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15/07/2009

Hélicoptère Pecotox Air abattu-SMP-Afghanistan-crash-chopper

Un hélicoptère "civil" abattu par un missile en Afghanistan



Les talibans ont revendiqué la destruction d’un hélicoptère de transport qui s’est écrasé dans la province du Helmand, dans le sud afghan, mardi matin, provoquant la mort d’au moins six Ukrainiens.

Cet hélicoptère MI-26 appartenant à une société civile moldave, Pecotox Air, participait à une mission de transport pour le compte des forces internationales en Afghanistan.

La société Pecotox Air n’est pas inconnue. Elle a déjà fourni des hélicoptères MI-8 aux forces européennes engagées au Tchad. Ces appareils opéraient en particulier en soutien du contingent irlandais de l’Eufor, via un contrat passé avec une société britannique, Air Partners Commercial Jets.

Ce qui est surprenant, toutefois, c’est que l’UE et l’Otan choisissent d’utiliser les services d’une société épinglée en juin 2007 par la Commission européenne. La Commission estimait que les autorités moldaves faisaient preuve d’un réel laxisme envers huit sociétés dont Pecotox Air qui ne respectait pas les consignes de sécurité et les réglementations. La Moldavie avait dû retirer leurs agréments à ces sociétés.

Pourquoi alors recourir aux services d’une société dont la fiabilité est discutable ? Les forces de la coalition souffrent d’un déficit chronique d’hélicoptères en Afghanistan. La faute à la multiplication des théâtres d’opérations, au vieillissement des flottes et aux indisponibilités des matériels ; les Britanniques ont 500 hélicoptères sur le papier et seulement 30 en Afghanistan ! Les flottes dont disposent les Américains et le contingent de l’Isaf sont, en outre, composées d’appareils de combat, de liaison et de transport. Or, les hélicoptères de cette dernière catégorie font cruellement défaut sur tous les théâtres d’opérations extérieures. Les Européens en ont fait l’expérience au Tchad où les hélicoptères étaient rares ou bien inadaptés aux conditions exigeantes du désert.

En Afghanistan, pour pallier le déficit d’appareils militaires, les Américains et l’Otan font appel à des sociétés civiles dont ils louent leurs engins et leurs équipages. Aux contrats déjà passés depuis 2005 avec les sociétés Hummingbird, Jingle Air, EP Aviation ou Presidential Airways, s’ajoutent désormais ceux de Canadian Helicopters et d’Evergreen Helicopters (ce dernier contrat couvre la période 2009-2013 et sa valeur est de 158 millions de dollars).

 

 

De la Kleptocratie à l’insécurité des populations

mercredi 9 août 2006.

Félicitations à la kleptocratie congolaise ! Le régime des Cobras vient d’interdire aux compagnies aériennes du pays l’exploitation des cercueils volants de type Antonov 24. Dis donc, ça tombe bien.

Ce n’est pas seulement que ces vieux rescapés de l’empire soviétique - on parle des avions bien entendu - ne cessent de coûter la vie aux sujets de la sous-région. C’est que depuis mai de cette année, et contre toute attente, on dispose de l’outil idéal pour contrôler la bonne application de cette interdiction : le Forest Stewardship Council (FSC), personne morale plus performante que n’importe quel ministère.

Voici le premier Antonov 24 qui vient à l’esprit de tout fan de la forêt congolaise : Immatriculé en Moldavie (ER-AZM), cet avion poubelle d’Aéro-Service Congo se trouve sur la piste de la Congolaise industrielle des bois (CIB) à Pokola. Daté du 5 mai 2006, le cliché n’a rien de confidentiel. Il figure dans le beau bouquet de cartes postales que propose le Tropical Forest Trust (TFT) sur son site web depuis l’annonce de l’octroi à la Congolaise d’un écolabel FSC le 25 mai. Plutôt bien disposé envers l’industrie du bois, le très british TFT se charge de la promotion de l’image de la CIB, parfois écornée dans le passé.

Disons-le entre parenthèses, nous avons récemment émis quelques doutes sur le goût de certaines des autres photos que le TFT s’est précipité d’utiliser pour mieux vendre son produit : des dizaines de gros plans de jeunes enfants de la base-vie du chantier, jouant à cache-cache avec la caméra. Une esthétique qui ne laisse guère deviner que la concession en question a été dénoncée à deux reprises en 2005 comme un véritable foyer de violations des droits de l’homme. Les « écogardes » de la Wildlife Conservation Society (WCS) - organisme américain plutôt bien disposé envers l’industrie du bois - seraient une « milice privée qui ne dit pas son nom ». Ils sont accusés de passer régulièrement à tabac les pygmées Mbendjele locaux, et ceci « pour le seul fait d’être Mbendjele ». Confronté au cas d’un vieux monsieur qui aurait perdu des dents lors d’une rencontre de ce genre, le directeur de la WCS Congo réplique, après enquête, qu’il ne s’agissait en fait que d’une seule dent, et qu’elle était déjà pourrie.

Peu effrayé par de telles précisions, le FSC ne voit aucune raison, courant mai 2006, de ne pas accorder sa bénédiction à l’entreprise postulante. Forcément, il fait confiance à son certificateur, la redoutable SGS, d’avoir vérifié le respect d’au moins le tout premier critère du tout premier principe FSC : pour être labellisée une société forestière doit d’abord

« [...] respecter toute loi nationale et locale, et toute réglementation administrative. »

C’est dans cette contrainte que nous croyons entrevoir le salut in extremis de l’état de droit congolais. Des gueules cassées en pleine forêt, ça peut se cacher ; l’atterrissage d’un Antonov 24, beaucoup moins. Si jamais un Antonov se pointait de nouveau à la CIB, même le FSC aurait du mal à se voiler la face devant l’évidence... écrasante. Nous allons surveiller la situation d’assez près.

Certes, Aéro-Service ER-AZM pourrait être un zinc en très bon état. Son cousin Aéro-Service ER-AZX pourrait ne pas l’être - c’est lui aussi un Antonov 24RV, lui aussi loué auprès de cette même compagnie moldave peu connue qu’est Pecotox Air, à laquelle nous reviendrons. Sa queue décorée d’un tigre au lieu d’un lion, l’AZX est aujourd’hui hors service, selon l’AeroTransport Data Bank, référence en la matière. Explication : « Damaged Pokola ? ».

Quant à l’AZM léonin qui nous intéresse, le voici lors d’un vol en janvier 2006.

Selon d’intrépides voyageurs qui ont subi ce nuage, il s’apparenterait à ceux de l’extérieur : ce qu’on humait ce jour-là était de la simple vapeur d’eau. Rien de grave. J’espère que votre voyage a été agréable et merci d’avoir choisi Aéro-Service.

Maintenant que le label vert de la CIB va garantir l’expulsion des Antonov des cieux de la Sangha, il est dommage qu’il n’existe toujours pas d’instance pour fourrer son nez dans l’autre volet des vols nouvellement interdits. Il s’agit de la proximité dont semble jouir Aéro-Service avec les réseaux du « trafiquant d’armes le plus tristement célèbre au monde » - pour reprendre la formule de CNN - le Tadjik Victor Bout, objet de deux mandats d’arrêt internationaux.

Avant toute précision, une clarification importante. Que la CIB ne prenne ombrage : il n’y a aucune raison d’imaginer que cette société soit consciente, encore moins complice, des dits réseaux, qu’on évoque ici dans l’unique but de savoir, au moment du grand nettoyage, ce qu’on nettoie.

Ne connaître Victor Bout ni d’Adam ni d’Eve ne nuit donc en rien à la réputation de la CIB de savoir bien s’entourer. Cette CIB qui en 2000 aurait fait appel aux services de l’ancien général René Landrin, commandant à Brazzaville de l’opération d’évacuation d’étrangers en juin 1997, revenu au pays la même année pour "conseiller" le président putschiste. Pour ce qui est de l’affection de la CIB pour ce dernier, l’organe principal du régime est là pour en témoigner, avec la naïveté enfantine qui est son seul charme. Il y a quelques jours seulement, dans un hymne à l’ancien directeur général de la CIB Yves Dubois, Les Dépêches de Brazzaville chantaient les « bons rapports que celui-ci a pu avoir avec le président de la République ».

Simple coïncidence, finalement, si en 2003 le ministère dont dépend la CIB a accueilli à bras ouverts le trafiquant d’armes et forestier Gus Kouwenhoven en fuite du Liberia. Hospitalité qu’il a offerte en violation d’une interdiction de voyager émise contre lui par le Conseil de sécurité de l’ONU deux ans auparavant. « Monsieur Gus » et M. Bout sévissaient dans la même branche : le réarmement des milices et autres enfants tortionnaires de Taylor et du Revolutionary United Front (RUF).

Ces supplétifs, on le sait aujourd’hui, étaient loin d’être les seuls bénéficiaires de Victor Bout, réfugié à Moscou depuis 2000. Avec l’aide des mafias russe et ukrainienne, l’ex-barbouze mettait sa flotte d’avions, éparpillée à travers une vingtaine de sociétés-écrans, au service de quelques unes des plus grandes associations de malfaiteurs de la planète : l’UNITA (pour ses diamants de sang), le gouvernement angolais (pour ses diamants de sang), les Taliban (pour leur opium), l’Alliance du Nord (pour son opium), les milices Hutu du Kivu (pour leur coltan peut-être, ou leur café), Abu Sayyaf aux Philippines (sans doute pour le simple plaisir). En 2004, c’est la consécration : grâce aux recherches d’un jeune bloggeur de gauche se voulant le « Yorkshire Ranter », le monde, feignant la surprise, apprend que Bout exécute aussi de sales besognes pour le Pentagone dans l’Irak nouveau.

Au moment des faits, l’heureuse contractante, « Air Bas », est basée à Sharjah, dans les Emirats arabes unis, pavillon préféré du système Bout, mais dirigée depuis l’Etat rebelle du Texas. Au moins jusqu’à l’été 2004, elle est sous contrat avec la filiale d’Halliburton chargée de reconstruire le secteur pétrolier irakien. En mars 2005, une autre excroissance de Bout, Aérocom, aurait été utilisée par Aegis Defence Services, le groupe du célèbre mercenaire Tim Spicer (Papouasie-Nouvelle-Guinée, Sierra Leone) auquel les Américains de la zone verte ont cru bon de confier, pour 293 millions de dollars, un coquet contrat de protection et de renseignement (« situational awareness »), le projet « Matrix ». Sa mobilisation d’Aérocom intervient un peu moins d’un an après que celle-ci ait été invitée à quitter la Moldavie. Les autorités avaient flairé chez elle un trafic de cocaïne.

Dommage que dans les années 90 ces autorités n’aient rien trouvé à redire sur les vols qu’organisait Bout pour les compagnies moldaves Renan Airways ou MoldTransavia, vols pleins à craquer, parfois littéralement, d’armes à destination de Taylor et du RUF. En 2001 des douaniers tchèques, eux, ont réussi à en stopper un, contenant un hélicoptère. Ils trouvaient bizarre que MoldTransavia, malgré son papier à en-tête émirati, immatriculait ses avions en Centrafrique et... au Congo-Brazzaville.

Quelqu’un a dit Congo-Brazzaville ? Il est vrai que tout ce que gère Aéro-Service Congo n’est pas moldave, à l’instar de notre Lion des airs. Nous avons repéré un Antonov 12 BP par exemple (EK-11007, msn 5343506) qu’elle loue auprès de l’arménienne « Phoenix Avia ». Celle-ci, créée en 2000, pourrait bien être de la galaxie Bout, ou la côtoyer.

Basée à Sharjah, Phoenix Avia aurait été « réorganisée en 2002 comme filiale de Phoenix Avia Gulf Ltd., proposant des services de location aux compagnies africaines [...] ». Elle dispose de cinq avions. Jusqu’au 28 mars 2006, elle en disposait de six. Quelques minutes après son décollage de Téhéran, son Antonov 12BK (EK-46741) tente un atterrissage d’urgence, et s’embrase. Pas moins de trois de ses moteurs étaient tombés en panne.

Difficile de dire ce qui motive Aéro-Service pour louer chez Phoenix Avia. Ses bonnes références peut-être : Phoenix sait satisfaire des clients comme Air Libya Tibesti (EK-46630) et surtout comme la société soudanaise - basée à Sharjah - Trans-Attico (EK-13399). On retrouve cette dernière dans une note en bas de page dans l’œuvre récente d’Amnesty International, « République démocratique du Congo : Les flux d’armes à destination de l’est ». Le 9 décembre 2003, un Ilyushin 76-TD (ST-AQY) effectuant un vol non autorisé Johannesburg-Kigali pour « Volga Atlantic Airlines » transportait du matériel dont les autorités sud-africaines n’ont pas pu établir l’identité exacte. L’oiseau aurait été de la volée Trans Attico. Il était aussi apparu dans celle de GST Aero, de Victor Bout.

Or il est exact que « Phoenix Avia » n’est pas la même chose que « Phoenix Aviation », au moins sur papier. Si toutes les deux sont basées à Sharjah, la seconde est officiellement kirghize, la première, on l’a dit, officiellement arménienne. Le code ICAO de la première est « PHY », celui de la seconde « PHG ». Problème éventuel pour cette étanchéité : le Yorkshire Ranter croit savoir que les deux Phoenix auraient la fâcheuse tendance à voler parfois sous le même code ICAO. Cet expert suppute que les deux compagnies seraient « au moins liées ».

Phoenix Aviation, elle, est le Phoenix toujours taxé de Bout pur jus. Elle aurait importé de la cocaïne et de l’héroïne en Angleterre en 1993, et envoyé armes et munitions aux rebelles yéménites et angolais en 1994. Depuis lors, ses gros-porteurs ont été loués à la KAM Air du seigneur de la guerre afghan Abdul Rashid Dostum. Ils ont également fait surface dans la flotte de Santa Cruz Imperial, écran de fumée que Bout gérait avec un des chouchous des milices du bois libérien Sanjivan Ruprah. En août 2003, un trafic d’armes Téhéran-Taylor est assuré par un Boeing utilisant le code ICAO d’une petite affaire, Astral Aviation, qui par hasard compte un appareil Phoenix dans son hangar.

Mais le lien entre Aéro-Service et Phoenix Avia ne passe que par un seul des avions de la compagnie congolaise, qui en exploite sept. Signe d’une synergie fructueuse, quatre des six autres - dont notre Lion - seraient la propriété de cette société moldave au doux nom de Pecotox.

Rien de louche chez Pecotox. A part son Antonov 24RV ER-AZN (msn 37308801). Affrété au moins une fois par l’Union de Transportes Aereos de Guinea Ecuatorial (UTAGE), ce turbo-prop figure, au 13 juin 2006, dans la flotte d’une certaine Skylink Aviation . Immatriculée aux Emirats, celle-ci est basée à Bagdad, Bassora et au Koweït. Logique : c’est une filiale du géant canadien du même nom, dont la branche américaine gère depuis 2003 Baghdad International Airport. Un Antonov 12BP (9L-LEC) de Skylink aurait été utilisé pour acheminer des munitions aux GIs, avant d’être redéployé au Congo démocratique début 2004, sous les couleurs de Trans Air Congo. L’épave semble avoir été louée à Jetline - jumelle de la boîte de Bout chassée de Moldavie, Aérocom. Dans un passé plus lointain, elle aurait servi « un opérateur privé » en Sierre Leone. Un autre Antonov Skylink (RA-11114) aurait fait des missions pour les Space Cargo et GST Aero de Bout.

Force est de constater qu’Aéro-Service n’est pas la seule compagnie du Bassin du Congo attirée par les avions au passé trouble. Un concurrent, Air Atlantic Congo - elle aussi sous le coup de la terrible interdiction des Antonov - n’hésite guère, elle non plus, à s’équiper chez Phoenix Avia (EK-46419). Et un des Antonov que met Pecotox à la disposition d’Aéro-Service (ER-AZP), passe parfois à la Guinea Ecuatorial de Transportes Aéreos (GETRA).

Le 17 janvier 2003, une fascination congolaise pour l’offre Bout a tué sept personnes. Lors d’un Brazza-Douala, un Antonov 24B (ER-AFT) fabriqué en 1968 s’écrase à Ndjolé au Gabon. Pas de survivants. Il a été loué par la défunte société congolaise « Pont Aviation » à Aérocom - encore elle - mais s’affichait aussi chez la moldave Tiramavia. Passionnée de clients angolais, c’est-à-dire la Força Aérea Populare de Angola (T-301, T-702), Tiramavia fournit Volga Atlantic Aviation, celle que nous avons entrevue livrant du matériel peu clair à Kigali.

Le 15 février 2002, un des Antonov 12BP de Tiramavia (ER-ADL) rate la piste de Roberts International Airport à Monrovia, tuant le co-pilote ukrainien. Les experts du Conseil de sécurité soupçonnent qu’il transportait des armes et des munitions. Un brin gaillards, ils ajoutent :

« Malgré le manque de coopération de la part des autorités libériennes, le panel a pu obtenir des plans de vol [...] et d’autres informations montrant que l’avion a quitté Brazzaville (République du Congo) pour N’Djamena (Tchad) pour récupérer un chargement de viande. Au Tchad, la viande n’a pas été chargée mais des boîtes rectangulaires en bois, étroitement empaquetées et affichant des sceaux diplomatiques tchadiens l’étaient. »

L’avion était exploité par la société brazzavilloise, réelle ou fantasmatique, « Inter Transport ».

Mesdames et messieurs nous approchons de notre destination, veuillez attacher votre ceinture de sécurité. On vient de compter un Antonov au bannissement duquel les autorités de Mpila n’auront pas à veiller. Des vols Congo Airways leurs donneraient tout aussi peu de soucis. Cet établissement, que la rumeur attribue à Edith Lucie Bongo et à sa petite sœur Ninelle Ngoulondele, ne possède pas d’Antonov.

Certes, les filles Sassou sont également réputées pour être propriétaires d’Aviatrade Congo, qui se limite à un Antonov 26 (9Q-CVR). Nous préférons nous fier à la déclaration sans conditionnel de Panapress lors du détournement de celui-ci par son équipage russe, selon laquelle Aviatrade appartient plutôt au général Norbert Dabira, une fois victime passagère des juges français.

Que Congo Airways, actuellement en veille, n’ait pas d’Antonov ne veut pas dire qu’elle ne frôle pas pour autant la nébuleuse Bout. Au contraire : dans sa très courte existence, le seul fournisseur qu’elle ait jamais connu s’appelle Teebah Airlines, de Jordanie. Bijou d’une famille irakienne dite proche de Saddam, cette société est le fournisseur exclusif de la nouvelle Iraqi Airways. Fournisseur en Boeing naturellement. Enregistrés en Sierra Leone naturellement. Plusieurs avions Teebah (9L-LEF, -LEL, -LEN) ont aussi volé pour la compagnie d’Abdul Rashid Dostum que nous avons croisée ci-dessus, la bien nommée KAM.

Un Boeing (B737-2B7, 9L-LEG) loué aux Premières filles du Congo et un autre (B727-247, 9L-LEF) avec lequel elles semblent n’avoir que flirté sont tous les deux aujourd’hui chez Iraqi Airways. Un troisième (B727-256, 3D-ALB) est chez Tigris Air : « Tigris » comme le fleuve Tigre. Mais de nos surprises, nous ne sommes pas encore... au bout. Pendant son séjour congolais - ainsi que lors de son passage chez « Spirit of Africa Airlines » de Khartoum - ce dernier Boeing portait la même immatriculation qu’un Antonov 12BP de Southern Cross et Santa Cruz Imperial. Deux tentacules de Bout, figurez-vous.

En clair, une compagnie aérienne supposée appartenir au clan d’Oyo est en très bonne compagnie. Son fournisseur équipe un seigneur de la guerre ouzbek, deux sociétés irakiennes et pas grand-chose d’autre. Qui dit mieux ?

Encore merci au Tropical Forest Trust d’avoir lâché en pâture sa photo d’Antonov sur la piste de la CIB écocertifiée. Ces gens simples voulaient illustrer l’influence civilisatrice du comptoir post-colonial. Ce faisant, ils accablent le Forest Stewardship Council du devoir de veiller à ce que la scène ne se répète plus jamais. Pour éviter la Une : heureuse labellisée prise en flagrant délit.

Décerner des prix aux sociétés qui font des affaires dans les cauchemars comme le Congo-Brazzaville, est-ce pire que ce que font ces sociétés elles-mêmes ?

Tout se rachète. S’il s’avère que le TFT aide non seulement à l’éradication des Antonov de Pokola, mais aussi à donner une meilleure photographie d’un bout de la gangrène de Mpila, il aura fait d’une pierre deux coups. Ou comme le veut l’expression anglaise, langue internationale de l’aviation : avec une pierre, il aura tué deux oiseaux - voire plus.

Arnaud Labrousse, juillet 2006

 

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14/07/2009

Somalie-enlèvement-sécurité-renseignement-french consultants-french contractors-Somalia

 

Deux «conseillers» des services de renseignements français à Mogadiscio en mission d'aide de sécurité au gouvernement somalien, ont été enlevés mardi par des hommes armés, a-t-on appris de sources françaises et somaliennes.

Ils ont été enlevés dans l'hôtel Sahafi, dans le sud de la capitale somalienne, par une dizaine de miliciens qui ont désarmé les gardes de sécurité de l'hôtel où ils s'étaient enregistrés comme journalistes, selon un policier somalien et la direction de l'hôtel.

«Deux conseillers français en mission officielle d'assistance auprès du gouvernement somalien ont été enlevés ce matin (mardi) à Mogadiscio par des hommes armés», a annoncé à Paris le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué.

«Ils apportaient une aide en matière de sécurité au gouvernement fédéral de transition du président» somalien Sharif Sheikh Ahmed, selon le texte.

Le ministère n'a donné aucune précision sur l'identité de ces hommes ou sur le fait de savoir s'il s'agissait de militaires ou de civils.

Selon des responsables somaliens, des pourparlers ont été entamés pour tenter de faire libérer les deux Français.

Le gouvernement du président Ahmed, un islamiste modéré élu fin janvier, fait face depuis début mai à une offensive sans précédent des islamistes radicaux.

La France s'est engagée au printemps à former à Djibouti, où elle dispose d'une base permanente de 2.900 hommes, un bataillon de l'armée somalienne, soit 500 hommes.

