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06/10/2011

Quand la métapolitique brouille les pistes... les convergences périphériques

De CRUSE à SORAL, DU DISCOURS « BRUN-ROUGE » AU « NATIONAL-REPUBLICAIN

Cruse est un revenant que l’on espérait coincé à jamais dans les caves poussiéreuses du souverainisme. Cet ancien mao, puis militant du PCF fut longtemps journaliste à Libération ; il dut en démissionner en 1993 après avoir publié dans L’Idiot International un article titré « vers un Front National » appelant à « un violent sursaut de nationalisme, industriel et culturel » contre l’ultralibéralisme mondialisé illustré par « Wall Street, le sionisme international, la bourse de Francfort et les nains de Tokyo », et à « une politique autoritaire de redressement du pays », liant les problèmes « de l’immigration, du chômage et de l’insécurité urbaine » et prônant une alliance allant des communistes aux ultra-nationalistes, en passant par Chevènement et Pasqua... « On est loin, évidemment, du perfectionnement infini de la démocratie, et de mille bavardages (...) C’est un front qui se forge, et qui se forgera, qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Dans une dynamique de redressement, de dépassement, d’efforts de citoyens lucides, contre la logique de crise, de soumission, d’avilissement et d’éclatement, qui déferle sur la planète au rythme du Sida ». C’est envoyé comme du Doriot, ce communiste passé au fascisme puis à la Collaboration sur des bases similaires ! Cruse était loin à l’époque d’être seul au PCF. Le rédac’ chef de L’Idiot International, Marc Cohen, avait participé à l’écriture du texte, et Jacques Dimet, du magazine communiste Révolution soutenait les mêmes idées... Du beau monde... le PCF avait dû s’interroger alors sur les rapprochements tout à fait officiels entre la Nouvelle Droite et l’Institut de Recherches Marxistes de Francette Lazard, membre du Bureau National, et a fait discrètement le ménage... L’affaire médiatique des « liaisons rouges-brunes » n’a duré qu’un été, et a donné naissance à des « comités de vigilance » vite disparus, comme d’habitude...

Mais cette volonté exprimée dans l’article n’est qu’une reprise de la vieille théorie du GRECE d’Alain de Benoist : la convergence des périphéries contre le centre, représentant le système en place. On lui donne alors le nom que l’on veut : discours « anti-système », « brun-rouge », « national-bolchevik » ou... « national-républicain »... Car Alain Soral, ex-communiste ré-inventeur pour le FN de ce concept, a revendiqué début décembre lors d’une conférence du FNJ niçois avoir été l’un des rédacteurs du texte signé Cruse, raison pour laquelle il a été exclus du PCF... Il avait avoué il y a quelques temps sa participation à La lettre écarlate, revue interne à la fédé de Paris du PCF qui défendait déjà ces idées... Vérité ou mensonge, Soral se pose de toute façon au sein du FN dans une continuité radicale historique qui détonne face aux rassurantes déclarations de sa copine Marine Le Pen. Le lifting ne serait donc qu’un maquillage...

via Reflexes

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National-bolchevisme : de nouvelles convergences

Publié le 3 janvier 2007, mise à jour le 4 janvier 2007

Publié en octobre 1993

Fin juin, suite à une enquête de la journaliste Mariette Besnard et du romancier Didier Daeninckx, le Canard enchaîné révèle des liens unissant communistes et extrémistes de droite à notamment travers la collaboration à certains journaux comme l’Idiot International et le Choc du Mois. Histoire de remplir quelques pages de plus et de régler certains comptes, des rédactions parisiennes (dont Libération) n’hésiteront pas à parler de convergences entre bruns et rouges. Qu’en est-il exactement et se matérialisent-elles par des rapprochements entre organisations ?

Dès juillet 1967, tirant les leçons de l’activisme de l’OAS et de l’échec du REL-MNP (Rassemblement européen de la liberté - Mouvement nationaliste du progrès) aux élections législatives de la même année, Dominique Venner [1] met en avant l’intérêt d’une stratégie culturelle, métapolitique sur l’action partisane pour conquérir le pouvoir. Afin d’apparaître de façon plus honorable et de sortir de la marginalité où l’avait poussée la fin de la seconde guerre mondiale, l’extrême droite, à travers ce qui allait devenir la Nouvelle droite, cherche à en finir avec les commémorations folkloriques en se lançant dans un travail d’élaboration théorique, bien sûr, mais aussi organisationnelle et stratégique : Venner définit le GRECE (Groupement de recherche et d’étude pour la civilisation européenne) comme une structure « extrêmement souple et diversifiée », avec à sa tête une direction dont le « rôle interne serait celui d’une centrale idéologique diffusant aux membres un enseignement doctrinal actualisé et permanent. À la base, une organisation sans hiérarchie, sans délimitation territoriale, mais des membres qui fassent rayonner notre enseignement, suivant leur milieu, leurs capacités et leurs affinités. Cela signifie que chaque membre a l’obligation de militer dans une activité civique, sociale, politique ou culturelle qui lui donne une influence sur d’autres hommes. » En effet, pour reprendre le pouvoir, l’extrême droite se doit de sortir de son isolement. La Nouvelle droite le fait en tentant dans les années 1970 de noyauter les milieux du pouvoir, en investissant des journaux comme le Figaro, Valeurs actuelles et Spectacle du Monde, en influençant des hommes de droite comme Michel Poniatowski (ministre de l’Intérieur sous Giscard), ou encore Jacques Médecin. Le relatif échec de cette tentative, les évolutions d’une partie des membres du GRECE qui rejoignent le Front national, les changements politiques (chute du Mur, écroulement du communisme, consensus libéral en Europe) entraînent de nouvelles orientations : en 1989, Robert Steuckers [2] estime que « la Nouvelle droite se trouve confrontée à un défi : rénover son discours, s’annexer de nouvelles pistes intellectuelles (Foucault, Deleuze, Guattari, Gus Dorf, Péguy, etc.), opérer une greffe entre ces nouveaux adstrats et son corpus existant » [3].La Nouvelle droite belge a été la première à étudier le national-bolchevik allemand Ernst Niekisch [4]. Par la suite, on voit fleurir dans la presse de la Nouvelle droite les références aux philosophes, auteurs de gauche et la reprise pure et simple de mots d’ordre libertaires critiquant la société de consommation et l’idéologie du travail par exemple [5]. Ceci dans le but, bien sûr, d’affirmer des idées inégalitaires, de développement séparé derrière une phraséologie gauchiste, mais aussi de gommer l’opposition droite / gauche et faire apparaître de nouvelles « convergences périphériques », « combattant l’univers de la marchandise et la toute puissance de la raison économique » [6].

Convergences idéologiques ?

Le 12 mai 1993, Alain de Benoist, membre entre autres du GRECE, plaide pour l’abandon du clivage droite / gauche pour lui préférer la notion d’un « centre » et de « périphérie », le premier étant constitué par « l’idéologie dominante », la seconde regroupant « tous ceux qui n’acceptent pas cette idéologie ». (Ceci étant une copie / adaptation des analyses sur les rapports entre les pays du centre, du nord et les pays périphériques, du sud). Cette intervention aurait été des plus banales si elle n’avait eu lieu à la Mutualité dans le cadre d’une conférence dirigée par Francette Lazare, membre du bureau politique du PCF. Personne dans les rangs communistes ne trouva rien à redire [7]. Une semaine plus tard, la revue Éléments (revue du GRECE) invite Marc Cohen, membre du PCF et rédacteur en chef de l’Idiot international, journal fondé par Jean-Edern Hallier, à venir disserter là encore de la « recomposition du paysage intellectuel français ». Edouard Limonov [8], conseiller à la rédaction de l’Idiot, collabore aussi bien à Révolution, hebdo du PC pour intellectuels qu’au Choc du Mois, mensuel d’une extrême droite moderne, conquérante, intellectuellement agressive [9]. Enfin, en mai dernier, l’Idiot publie l’appel « Vers un Front national » de Jean-Paul Cruse. Ce communiste, délégué SNJ-CGT et membre de la rédaction de Libération, propose « une politique autoritaire de redressement du pays » rassemblant là encore « les gens de l’esprit contre les gens des choses, la civilisation contre la marchandise - et la grandeur des nations contre la balkanisation du monde [...] sous les ordres de Wall Street, du sionisme international, de la bourse de Francfort et des nains de Tokyo ». Décidément, on y revient toujours, et surtout parce que « la destruction précipitée de la vieille gauche n’ouvre sur rien de neuf, à l’intérieur du champ. » Il faut donc en sortir « pour forger une nouvelle alliance », un « front » regroupant « Pasqua, Chevènement, les communistes et les ultra-nationalistes », un nouveau front pour « un violent sursaut de nationalisme, industriel et culturel ». Le bureau national du SNJ-CGT réagit dans un communiqué en réaffirmant la liberté d’expression de J-P Cruse et en condamnant ses positions, rappelant que « ces idées ne sont pas celles de la CGT », qu’elle les combat « même de toutes [ses] forces ». Pas par opportunisme, mais par conviction profonde [10].

