draconiennes d’austérité. Ces dernières sont appliquées simultanément avec d’autres formes d’intervention et d’ingérence politique, y compris les activités sous le manteau de la CIA visant à soutenir des groupes paramilitaires rebelles et des partis politiques d’opposition.

En outre, des réformes qualifiées de « relance d’urgence » ou de « post-conflictuelles » sont souvent introduites sous la direction du FMI, dans le sillage d’une guerre civile, d’un changement de régime ou dans le cadre d’une « urgence au niveau national ».

A Haïti, le FMI a sponsorisé des réformes de « libéralisation du marché », lesquelles ont été appliquées régulièrement depuis l’époque Duvalier. Elles ont également été appliquées à plusieurs niveaux depuis la première élection du président Aristide, en 1990.

Le coup d’Etat militaire de 1991, qui a eu lieu huit mois seulement après l’accession de Jean-Bertrand Aristide à la présidence, visait en partie à supprimer les réformes progressistes du gouvernement et à réinstaurer l’agenda politique néo-libéral de l’ère Duvalier.

En juin 1992, un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, Monsieur Marc Bazin, fut désigné au poste de Premier ministre par la junte militaire. En fait, c’était le département d’Etat américain qui avait poussé à sa nomination.

Bazin avait la réputation d’avoir toujours travaillé pour le « consensus de Washington ». En 1983, il avait été désigné au poste de ministre des Finances sous le régime Duvalier. En fait il avait été recommandé à ce portefeuille par le FMI : « Le ’président à vie’ Jean-Claude Duvalier avait été d’accord avec la désignation d’un candidat du FMI, l’ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, Marc Bazin, comme ministre des Finances. » (Mining Annual Review, juin 1983). Plus tard, Bazin, qui était considéré comme le « favori » de Washington, se présenta contre Aristide lors des élections présidentielles de 1990.

Bazin fut donc désigné par la junte militaire, en 1992, pour former un prétendu « gouvernement de consensus ». Il est utile de faire remarquer que ce fut précisément durant la période où Bazin fut Premier ministre qu’eurent lieu les massacres politiques et les tueries extra-judiciaires perpétrés par les escadrons de la mort du FRAPH, soutenus par la CIA. Plus de 4.000 civils furent tués. Quelque 300.000 se muèrent en réfugiés internes, « des milliers d’autres s’enfuirent de l’autre côté de la frontière, en République dominicaine, et plus de 60.000 quittèrent le pays par la mer ». (Déclaration de Dina Paul Parks, directrice exécutive de la Coalition nationale des Droits des Haïtiens, Commission sénatoriale de la Justice, Sénat des Etats-Unis d’Amérique, Washington DC, 1er octobre 2002). Pendant ce temps, la CIA avait lancé une campagne de calomnies présentant Aristide comme un personnage « instable mentalement ». (Boston Globe, 21 septembre 1994).

L’intervention militaire américaine de 1994

Après trois années de pouvoir militaire, les Etats-Unis intervenaient en 1994, envoyant à Haïti des troupes d’occupation et des « gardiens de la paix » : 20.000 hommes en tout. Cette intervention ne prévoyait pas de restaurer la démocratie. Bien au contraire : elle fut menée pour empêcher une insurrection populaire contre la junte militaire et ses partisans néo-libéraux.

En d’autres termes, l’occupation militaire américaine visait surtout à assurer la continuité politique.

Alors que les membres de la junte militaire étaient envoyés en exil, le retour du gouvernement constitutionnel requérait l’obéissance aux dictats du FMI, excluant de la sorte toute possibilité d’une alternative « progressiste » au planning néo-libéral. De plus, les troupes américaines allaient rester dans le pays jusqu’en 1999. Les forces armées haïtiennes furent dissoutes et le département d’Etat américain loua les services d’une société de mercenariat, la Dyn Corp, pour fournir des « conseils techniques » à la restructuration de la Police nationale haïtienne (PNH).

« La DynCorp a toujours fonctionné en sous-traitance dans les opérations sous le manteau du Pentagone et de la CIA. » (Voir Jeffrey St.Clair et Alexander Cockburn, Counterpunch, 25 février 2002, http://www.corpwatch.org/issues/PID... ). Avec les conseils de la DynCorp à Haïti, les anciens Tontons Macoutes et les officiers de l’armée haïtienne impliqués dans le coup d’Etat de 1991 furent intégrés à la PNH. » (Voir Ken Silverstein, « Privatizing War » (La privatisation de la guerre), The Nation, 28 juillet 1997, http://www.mtholyoke.edu/acad/intre...).

En octobre 1994, Aristide revint d’exil et réintégra la présidence jusqu’à la fin de son mandat en 1996. Des réformateurs du « libre marché » furent introduits dans son cabinet. Une nouvelle fournée de mesures politiques macroéconomiques mortelles fut adoptée sous l’étiquette d’un prétendu Plan d’urgence de relance économique (PURE) « qui cherchait à réaliser une stabilisation macroéconomique rapide, à restaurer l’administration publique et à parer aux besoins les plus pressés ». (Voir : IMF Approves Three-Year ESAF Loan for Haiti (Le FMI approuve l’emprunt de trois ans de l’ESAF destiné à Haïti), Washington, 1996, http://www.imf.org/external/np/sec/... ).

La restauration du gouvernement constitutionnel avait été négociée en huis clos avec des créanciers extérieurs de Haïti. Avant la restauration d’Aristide au poste de président du pays, le nouveau gouvernement fut obligé d’apurer les arriérés de la dette du pays vis-à-vis de ses créanciers étrangers. En fait, les nouveaux prêts consentis par la Banque mondiale, la Banque inter-américaine de Développement (IDB) et le FMI furent utilisés pour honorer les obligations de Haïti vis-à-vis de ses créanciers internationaux. De l’argent frais fut utilisé pour rembourser d’anciennes dettes, ce qui provoqua une spirale de la dette extérieure.

Durant la période coïncidant en gros avec celle du gouvernement militaire, le Produit intérieur brut (PIB) déclina de 30% entre 1992 et 1994. Avec un revenu par tête de 250 dollars par an, Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental et l’un des plus pauvres de la planète. (Voir : Banque mondiale, Haïti : les défis de la réduction de la pauvreté, Washington, août 1998, http://lnweb18.worldbank.org/Extern... ).

La Banque mondiale estime le chômage de l’ordre de 60%. (Un rapport du Congrès américain datant de 2000 l’estime même à 80%. Voir : Chambre des Représentants des Etats-Unis, Justice criminelle, Sous-Commission de la politique en matière de drogue et des ressources humaines, FDHC Transcripts, 12 avril 2000).

Dans le sillage de trois années de pouvoir militaire et de déclin économique, il ne pouvait y avoir de « relance économique urgente » comme celle envisagée sous l’accord de prêt du FMI. En fait, ce fut tout le contraire qui se produisit : La « stabilisation » imposée par le FMI sous le programme de « relance » exigea davantage de restrictions budgétaires dans les programmes quasiment non existants du secteur social. Un programme de réforme des services civils fut lancé. Il consistait à réduire la taille de ces services et à licencier le « surplus » d’employés de l’Etat. Le train de mesures du FMI et de la Banque mondiale fut en partie à l’origine de la paralysie des services publics, ce qui déboucha sur la désintégration finale de la totalité du système étatique. Dans un pays où les services de santé et d’éducation étaient déjà pour ainsi dire inexistants, le FMI avait exigé le licenciement des enseignants et travailleurs médicaux « en surplus » et ce, dans l’intention d’atteindre son objectif à propos du déficit budgétaire.

Les initiatives de Washington en matière de politique étrangère ont été coordonnées à l’application de la « thérapie » économique particulièrement létale du FMI. Le pays a été littéralement poussé au bord du désastre économique et social.

Le sort de l’agriculture haïtienne

Plus de 75 pour-cent de la population haïtienne est engagée dans l’agriculture, produisant à la fois des plantes vivrières pour le marché intérieur ainsi qu’un certain nombre de plantes « de rapport » destinées à l’exportation. Déjà à l’époque de Duvalier, l’économie paysanne avait été torpillée. Avec l’adoption des réformes économiques sponsorisées par le FMI et la Banque mondiale, le système agricole qui, avant cela, produisait des denrées alimentaires pour le marché local, s’est retrouvé déstabilisé. La levée des barrières commerciales a ouvert le marché local à l’affluence des surplus agricoles américains, y compris le riz, le sucre et le maïs, entraînant ainsi la destruction de toute l’économie paysanne. Gonaïves, qui, avec ses vastes rizières, était la région par excellence de la production du riz à Haïti, s’est retrouvée plongé dans une faillite générale :

« A la fin des années 90, la production locale de riz, à Haïti, a été réduite de moitié et les importations de riz des Etats-Unis comptaient pour plus de la moitié des ventes locales de riz. La population paysanne locale était ruinée et le prix du riz augmenta dans des proportions phénoménales. » (Voir Rob Lyon, Haiti-There is no solution under Capitalism ! (Haïti : pas de solution sous le capitalisme), Socialist Appeal, 24 février 2004, http://cleveland.indymedia.org/news... ).

En l’espace de quelques années, Haïti, un petit pays très pauvre des Caraïbes, était devenu le quatrième importateur mondial de riz américain, après le Japon, le Mexique et le Canada.

La seconde vague de réformes du FMI

Les élection présidentielles furent fixées au 23 novembre 2000. L’administration Clinton avait mis l’embargo sur l’aide au développement à Haïti en 2000. A peine deux semaines avant les élections, l’administration sortante signait une lettre d’intentions pour le FMI. Avec son timing parfait, l’accord avec le FMI exclut virtuellement depuis le début toute déviance par rapport à l’agenda néo-libéral avant l’élection du nouveau président qui, depuis son retour d’exil en 1994, s’est montré très obéissant vis-à-vis des exigences du FMI.

Le ministre des Finances transmettait l’amendement budgétaire au Parlement le 14 décembre. Le soutien des donateurs dépendait du sceau probatoire de la législature. Alors qu’Aristide avait promis d’augmenter le salaire minimum, de se lancer dans la construction d’écoles et la mise sur pied de programmes d’alphabétisation, les mains du nouveau gouvernement étaient liées. Toutes les décisions majeures concernant le budget de l’Etat, le management du secteur public, les investissements publics, la privatisation, le commerce et la politique monétaire avaient déjà été prises. Elles faisaient partie de l’accord conclu avec le FMI le 6 novembre 2000.

En 2003, le FMI imposa l’application du prétendu « système flexible dans les prix des carburants », lequel déclencha aussitôt une spirale inflationniste. La monnaie fut dévaluée. Les prix du pétrole augmentèrent d’environ 130 pour-cent en janvier et février 2003, ce qui contribua à alimenter le mécontentement populaire à l’égard du gouvernement Aristide, qui avait soutenu l’application des réformes économiques.

La montée en flèche des prix des carburants contribua à une hausse de 40 pour-cent des prix à la consommation en 2002-2003. (Voir Haïti - Lettre d’intention, Mémorandum de la politique économique et financière, et mémorandum technique d’explications, Port-au-Prince, Haïti, 10 juin 2003, http://www.imf.org/external/np/loi/... ). A son tour, le FMI avait réclamé, en dépit de la hausse dramatique du coût de la vie, un gel des salaires comme moyen de « contrôler les pressions inflationnistes ». En fait, le FMI avait également enjoint au gouvernement de réduire les salaires du secteur public (y compris les traitements des enseignants et des travailleurs médicaux). Le FMI avait également réclamé que l’on assure le paiement d’un salaire statutaire minimum d’environ 25 cents de l’heure. « La flexibilité du marché de l’emploi », ce qui signifiait que les salaires étaient versés sous le salaire minimum statutaire, allait contribuer, prétendait le FMI, à attirer les investisseurs étrangers. Le salaire journalier minimum était de 3 dollars en 1994, et il diminua jusque 1,50 à 1,75 dollars (selon le taux d’échange entre la gourde - la monnaie haïtienne - et le dollar) en 2004.

Dans une logique particulièrement tordue, les salaires effroyablement bas pratiqués à Haïti, qui avaient fait partie du cadre de la politique de la « main-d’œuvre bon marché » du FMI et de la Banque mondiale, étaient considérés comme un moyen d’améliorer le niveau de vie. En d’autres termes, les conditions inhumaines des industries d’assemblage (dans un environnement totalement dérégulé) et les conditions de travaux forcés dans les plantations agricoles haïtiennes sont considérées par le FMI comme la clé pour arriver à la prospérité économique, ; en raison de « l’attrait exercé sur les investisseurs étrangers ».