Al'origine, cette formation devait débuter en septembre. En raison de la dégradation de la situation à Mogadiscio, les préparatifs se sont accélérés et elle devait débuter en août à Djibouti.

Un haut responsable gouvernemental somalien indiquait plus tôt mardi sous couvert d'anonymat que les deux étrangers enlevés étaient des Français travaillant pour le renseignement français.

Il a précisé à l'AFP que les otages, qui se trouvaient selon lui «en Somalie depuis neuf jours», n'étaient pas des journalistes.

L'enlèvement des deux hommes, qui n'avait pas été revendiqué mardi soir, s'est produit le jour de la fête nationale française.

Les véritables motivations des ravisseurs, qui n'ont pas formulé de demande de rançon, restaient floues mardi soir.

Un membre de l'Agence nationale de sécurité (NSA) somalienne a même affirmé  que les ravisseurs appartenaient au ministère de l'Intérieur et que l'enlèvement était le résultat de dissensions au sein des forces de sécurité somaliennes.

«Des milices du ministère sont venus à l'hôtel Sahafi en affirmant qu'ils venaient chercher les Français pour les emmener au palais (présidentiel); ils se sont rendus directement à leurs chambres (...) et les ont emmenés dans un véhicule du ministère de l'Intérieur», a déclaré cette source.

Selon un employé de l'hôtel sous couvert d'anonymat, l'opération «semble avoir été bien préparée car elle s'est déroulée dans une zone sous haute surveillance contrôlée par le gouvernement somalien».

Les ravisseurs se sont présentés comme des membres des forces de sécurité gouvernementales en approchant de l'hôtel, a-t-il ajouté.

Des étrangers sont régulièrement enlevés en Somalie, pays en guerre civile depuis 1991, et libérés contre rançon.

La journaliste canadienne Amanda Lindhout et le photographe australien Nigel Geoffrey Brennan, enlevés le 23 août 2008, sont toujours détenus par leurs ravisseurs.

Quatre employés européens de l'ONG française Action contre la faim (ACF) et leurs deux pilotes kenyans, enlevés début novembre, sont toujours otages.

 

 

REPERES : de nombreux précédents

 

Les étrangers sont régulièrement la cible d'enlèvements crapuleux en Somalie, pays en guerre civile depuis 1991, et libérés contre rançon. Journalistes et humanitaires sont particulièrement visés.

 

2009

-19 avr: Enlèvement dans le sud de deux membres de MSF Belgique, de nationalités belge et néerlandaise. Ils sont libérés le 28 avril.

2008

-26 mars: Enlèvement de cinq Kényans fonctionnaires du ministère de l'Education à Bulohawo (sud). Ils sont libérés cinq jours plus tard.

-1er avr: Un Kényan et un Britannique, employés d'une société indienne sous contrat avec une agence d'aide de l'ONU, sont enlevés non loin de Kismayo (sud). On est sans nouvelles d'eux depuis.

-13 mai: Enlèvement d'un enseignant kényan de l'université de Mogadiscio par des hommes armés non identifiés à Mogadiscio. Il est libéré dix jours plus tard.

-21 mai: Trois humanitaires dont deux Italiens travaillant pour l'ONG CINS (Coopération italienne nord-sud) sont enlevés à Awdhegle (70 km au sud de Mogadiscio). Les Italiens sont libérés le 5 août.

-23 août: Enlèvement de la journaliste canadienne Amanda Lindhout et du photographe australien Nigel Geoffrey Brennan. Ils sont toujours détenus.

-22 sept: Une japonaise et un Néerlandais, employés de l'ONG française Médecins du Monde sont enlevés dans l'est de l'Ethiopie près de la frontière somalienne, puis emmenés en Somalie par leurs ravisseurs somaliens. Ils sont libérés le 7 janvier 2009.

-5 nov: Enlèvement de quatre employés européens de l'ONG française Action contre la faim (ACF) et leurs deux pilotes kényans à environ 350 km au nord de Mogadiscio. Ils sont toujours otages.

-26 nov: Enlèvement à Bosasso d'un photographe espagnol et d'un reporter britannique en mission pour le Sunday Telegraph. Ils sont libérés le 4 janvier 2009, après plus de cinq semaines de captivité dans des grottes du nord-est de la Somalie.

2007

-9 mai: Deux travailleurs humanitaires, un Britannique et un Kényan, travaillant pour l'ONG CARE International sont capturés par des hommes armés au Puntland (nord-est). Ils sont libérés le 15 mai.

-16 déc: Un journaliste français est enlevé à Bosasso (nord, capitale de la région auto-proclamée autonome du Puntland) par des miliciens d'un des clans de la ville réclamant une rançon. Il est libéré huit jours plus tard, le 24 décembre, sans conditions et sans versement de rançon, affirment les autorités du Puntland.

-26 déc: Une Espagnole et une Argentine, employées de l'organistation Médecins sans frontières (MSF) sont enlevées à Bosasso avant d'être libérées une semaine plus tard.

http://www.lalsace.fr/fr/article/1793514/Somalie-les-otages-enleves-appartiennent-aux-services-de-renseignement-francais.html

 

 

 

The Guardian, Giles Tremlett, 11 mai 2009

 

Selon un document du renseignement militaire européen, obtenu par une station de radio espagnole, les pirates somaliens qui attaquent les navires dans le Golfe d'Aden et l'Océan Indien sont dirigés vers leurs cibles par une équipe de « consultants » à Londres.

 

Selon le document, obtenu par la radio Cadena SER, l'équipe et les pirates restent en contact par téléphone satellite.

 

Il dit que les groupes de pirates ont des « informateurs bien placés » à Londres, qui sont en contact permanent avec les centres de contrôle en Somalie, où sont prises les décisions sur quels navires attaquer. Ces « consultants » de Londres aident les pirates à choisir les cibles, en fournissant des informations sur la cargaisons et la route des navires.

 

Selon une compagnie de navigation ciblée, dans un cas au moins, les pirates sont restés en contact avec leurs informateurs de Londres depuis le navire détourné. Le réseau d'information des pirates s'étend au Yémen, à Dubaï et au Canal de Suez.

 

Ce document du renseignement est considéré avoir été émis pour les marines européennes.

 

Selon Cadena SER, ce document dit que, « Des informations selon lesquelles des navires marchands naviguent volontairement dans la zone pour diverses organisations internationales, se retrouvent entre les mains pirates ».

 

Cela permet aux groupes de pirate de mieux s’organiser en étudiant leurs objectifs à l'avance, voire même à passer plusieurs jours à entraîner des équipes à des détournements particuliers. Les pirates chevronnés rejoignent ensuite le navire dès qu'il navigue à proximité de la Somalie.

 

Les capitaines des navires attaqués ont constaté que les pirates connaissent tout, depuis la structure du navire jusqu’à ses ports d'escale. Les navires visés à la suite de ce type de renseignement incluaient le cargo grec Titan, le navire marchand turc Karagöl et le chalutier espagnol Felipe Ruano.

 

Dans chaque cas, selon le document, les pirates connaissaient parfaitement la cargaison, la nationalité et la route du navire.

 

Selon le rapport, le pavillon national des navires est aussi pris en compte lors du choix d'une cible, avec les navires britanniques de plus en plus évités. On ignore si c'est parce que les pirates veulent éviter d’attirer l'attention de la police britannique sur leur source d'information à Londres.

 

Les pays européens ont mis en place l'Opération Atalanta pour coordonner leurs efforts militaires dans la région.


Original : www.guardian.co.uk/world/2009/may/11/somali-pirates-londo...
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info

 

 

 

Offensive islamiste sur Mogadiscio

7 juillet 2009 – 15:22

Depuis le début du mois de mai, les milices islamistes shebab alliées aux combattants du Hezb al-Islamiya de Cheikh Aweys, ont lancé une vaste offensive afin de renverser Sharif Ahmed, un ancien membre des Tribunaux islamiques, élu il y a quelques mois président de la Somalie par le Parlement en exil. La contre-offensive des forces loyalistes, menée à partir du 22 mai, a été marquée par de cuisants revers et n’a ainsi pas permis de reprendre le controle de la situation

En juin, le président Sharif Ahmed a proclamé l’état d’urgence dans le pays et a demandé l’assistance des pays voisins devant l’avancée des insurgés islamistes, qui seraient soutenus matériellement et financièrement par l’Erythrée, dans le but de gêner son ennemie éthiopien. En urgence, les Etats-Unis ont fourni des armes et des munitions aux troupes loyalistes afin de “soutenir les efforts du gouvernement de transition pour repousser les attaques des forces extrémistes, destinées à détruire le processus de paix de Djibouti et faire échouer les efforts de paix et de stabilité en Somalie par la réconciliation nationale”.

Seulement, les islamistes ont continué leur progression, les zones contrôlées par le gouvernement de transition se réduisant comme une peau de chagrin. Alors que le Parlement somalien a adopté la charia en avril dernier, les radicaux ont durci leur discours en expliquant que les institutions dévoyaient la loi coranique. Ainsi, les combattants des shebab et du Hezb al-Islamiya appliquent strictement la charia dans les zones qu’ils tiennent, ce qui signifie que les lapidations et amputations sont les peines prononcées à l’égard de ceux qui ne se plieraient pas aux exigences coraniques.

Après plusieurs semaines de combat, l’autorité du gouvernement de transition est reconnue seulement que dans quelques régions du pays et dans des quartiers stratégiques de la capitale, Mogadiscio, protégés par les soldats de la force de paix de l’Union africaine (Amisom). Mais depuis le 1er juillet, les combats font rage entre les forces loyalistes et les insurgés islamistes, liés par ailleurs à al-Qaïda.

Ainsi, au deuxième jour de l’offensive islamiste, un reponsable des services de secours a confié à l’agence de presse Reuters avoir “transporté vingt morts et 55 blessés lors des derniers combats”. Le 4 juillet, le nombre des victimes s’est élevé à 70 tués.

Quant à l’Amison, forte de 4.300 hommes originaires essentiellement du Burundi et de l’Ouganda, elle ne peut pas faire grand chose, si ce n’est continuer à protéger le palais présidentiel, l’aéroport et le port de Mogadiscio. Son état-major a toutefois lancé un avertissement aux islamistes, les sommant de se replier sous peine de ripostes. “Il y a une limite. Lorsque les insurgés franchiront cette ligne, nous interviendrons immédiatement” a déclaré le général Francis Okello, le commandant de l’Amisom. “Cela figure dans notre mandat, et nous les surveillons de près”, a-t-il ajouté.

Par ailleurs, il a été question d’un renforcement de l’Amisom lors d’une réunion des dirigeants de l’Union africaine, le 2 juillet dernier, en Libye. Initialement, cette force devait avoir un effectif de 8.000 soldats, alors qu’elle n’en compte à peine plus de la moitié. Plusieurs pays ont indiqué pourvoir envoyer davantage de militaires, comme le Burundi et l’Ouganda, mais aussi le Malawi et le Burkina Faso. Mais à moins d’un retournement soudain, il se pourrait qu’il soit trop tard pour empêcher l’avancée des islamistes.

 

Somalie: comment les pirates touchent l'argent des rançons

 


Informations recueillies par le CV(H) Jean Fossati



La piraterie au large des côtes somaliennes est une grosse affaire. La prise d'otage a rapporté jusqu'à 35 millions de dollars aux pirates somaliens l'an dernier.

Mais pour protéger leur magot, les pirates ont recours à une industrie, composée d'avocats, de négociateurs et d'équipes de sécurité basés à Londres, la capitale d'affaires de l'industrie maritime mondiale.

Lorsqu'un navire est capturé, son propriétaire appelle d'abord un avocat comme Stephen Askins, dont la firme est l'une des rares qui négocient avec les ravisseurs en mer. Officiellement, il n y a pas de règles d'or "sur la manière dont la rançon doit être versée" et cette incertitude explique la délicatesse de l'opération.

Les prises d'otages ne sont pas identiques, mais la prolifération des attaques au large des côtes somaliennes prouve à souhait que les pirates en ont fait une source de revenu. Ils peuvent être armés et dangereux, mais l'argent est leur principale motivation, selon Askin. Verser une rançon n'est pas illégal au Royaume-Uni. Une seule exception cependant : qu'elle n'ait pas de liens avec une activité terroriste. Et lorsque les tentatives de libération des otages par les gouvernements échouent, les pirates montent les enchères. La prochaine étape dans la chaîne : l'entrée des négociateurs spécialisés, dont le travail consiste à obtenir un prix raisonnable.

La négociation commence par une demande astronomique des ravisseurs avant que le taux ne soit revu à la baisse. Les négociations avec les pirates peuvent durer plusieurs mois et les contacts sont quotidiens, souligne James Wilkers, qui dirige la compagnie Gray Page, spécialisée dans les risques maritimes. Une rançon est généralement versée deux mois après la prise d'otages. Le tarif en vigueur d'une rançon oscille entre un millions et deux millions de dollars américains, mais le montant final est souvent trop élevé.

Al-Shabab

Faire parvenir l'argent aux pirates est également un autre casse-tête. Il y a beaucoup de difficultés. La rançon versée pour le super pétrolier saoudien Sirius Star, capturé en novembre dernier, a été apparemment larguée. Il s'agit donc de faire parvenir une importante quantité d'argent liquide en mer aux pirates. Une fois qu'une pirogue et une équipe ont été constituées et que la météo est favorable, il reste un écueil, selon le consultant en risque Darren Dickson : l'entrée en lice d'autres pirates.

Naviguer en haute mer avec beaucoup d'argent n'est pas fait pour les timorés. Il ne suffit pas seulement d'esquiver les pirates. Il est également important que toutes les parties impliquées soient informées dans le détail du déroulement de l'opération. Selon Dickson, il est vital de ne pas être pris pour un bateau pirate. Toute cette armada de spécialistes entraîne également des coûts qui peuvent faire doubler le montant de la rançon. L'an dernier, les pirates somaliens ont empoché près de 50 millions de dollars.

Une quantité non négligeable de cet argent a été versée à des avocats, des négociateurs et des équipes de sécurité britanniques. Plusieurs pays, en particulier l'Espagne, critiquent Londres accusée de profiter de la piraterie maritime. "Je ne pense pas que les gens essayent d'exploiter la situation," insiste Askins, l'avocat spécialisé en questions maritimes.

Que deviennent les dizaines de millions de dollars versés aux pirates?

Les spécialistes de la piraterie en Somalie indiquent qu'elle est purement une entreprise criminelle. Bruno Schiemsky, un analyste kenyan, pense qu'il y a même un lien entre le pirates et les al-Shabab, les islamistes somaliens. Les pirates versent parfois jusqu'à 50% de leur rançon aux al-Shabab dans les zones contrôlées par ces derniers, affirme-t-il.

Les méthodes de versement des rançons et les "sources externes" impliquées font depuis quelque temps l'objet d'enquêtes de la part de la nouvelle force "multinationale" anti-piraterie dans le golfe d'Aden et l'océan indien. Si un lien est établi entre les pirates et les terroristes, il pourrait créer de sérieux ennuis à toutes les parties impliquées. Et comme le résume l'un deux : "Nous irions tous en prison." (BBC Afrique 30/01/09)

 

 

 

Tribune de Bernard Kouchner dans le quotidien "Le Figaro" (Paris, 22 avril 2009)

Piraterie : pourquoi la France aide la Somalie

La Somalie, qui n’en finissait pas de glisser dans le chaos et le silence, est à nouveau à l’ordre du jour de l’agenda international. Mais les événements dramatiques de ces dernières semaines dans le golfe d’Aden et l’Océan indien ne doivent pas dissimuler le sens global de notre action dans ce pays.

Lorsque je suis arrivé au ministère des Affaires étrangères et européennes, les convois du Programme alimentaire mondial (PAM) étaient déjà depuis quelques temps victimes d’actes de piraterie au large de la Somalie. Dès l’été 2007, avec mon collègue Hervé Morin, nous décidons de les faire accompagner par la Marine française et, en septembre 2007, le président Sarkozy annonce le lancement de l’opération "Alcyon" devant l’Assemblée générale des Nations unies. Nous travaillons ensuite à consolider le cadre juridique de la lutte contre la piraterie, en faisant voter plusieurs résolutions importantes au Conseil de sécurité. Enfin, à la faveur de la Présidence française de l’Union européenne, nous lançons en partenariat avec l’Espagne la première opération européenne maritime dans le cadre de la Politique européenne de sécurité et de défense - "Atalante" -, afin de sécuriser les navires européens qui transitent par le golfe d’Aden.

Cette opération a obtenu de nombreux succès. Aucun bâtiment protégé par "Atalante" n’a été attaqué. Notre détermination est totale, comme l’ont montré nos interventions pour libérer nos otages. La France a procédé à l’arrestation de plus de 70 pirates, et ceux qui se sont attaqués à nos compatriotes ont été ramenés en France pour y être jugés. Bien sûr, la piraterie n’a pas disparu. Nous constatons même qu’elle atteint désormais l’archipel des Seychelles, dont l’économie pourrait ne pas se relever de ce fléau, et qui nous appelle à l’aide. Mais, pour lutter contre ce mal, nous ne pouvons nous contenter d’une action navale.

En Somalie, la piraterie est d’abord le symptôme de la faillite de l’Etat qui mine le pays depuis 1991. Abandonnée aux seigneurs de guerre et scindée désormais en trois entités autonomes, la Somalie n’est plus en mesure d’assurer sa sécurité, ni sur terre ni en mer. Aider les Somaliens à reconstruire un Etat : c’est le deuxième volet de notre action.

Au cours des derniers mois, nous avons encouragé le dialogue entre les différentes factions rivales. L’élection à la présidence d’un islamiste modéré en janvier dernier est venue confirmer la pertinence de notre analyse : depuis plus d’un an, nous cherchions à convaincre nos partenaires occidentaux que Cheikh Sharif était le seul à pouvoir rassembler autour de lui un consensus. Aujourd’hui, pour la première fois depuis 1991, la Somalie est dirigée par un gouvernement d’union nationale, promesse d’espoir et de stabilité. Voilà qui devrait inciter, je l’espère, à ne plus considérer la Somalie à travers le prisme exclusif de la lutte contre al-Qaïda. Bien sûr, nous ne sommes pas dupes : les prises d’otages occidentaux n’ont pas cessé, le gouvernement vient d’adopter la charia. Notre soutien à la consolidation de l’Etat s’accompagnera d’une intransigeance de chaque jour sur le respect des droits de l’Homme - et de la femme.

Nous contribuerons aussi à la formation des forces de sécurité somaliennes, par l’intermédiaire de nos troupes stationnées à Djibouti. Rendre aux Somaliens la maîtrise de leur sécurité : c’est tout l’enjeu de la réunion organisée ce jeudi à Bruxelles par le Secrétaire général des Nations unies. Il en va de la lutte contre la piraterie et contre le terrorisme, mais aussi de la stabilité de l’Afrique orientale tout entière, et de la réduction des flux migratoires toujours croissants, qui font chaque jour dans le golfe d’Aden des dizaines de noyés, en silence.

Notre action sur le terrain traduit au quotidien une stratégie à plus long terme, qui vient répondre à deux impératifs. Plus d’Europe de la défense, tout d’abord. Après l’opération Eufor Tchad/RCA, "Atalante" constitue une avancée décisive. Je forme le vœu que nous soyons rejoints dans la formation des forces somaliennes par des partenaires européens.

Plus d’Afrique, ensuite : la Somalie abrite sur son territoire la seule opération militaire exclusivement menée par l’Union africaine, l’Amisom (African Mission in Somalia). Nous avons contribué à former les hommes qui la composent, originaires d’Ouganda et du Burundi. Et nous allons continuer de le faire, car l’avenir de la sécurité dans ce pays passe par une appropriation régionale des enjeux de sécurité.

Ce tableau de notre action en Somalie me fournit l’occasion de rappeler aux détracteurs de la politique africaine de la France combien notre approche a évolué depuis deux ans. La France est présente désormais sur un dossier politique dont elle était absente. Elle utilise l’atout de sa présence militaire à Djibouti, avec ses partenaires elle s’active pour trouver des solutions. Et elle est entendue.

 

Somalie : la France va former 500 militaires somaliens à
Djibouti
La conférence des donateurs sur la Somalie a atteint ses objectifs. La Communauté
internationale a promis 165 millions d'euros (213 millions de dollar) pour favoriser la
stabilité interne de la Somalie : financement d'une force de paix de l'Union Africaine
(AMISOM), force de police somalienne et forces de la sécurité (maintien de l'ordre
militaire) somaliennes.
L'Europe en première ligne. Plus de la moitié de la somme proviendra de l’UE (budget
communautaire et nationaux des Etats membres. Le commissaire européen au
développement et à l’aide humanitaire, Louis Michel, a annoncé que 72 millions d’euros
allaient être débloqués, au titre du budget communautaire : 60 millions consacrés à
l’AMISOM et 12 millions pour les forces de police (une année de formation et de salaires
pour les 10 000 policiers somaliens). La plupart des Etats membres de l’UE ont
également mis la main à la poche, ajoutant environ une quinzaine de millions d'euros à
cette somme (Espagne 6 millions d’euros, Italie 4 millions, Pays-Bas 1,4 millions,
Belgique 500 000 euros,…). Les Etats-Unis contribuent à hauteur de 10 millions (5
millions restent à approuver par le Congrès). Ce sans compter l'aide en nature.
Une coopération franco-arabe pour "l'armée somalienne". La France a ainsi choisi
cette modalité : s'engageant à former 500 militaires somaliens dans sa base de Djibouti.
Le financement et les salaires étant assurés par la Ligue arabe, qui va fournir 18
millions de $ (3 millions par mois durant six mois).

 

 

Somalie : Un fonctionnaire du renseignement assassiné à Mogadiscio

AFP

dimanche 18 novembre 2007, sélectionné par Spyworld

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Des hommes armés ont assassiné vendredi un fonctionnaire des services de renseignement somaliens à Mogadiscio, où les forces de sécurité combattent des rebelles islamistes, a-t-on appris auprès de la police et d’un témoin.

Un membre du Service de sécurité national, Hassan Abdi Mohamed, a été tué par balles, touché à la tête et l’épaule, dans le quartier de Yaqshid, une des zones les plus dangereuses du nord de Mogadiscio, selon ces sources.

"Nous enquêtons sur cet incident et nous espérons que les assaillants seront présentés devant la justice", a déclaré une source policière, requérant l’anonymat.