L’anti-américanisme a toujours été en France une valeur partagée pour des raisons différentes par beaucoup de forces politiques. Des gaullistes aux communistes en passant par l’extrême droite et l’extrême gauche, l’Amérique se retrouve accusée de ne pas être une véritable nation historique, de reprendre sans les comprendre les principes des Lumières et les valeurs universelles de la Révolution française, et de vouloir dominer l’ensemble de la planète. L’écroulement du « communisme » et la guerre du Golfe ont ravivé ce sentiment.

Rien de très neuf sous les auspices du national-bolchevisme

Il est donc certain qu’un courant national-bolchevik existe en France, combattant la société marchande, l’Amérique, le « sionisme international » et la social-démocratie mais celui-ci n’a rien de nouveau. Déjà, dans les années 1970, l’organisation Lutte du peuple, fondée par des scissionnistes d’Ordre nouveau, se réclamait du national-bolchevisme et employait « un vocabulaire calqué sur celui de la gauche extraparlementaire, notamment dans la critique du capitalisme et de la bourgeoisie » [11]. Aujourd’hui, le mouvement Nouvelle résistance est l’expression politique de ce courant et tente lui aussi de « mettre en oeuvre une ligne stratégique » de « front anti-système » [12]. Il y a une véritable mode franco-russe du national-bolchevisme. Les amitiés du groupe Nouvelle résistance avec les différents groupes qui se réclament peu ou prou du national-bolchevisme en Russie sont là pour le prouver. Dans leur journal Lutte du Peuple, on fait souvent mention des différents groupes et des alliances avec ceux-ci. La « haine » contre l’Occident, et Eltsine qui « brade » la Russie au profit du capitalisme, servent de fer de lance à un rapprochement entre anciens communistes et conservateurs. On peut citer A. Douguine (n°2 du Front national bolchevique), un des correspondants de Nouvelle résistance en Russie, qui se félicite de la « révolution russe actuelle où respectivement les néo-communistes nationalistes représenteraient l’aile gauche et les néo-monarchistes l’aile droite ». On le retrouvait aux côtés de Thiriart et Schneider (directeur de la revue Nationalisme et République [13]) lors d’un voyage au mois d’août 1992 dont l’objectif était de tisser des liens avec l’opposition à Eltsine. Il est encore avec A. De Benoist au début de l’année 1992 et se félicite de la naissance du journal Dien (Le Jour) qui, à l’instar de Krisis en France, a « introduit le non-conformisme et le radicalisme dans l’univers rouge-brun et a pour mot d’ordre la recherche d’une troisième voie nationale et russe ». Quant à l’antisémitisme de ce journal, il faut d’après lui ne pas en exagérer la teneur. C’est aussi dans les anciens journaux communistes officiels que l’on retrouve ce type de discours. Dans les manifestations, il n’est pas rare de voir se côtoyer drapeaux rouges et tsaristes... C’est aujourd’hui une opposition structurée, qui a des relais et non des moindres dans l’armée. Staline est réhabilité et l’on voit dans différentes revues d’extrême droite (Lutte du Peuple ou Orion, revue italienne) des articles faisant référence au « petit père des peuples ». Décidément cela ne tourne pas très rond. Mais est-ce une raison pour perdre la boule comme le fait J-P Cruse ? Sûrement pas.

À l’instar de J-P Cruse, le PCF a souvent développé un anti-américanisme sans nuance. Le grand Satan américain d’un côté, le grand frère soviétique de l’autre... Le « Collectif communiste des travailleurs des médias » (PCF) se plaint dans un communiqué du 8 juillet 1993 du procès qui est fait à l’un de ses membres (en l’occurrence Marc Cohen), et qui vise « à interdire tout débat politique, liant la question de la souveraineté nationale, contre l’hégémonie américaine, et les valeurs historiques du mouvement ouvrier international. » Il est bien connu que les pays de l’Est ont défendu avec ardeur ces valeurs... Le rapprochement bruns-rouges est un remake des années 1930. Rappelons-nous Doriot, le national-populiste qui se séparait du PC pour fonder le PPF (Parti populaire français) et allait devenir collaborateur des nazis. Le « scoop » journalistique de F. Bonnet de Libération découvrant (il était temps) les « compagnons de route de la galaxie nationale-bolchevik » a pour but de démontrer que « le communisme est vraiment pourri puisqu’il n’hésite pas à s’allier au fascisme » et accessoirement « qu’extrême gauche et extrême droite, c’est pareil ». En 1990 déjà, un certain C. Bourseiller (acteur et journaliste, paraît-il), renvoyait dos à dos extrême droite et extrême gauche dans un livre s’intitulant Les ennemis du système (voir REFLEXes n°31). De tels amalgames font peu de cas des dialogues établis entre l’extrême droite et les intellectuels de gauche et encore moins des évolutions idéologiques et politiques du Parti socialiste au pouvoir depuis dix ans (notamment sur l’immigration, la sécurité, le libéralisme...). Il est vrai qu’il serait gênant de dénoncer ses petits camarades.

L’arbre cache-t-il une forêt ?

Ceux qui mettent tant d’empressement à dénoncer la convergence entre les rouges et les bruns oublient souvent les errances idéologiques de leur propre milieu. À travers la revue Krisis se sont établis beaucoup de contacts entre intellectuels de la Nouvelle droite et intellectuels de gauche. Durant l’été 1988, Krisis, dirigée par A. De Benoist, entend rompre l’isolement intellectuel de la nouvelle droite et asseoir son hégémonie idéologique. Y participent aussi bien des idéologues du GRECE que des penseurs de gauche. Les débuts sont marqués par quelques manipulations puisque la revue reproduit des articles déjà parus ailleurs sans l’autorisation de leurs auteurs. Mais Garaudy (aussi collaborateur à Nationalisme et République), Jean-Michel Palmier, André Comte-Sponville, Jean-François Kahn, Régis Debray, Jacques Domenach, Jacques Julliard, Bernard Langlois ou encore Claude Karenooh, collaborateur assidu (qui se prétend libertaire), ont participé sans sourciller à la revue. Alain Decaux, ancien ministre d’un gouvernement socialiste, ne semble nullement gêné de côtoyer des personnes comme Jean Mabire, Jean-Jacques Mourreau et Pierre Vial, tous trois passés par le GRECE et le FN. La confusion idéologique due à une perte des repères politiques et des marques référentielles à gauche a permis de telles accointances et la remise en selle de l’idéologie réactionnaire. Ces problèmes de glissements ou de rapprochements ne sont pas à prendre à la légère. Il s’agit bien de décortiquer le discours tenu par ces nationaux-bolcheviks qui reprennent à la fois les symboles révolutionnaires (Commune de Paris, Che Guevara, etc.), se veulent solidaires des luttes de libération nationale (basque, corse, irlandaise), reprennent à leur compte les luttes écologistes, s’en vont combattre en Bosnie ou en Croatie « contre le dépeçage de ces territoires » par les Serbes, se réclament libertaires, etc. et seraient prêts à « faire un bout de chemin avec tous les anti-systèmes » ; il ne resterait plus aujourd’hui que deux façons d’être : soit du côté de ceux qui « acceptent le monde de la marchandise et la toute-puissance de la raison économique, [soit du côté de] ceux qui la refusent » [14]. Le danger est bien dans cette vision manichéenne promue par A. De Benoist, et par certains groupes dans le milieu révolutionnaire.