Le pays était coincé dans la spirale de sa dette extérieure. Par une ironie amère, des mesures d’austérité dans les secteurs sociaux, soutenues par le FMI et la Banque mondiale, furent imposées à un pays qui compte à peine 1,2 médecin pour 10.000 habitants et où la grande majorité de la population est illettrée. Les services sociaux de l’Etat, virtuellement inexistants durant la période Duvalier, se sont effondrés.

La conséquence des directives du FMI fut que le pouvoir d’achat poursuivit sa dégringolade, laquelle avait également affecté les groupes à revenus moyens. Dans un même temps, les taux d’intérêt avaient atteint des hauteurs astronomiques. Dans les parties Nord et Est du pays, les hausses brutales des prix du carburant s’étaient traduites par une paralysie virtuelle des transports et des services publics, y compris l’eau et l’électricité. Alors qu’une catastrophe humanitaire menace grandement, l’effondrement de l’économie supervisé par le FMI servit à accroître considérablement la popularité de la Plate-forme démocratique, qui accusa Aristide de « mauvaise gestion économique ». Inutile de dire que les dirigeants de la Plate-forme démocratique, y compris Andy Apaid, actuel propriétaire des usines aux conditions si déplorables, sont les principaux protagonistes de l’économie des bas salaires.

On ressort le modèle du Kosovo

En février 2003, Washington annonçait la désignation de James Foley au poste d’ambassadeur à Haïti.Foleyavaitétél’un des porte-parole du département d’Etat sous l’administration Clinton au moment dela guerre du Kosovo. Auparavant, il avait occupé un poste au quartier général de l’Otan à Bruxelles. De toute évidence, Foley était envoyé à Port-au-Prince en prévision de l’opération sponsorisée par la CIA. Il fut transféré à Port-au-Prince en septembre 2003, alors qu’il occupait un poste diplomatique de prestige à Genève, où il était chef de mission adjoint au bureau européen des Nations unies.

Il est utile de rappeler l’implication de l’ambassadeur Foley dans le soutien à l’Armée de Libération de Kosovo (UCK) en 1999.

Solidement renseignée, l’UCK était financée avec de l’argent de la drogue et soutenue par la CIA. Elle fut impliquée de la même façon dans des assassinats politiques ciblés et dans des massacres de civils, et ce, au cours des mois qui allaient précéder l’invasion de l’Otan, en 1999, ainsi qu’après. Après l’invasion et l’occupation du Kosovo orchestrées par l’Otan, l’UCK devint la Force de Protection du Kosovo (FPK), sous les auspices de l’Onu. Au lieu d’être désarmée afin d’empêcher les massacres de civils, voilà donc qu’une organisation terroristes liée au crime organisée et au trafic de drogue dans les Balkans se voit conférer un statut politique légal.

A l’époque de la guerre du Kosovo, l’actuel ambassadeur à Haïti, James Foley, s’occupait des communiqués du département d’Etat, travaillant en étroite collaboration avec son homologue de l’Otan à Bruxelles, Jamie Shea. A peine deux mois avant le déclenchement de la guerre de l’Otan, le 24 mars 1999, James Foley avait exigé que l’on « transformât » l’UCK en organisation politique respectable :

« Nous voulons développer de bonnes relations avec eux [l’UCK] puisqu’ils se muent en organisation à orientation politique (...) Nous croyons que nous avons un tas de conseils et d’aide à leur fournir s’ils deviennent précisément le genre d’acteurs politiques que nous aimerions les voir devenir. (...) Si nous pouvons les aider et s’ils veulent que nous les aidions dans cet effort de transformation, je pense que personne ne pourra y trouver à redire (...) » (cité dans le New York Times, 2 février 1999).

Dans le sillage de l’invasion, « une administration kosovare autoproclamée fut mise en place, composée par l’UCK et par le Mouvement d’Union démocratique (LDB), par une coalition de cinq partis d’opposition hostiles à la Ligue démocratique de Rugova (LDK). Outre le poste de Premier ministre, l’UCK contrôlait les ministères des Finances, de l’Ordre public et de la Défense ». (Michel Chossudovsky, La guerre d’agression de l’Otan contre la Yougoslavie, 1999, http://www.globalresearch.ca/articl... )
La position du département d’Etat américain telle qu’elle est présentée dans la déclaration de Foley était que l’UCK « ne serait pas autorisée à poursuivre ses activités en tant que force militaire, mais qu’elle aurait l’occasion d’aller de l’avant dans sa quête d’un gouvernement autonome placé dans un ’contexte différent’ », ce qui revenait à parler d’inauguration d’une « narco-démocratie » de fait sous la protection de l’Otan. (Ibid.)

En ce qui concerne le trafic de drogue, le Kosovo occupe une position similaire à celle de Haïti : c’est un lien crucial dans le transit des drogues depuis le Croissant d’Or, via l’Iran et la Turquie, vers l’Europe occidentale. Tout en étant soutenue par la CIA et l’Otan, l’UCK avait des liens avec la mafia albanaise et les syndicats du crime impliqués dans le trafic des narcotiques.

Est-ce le modèle d’Etat pour Haïti, tel que l’avait formulé l’actuel ambassadeur américain à Haïti, James Foley ?

Pour la CIA et le département d’Etat, le FLRN et Guy Philippe sont à Haïti ce que l’UCK et Hashim Thaci sont au Kosovo.

En d’autres termes, l’intention de Washington est de « changer de régime » : renverser l’administration Lavalas et installer un régime fantoche obéissant aux Etats-Unis, intégré par la Plate-forme démocratique et l’autoproclamé Front pour la libération et la reconstruction nationale (FLRN), dont les dirigeants sont d’anciens terroristes du FRAPH et autres tontons Macoutes. Ces derniers sont susceptibles d’intégrer un « gouvernement d’unité nationale » en compagnie des chefs de la Convergence démocratique et du Groupe des 184 organisations de la société civile dirigé par Andy Apaid. Plus spécifiquement, le FLRN dirigé par Guy Philippe est susceptible de reconstruire les forces armées haïtiennes, qui avaient été dissoutes en 1995.

En d’autres termes, quel est l’enjeu d’un éventuel arrangement de partage de pouvoir entre les divers groupes d’opposition et les rebelles soutenus par la CIA, lesquels sont liés au commerce de transit de la cocaïne de la Colombie à la Floride ? La protection de ce commerce a des incidences sur la formation d’un nouveau narco-gouvernement, lequel servira les intérêts américains.

Un désarmement simulé, plus symbolique que réel, des rebelles peut être envisagé sous supervision internationale, comme cela s’est produit avec l’UCK au Kosovo, en 2000. Les « anciens terroristes » peuventt alors être intégrés tant au sein de la police civile que dans la reconstitution, sous surveillance des Etats-Unis, des forces armées haïtiennes.

Ce que suggère ce scénario, c’est que les structures terroristes de l’époque Duvalier ont été restaurées. Un programme de massacres de civils et d’assassinats politiques dirigés contre les partisans de Lavalas est en fait déjà en cours.

En d’autres termes, si Washington était vraiment mû par des considérations humanitaires, pourquoi, dans ce cas, soutient-il et finance-t-il les escadrons de la mort du FRAPH ? Son objectif n’est pas d’empêcher le massacre des civils. Organisés sur le modèle des précédentes opérations dirigées par la CIA (par exemple, au Guatemala, en Indonésie, au Salvador), les escadrons de la mort du FLRN ont eu carte blanche et sont désormais impliqués dans des assassinats politiques ciblés contre les partisans d’Aristide.

Le commerce du transbordement des drogues

Alors que l’économie réelle a été poussée à la banqueroute sous le choc des réformes du FMI, le commerce du transbordement des narcotiques continue à être florissant. Selon la DEA (Drug Enforcement Administration) américaine, Haïti reste « le premier pays de transbordement de la drogue pour toute la région des Caraïbes, il achemine d’importants chargements de cocaïne depuis la Colombie jusqu’aux Etats-Unis. » (Voir Chambre américaine des Représentants, Justice criminelle, Sous-commission sur la politique en matière de drogues et sur les ressources humaines, Transcriptions FDHC, 12 avril 2000)

On estime que Haïti, actuellement, est responsable de 14 pour-cent de toutes les entrées de cocaïne aux Etats-Unis, ce qui représente des milliards de dollars de revenus pour le crime organisé et les institutions financières américaines qui blanchissent des quantités colossales d’argent sale. Le commerce mondial des narcotiques est estimé de l’ordre de 500 milliards de dollars.

Une grande partie de ces transbordements va directement à Miami, qui constitue également un centre de recyclage de l’argent sale en investissements « de bonne foi », par exemple en propriétés immobilières et autres activités du même genre.

Les preuves confirment que la CIA a protégé ce commerce tout au long de la dictature militaire, de 1991 à 1994. En 1987, le sénateur John Kerry, en sa qualité de président de la sous-commission sénatoriale des Affaires étrangères sur les narcotiques, le terrorisme et les opérations internationales, se vit confier une enquête importante qui s’intéressa de près aux liens entre la CIA et le trafic de drogue, y compris le blanchiment de l’argent de la drogue aux fins de financer des insurrections armées. Le « Rapport Kerry », publié en 1989 et concentrant son attention sur le financement des contras nicaraguayens, comprenait aussi toute une section concernant Haïti :

« Kerry a développé des informations détaillées sur le trafic de drogue dirigé par les dirigeants militaires de Haïti , trafic qui a débouché, en 1988 à Miami, sur la condamnation du lieutenant-colonel Jean Paul. La sentence embarrassa beaucoup les militaires haïtiens, et tout particulièrement parce que Paul, dans un geste de provocation, refusa de se rendre aux autorités américaines. En novembre 1989, le colonel Paul fut découvert mort après avoir consommé un cadeau d’amitié traditionnel haïtien - un bol de potage au potiron...

« En 1988, le sénat américain apprit également, par le biais d’un témoignage, que le ministre de l’Intérieur de l’époque, le général Williams Regala, et son officier de liaison de la DEA, protégeaient et supervisaient des livraisons de cocaïne. Le témoignage accusait également le commandant de l’armée haïtienne à l’époque, le général Henry Namphy, d’avoir accepté, au milieu des années 80, des pots-de-vin de la part des trafiquants colombiens en échange d’autorisations d’atterrissage.

« C’est en 1989 qu’un autre coup d’Etat militaire avait mis le lieutenant-général Prosper Avril au pouvoir (...) Selon un témoin qui avait déposé devant la sous-commission du sénateur John Kerry, Avril est en fait un pion major dans le rôle de Haïti en tant que lieu de transit du trafic de la cocaïne. » ( Paul DeRienzo, Le cauchemar de Haïti : Le coup d’Etat de la cocaïne et la CIA Connection, printemps 1994, http://globalresearch.ca/articles/R... )
Jack Blum, qui fut le conseiller particulier de Kerry, insiste sur la complicité de certains hauts fonctionnaires américains dans une déclaration faite en 1996 devant la Commission restreinte, désignée par le sénat américain, de renseignements sur le trafic de drogue et la guerre des contras :

« (...) A Haïti (...) nos ’sources’ de renseignements au sein de l’armée haïtienne ont consacré leurs facilités aux cartels de la drogue. Au lieu de mettre la pression sur la direction pourrie de l’armée, nous l’avons défendue. Nous nous sommes bouché le nez et avons fait semblant de rien chaque fois qu’eux et leurs amis criminels aux Etats-Unis ont distribué de la cocaïne à Miami, Philadelphie et New, York. » (http://www.totse.com/en/politics/ce...)

Haïti non seulement reste au centre du trafic du transbordement de cocaïne, mais ce dernier s’est accru de façon considérable depuis les années 80. L’actuelle crise est liée entre autres au rôle de Haïti dans le trafic de la drogue. Washington veut un gouvernement haïtien qui lui soit servile et qui protégera les voies d’acheminement de la drogue, lesquelles vont de la Colombie, passent par Haïti avant d’aboutir en Floride.

L’afflux de narcodollars, qui reste la principale source des rentrées d’échange du pays, est utilisé pour « honorer » la spirale de la dette extérieure de Haïti et, de cette façon, sert également les intérêts des créanciers étrangers.