Un témoin, Hassan Mohamed, a déclaré que la victime avait été abattue devant une mosquée, peu après les prières du vendredi. "Les assaillants se sont enfuis avant que les policiers n’encerclent les lieux", a-t-il expliqué à l’AFP.

Depuis le début de l’année, plusieurs fonctionnaires gouvernementaux ont été tués.

Fin 2006, l’armée éthiopienne est intervenue aux côtés des forces du gouvernement somalien, lui permettant de mettre en déroute les forces des tribunaux islamiques qui avaient pris le contrôle pendant quelques mois de la majeure partie du centre et du sud de la Somalie.

Le ministère éthiopien des Affaires étrangères avait estimé mercredi que la situation sécuritaire s’améliorait dans Mogadiscio après l’opération de ratissage lancée lundi dans le quartier du plus grand marché de la capitale.

Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) avait annoncé mardi que quelque 173.000 personnes avaient fui Mogadiscio au cours des deux dernières semaines, en raison des combats.

Par ailleurs, l’Union européenne (UE), l’un des plus importants donateurs d’aide à la Somalie, a demandé au président Abdullahi Yusuf Ahmed d’autoriser trois stations de radio de Mogadiscio à reprendre leurs émissions.

Les forces gouvernemantales somaliennes avaient ordonné au début de cette semaine à Radio Shabelle, Radio Banadir et Radio Simba, accusées d’attiser le conflit dans la capitale, d’interrompre leurs émissions.

"L’Union européenne rappelle que la liberté de la presse est un principe fermement soutenu par l’UE et sans lequel aucune perspective de démocratie ou de réconciliation n’est possible", a déclaré l’UE dans un communiqué rendu public à Nairobi.

Le gouvernement somalien a ignoré les appels des organisations de defense des droits de l’homme et des gouvernements étrangers lui demandant de lever les lourdes restrictions à la liberté de la presse imposées en Somalie.

Cette année, au moins huit journalistes ont trouvé la mort en Somalie, qui est en 2007 le second pays le plus dangereux après l’Irak pour les journalistes, selon le Comité de protection des Journalistes, basé à New York.

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Thalès Raytheon OTAN logiciel défense anti missile système ACCS LOC 1

système ACCS LOC 1

Thales : feu vert pour un projet ThalesRaytheonSystems.

 

(CercleFinance.com) - ThalesRaytheonSystems, filiale commune de Thales et Raytheon, annonce avoir reçu le feu vert pour le déploiement sur huit nouveaux sites européens de son système de commandement et de contrôle aérien de niveau de capacité 1 (ACCS LOC1) destiné à l'OTAN.

Le système, déjà installé sur cinq sites en Belgique, en France, en Allemagne, en Italie et aux Pays-Bas, doit venir remplacer le système actuel de commandement et de contrôle aérien de l'OTAN pour l'Europe.

Le système ACCS LOC 1, la plus grande plateforme logicielle déployée par l'OTAN, se base sur une architecture ouverte en vue de s'adapter aux changements opérationnels, notamment en ce qui concerne la défense anti-missile.


ACCS Loc 1 - Le système C2 intégré de l’OTAN

ThalesRaytheonSystems est maître d’œuvre du système de commandement et de contrôle aérien, niveau de capacité 1 (ACCS LOC1) mis en place par l’OTAN. Ce système établit de nouveaux standards d’intégration pour les opérations aériennes en Europe, en permettant une approche intégrée et harmonieuse en termes de planification, attribution, surveillance et exécution de toutes les opérations. Ce programme est destiné à remplacer les systèmes C2/Air actuellement utilisés en Europe, tous les pays membres de l’OTAN utilisant alors un même ensemble de matériels et logiciels, et partageant les données opérationnelles sur un réseau de communications à haut débit.

Le système ACCS, interopérable avec tous les autres systèmes C2 des membres de l’OTAN et au-delà, offre des interfaces avec plus de 160 protocoles de communication, liaisons de données tactiques et sources d’information internes et externes.

Capacités nouvelles pour les opérations info-centrées

ThalesRaytheonSystems fournira à l’OTAN un système comprenant les caractéristiques essentielles pour être le système clé en support des capacités info-centrées de l’OTAN pour les opérations aériennes.

Basé sur des normes établies, le système ACCS est entièrement conforme à l’architecture technique C3 de l’OTAN (NC3TA) et au standard d’architecture de l’OTAN (NAF), utilisant des formats et des protocoles Internet non propriétaires pour le stockage et la récupération des données et les communications.

Soutien des opérations déployées de l’OTAN

Entièrement déployé, l’ACCS sera également en mesure d’assurer le support de toutes les opérations hors zone de l’OTAN. La version déployable de l’ACCS peut être utilisée pour les opérations des Groupes de Forces Interarmées Multinationales (GFIM), le maintien de la paix, les opérations de crise, pour soutenir les forces de réaction de l’OTAN ainsi que les manœuvres et les missions de soutien et de formation. Les entités déployables de l’ACCS, le Centre d’Opérations Aériennes Combinées (CAOC) déployable et les Air Operations Centre (ARS), RAP Production Centre & Sensor Fusion Post) déployables, confèrent toutes les capacités des sites statiques et sont évolutives en terme d’équipements et de personnel, en fonction de l’ampleur de l’opération.

Intégration des systèmes de défense de chaque pays membre

Le programme ACCS de l’OTAN permettra de fournir des capacités opérationnelles uniques, et une interconnexion simple (de type « plug & play ») avec les nombreux systèmes radars et d’interception que possèdent les 26 pays membres de l’Alliance. L’ACCS offrira un niveau d’interaction sans précédent, et des capacités communes d’appréciation de la situation tactique entre les niveaux de planification opérationnelle et les niveaux tactiques des composantes aériennes C2.

Le système ACCS permettra d’unifier les systèmes de défense aériennes en Europe et offrira la meilleure architecture pour le déploiement de la défense anti-missile balistique ALTBMD (Active Layered Theatre Ballistic Missile Defense).

Calendrier et événements

mardi 8 septembre 2009

DSEI, London - UK

Plus

Presse et Media

vendredi 10 juillet 2009

ThalesRaytheonSystems va pouvoir étendre à l'Europe le système de commandement et de contrôle aériens ACCS de l’OTAN

mardi 16 juin 2009

ThalesRaytheonSystems nomme un nouveau directeur général

Plus

 

Il y a plus de dix ans déjà:

 

NATO ACCS LOC1 contract signed

Article Abstract:

Air Command Systems International (ACSI) has won a $500-million contract for the NATO Air Command and Control System - Level of Capability 1 (ACCS LOC1). Under the deal, ACSI will provide NATO with a fully interoperable, common air operations command and control system to support all offensive and defensive operations. ACCS LOC1 will also be utilized in military air traffic control, command and control resource management and airspace management for NATO members. ACSI is a joint venture between Raytheon and Thomson-CSF.

Publisher: Monch Publishing Group
Publication Name: Military Technology
Subject: Military and naval science
ISSN: 0722-3226
Year: 1999

11:04 | Lien permanent | Commentaires (0) |

11/07/2009

ENGAGEZ-VOUS ! Tristes Tropiques...Le service militaire adapté !!!

Après les essais nucléaires à Mururoa...la grotte d'Ouvéa..."Apprendre et réussir par l'effort et le travail " pour 300 par mois !!!!

Le sevice militaire adapté ?

Outre-mer : le service militaire adapté va doubler ses effectifs d'ici 2012

C'est un engamement du président de la République en faveur de l'Outre-mer : les effectifs du Service militaire adapté vont doubler d'ici 2012, passant de 3000 volontaires formés en 2009 à 6000 en 2012.

Le secrétariat d'Etat à l'outre-mer va bénéficier d'un abondement très substantiel de son budget, lui permettant de construire de nouvelles infrastructures (90 millions d'euros entre 2010 et 2012) et de recruter  300 cadres militaires supplémentaires, venant essentiellement de l'armée de terre.

Deux nouvelles implantations seront également ouvertes : Futuna, dans le Pacifique, et Saint-Martin aux Antilles.

Le SMA s'adresse uniquement aux jeunes de l'Outre-Mer et leur propose une formation professionnelle dans un cadre militaire. Libération l'avait présenté en mars dernier. Lire l'article sur ce blog et les propos de son chef, le général Frétille.

 

Volontaire dans les armées, stagiaire au Service Militaire Adapté, il suit une formation professionnelle de son choix au sein de l'unité du SMA de son département.

Qui est concerné ?

  • Tous les jeunes ayant leur résidence outre-mer, âgés de plus de 18 ans et de moins de 26 ans.

Où se renseigner ?

  • Lors de l'appel de préparation à la défense (APD).
  • Auprès de l'unité du SMA la plus proche.

Incorporations :

  • Dans l'unité du SMA du département ou territoire du lieu de naissance. La date exacte sera précisée lors de la souscription du contrat.

Nombre de postes offerts :

  • Environ 2300 pour l'ensemble du SMA.

Durée du volontariat :

  • 12 mois, pouvant être exceptionnellement renouvelés, pour atteindre une durée maximale de 24 mois.

Niveaux requis :

  • Aucun. Le SMA a pour vocation d'accueillir les jeunes ayant eu des difficultés de formation.

Dans quelle spécialité :

  • Celles dispensées dans les unités du SMA.. La nature de ces formations varie selon les unités du SMA.

Quelles rémunérations :

  • Environ 300 € par mois.
    Engagez-vous Rengagez-vous dans les troupes coloniales Maurice Toussaint 1938.jpg

12:37 | Lien permanent | Commentaires (0) |

10/07/2009

Les faux résistants...Gérard DARMON fait de la promo pour la chair à canon


 

La semaine dernière nous avons eu la visite de Gérard Darmon, ce dernier venait soutenir les troupes, et tourner un sujet qui sera diffusé le 14 juillet sur France 2 ou 3.

Je l'ai croisé hier soir à l'apéro, il est plus petit qu'à la télé,(je sais, c' est petit) mais très sympa, disponible et drôle, il a même la politesse de ne pas soupirer quand pour la 200éme fois de la journée on lui met une grande claque dans le dos en l'appelant Amonbeaufils ( l'architecte dans un avatar cinématographique d' une aventure d' Astérix) On a eu de la chance, au Tchad ils ont eu Liane Foly (saucisse lyonnaise).

 

 

armee_0004_armee04p.jpg

Il faudrait arrêter de faire cette propagande !!! La guerre c'est moche !!! Tu as des soucis de trésorerie gérard ou c'est un soutien moral ?

 

Lucian_Read_american-soldier-ramadi-wounded-by-ied-iraq-2006.jpg
inside the gallery the caption reads: Lucian Read Iraq 2006 American soldier lies on an operating table in Ramadi after being wounded in an IED blast

18:38 | Lien permanent | Commentaires (0) |

09/07/2009

Boeing-Khalifa-Algérie-Françalgérie-Air Algérie-

L'Algérie de Bouteflika


Khalifa
La chute d'un flambeur

par Besma Lahouri, L'Express du 17 juillet 2003


Une banque, une compagnie aérienne, des chaînes de télévision, une société de location de voitures, 22 000 salariés... Parrainé par des caciques du pouvoir algérien, le jeune Rafik Khalifa s'était taillé un véritable empire. Aujourd'hui, il est ruiné et fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la justice de son pays. Récit d'une débâcle éclair

Effondrés, furieux ou résignés, les salariés de Khalifa Airways (170 en France) attendaient, le 10 juillet, à Nanterre (Hauts-de-Seine), la décision du tribunal de commerce. Dix minutes plus tard, leur sort était scellé et Khalifa Airways France déclaré en liquidation judiciaire. Venant après celle de la chaîne de télévision Khalifa TV, le 2 juillet, ce énième épisode met un terme à l'épopée du groupe algérien.

Un empire né en 1998, comprenant une banque, une compagnie aérienne, des chaînes de télévision, avec au total 22 000 salariés, dont plus de 400 en France. A leur tête, Rafik Abdelmoumen Khalifa, dit «Moumen», héros d'un capitalisme à l'algérienne enfin libéré du joug de l'Etat. Las! le rêve n'aura duré qu'un temps. Aujourd'hui, Khalifa Bank, épine dorsale du groupe et premier réseau bancaire privé algérien, est en cessation de paiements. Seuls les «petits déposants», ayant au maximum 600 000 dinars (soit un peu moins de 9 200 ?), peuvent espérer être remboursés par les pouvoirs publics, affirmait récemment le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia. Les autres, plus de 1 million de clients, parmi lesquels les plus grosses entreprises du pays ou les caisses de retraite des syndicats, attirés par des taux d'intérêt ahurissants - jusqu'à 17% - n'ont plus que leurs yeux pour pleurer. Et ce n'est pas tout: les 30 avions de la compagnie aérienne Khalifa Airways, tous en leasing, ont été récupérés par leurs propriétaires, faute de paiements. Le groupe aurait ainsi perdu plus de 1 milliard d'euros, selon Le Quotidien d'Oran. En France, où Rafik Khalifa s'est fait connaître grâce, notamment, à sa compagnie aérienne, partenaire commerciale d'Air Lib, et à sa chaîne de télévision, Khalifa TV (KTV), la situation est tout aussi dramatique.

«Le voir claquer tant d'argent en quelques minutes était scandaleux»

Pour comprendre cette déconfiture, il faut se plonger dans la gestion ubuesque de KTV, diffusée sur TPS. Recherché par la police de son pays, «Moumen», qui vit à Londres, entre les locaux de son ancienne compagnie aérienne et le bar de l'hôtel Dorchester, a refusé de répondre à nos questions. Seuls quelques compagnons, courtisans ou ennemis, hier silencieux, veulent bien parler. Au fil des conversations se dresse le tableau de l'une des plus grandes gabegies qu'ait connues l'Algérie. L'histoire débutait pourtant sous les meilleurs auspices: l'homme avait pour parrains une brochette de généraux et de patrons algériens - Abdelghani Bouteflika, frère du président algérien, avocat du groupe et aujourd'hui de l'homme d'affaires, le fils du général Tewfik Mediene, patron des services de sécurité algériens, créateur du site Internet du groupe Khalifa, le neveu du richissime homme d'affaires Mohamed Betchine, anciennement animateur à KTV, le neveu du général Lamari, recruté comme informaticien, ou encore la fille de l'ex-ministre du Commerce Abdelhamid Temmar. Sans compter tous les autres filles et fils «de», recrutés en grand nombre - les «cas politiques». En France, ses amis, aujourd'hui très discrets, se nommaient, notamment, Gérard Depardieu, Hervé Bourges, Karl Zéro...

Pour s'en convaincre, il suffit d'énumérer les invités présents lors de la soirée cannoise donnée le 3 septembre 2002 pour le lancement en France de KTV: Sting, Pamela Anderson, Naomi Campbell... 300 VIP se promenant dans les allées d'une propriété payée 35 millions d'euros, dont 700 000 pour le mobilier. Ce palais des Mille et Une Nuits flanqué de quatre piscines, face à la mer, réglé en quarante-huit heures, aujourd'hui bradé, est tout un symbole. Selon une source proche du dossier, cet ensemble acheté par l'intermédiaire de Khalifa Airways avait été payé moitié moins cher, un an auparavant, par un financier français. Le ton est donné: tout ce qui sera vendu à l'homme d'affaires algérien le sera systématiquement au prix fort. Des nuées de producteurs et de vedettes attirés par cet argent qui coule à flots gravitent dans son sillage. Rafik Khalifa devient rapidement le «gogo de service», comme l'explique un familier. Tim Newman lui-même (D'art d'art, sur France 2, l'Année de l'Algérie), producteur pour KTV de l'émission Dans tous les Kas, confirme: «L'argent ne semblait pas avoir d'importance: 1 million d'euros ou 500 000, c'était la même chose...» Pour le magnat algérien et sa tante Djaouida Jazaerli, présidente de Khalifa Airways France puis directrice générale de KTV, rien n'était trop beau: ni le matériel, flambant neuf, ni les locaux de la chaîne, situés au studio 107, en Seine-Saint-Denis (520 mètres carrés loués plus de 3 millions d'euros par an, un tarif qui ne comprenait même pas le gardiennage des lieux!).

«Alors que des millions d'Algériens sont sans emploi et que des centaines de milliers de familles vivent dans la rue, le voir claquer tant d'argent en quelques minutes était scandaleux», raconte aujourd'hui un ex-salarié. «Un lot de 30 Mercedes est acheté puis oublié chez le concessionnaire», témoigne Mohamed Labdadlia, un ancien du groupe.

Emporté par un tourbillon de fêtes et entouré d' «amis bienveillants», «Moumen» était tout-puissant. Les critiques? «Des jaloux et des racistes qui n'apprécient pas de voir un Algérien réussir», répondait l'intéressé. Qui, selon Mehdi Benaïssa, un ancien de la chaîne, aimait à rappeler: «Si j'avais dû attendre l'autorisation du gouvernement algérien pour vendre mes médicaments, j'attendrais encore.» Ce mélange d'impatience et de mégalomanie lui faisait acheter sur un coup de tête 50 caméras pour 1 million d'euros, payer des chroniqueurs has been 10 000 ? par mois, «offrir» à une animatrice de télévision de France 2 trois semaines de vacances au San Carlos, un palace de Marbella (Espagne). Même «la nounou d'un cadre de la compagnie aérienne voyageait en première classe», raconte Mounira, ancienne de Khalifa Airways. Avocate des salariés de KTV, Me Marie-Christine Béguin avoue «n'avoir jamais vu une entreprise fonctionner de la sorte». Alors que des contrats faramineux et non négociés sont signés à tour de bras, comme celui de 9 millions d'euros pour trois émissions de sport hebdomadaires avec Sportfive, l'entreprise de Jean-Claude Darmon, aucune régie publicitaire n'est mise en place. Pis: bien que le groupe fût connu pour sa «générosité», les paiements devaient être réglés quinze jours avant la livraison des émissions. Ainsi, Sportfive aura reçu une avance de 300 000 ? mais n'aura fourni qu'une seule émission de 52 minutes, ce qui met la minute à 5 769 ?! Même la société de location de voitures Khalifa Rent a Car et la compagnie aérienne Khalifa Airways sont mises à contribution: les Mercedes de la première servent aux cadres du groupe et aux journalistes, qui partent ainsi en reportage dans de belles allemandes gris métallisé. Les caisses de la seconde sont utilisées pour régler certains producteurs ou l'appartement de 244 mètres carrés situé dans le VIIe arrondissement de Paris. Un mélange des genres qui a contribué à la débâcle du groupe. C'est pour régler les salariés et les producteurs de KTV que trois collaborateurs de Rafik Khalifa transportaient une valise remplie de 2 millions d'euros au moment de leur arrestation à l'aéroport d'Alger. Aujourd'hui, les ex-employés, sans rémunération depuis trois mois, assistent impuissants à la razzia opérée par d'anciens fidèles: matériel informatique récupéré, voitures volatilisées, meubles de la villa de Cannes déménagés en catimini...

Pendant ce temps, à Londres, «Moumen» continue de dire: «Il ne faut pas s'inquiéter: tout va s'arranger. Inch' Allah!»

http://www.algeria-watch.org/fr/article/eco/khalifa/khalifa_flambeur.htm

 

Justice
Les ultimes affaires de Khalifa

par Gilles Gaetner, L'Express du 28/06/2004

D'étranges opérations financières ont eu lieu lors de la faillite du tycoon algérien. Elles valent à un de ses hommes de confiance et à un notaire parisien une mise en examen

Cette fois, l'ex-flamboyant homme d'affaires algérien Rafik Khalifa est cerné de tous côtés. Par l'Algérie, qui a diligenté 17 enquêtes à son sujet, parce qu'elle le soupçonne d'avoir détourné plusieurs dizaines de millions d'euros appartenant à des proches du président Bouteflika. Par la justice française, qui a ouvert deux informations judiciaires le visant implicitement: l'une pour blanchiment, l'autre pour abus de biens sociaux et banqueroute frauduleuse.
Confiée à la juge de Nanterre Isabelle Prévost-Deprez, réputée pour sa pugnacité, l'enquête a déjà débouché sur la mise en examen de plusieurs collaborateurs ou amis de Khalifa. Deux autres, dans la plus grande discrétion, viennent de subir le même sort: un important notaire parisien ainsi qu'un agent immobilier reconverti en homme à tout faire de Khalifa. C'est ce dernier qui a négocié, pour son patron, la vente d'un Boeing aux Etats-Unis et tenté de trouver 100 millions d'euros pour sauver le groupe Khalifa. Sans résultat. Ce qui ne l'a pas empêché de percevoir une commission de 3 316 000 €... apparemment indue. Quant au notaire, il aurait commis l'imprudence de remettre un chèque de 3,3 millions d'euros à Rafik Khalifa, à Londres, où ce dernier a trouvé refuge depuis le lancement contre lui, en août 2003, d'un mandat d'arrêt international par les autorités algériennes.
Triste fin de partie pour ce pharmacien, fils d'un ancien ministre de Ben Bella, qui s'était attiré les bonnes grâces d'Abdelaziz Bouteflika. D'abord, en devenant patron de la Khalifa Bank, qui gérait les intérêts de petits actionnaires privés et d'institutionnels liés au gouvernement algérien. Puis en déployant ses activités en France. C'est ainsi que ce jeune boulimique - il a aujourd'hui 38 ans - s'est retrouvé à la tête d'un petit empire (14 000 salariés) aux activités multiples: de l'aviation à la location de voitures de luxe, en passant par l'implantation, en France, d'une chaîne de télévision, Khalifa TV.
Septembre 2002. Rafik Khalifa, au faîte de sa puissance, acquiert un ensemble immobilier à Cannes, composé de trois villas: Bagatelle - jadis propriété de la Môme Moineau - Matchotte et Virevent. Ce joyau de style arabisant, d'une surface habitable de 5 000 mètres carrés, est agrémenté de deux piscines intérieures et deux extérieures. Son prix: 37 millions d'euros, réglés à un riche promoteur parisien. Lequel l'avait acheté, un an plus tôt... 16 millions, à une banque saoudienne.
A la villa Bagatelle, le golden boy algérien organise de somptueuses réceptions où se pressent Gérard Depardieu, Melanie Griffith, Sting, Bono... Khalifa est aux anges. Sauf que les nuages s'accumulent sur son groupe, de plus en plus endetté. Tant et si bien que, au début de 2003, une procédure de liquidation judiciaire est ouverte. L'homme d'affaires se livre alors à des opérations peu orthodoxes, faisant mettre à l'abri les 200 voitures (Maserati, Ferrari, Mercedes, Jaguar) de son entreprise de location. Aujourd'hui, la trace de cinq véhicules seulement a été retrouvée...
Le 25 juin 2003, il vend ses trois villas de Cannes à une énigmatique SCI Mac-Mahon Lanzerac pour 17 millions d'euros. Un faux nez puisque, in fine, le véritable propriétaire n'est autre que l'Ammas Bank, installée en Suisse, représentant les intérêts d'une influente famille algéroise. A l'occasion de cette transaction, certains se servent copieusement. Ainsi, le factotum de Khalifa s'octroie une soulte de 1 million d'euros, tandis qu'un Luxembourgeois, animateur d'une société, Town Properties, s'adjuge 897 000 €.
Qu'y a-t-il derrière les micmacs financiers de Rafik Khalifa? Pourquoi a-t-il vendu à perte son patrimoine immobilier? Le Tracfin - cellule française destinée à traquer l'argent sale - soupçonne une gigantesque opération de blanchiment. Dans un rapport remis à la juge Prévost-Deprez, cet organisme révèle, en effet, que plus de 50 millions d'euros se sont évaporés de la Khalifa Bank, à Alger, pour atterrir soit sur un compte bancaire à São Paulo, soit à Khalifa Airways, qui a, en réalité, acheté la fameuse villa Bagatelle.
Dans la capitale algérienne, le pouvoir suit de fort près le déroulement de l'enquête française. Le ministre de la Justice a averti: «Tout complice ou autre ayant gardé le silence dans l'affaire Khalifa sera sanctionné.» Pour l'heure, l'ex-tycoon algérien, qui réside dans un palace londonien en compagnie de son chauffeur-secrétaire-garde du corps, Bob Mac Guire, reste muet...

http://www.algeria-watch.org/fr/article/eco/khalifa/ultimes_affaires.htm

 

Enième rebondissement dans l’affaire Khalifa en France. La justice vient d’étendre le feuilleton des mises en examen à deux nouvelles personnes, françaises celles-là.

vendredi 2 juillet 2004.