En tout cas, il n’est pas question d’avoir des rapports avec l’extrême droite ou la Nouvelle droite. Déjà en 1991, pendant la guerre du Golfe, des militants nationalistes-révolutionnaires et de la Nouvelle droite (A. De Benoist signataire de l’Appel des 30 aux côté de C. Cheysson, M. Gallo, A. Waechter, eh oui !) voulaient participer aux manifestations ainsi que des révisionnistes. Les militants antifascistes radicaux leur ont indiqué le chemin à suivre... Couper avec la peste - en l’occurrence la « gauche caviar » - pour s’associer avec le choléra, comme l’appelle de tous ses voeux J-P Cruse n’est pas un choix. Les marges de manoeuvre pour la fondation d’une alternative politique et sociale aux politiques autoritaires et nationalistes se rétrécissent de jour en jour. Les repères idéologiques se font de plus en plus flous. Les fractures au sein de la société s’agrandissent et c’est là-dessus qu’espèrent prospérer les extrêmes droites, les pouvoirs sécuritaires et totalitaires en Europe et ailleurs. La clairvoyance, les bases et les alliances à construire pour résister à l’ordre établi en sont d’autant plus nécessaires.

Mis en ligne le 3 janvier 2007


[1] Dominique Venner, ancien responsable de Jeune Nation et fondateur d’Europe Action, est le rédacteur de l’essai Pour une critique positive (1962), sorte de « Que faire ? » des nationalistes.

[2] Robert Steuckers, conférencier polyglotte, joue, depuis le départ de Guillaume de Faye en 1986, le rôle d’animateur en second de la Nouvelle droite au plan intellectuel. Il dirige la revue Vouloir.

[3] Robert Steuckers, Vouloir, n°52-53, fév-mars 1989.

[4] Jean-Yves Camus et René Monzat, Les droites nationales et radicales en France, PUL, 2ème trimestre 1992.

[5] Éléments, hiver 1992, n°75.

[6] Éléments, printemps 1992, n°74.

[7] René Monzat, présent dans la salle, fut le seul à intervenir et se fit remettre à sa place par Francette Lazare.

[8] Édouard Limonov est depuis mai 1993, le président du Front national-bolchevik à Moscou.

[9] Droites nationales et radicales en France,op. cit.

[10] « À propos d’un article publié par l’Idiot international », communiqué du SNJ-CGT du 25 juin 1993.

[11] Droites nationales et radicales en France,op.cit.

[12] cf. REFLEXes n°37 pour en savoir plus sur Nouvelle résistance.

[13] Nationalisme et République, disparue aujourd’hui, se voulait une revue de soutien critique à JM Le Pen et au FN. Elle a évolué sur la fin vers des positions proches du mouvement Nouvelle résistance.

[14] Article de D. Barney dans Éléments n°74, op. cit.

via Reflexes

Racisme et antisémitisme à gauche.

Ras l'Front Strasbourg, 12 décembre 1997

Il y a maintenant deux ans, en janvier 1996, les éditions de la Vieille Taupe, issues de groupes d'ultra-gauche, publiaient Les mythes fondateurs de la politique israélienne, un texte antisémite et négationniste signé par Roger Garaudy, agrégé de philosophie et ancien membre du bureau politique du parti communiste français. Les soutiens de Jacques Vergès, de l'abbé Pierre et dans un premier temps de Jean Ziegler (il devait faire machine arrière une quinzaine de jours plus tard) donnaient un retentissement énorme à cette publication.

Si l'information eut du mal à se faire entendre dans ce maëlstrom, il fut assez rapidement établi que le coup médiatique était préparé de longue main: en effet, même s'il prenait soin de publier au Temps des cerises maison d'édition animée par l'aile orthodoxe du P.C.F., de donner de longues interviews à l'Humanité contre la guerre du Golfe ou sur la guerre civile algérienne, Roger Garaudy était en relation étroite avec les milieux négationnistes et néo-nazis depuis le début des années quatre-vingt-dix, signant par exemple plusieurs articles dans une revue fasciste placée sous le patronage idéologique de Jacques Doriot, Nationalisme et République. Il était là en compagnie de l'ex-gourou de l'ultra-gauche Pierre Guillaume, de Bernard Notin, de Jean-Gilles Malliarakis, de Robert Steukers, de Christian Bouchet, du nazi-maoïste belge Jean Thiriart, du Vert déjanté Jean Brière…

Il est d'ailleurs intéressant de souligner que le scandale provoqué par les déclarations antisémites de Jean Brière, alors porte-parole national des Verts, datent d'avril 1991, et qu'elles concernent la guerre du Golfe qui joua un véritable rôle de catalyseur de s antisémitismes d' extrême-droite et d' ultra-gauche . Jean Brière affirmait ainsi dans son article intitulé “Le rôle belligène d'Israël et du lobby sioniste” :

“Il est impossible de recenser les juifs et les noms (NOMS) juifs des médias. Mais pour la télé, il faut citer B… qui, charmant et impeccable avec son noeud papillon, posait ingénument la question :
faut-il tuer Saddam?”
“Or, contrairement aux maghrébins et autres bronzés, elle ( la communauté juive) est parfaitement intégrée et joue un rôle éminent dans le domaine culturel, scientifique, littéraire et des médias et est donc en conséquence un élément important dans l'élaboration, la diffusion des idées qui créent l'opinion. Nous avons pu constater que nombre d'intellectuels de gauche¢ ont, par leur attachement inconditionnel à Israël, bloqué la mobilisation contre la guerre”.
“Il est d'ailleurs symptomatique que sur cette question, il est impossible de faire la distinction entre juifs de droite ou de gauche. La majorité des articles signés par les juifs sont de véritables appels au meurtre”.

À la même époque, le journal L'Idiot International de Jean-Edern Hallier devenait le vecteur d' un rapprochement entre des militants du Front National, des dirigeants, journalistes et écrivains liés au Parti Communiste Français, des dissidents de l'organisation de jeunesse de la Ligue communiste révolutionaire. Tous les numéros de l'Idiot International comportaient des articles antisémites, et leur violence culminera avec "Le Sentier de la Guerre", texte pour lequel Jean-Edern Hallier sera lourdement condamné par les tribunaux à la demande du MRAP, de la LICRA et de SOS Racisme.
“L'histoire de France est tombée entre les mains des soldeurs et des fripiers haineux du sionisme. Ils se comportent à Paris en territoire conquis. Forcément la Propangandastaffel sioniste est au pouvoir…”.

La confusion atteindra son apogée en mai 1992 quand le bureau politique du PCF invitera le fondateur du GRECE, Alain de Benoist, à un débat sur le "paysage intellectuel français" dans la mythique salle de la Mutualité ! Quelques mois plus tard, l'ancien dirigeant de la Gauche Prolétarienne maoïste, Jean-Paul Cruse, fondateur du journal Libération publiera un article en première page de L'Idiot International, "Vers un Front National", prônant l'union des communistes orthodoxes, des militants du Front National débarrassé de Le Pen, des chevénementistes et des gaullistes tendance Pasqua !

La réaction des organisations politiques de gauche à cette offensive permit de la mettre en échec. En l'espace de quelques mois, L'Idiot International, Révolution, Le Choc du mois, les trois organes de presse qui servaient de support à ces connexions disparurent.