Sur ce plan, la libéralisation du marché des échanges avec l’étranger telle qu ’elle a été imposée par le FMI, et malgré l’implication pour la forme des autorités dans le combat comme le trafic de drogue, a fourni une voie bien pratique pour le blanchiment des narcodollars au sein du système bancaire domestique. Ces narcodollars, en même temps que les « envois de bonne foi » des Haïtiens vivant à l’étranger, peuvent être recyclés vers le trésor où ils sont utilisés pour honorer les obligations de remboursement de la dette.

Haïti, toutefois, ne ramasse qu’un infime pourcentage des échanges totaux avec l’étranger concernant cette contrebande lucrative. La plupart des revenus résultant du commerce d’acheminement de la coke reviennent aux intermédiaires criminels du commerce de gros et de détail de la drogue, aux services de renseignements qui protègent le trafic de drogue ainsi qu’aux institutions financières et bancaires où les rentrées de ces activités criminelles sont blanchies.

Les narcodollars sont également versés sur des comptes « bancaires privés » dans de nombreux havres bancaires offshore. (Ces havres sont contrôlés par les importantes banques et institutions bancaires occidentales). L’argent de la drogue est également investi dans un certain nombre d’instruments financiers, comprenant les valeurs refuges et les transactions boursières. Les principales banques de Wall Street et d’Europe et les firmes de courtage boursier blanchissent des milliards de dollars en provenance du trafic des narcotiques.

Qui plus est, l’expansion des livraisons d’argent en dollars par le Système de la Réserve fédérale, y compris l’impression de milliards de dollars papier aux fins de nouer les narco-transactions, constitue un bénéfice pour la Réserve fédérale et les institutions bancaires privées qui la constituent et dont la partie la plus importante est la New York Federal Reserve Bank. (Voir Jeffrey Steinberg, Les revenus de la came atteignent 600 milliards de dollars et ne cessent de croître, Executive Intelligence Review, 14 déc. 2001, http://www.larouchepub.com/other/20...)

En d’autres termes, l’establishment financier de Wall Street, qui joue un rôle en coulisse dans la formulation de la politique étrangère américaine, a un intérêt certain dans la poursuite du commerce haïtien de transbordement, tout en mettant en place une « narco-démocratie » fiable à Port-au-Prince, laquelle protégera efficacement les voies d’acheminement.

La manipulation médiatique

Au cours des semaines qui ont précédé directement le coup d’Etat, les médias ont largement concentré leur attention sur les « gangs armés » et les « hommes de main » partisans d’Aristide, sans se soucier de fournir la moindre explication sur le rôle des rebelles du FLRN.

Un silence de mort, en fait : pas un mot ne fut dit, dans les déclarations officielles ou les résolutions de l’Onu, sur la nature du FLRN. Mais cela n’est pas du tout surprenant : l’ambassadeur américain aux Nations unies (l’homme qui siège au Conseil de sécurité), John Negroponte, a joué un rôle de tout premier plan dans les escadrons de la mort honduriens soutenus par la CIA, durant les années 80, alors qu’il était ambassadeur des Etats-Unis au Honduras. (Voir San Francisco Examiner, 20 oct. 2001 http://www.flora.org/mai/forum/31397)

Les rebelles du FLRN sont extrêmement bien équipés et entraînés. Le peuple haïtien sait qui ils sont. Ce sont les Tontons Macoutes de l’époque Duvalier et les assassins de l’ancien FRAPH.

Les médias occidentaux sont mués sur ce sujet, ils rejettent le blâme des violences sur le président Aristide. Quand ils apprennent la nouvelle que l’Armée de Libération est composée d’escadrons de la mort, ils se refusent à examiner les implications plus larges de leurs prises de position et s’abstiennent de dire que ces escadrons de la mort sont une création de la CIA et de la DIA (Defense Intelligence Agency).

Le New York Times a fait savoir que la société civile d’opposition, « non violente », collaborait en fait avec les escadrons de la mort, « accusés d’avoir tué des milliers de personnes », mais tout ceci est décrit comme des événements « accidentels ». Aucune explication historique n’est fournie. Qui sont les chefs de ces escadrons de la mort ? Tout ce qu’on nous dit aujourd’hui, c’est qu’ils ont scellé une « alliance » avec les braves types « non violents » qui appartiennent à l’opposition politique. Et tout ça, pour une bonne cause, digne et tout et tout , qui consiste à vouloir chasser le président élu :

« Au fur et à mesure que la crise haïtienne dégénère vers la guerre civile, un enchevêtrement d’alliances, dont certaines accidentelles, est apparu. Cela a lié les intérêts d’un mouvement d’opposition politique qui a adopté la non-violence à ceux d’un groupe de rebelles qui comprend un ancien chef des escadrons de la mort accusé d’avoir tué des milliers de personnes, un ancien chef de la police accusé d’avoir ourdi un coup d’Etat et d’un gang impitoyable jadis partisan de Monsieur Aristide et qui, maintenant, s’est retourné contre lui. Etant donné leurs origines diverses, ceux qui se sont déployés contre Monsieur Aristide se sont à peine unifiés, bien que tous partagent un ardent désir de le voir écarté du pouvoir. » (New York Times, 26 février 2004)

Il n’y a rien de spontané ou d’« accidentel » dans les attaques rebelles ou dans l’« alliance » entre le chef des escadrons de la mort Guy Philippe et Andy Apaid, propriétaire du plus important bagne industriel de Haïti et dirigeant du G-184.

La rébellion armée faisait partie d’une opération militaire et de renseignements soigneusement préparée. Les forces armées de la République dominicaine avaient détecté des camps d’entraînement de guérilla à l’intérieur de leur propre territoire, à la frontière nord-est entre les deux pays. (L’armée dominicaine informe Aristide sur les entraînements des rebelles à la frontière, El Caribe, 27 février 2004, http://www.elcaribe.com.do/articulo...)

Tant les forces armées que leurs contreparties civiles « non violentes » étaient impliquées dans le complot visant à renverser le président. Le dirigeant du G-184, André Apaid, était en rapport avec Colin Powell durant les semaines qui ont précédé le renversement d’Aristide. Guy Philippe et « Toto » Emmanuel Constant ont des liens avec la CIA. Il y a des signes permettant d’établir que le commandant rebelle Guy Philippe et le chef politique du Front révolutionnaire de Résistance artibonite, Etienne Winter, était en liaison avec des officiels américains. (Voir BBC, 27 février 2004, http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas... ).

Alors que les Etats-Unis déclaraient à plusieurs reprises qu’ils allaient soutenir le gouvernement constitutionnel, le remplacement d’Aristide par un individu plus docile a toujours été à l’ordre du jour de l’administration Bush.

Le 20 février, l’ambassadeur américain James Foley désigna une équipe de quatre experts militaires émanant de l’U.S. Southern Command, cantonné à Miami. Officiellement, leur mandat consistait à « évaluer les menaces adressées à l’ambassade et à son personnel » (Seattle Times, 20 février 2004). Les Forces spéciales américaines sont déjà dans le pays. Washington avait annoncé que trois vaisseaux de guerre américains « ont été mis en stand-by pour se rendre à Haïti en guise de précaution ». Le Saipan est équipé d’avions de combat Harrier à décollage vertical et d’hélicoptères d’attaque. Les deux autres vaisseaux sont l’Oak Hill et le Trenton. Quelque 2.200 Marines du 24e Corps expéditionnaire des Marines de Camp Lejeune, NC, pourraient être déployés à Haïti dans des délais très brefs, selon Washington.

Toutefois, avec le départ du président Aristide, Washington n’a pas l’intention de désarmer son armée par procuration de rebelles paramilitaires qui, désormais, est appelée à jouer un rôle dans la « transition ». En d’autres termes, l’administration Bush n’agira pas pour empêcher les massacres et les assassinats politiques des partisans de Lavalas et d’Aristide, suite au départ du président.

Inutile de dire que les médias occidentaux n’ont pas le moins du monde analysé le contexte historique de la crise haïtienne. Le rôle joué par la CIA n’a même jamais été mentionné. La prétendue « communauté internationale », qui se prétend tellement soucieuse d’un gouvernement légal et de la démocratie, a fermé les yeux sur les massacres de civils par une armée paramilitaire soutenue par les Etats-Unis. Les « chefs rebelles », qui étaient les dirigeants des escadrons de la mort du FRAPH dans les années 90, sont actuellement soutenus par les médias américains comme étant des porte-parole de l’opposition dont la bonne foi ne peut être mise en doute. Dans le même temps, la légitimité de l’ancien président élu est remise en question parce qu’on prétend qu’il est responsable d’une « situation économique et sociale qui ne cesse d’empirer ».

Cette détérioration de la situation économique et sociale est en majeure partie imputable aux réformes économiques dévastatrices imposées par le FMI depuis les années 80. La restauration du gouvernement constitutionnel en 1994 fut soumis à la condition d’accepter la thérapie économique mortelle du FMI qui, à son tour, exclut la possibilité d’une démocratie digne de sens. De hauts fonctionnaires du gouvernement, respectivement au sein des gouvernements André Préval et Jean-Bertrand Aristide, obéirent naturellement aux diktats du FMI. En dépit de sa complaisance, Aristide fut mis sur liste noire et démonisé par Washington.

La militarisation du bassin caraïbe

Washington cherche à remodeler Haïti en tant que colonie à part entière des Etats-Unis, mais sous toutes les apparences d’une démocratie. L’objectif consiste à imposer un régime fantoche à Port-au-Prince et à établir une présence militaire permanente à Haïti.

L’administration américaine, au bout du compte, cherche à militariser la totalité du bassin caraïbe.

L’île d’Hispaniola [c’est-à-dire l’île constituée par Haïti et la République dominicaine] est la porte du bassin caraïbe, stratégiquement situé entre Cuba au Nord-Ouest et le Venezuela au Sud. La militarisation de l’île, avec l’installation de bases militaires américaines, vise non seulement à accroître la pression politique sur Cuba et le Venezuela, mais elle vise également la protection du trafic de stupéfiants, lourd de plusieurs milliards de dollars, qui transite par Haïti, en provenance des sites de production situés en Colombie, au Pérou et en Bolivie.

A certains égards, la militarisation du bassin caraïbe est semblable à celle imposée par Washington à la région andine de l’Amérique du Sud avec le « Plan Colombia », rebaptisé « Initiative andine ». Cette dernière constitue la base de la militarisation des puits de pétrole et de gaz naturel, de même que les voies des pipelines et les couloirs de transport. Elle protège également le trafic des stupéfiants.

Source : Centre de recherche sur la mondialisation (http://globalresearch.ca/), 29 février 2004.

Traduction : Jean-Marie Flemal.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).

 


21:57 | Lien permanent | Commentaires (0) |

"Le bruit, l’odeur et quelques étoiles".

Projection:

Le bruit, l’odeur et quelques étoiles

le Mardi 26 Janvier à 18h00 à l’Atrium (le bâtiment en verre entre le Patio et le Portique) Amphi AT8 à Strasbourg

http://sud.qsdf.org/spip.php?article30

 

 

"Comme si le soleil se levait pour des prunes". Première image, première chanson, la voix de Mustapha Amokrane se pose sur des pincements de guitare sobres et délicats, alors que le soleil se lève entre les tours de la cité du Mirail, à Toulouse :
Dans ma cité, y'a des petits crocodiles, qui parlent de "mawashi", oui je sais c'est un style... C'est des mômes qui dorment le jour et pas la nuit, c'est des mômes qui dorment le jour et pas la nuit, comme si le soleil se levait pour des prunes, comme si le soleil se levait pour des prunes...

Comme si certaines paroles pouvaient disparaître en moins de dix ans dans les palais de l'Elysée, Jacques Chirac déclarait à Orléans en juin 1991 :
Comment voulez-vous que le travailleur français, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs et qui voient sur le pas du palier à côté de son HLM, entassée, une famille, avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler. Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, et bien le travailleur français, sur le palier, devient fou. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela...

Comme si la vie de certains valaient moins que rien, le 13 décembre 1998, Habib, 17 ans, mourrait dans un caniveau, après s'être fait tiré dessus par un policier toulousain, pour un vol de voiture. Après le coup de feu, les policiers se sont enfuis, laissant à Habib le temps d'agoniser, seul, comme un chien. Enième "bavure", suivie d'émeutes, de dérapages policiers et d'habitants du quartier, de manifestations, d'une enquête baclée et d'un procés insatisfaisant.