Un notaire parisien et un agent immobilier ont été mis, à leur tour, sous contrôle des juridictions spécialisées.

Contrairement aux précédentes mises en examen, toutes médiatisées, cette dernière s’est faite dans « la plus grande discrétion », selon l’Express.

A en croire l’hebdomadaire, les deux personnes sont soumises à examen pour « d’étranges opérations financières » effectuées au plus fort de la faillite du groupe Khalifa en France. Les motifs de mise sous contrôle du notaire, qualifié d’« important » sur la place notariale parisienne, tiendraient à un fait : une histoire de moyen de paiement. L’Express, un des titres du groupe médiatique sous contrôle de Dassault, croit savoir que l’officier des actes « aurait commis l’imprudence de remettre un chèque de 3,3 millions d’euros à Abdelmoumène Khalifa à Londres ». L’hebdomadaire usant d’un conditionnel de rigueur, signe que l’information n’a pu être confirmée ou infirmée.

Quant à l’agent immobilier, il semble avoir suscité les soupçons des enquêteurs pour deux opérations : la négociation, pour Khalifa, de la vente d’un Boeing aux Etats-Unis et la tentative de dénicher 100 millions d’euros « pour sauver » le groupe du spectre de la faillite. La même source ne fournit aucune précision sur la date à laquelle ces opérations ont pu être menées. Les tentatives pour mettre la main sur les 100 millions d’euros n’ont pas été concluantes. Une carence, note l’Express, qui n’a pas empêché le notaire de « percevoir une commission de 3.316.000 euros... apparemment indue ».

Ces deux mises en examen font partie d’une vaste enquête diligentée par la justice et les services spécialisés français dans le dossier Khalifa. L’ex-patron du groupe, si l’on en croit le périodique parisien, est visé « implicitement » et fait l’objet de deux informations judiciaires : « l’une pour blanchiment, l’autre pour abus de biens sociaux et banqueroute frauduleuse ». Jusqu’à présent, cette information n’a jamais été confirmée officiellement par une quelconque source judiciaire. L’enquête a été confiée à Isabelle Prévost-Deprez, la juge de Nanterre, département administratif duquel dépendait Khalifa Airways France.

Le processus judiciaire s’est déjà traduit par l’arrestation du directeur de cette représentation et la mise en examen de plusieurs collaborateurs du PDG du groupe. Les enquêteurs s’intéressent, en particulier, à la vente d’un patrimoine immobilier composé de trois villas à Cannes (Bagatelle, Matchotte et Virevent) d’une superficie de 5.000 mètres carrés habitables et quatre piscines. Ces biens ont été acquis au prix de 37 millions d’euros, un montant réglé à un « riche promoteur parisien ».

Selon l’Express, c’est lui-même qui les aurait achetées une année auparavant à une banque saoudienne pour 16 millions d’euros. Soit une plus-value de 21 millions. A s’en tenir au récit de l’Express, ces trois villas ont été vendues, le 25 juin 2003, par Khalifa à une « énigmatique » Société civile immobilière SCI Mac-Mahon Lanzerac. Montant de la transaction, 17 millions d’euros. « Un faux nez puisque, in fine, le véritable propriétaire n’est autre que l’Ammas Bank, installée en Suisse, représentant les intérêts d’une influente famille algéroise ».

Aucune indication n’a été donnée par la même source sur l’identité de cette famille. C’est l’ensemble de ces transactions et leurs motifs qui suscitent l’intérêt des enquêteurs. Le Tracfin, organisme installé auprès du ministère français de l’Economie, chargé de surveiller les mouvements de capitaux, « soupçonne une gigantesque opération de blanchiment », selon l’Express.

Un rapport a déjà été remis à la juge Prévost-Deprez avec une indication qui sera au coeur des investigations. « Plus de 50 millions d’euros se sont évaporés de la Khalifa Bank, à Alger, pour atterrir soit sur un compte bancaire à São Paulo, soit à Khalifa Airways qui a, en réalité, acheté la fameuse villa Bagatelle », croit savoir l’hebdomadaire parisien. Publiées dans la dernière livraison du périodique, lundi, ces informations n’ont suscité, jusqu’à hier après-midi, aucune réaction, ni commentaire. La justice, qui, d’habitude, communique par le biais de dépêches d’agences, n’a ni confirmé, ni infirmé la teneur du récit de l’Express. S’en tenant à une ligne de conduite globalement la même depuis la disparition de son groupe, Abdelmoumène Khalifa se confine toujours dans le mutisme.

Par Sarah Raouf, quotidien-d’oran.com


- l’Article de l’Express : Khalifa le flambeur"

 

Khalifa : quand le clan Belkheir draguait le PAF

dimanche 14 janvier 2007


Trop méconnu, le livre de Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire, Françalgérie, crimes et mensonges d’États (La Découverte 2004), a décrit par le menu l’ascension du jeune et fringuant Rafik Khalifa. Extraits.

« Un groupe pharmaceutique, un réseau bancaire tentaculaire, une compagnie de location de voitures, une société de bâtiment, la première compagnie aérienne privée d’Algérie, en quelques années, le jeune Rafik Abdelmounène Khalifa est devenu le « milliardaire algérien qui compte ». Mais comment a-t-il pu devenir milliardaire si rapidement ? Fils de Laroussi Khelifa, l’un des fondateurs du MALG, ancêtre de la Sécurité militaire (voir supra, chapitre 1), il a bénéficié du soutien du « clan Belkheir ».

En 2001, après que sa compagnie aérienne a été autorisée à desservir la France, le jeune milliardaire se met à distribuer massivement de l’argent dans l’Hexagone pour des opérations de communication : il devient ainsi sponsor de l’Olympique de Marseille, l’un des plus prestigieux clubs de football français, en lui promettant quinze millions d’euros sur cinq ans. Cerise sur le gâteau, un Airbus spécial pour transporter les joueurs…

« Ami des footballeurs », Rafik Khalifa aime aussi les stars du cinéma et du show-business : le 28 février 2002, suite aux terribles inondations qui viennent de faire plus de mille morts à Alger (et juste après une visite de Cheb Mami sur les décombres du square Triolet — vaste tombeau pour des dizaines de cadavres sur lesquelles s’activent les pelleteuses de l’armée — qui détourne opportunément l’attention des médias des « Pouvoir assassin ! » scandés par les habitants de Bab-el-Oued), Rafik Khalifa emmène sur place et « à ses frais » une cinquantaine de célébrités du paysage audiovisuel français et du cinéma, dont Gérard Depardieu et Catherine Deneuve.

Le soir du match opposant l’équipe nationale algérienne de football à l’OM, au lieu de rendre visite comme prévu aux sinistrés de Bab-el-Oued, Deneuve et Depardieu sont conviés à un dîner officiel avec le président Bouteflika. Le lendemain, ils se retrouvent à la Une de la presse algérienne en compagnie du président, un bon « coup de pub » pour le régime. Pour l’ancien banquier Omar Benderra, le but de cette opération était de « montrer au peuple algérien que le régime était apprécié par de grandes stars internationales et au peuple français que ses stars pouvaient aller en Algérie, un pays totalement fréquentable » [1].

Dans les mois qui suivent, tout le gotha médiatique et artistique français est sollicité pour s’afficher en compagnie de Rafik Khalifa : Jacques Chancel, Mario (de « Star Academy »), Josiane Balasko, Carole Bouquet, Claude Brasseur ou Paul Belmondo ; des célébrités du PAF comme Marine Jacquemin, Daniela Lumbroso, Michel Chevalet, Muriel Robin, Karl Zéro, Benjamin Castaldi, Flavie Flament, Christine Deviers-Joncours, ils seront plusieurs dizaines de stars à prêter complaisamment leur image aux opérations de communication du nouveau golden boy algérien.

En avril 2002, plusieurs stars du film Astérix et Obélix, dont Alain Chabat et Djamel Debbouze, s’envolent même pour Alger à bord d’un Airbus de Khalifa Airways spécialement affrété pour eux. Reçus dans une luxueuse résidence présidentielle, ils sont accueillis par Gérard Depardieu qui les attend en compagnie de Rafik Khalifa et des plus hautes autorités algériennes, notamment le Premier ministre Ali Benflis et le général Larbi Belkheir, directeur de cabinet du président Bouteflika. Officiellement, il s’agit de célébrer la projection gratuite d’Astérix et Obélix pendant une semaine en Algérie. Manifestement aussi à l’aise dans le rôle de chargé de communication du régime algérien que dans celui d’acteur français numéro un, Gérard Depardieu tente de faire partager son enthousiasme à Alain Chabat : « 200 000 enfants vont en profiter, tu te rends compte ? Et puis tu va voir l’homme, quand tu vas voir Boutef ! [2] À la table d’honneur, le général Belkheir est encadré par Gérard Depardieu et l’écrivain Marek Halter…

Quelques mois après cet épisode, Reporters sans frontières révélera que pour assurer un large écho à ses opérations, Rafik Khalifa invitait régulièrement journalistes et patrons de presse et leur versait même parfois des enveloppes de 4 000 francs en liquide en contrepartie d’articles élogieux [3].

Khalifa TV, la « voix de l’Algérie »

En septembre 2002, le milliardaire lance en France une nouvelle chaîne de télévision par satellite : Khalifa TV. Comme si elle avait reçu un feu vert politique des autorités françaises, la chaîne, qui s’est installée en région parisienne dans des studios loués à TF1, commence à émettre sans même avoir obtenu l’autorisation du CSA. Parmi ses premiers invités, Gérard Depardieu. Ses fournisseurs : la plupart des sociétés de productions parisiennes, à qui Khalifa TV fait miroiter de sonnants et trébuchants achats de programmes qu’elle promet de payer au prix fort . Pour inaugurer son nouveau jouet télévisuel, Khalifa organise début septembre à Cannes une fête pharaonique. Quelques mois auparavant, jouant les mécènes de la Côte d’Azur, il avait dépensé une somme astronomique, près de 35 millions d’euros, pour acquérir ce qu’un agent immobilier cannois lui avait présenté comme la « plus belle villa de la ville » [4].

Située sur les hauteurs de la petite Californie, le quartier le plus huppé de Cannes, la nouvelle propriété du milliardaire algérien comporte pas moins de trois villas, quatre restaurants, trois piscines et un parc de 3 000 mètres carrés avec vue sur la mer, bref, de quoi recevoir le gratin de la jet-set mondiale. Présentant sa fête comme une soirée humanitaire en faveur de la fondation de Trudie Styler, l’épouse du chanteur Sting, Khalifa parvient à faire venir à Cannes Naomi Campbell, Emmanuel Philibert de Savoie, le prince de Yougoslavie, Mélanie Griffith et même la nièce du président Bush, bref, le tout Hollywood, mais aussi de grands acteurs français comme Gérard Depardieu ou Catherine Deneuve. Au programme : concerts privés d’Andréa Bocelli et de Sting. Parmi les trois cents invités, beaucoup sont venus dans des avions spécialement affrétés par Khalifa Airways, la plupart sont logés dans les plus grands palaces de Cannes.

« Pour être sûr qu’il y aura suffisamment de stars, il faut parfois les payer. Cela oscille entre 15 000 et 30 000 euros pour une soirée. Il a vraiment loué une foule, quoi… », explique Emmanuel de Brantes, un chroniqueur mondain invité à la soirée [5].

Une foule que Khalifa va s’employer à rentabiliser… Tout au long de la soirée, les stars défilent dans une petite pièce de la villa pour enregistrer des spots publicitaires pour Khalifa TV. Dans le casting, l’une des nièces du président Bush, Gérard Depardieu, qui semble avoir déjà bu quelques verres de champagne au moment d’enregistrer le spot, et même… Hervé Bourges. Vêtu d’une chemise hawaiienne, l’ancien président de TF1, de France télévision, et du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) rappelle lourdement ses états de service, puis, alors que Khalifa TV a commencé à émettre en France sans même attendre son conventionnement par le CSA, Hervé Bourges lui souhaite la bienvenue « au moment où, en 2003, s’annonce l’année de l’Algérie en France… ».

Mais quelques jours après cette fête, un petit grain de sable va s’introduire dans le «  plan média » bien huilé de Rafik Khalifa. Tout a commencé début 2002, quand le milliardaire a décidé de sponsoriser le club de rugby de la ville de Bègles. Administrateur du club, Gérard Depardieu est habitué à faire du « business » avec les régimes autoritaires, comme celui de Vladimir Meciar, un populiste slovaque d’extrême droite [6], ou le Cuba de Fidel Castro. Mais fin septembre 2002, invité à assister à un match en compagnie de Rafik Khalifa, Noël Mamère, député « vert » de la Gironde et maire de Bègles, prend publiquement ses distances à son égard : «  Ce monsieur est proche du régime algérien que j’ai toujours condamné, pour ses tortures, pour la façon dont il traite ses Kabyles et ses minorités, pour la participation active du général Nezzar à des tueries, et cet homme, très riche, est un des soutiens du régime. [7] ».

Ulcéré que le député-maire écologiste ait osé s’en prendre à son sponsor et ami Khalifa, Depardieu dérape dans les vestiaires. Visant Noël Mamère, il déclare devant les caméras : « C’est dommage que Bègles ait un maire aussi con. Un maire raciste comme cela, en 2002, bref […] il a peut-être chié dans son froc en velours. » Le lendemain de cet incident, Depardieu décolle pour l’ouest de l’Algérie, visite les vignes qu’il vient d’être autorisé à acheter et lâche à la cantonade : « Venez, les gars, il y a du pognon à prendre ! [8] »

Quelques jours après, la chaîne du jeune milliardaire attaque très violemment Noël Mamère à l’antenne : « Depuis quinze jours, explique notamment un éditorialiste algérien, le plus grand escroc de la politique en France, Noël Mamère, charlot notoire, veut relancer les scores minables qu’il a fait lors de l’élection présidentielle … [9] »

Suite à cet éditorial diffamatoire et aux protestations du député français, le CSA, dirigé par Dominique Baudis, envoie une mise au point à Khalifa TV, mais autorise la chaîne à émettre légalement en France. Mieux, le CSA autorise désormais Khalifa TV à produire de l’information.

Le 24 février 2003, un coup de tonnerre déchire le ciel de l’empire Khalifa : trois de ses collaborateurs, dont le patron de Khalifa TV Djamel Guelimi, sont arrêtés à l’aéroport d’Alger avec des valises contenant près de 300 000 euros non déclarés. Larbi Belkheir s’échinera vainement à étouffer le scandale [10]. Inquiet que celui-ci ne rejaillisse en France, l’Élysée aurait alors discrètement suggéré à Alger de mettre fin à l’aventure. Des pans entiers de l’empire Khalifa vont alors s’effondrer les uns après les autres.

Des milliers d’Algériens seront ruinés par la faillite de Khalifa Bank. Hormis les petits déposants, qui auront le droit à un remboursement à hauteur de 6 000 euros, les opérateurs publics et privés « n’ont qu’à assumer la responsabilité de leurs actes », dira le Premier ministre Ahmed Ouyahia. Leur a-t-on simplement dit que déposer de l’agent à Khalifa Bank était un « acte » répréhensible ? Quant aux créanciers français dont les pertes ne seront évaluées qu’à 25 millions d’euros, ils reçoivent l’assurance d’être « remboursés [11] ».

Recherché par Interpol, Rafik Khalifa se réfugie alors à Londres. Fin décembre 2003, la justice française finira par ouvrir une information judiciaire contre lui. Confiée à la juge Isabelle Prévost-Desprez, une magistrate spécialisée ayant longtemps œuvré au pôle financier de Paris, elle permettra peut-être de savoir pour le compte de qui Rafik Khalifa travaillait vraiment et surtout pourquoi, après avoir été l’un des sponsors de l’« Année de l’Algérie en France », il fut si brutalement lâché par Alger et Paris [12]…

En mars 2004, alors qu’il est toujours recherché par Interpol, la chaîne de Rafik Khalifa reprendra mystérieusement ses émissions depuis Londres.

« Année de l’Algérie en France », année de l’amnésie

Tout au long de l’année 2003, « année de l’Algérie en France », les grands médias du service public, dont la plupart sont partenaires de l’opération, s’illustreront par une couverture particulièrement complaisante de la situation algérienne.

Après le terrible tremblement de terre qui fait des milliers de victimes dans la région d’Alger le 21 mai 2003 et alors que le cercle présidentiel reçoit une pluie de pierres à Boumerdès où il tente de se rendre, France 3 organise ainsi une soirée de « solidarité » pour les sinistrés. S’y côtoient Hervé Bourges, Cheb Mami, Faudel, Enrico Macias, Roger Hanin… Quelque temps après, alors que la polémique enfle sur les détournements des dons de l’étranger, on verra le même Cheb Mami rassurer tout le monde en arrivant à Boumerdès (en même temps qu’une équipe d’Arte) avec un camion rempli de denrées alimentaires… À l’occasion de la campagne présidentielle de 2004, Cheb Mami entonnera encore la chansonnette aux côtés du nouveau candidat des généraux… Abdelaziz Bouteflika.

Alors que les sinistrés réfugiés dans des camps de fortune manifestent quotidiennement en Algérie, Arte diffuse pour sa part un reportage réalisé par Faouzia Fékiri — une journaliste s’étant distinguée à maintes reprises par des reportages reflétant largement les thèses du régime, et primés a contrario par la « critique internationale » — qui tente de donner une bonne image de la situation. Dans son documentaire, Fékiri montre ainsi un univers où l’on est logé et nourri aux frais des autorités, où les enfants sont en vacances permanentes, où le cirque vient à proximité et les reçoit gratuitement, où les médecins se déplacent et proposent leurs services sans frais, leurs médicaments à l’œil, un univers où la logistique est assurée par des hommes et des femmes d’une intégrité admirable, où les entrepreneurs se dévouent corps et âme, bénévolement [13]…

Et la tendance des médias français à nier l’évidence est générale : quelques semaines auparavant, annonçant l’arrivée à Alger du président Jacques Chirac, le 20 heures de TF1 lançait par exemple en ces termes un reportage sur les disparus : « En Algérie, où la situation s’est calmée depuis l’arrivée du président Bouteflika, il faut tout de même savoir que les exactions des islamistes se poursuivent. Les groupes armés islamistes ont fait près de 100 000 morts dans tout le pays depuis dix ans et ils ont effectué des milliers d’enlèvements. L’État algérien n’a toujours pas enquêté sur ces disparitions [14]. »

Hallucinante — d’autant que le reportage diffusé immédiatement après ce lancement contredit radicalement ces propos attribuant aux islamistes la responsabilité de ces disparitions —, cette présentation des faits illustre une tendance générale des médias à minimiser les responsabilités des autorités algériennes dans les difficultés de la population et à renoncer à enquêter sur la situation. Depuis 1996, la plupart des chaînes françaises ne réalisent d’ailleurs plus elles-mêmes d’enquêtes sur l’Algérie. À quelques rares exceptions près, la plupart des documentaires tournés sur place depuis cette date l’ont été par des confrères d’origine algérienne ayant souvent été proches du régime et développant opportunément les thèses des généraux éradicateurs. Fin 2003, une série de trois reportages diffusés pas France 5 entreprend ainsi de relater les dix ans de guerre qui viennent de ravager l’Algérie [15].

Très proche de la vision officielle du clan éradicateur du haut commandement militaire, pourtant accusé de crimes contre l’humanité, cette série sera saluée par une partie de la presse française [16]. Les auteurs parviendront même à convaincre la journaliste Arlette Chabot, aujourd’hui directrice de l’information de France 2, d’en lire le commentaire. Seul le journal Le Monde soulignera que le film comprend surtout des « jugements péremptoires », des «  vérités assénées », des « dogmes sans appel » et au final, une « vision manichéenne de la situation » [17] .  »

Extraits de :

Lounis AGGOUN et Jean-Baptiste RIVOIRE, Françalgérie, crimes et mensonges d’États, La Découverte, Paris, 2004, pages 578-583.

[1] Interview de Omar Benderra pour le documentaire de Jean-Baptiste RIVOIRE, Khalifa, un étrange milliardaire algérien, Permière diffusion le 3 mars 2003, Canal +

[2] Jean-Baptiste RIVOIRE, Khalifa, un étrange milliardaire algérien », op.cit.