De nombreux militants de gauche et d'extrême-gauche furent troublés, pris à contre-pied par ces articles, ces prises de position, ces déclarations qui ne différaient pas de ceux du Front National ou du Parti National Français et Européen. Les thèmes du racisme et de l'antisémitisme ne pouvaient d'évidence, qu'appartenir au camp d'en face. Ils ne pouvaient admettre, et encore moins comprendre, que de tels arguments meurtriers soient portés par ceux-là même qui se revendiquent, dans leur combat politique, de l'humanisme, de la libération humaine, basant souvent leur action sur la lutte des classes.

En fait, notre culture politique a souvent passé sous silence la dimension antisémite qui a longtemps pollué les théories progressistes, et ce silence, ce déficit de réflexion, permettent dans les périodes de crise (Guerre du Golfe, effondrement du système soviétique) que des réflexes surgissent, que la vigilance s'assoupisse. L'attaque raciste masquée derrière “l'anticapitalisme”, “l'antisionisme” ne sert véritablement, en désignant une communauté à la vindicte, qu'à occulter les véritables mécanismes de domination à l'oeuvre dans nos sociétés.

Si le phénomène n'est hélas pas nouveau, le mot “antisémitisme” n'apparaît qu'en 1880 en Allemagne. Moins de dix années plus tard il aura son équivalent dans toutes les langues occidentales. Il vient en fait nommer la forme que prend, dès le milieu du dix-neuvième siècle, la désignation des Juifs comme boucs émissaires dans les sociétés industrielles. L'antijudaïsme de gauche qui n'est encore qu'une composante de l'anticléricalisme révolutionnaire ( on est contre “le juif” comme on est contre “le chrétien”), prend une tournure anticapitaliste en utilisant le symbole de la réussite de la famille Rothschild, créant le mythe de la “finance juive”.

Si l'utopiste Charles Fourier, théoricien des phalanstères, s'en tient aux récriminations des petits commerçants menacés par la concurrence dans son “Apologue du Juif Iscariote”, dès 1844, l'un de ses disciples, Toussenel publie “Les Juifs, rois de l'époque”, qui débute par ces deux phrases 
“J'appelle, comme le peuple, de ce nom méprisé de juif, tout trafiquant d'espèces, tout parasite improductif, vivant de la substance et du travail d'autrui. Juif, usurier, trafiquant sont pour moi synonymes”.
“Et qui dit Juif, dit protestant, et il est fatal que l'Anglais, que le Hollandais, et le Genevois qui apprennent à lire la volonté de Dieu dans le même livre que le Juif, professent pour les lois de l'équité et pour les droits des travailleurs le même mépris que le Juif”.

Pour Toussenel, pionnier du socialisme français, la responsabilité de la misère ouvrière et de la décadence française incombe au “juif roi par le capital, en possession de tous les privilèges qui formaient autrefois l'apanage de la royauté”. C'est également lui qui introduit une corrélation entre “le règne du juif” et “l'impuissance parlementaire”, donnant à ses attaques une force qui nourrira bien des discours et des actions d'extrême-droite.

Chez Proudhon, c'est l'explosion de la haine du Juif :
“Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple.
Demander son expulsion de France, à l'exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l'abolition de ce culte.
Ce n'est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l'ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer”.

Le jeune Karl Marx contribue à implanter l'idée selon laquelle le socialisme implique une dose d'antisémitisme en motivant l'amalgame entre judaïsme et bourgeoisie, comme dans Les Luttes de classes en France où il écrit :
“Ayant reçu à la place de son livret de caisse d'épargne des bons du Trésor, il fut contraint d'aller les vendre à la Bourse et de se livrer ainsi directement aux mains des juifs de la Bourse contre lesquels il avait fait la révolution de février”.

Mais, sans conteste, ce sont Blanqui et ses disciples qui théorisent la forme d'antisémitisme la plus dangereuse, associant comme ennemis le capital, les juifs et la démocratie, et dont on trouve les traces les plus nettes dans les actuels écrits de l'ultra-gauche en dérive. Pour Blanqui, “le suffrage universel, c'est l'intronisation définitive des Rothschild, l'avénement des juifs”.

Le rédacteur en chef de Candide, le journal que Blanqui fonde en 1865,
s'appelle Gustave Tridon. Celui-ci écrira un livre, Du molochisme juif, dans lequel il reprend les théories de son maître à penser et ajoute que lors du
“Pessah on immolait des hommes, on mangeait leur chair, on buvait leur sang dans une communion de crime et d'horreur, et c’est ce qui rendait cette fête si chère au peuple juif”.

L'anarcho-syndicaliste Maurice Dommanget qualifiera ce livre “d'ouvrage sérieux, appuyé sur des recherches étendues” en ... 1960 dans une étude publiée chez Colin !

Dans les années 1880, il y aura encore Albert Regnard, qui dans la Revue socialiste salue “la réalité et 1'excellence de la race aryenne, de cette famille unique à laquelle l'humanité doit les merveilles du siècle - et qui seule est en mesure de préparer et d'accomplir l'achèvement suprême de la rénovation sociale”.

Auguste Chirac, autre collaborateur de la Revue Socialiste publie Les Rois de la République : histoire des juiveries. Synthèse historique et monographies. Son discours qui fait passer l'antisémitisme pour un élément essentiel de la lutte du bien contre le mal, de l'esprit des Lumières contre la réaction et l'obscurantisme, et qui ne se prive pas de diatribes anticléricales, est séduisant pour les hommes de gauche.

Mais le personnage qui va ramasser toute la mise des Proudhon, Blanqui, Régnard, et autres Chirac, et cela pour l'extrême-droite, se nomme Edouard Drumont. Il publie La France Juive en 1886. Ce livre synthétise tous les apports. Aux désarrois multiples de la société française confrontée à la modernisation de l'industrie, au libéralisme sauvage, et à une revendication puissante de démocratisation, Drumont fournit un seul et unique facteur d'explication: le juif. L'antisémitisme devient la réponse à toutes les peurs, à tous les vertiges, à toutes les instabilités, à toutes les tensions.

Le succès du livre est énorme et permet l' organisation de la Ligue Antisémitique de Jules Guérin, le lancement du journal La Libre Parole.

Dans Le Socialiste, journal de Jules Guesde, un rédacteur explique ainsi le succès de Drumont :
“Il s'agit de sauver l'exploitation capitaliste en amusant les travailleurs avec les "youtres" comme on dit, devenus des boucs émissaires. Quel répit pour la société actuelle si, au lieu de se poursuivre entre possédés et possédants pour l'expropriation de ces derniers, la lutte pouvait être déplacée, limitée entre "sans prépuce" et "avec prépuce"”.

Le Père Peinard d'Émile Pouget parle lui de “Youpins”…

Jean Jaurès lui même, interpellé par le succès de Drumont se laissera aller à écrire, en 1895 dans La Dépêche de Toulouse, au retour d'un voyage en Algérie que :
“sous la forme un peu étroite de l'antisémitisme se propage en Algérie un véritable esprit révolutionnaire”, et que “l'usure juive” réconcilie contre elle l'Européen et l'Arabe !

Il faut donc saluer ceux qui comme Cabet, Louis Blanc ou Constantin Pecqueur ne se laissèrent jamais aller à l'antisémitisme sous quelque origine qu'il se présente. Et réserver une attention spéciale à Friedrich Engels. En avril 1890, un employé de banque autrichien, Isidore Ehrenfreund lui ayant écrit que, dans son milieu l'antisémitisme se développait et qu'il était souvent présenté comme une forme de lutte contre le capitalisme, Friedrich Engels lui répond en démontant cette mystification :
“l'antisémitisme falsifie le véritable état des choses. Il ne connait même pas ces juifs contre lesquels il vocifère. Sinon il saurait qu'ici, en Angleterre, et en Amérique, grâce aux antisémites d'Europe Orientale, et en Turquie grâce à l'Inquisition espagnole, il y a des milliers et des milliers de prolétaires juifs, et que ce sont précisément ces travailleurs juifs qui subissent l'exploitation la plus féroce et qui connaissent l'existence la plus misérable.
Chez nous, ici, en Angleterre, trois grèves de travailleurs juifs ont eu lieu l'année dernière, comment peut-on donc parler de l'antisémitisme comme d'un moyen de lutte contre le capital ?
En outre, nous devons beaucoup aux juifs. Sans même parler de Heine et de Borne, Marx était un juif pur sang ; Lasalle était également juif. Beaucoup de nos meilleurs gens sont des juifs. Mon ami Victor Adler, qui paie actuellement son dévouement à la cause du prolétariat de l'incarcération dans les geôles viennoises. Edouard Bernstien, le rédacteur du journal londonien Sozial-Demokrat, tous sont des hommes de l'amitié desquels je m'enorgueillis, et tous sont juifs. La revue Gartenlaube a même fait de moi un juif, et ma foi, s'il me fallait choisir, j'aimerais mieux être juif que "Monsieur de...”.