Le fond, la forme, et le titre du long métrage d'Eric Pittard sont là : on y suivra le Mirail, ses habitants, un policier, un magistrat, et toutes leurs actions, interrogations, désillusions qui suivirent la mort d'Habib, le tout rythmé par les chansons et textes de Zebda, pour accompagner les images, approfondir les idées, mettre en vers ce qui ne peut être dit autrement.

 

L'aspect documentaire du film peut être assez vite résumé : la cité s'embrase pendant quatre jours d'émeutes, et subit une répression policière extrêmement importante. Lorsque l'émotion et la colère retombent, un groupe de jeunes, parallèlement à l'enquête judiciaire, tente de réclamer justice, par diverses actions. Puis, lassés de toutes les promesses non tenues, ils entrent dans une spirale de folie qui va les conduire de la cité à la prison.
L'histoire est interprétée par celles et ceux qui ont vécu les évènements, et qui les racontent : le film n'a pas été tourné au moment des évènements, avec un certain recul donc.

Parti pris ? Le réalisateur suit bien-sûr les habitants de la cité, mais à aucun moment une quelconque condescendance ne transparaît ; des faits sont racontés, et s'il fallait en retenir quelques uns, signalons le caractère de quasi "guerre civile" des émeutes de décembre 1998, avec ces images impressionnantes filmés du haut d'un immeuble, quand un des protagonistes raconte les jets de pierre sur des CRS armés de gaz lacrymogène et chantant "on est les champions" en canardant les HLM ; cette mère de famille qui raconte le comportement des CRS et policiers à l'intérieur des immeubles, en pleine nuit, dévalant les escaliers à toute vitesse, frappant contre les portes et dans les murs, en hurlant "on est chez nous". Retenons aussi l'indifférence ignoble de Dominique Baudis, à l'époque maire de Toulouse et actuel président du CSA, dont les trois protagonistes racontent le comportement dans le décor "surréaliste" d'un club branché toulousain (une des scènes les plus réussies du film), ou encore la mobilisation sincère et pleine de bonne volonté des jeunes du quartier, très vite gangrénée par un cruel manque d'organisation, de soutien, et des pétages de plomb rendant finalement leur action stérile et la décrédibilisant aux yeux d'une presse critique à souhait ; enfin, ces plaidoyers impressionnants d'un magistrat un poil pédant, seul devant la caméra, en robe, dans l'enceinte d'un tribunal, qui retrace les erreurs policières, les fautes judiciaires, et la nullité du procés : très fortes images...

Beaucoup d'images, de discours intéressants tout au long du film qui en font un long métrage passionnant, sans prétention, révolté certes mais sans haine ni jugements hâtifs, puisqu'il se contente de laisser parler, laissant au spectateur le soin de regrouper toutes ces informations et d'y réfléchir. Parfois Pittard laisse échapper quelques digressions qu'on aimerait encore plus développées, bien qu'elles ne rejoignent qu'indirectement le propos central du film (la réflexion sur l'immigration par le couple d'origine algérienne, très intéressante).
Peut-être que le film laissera à certains une impression de "non-achevé", mais n'est-ce pas là au contraire pure logique : l'"affaire" n'est pas non plus réellement conclue...

Mais "Le bruit, l'odeur et quelques étoiles" n'est pas un simple documentaire, et son aspect cinématographique et artistique est tout aussi intéressant : construit comme une tragédie antique ou un opéra (prologue, trois actes, épilogue), le film est rythmé par l'apparition d'un choeur de récitants constitué des membres du groupe Zebda, qui interprète ses morceaux dans un garage ou récite des textes dans la cité. Zebda parlait déjà de ce projet de film qui lui tenait beaucoup à coeur il y a deux ans, et difficile de trouver groupe plus approprié pour ce film : outre qu'il soit de Toulouse, le groupe est certainement le meilleur exemple de ce qu'on peut appeler "chanteur de l'immigration et des quartiers" (même si cela est un peu réducteur). On se rappelle de 1995 et du titre Le bruit et l'odeur, repris ici, dans le film, alors que la caméra descend les escaliers d'un HLM, le discours de Chirac résonnant comme une insulte, une menace, une honte.

 

Il faut avouer que, malheureusement, il arrive que certains textes sonnent faux (quand ils sont récités, et malgré l'intelligence du propos), et que certains titres de Zebda ne sont pas très appropriés (Troisième degré en particulier) ou d'autres trop complexes pour être immédiatement compris : mieux vaut avoir écouté Utopie d'occase pour mieux apprécier et comprendre les textes, tous écrits par Magyd Cherfi.

Mais Eric Pittard et Zebda touchent souvent très justes en mariant musique et images, car les morceaux de Zebda tombent la plupart de temps au bon moment et touchent dans le mille : Kountakinté, par exemple, quand est évoquée l'immigration : "J'ai quitté ma famille et toute la faune, j'ai bien quitté deux ou trois cents personnes, qui voulaient partir mais pour leur malheur, elles faisaient du bruit, elles sentaient une odeur ; on a beau nous faire croire qu'un passeport, ça sert à celui qui entre ou qui sort, nous on savait bien dans nos têtes pas guéries, que les nôtres n'étaient pas à la mairie" ; ou encore l'excellent Goota ma différence, qui tombe comme un petite bombe au milieu du film. Magyd nous sort un texte inédit génial sur des touches de guitare discrète, tel un Brassens moderne : ce titre très court intitulé Je suis franc, nourri de jeux de mots, ne laisse pas indifférent et touche incroyablement juste, comme Sheitan, ou encore le magnifique J'y suis j'y reste qui conclue le film.
Certains textes dits par tous les membres de Zebda sont également remarquables. On se souviendra en particulier de l'ironie amère d'Hakim et Magyd : "Il y a des terroristes dans la cité, des bazookas dans les mosquées... ah non, y'en a pas, des mosquées".

Cette construction originale ajoute un intérêt supplémentaire au film d'Eric Pittard, passionnant et très rythmé, parfois émouvant mais surtout révoltant et enrichissant : plusieurs mythes tombent à mon avis sous ces caméras. Même s'il souffre de certains défauts, "Le bruit, l'odeur et quelques étoiles" doit être salué pour sa démarche, tant dans le fond que dans la forme, car il remplit pleinement sa double fonction de belle oeuvre artistique et documentaire, doublement passionnante donc.


PJ  Acontresens 2002

 

Dans le cadre du cycle de projection débat démarré en novembre 2009, nous avons décidé d’aborder cette semaine le thème des banlieues avec le film de Eric Pittard, "Le bruit, l’odeur et quelques étoiles".
Cette projection débat aura lieu le Mardi 26 Janvier à 18h00 à l’Atrium (le bâtiment en verre entre le Patio et le Portique) Amphi AT8.
Ce documentaire retrace les événements qui ont secoué la banlieue de Toulouse à la fin de l’année 1998. Surpris en flagrant délit de vol de voiture, le jeune Habib, également surnommé Pipo, est tué à bout portant par un policier. De graves émeutes s’ensuivent, qui vont opposer bandes de jeunes et forces de l’ordre pendant plusieurs jours.

 

21:36 | Lien permanent | Commentaires (0) |

18/01/2010

Introduction à la distanciation : Toute jouissance trouve sa source dans la distanciation

 


1. Références historiques

Il semble bien qu'un des premiers auteurs à avoir explicitement parlé de distanciation soit Frédéric Schiller, tout particulièrement dans ses Lettres sur l'Education Esthétique de l'Homme (1795). Schiller commence par définir deux instincts fondamentaux : l'instinct sensible et l'instinct formel, le premier concerne la réceptivité, la passivité du spectateur, le second procède de son côté actif et créatif ou dominateur . Leur combinaison et leur interaction construisent la société, mais comme ils sont totalement antagonistes, il faut qu'intervienne un troisième instinct, exerçant un rôle médiateur. Ce sera l'instinct de jeu qui se donne la beauté et la liberté comme objectifs ultimes.

" Dans une civilisation vraiment humaine, l'existence humaine sera jeu plutôt que labeur, et l'homme vivra dans l'apparence plutôt que dans le besoin. "

Cette conception renverse radicalement l'édifice classique du primat de la Raison (Aufklärung) et établit celui de la sensibilité :

" (…) La sensibilité elle-même doit par sa force victorieuse rester maîtresse de son domaine et résister à la violence que l'esprit (Geist) par son activité envahissante aimerait à lui faire. "

Cette libération par l'esthétique ou la sensibilité  devrait prendre comme moyen, comme levier, une manifestation de distanciation des individus vis-à-vis de la perception esthétique. Dans sa Correspondance avec Gœthe, Schiller frôle de près le concept de distanciation  :

" L'action dramatique se déroule devant moi, mais c'est moi qui fait le tour de l'action épique qui semble en quelque sorte rester immobile. A mon avis cette différence est d'une grande importance. Si l'événement se déroule devant moi, je suis prisonnier de la présence sensible, mon imagination perd toute liberté, un trouble persistant apparaît en moi et s'y maintient, il me fait toujours rester collé à l'objet… "

On pourrait dire, en opposant Schiller à Brecht, que le premier approche de la distanciation sous l'angle de la recherche individuelle d'une distance libératrice de l'imagination des citoyens (souci très sensible pour des penseurs de la fin du XVIIIème siècle), alors que le second définira une distance critique devant permettre aux spectateurs de parvenir à leur libération sociale et politique collective. Analysant cette différence, J.-F. Chiantaretto va jusqu'à avancer que le spectateur brechtien doit éprouver du plaisir

" à prendre connaissance (critiquer) des processus sociaux réels auxquels il participe, afin qu'il puisse y intervenir. "

Dans La Dialectique de la Raison, Max Horkheimer et Theodor W. Adorno définissent quelques années après Brecht (en 1944, à New-York où " l'Ecole de Francfort " a dû se réfugier pendant la guerre) une conception de la distanciation artistique à la source de toute jouissance esthétique :

" La nature ne connaît pas véritablement le plaisir : elle ne dépasse pas la satisfaction des besoins. Toute jouissance est médiatisée et sociale - aussi bien (en ce qui concerne) les affections non-sublimées que les sublimées. Toute jouissance trouve sa source dans la distanciation (Entfremdung). "

Marcuse a lui aussi cité cet extrait (dans Eros et civilisation) en remarquant, à la suite de Freud que si

" … l'instinct refuse de s'épuiser dans la satisfaction immédiate, c'est qu'il est capable de construire et d'utiliser des barrières pour rendre plus intense l'aboutissement… "

Réflexion que l'on peut prolonger ironiquement par la célèbre réplique allitérative " Et le désir s'accroît quand l'effet se recule… ". Plus sérieusement, cette phrase d'Horkheimer et Adorno fixe assez bien la problématique distanciatrice et annonce peut-être - ou confirme de manière spéculative - l'hypothèse selon laquelle la rotation du dipôle ADI/IPT exige nécessairement une certaine fourniture d'énergie. En annonçant que " Toute jouissance trouve sa source dans la distanciation " Horkheimer et Adorno montrent que la jouissance serait naturellement ce moteur, retrouvant là l'idée grecque du " sage jouissant ", ce qui renvoie évidemment au modèle distanciateur archétypal de Socrate " usant (et jouissant) de tout, mais n'abusant de rien ", restant " maître de lui-même " en toutes circonstances.

Dans une série d'articles publiés en 1977 et 1978  nous avions proposé d'employer le terme de jubilation, au sens que lui attribuent les mathématiciens. Jubiler semble plus approprié parce que moins connoté que jouir. La jubilation constituerait le moteur de la distanciation et réciproquement, la distanciation un des outils de la jubilation. Cette analyse sera reprise au chapitre 6 en examinant les modes de fonctionnement de la distanciation dialectique dans ses manifestations médiatiques.

Cette citation capitale d'Horkheimer et Adorno montre aussi, dans sa première partie, l'importance du phénomène de socialisation/médiatisation ou de médiation comme séparateur de l'animalité et de l'humanité. Cette question sera réexaminée au chapitre suivant en recherchant une explication aux processus de médiation et de médiatisation spécifiquement humains.