[3] REPORTERS SANS FRONTIERES, « Algérie, la liberté de la presse victime de l’état de non-droit », novembre 2002

[4] Jérôme DUPUIS et Gilles GAETNER, « Le magot envolé », L’Express, 18 décembre 2003

[5] Jean-Baptiste RIVOIRE, Khalifa, un étrange milliardaire algérien

[6] David ANDRE, « Méciar, Stars en Slovaquie », Le Vrai Journal, Canal Plus, 11 octobre 1998

[7] France 2, 29 septembre 2002

[8] Anecdote rapportée début octobre 2002 par El-Watan

[9] Éditorial de Maâmar Djebour sur Khalifa TV (voir Jean-Baptiste RIVOIRE, Khalifa, un étrange milliardaire algérien, op. cit.)

[10] Algeria-Interface, 13 juin 2003

[11] Le Quotidien d’Oran, 15 juin 2003

[12] Voir à ce sujet les pistes avancées dans l’excellent dossier de Florence AUBENAS, José GARÇON, Renaud LECADRE, Cédric MATHIOT, « La face cachée de l’empire Khalifa », Libération, 30 octobre 2002

[13] Faouzia FEKIRI, Arte, 22 septembre 2003

[14] Claire CHAZAL, TF1, 2 mars 2003

[15] Séverine LABAT et Malik AÏT-AOUDIA, Algérie 1988-2000. Autopsie d’une tragédie, 2003

[16] Voir notamment les articles de Jean BELOT, Télérama, 1er octobre 2003 ; et de Martine GOZLAN, « Le film qui ne ment pas », Marianne, 29 septembre-5 octobre 2003

[17] Jean-Pierre TUQUOI, Le Monde télévision, 27 septembre 2003

 

Huitième jour du procès Khalifa au tribunal de Blida

L'Énigme Ragheb Chemâa

El Watan, 17 janvier 2007

Abdelwahab Réda, ancien chargé de la sécurité de Abdelmoumen, a surpris l'assistance par les informations troublantes qu'il a révélées hier au procès Khalifa, qui entame sa deuxième semaine au tribunal criminel de Blida.

Ancien commandant de l'ANP et ex-aide de camp d'un conseiller d'un ministre de la Défense et de la Présidence, il a rejoint le groupe Khalifa en octobre 2001, grâce à Abdelmoumen qu'il connaissait. Il est nommé chargé de la sécurité, détaché au domicile de Moumen, situé au chemin Mackley, à Hydra. Sa mission est de s'occuper de toute « la logistique » de la villa, notamment lorsque l'épouse Khalifa est absente. « Je viens le matin à 7h30. Je rentre par la cuisine et j'attends jusqu'à ce qu'il se réveille pour discuter et aller chercher ses parents. Je lui ramène l'argent. Je surveille le nettoyage de la villa, assuré par 2 femmes de ménage et un jardinier. » La juge ne comprend pas le travail exact de Réda. « J'assure toutes les tâches de la maison et la sécurité de son arme de poing, pour un salaire de 150 000 DA. » La magistrate lui demande de donner les détails sur les sommes d'argent qu'il ramenait de la caisse à Moumen. « Moumen m'avait appelé et dit d'aller voir Akli Youcef pour récupérer une commission. C'était en 2001, après les inondations de BEO. C'était une enveloppe. Je l'ai remise à Moumen dans sa villa. Elle contenait 200 000 DA. Il les a tirés pour payer le personnel, les deux femmes de ménage, le jardinier et le chauffeur. A cette époque, il n'y avait pas de fiche de paie. La seconde fois c'était à la veille de notre départ au Mali, où se déroulait la Coupe d'Afrique. Il m'a demandé d'aller récupérer chez Akli Youcef une commission. C'était toujours une enveloppe. Quand je lui ai remis celle-ci, il l'a ouverte et j'ai vu qu'elle contenait 10 000 USD. » Cet argent, révèle l'accusé, a servi pour payer le droit d'atterrissage et le stationnement de l'avion à Bamako. La juge lui demande avec quel avion Moumen est parti. L'accusé : « Khalifa Airways. Son jet, il l'a utilisé pour son voyage aux USA ou à Paris. » Il révèle avoir également été chargé par Abdelmoumen de lui ramener une autre enveloppe, toujours de la caisse principale, contenant 30 000 euros, à la veille de son voyage aux USA en 2002. L'accusé, serein, déclare avoir voyagé trois fois avec son PDG, aux côtés de Salim Bouabdellah, Chafik Bourkaïb, Hassen Echemaâ, frère de Ragheb Echemaâ et Krim Smaïl. La dernière demande d'argent a été faite par Moumen en février 2003. « Moumen m'avait appelé par téléphone, il était soit à Paris, soit à Londres, pour me dire d'aller récupérer le montant de 5 millions de dinars de chez Akli, le jour-même, mais ce dernier était absent. Le lendemain, j'ai été et Akli a refusé de me remettre la somme, en me disant que c'était impossible. Moumen m'avait rappelé et lorsque je lui avais dit cela, il m'a traité de traître. J'ai été très touché, il m'avait raccroché au nez. L'administrateur est venu après et Moumen, qui m'assurait à chaque fois qu'il allait rentrer, n'est pas revenu. » La magistrate : « Où devais-u prendre cet argent ? » L'accusé : « Il m'avait demandé de le ramener à la maison. » La juge tente de savoir pourquoi Moumen, auquel il ne refusait aucun ordre, l'a traité ainsi. « C'était une succession d'événements. D'abord en juillet 2002, il était à Cannes. Quand il est rentré, il m'a montré une photo numérique d'une belle résidence. Je lui ai dit qu'elle était belle. Quelques jours après il m'a dit qu'il l'a achetée. Je lui ai lancé : "C'est de la folie" Il s'est retourné pour me dire : "Alors tu n'y mettras jamais les pieds." » Me Meziane, avocat d'El Khalifa Bank en liquidation, l'interroge sur Ragheb Echemaâ. « Il était le premier conseiller de Moumen et son homme de confiance. » L'avocat lui demande plus de détails. « C'est un homme d'affaires. Il est introduit dans le monde du business européen, américain et au Moyen-Orient. Il introduit Moumen et prend des commissions. Ils établissent des factures sous le nom de sa société en France qui s'appelle Euromed. C'est lui qui lui a ramené l'opération d'achat de la société allemande de construction. » L'avocat : « Est-ce qu'il peut parler au nom de Moumen ? » L'accusé : « A l'étranger, oui, mais pas en Algérie. Il a présenté Moumen à deux reprises au président libanais Amine Lahoud, aux émirs saoudiens, au monde des affaires américain. Toute l'évolution du groupe à l'étranger a été rendu possible grâce à ses offices. » Elle l'interroge sur les invités. « Il y avait toutes les personnalités du show biz français. Il y avait aussi Smaïl Krim, Salim Bouabdellah, Djazourli, Chachoua Hafid, Djamel Guellimi, Rachid Amrouche... » La juge lui présente des photos de la soirée et lui demande d'identifier quelques personnages. L'accusé note que Ragheb a fait de l'effet sur Moumen. Il l'a introduit aux USA, en France, au Liban, en Arabie Saoudite et aux Emirats. La présidente l'interroge sur la soirée cannoise. Réda Abdelwahab affirme n'avoir pas assisté. Mais il dit avoir été convié à celle de Paris, à laquelle Ragheb Chemaâ était présent. Revenant sur les montants qu'il a remis à Moumen, il indique ne pas savoir qu'il s'agissait de l'argent de la caisse. « J'avais une relation de confiance avec mon PDG. Pour moi, c'était son argent personnel. » Elle revient sur les évènements qui ont « fâché » Moumen. « Oui, après qu'il ait acheté les trois villas et que j'ai fait la réflexion qui l'a fâchée, il ne m'a plus permis de voyager avec lui. Mais il y avait un voyage aux USA, il m'a bloqué une demi-journée à New York, pour un fax. Quand je l'ai reçu, c'était un achat d'un avion privé Boeing Business Jet. Je lui ai dit qu'il n'était pas fait pour les hommes d'affaires. Mais pour les chefs d'Etat parce qu'il est grand. Il m'a dit en colère, tu ne comprends rien ». Il explique à la présidente que la somme de 5 millions de dinars devait servir au paiement de la location de la deuxième villa qu'il avait à Mackley. Il révèle qu'à Paris, Moumen avait un grand appartement au 7e arrondissement, sous la Tour Eiffel, et qu'il a su par la suite qu'il avait acheté un autre situé en dessous. A la fin, Abdewahab Dallal explique avoir été envoyé par Moumen en février 2002, à l'occasion de l'Aïd pour récupérer une somme de 1,5 million de dinars qu'il a distribuée comme « sadaka » (offrande) au personnel de sa villa et de celle de sa mère. Les auditions reprennent aujourd'hui.

Salima Tlemçani



Boeing et Airbus se disputent un contrat d’Air Algérie

Renouvellement de la flotte de la compagnie nationale
jeudi 21 mai 2009.

Le dossier du renouvellement de la flotte de la compagnie nationale Air Algérie a franchi, hier, une étape décisive. La commission d’évaluation technique des offres a en effet achevé la rédaction de son rapport qui a été remis à la direction de la compagnie et le contrat de sept avions est disputé par Boeing et Airbus.

« Nous allons acquérir quatre avions de 70 places avec un simulateur de vol et sept avions de 150 places.

La commission a travaillé sur l’évaluation des offres avec leurs avantages et inconvénients », a déclaré une source anonyme de la compagnie nationale au site tousuralgerie.

« Le rapport de la commission sera transmis, au début de la semaine prochaine, au chef du gouvernement Ahmed Ouyahia.

Et c’est essentiellement sur la base des conclusions contenues dans ce document que le gouvernement prendra sa décision concernant l’attribution de ce marché, de plusieurs centaines de millions de dollars », à l’un des constructeurs en lice pour rafler le marché.

Les constructeurs Bombardier (Canada) et ATR (France) sont en concurrence pour les appareils de 70 places alors que l’Américain Boeing et l’Européen Airbus se disputent le contrat des sept avions de 150 places, selon la même source. Toutefois, aucune date n’a été avancée concernant l’attribution de ces contrats.

Pour rappel, le P-dg d’Air Algérie, Abdelwahid Bouabdallah, a annoncé en juin 2008, sur les ondes de la radio nationale, que la flotte de la compagnie atteindra 50 avions à l’horizon 2025.

Le programme de renouvellement de la flotte de la compagnie, entamé depuis, prévoit, en effet, l’acquisition de 10 avions moyen courrier à 150 sièges et de deux avions-cargos, permettant, selon le responsable de la compagnie, de renouveler la flotte de la compagnie et d’améliorer ses performances.

Le pavillon national a également affrété des avions pour répondre à la demande croissante de ses clients face à la grande concurrence imposée par les compagnies aériennes mondiales.

La flotte d’Air Algérie compte actuellement 33 avions dont 31 pour le transport des passagers et deux avions-cargos. A l’achèvement de cette opération, prévue fin 2012, Air Algérie disposera d’une flotte entièrement rénovée, ce qui améliorera considérablement la ponctualité de ses vols et sa rentabilité globale.

En plus de ses nouvelles acquisitions, Air Algérie continuera, selon son P-DG, de faire appel aux affrètements pour pouvoir être « le plus flexible possible et s’adapter aux variations de trafic ».

En effet, après avoir réalisé la nouvelle base de maintenance et modernisé sa flotte, la compagnie aérienne nationale, Air Algérie, a entamé la modernisation de ses outils de gestion et systèmes d’information ainsi que la mise aux normes de ses activités, lui permettant de faire face aux défis du marché sans cesse présents.

La voix de l’oranie

 

Londres accepte d'extrader Rafik Khalifa vers l'Algérie

Jeudi 25 juin 2009

Après une longue bataille juridique entre Alger et Londres, la justice britannique a donné son feu vert pour l’extradition de l’ex-magnat algérien Rafik Khalifa vers son pays d’origine, où il a été condamné à la prison à perpétuité.

La justice britannique a autorisé, ce jeudi, l’extradition de l’ancien "golden boy" algérien Rafik Khalifa. Peu après cette annonce, son avocate Anna Rothwell a fait part de son intention de faire appel de cette décision.


A la tête d’un riche groupe industriel et financier (compagnie de transport aérien, banques, médias, etc.) au début des années 2000, cet Algérien, aujourd’hui âgé de 43 ans, pharmacien de son état, a déjà été condamné par contumace par la justice algérienne, le 22 mars 2007, à la réclusion à perpétuité pour "association de malfaiteurs, vol qualifié, détournement de fonds, et faux et usage de faux".

 

Le procès de ce fils d’un ancien ministre a eu un retentissement politique sans précédent, tant en France qu’en Algérie. Pas moins de six anciens ministres et 200 témoins, liés directement ou indirectement à l’affaire, ont défilé devant la barre du tribunal d’Alger.

 

L’épopée de Khalifa a commencé vers la fin de la décennie 1990. Profitant des entrées que son père possédait au sein de l’appareil politique et économique algérien, l’ancien businessman fonde Khalifa Bank, qui propose des intérêts mirobolants allant de 11 à 13 %. Une aubaine pour de nombreux actionnaires privés et entreprises publiques qui y ont déposé leurs avoirs.

 

Trois luxueuses villas sur la Croisette

 

La suite est connue. Rafik Abdelmoumen Khalifa, après avoir amassé des fortunes, diversifie ses activités. Il se lance dans le transport aérien (Khalifa Airways, qui se dotera de 13 Boeing achetés en leasing) et dans les médias (chaîne de télévision Khalifa News). Le milliardaire ouvre également une agence de location de voitures de luxe à Paris ainsi qu’à Londres, et sponsorise l’Olympique de Marseille (OM).

 

En 2000, Khalifa achète trois luxueuses villas sur la Croisette cannoise et se lie d’amitié avec les stars du showbiz : Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, le chanteur Cheb Mami… Autant de célébrités qui, à l’époque, n’ont pas hésité à vanter les mérites et le courage du jeune Algérien.


A cette même période, sur la chaîne de télévision française TF1, le journaliste économique Jean-Marc Sylvestre salue, à la faveur d’un entretien exclusif, la réussite et l’ascension fulgurante de ce businessman venu d’Algérie.

 

Comme un château de cartes

 

Seulement voilà, au début de 2003, le public découvre que le groupe Khalifa doit sa montée en puissance à un endettement gigantesque. L’origine des fonds commence à soulever des questions. En France, le parquet de Nanterre ouvre, à la fin de 2003, une information judiciaire contre Rafik Khalifa pour "abus de confiance, banqueroute par détournement d’actifs, banqueroute par dissimulation de comptabilité, blanchiment en bande organisée".

 

De nombreux procès ont lieu en Algérie et en France. L’empire Khalifa s’écroule. Comme un château de carte.

 

Acculé, endetté après avoir perdu tous ses soutiens politiques et médiatiques, Rafik Khalifa s’est réfugié à Londres pour fuir la justice algérienne. Qui risque désormais de le rattraper.

Jeudi 25 juin 2009




Extradition d'Abdelmoumène Khalifa : les éléments de preuves présentés par l'Algérie  

image EM

L’Algérie a présenté à la justice britannique des  éléments de preuves et des chefs d’inculpation constitutifs d’infractions pour  l’extradition d’Abdelmoumène Rafik Khalifa, a indiqué hier, un responsable du  ministère de la Justice.

"Face à la défense de Khalifa, nous avons opposé des faits et des preuves.  Nous avons pris l’affaire dans son ensemble, parce qu'il fallait, dès le départ,  montrer au juge britannique qu'il y a une entreprise frauduleuse", a précisé  à l’APS M. Mokhtar Lakhdari, directeur des affaires pénales et des grâces au  ministère de la Justice, en marge de la 14e rencontre du groupe africain de  l'Union internationale des magistrats.     M. Lakhdari a expliqué qu’il y a deux volets dans cette affaire : un  volet relatif aux preuves de l’implication de Khalifa dans les différentes infractions  pour lesquelles son extradition est demandée et l’autre était relatif à la garantie  de l’Algérie pour le respect des droits de l’homme.          
"Pour le premier volet, nous avons parlé notamment de faux, de vol et  de banqueroute frauduleuse", a-t-il fait savoir.         
Il s’agit notamment, a-t-il dit, de sommes d’argent qui sortaient des  caisses d’El-Khalifa Bank "sans justification". "Ce sont des faits relatés par  des directeurs d’agences d’El-Khalifa Bank, lors du procès de Blida, (tenu en  l’absence de Khalifa), qui avaient révélé avoir remis de l'argent à des personnes  sur la base de bouts de papier et sur instruction de Khalifa".         
"L’Algérie a fourni également à la justice britannique les faux documents  présentés par Abdelmoumène Rafik Khalifa à la Banque de développement local  (BDL) de Staoueli (Alger) pour bénéficier d’un découvert bancaire", a-t-il encore  dit.

"Il y a aussi des virements à l’étranger qui n’étaient pas justifiés",  a-t-il ajouté, soulignant que Khalifa "a utilisé la compagnie aérienne Khalifa  Airways, qu’il a créée, comme couverture pour ses différents transferts  irréguliers d'argent effectués vers l’étranger".         
"Dans l’affaire de la station de dessalement de l’eau de mer, il y a  eu une surfacturation sur du matériel vétuste et l’argent transféré n’a pas  été reçu, dans sa totalité, par le fournisseur", a expliqué M. Lakhdari, soutenant  qu'il a été détourné et que ce délit a pu être établi sur la base de documents  bancaires ayant servi à ces opérations de transfert.         
Ainsi, l’Algérie a remis à la justice britannique "des preuves démontrant  qu’il y a eu un détournement d’argent, un transfert et une acquisition de biens  à l’étranger avec les actifs d’El-Khalifa Bank".         
"Mais nous n’avons pas retrouvé la contrepartie de cet argent dans le  patrimoine de la banque. Rien n’interdit à une banque de faire des investissements  à l’étranger et des acquisitions, mais à la condition qu’on retrouve ces biens  dans les actifs, le patrimoine de la banque. Ce qui explique qu’il y a eu détournement",  a-t-il précisé.          
"Nous avons aussi présenté au juge britannique les différents rapports  d’inspection et d’audit de la Banque d’Algérie, les différents courriers et  rappels à l'ordre adressés à Abdelmoumène Khalifa pour sauver sa banque", a-t-il  ajouté, indiquant que cela "a pesé dans la décision de son extradition".          
Concernant le volet des droits de l’homme, la partie algérienne a expliqué  toutes les dispositions légales qui s'appliqueraient à Khalifa dans le cas où  il sera extradé et jugé.         
"Sur ce plan, nous avons fait appel à un expert algérien et à un diplomate  britannique qui a mené les négociations avec le gouvernement algérien concernant  l’expulsion des ressortissants algériens détenus au Royaume-Uni", a-t-il fait  savoir.


"Ce diplomate, avec lequel nous avons travaillé depuis deux ans, a expliqué  au juge britannique le fonctionnement de la justice algérienne, affirmant que  l’Algérie respecte ses engagements internationaux et que les personnes expulsées  vers l’Algérie ont bénéficié des droits reconnus par la loi", a-t-il précisé.         
La partie algérienne a mis l’accent, a-t-il dit, sur tous les aspects  du droit algérien qui étaient conformes aux principes des droits de l’homme  et aux pactes sur le droit civil et politique.          
"Nous avons affirmé que l’Algérie respecte ses obligations internationales,  qu’elle présente régulièrement des rapports devant le Comité des droits de l’homme,  devant le Comité contre la torture, ainsi que devant la Commission des droits  de l’homme et des peuples de l’Union africaine", a souligné M. Lakhdari.          
"Parmi les arguments que nous avons présentés, nous avons évoqué le  rôle des médias dans le procès de Blida. Nous avons dit que les médias peuvent  être un contre-poids, assurer un contrôle et être les garants d’un procès équitable",  a-t-il fait savoir.         
"Nous avons aussi donné des assurances diplomatiques en cas d’extradition  de Khalifa lui garantissant le respect de ses droits, reconnus par la loi algérienne",  a-t-il assuré.         
M. Lakhdari a indiqué que face à ces arguments, le juge a statué sur  l’extradition de Khalifa jeudi dernier, précisant que le dossier sera transmis  au ministère britannique de l’Intérieur qui va préparer la décision d’extradition  et informer Abdelmoumène Khalifa de cette décision.          
A partir de la notification faite par le ministre de l’Intérieur (secrétaire  d’Etat), Khalifa disposera de 14 jours pour introduire son recours devant la  Cour suprême britannique qui, en premier lieu, portera sur des points de droit  et, en second lieu, examinera des éléments de fonds "mais uniquement s’il s’agit  d’éléments nouveaux n’ayant jamais été discutés au préalable au cour du procès".         
"D’après nos avocats, c’est vers la fin de l’année, entre octobre et  décembre, que débutera la deuxième phase de la procédure, c'est-à-dire l’examen  du recours", a-t-il révélé.

Le juge britannique a statué sur l’extradition   d’Abdelmoumène Rafik Khalifa sur la base de faits "strictement" criminels et   de fraude, a-t-on indiqué hier, au ministère de la Justice.         
"Le juge britannique, en examinant le dossier fourni par la partie requérante  (l’Algérie), a considéré que Khalifa n’a pas été poursuivi et condamné pour  ses opinions politiques, mais pour des faits criminels et frauduleux", a précisé  à l'APS M. Mokhtar Lakhdari, directeur des Affaires pénales et des Grâces au  ministère de la Justice, en marge de la 14e rencontre du groupe africain  de l'Union internationale des magistrats.         
Il a relevé que l’objectif de Khalifa, lors du procès, "était de dire  que, derrière cette demande d’extradition, il y avait des motivations politiques",  expliquant que le juge britannique est "un arbitre qui ne s’implique pas dans  le déroulement du procès, mais écoute les parties, pèse leurs arguments puis  tranche".         
"Le juge britannique a expliqué que même si Khalifa conteste les preuves  fournies par l’Etat requérant, c’est devant le juge algérien qu’il devra invoquer  ses griefs", a-t-il ajouté.         
"Le juge a encore dit : En mettant en balance les informations qui  m’ont été communiquées d’un côté par la défense de Khalifa et de l’autre  par l’Etat requérant et les assurances diplomatiques présentées par l’Algérie,  je privilégie le côté algérien", a souligné M. Lakhdari.