La rupture décisive des relations douteuses entre la gauche socialiste ou marxiste et l' antisémitisme date de l' affaire Dreyfus.
Significativement, ce ne fut pas un homme politique qui se dressa, mais un écrivain, Émile Zola. Une première fois en mai 1896 lorsqu'il s'élève, dans le Figaro, contre la campagne antisémite en publiant un article titré “Pour les Juifs”. Il est remarquable que Zola ne s'avance pas sur la culpabilité ou l'innocence du capitaine. Il prend date, sur les principes. Ce n'est que trois années plus tard, le 13 janvier 1898, il y a tout juste un siècle, qu'il lance le cri que lui a soufflé Georges Clémenceau “J'accuse”, un cri qui résonne encore dans les consciences.
Le 17 janvier de la même année, des socialistes de la tendance du Communard Allemand qui publient Pouvoir Ouvrier et des anarchistes réunis autour du Libertaire de Sébastien Faure attaquent une réunion antisémite de Jules Guérin, ce leader qui finira sa carrière dans le fiasco du Fort Chabrol.
Quinze jours plus tard, alors que Zola est traîné en justice, se crée la Ligue des Droits de l'Homme qui trace un trait entre la Révolution et l'affaire Dreyfus en proclamant sa fidélité à la Déclaration des droits de l'homme.
En septembre les guedistes affirment, en congrès, le caractère réactionnaire de l'antisémitisme et rappellent que Bebel l'appelait “le socialisme des imbéciles”.
La manifestation du 11 novembre 1899, pour le Triomphe de la République voit le peuple parisien acclamer le nom du capitaine Dreyfus.
Malgré quelques retours sur les errements anciens comme l'article de 1906 dans le Mouvement Socialiste intitulé au moment même de la réhabilitation de Dreyfus, “La faillite du dreyfusisme ou le triomphe du parti juif”, puis le ralliement à l'Action Française, en 1910, de Georges Sorel, théoricien du syndicalisme révolutionnaire, les jeux sont faits et l'antisémitisme se fixe à l'extrême-droite.

Quand l'antisémitisme reprendra de la force, au début des années trente, elle l'exprime au travers du slogan “La France aux Français” de Drumont; le journal l'Anti-Juif est dirigé par un certain Darquier de Pellepoix. L'élection de Léon Blum à la présidence du Conseil déchaîne la haine d'un Xavier Vallat.

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syntagma sq, always in the front line

5 oct 2011

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04/10/2011

Déconstruction du fascisme français - Nicolas Lebourg

L’absence du « parti fasciste » a été d’abord interprétée en France comme celle du fascisme (René Rémond), puis la découverte d’idées pré-fascistes à la charnière des deux précédents siècles a entraîné une réévaluation du phénomène (Zeev Sternhell) pouvant, dans une phase hystérique, voire manipulatrice, du « Syndrome de Vichy » (Henry Rousso), mener jusqu’à l’idée que « l’idéologie française » serait celle d’un autoritarisme antisémite confondu dans le même mouvement avec le fascisme. Cette dernière conception a été amplement diffusée dans les masses de par la tendance sociologique des faiseurs d’opinion à puiser au second marché intellectuel, la production culturelle devenant un élément d’éloignement du réel.

Ce n’est pas parce que l’avant-garde fasciste française du premier vingtième siècle provient de l’Action Française que celle-ci devient pour autant un mouvement « fasciste » – c’est là transformer la chronologie en causalité. Valois, Brasillach ou Drieu La Rochelle sont fascistes parce qu’ils rompent avec la pensée de Maurras, non car ils en proviennent. Que dit Valois lorsqu’il demande que les fascistes français restent fidèles à leurs sources, arguant que les « jacobins ont forgé la notion de l’Etat totalitaire » ? Que dit Doriot quand il s’écrie que « Nous n’avons pas attendu la victoire de la l’Allemagne sur la France pour découvrir le national-socialisme, et pour proposer des solutions nationales-sociales à notre pays » ? Ils se légitiment en produisant un ensemble de signes où s’entremêlent input d’éléments extra-nationaux et affirmation d’une tradition nationale spécifique, au cours plus long que celui des modèles italien et allemand. Les traditions sont faites pour être inventées selon les nécessités politiques de l’instant présent, et Valois est bien l’homme qui, tout à la fois, affirme que le fascisme était idéologiquement entier dans la France de l’avant Première Guerre mondiale et qui considère que c’est l’expérience de cette guerre qui a fait des fascistes ce qu’ils sont [1]. C’est-à-dire que, puisque le fascisme est empirisme, ses adeptes français sont résolument libres de composer leurs discours en puisant des signes selon leurs desiderata, dans un axe qui est plus celui d’une esthétique que d’un programme.

Quelles que soient les diverses définitions données du fascisme par les historiens, l’évidence première reste qu’« On cherche en vain le livre du fascisme : cette Bible n’existe pas » [2]. Puisque le fascisme est empirisme d’abord, il se reconnaît par ses éléments constituants perçus sous l’angle de la gestaltthéorie. Lorsque Valois le définit selon la formule arithmétique « nationalisme + socialisme = fascisme », il ne convainc pas, car le phénomène ne peut être ramené à ses seules composantes additionnées : ce sont les nœuds qui connectent entre eux ses signes et leur donnent une nouvelle forme générale qui constituent ce que l’on reconnaît alors comme « fascisme ». Cette forme générale se caractérise pourtant par une plasticité certaine tant dans le domaine des divers thèmes programmatiques avancés par les fascistes que dans celui de leurs alliances et références

Si, durant l’entre-deux-guerres, la France connaît un puissant phénomène d’antilibéralisme qui repose amplement sur son histoire nationale, les faits fascistes y demeurent somme toute de l’ordre des groupuscules et de l’acculturation d’éléments étrangers sur le substrat du nationalisme fin de siècle. Ainsi, les non-conformistes ne sont-ils pas des fascistes, mais ils contribuent à « l’esprit des années trente » et à « l’imprégnation fasciste » (Raoul Girardet). Divisés en groupes, chapelles, journaux, ils ne s’en reconnaissent pas moins tous un lien de parenté entre eux et, avant que 1934 ne réarrange chacun dans le clivage droite-gauche, ils évoquent un « Front commun » constitué par les groupes épars de la jeunesse opposée à la démocratie bourgeoise – L’Ordre Nouveau en tête, de même qu’il s’intéresse particulièrement à l’international, aux anarcho-syndicalistes espagnols comme aux nazis de « gauche » allemands, porte son regard sur l’Italie fasciste puis sur les Soviets [3]. Sous Vichy, le refus de Pétain de mettre en place un parti unique, les rivalités entre groupes et personnalités, ont abouti au tableau peint par Pierre-Antoine Cousteau dans le numéro de Je suis partout du 17 septembre 1943 : « Le fascisme français, cela existe. Ce n’est pas un parti (c’est, si l’on veut, une poussière de partis), mais c’est surtout un état d’esprit, un ensemble de réflexes, une manière héroïque de concevoir la vie, c’est beaucoup de dureté et beaucoup d’exigence, c’est une constante volonté de grandeur et de pureté, c’est l’acception de l’Europe sans renoncement national, c’est le socialisme sans les juifs, c’est la raison et c’est la foi » [4]. Quel mot pourrait-on enlever pour décrire l’objet du néo-fascisme ?