Pratiquement à la même époque que Schiller, un autre auteur, Gustav Bally, s'est intéressé lui aussi au concept de l'Entfremdung. Herbert Marcuse y fait référence dans Eros et civilisation, malheureusement, il n'existe pas de traduction française de son ouvrage Vom Ursprung und den Grenzen des Freiheit, ce qui nous oblige à citer le passage que souligne Marcuse :

" … [l'homme] conserve une distance vis-à-vis de ses objectifs instinctuels. "

Pour Bally, c'est cette distance qui différencie précisément l'homme de l'animal, comme l'affirmera aussi Ludwig Von Bertalanffy presque à la même époque. Voici le commentaire qu'en fait Marcuse et qui se trouve en phase avec la problématique distanciatrice :

" (…) L'homme joue avec ses instincts et ainsi joue avec le monde. Cette attitude de distanciation constante vis-à-vis de l'objectif instinctuel rend possible la civilisation humaine. La conception de Bally est proche de celle de Schiller, mais elle est réactionnaire alors que celle de Schiller est progressiste. La liberté ludique de Schiller est le résultat de la libération instinctuelle, celle de Bally est une "liberté relative, contre les instincts". "

Pour Marcuse, cette " liberté relative contre les instincts " présente beaucoup de traces d'auto-répression, ce qui évidemment ne saurait lui convenir dans Eros et civilisation, ouvrage dans lequel il se propose justement de montrer que l'aliénation n'est pas aussi inéluctable que pourraient le laisser croire certaines lectures de Marx et de Freud.

Les objectifs sociaux et éducatifs liés à l'" éducation médiatique " et aux actions de terrain que celle-ci sous-tend ne sauraient évidemment être obérés par un risque épistémologique majeur : celui que la distanciation médiatique ne crée un effet pervers (en quelque sorte huxleyen) la conduisant à devenir un instrument d'assujettissement caché, plus fiable, plus performant, destiné à mieux aliéner les citoyens des " sociétés complexes ". C'est en partie à ce risque que peut répondre la distanciation dialectique en requérant du récepteur d'entrer dans un jeu et en le faisant activer lui-même et de manière autonome et conscientisée ses dipôles ADI/IPT et création/communication. Le risque d'en rester à un simple niveau de distanciation critique, en particulier dans le cas de la distanciation brechtienne (ou plus exactement de l'" effet d'étrangeté ") a été parfaitement décrit par André Gisselbrecht :

" Gardons-nous, en conséquence, de nous gargariser de l'"effet d'étrangeté", contre la volonté de Brecht lui-même ; pour le considérer comme une panacée de l'art théâtral, il faut l'avoir vidé de son origine sociale et de son but social. "

Brecht lui-même était également conscient de ce risque d'un effet pervers :

" Les hommes qui sont capables de considérer comme normale la guerre atomique, pourquoi ne s'habitueraient-ils pas paresseusement à d'aussi petites choses que l'effet d'étrangeté, rien que pour n'avoir pas la peine d'ouvrir les yeux ? Je peux m'imaginer qu'un jour ils ne pourront plus trouver leur ancienne forme de plaisir que dans les effets d'étrangeté. "

23:25 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Pour l'A 400 M et EADS, le monde se divise en deux catégories

Ceux qui ont la corde au coup et ceux qui la leur coupe.

EADS invité à retourner à la table des négociations sur l'A400M

http://www.roulette-strategy-guide.com/images/roulette-table.jpg
REUTERS | 15.01.2010 | 16:46

Par Tim Hepher et Gernot Heller

PARIS/BERLIN (Reuters) - EADS participera la semaine prochaine à une nouvelle réunion avec les pays clients de son avion de transport militaire A400M, avec l'espoir de parvenir à une solution "acceptable" pour le financement du programme.

Grevé par des retards et des dérapages de coûts, le projet doit surmonter l'obstacle de son financement, les Etats ayant refusé de prendre à leur charge l'intégralité de surcoûts estimés à quelque 11 milliards d'euros.

Le développement de l'appareil, que les états-majors veulent déployer sur plusieurs théâtres stratégiques comme celui de l'Afghanistan, était initialement évalué à environ 20 milliards d'euros.

"Nous comprenons que nous serons invités (à une réunion dans la semaine du 18 au 22 janvier). EADS ira avec la volonté de négocier une solution acceptable", a indiqué un porte-parole d'EADS.

Au lendemain d'une réunion organisée à Londres - sans les dirigeants d'EADS -, un porte-parole du ministère allemand de la Défense a indiqué que les pays clients (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Luxembourg et Turquie) étaient convenus d'une "position commune sur la marche à suivre."

Selon lui, les clients soutiennent toujours le projet mais pas à "n'importe quel prix".

http://www.montecarloresort.com/IMG/jpg/table_casino_gal.jpg

Mardi, les dirigeants d'EADS ont martelé que l'issue des négociations était décisive pour l'avenir du groupe.

DÉNOUEMENT À ISTANBUL?

De son côté, le ministre français de la Défense Hervé Morin a indiqué jeudi ne pas être opposé à l'idée que la France prenne en charge une partie des dépassements de coûts de l'A400M.

Les négociateurs espèrent arriver à un accord fin janvier ou début février lors d'une réunion informelle de l'Otan prévue à Istanbul.

Des sources proches des discussions ont indiqué à Reuters qu'un compromis final pourrait nécessiter l'implication de dirigeants européens, à l'instar du président Nicolas Sarkozy et de la chancelière allemande Angela Merkel.

http://www.dicecollector.com/dice_CASINO_CONCORDE_01.jpg

"Les discussions se poursuivent au niveau des ministères. Les Français voudraient que le dossier soit traité au plus haut niveau mais nous n'en sommes pas encore là", a souligné l'une d'entre elles.

Afin de ne pas annoncer de nouvelles dépenses, susceptibles d'être mal interprétées par l'opinion publique à l'heure où les marges budgétaires des gouvernements sont réduites, une des solutions avancées par certaines sources résiderait dans la possibilité d'augmenter le prix unitaire de chaque avion et de produire moins d'unités que prévu.

Certaines sources industrielles ont précisé qu'EADS était disposé à avancer six milliards d'euros dont 2,4 milliards ont déjà été passés en provisions.

Avec la contribution de Matthias Blamont, édité par Dominique Rodriguez et Jean-Michel Bélot

Ceux qui ont le pistolet chargé et ceux qui creusent.
Toi, tu creuses.

20:09 | Lien permanent | Commentaires (0) |

17/01/2010

Sur le “prisonnierisme”

Le texte ci-contre est sorti en décembre 2002, au moment où la lutte espagnole contre les FIES trouvait sa résonnance maximale hors des murs, surtout dans les cercles militants.
Les compagnons y dénoncent et analysent les travers du «prisonnierisme» (presismo en espagnol) : la mythification du prisonnier en tant que tel ou pour ses illégalismes qui l’ont conduit dedans, la légèreté à qualifier les prisonniers de compagnons et d’anarchistes pour à la fois gonfler la lutte et son propre rôle à l’extérieur, le développement d’une démarche de soutien/assistanat et non complicité/affinité, le sens de la solidarité qui signifie beaucoup de papier et peu d’attaques.

Bien entendu, ces critiques parleront plus aux quelques compagnons anarchistes qu’aux divers militants et camarades généralement investis sur ce thème en France, et plus généralement à tous ceux/celles qui ont affronté la question anticarcérale comme lutte parcellaire qu’aux autres.
Enfin, il ne faut pas oublier non plus le contexte espagnol de l’époque qui a vu se multiplier les groupes anarchistes ou libertaires (et les publications) appuyant la lutte interne contre les FIES, développant un milieu spécifique qui n’a pas existé ici ces dernières années (y compris lors de la tentative avortée autour du réseau de l’Envolée), milieu qui concentre les critiques.
Nous avons jugé utile de le publier malgré ces limites parce que les questions qui y sont posées concernent plus largement toute lutte parcellaire et le milieu qui se crée autour, parce que certaines de ses réflexions correspondent à des discussions/débats que nous avons pu avoir (sur l’illégalisme, sur les façons d’affronter la taule), et enfin parce qu’ayant participé ici à la lutte contre les FIES et suivi régulièrement dans cette publication la situation des compagnons incarcérés, il nous semblait intéressant de publier cette fois un bilan qui a pu être tiré de l’intérieur du mouvement contre ces «prisons dans la prison».

Ces dernières années, dans nos milieux, nous n’avons pas arrêté de parler de prisonniers en lutte, de grève de la faim, de rebelles sociaux, de revendications (l’abolition du FIES et les trois autres, que vous ne connaissez que trop bien)…

Partant du fait qu’il y a eu une réelle lutte dans tout ça, nous voudrions faire une critique (plus corrosive que constructive) de ce que nous appelons le “ phénomène prisonnieriste ”. Cela, afin d’essayer de discerner le peu de lutte et de communication réelle du folklore et du “ simulacre de lutte ”. Et surtout, nous voudrions décerner une mention spéciale à cette lutte qui aujourd’hui s’est transformée en grande partie en phénomène prisonnieriste.

Qu’entendons-nous par “ phénomène prisonnieriste ” ?

Pour remettre en contexte, bien que celui-ci soit probablement plus que connu, nous allons faire un bref résumé de ce qu’il s’est passé. Avant 1999, il n’y avait que quelques personnes et/ou groupes qui maintenaient un contact (à travers des correspondances et des visites) avec des prisonniers, et ce fut partir de la première grève de la faim indéfinie (et collective) que le milieu libertaire (anti-autoritaire et anti-répressif) découvrit la situation dans les prisons.

Il est clair qu’à partir de ce moment, les groupes de soutien aux prisonniers, les publications pleines de communiqués et d’adresses de “compagnons prisonniers”,… ont poussé comme des champignons. Dans bien des villes, des actions en soutien aux prisonniers et en solidarité avec leurs revendications se sont mises sur pied. La devise était : leur lutte est notre lutte ! Et c’était bien,… tant qu’il y avait de la lutte, évidemment.

Il y eut aussi différentes rencontres “anticarcérales” au cours desquelles on a pu divaguer à loisir sur notre rôle dans cette lutte ainsi que sur le comment pouvoir l’étendre. Tout cela en restait à une déclaration de principes bien intentionnée, mais abstraite : diffusion, coordination et futures caisses de résistance.

La coordination obtenue a toujours été minimale, le stricte nécessaire pour que toute cette histoire ne tombe pas à l’eau. Et ce que nous avons appelé coordination s’est avéré, au final, n’être rien d’autre que l’effort d’un nombre limité de personnes qui, curieusement, sont celles qui se sont le moins mises en avant dans ce grand cirque de la reconnaissance tellement présent dans cette lutte.

Et pour ce qui est de ces fameuses “ caisses de résistance ”… Le thème a été discuté, spéculé, insinué, mais nous aurions du garder en tête que ce genre de choses ne doit pas se discuter, mais se FAIRE.

Ce qui a été obtenu par contre, c’est l’extension-diffusion de la pseudo-lutte, mais tout cela ne fut que quantitatif (nous n’avons pu apprécier aucune avancée qualitative). Il y eut beaucoup de gens qui ont commencé à entretenir une correspondance avec les compagnons (et les “moins compagnons”) prisonniers de l’Etat oppresseur et capitaliste tant haï. Et nombreux furent aussi les prisonniers qui firent de même avec les “nouveaux compagnons de la rue”. Ils se transformèrent tous en “chèrEs amiEs” et se dirent “Salut compagnonNE”… et ensuite ?

Nous disons “pseudo-lutte”, parce que nous pensons qu’écrire deux douzaines de cartes par mois et aller en taule pour rendre visite à untel ne peut être considéré comme une lutte ou un affrontement (nous ne disons pas qu’il faut cesser de le faire, mais juste qu’il ne faut pas prétendre que cela est le plus subversif ou le plus révolutionnaire que nous puissions faire).

Au-delà de ça, beaucoup semblent oublier qu’il s’agit ici d’une “lutte” parcellaire. Ce n’est pas pour autant qu’il faudrait la reléguer au second plan, mais nous voudrions juste rappeler que tant qu’il y aura un Etat-capital, il y aura des prisons (même si elles varient ou se transforment), tant qu’il y aura de l’obsession-aliénation, il y aura des prisonnierEs (tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des murs).

Dans les années 80 il y eut l’insoumission, au cours des années 90 ce fut le mouvement squat, et à présent c’est le prisonnierisme. On dirait qu’à chaque moment nous nous laissons attraper par “la lutte en cours” comme s’il s’agissait d’une mode. Comme si nous n’étions pas capables de pratiquer notre résistance-attaque sur tous les fronts.

A ce moment, les collectifs, groupes et individuEs anarchistes n’ont pas su élaborer une stratégie de lutte anti-carcérale correspondant aux pratiques anarchistes. Nous nous sommes laissés porter par les formes qui plus tard laisseront place au phénomène prisonnieriste.