Pour le juge britannique, "même si le système judiciaire algérien est  différent du système britannique, il offre les garanties exigées par la convention  européenne des droits de l’homme en matière de procès équitable", a encore  relevé M. Lakhdari.         
Le responsable du ministère de la Justice a indiqué que "dans le cas  où Khalifa sera extradé, il bénéficiera d’un procès équitable et sera jugé dans  un délai raisonnable, conformément à la loi et dans le strict respect de nos  obligations découlant de l’accord d’extradition avec le Royaume-Uni et des assurances  diplomatiques présentées aux autorités britanniques".            
La couverture médiatique et la présence de nombreux avocats, lors du  procès de Blida, ont constitué des éléments importants pour la justice britannique,  a-t-il rappelé.         
"Ce ne sera pas un procès à huis clos. Il y aura la presse, des avocats  et Khalifa pourra interroger ses témoins", a-t-il assuré, indiquant que c’est  également sur cette base que le juge a statué sur l’extradition.         
"La décision de la Chambre des Lords qui a, en mars dernier, affirmé  que l’Algérie offrait suffisamment de garanties concernant les personnes  expulsées, a été aussi un élément essentiel dans ce dossier", a encore ajouté  M. Lakhdari.        
"Khalifa a été jugé pour des faits précis. Nous n’avons pas le droit  de le juger pour des faits autres que ceux pour lesquels son extradition a été  demandée", a-t-il encore assuré, rappelant qu’en Algérie, même si quelqu’un  est déjà condamné par contumace, il aura droit à un nouveau procès, une fois  arrêté.         
M. Lakhdari a indiqué que "Khalifa et ses avocats n’ont, à aucun moment  du procès, pu apporter une seule preuve pour démontrer que l’Algérie est un  pays qui ne respecte pas ses obligations internationales", estimant que "s’il  y avait un seul cas où l’Algérie avait failli à ses engagements, le juge n’aurait  pas accordé cette extradition".                   

La justice britannique avait accepté, jeudi dernier, d'extrader Abdelmoumène  Rafik Khalifa et de le remettre aux autorités juridiques algériennes, lors de  la séance tenue au tribunal de Westminster à Londres, rappelle-t-on. A l'issue de cette décision, le juge Timothy Workman avait estimé que  l'extradition de Khalifa "ne contrevenait pas à la convention internationale  des droits de l'homme".         
Le juge s'est dit également "convaincu" que les assurances données  par l'Algérie quant au respect des droits de Khalifa étaient "à la fois fiables  et de toute bonne foi".         
La demande algérienne pour l'extradition de Khalifa, rappelle-t-on,  est basée sur des documents relatifs à la falsification de l'hypothèque de la  villa familiale et d'un local commercial jusqu'à la constitution du groupe Khalifa.         
Parmi les autres chefs d'inculpation retenus contre Khalifa figurent  également les cas de vols survenus au niveau des différentes agences d'El-Khalifa  Bank sur ordre de l'accusé lui-même, la gestion anarchique et la négligence  ayant marqué les transferts de devises sous le couvert de diverses transactions  qui étaient en réalité, selon la liste des chefs d'accusation, des détournements organisés.         
Abdelmoumène Rafik Khalifa a été jugé par le tribunal criminel de Blida  et condamné par contumace à une peine de prison à perpétuité pour plusieurs  crimes en relation avec la gestion d'El-Khalifa Bank.         
Il s'était réfugié au Royaume-Uni en 2003 et fut arrêté le 27 mars 2007  sur le territoire britannique dans le cadre d'un mandat d'arrêt européen délivré  par le tribunal de grande instance de Nanterre, près de Paris.         
Le parquet de Nanterre a  ouvert en fin 2003 une information judiciaire  pour "abus de confiance, banqueroute par détournement d'actifs, banqueroute  par dissimulation de comptabilité, blanchiment en bande organisée".         
Une autre demande d'extradition a été introduite par la France auprès  de Londres. Un avis favorable avait donné par la justice britannique pour la  remise de Khalifa aux autorités françaises, mais cette procédure a été gelée,  dans l'attente d'une décision définitive concernant la demande d’extradition  introduite par l’Algérie.


Pour ce qui est de la prochaine phase, M. Lakhdari a indiqué que le  juge britannique a ordonné la transmission du dossier au secrétaire d’Etat (ministre  de l’Intérieur) à qui il appartient de prendre la décision d’extradition. "Ce  dernier dispose d’un délai de deux mois pour délivrer sa décision. Une fois  cette décision prise, elle sera notifiée aux parties. Si la décision d’extradition  est confirmée, Khalifa pourra introduire son recours devant la Cour suprême  dans un délai de (14) jours", a-t-il expliqué.         
La durée du procès devant la Cour suprême britannique "dépend des moyens  et des éléments invoqués par le demandeur et des arguments que lui opposera  la partie adverse".         
En principe, a-t-il précisé, "la Cour suprême statue sur des points  de droit, mais le débat pourra s’étendre à des questions de fond s’il s’agit  de fait nouveaux qui n’ont pas été discutés devant la premier juge et qui sont  de nature à remettre en cause la décision d’extradition".          
"Il y aussi la possibilité d’introduire un recours devant la Chambre  des Lords, mais celle-ci n’accepte les recours que s’ils portent sur des questions  d’intérêt national", a-t-il conclu.
APS

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05/07/2009

Half a Century of Nuclear Explosions-Isao Hashimoto

Using different sounds and colors to denote explosions—by the United States, the USSR, Britain, China, France, India and Pakistan—over 53 years, it is a haunting piece of minimal music that also visualizes the half-century of the nuclear arms race.

It is well worth watching the entire 14 minutes. As it says on the host site, it sounds eerily like a conversation.

Another video by Hashimoto, Overkilled, shows a hand dropping a single ball bearing to represent the Hiroshima bombing, which killed more than 140,000 people. A second ball bearing represents the death of 70,000 people from the Nagasaki bombing.

The remaining minute of the video shows a cascade of 20,590 ball bearings, representing total global nuclear weapons stockpiles (in June 2004).

 

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03/07/2009

EADS vs THALES Le projet MIKSA, guerre franco-française depuis 1986

Ryad choisit EADS
pour sécuriser ses frontières 

V. Gd
02/07/2009 | Mise à jour : 08:05
EADS va fournir un système intégré global, associant radars, détecteurs de personnes, réseaux de télécommunications cryptés ainsi que des centres de commandement.
EADS va fournir un système intégré global, associant radars, détecteurs de personnes, réseaux de télécommunications cryptés ainsi que des centres de commandement.

Après des années de suspense, le géant européen devient le gardien des 9 000 kilomètres de frontières de l'Arabie saoudite.

La patience du Bédouin. L'Arabie saoudite aura mis à rude épreuve les capacités d'endurance de tous les groupes d'armement qui rêvaient de décrocher le contrat géant de surveillance des 9 000 kilomètres de frontière de son royaume. Mercredi, la nouvelle a été confirmée : EADS, le géant européen de l'aéronautique et de la défense, a gagné ce contrat lancé en… 1986. À l'époque, Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, avait désigné Thomson CSF comme champion national. Un protocole d'accord avait été signé en 1994 entre Paris et Ryad. Des années durant, les négociations pour ce contrat, baptisé Miksa, ont connu des hauts et des bas, Thomson CSF, rebaptisé Thales en 1998, ayant été plusieurs fois proches d'aboutir.

Mais depuis mars dernier et la désignation d'EADS pour fournir le système de surveillance de la frontière nord du pays avec l'Irak, le groupe, présidé par Louis Gallois, était donné favori pour rafler la seconde tranche. C'est chose faite. C'est une belle victoire pour le groupe, et en particulier sa filiale Defense and Security, qui se voit confier la surveillance électronique des frontières du pays qu'elles soient terrestres, maritimes ou aériennes. Le montant du contrat atteint 2,3 milliards de dollars (1,6 milliard d'euros), a précisé un dirigeant du groupe de BTP Al -Rashid, le partenaire d'EADS. Au total, la valeur du contrat (avec la frontière nord) tourne autour de 3 milliards de dollars.

 

Retombées locales

EADS va fournir un système intégré global, associant radars, détecteurs de personnes, réseaux de télécommunications cryptés ainsi que des centres de commandement. Il s'agit d'une architecture high-tech sophistiquée qui permet de «raccorder» des plateformes - frégates, chars, hélicoptères, avions ou drones de surveillance - afin qu'elles puissent communiquer les unes avec les autres. Chez les militaires, cela s'appelle «la guerre info-centrée»  : l'interconnexion et la circulation de l'information entre tous les acteurs (machines et hommes) du théâtre d'opération. Le chantier va durer cinq ans et occuper 5 000 personnes en Europe et en Arabie saoudite. Pour gagner ce contrat, dont les règles du jeu avaient été remises à plat par Ryad en 2007 après de longues années de négociations de gré à gré avec la France, EADS a joué plusieurs cartes. Il a été désigné champion national de l'Allemagne, qui n'a pas fait intervenir la chancellerie. En revanche, des échanges ont eu lieu entre ministères de l'Intérieur. Les fonctionnaires allemands vont d'ailleurs former leurs homologues saoudiens.

 

D'autres contrats

Ensuite, EADS s'est associé au groupe Al-Raschid, avec lequel il a répondu à l'appel d'offres lancé par Ryad, qui va donc faire profiter son économie des retombées du contrat. Ensuite, EADS s'est appuyé sur d'autres contrats de surveillance des frontières gagnés en Roumanie et au Qatar. «EADS a remporté 7 des 8 derniers appels de sécurité de grands événements ou de surveillance des frontières dans le monde», note un observateur. Enfin, «tout EADS s'est mobilisé et a parlé d'une seule voix», insiste-t-on.

Le contrat a été remporté au détriment des autres candidats en lice, notamment Thales, soutenu par la France, qui avait inventé et «vendu» le concept du système intégré global de surveillance des frontières aux Saoudiens.

 

 

 

 

"Paris relance la coopération sécuritaire avec Riyad" , article paru dans le quotidien français Le Figaro du 26 février 2008

 

La signature avec l'Arabie saoudite d'un accord de coopération en matière de lutte antiterroriste pourrait permettre à la France de décrocher d'enviables contrats commerciaux.

Relancer formellement la coopération antiterroriste avec Riyad dans l'espoir de voir Paris décrocher certains contrats commerciaux ou d'armement. C'était l'objectif non dit de la visite de Michèle Alliot-Marie, hier, en Arabie saoudite. Le ministre de l'Intérieur a signé avec son homologue le prince Nayef un accord de coopération en matière de sécurité intérieure et de défense civile, qui traînait dans les cartons depuis quatorze ans. Sous Jacques Chirac, sa conclusion fut en effet plusieurs fois repoussée, en raison de rivalités entre l'Élysée et la Place Beauvau, où se succédèrent Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin.

Suivi des filières djihadistes

Cet accord dresse une liste de douze domaines dans lesquels la France s'engage à soutenir, par des actions de formation notamment, les besoins de l'Arabie, confrontée depuis 2003 à la menace d'al-Qaida. Le renforcement de la lutte antiterroriste passera notamment par un échange accru d'informations entre services de renseignements. Tout en reconnaissant que Riyad a accompli des efforts en matière de « suivi des filières djihadistes » vers l'Afghanistan ou l'Irak, Paris aimerait que les Saoudiens en fassent davantage à propos des jeunes Français qui viennent étudier le Coran dans leurs universités islamiques, et dont certains vont ensuite combattre en Irak. Outre la lutte contre le trafic de drogue, l'immigration illégale des pèlerins musulmans, qui se fixent en Arabie une fois leur devoir religieux accompli à La Mecque, cet accord prévoit également un renforcement de la formation en matière de police scientifique et technique. Un outil important pour mener à bien les enquêtes policières sur les partisans présumés d'al-Qaida et éviter les bourdes comme celle qui vit un Canadien innocent, détenu pendant un an.

« Nous partageons les mêmes risques terroristes », a affirmé Mme Alliot-Marie devant le prince Nayef. Il y a quelques années, un plan du métro de Paris avait été retrouvé dans une cache d'al-Qaida à Riyad. « Ce protocole va redonner un nouvel élan à notre coopération sécuritaire », a-t-elle ajouté. En fait, aux yeux de son homologue saoudien, la conclusion de cet accord de sécurité avec la France a toujours constitué un préalable à des avancées vers la signature d'un important contrat sur la sécurisation électronique des frontières du royaume. Connu sous le nom de Miksa, ce marché est en suspens depuis de nombreuses années.

Cafouillages franco-français

« Le problème, explique un connaisseur du dossier, c'est que le prince Nayef tenait absolument à ce que son homologue français vienne à Riyad signer avec lui cet accord de sécurité et discuter en même temps de l'avancement de Miksa. » Mais depuis 1995 et l'élection à la présidence de la République de Jacques Chirac, ce dernier, soucieux de s'approprier l'effet d'annonce, s'y opposa bec et ongles. D'abord en 2003 avec Nicolas Sarkozy comme ministre de l'Intérieur. Puis en 2005, lorsque Dominique de Villepin dut annuler sa visite à Riyad 24 heures seulement avant son arrivée. Quinze jours après, le ministère saoudien de l'Intérieur, qui avait promis à Thales l'intégralité du contrat Miksa (3 milliards d'euros environ), riposta en ouvrant le marché à la concurrence internationale. En décembre dernier, les appels d'offres furent finalement lancés et en mars prochain, une commission saoudienne devrait attribuer le juteux contrat. Face à l'américain Raytheon ou à l'italien Finmeccanica, la concurrence est rude. Mais après celle du président Sarkozy le mois dernier, la visite de MAM à Riyad devrait permettre de tourner la page sur ces cafouillages franco-français qui ont exaspéré les dirigeants saoudiens.

Georges Malbrunot


Le projet Miksa

Le projet Miksa (Ministry interior of Kingdom of Saudi Arabia) consiste à bâtir une architecture globale pour la sécurité des frontières saoudiennes ; il se présente sous la forme d'un système centralisé de gestion de moyens de surveillance - radars, satellites, électroniques - susceptible de garantir au ministère de l'Intérieur une capacité d'observation optimale sur l'ensemble des 7 500 kilomètres de frontière. Le marché est chiffré à 6,9 milliards d'Euros.

 

 

 

 

 

 

Articles sur le projet de la carte bio métriques

Le marché passé avec la société a fait l’objet d’interrogations en juillet par la presse et transparency Maroc.

Une partie du marché a été emportée par une société Américaine (Voir article : Cogent Systems Awarded Contract for Approximately $34 Million to Install AFIS in Morocco - June 10, 2005 ) et une autre par la société groupe Français Thales. Ce dernier est accusé dans le Monde du 27 septembre ( p. 11 n°  18872) par Michel Josserand, ancien président de Thales Engeneering and consulting (THEC) de pratique de corruption et détournement des dispositions de la convention de l’OCDE :

Voir extraits et articles ci-dessous :

« J’estime que Thales doit verser en commission illegales entre 1% et 2% de son chiffre d’affaire »

Passage de l’interview

Ce sont des sociétés-écrans ?

Non, pas du tout. Elles ont une consistance juridique, une véritable activité. Disons qu'elles sont "écrans" dans le sens où elles offrent une protection à Thales, mais elles sont bien réelles. L'idéal est de passer par une société industrielle. Par exemple des entreprises de BTP du Moyen-Orient que Thales va utiliser dans des contrats n'ayant rien à voir avec le BTP. On surfacture de 10 % ou 15 % tel ou tel bâtiment et le bénéfice dégagé sera reversé par l'entreprise en question aux destinataires des commissions. C'est imparable. Qui saura que Thales a trop payé ? Au pire, on répondra : "Ben oui, on s'est fait avoir, pas de chance..." En général, on demande aux entreprises choisies de mettre en place à leur tour deux ou trois autres intermédiaires afin de brouiller encore plus les pistes.

C'était le cas à Nice ?

Oui, c'est un bon exemple. THEC est passé par des sociétés marocaines, camerounaises et libanaises afin de "sortir" les fonds destinés aux pots-de-vin.

MICHEL JOSSERAND, ancien président de Thales Engineering and Consulting (THEC)

"J'estime que Thales doit verser en commissions illégales entre 1 % et 2 % de son chiffre d'affaires"

LE MONDE | 26.09.05 | 13h59  •  Mis à jour le 26.09.05 | 20h27











uelles pratiques avez-vous découvertes chez Thales ?

Pour bien comprendre, il faut remonter à mai 2001, lorsque j'ai été nommé PDG de Thales Engineering and Consulting (THEC). Il y avait un problème lié au fait que cette filiale versait beaucoup de commissions occultes. Elle fonctionnait de manière autonome et ne prenait pas assez de précautions, notamment à l'export, pour verser des fonds. Donc le groupe m'a demandé de remettre de l'ordre afin que THEC rentre dans le rang et applique ce qu'on appelle chez Thales le "code d'éthique".


L'embargo vers l'Irak aurait été contourné
Michel Josserand a évoqué, devant les enquêteurs de la division nationale d'investigations financières, le programme "Pétrole contre nourriture" qui avait desserré l'embargo de l'ONU contre l'Irak, entre 1996 et 2003. " Je sais qu'en Irak , a-t-il indiqué au Monde, Thales a contourné le programme "Pétrole contre nourriture", en livrant des munitions chimiques au gouvernement de Saddam Hussein." L'ancien PDG de Thales Engeneering a dit aux policiers que cette société avait participé à la construction d'une usine officiellement destinée à fabriquer du lait en poudre pour les enfants irakiens. Selon lui, cette usine aurait été vouée à la confection d'armes chimiques pour le compte du régime baasiste. Ces faits se seraient produits avant l'arrivée de M. Josserand chez THEC, en 2001. En avril 2003, l'hebdomadaire britannique Sunday Times avait déjà souligné le rôle des sociétés d'armement Dassault et l'ex-Thomson-CSF, devenue Thales, impliquées dans des ventes de matériel militaire à l'Irak, en violation de l'embargo onusien. Les déclarations de M. Josserand pourraient nourrir l'enquête du juge d'instruction Philippe Courroye, qui cherche à savoir si onze personnalités françaises auraient pu bénéficier des largesses du régime irakien.

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C'est-à-dire ?

C'est l'hypocrisie poussée à son maximum. Quand on lit ce "code" , on a l'impression que Thales est propre. En fait, cela signifie faire passer toutes les commissions occultes par Thales International, qu'il s'agisse de marchés en France ou à l'étranger. Appliquer le "code d'éthique", c'est s'adapter à la convention de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) qui interdit, depuis 2000, de verser des commissions. Or il y a chez Thales un expert juridique capable de contourner la loi. Il a mis au point tout un mécanisme dans ce but.

De qui s'agit-il ?

D'un ancien magistrat, qui a fait des audits dans de nombreux pays, afin de tester la robustesse du système par rapport à d'éventuelles enquêtes policières ou judiciaires. C'est lui qui a mis au point ce "code" qui formalise le versement des commissions. Cela dit, Thales n'a fait que s'inspirer des pratiques des grandes entreprises américaines.

Quel est l'avantage du système ?

Il permet de n'avoir qu'un seul canal pour organiser les versements occultes. Les filiales n'ont plus le droit de monter leurs propres réseaux. Il n'y a plus que quelques personnes qui trempent dans le système : les responsables de Thales International et, bien sûr, la direction du groupe.

Qui serait au courant du système chez Thales ?

Rien que pour l'affaire du tramway de Nice dans laquelle je suis impliqué, sept membres du comité de direction étaient informés. La moitié du comité de direction est soit à l'origine du système, soit l'applique. Mais tout est suffisamment compartimenté pour que, en cas de problème, ce soit l'étage en dessous, quelqu'un comme moi, qui serve de fusible. Le comité et le président du groupe sont complètement "blancs". Ce montage est très professionnel. C'est ce qui va rendre le travail de la police très délicat. Pour remonter jusqu'au sommet de Thales, ça va être très compliqué.

Comment s'organise concrètement le système ?

Par l'intermédiaire de sous-traitants basés à l'étranger. En multipliant les intermédiaires, on ne peut remonter jusqu'à Thales.

Ce sont des sociétés-écrans ?

Non, pas du tout. Elles ont une consistance juridique, une véritable activité. Disons qu'elles sont "écrans" dans le sens où elles offrent une protection à Thales, mais elles sont bien réelles. L'idéal est de passer par une société industrielle. Par exemple des entreprises de BTP du Moyen-Orient que Thales va utiliser dans des contrats n'ayant rien à voir avec le BTP. On surfacture de 10 % ou 15 % tel ou tel bâtiment et le bénéfice dégagé sera reversé par l'entreprise en question aux destinataires des commissions. C'est imparable. Qui saura que Thales a trop payé ? Au pire, on répondra : "Ben oui, on s'est fait avoir, pas de chance..." En général, on demande aux entreprises choisies de mettre en place à leur tour deux ou trois autres intermédiaires afin de brouiller encore plus les pistes.

C'était le cas à Nice ?

Oui, c'est un bon exemple. THEC est passé par des sociétés marocaines, camerounaises et libanaises afin de "sortir" les fonds destinés aux pots-de-vin.

Le versement de commissions était systématique chez Thales ?

Pas sur tous les marchés. Mais c'est une pratique très répandue. Au total, j'estime que Thales doit verser en commissions illégales entre 1 % et 2 % de son chiffre d'affaires global -10,3 milliards d'euros en 2004- . Thales International verse les montants les plus importants. Pour les petites sommes, de l'ordre de 50 000 euros, les filiales peuvent payer.

Quels sont les critères de Thales pour verser ou non des pots-de-vin ?

Il y a des endroits où c'est inévitable, comme en Afrique, en Corée, en Grèce, en Italie... En France, cela dépend des intérêts politiques locaux ou nationaux. Mais dans tous les cas, le système est le même. Si l'on peut passer par l'étranger, c'est mieux. En fait, il n'y a guère que dans certains pays européens, en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande où il est possible d'avoir des marchés sans payer.

Des décideurs politiques se font-ils corrompre ?





Le projet de la carte biométrique au Maroc semble avancer  à grand pas. Après les Américains, c’est le tour des Français. En effet, la Direction Générale de la Sécurité Nationale (DGSN) vient de signer un contrat avec le groupe Thales. Objectif de cet accord : la  fourniture d’un système complet de production et de personnalisation de cartes nationales d’identité.