Le fascisme en France est constitué d’une pléthore de groupes aux maigres effectifs (le parti de Doriot lui-même n’est pas un réel parti de masse et conserve une imprégnation contre-révolutionnaire, il est plus une organisation-référence de son espace que « le parti fasciste français »). P. Burrin le souligne, « même en y incluant le mouvement de La Rocque, ce qui reste problématique, les troupes de ce fascisme avoisineraient la barre du million d’adhérents, soit bien moins que 5% de la population adulte » [5]. Non seulement le fascisme français ne se reconnaît pas un élément aussi important qu’un Guide, mais cet aspect a même été théorisé par les hommes de la Cagoule, de Deloncle arguant en 1941 que « des sociétés secrètes convenablement morcelées, séparées les unes les autres : [c’est là] le point capital », au Mouvement Social Républicain de la fin de Vichy, considérant que le fascisme est « une « nouvelle chevalerie », mais sans chef, ce qui doit favoriser le regroupement des forces collaborationnistes » [6].

Ce fascisme français tente, pour se construire et développer, de se nourrir d’éléments de langage, de pratiques, correspondant à des réussites étrangères. Il est un ensemble diffus, avec ses groupuscules et media qui peuvent chercher à s’interconnecter pour aboutir à un tout supérieur à la somme des éléments joints, comme dans le cas des créations du Front Révolutionnaire National et de la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme. Balayé avec la Libération, il trouve refuge dans une micro-société underground, tels les groupuscules de Binet et Bardèche. Il n’entame sa revitalisation qu’avec le contre-coup de la déroute de l’O.A.S. Les jeunes de la Fédération des Etudiants Nationalistes qui rompent avec Pierre Sidos rompent également avec un néo-pétainisme dont le fichier racine idéologique, malgré une admiration certaine pour les phénomènes fascistes, demeurait le nationalisme-intégral.

Ces jeunes gens qui donnent jour au nationalisme-révolutionnaire et à la Nouvelle droite se nourrissent certes des écrits de l’avant-garde fasciste du premier vingtième siècle, mais la formulation de leurs thèses, ils la génèrent en puisant d’abord chez Binet ou Yockey. Ceux-ci ont été, n’importe la nullité de leur importance en termes de « parti fasciste », des passeurs de la vision fasciste du monde entre les deux moitiés du XXe siècle. C’est par le jeu de greffes d’éléments disséminés, provenant d’un spenglérien américain ex-adepte de Coughlin, d’un Waffen S.S. français strasserien et ex-trotskyste, que s’amorce un élément de rénovation du champ des extrêmes droites… Grâce à cet effort, les jeunes militants ont pu aller de l’avant vers des thèses toujours plus en rupture avec la physionomie du nationalisme-intégral, vers celles de Thiriart, un ancien socialiste puis collaborationniste belge, vers celles de Saint-Loup, un ancien socialiste puis Waffen S.S. français mystique, vers celles, enfin, de la Révolution Conservatrice allemande ou du bouillonnement néo-fasciste italien. Ici aussi se retrouvent acculturation, hybridations, bricolage idéologique, transmission de ce qui est jugé l’élément premier : la Weltanschauung du fascisme et non ses chemises et ses bottes. Ce procédé de rhizome culturel n’est pas neuf, il fut donc en partie celui de leurs aînés dans la rupture avec Maurras au profit du choix de la voie fasciste.

Or, l’expérience de la Grande Guerre et le contre-coup de la Révolution russe furent la matrice de la forme classique du fascisme et de la manière dont il se rêve, débouchant sur la constitution d’un Parti de masse hiérarchisé et militarisé appelé à réaliser une osmose avec la société et l’Etat. Mais ce n’est donc pas cette forme qu’il a épousé en France durant le premier vingtième siècle, et ce qui caractérise ensuite l’histoire des étudiants nationalistes sous la IVe République, c’est, précisément, « la constitution de réseaux » [7]. Ensuite, la volonté de renverser l’Etat a radicalisé ce trait : « les groupes d’action sont extrêmement compartimentés, séparés par des cloisons étanches » note un rapport policier dédié à la surveillance des préparatifs de la tentative de putsch. Suite à l’échec de celle-ci, un autre rapport précise que « le calme absolu dont fit preuve la Métropole au cours des évènements du 24 janvier 1960 fit comprendre aux animateurs des organisations ultras que la formule d’une minorité agissante, organisée rationnellement, en réseaux et cellules et assurés du concours de l’armée, était la seule viable pour préparer avec des chances de succès un véritable coup d’Etat, dont l’initiative devrait, comme précédemment, être prise à Alger, mais cette fois-ci par des militaires et non par des civils » [8].

De l’O.A.S., les nationalistes ont retenu, comme le signale leur document fondateur Pour une Critique positive, que le combat de « noyaux » avait été plus important et rentable que celui de « l’organisation ». Le trait va ainsi s’accentuant, l’extrême droite radicale épousant une forme de rhizome et non de « parti-milice ».

Ces groupes basistes, ils les veulent intégrés à un espace social ou géographique circonscrit et composés de révolutionnaires professionnels ; ils ne les envisagent pas déstabiliser ce que, comme la Révolution Conservatrice, ils nomment le « Système », autrement que par des réseaux, à l’échelle nationale (franc-maçonnerie d’extrême droite, clubs, etc. composant le « Mouvement » en sus du « Parti révolutionnaire »), et internationale. C’est, là aussi, l’héritage de l’O.A.S., comme le précise D. Venner en reprenant la terminologie de Thiriart, symptôme du poids qu’ont pris les contacts avec la Belgique : les activistes français ont trouvé hors de leurs frontières des « poumons extérieurs » les soutenant et jetant les bases de la « Jeune Europe » [9]. Thiriart aussi passe au premier plan de l’action transnationale suite à son engagement dans le soutien à l’O.A.S., et sa rencontre avec le néo-fascisme international à Venise. Que font les militants les plus conscients lorsque s’écroule  la nébuleuse qu’est Europe-Action (avec ses deux syndicats, ses deux partis « unitaires », ses deux revues nationales et sa presse locale) ? Ils fondent une multitude de petits groupes qui se disent « socialistes-européens », ne présentent aucun lien entre eux, comme s’ils étaient autant d’initiatives locales de militants neufs en politique, et cherchent à créer des connexions avec les milieux de gauche [10].

Comme le parti de masse fasciste avec ses uniformes et son guide étaient redevables à l’expérience de la mobilisation militaire de la Grande Guerre, les « nouveaux nationalistes » qui émergent adoptent la structure de réseaux invisibles constitués de noyaux, telle qu’ils l’avaient connue dans leur lutte pour l’Algérie française. Ils les veulent dotés de ce qu’ils affirment avoir manqué à l’O.A.S. par la faute des « nationaux » : une stratégie et une idéologie révolutionnaire – à défaut, d’une Weltanschauung. Ils le font sans mythe du Guide et du Sauveur, sans porte-parole établi, à la base. Cela ne signifie pas pour autant un consensus, car le champ des extrêmes droites françaises est, dans le domaine de ses contradictions internes, marqué par ses luttes de pouvoir (souvent hâtivement qualifiées de lutte de tendances) et son fonctionnement autiste. L’imitation fonctionne bien mieux dans l’international que dans le local – ainsi quand les NR français reprennent via les NR allemands des éléments qui proviennent de la Nouvelle droite française. Ce mimétisme international permet une bien plus facile homogénéisation entre nationalistes, et donc de construire des réseaux internationaux. En effet, il est plus facile à deux groupes nationalistes français de s’entendre avec des formations qui ne les concurrencent pas et permettent, bien au contraire, de les valoriser en surjouant le thème de « l’Internationale » (des réseaux et simples contacts en fait, dans presque tous les cas), que de tirer un trait sur leur spécificité, i.e. sur une autonomie assurant la préservation du capital social symbolique de leur encadrement.