Quand nous parlons du prisonnierisme, nous ne nous référons pas à la lutte anti-carcérale portant une optique révolutionnaire et s’articulant sur une pratique tant réelle que radicale, mais plutôt à toutes ces pratiques —qui sont déjà des habitudes pour beaucoup— et qui consistent à “soutenir les prisonnierEs” en les considérant de façon abstraite. C’est-à-dire que le prisonnierisme est cette chose dans laquelle la lutte contre les prisons s’est retrouvée réduite et dénuée de toute vertu.

Quelques unes des caractéristiques de ce soutien prisonnieriste qui attirent le plus notre attention sont les suivantes :

Idéalisation, quasi mythification, des “ compagnonNEs prisonnierEs ”

Outre le fait que nous n’utilisons que peu de critères pour considérer quelqu’unE comme unE compagnonNE sans même la-le connaître (serait-ce que les compagnonNEs ne représentent pas grand-chose à nos yeux ou que nous ayons déjà vidé ce terme de sa substance ?), nous avons observé une idéalisation progressive de ceux qui dans prisons protestent contre les conditions imposées par l’Institution Exterminatrice. Toute personne dont le nom se trouve en fin d’un communiqué est déjà en lutte. Toute personne qui passe un jour sans manger ou sans sortir en promenade l’est aussi. De cette manière, avec nos envies imparables de nous élargir, nous avons confectionné des listes extensives de “prisonnierEs en lutte”. Listes relevant plus de la fiction que de l’extension, car lorsque nous avons tenté de les vérifier, nous avons découvert plus de ratures que de noms.

Cette attitude de recruter des adeptes à notre cause et à les idéaliser est l’héritage de la séduisante loi du nombre et de la culture de masse. Pour les marxistes classiques et les néo-marxistes (mais aussi pour bien des anarchistes), la classe ouvrière ou le prolétariat était cette entité presque mystique qui, indépendamment de ce qu’elle faisait ou de comment elle le faisait, était révolutionnaire en soi et par essence. De la même manière pour les prisonnieristes, le-la prisonnierE —et les “compagnonNEs prisonnierEs” en particulier— sont sinon révolutionnaires, pour le moins rebelles par définition.

Evidemment, en prison il y a quelques compagnons anarchistes (et autres révolutionnaires). Il y a aussi des rebelles, des personnes en lutte, des braqueurs… mais ceux qui y sont ne le sont pas tous, et ceux qui le sont n’y sont pas tous.

Ces confusions nous ont mené jusqu’à gonfler impudemment (que l’intention fusse des meilleures ou la pire, ce fut fait) les chiffres des grévistes participant à la dernière grève de la faim collective. Et, si nous poussons le bouchon un peu plus loin : où sont ces “irréductibles combattantEs” une fois misEs en “ liberté ” ? Que font-ils-elles ? De quelle manière poursuivent-elles-ils la lutte et comment se solidarisent-ils-elles avec leurs “frères et sœurs prionnierEs” ? Tant de beaux mots qui s’envolent à la première brise…

Jusqu’à quel point est-ce rebelle ou révolutionnaire de braquer-voler-exproprier pour “vivre” à toute vitesse (c’est cela qu’on appelle tous la Vie) ? OK, d’accord, ils-elles ne se vendent pas pour un sale travail, elles-ils ne se prostituent pas huit heures par jour, ni même quatre. Ils-elles peuvent même conserver la haine envers l’Etat (parce qu’associée à la prison), mais… la haine envers le capital, ça c’est déjà autre chose. Parlez leur d’abolir ce maudit argent, mais alors tâchez aussi de leur expliquer comment ils pourront toujours avoir cette belle voiture, ces beaux vêtements et ces bonnes fêtes si vous ne voulez pas qu’ils vous envoient rapidement chier.

Le fait d’attaquer à la propriété privée peut vouloir dire, de manière consciente ou inconsciente, que l’on est contre l’inégalité sociale, mais nous ne pouvons nous réfugier dans l’illusion et croire que c’est toujours le cas. Il peut aussi s’agir d’attaquer la propriété privée parce qu’on n’est pas d’accord avec sa distribution actuelle (on voudrait donc une plus grande part du gâteau), et non pour chasser la propriété, ni même l’inégalité.

Penser à obtenir l’argent nécessaire pour “monter sa petite affaire et vivre de ses bénéfices” ne veut rien dire d’autre que l’acceptation ou la soumission aux idées capitalistes. En ce qui nous concerne, il est clair que nos compagnonNES, prisonnierEs ou pas, sont rebelles et anticapitalistes, de fait ou en puissance, et non des bourgeois en puissance (même s’ils braquent à la place de travailler). Ceux-là, nous les considérons sans aucun doute comme nos ennemis, aussi tristes et pénibles qu’aient pu être leurs vies avant et après leur passage en prison.

Nous avons tellement envie d’être plus nombreux, que nous voyons des anarchistes là où il n’y en a pas. On est anarchiste ou révolutionnaire par conviction, non par convenance. Aussi simple et évident que cela puisse paraître, des amiEs et compagnonNEs se trouvant à l’intérieur des prisons ont du nous le rappeler des dizaines de fois. Nous nous sommes équipés d’une baguette magique trompeuse qui, par simple proximité ou contact, distribue l’étiquette “anarchiste” comme s’il s’agissait d’un simple adjectif. Comme l’on vit que l’appellation était légère et que les “masses anarchistes à l’intérieur des taules” n’étaient soutenues de nulle part, on décida d’utiliser un nouveau terme plus générique et facile à octroyer. C’est ainsi qu’apparurent les “masses de rebelles sociaux” qui peuplent aujourd’hui les prisons...

Idéalisation, quasi mythification, de ceux qui soutiennent les “compagnonNEs prisonnierEs”

Nous n’avons pas seulement placé ces prisonnierEs sur un piédestal, mais nous nous y sommes aussi réservé une place. Aujourd’hui, pour être quelque chose ou quelqu’un dans le mouvement prisonnieriste, tu dois être en correspondance avec au moins 3 des prisonnierEs les plus connuEs et admiréEs (et pouvoir être ou devenir leur copain-copine), être à l’affût de toujours plus d’information et ne pas envoyer moins de X cartes par semaine (nous ne mettons pas de chiffres parce que celui-ci dépend de la renommée du ou de la destinataire en question, certaines cartes peuvent compter pour deux, voire pour trois).

De cette manière, tu pourras participer sans problèmes au petit jeu prisonnieriste (que ce soit à travers des réunions ou des lettres avec d’autres “points de soutien”) et surfer sur les pages prisonnieristes sans avoir à craindre de ne pas comprendre de quoi ils parlent. Tout le monde sait qui est unEtelLE, dans quel prison il-elle se trouve et de quelle prison elle-il vient. Petit à petit nous découvrirons qui a une correspondance avec qui, qui peut se blairer et qui ne peut pas, et par la sorte, “en tissant des liens de solidarité”, la grande et heureuse famille prisonnieriste se construit. Si nous ne sommes pas frères ou sœurs, nous serons cousins-cousines, même de manière éloignée s’il le faut.

Et donc, les individus “solidaires avec les prisonnierEs” se constituent en une catégorie différenciée (voire même supérieure pour certains) de révolutionnaires. Il n’est pas difficile de rencontrer des personnes affirmant que “la lutte anti-carcérale” est la lutte principale et indispensable parce que la prison est la forme la plus claire d’oppression de la part de l’Etat. Nous nous refusons à établir toute hiérarchie entre les luttes parce que le système de domination ne repose pas sur un seul pilier. Ce n’est qu’à travers un affrontement global-intégral que nous aurons des possibilités d’en finir avec ce qui nous prive de la liberté que nous désirons.

En fragmentant les luttes, en nous spécialisant dans une de celles-ci et en perdant de vue notre propre nombril, nous n’arriverons pas très loin. Ils ne sont pas rare ceux et celles qui ont totalement oublié les autres fronts, les ignorant de manière consciente ou inconsciente. Il y a ceux et celles qui n’attendent plus la révolution parce qu’ils la FONT, et puis celles et ceux qui ne l’attendent plus ni ne la font parce qu’ils ne savent plus ce qu’ils veulent au-delà de l’abolition du FIES, la libération des malades en phase terminale, la fin de la dispersion… Que feront-ils-elles si un jour les murs tombent parce que l’Etat n’a plus besoin de prisons pour maintenir le contrôle ?

Il n’y a pas de liberté en prison, mais il n’y en a pas non plus dehors, de telle sorte que nous la conquiererons entièrement ou nous n’aurons même pas fait tomber un seul mur.

Groupes – anarchistes ?- de soutien aux prisonniers
Anarchie ou, plutôt, assistanat ?

C’est certainement le point le plus sérieux et le plus triste à la fois parce qu’il met en évidence le manque de critère des anarchistes pour mener jusqu’au bout une lutte cohérente avec une théorie, mais surtout avec une pratique qui nous soit propre et réelle.

Vous connaissez l’histoire de quelques anarchistes qui commencèrent en pensant qu’elles-ils pourraient lutter pour la LIBERTE coude à coude avec leurs “frères et sœurs prisonnierEs” et qui se retrouvèrent à envoyer des courses, des cartes de téléphone, des mandats et à diffuser des communiqués ? Cela fut leur lutte et continue à être celle de beaucoup.

Nous nous sommes consacrés à l’édition de bulletins, de revues… qui, bien loin d’être des moyens de communication entre des personnes et d’être utilisés au moins comme une arme qui attaque et transgresse les murs (peu importe lesquels), n’ont su être que des récits personnels qui n’apportent rien et ne nuisent que très peu. Et dans le pire des cas, ils ont servi comme pages de contact entre les gens de l’intérieur vers l’extérieur et de l’extérieur vers l’intérieur.

La prison est une institution, et en tant que telle a des figures publiques qui la représentent et des visages moins publics qui la soutiennent. Elle a des édifices et des infrastructures. Elle a tellement de facettes sur lesquelles les anarchistes pourraient faire sentir leur rage.

Nous ne sommes ni chrétiens, ni bouddhistes, ni prisonnieristes. Nous ne voulons pas soutenir ni assister les prisonnierEs, nous voulons simplement qu’ils-elles cessent d’exister tant en dehors qu’à l’intérieur des prisons.

A propos des cercles familiaux et des amiEs...

Nous avons déjà dit que nous nous opposions aux prisons depuis une perspective qui nous est propre. Celle-ci n’est pas la même que celle des associations pour les Droits de l’Homme ni que celle des diverses coordinations ou autres ONGs.

CertainEs affirment que ce que nous devrions faire serait de nous réunir avec les familles des prisonnierEs et de créer un “réseau social” peut-être similaire à ce qui a pu exister au temps de la COPEL. On dit aussi que nous pourrions recueillir des fonds pour aider les familles des prisonnierEs qui en ont besoin.

Et pourtant non, nous ne ferons rien de tout cela, parce que nous sommes inévitablement du côté de ceux qui affrontent cet état des choses (prison incluse), qu’ils soient amiEs ou pas avec prisonnierEs, qu’ils aient de la famille à l’intérieur ou non. Notre cercle, notre groupe, nos gens sont ceux qui désirent faire la route avec nous depuis le début jusqu’à la fin, et non ceux qui resteront à la moitié du chemin lorsqu’ils seront parvenus à adoucir et à démocratiser la prison, ou quand leur enfant-frère-sœur-amiE sera sortiE du régime d’isolement, qu’il-elle sera dans une prison plus proche ou encore libéréE.

Nous ne voulons pas non plus à nos côtés ceux et celles qui ne désirent pas la prison pour les leurs, mais qui ne se posent pas de questions pour les autres (ou qui considèrent que ceux qui devraient être à l’intérieur sont les terroristes, sans même faire référence précisément à l’Etat-capital).

Et à propos des “ familles ”, en tant qu’anarchistes, n’étions-nous pas pour la destruction de la famille comme institution oppressive, limitante et imposée ? Ou remettons-nous cela comme une étape suivant la fin de la prison ?

Communication réelle ou fictive ?