Selon les responsables de Thales, Il s’agit du premier système identitaire au monde d’une telle importance à base de cartes à puce sans contact.

Techniquement, cette technologie assure une sécurité maximale du document, pour une durée de vie garantie de 10 ans. Incluant des données d’état civil et des données biométriques. 

Sur le plan opérationnel, Thales s’est engagé à déployer les centres de production locaux dans un délai d’un an avec une prise en charge de la production pendant quatre ans. Environ 20 millions de cartes seront produites pendant cette période par le groupe français pour le compte du Royaume. 

Outre le contrat signé hier avec Thales, la DGSN a déjà conclu un autre accord avec la société américaine Cogent Sytems. Cette dernière aura pour tâche la mise en place d’un système d’identification des empreintes digitales. Ce marché a été adjugé, de gré à gré, au prix de 300 millions de DH (34 millions de Dollars/ 28 millions d’euros). 

A rappeler que le projet de la carte biométrique est un chantier structurant et d’envergure puisque son budget est estimé selon les professionnels à plus de 900 millions de DH, soit  presque deux fois le budget annuel des investissements dans les TIC de l’ensemble des départements ministériels. 

Pour en savoir plus : 

Les détails sur l’accord avec les Français

Les détails sur l’accord avec les Américains

Rachid Jankari

Cogent Systems Awarded Contract for Approximately $34 Million to Install AFIS in Morocco - June 10, 2005

SOUTH PASADENA, Calif.-Cogent Systems (Nasdaq:COGT) announced today it has been awarded a contract for approximately $34 million (28 million Euro) to install its Automated Fingerprint Identification System (AFIS) for a national criminal and civil deployment supporting a national identification program in Morocco. The contract will consist of software and hardware, as well as services and maintenance which will extend beyond 2005.  

"We are pleased to have received this new large contract award," commented Ming Hsieh, President and CEO of Cogent Systems. "This award is an example of how our technology and services can be used for civil initiatives such as national identification programs."  

About Cogent Systems  

Cogent is a leading provider of Automated Fingerprint Identification Systems, or AFIS, and other fingerprint biometric solutions to governments, law enforcement agencies and other organizations worldwide. Cogent's AFIS solutions enable customers to capture fingerprint images electronically, encode fingerprints into searchable files and accurately compare a set of fingerprints to a database containing potentially millions of fingerprints in seconds.
http://cogentsystems.com

Forward-Looking Statements: This press release contains, in addition to historical information, forward-looking statements. Such statements are based on management's current estimates and expectations and are subject to a number of uncertainties and risks that could cause actual results to differ materially from those described in the forward-looking statements. Cogent is providing this information as of the date of this press release, and expressly disclaims any duty to update information contained in this press release.  

Forward-looking statements in this press release include, without limitation, express and implied statements regarding Cogent's future domestic and international growth, and opportunities in the civil market for national identification programs. These forward-looking statements involve risks and uncertainties which could cause actual results to differ materially from those expressed or implied here. Readers are referred to Cogent's Report on Form 10-Q for the quarter ended March 31, 2005 filed by Cogent with the Securities and Exchange Commission which identifies important risk factors that could cause actual results to differ from those contained in the forward-looking statements, including but not limited to: changes in government policies; deriving a significant portion of revenues from a limited number of customers; deriving a significant portion of revenues from the sale of solutions pursuant to government contracts; failure of the biometrics market to experience significant growth; failure of Cogent's products to achieve broad acceptance; failure to successfully compete; failure to comply with government regulations; negative publicity and/or loss of clients due to security breaches resulting in the disclosure of confidential information; loss of export licenses or changes in export laws; failure to manage projects; rapid technology change in the biometrics market; loss of a key member of management team; termination of backlog orders; loss of limited source suppliers; negative audits by government agencies; failure to protect intellectual property; and exposure to intellectual property and product liability claims. The information contained in this press release is a statement of Cogent's present intention, belief or expectation and is based upon, among other things, existing industry conditions, market conditions, the economy in general and Cogent's assumptions. Cogent may change its intention, belief or expectation, at any time and without notice, based upon any changes in such factors, in its assumptions or otherwise. Cogent undertakes no obligation to review or confirm analysts' expectations or estimates or to release publicly any revisions to any forward-looking statements to reflect events or circumstances after the date hereof or to reflect the occurrence of unanticipated events. 

Contacts: The Blueshirt Group: Chris Danne, 415-217-7722 chris@blueshirtgroup.com 
Rakesh Mehta, 415-217-7722 rakesh@blueshirtgroup.com

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En première mondiale, Thales fournit au Royaume du Maroc une solution sécurisée de cartes d'identité à puce sans contact à l'échelle nationale
Neuilly-sur-Seine, France, 27 sept. 2005
La Direction Générale de la Sécurité Nationale (DGSN) du Royaume du Maroc vient de signer avec Thales un contrat portant sur la fourniture d'un système complet de production et de  personnalisation de cartes nationales d'identité.

Il s'agit du premier système identitaire au monde d'une telle importance à base de cartes à puce sans contact. Cette technologie assure une sécurité maximale du document, pour une durée de vie garantie de 10 ans. Incluant des données d'état-civil et des données biométriques, ce système identitaire de la dernière génération répond aux nouvelles exigences de sécurité en matière de documents de voyage et de contrôle des flux migratoires.

La solution comprend des équipements et des logiciels de production, des consommables haute sécurité et un lien avec l'AFIS (Automated Fingerprint Identification System) qui réalise l'acquisition des empreintes digitales et assure la comparaison par rapport à une base de données. Thales a sélectionné les meilleures technologies de sécurité physique (personnalisation graphique par Agfa*, puces sans contact...) qui, alliées à la sécurité logique développée par les experts du groupe, garantissent de bout en bout  le plus haut niveau de sécurité possible des titres identitaires.

Les centres de production locaux seront opérationnels dans 12 mois, et Thales assurera pendant 4 ans la prise en charge de la production. Environ 20 millions de cartes seront produites pendant cette période.

" Cette première mondiale positionne Thales comme un acteur majeur sur le marché des nouvelles cartes d'identité à puce. Nous sommes ravis d'avoir obtenu la confiance de la Direction Générale de la Sécurité Nationale du Royaume du Maroc en lui démontrant notre capacité à maîtriser, intégrer et maintenir sur le long terme des solutions identitaires innovantes mettant en œuvre les plus récentes avancées technologiques en biométrie et en sécurité logique ", déclare Pierre Maciejowski, Directeur des activités Security Systems de Thales.

Ce nouveau contrat vient conforter la position de Thales dans le domaine des solutions identitaires sécurisées, où le groupe dispose de références dans une vingtaine de pays et bénéficie d'une expérience de plus de 20 ans.

A propos de Thales
Thales est un groupe international d'électronique et de systèmes, présent sur les marchés de la défense, de l'aéronautique et de la sécurité. Le groupe emploie  60 000 personnes dans le monde et a enregistré un chiffre d'affaires de 10,3 milliards d'euros en 2004.

Les activités Security Systems portent sur la conception, la fourniture et l'intégration de systèmes technologiques destinés à protéger les infrastructures critiques des entreprises, des collectivités locales et des organismes gouvernementaux du monde entier. Ces systèmes couvrent tous les aspects de la sécurité globale : solutions identitaires  sécurisées, sécurité des systèmes d'information, sécurité des sites et des événements, centres opérationnels de sécurité et de gestion de crise, sécurité de l'environnement.  Ces activités comprennent une large palette de prestations, qui va des services de conseil en sécurité, définition architecturale, intégration de systèmes complexes et de solutions clés en main jusqu'à la conception, installation, implémentation et maintenance de systèmes de sécurité.

* Structure de carte Agfa 100% polyester intégrant une électronique sans contact à petite antenne et sous système de production de cartes basé sur la technologie de personnalisation graphique DCT-Pro d'Agfa.


Contacts presse
Corporate - Natasha Harvey - Tel + 33 (0) 1 57 77 86 26 
Security Systems - Michèle Bogatirsky - Tel: +33 (0)1 40 83 23 51 
Clipping - traidunion- (Thales Security Systems' PR agency): 
Chrystèle Moriceau - Tel: +33 (0)1 44 59 68 95



Un ex-dirigeant dénonce un système de corruption chez Thales

LE MONDE | 26.09.05 | 12h34  •  Mis à jour le 26.09.05 | 20h37










orruption, ententes illicites, menaces physiques, représailles judiciaires... Telles seraient les pratiques en vigueur chez Thales, le géant français de l'électronique et de la défense 10,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires et plus de 55 000 employés dans le monde.

Ces graves accusations émanent d'un ancien haut dirigeant du groupe, Michel Josserand, et sont jugées "crédibles" par les policiers et les magistrats qui en ont eu connaissance. Les enquêteurs s'attachent maintenant à vérifier la réalité des faits dénoncés. Dans l'entretien qu'il a accordé au Monde, M. Josserand, ancien PDG de Thales Engineering and Consulting (THEC), licencié par Thales en janvier 2004 et passé depuis à "l'ennemi", EADS , reprend l'essentiel des déclarations qu'il a faites à la justice et à la police.


Thales annonce qu'il va porter plainte contre "Le Monde"
"Après avoir pris connaissance de l'intégralité des accusations de corruption française et internationale proférées à son égard par Michel Josserand (...) publiées dans Le Monde paru le 26 septembre 2005, le groupe Thales a décidé immédiatement de porter plainte pour diffamation contre le quotidien Le Monde et Michel Josserand", indique un communiqué publié dans la soirée. Contacté dans la matinée par Le Monde, Christophe Robin, porte-parole du groupe, avait déclaré que Thales "engagerait toute action pour mise en cause diffamatoire" , dès qu'il prendrait connaissance des propos de M. Josserand.

Le groupe avait déjà opposé "un démenti formel aux accusations de corruption française et internationale proférées à son égard par un ancien responsable de THEC (Thales Engineering & Consulting), filiale de Thales" , dans une déclaration rendue publique vendredi 23 septembre, après que Le Figaro eut publié, le même jour, un article consacré à l'affaire. La direction de la communication de Thales avait "souligné que ces accusations étaient le fait d'un ancien responsable de cette filiale, licencié du groupe pour avoir commis des irrégularités dans le cadre d'un contrat pour la réalisation du tramway de Nice". "Le groupe a de lui-même porté plainte pour corruption dans cette affaire", avait-elle ajouté.

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L'affaire commence à la fin du mois de mai, à Nice. Michel Josserand est alors incarcéré depuis plus d'un mois et demi. Il est mis en examen pour "corruption" et "abus de biens sociaux" en sa qualité d'ancien PDG de THEC, une filiale du groupe Thales à la tête de laquelle il avait été nommé quatre ans auparavant. Le juge niçois Christian Guéry, saisi d'une plainte déposée par le groupe lui-même, enquête sur le trucage du marché du tramway de Nice, dont THEC a obtenu la maîtrise d'ouvrage en juillet 2002. L'enquête, qui a provoqué la mise en examen d'une dizaine de personnes dont un conseiller municipal , est accablante pour les dirigeants de THEC, soupçonnés d'avoir "acheté" le marché.

Lorsqu'il apprend, courant mai, que les policiers ont saisi des documents compromettants qu'il avait mis à l'abri dans un coffre, Michel Josserand décide de parler. Selon lui, l'affaire du tramway de Nice n'est qu'un petit exemple des pratiques en vigueur chez le géant de l'électronique de défense. Le juge Guéry n'étant saisi que des faits relatifs au tramway, c'est le procureur adjoint de Nice, Gilles Accomando, qui va recueillir ses confidences, au cours de quatre auditions marathon.

Les révélations de M. Josserand ont provoqué l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris, qui a confié le dossier à la division nationale des investigations financières (Le Monde du 15 septembre). Ces dernières semaines, M. Josserand a précisé, devant les policiers, au cours de plusieurs auditions, ses accusations. Il a évoqué une centaine de marchés, en France et à l'étranger, qui auraient été obtenus dans l'illégalité. M. Josserand a évoqué, pêle-mêle, les marchés des tramways de Bordeaux et de Saint-Denis de la Réunion, ceux des hôpitaux de Tours et de Papeete, des contrats en Grèce, en Argentine et en Asie. Tous auraient donné lieu au versement de pots de vin.

M. Josserand, qui a aussi dénoncé une fraude aux fonds européens, un contrat suspect passé avec la direction générale de l'armement (DGA) et des malversations dans le cadre de programmes d'aide au développement au Cambodge et au Togo, affirme également que Thales a contourné l'embargo onusien pour livrer du matériel militaire à Saddam Hussein. Le groupe, via sa filiale THEC, aurait permis au régime irakien de s'approvisionner en armes chimiques à la fin des années 1990.

"UNE MANIPULATION"

M. Josserand, qui dit aujourd'hui craindre pour sa vie, affirme aussi avoir eu à connaître des dossiers encore plus sensibles. Il a notamment évoqué, devant la police judiciaire, le marché "Miksa" de surveillance des frontières de l'Arabie saoudite.

Thales s'active depuis près de quinze ans pour décrocher ce faramineux contrat évalué à 7 milliards d'euros. De fortes tensions politiques sont apparues en arrière-plan des négociations menées afin de faire aboutir le projet. L'Elysée était ainsi intervenu brutalement, en décembre 2003, pour écarter le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, et ses conseillers des pourparlers en cours avec son homologue de Riyad. L'entourage de M. Chirac avait soupçonné, derrière le contrat saoudien, l'existence d'un réseau destiné à recueillir d'importantes commissions (Le Monde du 15 avril 2004).

Pour l'avocat de M. Josserand, Me François Lastelle, son client "savait beaucoup trop de choses" . "C'est pour cela que l'on a voulu l'écarter de Thales . On a sorti un dossier contre lui, celui du tramway, pour le faire tomber. Je suis aujourd'hui convaincu qu'il s'agit d'une manipulation, et l'enquête le prouvera" , estime l'avocat.

La plupart des faits dénoncés par M. Josserand auraient été commis en violation d'une loi entrée en vigueur en juillet 2000, qui transpose en droit français deux conventions, l'une européenne, signée à Bruxelles le 26 mai 1997, l'autre signée par les Etats membres de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), à Paris, le 17 décembre de la même année. Ces deux textes visent à sanctionner la corruption de fonctionnaires de l'Union européenne ou d'Etats membres de l'UE, dans le premier cas ; celle d'"agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales", dans le second cas.

Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Article paru dans l'édition du 27.09.05









 

 

Chez Bakchich :

 

Une filiale de Thales mise au piquet des marchés publics

Coup de règles / mardi 15 juillet 2008 par Sébastien Fontenelle

Dans un jugement du 4 juillet dernier, le tribunal correctionnel de Nice condamne Thales Engineering & Consulting (qui a fait appel) à 600.000 euros d’amende et à « l’exclusion des marchés publics pour une durée de deux ans ». Décryptage sauce « Bakchich ».

L’« affaire du tramway de Nice » est d’une époustouflante simplicité : en 2002, la société Thales Engineering & Consulting (THEC), filiale du groupe Thales dirigée, à l’époque, par Michel Josserand, a (gentiment) versé de confortables commissions occultes [1] à un conseiller municipal niçois, Dominique Monleau, pour obtenir sa part de l’épais marché du tramway.

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Thales
© G.

Au mois de novembre 2003, un certain Bernard Angotti remplace Michel Josserand à la tête de THEC. Informé de ce que des gratifications clandestines ont ainsi été consenties à Dominique Monleau, il ordonne l’arrêt de ces versements, et demande une enquête interne : finalement, au mois de mars 2005, il dépose, à Nice, une plainte qui mentionne des « soupçons existants quant à des paiements indus », qui ne semblent « pas correspondre à des prestations réelles ». En clair : un bon vieil abus de bien social.

Le fusible se rebiffe

Le 9 avril 2005, Michel Josserand est incarcéré [2]. Jugeant que son ancien employeur essaie de lui faire porter un bob un peu trop large pour lui en le présentant comme un grand manitou de la corruption, il se lance, devant le vice-procureur de la République de Nice de l’époque, Gilles Accomando, dans le récit détaillé de ce qu’il sait, ou croit savoir, de certaines affaires du groupe Thales en France, et dans le reste du monde : son témoignage, pour le moins explosif, est transmis au parquet de Paris, où son instruction est confiée, à la fin de l’année 2005, aux juges Renaud Van Ruymbecke et Xavière Simeoni.

L’affaire du tramway, quant à elle, est jugée au mois de juin 2008.

Verdict : dans un jugement (n° 2441/08) daté du 4 juillet dernier, le tribunal correctionnel de Nice, en première instance, condamne l’élu qui « a porté gravement atteinte à la confiance que les citoyens doivent avoir dans leurs représentants » à « quatre ans d’emprisonnement dont deux ans avec sursis et (…) 15.000 euros d’amende ».

Michel Josserand, qui pour le tribunal « porte une responsabilité toute particulière dans le présent dossier puisqu’en tant que directeur de THEC il avait le pouvoir d’interdire toute pratique illégale », écope de « dix-huit mois d’emprisonnement dont douze mois assortis de sursis » et de « 15.000 euros d’amende ».

Précision intéressante : le tribunal considère que s’« il est incontestable que Michel Josserand, PDG de THEC », était « bien le représentant » de cette société en 2002, « il est tout aussi incontestable que les faits (…) jugés n’ont pas été commis (…) pour (son) propre compte, mais bien pour le compte de (…) THEC, le pacte de corruption ayant pour objet de faire en sorte que Dominique Monleau aide la société THEC à obtenir le marché MOER [3] du tramway de Nice ».

Abus de confiance et conséquences

Le tribunal estime que « ce double constat suffit à retenir la responsabilité pénale de la société THEC », et « souligne » que « dans ce dossier, plusieurs éléments confirment cette responsabilité ».

Ainsi, dans le cours de l’instruction de l’affaire du tramway, « ce ne sont pas moins de trois réseaux de financements occultes qui ont été mis en évidence » [4]. Or : l’un de ces trois circuits de financement occulte « préexistait (…) à l’arrivée de Michel Josserand à la tête de THEC ». En outre : « Ce n’est pas seulement Michel Josserand qui a participé aux faits (…) jugés, mais aussi (…) trois cadres supérieurs de l’entreprise THEC ». Pour le tribunal, « c’est donc une partie importante des dirigeants de THEC qui ont participé à cette entreprise illégale : le délit de corruption n’est donc pas le fait d’un homme seul, mais bien d’une organisation, qualifiée de quasi-militaire tout au long des débats ». Enfin : « La circonstance que ce soit la société THEC elle-même qui ait dénoncé les faits (15 mois après qu’elle les ait découverts) n’est légalement pas de nature à modifier sa responsabilité ».

(Au passage, le jugement énonce que les révélations faites en 2005 par Michel Josserand dans le bureau du vice-procureur Accomando « ne sont pas totalement fantaisistes ».)

Conséquence numéro un : « Le tribunal retient (…) la culpabilité de la personne morale THEC ».

Conséquence numéro deux, pénible pour Thales : « Dès lors que le tribunal retient la responsabilité pénale de la personne morale, on ne peut plus prétendre qu’elle ait subi un quelconque abus de ses biens sociaux, puisqu’elle est à l’origine même de l’utilisation illégale de ses fonds. Michel Josserand n’a donc pas fait "de mauvaise foi" une utilisation anormale des biens de la personne morale puisqu’il a, en l’occurence, utilisé les fonds de la société THEC dans l’esprit qui y prévalait à l’époque, esprit qui consistait à penser que tous les moyens étaient bons pour arriver aux fins recherchées ».

Thalès mis au piquet des marchés publics

Conclusion, d’une grande sévérité : « La société THEC apparaît dans le présent dossier comme une société dont le "code éthique" ne parvient pas à masquer une réalité beaucoup plus terre à terre, qui peut se résumer par l’adage : « La fin justifie les moyens » ».

Elle est donc « condamnée à 600.000 euros d’amende », et « le tribunal prononce à son encontre l’exlusion des marchés publics pour une durée de deux ans ».

THEC, où l’on ne s’attendait certainement pas, en portant plainte au mois de mars 2005, à un tel retour de bâton, vient de faire appel de ce jugement.

Michel Josserand, pour sa part, aimerait savoir où en est l’instruction, à Paris, des faits qu’il a signalés il y a plus de trois ans au parquet de Nice…

À lire ou relire sur Bakchich.info

L’affaire du tramway de Nice

Le procès de « l’affaire du tramway » s’ouvre ce lundi au tribunal correctionnel de Nice avec deux têtes d’affiche : Michel Josserand, ex-patron de THEC, filiale du groupe Thalès, et Dominique Monleau, ancien conseiller municipal UMP de la ville, (…)

D’autre joyeusetés à propos de Thalès

Durant deux ans d’enquête préliminaire, les flics ont découvert à la Direction des constructions navales (DCN) les caisses noires des grands marchés d’armement français de ces dernières années. Pour l’instant, la justice qui vient de confier le dossier à (…)
« Bakchich » a pu se procurer des documents confidentiels sur le fonctionnement de la Direction des constructions navales (DCN), montrant notamment le rôle clé joué par l’intermédiaire Ziad Takiedine, à l’époque où Edouard Balladur était Premier (…)
Comme l’a révélé hier « Bakchich », les mises en examen commencent à tomber dans l’affaire de la Direction des constructions navales, notamment le mercredi 25 juin, contre un ancien de la Dst, qui menait de discrètes missions pour nos vaillants vendeurs (…)
Pour vendre des sous-marins au Chili en 1997, Jacques Chirac et Lionel Jospin ont laissé la Direction des constructions navales faire appel aux services d’un des conseillers les plus proches du général Pinochet. Et ce contrat juteux court encore (…)

[1] Monleau a reçu 30.500 euros le 5 avril 2002, sur un compte bancaire (joliment nommé « CARAVANE ») à Gibraltar, puis 29.000 euros le 10 juin suivant, toujours à Gibraltar, puis enfin 45.765 euros le 24 septembre 2003, sur un compte bancaire suisse du nom de « TEREVA ».

[2] Il passera deux mois et demi en prison, avant d’être finalement élargi le 24 juin.

[3] Maîtrise d’oeuvre réalisation.

[4] Cela fait dire aux juges que : « La société THEC, du fait de son envergure, n’a donc aucune difficulté pour obtenir la collaboration de sous-traitants pour faire parvenir des commissions occultes à leurs destinataires », lesdits sous-traitants « percevant en guise de rémunération, 7 % (du montant de) ces opérations ».