Le rhizome fasciste français de l’avant-guerre n’était peut-être pas pleinement adapté à l’époque industrielle, mais il se fortifie et se développe avec l’ère post-industrielle. Il en épouse plus naturellement les contours, tant les cartes territoriales du politique sont reconstruites dans cette phase. D’une soixantaine d’Etats en 1939, le monde passe à cent dix-huit en 1963 et cent quatre-vingt-seize en 2000 [11]. Les économies nationales n’existent plus, effacées au profit de marchés connectés tandis qu’un nouvel ordre politique émerge par la croissance exponentielle du nombre d’organismes intergouvernementaux et d’organisations non-gouvernementales. En fait, selon Eric Hobsbawm, « nous traversons une curieuse combinaison de technologies de la fin du XXe siècle, de libre-échange du XIXe et de renaissance des centres interstitiels du type de ceux qui caractérisaient le commerce mondial au Moyen-Age » [12]. La Guerre froide, en plaçant face à face les réseaux secrets de déstabilisation de deux seuls camps idéologiques, encourage sans doute aucun le phénomène de rhizomes extrémistes (que l’on songe aux manipulations de vrais-faux terroristes néo-nazis par l’Est ou à la stratégie de la tension à l’Ouest). La décolonisation mène à l’éclosion d’un concept comme la francophonie – le mot naît en 1959 – autrement dit de l’idée d’un espace fluide commun basé sur une unité de culture produite par une unité de langage [13].

En ce contexte, le monolithisme national apparaît de manière croissante comme un anachronisme, une butte-témoin enkystée dans la révolution mondialiste. La Nouvelle droite et les NR suivent l’évolution en travaillant non plus tant à des internationales léninistes qu’à des réseaux européens regroupant ceux qui partagent une culture politique commune – et, moins que pour une nation, ils combattent pour une vision qui puisse donner sa cohérence à la dialectique entre le local et l’international.

Il s’avère que, selon le modèle analytique de R. Griffin, l’existence de groupes infra-groupusculaires, mais inter-connectés, actifs hors du cadre d’une sous-culture politique nationale, a constitué un champ d’énergie idéologique à l’intensité supérieure à celle de chacun de ses différents nœuds. Sans centralisation, sans chef, pourquoi pas sans militant – mais non sans volonté, avec hétérogénéité et éclectisme idéologiques – telle est la forme adoptée internationalement par le néo-fascisme [14].

Le cas français s’inscrit dans ce schéma global avec une physionomie particulière. Entre l’idée de l’allergie au fascisme et celle, ô combien excessive, d’une « idéologie française » d’autant plus tout en fascisme(s) que la moindre notion d’exaltation de l’Etat, du peuple et de la nation, se voit rapportée à ce phénomène, figure une troisième voie. Celle-ci s’inscrit d’ailleurs dans la continuité de l’analogie réalisée par Pierre Milza entre la société française des années trente, avec sa « contamination, par zones concentriques plus ou moins fortement imprégnées d’idéologie fasciste ou fascisante, et qui reste au demeurant minoritaire », et l’imprégnation national-populiste de cette société à compter de l’éclosion du F.N. [15]. Le statut de parti-lobby du F.N., dont le rapport électorat / nombre de militants est extrêmement faible, n’est rien d’autre que la conséquence de cet état.

Le fascisme français ne correspond ni à la morphologie du Fascisme (Parti mobilisant les masses), ni à l’ensemble de ses signes (absence d’impérialisme belliqueux) mais jouit d’une forme générale qui lui est propre. Sur les bases du nationalisme des nationalistes, le fascisme français se produit, tout au long du siècle, par hybridation de signes, globalement extra-nationaux, dans un processus de rhizome culturel qui correspond à sa structure de rhizome d’organisations de faible densité quantitative et sans réelle figure du Guide, inséré dans le champ des extrêmes droites. Le second XXe siècle voit l’accentuation de cette structuration sous l’effet des contre-coups de l’Epuration, des formes basistes du combat de l’O.A.S. [16], puis de son échec, de la révolution mondialiste (multiplication des Etats, perte de pans de leur souveraineté, marché mondial) par la dialectique entre la superstructure nationaliste et les infrastructures (au sens marxiste de ces formules). Le phénomène de rhizome s’internationalise conformément à l’évolution néo-fasciste générale et à cette révolution mondialiste. Le déplacement du parti national-populiste sur des positions idéologiques proches de celles des néo-fascistes (1995-1998) se réalise en faisant de lui l’élément axial du rhizome néo-fasciste par absorption de ses structures, de ses cadres, mais sans que ceux-ci abandonnassent un seul instant le travail en rhizome ou ne se convertissent à la figure du Sauveur.

In fine, après la Seconde Guerre mondiale, le fascisme français s’est réfugié dans la transmission de sa Weltanschauung – une révolte moderne contre le monde moderne, une « révolution conservatrice » dont la philosophie politique est un « naturisme radical » [17] et le but idéal-typique une palingénésie communautariste [18]. Les références et clins d’œil ont d’ailleurs beau être permanents dans la presse néo-fasciste, c’est toujours plus de l’éternelle Sparte dont les N.R. sont en quête que d’un succédané de la Rome ou du Berlin fascistes — Umberto Eco parlerait d’Ur-fascisme. C’est sans doute cet enfouissement idéel dans un underground social qui aboutit d’une part à la prégnance de l’histoire des idées sur le renouvellement idéologique du fascisme, d’autre part à la capacité de reformation permanente du phénomène néo-fasciste. Au début du XXIe siècle, le fascisme en tant que substrat idéologique a survécu, mais il a perdu tout ce qui en était les signes patents, qui ne furent in fine que des concepts adjacents, une forme relative à l’ère industrielle. D’où peut-être, en un ultime paradoxe, l’échec même de la rénovation du fascisme par l’adoption des mœurs et idées d’un national-bolchevisme qui était avant tout « un romantisme politique pour la société industrielle » [19].

Le néo-fascisme qui naît en 1942 n’a ainsi pas réalisé de rupture complète avec le fascisme mais, par rapport à celui-ci, il privilégie la société à l’Etat, l’Europe aux anciennes nations. Cette physionomie n’est pas dissociable de l’évolution des contextes sociaux, politiques et économiques, pas plus que de l’histoire des marges dans la dialectique interne du fascisme durant sa première période (1919-1941). Le rejet de l’Etat au profit de la société durant la post-modernité est un trait saillant qui renvoie à ce temps mais aussi, sans doute, aux jeux de miroir avec les extrêmes gauches, Emilio Gentile ayant justement souligné que si le fascisme avait été l’anti-thèse du communisme c’était car le premier était une « idéologie de l’Etat » quant le second s’avérait être une « idéologie de la société »20.

 

Première parution : Nicolas Lebourg, Le Monde vu de la plus extrême droite. Du Fascisme au nationalisme-révolutionnaire, Presses Universitaires de Perpignan, Perpignan, 2010, pp.236-244.

Notes

1 Si Valois reconnaît à l’Italie d’avoir donné son nom et ses manières au fascisme il ne cesse jamais d’affirmer que cette idéologie c’est celle du nationalisme fin de siècle en France et que son fondateur c’est Barrès, socialiste nationaliste républicain et antiparlementaire ayant su regrouper autour de lui des hommes de gauche et de droite.

2 M. Bardèche, Qu’est ce que le fascisme ?, Pythéas, Sassetot-le-Mauconduit, 1995 (1ère ed. 1961), p.87.

3 J-L. Loubet del Bayle, Les Non-conformistes des années trente, Le Seuil, Paris, 2001., pp.108-111 et pp.183-192.

4 Cité in J-L. Maisonneuve, L’Extrême droite sur le divan, Imago, Paris, 1991, p.31.

5 P. Burrin, Fascisme, Nazisme et autoritarisme, Le Seuil, Paris, 2001, p.261.

6 Cités in P. Burrin, La France à l’heure allemande 1940-1944, Le Seuil, Paris, 1995, p. 421 ; Direction Générale de la Sûreté Nationale, Direction des Renseignements Généraux, Partis et groupements politiques d’extrême droite. Tome I Identification et organisation des mouvements et associations, daté janvier 1956, p.4 (A.N. F7/15591).