Un autre aspect curieux du prisonnierisme est son concept de la communication. Pour les prisonnieristes, connaître ou être en contact avec quelqu’unE équivaudrait à s’écrire de temps en temps une page avec quatre (ou quatre cents) lignes pour ne rien se dire du tout, sans partager autre chose que les phrases typiques provenant probablement de lettres type qui ont du être distribuées au début de cette “lutte”. Ecrire par obligation n’apporte rien du tout, ni à celle-celui qui écrit ni à celui-celle qui reçoit. Ce qu’il faudrait renforcer, ce sont les rapports réels, ceux qui au-delà des présentations et de l’échange d’idées pourraient se transformer en complicité, compagnonnage et/ou amitié. Il y a tant de choses que nous pouvons nous apporter les unEs aux autres et desquelles notre lutte pourrait sortir plus forte.

Au-delà de ça, se trouve ce qui n’appartient déjà plus à la communication : le commérage généralisé. Il n’y a pas grand-chose à dire qui ne soit déjà connu. Ces ragots n’ont rien à envier aux séries télévisées à l’eau de rose. Comme nous l’avons déjà dit, nous finissons toutes et tous par savoir qui est amiE avec qui, qui ne peut se supporter, qui est le-la copain-copine de qui,… Est-ce que cela fait aussi partie de la “lutte prisonnieriste” ?

---------------

Démythifions le-la prisonnierE dans sa condition de recluE, parce que cette condition n’est rien d’autre qu’une imposition de l’Etat. Avant d’être unE prisonnierE, c’est justement un INDIVIDU qui aura en tant que tel ses idées et ses inquiétudes, sur la base desquelles nous établirons ou pas nos affinités et nos complicités.

Démythifions la “lutte anti-carcérale ”. La plupart du temps, elle ne dépasse pas le simple soutien et elle répond plus à un sentiment caritatif envers celui-celle qu’elle considère comme faible ou sans défense, qu’à un désir réel d’en terminer avec l’institution pénitentiaire et avec l’état des choses qui la rend nécessaire.

Vive l’anarchie !!!

Quelques ex-prisonnieristes (des deux côtés du mur),
décembre 2002


[Extrait de "Cette Semaine" n°90, septembre 2006, pp.26-29]

 

 

En finir avec le prisonnierisme
pour retrouver des perspectives offensives

Il pourrait sembler banal pour des révolutionnaires de revenir une fois de plus sur la question des prisons, entendues au sens strict. Notre expérience et nos réflexions sont ainsi peuplées des récits de celles et ceux qui y ont lutté par le passé ou des compagnons qui y séjournent régulièrement. A travers nos engagements, nous savons aussi que son ombre est une menace permanente contre celles et ceux qui luttent contre le pouvoir sous toutes ses formes. Cependant, au-delà de ces aspects qui nous touchent de près, les tranformations récentes de la prison nous poussent une fois de plus à revenir brièvement sur l’argument.

L’incarcération de masse, un mode de gestion

La prison est surtout un instrument en pleine expansion, toujours plus complexe et plus vaste, qui engloutit une énorme quantité d’individus, souvent même au-delà des actes qu’ils peuvent accomplir. Nous vivons une époque d’incarcération massive où fleurissent à travers toute l’Europe les chantiers de construction de structures carcérales en tous genres, passant d’une quantité de prisons surpeuplées à une autre, plus importante encore. Dans ce processus, précisons que non seulement les longues peines ont des durées minimum réelles qui explosent (25, 30 ans et plus), et d’autre part que le champ de ce qui est permis se rétrécit, allongeant la liste des délits : toujours plus d’actes et de comportements tombent sous le coup du code pénal, tandis que les petites peines comportent toujours plus de ferme. Enfin, on finit toujours plus au trou, non par pour des faits, mais pour ce qu’on est : centre de rétention parce que dépourvu du bout de papier requis, hôpital psychiatrique parce qu’au comportement « anormal », en garde-à-vue parce que pauvre dans un quartier où règne le couvre-feu de jour comme de nuit, prison parce que louche dans une situation de bordel, etc. Dans le même temps et pour boucler la boucle, des armées de sociologues et de juristes besogneux potassent sur des « peines alternatives » qui permettent de développer la prison à domicile pour élargir encore le nombre de personnes « éligibles à une sanction ».

Dans une telle situation, il serait pour le moins limité d’affirmer que l’augmentation exponentielle de la quantité d’êtres humains qui passent par les geôles de l’Etat est automatiquement liée à une augmentation de la conflictualité qu’il faudrait contenir, ou qu’il s’agirait d’une mesure préventive du pouvoir face à de futurs troubles. C’est un mode de coercition, certes, mais c’est aussi un mode de gestion et parfois même de production, parmi d’autres, en restructuration permanente.
Du raffinement de la torture

Dans nos démocraties donneuses de leçons en matière de liberté, le fonctionnement des prisons est à l’image de ce qui se passe à l’extérieur. Elles sont une arme aux mains des puissants qui permet de garantir l’exploitation. Cette dernière repose en effet à la fois sur l’acceptation de la mise au salariat pour se procurer un revenu, voire sur une adhésion à cette forme particulière de travail, et en même temps sur la peur de la punition qui frappe toute activité qui pourrait permettre d’échapper à la violence du salariat ; peur de perdre d’un coup le peu qu’on a accumulé, d’être privé de ses proches, de finir enfermé. Le contrôle des corps et des esprits est d’ailleurs là pour nous persuader que les moindres faux-pas sont connus et risquent de mal finir, accentuant la crainte et neutralisant les velléités d’une révolte qui dépasserait la simple protestation.
De la même façon, la gestion carcérale repose à son tour sur l’intégration de la norme, le degré de résignation déterminant le régime de réclusion. En prison, si la sensation d’être à la merci de la répression brutale est plus exacerbée et le contrôle plus direct encore, ceux-ci s’accompagnent aussi de mécanismes plus subtils qui vont au-delà même du deal traditionnel « tu te tiens tranquille, on te fout la paix » – les deux termes de l’échange, bien sûr à géométrie variable, s’étendant évidemment à l’ensemble de l’entourage. Cela n’est pas nouveau, puisqu’on trouve jusque dans les récits de bagnards des exemples de châtiments exemplaires destinés aux plus récalcitrants, tandis que les plus dociles faisaient pression sur les autres pour que tout se passe « au mieux » et que la pratique de la balance pouvait servir à s’assurer de meilleures chances de survie.
Sans vouloir revenir sur les diverses réformes qui ont émaillé l’histoire carcérale, on peut constater comment, particulièrement sous nos latitudes, le jeu de la carotte et du bâton a pu se raffiner. En même temps que les méthodes d’annihilation des réfractaires se perfectionnaient (au mitard et aux tabassages sont venus s’ajouter les régimes spéciaux d’isolement parfois agrémentés de privation sensorielle …), l’octroi de certains avantages en réponse la plupart du temps à des révoltes et des mutineries, a également contribué à la pacification sociale à l’intérieur des taules. En effet, dedans comme dehors, le contrôle ne se limite pas aux stricts dispositifs de surveillance de plus en plus sophistiqués. Il repose aussi sur ce qu’on a à perdre et pénètre bien plus avant dans l’intimité de chacun : la télé (outre l’abrutissement généralisé qu’elle induit), les différentes cames (mis à part les ravages qu’elles provoquent), les examens médico-sociaux ou la participation active au système notamment par le travail pour bénéficier de permissions ou de conditionnelles sont autant de formes de chantage à la bonne conduite. De la même manière, le maton sort de son strict rôle de bourreau et de porte-clefs dès lors qu’il devient celui qui pourra améliorer quelque peu les conditions de détention, non pas parce qu’on l’aura affronté, mais parce qu’on aura joué son jeu, celui des mille petits privilèges. C’est ainsi qu’en étant, même malgré soi, plus lié à l’ennemi dans l’aménagement de sa propre cage, on oublie parfois que si la laisse s’allonge, le collier est plus serré.
Pour finir, la création d’un nombre croissant de statuts différenciés a également beaucoup favorisé la désagrégation de la conscience d’une communauté de condition et d’intérêts, même si elle n’en est pas l’unique facteur. Car là encore, la prison n’est que le reflet en condensé des rapports qui existent à l’extérieur.

Transformations et mythe du « prisonnier »

Sans vouloir mythifier ni les rapports sociaux, ni la délinquance d’antan, on ne peut que constater l’extension du règne de la marchandise. En trente ans, la grande réussite du capital est d’avoir réussi à rendre son horizon totalitaire. Ce qu’on déplore souvent en taule comme la « disparition de la vieille éthique » (prisonniers contre matons, hiérarchie liée au délit, rejet de toute forme de balance…) au profit d’une jungle d’alliances, n’est que le constat plus vaste que la tension de classe qui permettait d’opposer au capital une contre-utopie (globalement basée sur l’égalité et la liberté) s’est transformée en rébellion contre le capital à partir du capital, mais avec cette fois sa reproduction exacerbée comme seul possible. Une partie de la délinquance qui auparavant pouvait ainsi se développer au sein d’une forte conflictualité sociale autour de l’appareil de production, devient essentiellement commerce et se trouve dès lors beaucoup plus compatible avec les impératifs de l’accumulation capitaliste dont elle reproduit les valeurs.
Rien de surprenant donc à ce qu’en prison comme ailleurs, des négociants pour qui les complicités se transforment en relations d’affaire et les amitiés en rapports utilitaristes intègrent la logique bénéfice/coût et soient prêts à rentrer dans le système de deal du pouvoir en place. Dans une société massifiée et atomisée où chacun doit affronter l’insécurité liée à la dépossession de tous les aspects de sa vie, il n’est pas non plus étonnant que les camps continuent de se brouiller et que l’antagonisme tende à devenir de plus en plus une guerre de tous contre tous. Cette logique de guerre nous met donc face à une situation complexe : des personnes prises dans la guerre sociale, mais imprégnées de la guerre civile dans laquelle elles ont grandi et que tout contribue à entretenir.
Bien entendu, les liens criminels qui dépassent ou sortent de la logique marchande n’ont pas tous disparu, mais ils se paient toujours plus cher dans un système judiciaire à l’image du reste, où on négocie sa peine à travers l’avocat comme on se vend à un juge. Dans un tel contexte, les révoltés à l’autorité qui atterrissent en taule ou ceux qui purgent de longues peines et qui ont réussi à préserver leur rage, tous se prennent de plein fouet cette transformation des rapports sociaux : non seulement ils rament toujours plus pour rencontrer des complices, mais ils sont souvent isolés à la fois par l’administration pénitentiaire et par les autres détenus, qui voient alors en eux un danger potentiel.
Il ne s’agit évidemment pas de prétendre avec le pouvoir que les prisonniers seraient pires que les autres, ce qui n’a absolument aucun sens, mais d’éviter le renversement qui consiste à en faire de manière homogène des individus nécessairement plus révoltés que d’autres. Abandonner le mythe du « prisonnier rebelle », c’est abandonner la vieille idée selon laquelle les prisonniers seraient en soi et en bloc des sujets susceptibles de porter des valeurs d ‘émancipation et de liberté remettant radicalement en cause ce système.
La colère et la rage sont certes présentes et diffuses en taule, mais leur expression, si radicale puisse-t-elle être dans ses formes, porte rarement un contenu et des perspectives qui rompent avec l’existant. De manière générale, la normalité de la domination pèse de façon écrasante (poids de la morale et des hiérarchies internes, pacification qui fait qu’il n’y a pas de révolte à chaque assassinat ou chaque tabassage et, plus important, qu’on ne perçoit pas qu’il s’agirait d’une auto-défense minimale), et si tout peut exploser à chaque instant (autant dans la cour sur une dispute entre prisonniers à propos de conneries qu’avec les matons sur une embrouille habituelle de parloir), il arrive souvent que ça parte dans tous les sens, pour le plus grand profit de l’administration. A l’image de la société en somme.

Chaque âge saccage sa cage

Il ne s’agit donc pas de nier la conflictualité qui peut exister à l’intérieur comme à l’extérieur des murs, mais bien de se poser la question du comment la diffuser et l’exacerber sur le fond, plutôt que de faire l’apologie de ses formes.
Le réflexe conditionné qui consiste à soutenir « les prisonniers » de manière inconditionnelle a déjà montré ses limites en ce qu’il méconnaît et fait totalement l’impasse sur les contradictions qui traversent les taules. Il est parfois arrivé que la solidarité avec des prisonniers en lutte sur des bases et dans des contextes très clairs donne lieu à des dépassements du cadre carcéral proprement dit, pour remettre en cause l’ensemble de la société et du système qui non seulement a besoin des prisons, mais en est devenu une lui-même. Cependant, agir sur ce terrain qui nous concerne toutes et tous ne peut nullement revenir à être dans l’attente de ce qui se passe à l’intérieur des murs, ou à se positionner par avance au cul d’hypothétiques mouvements de prisonniers pour attaquer tout ce que représente déjà partout la prison. Constater et analyser l’immense prison dans laquelle nous nous trouvons tous et toutes, et dont les murs sont palpables au quotidien, devrait conduire à éviter un certain activisme faisant de la prison un thème artificiellement détaché du reste.