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02/07/2009

France, pays des terroristes présumés...

 

 

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Chef de la Police Judiciaire parisienne, M. Péchenard est nommé pour encourager le fichage génétique de toute la population, au prétexte que même les innocents pourront, grâce au fichier FNAEG, "être lavés de tout soupçon"...

Acceptez d’être fiché à vie, c’est pour votre bien ! Cette noble pensée novlang a été traduite par le directeur de la PJ de Paris en 2006 [1] à propos du fichier des empreintes génétiques (FNAEG).

Extrait d’un article du Monde : [2]

Pourquoi avoir étendu le fichage à un si grand nombre d’infractions ? Pour le directeur de la police judiciaire, Frédéric Péchenard, "cet outil extraordinaire pour éviter les récidives criminelles" n’a de sens que si le maximum d’individus s’y trouvent répertoriés. Parce que, constate-t-il, "il est très rare que les violeurs ou les tueurs en série ne soient pas connus des services de police pour des infractions moindres (vols, petits incendies, actes de cruauté envers les animaux, etc.). Le Fnaeg, dont les consultants doivent bien sûr rester strictement encadrés, est une nécessité de la police moderne, autant pour les victimes que pour les suspects éventuels qui peuvent, grâce à une trace ADN, être lavés de tout soupçon".

Pour mieux faire accepter l’idée qu’un fichage de masse serait salutaire, ce haut fonctionnaire brandit la carotte : il pourra disculper tout citoyen innocent ! Mais de quoi devrait-on se disculper, à l’avance, si l’on est présumé innocent ? Une nouvelle fois la charge de la preuve est inversée et cette sombre promesse n’est qu’une nouvelle atteinte à ce qu’on appelle un État de

"Bien des infractions manquent encore pour alimenter le fichier, ironise Côme Jacqmin, secrétaire général du Syndicat de la magistrature (SM). Nombre de délits financiers tels le délit d’initié, la fraude fiscale ou l’abus de bien social n’exigent pas de fichage ADN..." [3]

RAPPELS : (Mis à jour 15.01.2007)

- Un article du Figaro, publié lors de la nomination de M. Péchenard à la direction régionale en juin 2006, précise que « Le choix de placer ce brillant contrôleur général de 49 ans à ce poste clef ne doit rien au hasard ». « Homme de confiance et camarade d’enfance de Nicolas Sarkozy – leurs mères, toutes deux avocates, étaient voisines et amies –, il va compléter l’organigramme forgé par le ministre de l’Intérieur pour s’assurer de la fidélité des principaux rouages de la « grande maison ». (...) Tour à tour affecté aux « Stups » et à la tête de la section antiterroriste de la brigade criminelle, il est numéro 2 de l’antigang au moment de l’affaire de la prise d’otages de la maternelle de Neuilly-sur-Seine par « Human Bomb » en mai 1993. A cette occasion, il renoue avec Nicolas Sarkozy, alors jeune maire de la ville. » [4]

- Le FNAEG, qui est alimenté depuis 2002, grossit à très vive allure : 2 100 références en 2002, 40 000 en 2004, 283 000 aujourd’hui. Parmi elles, 107 000 personnes condamnées, 163 000 "soupçonnées", 16 726 traces relevées sur des scènes de crimes.

- Ce fichier des traces ADN a été imposé à l’opinion sous couvert de lutte contre les crimes sexuels.  [5]


[1] Direction régionale de la police judiciaire de Paris (D.R.P.J.), rattachée à la préfecture de Police de Paris, elle a compétence sur la capitale et les trois départements de la petite couronne (Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine et Val-de-Marne). Ses effectifs sont de l’ordre de 2.359 policiers et administratifs.

[2] "La tentation du fichage génétique de masse", 25.09.06.

[3] (op cit)

[4] Le Figaro, 03 juin 2006.

[5] 1. Le Fnaeg (Fichier national automatisé des empreintes génétiques) est créé sous le gouvernement Jospin par la loi Guigou du 17 juin 1998, trois mois après l’arrestation de Guy Georges, le tueur en série identifié grâce à son ADN. Initialement, le fichier n’est destiné qu’aux auteurs d’infractions sexuelles.
2. Le 15 novembre 2001 (gouvernement Jospin toujours), la loi Vaillant dite de "sécurité quotidienne" l’élargit aux atteintes volontaires à la vie de la personne (actes de torture, de barbarie, etc.) aux actes de terrorisme, aux atteintes aux biens accompagnées de violence (destructions, dégradations par explosif ou incendie). Elle prévoit aussi une sanction pour tout refus de se soumettre au prélèvement : six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende au moins.
3. Un grand pas est franchi avec la loi Sarkozy de "sécurité intérieure" du 18 mars 2003 (gouvernement Raffarin). Les infractions les plus banales sont introduites (vols simples, dégradations, tags, arrachage de cultures OGM...). La sanction pour refus d’obtempérer au fichage est alourdie. Surtout, la loi prévoit désormais de ficher les personnes non condamnées mais simplement suspectées - "à l’encontre desquelles il existe des indices graves ou concordants". S’il est innocenté, l’intéressé peut demander par la suite le retrait de ses empreintes du Fichier national. Le procureur peut, ou non, l’accepter.
4. Dans la foulée, la loi Perben II de 2004 obligera toute personne condamnée à plus de dix ans de prison à fournir son ADN. Qui refuse, perd aussitôt tout droit à une réduction de peine.
Le Monde, op. cit.

 

La France est tout simplement le pays qui interpelle le plus de terroristes présumés : 400, en 2008, sur un millier d'arrestations effectuées en Europe, a révélé ce matin Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale (DGPN), au colloque de Défense et Stratégie. Si le territoire n'a pas été touché par un attentat majeur depuis 13 ans, la France continue à connaître des "attentats secondaires", d'origine basque ou corse. Et, encore plus évidemment, la DCRI (direction centrale du renseignement intérieur) est par ailleurs, et sans surprise, très active sur les réseaux d'inspiration islamiste, qu'il s'agisse de "petites mains" recueillant des financements, ou de guérilleros-djihadistes revenant de formation à l'étranger. Frédéric Péchenard a d'ailleurs rendu un hommage très appuyé à Bernard Squarcini et à ses équipes.
De surcroît, sur la frange islamiste, la France a aussi pratiqué les mesures préventives, en réalisant un certain nombre de mesures d'éloignements d'étrangers. 115 personnes ont dû aller habiter ailleurs, dont 25 imams.




Contrairement à ce qu'avait affirmé le directeur général de la DGPN, Frédéric Péchenard, jeudi matin sur RTL, le comédien Christian Clavier "n'a pas déposé une plainte, mais se réserve le droit de le faire" après l'intrusion samedi d'une cinquantaine de militants indépendantistes dans le jardin de sa villa à Porto-Vecchio (Corse-du-Sud). Une rectification formulée jeudi après-midi par la Direction générale de la police nationale (DGPN) elle-même.

"La plainte a été déposée par Christian Clavier. La plainte et la maison de Christian Clavier sont en zone gendarmerie. Ce qui fait que c'est la gendarmerie nationale qui s'occupe et de la protection de sa maison et de la plainte", a expliqué jeudi matin Frédéric Péchenard ajoutant : "Ceux qui ont occupé la maison seront entendus. Par la suite, c'est à la justice de décider d'engager ou non des poursuites."

"Un poste extrêmement sensible"

Contrairement à ce qu'avait affirmé le directeur général de la DGPN, Frédéric Péchenard, jeudi matin sur RTL, le comédien Christian Clavier "n'a pas déposé une plainte, mais se réserve le droit de le faire" après l'intrusion samedi d'une cinquantaine de militants indépendantistes dans le jardin de sa villa à Porto-Vecchio (Corse-du-Sud). Une rectification formulée jeudi après-midi par la Direction générale de la police nationale (DGPN) elle-même.

"La plainte a été déposée par Christian Clavier. La plainte et la maison de Christian Clavier sont en zone gendarmerie. Ce qui fait que c'est la gendarmerie nationale qui s'occupe et de la protection de sa maison et de la plainte", a expliqué jeudi matin Frédéric Péchenard ajoutant : "Ceux qui ont occupé la maison seront entendus. Par la suite, c'est à la justice de décider d'engager ou non des poursuites."

"Un poste extrêmement sensible"
Sur RTL, le premier flic de France a justifié la sanction visant Dominique Rossi, coordonnateur des services de sécurité sur l'île, relevé lundi de ses fonctions et muté à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). "La faute qui est reprochée (à Dominique Rossi) c'est de ne pas avoir su anticiper ni profiter des renseignements qui lui ont été fournis (...) Il savait ce qu'il allait se passer mais il n'a pas pu, pas su ou ses ordres n'ont pas été suivis." Coordinateur des forces de sécurité intérieure en Corse est "un poste extrêmement sensible puisqu'il est le patron des services de police et de gendarmerie sur l'île. C'est un contrôleur général de la police nationale. Il fait partie de la centaine de personnes ayant le grade de haut commissaire dans la police nationale", a expliqué le premier policier de France. "J'ai fait mon boulot et je n'ai rien à me reprocher", a répliqué jeudi le grand flic natif de Piana, Dominique Rossi, dans un entretien publié jeudi dans les colonnes du Monde

Le limogeage du patron des forces de sécurité en Corse n'a rien à voir avec les liens d'amitié que partagent le comédien Christian Clavier et Nicolas Sarkozy, soutient Frédéric Péchenard. Se défendant que la décision ait été prise par le chef de l'État, le directeur général de la Police nationale confirme que la décision vient bien de la ministre de l'Intérieur . "Même si les faits s'étaient déroulés chez Camille de Rocca Serra, la décision aurait été la même. C'est Michèle Alliot-Marie qui m'a demandé de prendre cette sanction. Par la suite, j'ai donc nommé Gilles Leclair comme successeur."

 

Frédéric Péchenard, le super-flic du présidente

Isabelle Mandraud, le Monde

vendredi 28 septembre 2007, sélectionné par Spyworld

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La voix rugit dans la cour du ministère de l’intérieur, place Beauvau. "Tu veux vendre des cacahuètes boulevard Saint-Michel, c’est ça ?" On imagine, à l’autre bout du téléphone portable, un subordonné tétanisé par une bévue, l’un de ces 150 000 hommes que le directeur général de police nationale (DGPN), Frédéric Péchenard, a sous ses ordres. Non, c’est le papa qui parle. Un père comme les autres, à cette différence près qu’il côtoie les ministres et la pègre, le pouvoir et le crime. Ami d’enfance de Nicolas Sarkozy, il dit aimer, dans son livre Gardien de la paix (Michel Lafon, 308 p., 18,50 €), "le monde des vraies gens".

Commentaire aimable de la ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie : "Il a un bon style." Le DGPN règne sur tous les services de police (police judiciaire, renseignement, terrorisme, etc.). Un empire de flics. Avec à leur tête, pour la première fois, celui qui se définit comme "un flic avec une vie de flic". Jusqu’ici le poste était dévolu à un préfet.

Tout a changé le 23 mai, après l’élection de Nicolas Sarkozy. "Je l’aime beaucoup. C’est lui qui m’a nommé...", avance Frédéric Péchenard, 50 ans. Officiellement, la décision, parmi deux autres candidats, revint à Michèle Alliot-Marie, mais les habitués de la Place Beauvau, eux, préfèrent évoquer un choix entre "Péchenard, Péchenard et Péchenard". Dans son livre, le super flic du président éprouve le besoin de se justifier sur ses relations avec le chef de l’Etat, un peu excédé qu’on y revienne sans cesse. "Oui, écrit-il, Nicolas Sarkozy et Frédéric Péchenard, c’est une histoire ancienne." Après son divorce, la mère de Nicolas Sarkozy s’installe avec ses enfants dans le 17e arrondissement de Paris, à côté des Péchenard qu’elle fréquente. "Les Sarkozy ont toujours fait partie de mon environnement familial, comme les Péchenard ont toujours fait partie du leur."

Les deux hommes se perdent de vue puis se retrouvent en 1993, lors de la prise en otages d’enfants dans une école maternelle de Neuilly-sur-Seine par "Human Bomb". L’un est le maire de la commune, ministre du budget, l’autre est le patron adjoint de la brigade de recherche et d’intervention, plus connue sous le nom d’Antigang. Dix ans plus tard, devenu ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy promeut Frédéric Péchenard, alors patron de la "Crime", sous-directeur des affaires économiques et financières (SDAEF) puis directeur de la police judiciaire, la PJ parisienne. Des postes de confiance.

A la SDAEF, il traite de dossiers sensibles, celui de Jean-Paul Huchon, président PS du conseil régional d’Ile-de-France, de Jean-Marie Messier, ex-PDG de Vivendi, de Charles Pasqua ou celui, plus brûlant encore, du corbeau de l’affaire Clearstream, dont il finira, quatre mois après la plainte de Nicolas Sarkozy devenu partie civile, par être dessaisi par la justice.

La relation est étroite. Elle n’entache pas la réputation du policier reconnu par ses pairs et qui a grimpé tous les échelons, les "Stups", la section antiterroriste, l’Antigang, la brigade de répression du banditisme, la "Crime", la direction de la PJ. Dans son bureau gris perle, mitoyen du ministère de l’intérieur, rue des Saussaies, le DGPN lorgne les six téléphones disposés en rang d’oignons sous son nez, la ligne directe avec le ministère, l’interministériel, le réseau sécurisé Raimbaud, le réseau de la police... "Ce n’est pas forcément ce que j’aurais voulu faire", lâche-t-il. Ah ? "Ne croyez pas que je crache dans la soupe, mais la brigade criminelle c’est ce qui m’a le plus marqué, se hâte-t-il de reprendre, passant au tutoiement. C’est un métier passionnant, dur, qui te confronte à des difficultés, qui te permet d’aider des gens, qui touche au sacré, aux questions de vie et de mort." L’action sur le terrain lui manque. Il se souvient de sa dernière interpellation, en 2003. "C’était dans le 19e arrondissement, un type, identifié grâce à son empreinte génétique, il avait assassiné une commerçante avant de se masturber dessus..."

Aujourd’hui, ses missions sont vastes : il lui faut, entre autres, faire baisser les chiffres de la délinquance, achever la fusion dans le renseignement de la DST et des RG, préparer le déménagement du mythique 36, quai des Orfèvres, réorganiser la sécurité, accompagner la ministre de l’intérieur dans tous ses déplacements. Enfin, presque. Sa tutelle est double, puisque le ministère a été dépecé avec la création d’un pôle sur l’immigration, l’intégration et l’identité nationale dirigé par Brice Hortefeux.

Les arrestations d’étrangers en situation illégale ? "C’est tout à fait le travail de la police", affirme Frédéric Péchenard tout en cherchant à lui donner un sens. "Il faut cibler le travail clandestin, les filières d’immigration plutôt que d’aller prendre quelqu’un comme ça dans la rue". C’est aussi un défenseur acharné du fichage génétique, "au nom de l’efficacité", ce qui lui a valu le prix Big Brother 2006, décerné par une association de défense des libertés individuelles...

Bruno Beschizza, secrétaire général de Synergie-officiers, est formel : "C’est un type bien. Il s’est toujours intéressé au côté humain dans la police. En jouant avec l’affect, tu peux faire bosser les mecs." Joaquim Masanet, secrétaire général de l’UNSA-Police (réputé de gauche), le tient pour "un être humain très ouvert". D’autres, sous le couvert de l’anonymat, s’agacent de sa médiatisation grandissante et du cercle sarkozyste de plus en plus pesant dans la police. En 2006, la photo de Frédéric Péchenard, à la tête de la PJ parisienne, posant dans Paris Match bras croisés et pieds écartés sur les toits du 36, quai des Orfèvres, avait suscité ironie et irritation. Cette fois, c’est le titre de son livre, Gardien de la paix - ce qu’il n’a jamais été - qui lui vaut des critiques.

Fils unique issu de la bourgeoisie - il vit toujours dans l’hôtel particulier familial dans le 17e arrondissement de Paris -, il est devenu policier "par vocation" contre l’avis de son père, avocat et grand amateur de Proust. Péchenard est fidèle en amitié. Les déboires d’un ami commissaire mis en prison, injustement selon lui, pour complicité dans une affaire de stupéfiants lui ont inspiré un roman, Piège pour un flic (avec Luc Jacob-Duvernet, Ed. Anne Carrière, 2003).

Disponible, il juge "important d’entretenir des relations cordiales avec les journalistes", dont quelques-uns sont devenus des proches. Lui aussi a connu la tourmente - vite dissipée - lorsque Richard Durn, auteur de la tuerie du conseil municipal de Nanterre, s’est suicidé en se jetant le 28 mars 2002 par une lucarne du "36". Cet épisode l’a fait réfléchir. "Tant pis si un Richard Durn peut briser une carrière. Tant mieux si Nicolas Sarkozy peut l’accélérer."

Parcours

- 1957 : Naissance à Neuilly-sur-Seine.
- 1983 : Commissaire de police.
- 2000 : Chef de la brigade criminelle.
- 2003 : Sous-directeur des affaires économiques et financières.
- 2006 : Directeur de la police judiciaire parisienne.
- 2007 : Directeur général de la police nationale ; parution de "Gardien de la paix"

 

 

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01/07/2009

Thales radars porte-avions britanniques

Thales : Notification des radars pour les futurs porte-avions britanniques


Vue du futur CVF
crédits : ROYAL NAVY


12/02/2009


Thales Nederland, filiale du groupe français d'électronique, a annoncé hier la finalisation du contrat d'acquisition de deux radars S1850M par la Grande-Bretagne. Ces équipements constitueront le principal moyen de détection des deux futurs porte-avions de la Royal Navy, les HMS Queen Elizabeth et HMS Prince of Wales. Porté par l'« Aircraft Carrier Alliance » (ministère britannique de la Défense, BVT Surface Fleet, Babcock Marine, BAE Systems et Thales), le programme Carrier Vessel Future (CVF) verra la livraison des deux bâtiments en 2015/2016 et 2017/2018. Les radars devront, quant à eux, être fournis en 2011 et 2013.


Le radar S1850M (© : THALES)

Le S1850M est un radar de veille à longue portée (400 kilomètres) qui équipe également les nouveaux destroyers britanniques du type 45, ainsi que les frégates franco-italiennes du type Horizon. Thales souligne que le modèle retenu pour les CVF comprendra certaines améliorations par rapport à celui des T45, évolutions prenant en compte la mise en oeuvre du radar à partir d'un porte-avions.
Longs de 284 mètres pour un déplacement de 65.000 tonnes en charge, les Queen Elizabeth et Prince of Wales pourront embarquer 40 aéronefs, dont une trentaine d'avions à décollage court et appontage vertical F-35 B. Initialement, les navires devaient être livrés en 2014 et 2016 mais, cet hiver, le gouvernement britannique a annoncé un décalage de la construction d'un à deux ans. Or, ce délai supplémentaire tombe finalement bien, le programme F-35 ayant pris beaucoup de retard. De plus, la complexité du montage industriel retenu pour les CVF (construction en méga-blocs dans plusieurs chantiers puis assemblage final en Ecosse) laissait craindre d'éventuels retards par rapport au calendrier initial.


Le S1850M surplombera l'îlot avant (© : THALES)

 

Thales, ainsi que BAE Systems, VT Group, Babcock International, ses partenaires dans le consortium chargé la construction de 2 porte-avions britanniques, ont démenti hier des rumeurs selon lesquelles le projet était menacé par des surcoûts.

A en croire la BBC, le coût des travaux atteindrait désormais 5 milliards de livres sterling (8 milliards de dollars) contre 3,9 milliards auparavant.

Si le coût du projet est effectivement en cours de réévaluation, le secrétaire d'Etat britannique à la Défense, Quentin Davies, a assuré que le projet serait mené à bien. « Il n'y a aucun doute là-dessus. Nous allons fournir ce programme », a-t-il dit sur BBC News.

 

Publié le 30/06/2009 à 13:46 Le Point.fr

PLOMB DANS L'AILE

Dépassement de devis record pour les futurs porte-avions britanniques

par Jean Guisnel


Click here to find out more!

La BBC nous apprend que le projet de construction de deux porte-avions pour la Royal Navy est affecté par un dépassement de devis de 1 milliard de livres (1,17 milliard d'euros), soit près de 25 pour cent. Le programme serait passé de 3,9 milliards de livres (4,5 milliards d'euros) à 5 milliards (5,8 milliards d'euros). Les deux navires doivent respectivement entrer en service en 2014 ( HMS Queen Elizabeth ) et en 2016 (HMS Prince of Wales ). La construction en tronçons des deux sisterships est prévue aux chantiers écossais de la Clyde, mais les industriels y participant (BAE System, VT Group, Babcock et Thales), dont la BBC cite un rapport confidentiel, estiment qu'ils vont devoir s'engager dans un "vrai combat pour la survie du programme". Alors que 4.000 emplois dépendent du projet, 500 d'entre eux pourraient être supprimés pour garantir sa poursuite. Les dérives de coûts demeurent un grand classique des programmes militaires, tous pays confondus.

 

 

Thales à bord des deux porte-avions britanniques

Le 04 juillet 2008 par Rédaction L'Usine Nouvelle

* Mots clés : Thales

 

Les contrats portant sur la construction des deux porte-avions destinés à la Royal Navy ont été conclus hier entre le Ministère de la Défense britannique (MoD) et les industriels. Parmi eux, Thales UK, qui aura en charge la conception et l'ingénierie pour un montant de 425 millions de livres, soit plus de 535 millions d'euros. « Au sein de l'Alliance conclue entre le MoD et l'industrie, Thales UK a pour responsabilité de diriger les équipes chargées de la conception de la plate-forme, des systèmes d'alimentation et de propulsion, et de l'aviation », a commenté Alex Dorrian, P-DG de Thales UK.

L'ensemble des contrats attribués par le MoD représente un montant  d'environ 3,8 milliards d'euros. Le plus gros contrat revient à BVT surface street, une coentreprise de VT Group et BAE Systems, pour près de 1,67 milliard d'euros. Les deux porte-avions, le Queen Elizabeth et le Prince of Wales, devraient respectivement entrer en service en 2014 et 2016. Le projet avait été annoncé par le gouvernement britannique il y a un an.

Adèle Bouet

 

spip.php?page=pdfarticle&id_article=10268

 

 

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