7 O. Dard, « Jalons pour une histoire des étudiants nationalistes sous la IVe République », Historiens & Géographes, n°358, juillet-août 1997, p.262.

8 Renseignements Généraux, « Le Complot contre la Ve République », 9 décembre 1960, p.3 ; Direction des Renseignements Généraux, Sûreté Nationale, « La Rébellion en Métropole », s.d., p.2 (A.N.F7/15646).

9 Pour une Critique positive, Ars Magna, Nantes, 1997 (1ère. éd. 1962). Les extrêmes droites peuvent s’adonner à la constitution de ces réseaux avec une mythomanie typique. L’Esprit public annonce ainsi sur toute sa quatrième de couverture la naissance d’un « organisme de liaison secret » de… journalistes, créé… en avril 1964 (L’Esprit public, décembre 1964).

10 Ce qui est traduit dans le discours émis par cette formule de Socialisme européen, qui se situe dans le sillon « de la jeune gauche française dans le cadre de clubs aux structures souples » censément mieux adaptés à la vie démocratique que les vieux partis monolithes (Socialisme européen, n°1, 1967).

11 P. Rosanvallon, Pour une Histoire conceptuelle du politique, Le Seuil, Paris, 2003, p.40.

12 E. Hobsbawm, Nations et nationalisme depuis 1780 : programme, mythe, réalité, Gallimard, Paris, 1992, pp.231-232 et p.249.

13 L’apparition du thème de la francophonie n’est peut-être pas étrangère à celle du « francisme » et de la « francité », de même que le nationalisme-européen est lié à la perte de l’Algérie française.

14 R. Griffin, « The Incredible shrinking ism : the survival of fascism in the post-fascist era », R. Griffin dir., The  » Groupouscular right  » : a neglected political genus, Patterns of prejudice, Sage, London, Thousands Oaks, New Delhi, vol. 36, n°3, juillet 2002, pp.4-5.

15 P. Milza, Fascisme français. Passé et présent, Flammarion, Paris, 1987, p.59.

16 Cf. O. Dard, Voyage au cœur de l’OAS, Perrin, Paris, 2005.

17 Cf. Pascal Ory, Du Fascisme, Perrin, Paris, 2003.

18 Cf. R. Griffin, « Interregnum or Endgame ? Radical Right Thought in the Post-fascist Era », The Journal of Political Ideologies, vol 5. n°2, 2000, p. 163-178.

19 L. Dupeux, National-bolchevisme. Stratégie communiste et dynamique conservatrice, Honoré Champion, Paris, 1979, p.542.

20 E. Gentile, Qu’est ce que le fascisme ?, Gallimard, Paris, 2004, p.136.

 

via tempspresents - 17/12/2010

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02/10/2011

Sur un fascisme imaginaire : à propos d'un livre de Zeev Sternhell

Citer ce document / Cite this document :
Julliard Jacques. Sur un fascisme imaginaire : à propos d'un livre de Zeev Sternhell. In: Annales. Économies, Sociétés,
Civilisations. 39e année, N. 4, 1984. pp. 849-861.
doi : 10.3406/ahess.1984.283100
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1984_num_39_4_283100

Extrait :

Voici un livre qui dès sa parution donné lieu un ample débat et des controverses passionnées : articles dans les quotidiens, les hebdomadaires, les mensuels, interviews, polémiques, procès même. Ce n'est pas un mince mérite : l'historiographie française aborde souvent les sujets d'histoire contemporaine avec tant de retenue et de timidité qu'il faut l'intervention d'historiens étrangers - Zeev Sternhell, excellent connaisseur de la France, est Israélien - pour que soient débloqués des problèmes considérés comme tabous. D' ores et déjà, on peut dire que sur la question du "fascisme la française", le livre de Zeev Sternhell, nourri d'innombrables lectures et d'une grande érudition, jouera le rôle de brise-glace tenu naguère par Robert Paxton à propos du vichysme. Rien d'étonnant, dans ces conditions, que le débat politique s'en soit emparé avant les historiens eux-mêmes : la généalogie du fascisme est un formidable thème polémique où chacun des camps s'efforce de rejeter sur l'autre sa part de responsabilité dans cette tératologie politique.


Au fait, qu'est-ce que le fascisme ? On n'entrera pas, que l'on se rassure, dans un débat qui remplit des rayons entiers de bibliothèque. Contentons-nous de remarquer que le mot connaît, dans usage courant, trois acceptions différentes, et qu'une des difficultés de son emploi est justement constituée par les confusions et empiétements permanents entre ces trois sens. Fascisme désigne d'abord (sens n°1) le régime mussolinien, tel il prévalu de 1922 à 1943. C'est alors un terme spécifique qui appartient en propre Italie contemporaine. Par extension, on s'est habitué à désigner (sens n°2) sous le terme générique de fascisme tous les régimes de nature analogue, surgis entre les deux guerres mondiales, sans que l'Italie mussolinienne fasse ici fonction archétype : ce serait plutôt le régime hitlérien (1933-1945) qui servirait de modèle - un modèle jamais égalé. Enfin (sens n°3) dans le langage politique courant, le mot fasciste est devenu une injure passe-partout, destinée disqualifier adversaire: un fasciste est un violent, le plus souvent raciste, hostile aux règles de la démocratie libérale. Il y a naturellement beaucoup de points communs à ces trois acceptions mais non recouvrement absolu: ainsi l'Italie fasciste s'abstint jusqu'en 1938 d'antisémitisme; une fois installé, le régime y fut plutôt moins sanglant que beaucoup de gouvernements contemporains, par exemple du tiers monde actuel, auxquels on hésiterait à accoler l'étiquette de fasciste, même en un sens polémique. Pour toutes ces raisons, et malgré qu'on en ait, le mot possède une charge émotionnelle très forte, avec pour arrière-plan les pires horreurs du nazisme. Lorsque Zeev Sternhell fait de Barrés ou de Sorel les ancêtres de l'idéologie fasciste en France, et pis, d'Emmanuel Meunier une sorte de compagnon de route des idéologues fascistes, il ne suggère évidemment pas que ces hommes ont une responsabilité, même indirecte, dans les chambres gaz; et pourtant, si le débat sur le sujet atteint d'emblée un tel degré de tension, c'est parce que, au-delà de la discussion scientifique, l'enjeu politico-éthique d'un pareil qualificatif est extrêmement lourd. Si, par hypothèse, Sternhell s'était contenté de décrire les tendances antidémocratiques et antilibérales qui se sont fait jour dans la pensée politique française, sans affirmer qu'elles constituaient la matrice d'une véritable idéologie fasciste, la nature du débat en eût été changé.

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01/10/2011

Vengeance d’État / Villiers-le-Bel, des révol­tes aux procès.

 



 


Vengeance d’État
Villiers-le-Bel, des révoltes aux procès





Trois semaines avant l’ouverture du procès en appel des tireurs présumés de Villiers-le-Bel, condamnés en juillet 2010 à des peines de 3 à 15 ans de prison ferme, et à l’occasion de la sortie de l’ouvrage Vengeance d’État. Villiers-le-Bel, des révoltes aux procès [1], nous publions une partie de l’introduction de cet ouvrage, ainsi que plusieurs documents (des appels à la délation anonyme, l’ordonnance d’accusation, des photographies du procès).

Le procès en appel s’ouvre le 4 octobre 2011. Ce livre a un but politique immédiat, il a été écrit pour appeler à la libé­ration des inculpés de Villiers-le-Bel. Nous relayons ici la pétition « Liberté pour les cinq de Villiers-le-Bel », lancée en juillet 2010 et soutenue par le collectif Respect-Vérité-Justice, car « cette révolte populaire était une réponse au quadrillage du quartier par plus de 600 policiers après la mort de deux jeu­nes tués par une voiture de police. Nous dénonçons ce verdict inique fondé sur un témoignage sous X. [...] Nous demandons [...] la libération des cinq condamnés pour l’exemple. »

LIBERTÉ POUR TOUS !

 

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