Si la nécessaire solidarité avec des individus auxquels nous unissent des liens d’affinités en ce que nous partageons la lutte contre ce monde est évidente, il est plus complexe d’intervenir par rapport à des actes qui nous paraissent intéressants, mais dont nous ignorons ce qui les motive. Une des bases de la solidarité pourrait alors être de porter réellement la lutte contre toutes les prisons, à commencer par la nôtre, et contre le monde qui les produit. Car lutter pour détruire tous les enfermements est plus que jamais d’actualité. En plus des perspectives pratiques que cela ouvre, se battre contre la domestication des corps et des esprits et les cages qui nous sont imposées de toutes parts peut permettre de dépasser les fausses séparations intérieur/extérieur en faisant le lien entre les divers enfermements, mais aussi de mieux creuser les différences qui, elles, sont bien réelles : entre ce qui conforte et renforce la domination et l’ordre existant, et ce qui va au contraire dans le sens de plus de liberté pour toutes et tous.

A CORPS PERDU n°2 juillet 2009

15:13 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

 

 

Ce poème de Jacques Prévert évoque la mutinerie d'août 1934. Après que les moniteurs aient tabasser un pupille, les jeunes détenus se sont soulevés et enfuient. Une prime de 20 francs a été offerte à quiconque capturerait un fugitif.

Cette mutinerie a déclenché une campagne de presse demandant la fermeture de bagne d'enfants.

 


 

 

Au-dessus de l'île on voit des oiseaux

Tout autour de l'île il y a de l'eau

 

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

 

Qu'est-ce que c'est que ces hurlements

 

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

 

C'est la meute des honnêtes gens

Qui fait la chasse à l'enfant

 

Il avait dit j'en ai assez de la maison de redressement

Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents

Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment

 

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

 

Maintenant il s'est sauvé

Et comme une bête traquée

Il galope dans la nuit

Et tous galopent après lui

Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes

 

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

 

C'est la meute des honnêtes gens

Qui fait la chasse à l'enfant

 

Pourchasser l'enfant, pas besoin de permis

Tous le braves gens s'y sont mis

Qu'est-ce qui nage dans la nuit

Quels sont ces éclairs ces bruits

C'est un enfant qui s'enfuit

On tire sur lui à coups de fusil

 

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

 

Tous ces messieurs sur le rivage

Sont bredouilles et verts de rage

 

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

 

Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !

 

Au-dessus de l'île on voit des oiseaux

Tout autour de l'île il y a de l'eau.

 

Jacques Prévert

(Extrait de Paroles, éditions Gallimard)

les têtes raides c'est quand vous voulez...

Pour_en_finir_avec_les_prisons_pour_mineurs_dossier_.pdf

15:04 | Lien permanent | Commentaires (0) |

16/01/2010

Justice de classe à Poitiers...comme à Strasbourg et partout ailleurs

Saccage à Poitiers : ils plaident non coupable

La cour d’appel a réexaminé hier le sort de cinq des jeunes interpellés en marge des débordements du 10 octobre à Poitiers. Délibéré le 19 février.


«Je n
ai jamais lancé de pierre sur la voiture du commissaire.» À la barre, Samuel B… a été le premier à sexpliquer sur les faits quon lui reproche. Et il a donné la couleur. Comme Jean-Salvy C…, Léo C…, Candice C… et Charles V…, Samuel a été jugé et condamné le 12 octobre 2009 en comparution immédiate pour sa participation aux événements qui ont violemment secoué Poitiers en marge de la manifestation anti-prison du 10 octobre 2009.

«Cette espèce de lâcheté…»

Hier, devant la cour d
appel qui rejugeait ces faits, il a plaidé non coupable. Car, a-t-il affirmé, la violence va «à lencontre de [son] éducation». Son pote Jean-Salvy, accusé davoir lancé un objet métallique vers les policiers, a adopté la même posture : «Je nai jamais commis dacte de violences.» Léo et Candice, interpellés chez un fleuriste, rue Pétonnet, ont affirmé quils nétaient pour rien dans lincendie dun conteneur à ordures rue Jean-Jaurès. Charles a, quant à lui, juré quil était venu dans le centre après la manif et navait fait que ramasser la fusée de détresse et le masque de plongée saisis dans son sac à dos.

«Moi aussi, j
ai eu 20 ans et des convictions, a commenté lavocat général. Jai eu des convictions et je les ai défendues jusquau bout. Mais la société a évolué.» Et le magistrat de regretter «cette espèce de lâcheté qui se développe à la barre et qui consiste à nier les évidences en disant “Je ny étais pas” ou “Ce nest pas moi”». Admettant que ces cinq-là ne faisaient pas partie des meneurs, le parquetier a requis «des peines exemplaires», tant pour «garantir que linstitution judiciaire nest pas insensible à ce qua vécu Poitiers» que pour signifier «à chacun» ce quon encourt quand on bouscule les canons de la paix sociale.

Des «lampistes»

À l
unisson, les avocats de la défense ont tous plaidé la relaxe de leurs clients. Les uns démentant des affirmations des policiers, les autres dénonçant la fiabilité des aveux signés en garde à vue par les prévenus. Tous répétant que ces gamins ne sont pas les vrais responsables du saccage de Poitiers. «Des lampistes, et nous en sommes tous conscients», a même résumé lavocat de la Ville, partie civile. Condamnés en première instance à des peines allant de deux mois avec sursis à six mois dont un ferme avec mandat de dépôt, seront-ils tous relaxés par la cour ? Pas sûr. Car, comme la déclaré Me Simone Brunet en défense : «Cinq relaxes dun coup ? Ce sera délicat. Car comment des magistrats pourraient-ils désavouer la police ?»

Jugement le 19 février à 9 heures.

Emmanuel Touron



Le centre-ville en état de siège

«C
est pour quoi, tout ça ?» Depuis mercredi soir, la question était sur bien des lèvres. Que ce soit aux abords du palais de justice ou à proximité de Notre-Dame-la-Grande, les fourgons bleus et blancs de la police ne sont pas passés inaperçus. À leur bord, plusieurs dizaines dhommes, bien équipés, ont stationné jusquà hier midi pour «sécuriser» le procès en appel des événements du 10 octobre. Le même type de dispositif avait aussi été déployé ces dernières semaines pour «encadrer» cette fois les manifestations et rassemblements de soutien aux «inculpés».

Tous filmés !

Hier donc, il y avait foule au palais de justice. Familles, proches et sympathisants des cinq prévenus ont pu assister au procès. Pas tous cependant. Certains sont restés sur les marches et dans la salle des pas perdus pendant les 4 heures 30 de l
audience.

Parmi eux, quelques-uns déploraient le fait d
être filmés et photographiés par la police, se souciant de lutilisation qui pourrait être faite de leur image.

Au final, même si la présidente de la cour d
appel a pris soin dès le début des débats den appeler à la sérénité, cest une fois de plus dans un climat tendu que sest déroulée cette matinée.

En mettant toutefois cette affaire en délibéré au 19 février prochain, nul doute que les juges poitevins ont voulu se donner le temps de la réflexion. Pour une justice sereine, posée, réfléchie.

J.-M. G.


Petits poissons
Ce 10 octobre 2009, Poitiers la sage, Poitiers la paisible était quelques heures durant la proie de quelque 250 «casseurs» venus don ne sait où. Bilan matériel important : 14 vitrines brisées, des monuments tagués, des poubelles incendiées mais aucun blessé à déplorer. Lopération commando, menée au nez et à la barbe de forces de lordre en net sous-effectif devait être revendiquée quelques semaines plus tard par un mystérieux groupe «insurrectionnaliste». Ces professionnels de la violence armée nont à ce jour pas été démasqués. En attendant, et parce quil fallait bien trouver des responsables, on a désigné quelques jeunes, étudiants ou marginaux, repérés dans ou aux abords de la manifestation. Ils sont de gauche ou militants de la cause anticarcérale, mais casseurs ? Pour lheure, la justice na mis la main que sur de tout petits poissons.
J.-M. G.

Pas de mises en examen par les juges
Trois mois après les violences du 10 octobre 2009 à Poitiers où en est lenquête ? Interrogé à ce sujet, le procureur de la République, Pierre Sennès, sen tient à une communication millimétrée. Une information judiciaire avait été ouverte pour «provocation à un attroupement armé» et le pôle de linstruction avait été saisi de ces faits. «Il ny a pas eu de mises en examen dans ce dossier pour le moment, indique le procureur de la République. Il y a un gros travail dexploitation technique et danalyses à faire.» Autrement dit, le millier de pièces saisies après la dispersion de la manifestation est en cours danalyse. Un travail long pour relever des empreintes digitales ou génétiques sur des masques, des manches de pioches… Il faut aussi compter avec le traitement de tous les documents photographiques et vidéo qui ont pu être récoltés. Les enquêteurs avaient notamment retrouvé un ticket de caisse correspondant à un achat de masques effectué à Rennes.


Leur presse (La Nouvelle République), 15 janvier 2010.



Des peines «exemplaires» requises à Poitiers

De lourdes peines de prison ferme ont été requises contre les «émeutiers» du 10 octobre à Poitiers.


Quatre garçons, une fille, âgés de 20 à 24 ans. Trois sont étudiants, deux smicards. Ils sont accusés davoir, le 10 octobre 2009 à Poitiers, lors dune manifestation anticarcérale ayant dégénéré en violences urbaines, qui jeté des projectiles aux policiers, qui incendié une poubelle, qui coiffé sa capuche et transporté dans sa musette larsenal du parfait petit Black Bloc, lunettes de plongée, fusée de détresse, etc.

Ils ont été condamnés par le tribunal de Poitiers à des peines de prison ferme et avec sursis, et passent en seconde semaine devant la cour d
appel pour plaider leur relaxe.

Des casseurs, eux ? Des spécimens de cette «ultragauche» que Brice Hortefeux s
est juré de «dissoudre» ? Ils salignent sagement dans lordre que leur indique la présidente, Maud Vignau, répondent poliment à ses questions. Pas un mot plus haut que lautre, pas la moindre velléité de transformer la barre en tribune politique.

Délibéré au 19 février

L
avocat général, Jean-Claude Bellot, leur reprochera «de ne pas défendre leurs convictions jusquau bout». Cest «une espèce de lâcheté», dit-il, que de répéter «jy étais pas, jai rien fait» en «niant les évidences».

«C
est parce que vous préjugez de leur culpabilité ! rétorque Me Simone Brunet pour la défense. Ils nont pas à assumer des faits quils nont pas commis.»

Les «évidences» du ministère public tiennent aux aveux des lanceurs de cailloux pendant leur garde à vue et aux témoignages des policiers qui les ont «formellement reconnus».

Reconnaissance formelle, mon œil ! lance en substance Me Brunet. Elle ne voit dans ces témoignages que bidonnages et contre-vérités. Ceux-là ont été «raflés» parce que la pression politique exigeait des coupables, et vite. Quant aux aveux, ajoute son confrère, Me Philippe Gand, ils ont été obtenus sous la pression, les prévenus se sont ensuite rétractés. Et de plaider la nullité de toute la procédure, les conditions de la garde à vue étant en France, comme personne ne l
ignore plus, contraires au droit européen.

Le ministère public persiste et signe. Comme le procureur de la République avant lui, l
avocat général a requis des «peines exemplaires» contre les cinq prévenus. Il a fixé l«exemplarité» au même niveau : dix-huit mois de prison, dont une part «significative» de prison ferme afin que lavertissement soit entendu «à Poitiers et au-delà», pour Samuel, Jean-Salvy et Charles, les jeteurs de pierres, et huit mois, avec sursis partiel, pour les incendiaires de poubelles.

La cour a mis son arrêt en délibéré au 19 février. Un délai inhabituel qui pourrait traduire soit un certain embarras, soit l
espoir que soit tranchée rapidement cette fichue querelle sur la garde à vue.

Leur presse (Pierre-Marie Lemaire, Sud-Ouest), 15 janvier.
http://juralibertaire.over-blog.com/

Solidarité avec touTEs les inculpéEs !

14:30 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu