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27/01/2010

Du prétendu droit du public de ne pas vouloir savoir, de l'auto-censure et de la collaboration des médias

document vidéo "Pas vu, Pas pris" de Pierre Carles (1998)

article "Censure, autocensure: maladies des médias ? Entretien avec Michel Polac, propos recueillis par Isabelle Veyrat-Masson Le Temps des médias n°1, automne 2003.

Pour un numéro sur « Interdits », il nous a paru légitime de rencontrer Michel Polac, dont la longue carrière dans l’audiovisuel fut marquée à plusieurs reprises par son audace retentissante, mais aussi par la répression dont il fut victime. Né en 1930, il commence sa carrière à la radio en 1951 dans Entrée des auteurs. En 1954, il crée avec François-Régis Bastide, Le Masque et la Plume. Il entre à la télévision en 1966. Ses sujets de prédilection appartiennent au domaine culturel mais, à partir de mai 1968, les questions sociales et politiques le passionnent également : il les aborde avec fougue et subjectivité à travers des fictions et de grands débats télévisés.

Comment définiriez-vous la censure [*] ?

La censure, une interdiction qui vient de la direction, elle-même saisie par le gouvernement ou par un ministre, ou alors, cas plus compliqué, par un groupe financier qui a des moyens de pression sur une radio ou une télévision ; situation finalement plus rare qu'on ne le croit. Car le mécanisme est plus subtil que cela. L'audiovisuel a connu des cas de censure violente, j'en ai vécu moi-même quelques-uns, j'en ai même été victime une fois ou deux. Mais ce qui est beaucoup plus grave, c'est l'autocensure, c'est-à -dire la peur de déplaire aux pouvoirs, à son chef de service, au ministre ou à je ne sais qui. J'en ai connu des exemples innombrables, quasi quotidiens. C'est la maladie des médias et surtout de l'audiovisuel. Dans les journaux, les rôles sont mieux définis à l'avance : on connaît les sujets a priori tabous, qui tiennent à la ligne du journal. Dans l'audiovisuel, en revanche, tout reste beaucoup plus vague. Chaque émission peut être touchée ; c'est ce qui fait le « charme » de l'audiovisuel !

Ma première expérience de la censure date de 1948, alors que je travaillais à la radio, au Club d'essai. Une émission d'Artaud (l'année de sa mort), absolument terrifiante, magnifique, a été interdite. Cela a fait scandale, mais dans un milieu assez restreint : c'était Artaud, et il n'était pas très connu. J'ai réagi personnellement. Je lui ai consacré ma première émission à la télévision, à 18-19 ans, pour protester contre la censure qu'il avait subie.

Pourquoi, Artaud avait-il été censuré ?

Le texte qu'il lisait, Le jugement de Dieu avait été jugé blasphématoire et obscène, parce qu'il parlait de merde, de Dieu, de sperme. C'était un grand délire poétique qu'il proférait en hurlant. Les gens qui l'admirent terriblement disent que Artaud n'était pas fou, mais tout de même… L'émission était intéressante. Sous forme de monologue, elle posait justement la question de la folie, du génie poétique et de l'interprétation. Interdite pendant des années, elle n'est sortie en disque que dans les années 1980.

La radio avait alors un impact considérable. Le Club d'essai, que seuls les auditeurs parisiens pouvaient recevoir, était un espace extrêmement libre, dirigé par un poète, Jean Tardieu. Nous dépendions de la RTF ; mais nous étions à l'écart, dans un hôtel particulier, rue de l'Université. Tardieu était le patron idéal. Il nous laissait faire tout ce que nous voulions. Pourtant, il y avait chez nous une certaine autocensure ; à part l'aventure Artaud, on n'aurait pas eu l'idée de proposer un texte érotique, je ne veux même pas dire pornographique. On n'y pensait même pas. Nous avions intériorisé nos droits. À la même époque, certaines revues littéraires publiaient des textes osés, mais on ne l'imaginait pas en radio. J'étais particulièrement jeune ; mais les gens plus âgés que moi n'ont pas pris de risques non plus. Je n'ai pas entendu parler d'un sujet refusé, d'un texte écarté, jamais.

Là où j'ai commencé à connaître la censure, c'est lorsque la guerre d'Algérie a commencé. Le ministère des Armées intervenait sous prétexte d'« atteinte au moral de l'armée », à la « dignité » de l'armée, à « l'honneur » de l'armée… Nous n'avions pas d'avertissement, mais de simples remarques de notre directeur. Il faisait savoir à la direction – pas au Club d'essai – qu'il avait reçu une lettre du ministère des Armées pour telle ou telle raison. Mais ça ne dépassait pas l'écho amusé de notre patron, Paul Gilson.

Il s'agissait alors surtout de pressions…

Oui, mais il faut signaler une exception de taille qui concerne cette époque de la guerre d'Algérie. J'ai travaillé un tout petit moment à Europe n° 1, et j'ai assumé, avec Jacques Florent, la nuit des barricades à Alger. On recevait des documents, on les montait, on les diffusait au fur et à mesure, le soir et toute la nuit ; sans la moindre censure. Nous faisions tout ce que nous voulions. Les réactions sont venues plus tard : on n'a plus fait appel à moi…

À la télé, s'agissant de la guerre d'Algérie, la censure était beaucoup plus forte. À Cinq Colonnes à la une, les pressions s'exerçaient sur Lazareff, Desgraupes et Dumayet. Certains sujets n'étaient pas abordés. D'ailleurs, la guerre d'Algérie a été très mal traitée à la télévision. Les problèmes étaient escamotés. J'ai vécu cela de l'intérieur, à une époque où je débutais à la télévision. Une fois, on m'a demandé pour Cinq Colonnes à la Une – c'était assez tardif, aux alentours de 68 – de faire un sujet sur les premiers hippies à Goa. Or, la direction de l'époque a interdit que nous traitions ce sujet parce qu'il touchait forcément au haschisch, à la drogue. Nous avions déjà nos billets ; nous avions même été vaccinés ! Cette histoire témoigne d'un durcissement moral. Il ne fallait surtout pas faire de la publicité à des mœurs qui allaient corrompre la jeunesse. Mais la télévision a connu une censure beaucoup plus rude dans d'autres occasions.

À votre avis, le gouvernement était-il alors en phase avec l'opinion publique ?

Non, non, on avait très souvent conscience qu'ils étaient en retard sur l'évolution des mœurs. Il ne faut pas oublier que le grand cas de censure de l'époque, c'est la mise à la porte d'une speakerine qui avait porté une jupe trop courte [1]. On avait vu ses genoux ! Ce qui allait devenir banal un an ou deux après. Elle a été renvoyée parce qu'elle était un peu en avance… C'est hallucinant !

Quels étaient les principaux sujets d'interdiction ?

La guerre d'Indochine, la guerre d'Algérie, et tout ce qui pouvait toucher à la sexualité dans les mœurs. Jusqu'en 1958, la censure s'exerçait surtout à propos de la guerre d'Algérie. Avec De Gaulle, elle s'est étendue aux mœurs. Et puis, avec Peyrefitte, ce furent des interventions permanentes. Sur la politique surtout. Moi, je n'étais pas à l'Actualité. Je ne travaillais que dans le culturel et là , nous n'étions pas gênés. Mais, pour ceux qui travaillaient à l'Information, un contrôle constant s'exerçait sur tout ce qui pouvait favoriser l'opposition ou lui donner trop de place.

Quel était votre statut à la radio puis à la télévision ?

J'ai toujours gardé le même statut, l'équivalent de pigiste dans la presse, ce qu'on a appelé ensuite un intermittent du spectacle, comme un comédien au cachet. Je n'avais pas de contrat. Je suis devenu réalisateur plus tard. À la radio, j'étais producteur-animateur. Je suis ensuite devenu réalisateur, quand j'ai commencé à faire des petits sujets, pour Dim-Dam-Dom, puis dans mes propres émissions littéraires à la télé. Je suis passé réalisateur complet, de fiction, après avoir fait mon premier long métrage, en 1969. Après 1968, la censure a commencé à agir. Mon premier film n'a pas eu de problèmes. Mais mon deuxième film, réalisé pour la télé, Demain la fin du monde, a eu des démêlés insensés. Il a été censuré alors que ce n'était pas un film directement politique. Il s'agissait de l'histoire d'un bourgeois classique qui, brusquement, craquait et abandonnait tout, sa famille, sa vie, son métier, pour devenir clochard dans les rues de Paris. Ils ont cherché des prétextes pour me censurer. Mais j'ai trouvé des défenseurs à la télé. Ils m'ont alors demandé deux coupures en espérant que je refuse ; mais j'ai biaisé jusqu'au dernier jour en prétendant avoir coupé. En réalité je n'ai écarté que quelques images. Ils m'ont fait tomber deux mois après…

Il y avait une scène où mon personnage était au lit avec une fille. Il a fallu tout d'abord couper le plan où l'on apercevait un bout de sein de la fille. Dans son délire, le personnage pensait qu'on les regardait. Pour ne pas avoir d'ennui avec la censure, au cas où des imbéciles ne comprennent pas, la fille se levait, ouvrait la fenêtre et on voyait qu'ils étaient au quatrième étage. Elle lui disait « mais écoute, tu rêves… ». Et bien notre PDG de l'époque m'a dit : « Monsieur, on ne montre pas des voyeurs à la télévision française ! ». Cet exemple est tout de même assez fabuleux !

Il y avait aussi une très forte censure sur le vocabulaire : on n'aurait jamais dit à l'époque « quel con ! ». Mais c'était surtout une autocensure. En fait, la direction n'avait pas tellement à intervenir parce qu'on était sage. La pression sociale suffisait : elle faisait qu'à la radio et à la télé, certaines choses ne se disaient pas ou ne se montraient pas.

Après 68, tout a basculé, parce qu'on a commencé à se révolter beaucoup plus directement ; c'est pourquoi bien des gens ont été renvoyés. Bref, je crois que mon incident avec Demain la fin du monde est typique, d'un côté d'un durcissement, de l'autre de notre volonté de casser un peu le système.

Quelle a été votre toute première émission de télévision ?

Ce fut Dim Dam Dom avec Daisy de Galard. Pour moi, ce devait être une sorte de Cinq Colonnes à la Une féminin et, pour Daisy de Galard, l'équivalent d'un journal féminin du type Elle, dont était la rédactrice en chef. Il y a donc eu divergences entre nous sur la conduite de cette émission. Je me suis pourtant beaucoup amusé à la faire pendant un an : dans l'esprit de Daisy de Galard. Mais on était de plus en plus loin de Cinq colonnes. Alors je suis parti. Assez vite, le nouveau directeur m'a alors donné une autre émission, parce qu'il pensait que j'étais protégé. Daisy de Galard avait, en effet, obtenu cette émission grâce à Olivier Guichard qu'elle épousa plus tard : situation très typique des mœurs de l'époque, des difficultés des femmes à s'imposer à la télévision, mais aussi des protections gouvernementales, souvent nécessaires pour produire des émissions. J'ai profité d'un quiproquo.

L'émission s'appelait Bibliothèque de poche ?

Oui, et cette émission a été arrêtée brutalement en 68, parce que je l'avais fait évoluer vers des sujets plus audacieux. Au début, c'était une émission de culture populaire. Bibliothèque de poche abordait les livres que l'on trouvait alors en livres de poche, Balzac, Stendhal, etc. Et puis, peu à peu, j'ai réalisé des numéros spéciaux sur Henry Miller, Gombrowicz, Céline. Cela a commencé à déplaire assez sensiblement. Et puis j'ai franchi un autre pas en faisant des lectures d'hommes politiques. La direction m'a demandé sur quels noms je voulais travailler. On est tombé d'accord sur deux de l'opposition, deux de la majorité : Olivier Guichard et Edgar Faure pour la majorité, Jacques Duclos et François Mitterrand pour l'opposition. Or, Mitterrand était à l'époque interdit de télévision (il l'était d'ailleurs aussi un peu avant). Ils m'ont laissé faire. Mais ils ont supprimé l'émission dès la rentrée suivante… Cette histoire est typique de la télévision.

C'était la seule raison ?

La principale raison, en tout cas. Mais il est vrai que la coloration générale que je donnais à l'émission ne plaisait pas : en 1968, membre de l'Intersyndicale, j'avais perdu mon statut de bon jeune homme de la télé. J'avais fait aussi un film qui avait plu et contribué à changer mon image.

Qui prend la décision d'arrêter telle ou telle émission ?

Là , c'était le directeur général de l'ORTF, nommé en juin 1968, Jean-Jacques de Bresson, ancien procureur, membre du Comité central du parti gaulliste. Il avait été choisi pour faire le ménage. Il décidait tout seul.

Ensuite vous faîtes tout de même Post Scriptum ?

Oui, c'est toujours pareil, il y a un côté paternaliste à la télévision. On trouve toujours des gens qui vous aiment bien. Ce n'est pas antipathique, finalement. Ainsi, Caroline Rueff (fille de Jacques Rueff), une collaboratrice de la chaîne, m'a défendu chaudement. Elle s'est battue pour moi, et m'a décroché une émission qui est devenue Post Scriptum. Elle passait à 11h du soir, n'avait pas de budget. C'était un petit café littéraire. Je lui ai imprimé une tournure assez contestataire, du genre de Droit de Réponse, en invitant des étudiants. Les sujets traités étaient assez audacieux pour l'époque : j'ai bien dit pour l'époque, parce qu'aujourd'hui elle n'aurait aucun effet… Je suis « tombé » au bout de six mois. Monsieur de Bresson ne supportait pas que je reçoive des étudiants et des écrivains qui, parfois, n'avaient pas leur langue dans leur poche.

J'ai fait une émission à propos de l'inceste autour du film Le souffle au cœur, avec Louis Malle, Alberto Moravia et le professeur Grassé, un biologiste très anti-darwinien qui a été absolument choqué que l'on fasse allusion à l'inceste d'une manière aussi humoristique. En effet, Moravia racontait des tas d'histoires d'inceste chez des paysans et cela faisait beaucoup rire sur le plateau ! Pour Moravia et Louis Malle, l'inceste n'était pas un drame. Grassé, qui faisait partie d'un Comité, s'est plaint et l'émission a été interdite, immédiatement suspendue. [2]

Mais n'y avait-il pas une apologie de l'inceste dans cette émission ?

Non, absolument pas. Mais il apparaissait, dans l'esprit post-soixante-huitard que l'inceste n'est jamais qu'une convention de certaines sociétés. C'était le sujet du film, puisque dans celui-ci la mère finit par faire l'amour avec son fils et ça se passe dans la joie. Avec le recul, je dirais que cela faisait vraiment partie des folies post-soixante-huitardes. On s'est aperçu depuis que l'inceste n'était pas anodin. Avec le recul, je pense qu'il y avait matière à scandale, mais pas dans la forme. Ce qui s'y disait n'était pas grave. J'ai revu l'émission : elle est amusante, absolument pas provocatrice, sans prêchi-prêcha pour l'inceste, pas une seconde. Il n'y a rien de malsain. Elle est anodine.

Vous avez dit que l'interdiction de cette émission sur l'inceste fut le prétexte à l'interdiction car « la suivante prévue sur le féminisme et l'avortement faisait encore plus peur » [3]. Quelle était cette peur ?

Ils ne l'auraient pas supprimé aussi vite. Mais ils ont su que j'avais prévu d'inviter Delphine Seyrig qui était au cœur de la lutte des femmes et du mouvement pour l'avortement. Ils se sont donc dépêchés de supprimer l'émission avant qu'on ait pu parler de ces sujets. Elle était pourtant programmée, et c'est sur le plateau même de l'émission que j'ai dû annoncer son arrêt à Delphine Seyrig et aux autres invités.

À cette époque, les conservateurs s'opposaient à l'évolution des mœurs car, pour eux, changer les mœurs signifiait changer les rapports politiques, et, du coup, favoriser la gauche. Il y avait également un anticommunisme violent. Situation paradoxale, car il n'y avait pas plus conservateurs que les communistes ! Avec 68, les conservateurs s'étaient rendus compte de leur fragilité. Ils ont eu peur des images, peur de la jeunesse. De mon côté, je n'ai jamais fait venir de militants. Mon intérêt était culturel.

Avant d'arrêter Post Scriptum, on vous a cependant proposé de rendre mensuelle une émission jusque-là hebdomadaire ?

Voilà comment cela s'est passé. C'était très typique, et la France est sur ce terrain très subtile. Le PDG a décidé d'arrêter complètement l'émission. Le ministre de la Culture, Jacques Duhamel, qui passait pour un libéral, a tout de même été averti. Il a demandé qu'on la conserve une fois par mois. J'ai refusé parce que, matériellement, cette solution était inacceptable. Il fallait que je paie mon mon équipe. Pour qu'elle gagne un mois normal, il était nécessaire qu'elle travaille chaque semaine. Mes collaborateurs étaient payés à l'émission, comme moi. De plus on savait que ce type d'émission ne marcherait pas mensuellement. C'est une question d'accroche…

Est-ce que le « grand public » de la télévision était en accord avec cette frilosité générale ?

Non, je ne pense pas. Mais, à cette époque, après 68, de Gaulle considérait que la télé était son outil de travail, qu'elle était à son service. C'est lui qui a donné cette habitude de censure et d'autocensure. Alain Peyrefitte était chargé de transmettre ses ordres. Rien ne se faisait sans passer par le cabinet de Peyrefitte. Même pour le premier numéro de Dim Dam Dom, on a fait une projection devant Peyrefitte, Guichard, bien sûr, et le directeur de l'époque, Contamine, un homme terriblement répressif.

Quel est le rôle de la provocation ? N'y a-t-il pas chez vous un plaisir particulier à frôler la censure ?

Sur ce plan, ma méthode était assez particulière. Parce que c'est conscient…

…et récurrent ?

Et récurrent ! La provocation est d'abord dans mon caractère. Je n'aime pas refaire deux fois la même chose, il faut surprendre chaque fois. Pour surprendre, il faut provoquer. C'est une technique. Mais il est un autre aspect, important pour une émission de débat : psychologiquement, il faut désarçonner les gens qu'on interroge. S'ils viennent avec leur discours préparé, cela n'a aucun intérêt. Il faut donc les surprendre pour que leur réponse soit elle-même surprenante, et qu'ils dévoilent quelque chose. C'est une sorte de dévoilement de la vérité. On voit tout à coup sur un visage une surprise, une peur, l'angoisse d'une réponse dangereuse. Il faut préparer des questions d'une certaine façon et provoquer en confrontant des gens qui ne s'attendent pas à être mis en face de l'autre. C'est pourquoi, quand j'ai repris la formule de Post Scriptum en faisant Droit de réponse, j'ai ajouté des invités ; c'était une technique pour provoquer. Il y avait quelqu'un dans la salle dont l'invité principal ignorait tout et, brusquement, il l'entendait lui dire quelque chose qui le désarçonnait.

J'ai presque eu honte de faire ainsi souffrir certains intervenants. C'est pénible parfois de jouer les procureurs.

Éprouve-t-on un plaisir particulier à tirer la barbichette du censeur ?

Oui, mais j'avais surtout le sentiment du devoir à accomplir. Ce n'était pas un plaisir gratuit. Je ne m'en prenais pas aux gens, mais à une profession, à une administration : l'administration pénitentiaire, la DASS, par exemple, qui avait un système d'adoption ridicule, les notaires, les syndics de faillite… Ou alors – exceptionnellement comme l'émission sur Robert Hersant – parce qu'il avait voulu s'y prêter.

J'avais le naà¯f espoir que cela changerait quelque chose. J'ai toujours espéré changer les choses.

En 1981, André Harris fait appel à vous. Vous êtes rappelé comme symbole de la nouvelle télévision, celle de la gauche au pouvoir…

Oui, encore qu'ils sont arrivés au pouvoir en mai et, pendant toute la période d'été où ils ont nommé de nouveaux patrons, créé de nouvelles émissions et fait des tas de projets, personne ne m'a contacté. Je n'ai jamais été inscrit à un parti ; j'étais totalement indépendant. C'est Harris, pour qui j'avais travaillé à Zoom et à 16 millions de jeunes qui a pensé à m'appeler. Nous étions déjà à la mi-septembre, et les programmes étaient bien avancés. Toutes les autres chaînes avaient commencé leurs projets et je pensais ne rien avoir. J'avais un film en préparation (à l'époque je faisais des téléfilms). à‡a a été un miracle que Harris pense à moi.

C'est vous qui lui avez présenté un projet ?

Non, mais je me disais tout de même qu'ils auraient pu songer à moi comme symbole du retour à une télé plus libre. Et ça s'est fait finalement.

Harris ne m'a jamais dit avec qui il avait discuté de mon retour : Mitterrand ? Mauroy ? Je n'ai jamais su si c'était de sa propre initiative.

Vous aviez des relations particulières avec la gauche ?

Aucune. J'étais totalement apolitique. J'ai été un peu libertaire, gauchiste tout de suite après 1968, mais plus culturellement que politiquement. J'ai fondé un groupe d'action intersyndicale en 1968 qui s'est transformé en syndicat CFDT des producteurs. Mais je ne m'y suis pas inscrit. Le syndicalisme n'était pas pour moi.

Lorsque vous commencez Droit de réponse, avez-vous le désir de dénoncer…

Non, pas du tout. C'était plutôt la reprise de Post-Scriptum, une émission culturelle avant tout.

L'évolution est venue d'un livre dont le thème était la violence. Et, à partir de là , on a abordé des questions plus politiques. C'est assez curieux, tout s'est passé au cours de la préparation. Je suis assez pragmatique, et je me suis dit : « on va voir ». J'ai senti l'air du temps. Mais on a gardé beaucoup de culturel pendant 6 ou 7 émissions. Peu à peu, on a vu ce qui accrochait. Or, à 20 h 30, une émission purement culturelle n'attirerait pas le public. Je me suis pris au jeu parce que j'ai vu très vite le nombre d'affaires que personne n'osait traiter, le poids de la censure que je ne soupçonnais pas moi-même. Je faisais partie de ces gens de l'audiovisuel tellement intégrés qu'ils ne voyaient pas ce qui était caché. Par exemple, quand je faisais Bibliothèque de poche, j'avais proposé de faire un sujet sur l'architecture. Il avait été refusé parce qu'il y avait des enjeux, l'immobilier, les scandales… Ils ne voulaient pas.

À Droit de réponse, j'ai donc fait une émission sur l' « architecture ». Et là , j'ai recueilli des témoignages insensés, expliquant que, pour travailler, il fallait absolument être inscrit dans un parti. J'ai découvert aussi le problème des caisses noires. Tout cela est sorti. J'ai réalisé à quel point ces questions étaient étouffées et n'étaient jamais traitées à la télévision. Cela m'a explosé à la figure. Mais je n'ai pas eu de censure. Le premier cas de censure, c'est quand j'ai voulu faire une émission sur l'espionnage et les agents secrets. Le responsable du service dont je dépendais est venu me voir de la part du PDG pour me dire qu'il m'était interdit de faire ce sujet. Je lui ai dit qu'il pouvait dire « merde » au patron, qu'on ne m'avait jamais interdit quoi que ce soit, que ce n'était pas aujourd'hui que j'allais commencer… Du coup, ils se sont tus. Mais je n'ai pas fait cette émission pour d'autres raisons.

Il fallait réagir de telle façon qu'ils n'oseraient aller au-delà , tout de suite leur faire comprendre qu'il n'était pas question de me laisser imposer des choix, un type d'émission ou de m'interdire de faire quelque chose. Je n'ai donc pas eu beaucoup de problèmes de censure. Il ne faut pas entrer dans l'engrenage de la discussion. Nous avons conçu une émission sur la Roumanie avec des dissidents – c'était l'époque du « parapluie bulgare ». Or, les dissidents étaient très menacés. Nous avons reçu un coup de téléphone de Claude Cheysson nous prévenant que Ceaucescu devait venir la semaine prochaine et que ce n'était pas le moment de passer cette émission. Il demandait seulement qu'on la retarde. On lui a dit que l'émission était déjà programmée dans les journaux, que les dissidents allaient faire du grabuge. Il a accepté. L'émission s'est faite. En représailles, la Roumanie a refusé de signer un contrat de 5 milliards avec Citroà« n.

Qu'est-ce qui vous conférait cette force ?

Un succès énorme. Nous étions protégés par nos millions de téléspectateurs. On a eu un autre problème avec le dictateur du Gabon. Un livre contre lui venait de sortir. Roland Dumas (alors ministre des Affaires étrangères) nous a fait dire qu'il menaçait de nationaliser les pétroles du Gabon si on en parlait. On a trouvé cela un peu lourd. C'est la seule fois où je suis intervenu auprès de la revue de presse : j'ai expliqué au journaliste que si l'on citait l'assassinat de l'amant de Madame Bongo, il y aurait des conséquences terribles. Je leur ai demandé de ne pas parler de cet épisode. Ils ont tous accepté. Mais un journaliste arrivé en retard, et n'ayant pas entendu mes recommandations, en a parlé !

Est ce que les pétroles du Gabon ont été nationalisés ?

Non, pas du tout.

Parmi les différents « prétextes » à la censure : la politique, l'économique, l'audience, les mœurs, lesquels vous semblent les plus puissants

C'est très difficile à dire. Pour ce qui concerne les mœurs, la France n'a pas suivi la dérive anglo-américaine : la prudence a toujours prévalu. Faire une émission sur Mazarine Pingeot ne m'intéressait pas du tout. On ne parle pas des amants ou des maîtresses…

La plus grosse censure est tout de même d'ordre économique. Quand Bouygues a été nommé, j'ai dit à le Lay que s'ils me laissaient traiter les sujets comme avant, cela ne me gênait pas d'avoir un patron du privé. Il m'a dit : « vous êtes libre ». Je lui ai alors demandé, un brin provocateur, « et si je traite un sujet qui concerne le bâtiment, vous me laisserez faire ? ». « Oui, oui, absolument » m'a-t-il répondu. Le premier sujet de la rentrée fut forcément le pont de l'île de Ré, sujet qui m'avait d'ailleurs été proposé par Cousteau, qui s'est « dégonflé » et n'est pas venu à l'émission. Bouygues m'a laissé faire : il a même voulu m'aider. Il m'avait offert un contrat royal. Moyennant quoi, il s'est dit qu'au prix où il me payait, je n'allais pas me rebeller contre lui… Je ne me suis pas rebellé, mais j'ai laissé parler. Il était furieux. Il a supprimé l'émission avant de me licencier. Ce qui était un cas très nouveau : un patron de chaîne privée interdisant puis licenciant quelqu'un pour le traitement d'un sujet qu'il avait lui-même autorisé ! J'ai fait un grand battage, partout, même très loin (en Allemagne) pendant des mois, et j'ai expliqué combien cet exemple était typique des conséquences de la privatisation de l'audiovisuel. Le dessin de Wiaz [4] était un prétexte. La vraie raison est ailleurs : j'avais évoqué la construction du pont par Bouygues ; un pont sans permis de construire. J'avais montré qu'il était tout puissant, qu'il faisait ce qu'il voulait.

Les radios privées ont toujours ces problèmes-là . Aujourd'hui encore, on n'attaque pas non plus Hachette-Lagardère sur les radios qui leur appartiennent.

[*] Propos recueillis le 28 mai 2003.

[1] Noà« lle Noblecourt (1964).

[2] mai 1971.

[3] « Littérature et télévision », Cinémaction, mai 1996.

[4] Un dessin de Wiaz, passé à l'antenne pendant le débat (comme c'était la tradition à Droit de réponse), montrant Bouygues, avec la légende « Une maison de maçon, un pont de maçon, une télé de “m…†», qui justifia officiellement l'arrêt de l'émission le 19 septembre 1987.

 

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25/01/2010

Résumé du discours du Président de la république: Français, Ayez confiance !

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21:48 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Nicolas Sarkozy de N.B., Président de la République Française, choisit «Fernsehsender 1 Paris» pour son allocution.

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Vous vous souvenez de cette lâche agression du père de tous les Français par le technicien-son de France 3 bolchoï ?

 

Notre cher Président de la République avait aussi été agressé par une jeune esthéticienne, à Vesoul. Elle a refusé de serrer la main présidentielle !

 



Donc, pour éviter une situation fâcheuse à quelques semaines des élections régionales, la Propaganda Staffel a préférée s'encadrer de personnel qualifié et "motivé".
En choisissant «Fernsehsender 1 Paris» manifiquement installée dans les vastes locaux de l'ancien théâtre-dancing «Magic City» au 188 rue de l'Université et sur la «Pension de famille de l'Alma» au 13-15 rue Cognacq Jay, le Président donne un signe fort aux travailleurs et travailleuses épargnées par la crise. Choisir les entreprises privées !
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19:32 | Lien permanent | Commentaires (0) |

24/01/2010

Les préparatifs du triomphe de la volonté de Nicolas Sarkozy de N.B., qui répondra aux Français* lundi 25 janvier 2010 sur TF1

* avec un nombre limité d’interlocuteurs ou d'interlocuteurs limités.

 

Lundi 25 janvier au soir, le  président de la République Française, Nicolas Sarkozy de N.B., répondra d’abord aux questions (préalablement préparées par la Propaganda Staffel) de Leni Ferrari pendant le journal de 20 heures.

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Leni Ferrari en repérage sur le plateau de tournage l'émission du lundi 25 janvier 2010 (crédit photo Propaganda Staffel)

 

Le président de la République Française, Nicolas Sarkozy de N.B., participera ensuite à une émission spéciale d’une heure environ «Paroles de Français» (clin d'oeil à l'émission radiophonique des résistants de Radio Paris des années 1940-1944), animée par Heinrich Pernaut, au cours de laquelle il dialoguera avec une dizaine de personnes françaises (préalablement choisies par le haut secrétariat de l'identité nationale et de l'interdiction de débarquer sur les plages Corse)**.

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Derniers préparatifs et répétitions pour le public de l'émission de Heinrich Pernaut (crédit photo Propaganda Staffel )

 

**Afin de préparer son allocution, le président de la République Française, Nicolas Sarkozy de N.B., a appelé ses fans sur le site Facebook.

Gilbert Montagné, secrétaire de l'identité nationale des compositeurs handicapés français a, quand à lui, appelé ses électeurs sur le site Optic 2012.

 

 

 

créé en pensant à Consanguin ;o)

 

23:56 | Lien permanent | Commentaires (3) |

Election régionales 2010: Rachida Dati drague les consanguins...

 

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Vers une politique de la génétique eugéniste consanguine: "la diversité dans l'unité".

(Photo © Patrick Bernard/ABACAPRESS.COM - IP3 PRESS/MAXPP - montage lepoint.fr)

Rachida Dati se définit comme "pas sectaire" et considère "qu'on a caricaturé les électeurs du Front national" alors qu'il faut "aller à leur rencontre", dans un entretien dimanche au Parisien . "Je tiens toujours à ouvrir mes réunions à tous, qu'ils soient sympathisants de l'UMP, du PS ou du FN. Je ne suis pas sectaire. Je considère notamment qu'on a caricaturé les électeurs du FN et qu'ils se sont sentis abandonnés"..."C'est important d'expliquer, d'aller à leur rencontre, de leur dire quels sont nos convictions, nos projets. Je le répète. Il ne faut craindre aucun débat".(Le Point du 24/01/2010)

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L'eurodéputée, qui devrait revêtir la robe d'avocate avant la fin du mois de janvier, avait ainsi clairement soutenu le ministre de l'Immigration Éric Besson et le débat sur l'identité nationale qu'il a lancé. "Il faut rester vigilants sur nos valeurs et nos principes" qui "nous permettent à tous de vivre ensemble", avait expliqué la maire du 7e arrondissement de Paris à la fin du mois d'octobre dernier. "En tant que député européen, on me demande dans de nombreux pays européens de faire des interventions sur le succès de notre politique d'intégration", avait-elle témoigné. Il faut que "la diversité qu'est notre pays dans son peuple, sa culture, sa tradition", soit "préservée dans l'unité", affirmait Rachida Dati, soulignant qu'il n'y a "pas qu'un volet immigration ou intégration dans cet aspect identité nationale, mais ça en fait partie".(Le Point 24/01/2010)

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Police politique, officines privées, barbouzes, qui manipule qui de "Solidarité et défense des libertés à Mouvement Initiative et Liberté"...Pourquoi la tuerie d'Auriol ?

Comme documentaire vidéo, je n'ai trouvé que celui-çi, de l'émission "Faites entrer l'accusé"...Hondelatte débute par: "Pourquoi...on ne le saura jamais"...

A Auriol, la famille de Jacques Massié - chef du SAC, l'opaque Service d'Action Civique - a disparu ; dans sa maison les forces de l'ordre découvrent les traces d'un massacre. Trois membres du SAC et l'instituteur Jean-Bruno Finochietti sont inculpés pour homicide volontaire. Alors que seul le corps de Jacques Massié a été retrouvé près de Nans les Pins -, les gendarmes continuent les fouilles pour retrouver les cinq autres victimes de la tuerie.

Le 19 juillet 1981, à Auriol, un maçon remarque une épaisse fumée qui s'élève de la villa de Jacques Massié, inspecteur de police et militant RPR. Les gendarmes découvrent sur place de nombreuses traces de sang et constatent la disparition de six personnes : Jacques Massié, son épouse Marie-Dominique, leur fils Alexandre âgé de sept ans, ses beaux-parents Jules et Emmanuelle Jacquèmes, et son beau-frère Georges Ferrarini. C'est Jacques Massié qui était visé, en tant que responsable régional du SAC, Service d'Action Civique, service d'ordre d'origine gaulliste, créé en 1960 et qui a fait parler de lui, dans la région, à diverses reprises pour ses accointances avec le "milieu".

Les conditions de ce massacre sont connues lorsque trois militants du SAC sont interpellés (un instituteur, un patron d'entreprise de peinture et un ancien légionnaire converti en commercial). Ils nient leur implication, mais la police retrouve les empreintes de l'instituteur, qui finit par avouer l'assassinat des six personnes. Le même jour, le corps de Massié, tué à l'arme blanche, est retrouvé au col du Petit-Galibier, dans le Var ; le 30 juillet, les cinq autres cadavres sont découverts au fond d'un puits de mine désaffectée au Luc (Var). Le commando était constitué de cinq membres du SAC. Le commanditaire serait Jean-Joseph Maria, adjoint de Massié dans cette police parallèle, désireux de se débarrasser d'un chef trop encombrant qui menaçait de communiquer des documents compromettants. Maria sera condamné à la perpétuité ; Pierre Debizet, patron national du SAC sera inculpé d'homicide volontaire et de séquestration. Incarcéré six semaines, il bénéficiera d'un non-lieu en 1984. Ce massacre révèle un noyautage de la police marseillaise par les "barbouzes" et conduit à la nomination d'une commission parlementaire, dont l'enquête aboutira à la dissolution du SAC le 3 août 1982.

Bibliographie :

François Audigier, Histoire du SAC, Paris, Stock, 2003.

Marina Massié, Tuerie d'Auriol, la vie d'une rescapée, France Europe éditions, 2006.

Alex Panzani, La tuerie d'Auriol, éd. J'ai lu, Crimes et enquêtes, 2001.

 

Le MIL a plus d’un tour dans son SAC

 

Paru dans le revue Reflexes - Numéro 49 - Mai 1996

En juillet 1981, la tuerie d’Auriol (meutre de l’inspecteur Massié et massacre de sa famille) fait ressurgir sous les feux de l’actualité un sigle qui avait connu son heure de gloire durant les années 1960-1970, celui du Service d’Action Civique (SAC). Ce mouvement est issu en 1958 du Service d’ordre du Rassemblement du Peuple français, lointain ancêtre du RPR. Le SAC se veut alors une sorte de garde prétorienne, exclusivement rattachée à la personne du Général De Gaulle, en dehors de tout parti politique. Il bénéficie ainsi d’une sorte de label officiel qui lui permettra d’avoir grandes et petites entrées dans l’appareil d’État ainsi que de la complicité active et passive une partie de la hierarchie policière. Cette proximité du pouvoir expliquant également l’attrait que le SAC va provoquer chez des truands en mal d’impunité. Mais les événements de mai 1968 vont faire vaciller le pouvoir, l’onde de choc finissant même par déboulonner le Général de Gaulle en 1969. Dès lors le SAC va se tranformer.

 

Il deviendra tout d’abord un prestataire de servics auprès du mouvement gaulliste (UDR puis RPR), et d’un certain patronat de choc (Peugeot, Citroen...). Combattant par tous les moyens les partis et organisations de gauche, revendiquant hautement un anti-communisme viscéral et primaire, ne cachant pas son gpût pour l’ordre, le SAC va alors intégrer tout naturellement des militants d’extrême droite avant de soutenir certaines de ses initaitives (notamment celles du Parti des Forces Nouvelles). Ayant pressentis la victoire de la gauche en 1981, le SAC s’étais préparé à jouer un rôle de fer de lance de la nouvelle opposition. Mais la tuerie d’Auriol, puis la constitution d’une commission d’enquête sur ses activités et enfin sa dissolution en août 1982 briseront son élan. Mais le SAC n’est pas mort pour autant. Tout a été préparé un peu avant cette période pour que soient installés de nouvelles structures à mettre à la disposition de ses anciens et nouveaux militants pour continuer sous des formes renouvelées le combatcontre la gauche en particulier et la subversion en général. Certains de ses initiateurs, adhérents et sympathisants se retrouveront même aujourd’hui dans le couloirs du nouveau puvoir, dans des ministères, à l’Assemblée nationale.

LA FIN DU SERVICE D’ACTION CIVIQUE

Qès le début 1981, Pierre Debizet le secrétaire général du SAC, envisage la victoire de mittérand à la présidentielle et ses conséquences, il décide donc de mettre à l’abri le fichier du SAC pour éviter qu’il ne tombe aux mains des "socialos-marxistes". Mais il n’aura pas le temps d’envisager la suite car il est interpellé puis incarcéré dans le cadre de la tuerie d’Auriol, tandis que plusieurs autres dirigeants de l’organisation sont interpellés, stopant par la même toute tentative de réorganisation du SAC. Sa culpabilité n’ayant pu être prouvé, Debizet après quelques semaines de prison est libéré en septembre 1981 et se remet au travail. C’est ainsi que dans un interview au Journal du Dimanche il annonce "Avec mes homes, avec mon organisation transformée, modernisée, nous nous mettons à la disposition de la nouvelle opposition, surtout celle qui sert le plus les idées gaullistes". Au niveau interne dans une lettre envoyée aux responsables départementaux du SAC date du 21 octobre 1981, il écrit "D’ici quelques semaines lorsque nous verrons plus clair je vous communiquerai le sprojets auquels nous réflechissons en ce moment tendant à faire du SAC une organisatiion mieux adaptée et donc plus efficace pour répondre à la situation politique actuelle".

Le SAC vit alors une période de flottement entre la perspective d’une interdiction et la réorganisation nécessaire à sa survie. Mais le sort du SAC n’interesse pas que ses militants, certains au sein du RPR sont tentés de le récupérer à leur profit, celui-ci ayant toujours fonctionné comme une organisation autonome vis-à-vis du mouvement gaulliste. C’est le cas de Charles Pasqua, bien évidemment qui ferait ainsi d’une pierre deux coups :
- régler certains comptes avec Debizet. En 1969 Pasqua démissione du SAC suite à le nomination de Debizet à la tête de celui-ci.
- grâce à sçon aura d’ancien dirigeant du SAC, il s’est construit un réseau sur et dévoué sur lequel il peut compter.

C’est aini qu’en compagnie de Paul d’Ornano, il lance le 7 décembre 1991un mouvement intitulé Solidarité et défense des libertés qu’il se définit comme "un centre de rassemblement ferme et résolu" ouvert à tous ceux "qui refusent le socialisme et veeulent agir". Il y a là en vitrine Alain Juppé, Jacques Toubon, Yvon Bourges et Jacques Médecin pour le RPR, Alice Saunier Seité et Jacques Dominati pour l’UDF. On y remarque aussi la présence de François Bachelot qui deviendra en 1986 député du Front national et Pierre Lagaillarde ancien député d’Alger et hérault de l’Algérie française. Côté encadrement on retrouve Gérard Ecorcheville un ancien d’Ordre Nouveau et du Parti des Forces Nouvelles que Pasqua à récupérer dans son équipe, avec son beau frère Alain Robert. Sur le terrain ce mouvement réactive de vielles amitiés. A Marseille par exemple c’est en février 1982 qu’est créée une section de Solidarité et défense des libertés. Pasqua viendra en personnes inaugurer les locaux. Le président est Paul Gaillet, ancien secrétaire fédéral du SAC, le vice-président est Jean Roussel, futur député du Front national en 1986, le secrétaire est Joseph Nicolaï ancien commandant principal de la police de Marseille et membre du SAC. On trouve comme membres :
- Gilbert Chabillat, ancien responsable du SAC de 1970 à 1975 (date de son exclusion) et qui s’est reconverti depuis dans le devillièrisme.
- Humbert Giaconelli, un ancien policier membre du SAC,
- Henri Neurmond, un autre ancien policier, membre lui aussi du SAC,
- Me Henri Ruggieri, membre lui du RPR et du SAC.

On trouve aussi et surtout Gérard Kappé responsabe du SAC marseillais de 1967 à 1969, connu pour avoir préparé à Marseille en mai 1968, "l’opération stade" consistant à l’arrestation et au regroupement de diverses personnalités et syndicalistes de gauche dans des stades de foot, préfigurant ainsi ceux du Chili de 1973. Viré du SAC en 1969, il créait une fédération sud-est du SAC , mouvement dissident du SAC national. A la même époque d’autrers SAC dissidents se constitueront à l’instigation de Charles Pasqua qui venait d’en démissionné.

Sur le terrain Solidarité et défense des libertés ressemble beaucoup à un SAC bis. Ce qui explique le peu d’empressement du RPR et de l’UDF à soutenir cette initiative de Pasqua. Solidarité et Liberté sera bien éphémère, sa seule manifestation officielle aura lieu en mai 1982 à la suite de l’attentat de la rue Marboeuf.La manifestation tournera très vite à la manifestation anti-Mittérand d’autant qu’on y remarqura de nombreux militants du Parti des Forces Nouvelles et du Centre National des Indépendants et Paysans. Peu après Solidarité et défense des liberté se dissoudra, marquant par la même l’échec de la tentative de récupération du SAC par Pasqua. Entre temps le SAC avait réagit , c’est ainsi que le 16 décembre 1981 ont été déposés le sstatuts d’une nouvelle associations intitulée "Mouvement Initiative et Liberté" (MIL). Cette association a pour objet de "défendre et de promouvoir une organisation de la société française fondée sur l’initiative personnelle des citoyens et inspirée par les valeurs civiques, culturelles, morales et spirituelles de la civilisation française, de façon à réaliser les conditions de développement de la véritable liberté". Elle "affirme son attachement actif aux libertés essentielles parmi lesquelles la liberté d’entreprise, moteur du progès économique et social et facteurs d’épanouissement humain, la liberté effective de l’enseignement, condition du respect, des consciences et des croyances". Elle a pour président Jacques Rougeot, comme secrétaire général Bernard Furth et comme trésorier Jean Louis Goursalas, et enfin elle est alors omicilé 8 rue de Musset dans le XVIe arrondissement de Paris. Le nom du président et l’adrese seront certainement familiers aux étudiants, en effet puisque correspondants à celle de l’UNI (l’Union Nationale Interuniversitaire) dot Jacques Rougeot, professeur de lettres est le président national.

L’UNI a été créé à l’initiative du SAC après les événements de mai 1968 pour "regrouper tous ceux qui entendent soustraire l’Éducation Nationale à l’emprise communiste et gauchiste, et défendre la liberté en luttant contre toute les formes de subversion". Depuis cette 2poque l’UNI est toujours demeurée étroitement associé au SAC. La parenté idéologique et l’interpénétration des deux organisations conduisirent au fil des années l’UNI et le SAC a de nombreux actions communes. Le SAC n’a de cesse d’apporter en effet à l’UNI un soutien actif aux opérations dont elle avait décidé le lancement. La double appartenance de membres de l’UNI au SAC facilitant un tel état de chose.

Logique retour des choses donc de voir l’UNI apporter à son tour son soutien à la nouvelle version du SAC en lui fournissant sa logistique : adresse, responsable, matériel.

INSTALLATION DU MIL DANS LES LOCAUX DE L’UNI

Tout comme le SAC première manière (1958 à 1969) le MIL met un point d’honneur à être le garnat de l’héritage gaulliste. On y trouve par exemplele gendre du Général de Gaulle, le général Alain de Boissieu, mais se détache une figure : Jacques Foccart. Cet ancien résistant est appelé en 1958 au poste de conseiller technique à Matignon chargé des affaires africaines. Il est chargé à la fois d’appliquer la politique africaine du Général de Gaulle, élément essentiel de sa politique étrangère, et en second lieu contrôler le sservices spéciaux et plus spécialement le SDECE. C’est ainsi que pendant près de 35 ans il va tisser des réseaux d’influences avec de nombreux chefs d’état africain, mélant affaires, espionnage et politique. Très proche de De Gaulle, il est considéré par beaucoups de gaullistes comme la voix du Général. C’est dire l’influence qu’il a exercé et exerce encore. Membre honoraire du SAC, il en est même pour beaucoup (comme Pasqua) le père spirituel voire l’inspirateur. C’est lui rappelera par exemple Pierre Debizet à la tête du SAC en 1969 ce qui entrainera le départ de certains de ses dirigeants tel Pasqua. Il restera toujours très actif et influent puisqu’il continuera sa carrière sous Pompidou jusqu’en 1974. Lui succèdera sous Giscard un de ses éèves, dont il guidera les pas à travers les marigots de la politique africaine de la France. Politique qui a toujours constitué à la pratique d’un clientélisme à la petite semaine aux bénéfices de pouvoirs autoritaires peu regardant sur les moyens de garder le pouvoir. Une politique qui n’a guère évolué sous Mittérand, ce dernier renforçant le caractère personnel et réservé de ce domaine de la politique étrangère. Il en confiera la direction à son fils Jean Christophe, surnommé dans les palais africains "Papa m’a dit". A son retour comme premier ministre en 1986, Chirac appelera à ses côtés Jacques Foccart comme conseiller personnel pour l’Afrique. Si aujourd’hui en tant que président, il a nommé Michel Dupuch au 2 de la rue de l’Élysée, l’adresse de la cellule africaine de la présidence, il n’a pas oublié Foccart qui a hérité du 14 rue de l’Élysée. Foccard ne reste pas loin du pouvoir. D’autant plus que c’est un de ses anciens protégés qui a été nommé ministre de la coopération en la personne de Jacques Godfrain - qui extraordinaire coïncidence fut membre du SAC de 1968 à 1978, y occupant le sfonctions de trésorier.

Autre coïncidence, Foccart n’est pas tout seul au 14 rue de l’Élysée, il y est secondé par Fernand Wibaux qui fut ambassadeur au Tchad durant plusieurs années et un très proche conseiller diplomatique de Chirac de 1986 à 1988. Sonnom sera même évoqué comme possible chef de la DGSE en 1987 suite à l’affaire Greenpeace. Un Wibaux que l’on retrouve au comité d’honneur en compagnie d’autres gaulliste historiques comme Roger Galley ancien ministre de De Gaulle en 1968 ou encore Pierre Mesmer, premier ministre de Pompidou. Du côté héritage de la Résistance citons les deux noms : Pierre Closterman, ancien pilote de l’escadrille Franco Russe Normandie Niemen. Son attachement aux valeurs du gaullisme ne l’a pas empêché de donner une interview au journal d’extrême droite Le Choc du mois dans lequel il disait tout le bien qu’il pensait de Jean Marie Le Pen. Autre figure Michel Carage un ancien de la France libre.

Au début de l’année 1981 le SAC participe directement à la création d’un comité de soutien à un certain commandant Pierre Bertolini. Cet illustre inconnu était accessoirement commandant des pompiers de la protection civile en Corse mais surtout connu pour être le principal dirigeant de l’organisation anti-indépendantiste Francia (Front d’Action Nouvelle Contre l’Indépendance et l’Autonomie). A l’actif de cette organisation, plusieurs attentats commis contre des biens appartenant à des militants nationalistes corses. Début janvier 1981, Bertolini et certain de ses militants sont interceptés par des autonomistes à Bastelica alors qu’ils préparaient une nouvelle action. A cette occasion on découvre sur Bertolini et un de ses complices une carte de membre du SAC. Inculpé pour différents attentats, Bertolini sera traduit devant la justice et condamné. Le SAC ne l’oubliera pas et soutiendra d’un comité de soutien, invitant ses membres à adhérer et à le soutenir financièrement. A la tête de ce comité on trouvait alors, Michel Carage.

L’IDÉOLOGIE DU MIL

Là aussi on retrouve beaucoup d’analogie avec le défunt SAC : le MIL se veut aussi à part, il n’est pas un parti politique, partis dont il se méfie ceux-ci étant "tributaires d’intérêts particuliers, d’échéances électorales...tentés par des compromissions ou des louvoiements de circonstance". Il "entend faire sentir son poids dans la vie nationale en s’efforçant d’infléchir dans le sens des principes qu’il défend les décisions pris aux divers échelons". C’est ainsi que "s’il ne lui appartient évidemment pas de formuler un code morale à usage individuel et privé... il lui incombe de lui dire clairement à quelles valeurs civiques il se réfère". Tout d’abord dans la primauté de la personne " entre le principe personnel et le principe collectiviste il existe une incompatibilité de nature. Il faut donc choisir. Tout système qui se présente comme le mélange des deux, par exemple sur le modèle social-démocrate aboutit finalement à imposer en douceur la primauté du collectif". Autres valeurs défendre par le MIL "La libre entreprise et l’initiative personelle", la famille "elle est globalement une nécessité absolue" et la Nation. Mais attention "la société française est menacée par des dangers variés, parfois subtiles qui visent à détruire les valeurs civiques sur lesquelles elle repose". Le premier de ces dangers est la perte d’identité. Pour le MIl "il ne fait pas de doute que l’immigration sous sa forme actuelle constitue une menace mortelle pour l’identité nationale parcequ’elle présente des caractéristiques nouvelles et dangereuses. Les immigrés sont beaucoup trop nombreux : au point de vue numérique le seuil de tolérance est déjà nettement dépassé". "elle créé toutes les conditions d’affrontements violents qui ne marqueraient pas de transformer des réactions des réactions de défenses naturelles en réaction qui cette fois seraient effectivement racistes". Face à ce danger le mIL préconise de "prendre des mesures sévères contre l’immigration clandestine mais aussi de limiter de façon beaucoup plus rigoureuse les conditions d’accueil". Autre menace cette fois extérieure "l’Europe fédérale et supranationale" qui mettait en danger la souveraineté nationale. La France serait aussi l’objet d’une tentative de dissolution à l’échelle mondiale "cette tentative procède d’une conception d’ensemble selon laquelle pour assurer le bien de l’humanité et garntir la paix perpétuelle et la prospérité économique il faut que le Monde soit dirigé en fait de façon fort occulte, par une sorte de gouvernement des sages. Au service de cette conception mondialiste sont mis des moyens d’action d’une ampleur impressionante. Quelques organisations dont la plus connue est la Trilatérale... des entreprises multinationales" pour qui "une France forte , autonome et rayonnante est particulièrement génante, donc particulièrement visée".

LES MENACES

Bien évidemment le MIL a pris en compte le déclin politique de son ennemie le plus ancien... le communisme. Un résultat "qui est pour lui une victoire à laquelle nous avons contribué en participannt très vigoureusement au combat". Toutefois on remarque que "ses courroies de transmissions traditionnelles" ont beaucoup mieux préservé leur puissance "la CGT demeure la première force syndicale, elle possède encore une capacité de mobilisation non égligeable et dispose même d’une force physique toujours redoutable. Elle conserve des leviers d’action dans des secteurs névralgiques de l’économie française ; energie (EDF), transport (SNCF) etc." A cet ennemi traditionnel sont venus s’ajouter :
- "l’écologisme utilisé sous sa forme naïve ou sectaire, comme une entrave à l’esprit d’initiative et au développement de certaines idées".
- "L’antiracisme qui prétend faire appel aux bons sentiments (et qui) exploite pour devenir un instrument de désagrégation qui aboutit à détruire la nation".
- "Le tiers mondisme mélange confus et pervers de sentimentalisme et de politique mondialiste... il vise à culpabiliser l’Occident et les pays développés présentés comme des exploiteurs cyniques des pays pauvres. En France la mauvaise conscience qui en résulte et qui est systématiquement cultivée empêche de regarder en face les dangers de l’immigration et de prendre des mesures nécessaires pour les combattre".

Enfin plus insidieux encore "On voit se développer depuis longtemps une entreprise systématique de prise en main (par la gauche) des structures de toutes sortes, que ce soit dans le domaine de l’enseignement et des médias, mais aussi de la justice, de la police, des entreprises, des églises etc". "Ainsi une organisation comme le syndiact de la magistrature qui a profité du pouvoir de la gauche pour mettre la main sur l’appareil judiciaire ne se cache pas de promouvoir une justice inspirée de considérations idéologiques et politiques rendant la société responsable de la pluspart des crimes et délits, il prone l’indulgence à leur sujet et se propose, à l’inverse d’alourdir la répression contre la délinquance en col blancs. C’est bien un nouveau droit, une nouvelle morale sociale que ces juges rouges ou roses veulent faire valoir". Voilà des considérations qui ont du aller droit au coeur de Robert Pandraud membre d’honneur du MIL, mis en examen dans une affaire de fausses factures destinès au financement du RPR.

Heureusement face à l’Anti-France se dresse le MIL, ni parti politique, ni syndicat, ni club de pensée, le MIL se veut un mouvement de réflexion et d’action, mais attention une action qui se détermine par rapport aux principes cités plus haut, "principes (qui) servent surtout de boussole pour indiquer le sens de l’action qui sans cela risquerait de dégénérer en activisme". On a tiré les leçons du SAC. Politiquement le MIL s’est "résolument situé à droite et s’emploie à favoriser l’union des partis de droite". Cela consiste par exemple à répandre reprendre des mots d’ordre ou des campagnes du Front national" comme par exemple La France "aimez la ou quitter la". Sur le terrain le MIL est organisé en trois type de structures : 1) Territoriale : région, département, ville. 2) Militante : collage, tractage etc. 3) Socio-professionnel entreprises, profession, grands corps...

Quand au recrutement il est très encadré. En effet le MIl ne vise pas a être une organisation de masse mais une organisation qui cherche à recruter des gens sûrs. C’est ainsi que pour adhérer il faut être parrainé. Puis les adhérents se divent en deux ; ceux qui veulent adhérer pour les idées et ceux qui veulent être plus actif. A ces derniers on propose un questionnaire plus complet, sur le type d’activité souhaité, sur leur engagement actuel, leur passé politique. Bref un questionnaire qui rapelle furieusement celui du défunt SAC là encore...

http://nopasaran.samizdat.net/article.php3?id_article=490

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23/01/2010

Carla B. Sarkozy accueille les enfants haïtiens à Roissy...mais pas les kurdes à Bonifacio

Et oui, une fois n'est pas coutume...

Le gouvernement nous avait plutôt habitué à faire des vols charter pour renvoyer les immigrés et leurs enfants en-dehors de la France, mais là, c'est l'avion présidentiel qui vient d'amener 33 petits haïtiens, acceuillis par des familles française dûement contrôlées, certifiées aptes à l'adoption et hautement qualifiées aux pratiques d'intégration et d'assimilation à la culture Française.

Comme si les enfants n'étaient pas encore assez traumatisés par ce qu'ils ont vécu depuis une semaine à Haïti, ils ont encore du subir le matraquage sonore et médiatique de la "première" dame de France, à savoir Carla et sa guitare...vidéo :

Non, rassurez-vous, on ne leur a pas demandé de chanter la Marseillaise comme preuve de bonne volonté d'intégration.

Le reporter-journaliste d'investigation de Gala a courageusement choisit ce titre pour son article: "Quelqu'un m'a dit" bienvenue en France...mais pour combien de temps ?

C'est ce que semble se poser comme question le ministre...

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Eric Besson "absorbé" dans les salons de l'aéroport de Roissy (photographie de Joris Van Severen - collection Willy Kessels).

"Ils est regrétable que ces jeunes enfants soient venus chez nous pour sauver leur peau, et bénéficier de conditions de vie avantageuses, plutôt que de mener avec les leurs la reconstruction de leur pays".

 

22:06 | Lien permanent | Commentaires (4) |

Lyon, Eric Besson, l'identité nationale et les supporters de foot identitaires

Identité nationale à Lyon : Fascistes et flics main dans la main.

 

A Lyon, les fachos protègent Eric Besson et son débat sur l’identité nationale

Vendredi 22 janvier, le rassemblement contre le débat sur l’identité nationale a été attaqué par une trentaine de fachos. Alors que l’impressionnant dispositif policier laissait faire, les antifascistes ont mis les fachos en déroute.

La préfecture avait bloqué et interdit aux piétons les abords immédiat de la préfecture pour permettre la tenue du pseudo-débat sur l’identité nationale. Sur invitation (faut être membre de l’UMP ?) et derrière un impressionnant dispositif policier [1], Besson, Gérault [2] et leur clique ont donc brassé leur discours nationaliste aux relents passéistes pour légitimer leur politique xénophobe de chasse au sans-papiers.

Pendant ce temps, suite à l’appel de plusieurs organisations politiques (voir l’appel) environ 500 personnes s’étaient rassemblées pour protester contre l’hypocrisie de ce débat et la xénophobie des mesures gouvernementales.

Un petit groupe de fachos avait été vu dès le début du rassemblement, derrière les CRS à proximité du Cours Lafayette. Peu avant 18h ils se sont dirigés vers le rassemblement en remontant l’avenue de Saxe du côté opposé à la manifestation en brandissant un drapeau bleu blanc rouge. Quelques-uns étaient restés de l’autre côté de l’avenue et ont tenté d’attaquer des manifestants qui se sont défendus.

Ils ont ensuite traversé la rue pour attaquer le rassemblement, brandissant chaînes ou ceinturons à la main. Quelques antifascistes ont retenu la première attaque pendant qu’un policier lâchait sur les manifestants (et non pas sur les fachos) un jet de gaz lacrymogène. Après quelques minutes d’insultes ils ont retraversé l’avenue pour attaquer à nouveau les manifestants qui, plus nombreux pour faire face, ont réagi en repoussant les fachos jusque dans une rue de l’autre côté de l’avenue où ces derniers, après quelques derniers coups, ont pris la fuite sans plus de cérémonie, abandonnant leur drapeau sur place.

Pendant ce temps des CRS se sont massés le long de l’avenue mais avaient laissé les fachos attaquer le rassemblement sans réagir, puis les ont laissé partir sans être inquiétés, avant de former un cordon autour des antifascistes.

Un manifestant a eu la jambe cassée dans l’attaque et a dû être emporté par les pompiers. Deux autres ont à déplorer des blessures légères.

Les manifestants ont plus tard quitté la préfecture en cortège en scandant "français, immigrés, même patrons, même combat", et le nouveau slogan de la soirée “JI au lit la leçon est finie !", avant d’aller se disperser place Gabriel Péri à la Guillotière.

Ce soir a été un double échec pour les fachos, ceux du gouvernement d’abord, qui ont, par l’organisation de ce débat et la connivence avec les militants d’extrême-droite, montré une fois de plus l’hypocrisie de leur politique ; ceux venus attaquer le rassemblement d’autre part qui n’ont pas fait le poids face à la réactivité antifasciste des manifestants.

Pas de fachos dans les quartiers, Pas de quartiers pour les fachos ! Source :

http://rebellyon.info/

Un groupe d’extrême droite attaque la manif anti-Besson Par Laurent Burlet

Un groupe d’une trentaine de personnes a agressé des manifestants rassemblés contre le débat sur l’identité nationale, organisé ce vendredi 22 janvier à Lyon.

Il est 17h45, à l’angle de la rue Dunoir et de l’avenue de Saxe (Lyon 3e). Rassemblés à l’appel de plusieurs organisations politiques* (lire article) depuis plus d’une heure contre la tenue d’un débat sur l’identité nationale, environ 400 manifestants crient et lancent des slogans hostiles à Eric Besson,à son ministère de l’immigration et à son débat. C’est à ce moment-là qu’un groupe d’une trentaine d’individus foncent sur la queue du rassemblement. Les slogans fusent “la France aux Français”, des bras se tendent façon salut nazi. Rapidement, ils sautent sur les personnes à leur portée. Certains utilisent des bombes lacrymogènes, d’autres sont armés de chaînes de vélos.

Les militants anti-fascistes, présents sur les lieux, répondent. Bagarre. Après plusieurs assauts, ils parviennent à chasser le groupe d’extrême droite de l’autre côté de l’avenue. Ceux-ci prennent la fuite dans les rues du quartier. Bilan de l’affrontement côté manifestants : un arcade sourcilière ouverte, un haut de crâne sanguinolent et, manifestement, une jambe cassée. Les pompiers, prudents sur le diagnostic, ont emporté la personne à l’hôpital, la jambe immobilisée.

La police protège Besson mais pas les manifestants

La poignée de membres de la police nationale n’ont pu qu’asperger de bombe lacrymogène les assaillants, arrosant au passage davantage les manifestants que les contre-manifestants d’extrême droite. Les CRS, quant à eux, sont arrivés après l’affrontement. Et à l’heure où nous postons cet article, aucune personne n’a été arrêtée. Pourtant, le quartier a été placé sous haute sécurité. Bouclé. Depuis 16 heures, les rues proches de la préfecture sont interdites au stationnement et à la circulation automobile. La ligne T1 du tramway ne fonctionnait plus. Environ quatorze camionnettes de CRS et dix cars de gendarmes mobiles stationnaient sur les voies au niveau de l’arrêt Saxe-Préfecture. Sans compter les autres véhicules positionnées dans les rues adjacentes.

“Les individus d’extrême-droite ont passé un par un les barrages de police”, justifie un policier en civil. Difficile à croire pour les premiers manifestants qui ont vu débouler sur l’avenue de Saxe les assaillants en groupe. En tout état de cause, le dispositif de sécurité n’était pas pensé pour protéger les manifestants d’une agression d’extrême droite.

Les Identitaires et “Indépendants du stade" accusés

Pour les militants antifascistes, aucun doute, ils ont repéré des militants des Jeunes identitaires lyonnais, baptisés Rebeyne. Un groupe d’extrême droite, affilié au Bloc identitaire, qui revendiquent une cinquantaine de membres à Lyon. Selon ces mêmes militants antifascistes, parmi les gros bras, il y avait des "supporters de l’Olympique Lyonnais Indépendants”. Peu avant l’agression, le président de SOS Racisme Rhône, Bruno Sauvé, avait pris la parole au mégaphone pour expliquer ce rassemblement contre le débat sur l’identité nationale : “ce débat a libéré les paroles racistes”. Le débat de Lyon sur l’identité nationale a démontré qu’il n’avait pas libéré que la parole.

Source :

http://www.lyoncapitale.fr/

 

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Eric Besson regarde les miliciens consanguins manoeuvrants avenue de Saxe (photo André Zucca)

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21/01/2010

Tarnac et le Groupement interministériel de contrôle

En France, la pratique des écoutes est ancienne ; dès 1960, Michel Debré a mis en place le Groupement interministériel de contrôle, sous la tutelle du Premier ministre et chargé des écoutes extrajudiciaires.

En outre, suite à l’adoption de la loi du 23 juillet 2006 relative à la lutte contre le terrorisme, une plate-forme directement reliée aux opérateurs téléphoniques a été mise en place au sein du Ministère de la justice.

 

L'article 6 de la loi du 23 janvier 2006 sur la lutte contre le terrorisme modifie le système disponible depuis 1991. Pour François Jaspart, « Depuis 1991, nous avions une loi sur les écoutes, mais la procédure d'autorisation auprès de la CNCIS (Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité) étant assez lourde, un dispositif plus souple était devenu nécessaire ».

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J.O. Numéro 87 du 13 Avril 2002 page 6521

Textes généraux
Premier ministre


Décret no 2002-497 du 12 avril 2002 relatif au groupement interministériel de contrôle

NOR : PRMX0200024D


Le Premier ministre,
Vu la loi no 91-646 du 10 juillet 1991 relative au secret des correspondances émises par la voie des télécommunications, modifiée par la loi no 92-1336 du 16 décembre 1992, l'ordonnance no 2000-916 du 19 septembre 2000 et la loi no 2001-1062 du 15 novembre 2001 ;
Vu l'ordonnance no 92-1145 du 12 octobre 1992 portant extension et adaptation dans les territoires d'outre-mer des dispositions législatives relatives au secret des correspondances émises par la voie des télécommunications ;
Vu le décret no 87-389 du 15 juin 1987 relatif à l'organisation des services d'administration centrale ;
Vu l'avis du comité technique paritaire ministériel des services du Premier ministre en date du 28 janvier 2002 ;
Le Conseil d'Etat (section de l'intérieur) entendu,
Décrète :


Art. 1er. - Le groupement interministériel de contrôle est un service du Premier ministre chargé des interceptions de sécurité.


Art. 2. - Le groupement interministériel de contrôle a pour mission :
1o De soumettre au Premier ministre les propositions d'interception présentées dans les conditions fixées par l'article 4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée ;
2o D'assurer la centralisation de l'exécution des interceptions de sécurité autorisées ;
3o De veiller à l'établissement du relevé d'opération prévu par l'article 8 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, ainsi qu'à la destruction des enregistrements effectués, dans les conditions fixées par l'article 9 de la même loi.


Art. 3. - Le directeur du groupement interministériel de contrôle est nommé par arrêté du Premier ministre.


Art. 4. - Le ministre de la fonction publique et de la réforme de l'Etat est chargé de l'exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.


Fait à Paris, le 12 avril 2002.

Lionel Jospin
Par le Premier ministre :


Le ministre de la fonction publique
et de la réforme de l'Etat,
Michel Sapin

 

La Justice va automatiser les écoutes téléphoniques
Le ministère va s'équiper d'une plate-forme nationale reliée aux opérateurs. Elle servira de hub au traitement des interceptions et d'économiser 45 millions d'euros.

Frantz Grenier , 01net., le 06/10/2006 à 18h35

Le ministère de la Justice veut muscler son appareil d'interception des communications téléphoniques. La secrétaire générale adjointe du ministère de la Justice, Dominique Cottin, citée par l'agence AP, a annoncé mercredi 4 octobre la création d'une « plate-forme qui permettra l'écoute de la voix, l'identification des numéros appelants, la géolocalisation des téléphones mobiles, la réception des informations détenues par les opérateurs et leur renvoi aux services enquêteurs ». Le ministère de la Justice doit émettre un appel d'offres l'année prochaine et prévoit la mise en oeuvre de la plate-forme début 2008.

D'ici là, le ministère se dotera, en janvier prochain, d'un système d'interception de SMS, ce dont il ne dispose pas aujourd'hui. Au contraire du Groupement interministériel de contrôle, dédié aux écoutes extrajudiciaires (liées à la sécurité nationale, la criminalité organisée...), qui en dispose déjà.

Cette plate-forme devrait aboutir à de fortes économies de frais de justice. Aujourd'hui, les écoutes sont demandées par les enquêteurs aux juges d'instruction, qui ordonnent l'interception par le biais d'une commission rogatoire. Puis, les officiers de police judiciaire se chargent de son application auprès de l'opérateur et du fournisseur de matériel d'interception. Et les frais de réquisition coûtent de plus en plus cher.

45 millions d'euros d'économies

En 2005, les dépenses d'interception se sont élevées à 92 millions d'euros, contre 70 millions en 2004. Les 20 000 écoutes téléphoniques effectuées l'année dernière ont représenté à elles seules 30 % de cette somme.

Et le nombre des interceptions va croissant. A titre d'exemple, il était de 12 700 en 2002. L'heure étant plutôt au contrôle des frais de justice, le ministère met en place cette plate-forme afin d'automatiser en partie les interceptions. Selon Dominique Cottin, toujours citée par AP, ce système permettra d'économiser 45 millions d'euros à la justice.

Un avis partagé par le Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines (DRMCC), un organisme universitaire indépendant français qui, dans son rapport Écoutes et interceptions légales des télécommunications publié cette semaine, conseille de « sortir des pratiques qui multiplient inutilement des actes coûteux (installation systématique de lignes temporaires à chaque interception) et adopter le principe de lignes numériques permanentes sécurisées. Des technologies qui permettent à l'opérateur de commuter l'interception dès qu'il en est requis par la justice. »

Des FAIbox à mettre sur écoute !

Le rapport du DRMCC recommande aussi au ministère de « s'assurer avec les opérateurs de communication que leur système permet la mise en place et le renvoi effectif des interceptions. Pour cela, il explique que le point crucial pour intercepter des communications sur Internet est l'équipement par lequel le FAI connecte l'abonné à la Toile et donc par lequel passent les paquets IP. » Toutefois, le rapport précise qu'aucune loi en France, au contraire des Etats-Unis, n'oblige les opérateurs à rendre leurs réseaux « écoutables ».

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19/01/2010

Haïti...un nouveau coup d'Etat ?

Coup d’Etat qui met fin aux mouvements populaires haitiens en 1991

Interview par ADITAL, reprise par AlterPresse après une traduction de RISAL, dimanche 12 septembre 2004

Ecrit le 12 septembre 2004


Lors du Forum social des Amériques (Quito, Equateur) qui s’est tenu en juillet passé, l’agence brésilienne d’information Adital a interviewé Camille Chalmers, professeur d’économie à l’Université d’Etat de Haïti, coordinateur de la Plate-forme haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif. La PAPDA est la coalition créée en 1995 pour lutter contre les plans d’ajustement structurel et les politiques néo-libérales mises en place par Aristide à son retour des Etats-Unis. Chalmers rappelle dans cette interview à quel point l’histoire récente de Haïti a été marquée par la résistance et l’organisation populaire en dépit de la répression des Etats-Unis.

Interview avec Camille Chalmers, secretaire executif de la PAPDA

Adital - En observant l’histoire récente de Haïti, quels sont les secteurs sociaux qui s’étaient organisés lors du coup d’état de 1991 qui a chassé Aristide du pouvoir ?

Camille Chalmers - En 1986, un mouvement populaire très profond s’est développé. Ses objectifs étaient de construire la démocratie, de bâtir un pays différent, de sortir de la domination étrangère, des dictatures et de la domination des propriétaires terriens.

Tout cela a été assumé par des secteurs très larges de la population. De nombreuses organisations de jeunes qui, dans tout le pays, avaient commencé à lutter depuis 1984, ont constitué un élément clé dans la chute du régime Duvalier. Il y avait aussi le mouvement paysan et de nombreuses organisations liées à l’Eglise, mais avec une vision différente de celle de la hiérarchie ecclésiastique. En plus, de nombreuses organisations syndicales qui, après une lutte difficile, ont réussi à s’installer dans les zones franches à cette époque. Les organisations de femmes ont aussi joué un rôle important. En Haïti, nous avons tous encore en mémoire la grande manifestation de femmes d’octobre 1986. Elles ont organisé une gigantesque manifestation contre la disparition d’un agent d’alphabétisation qui avait été assassiné. Elles se sont constituées à ce moment-là en actrices du processus de transformation de la société haïtienne.

C’est dans ce contexte de mobilisations populaires qu’est intervenue l’élection de Aristide ?

Tout ce mouvement a mené à la victoire électorale avec l’arrivée au pouvoir d’Aristide en décembre 1990. Il a gagné avec une large majorité des votes : 67 pour-cent. On sentait vraiment qu’il était possible de lancer un processus de rupture avec ce qu’avait été l’Etat haïtien, qui a toujours été anti-national, anti-populaire et lié aux intérêts impérialistes. On peut affirmer qu’au cours des sept premiers mois de gouvernement d’Aristide, beaucoup de choses avaient déjà changé. Par exemple, les entreprises publiques, qui étaient toujours en déficit, avaient déjà commencé à engranger des bénéfices. Une nouvelle politique de dévelloppement, une vision de distribution universelle des services publics se mettaient en place. Mais tout ce processus a été brutalement arrêté par le coup d’état financé et appuyé par les Etats-Unis, la CIA et l’oligarchie traditionnelle.

Une force étrangère a dû intervenir pour arrêter le mouvement qui était en train de mettre en place une démocratie plus participative et une économie plus populaire.

Oui, et cela continue. Il existe de nombreuses preuves qui mettent en évidence la participation directe des Etats-Unis dans ce coup d’état, dans les manipulations et dans le financement qui a eu lieu à travers l’armée haïtienne de cette époque. Cela a été un coup très dur pour le peuple dans son ensemble et pour le mouvement populaire parce que, pendant les trois années de domination militaire, une politique d’élimination systématique du mouvement populaire a été mis en place, un réel travail systématique de répression et d’assassinats. On estime à 5.000 le nombre de victimes. On a assisté à une persécution constante à l’encontre des dirigeants populaires et à la destruction des mouvements. Par exemple, le mouvement paysan Papaya, qui travaillait depuis les années 70, avait une force structurelle, une coopérative d’exportation de miel, de reforestation, etc. Tout cela a été détruit par l’emploi d’une force brutale.

Ils ont aussi commencé à utiliser des techniques plus subtiles de destruction du mouvement populaire comme la corruption, l’achat quotidien de dirigeants et, chose nouvelle que l’on ne connaissait pas en Haïti, ils ont offert aux dirigeants les plus en vue du mouvement populaire un visa de résidence aux Etats-Unis. On estime que 12.000 visas de résidence ont été distribués alors que l’on était en plein coup d’état militaire et que les dirigeants étaient persécutés. L’ambassade offrait directement des visas aux dirigeants et à leurs familles ainsi que le voyage aux Etats-Unis. Cela s’est fait sous le prétexte d’enquêtes au cours desquelles ils ont interrogés 95.000 personnes qui devaient dire si elles avaient été incarcérées, si la police était entrée dans leur maison, si elles avaient été frappées... De ces 95.000 interrogatoires, ils ont fait une base de données sur le mouvement populaire de Haïti et ils ont sélectionné 12.000 personnes. Une étude démontre clairement que ces 12.000 dirigeants avaient un poids significatif et un rôle important dans le processus d’organisation populaire.

Cela a été un travail scientifique et systématique de répression et de corruption pour en finir avec le mouvement ?

Exactement. Et malgré tout cela, ils n’ont pas réussi à installer un pouvoir militaire parce qu’ils ont dû faire face à une résistance admirable du peuple haïtien qui risquait souvent sa vie au vu des massacres qui ont eu lieu. Par exemple, le massacre dans le quartier populaire de Gonair, où, en un jour, ils ont tué de nombreuses personnes. Tant et si bien que certains ont dû fuir en se jetant à la mer. En dépit de tout cela, le mouvement est resté ferme et exigeait le retour d’Aristide, le retour de la constitutionnalité. Face à cette situation, les Etats-Unis ont dû se plier à cette revendication mais ils ont fait revenir un Aristide diminué.

 

 

Quatorze ans après le coup d’État militaire de 1991, le renard libre dans le poulailler

vendredi 30 septembre 2005
par Djems Olivier

P-au-P, 30 sept. 05 [AlterPresse] --- Les auteurs et commanditaires du coup d’état militaire du 30 septembre 1991, jouissent de la plus entière impunité, constate ce 30 septembre le Directeur exécutif du Centre œcuménique des Droits Humains (CEDH), Jean Claude Bajeux, à l’occasion du 14e anniversaire de cet événement sanglant.

Selon Bajeux, le coup d’état de 1991 représente « l’une des plus grosses bêtises que l’Armée d’Haïti n’ait jamais commises de toute son histoire ». Bajeux croit que les protagonistes de ce coup de force pouvaient utiliser d’autres moyens pour régler leurs différends avec le président d’alors, Jean Bertrand Aristide.

Le coup d’Etat du 30 septembre 1991, dirigé par le général Raoul Cédras, avait fait plusieurs milliers de morts. Selon des informations disponibles, il avait été financé par des secteurs de la bourgeoisie haitienne et appuyé par des franges de l’establishment américain.

« Il existe de nombreuses preuves qui mettent en évidence la participation directe des Etats-Unis dans ce coup d’état, dans les manipulations et dans le financement qui a eu lieu à travers l’armée haïtienne de cette époque », lit-on dans une interview de Camille Chalmers, secrétaire exécutif de la PAPDA.

Chalmers affirme avoir « assisté à une persécution constante à l’encontre des dirigeants populaires et à la destruction des mouvements ». A titre d’exemple, il cite la répression contre le mouvement paysan de Papaye (Est), qui fonctionne depuis les années 70.

Cette organisation avait une force structurelle, une coopérative d’exportation de miel et des activités de reforestation. Tout cela a été détruit par l’emploi d’une force brutale, a souligné Chalmers.

Quatorze ans, les victimes sont toujours en quête de justice, alors que certains acteurs du coup d’Etat militaire sont très actifs dans les processus politiques actuels.

« Je constate aujourd’hui la présence sur la scène politique de gens qui participaient activement à cette bêtise intolérable », s’indigne Jean Claude Bajeux.

Le militant des droits humains est d’avis qu’il est temps de sanctionner tous ceux-là qui commettent des exactions sur la population et qui empêchent le pays de s’engager dans la voie du progrès.

« Il faut commencer par sanctionner ceux qui méritent d’être sanctionnés, ainsi arrivera-t-on à réparer les torts causés par les Forces Armées d’Haïti et à conduire le pays dans la bonne direction », soutient Jean Claude Bajeux.

Le 11 août 2005, l’ancien responsable paramilitaire, Louis Jodel Chamblain, emprisonné sous des accusations liées à des crimes durant le coup d’Etat, a été libéré en vertu d’une décision de la Cour d’Appel de Port-au-Prince, sur la base de vice de forme.

La justice haïtienne l’avait condamné par contumace en l’an 2000 pour son implication dans un massacre en 1994 aux Gonaïves (Nord).

En février 2004, cet ancien paramilitaire était l’un des instigateurs de l’insurrection armée contre le régime lavalas de Jean Bertrand Aristide.

Au lendemain du départ d’Aristide, il a été accueilli à Port-au-Prince. Plus tard, sous la pression des organismes de défense des droits humains, Louis Jodel Chamblain s’était constitué prisonnier.

L’élargissement de l’ex-paramilitaire avait soulevé l’indignation des organismes de droits humains. Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) rappelait que Chamblain est bien connu par tous pour son implication dans divers crimes commis dans le pays, dont le meurtre du commerçant Antoine Izmery en 1993, les massacres de Cité Soleil (Nord de la capitale) en 1993 et de Raboteau (localité des Gonaïves, nord de Port-au-Prince) en 1994.

La dissolution des Forces Armées d’Haïti en 1994 par le président Jean Bertrand Aristide, (actuellement en exil en Afrique du Sud), n’a pas aidé à la cessation des violations systématiques de droits humains dans le pays.

Quatorze années après le putsch de 1991, Jean Claude Bajeux croit qu’il faut laisser à la justice le soin de faire son travail en toute indépendance. [do gp apr 30/09/05 13 : 00]

 

 

Les dessous du coup d’état américain en Haïti







Pendant que nos médias nous présentent d’anciens tontons-macoutes comme des émules de Che Guevara et les troupes américaines, françaises et canadiennes comme des libérateurs, nos éditorialistes parlent de "l’africanisation" de Haïti pour décrire le marasme économique total qui étrangle le pays. Tout cela pue le racisme à plein nez et transpire le vieux discours colonial sur le "fardeau de l’homme blanc."

Dans un dossier magistral, Michel Chossudovsky démonte, morceau par morceau, le mécanisme mis en place par les institutions internationales (FMI et Banque mondiale) et le gouvernement américain pour déstabiliser Haïti, chasser le président élu Jean-Bertrand Aristide et maintenir le pays comme zone de transit pour le trafic de la drogue entre la Colombie et les États-Unis.

Le professeur Chossudovsky rappelle le curriculum vitae des leaders des rebelles. Guy Philippe, la nouvelle coqueluche des médias, est un ancien chef de police et un membre des forces armées haïtiennes. Au cours des années 1990, il a suivi un entraînement prodigué par les forces spéciales américaines en Équateur.

Emmanuel "Toto" Constant et Jodel Chamblain sont deux anciens tontons-macoutes et membres du Front pour l’avancement et le progrès en Haïti (FRAPH), un paravent pour les escadrons de la mort qui ont assassiné des centaines de personnes lors du coup d’État militaire qui a déposé Jean-Bertrand Aristide en 1991.


Dans une entrevue à l’émission 60 Minutes du réseau américain CBS, diffusé en 1995, "Toto" Constant a reconnu qu’il recevait 700$ par mois de la CIA lorsqu’il a créé le FRAPH.

Le volet civil de l’opposition au président Aristide est regroupé sous l’enseigne de la Plate-forme démocratique. On y retrouve la Convergence démocratique de Evans Paul, l’ancien maire de Port-au-Prince, et le Groupe des 184 organisations de la société civile (G-184).

Ce dernier groupe est dirigé par André Apaid, qui est également citoyen américain. Apaid est propriétaire des industries Alpha, c’est-à-dire de sweatshops dans l’industrie textile et la sous-traitance pour des entreprises électroniques américaines comme IBM, Remington, Honeywell et Sperry/Unisys.

Apaid est le plus gros employeur industriel haïtien. Il exploite plus de 4 000 travailleuses et travailleurs à qui il verse un salaire aussi bas que 68 cents par jour, alors que le salaire minimum officiel est de 1,50$ par jour.

Apaid a soutenu le coup d’État de 1991 et des liens existent depuis longtemps entre l’opposition civile et militaire, même si les médias ont cherché à les camoufler. L’opposition civile est en bonne partie financée par l’Institut républicain international (IRI), qui reçoit beaucoup d’argent des pays de l’Union européenne, et par le National Endowment for Democracy (NED), une organisation américaine dont c’est un secret de polichinelle qu’elle travaille de concert avec la CIA.

Créée en 1983, au moment où la CIA était sous le feu des projecteurs pour avoir soudoyé des politiciens et créé des organisations-bidons à travers le monde, le NED a pour objectif, comme le reconnaîtra Allen Weinstein, responsable de sa mise en opération, "de faire beaucoup de choses qui étaient faites clandestinement auparavant par la CIA". (Washington Post, 21/09/1991)

Il est de notoriété publique que c’est par le canal du NED que passe le financement des organisations de la "société civile" qui cherchent à renverser le président Hugo Chavez au Venezuela, comme cela a été le cas en Yougoslavie lors de la chute de Milosevics.

La gravité de la situation économique en Haïti ne peut se comprendre sans tenir compte des politiques imposées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, explique Michel Chossudovsky, auteur du best-seller "La Mondialisation de la Pauvreté", un ouvrage publié en huit langues.

Après le renversement du premier gouvernement Aristide et son programme de mesures progressistes - seulement huit mois après son arrivée au pouvoir en 1990 - c’est un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale et ministre des Finances sous Duvalier, Marc Bazin, qui deviendra premier ministre, nommé par la junte militaire. Bazin avait été le candidat de Washington qui sera défait par Aristide lors des élections de 1990.

Sous la gouverne de Bazin et de la junte militaire, de 1992 à 1994, plus de 4 000 civils sont assassinés par le FRAPH, 300 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, des milliers d’autres trouvent refuge dans la République dominicaine voisine et 60 000 s’embarquent dans des navires de fortune pour fuir le pays.

C’est pour prévenir une insurrection populaire contre la junte que Washington envoie 20 000 marines et gardiens de la paix en Haïti en 1994, et qu’ils ne quitteront pas avant 1999.

Le retour à un gouvernement constitutionnel est négocié en secret avec les créanciers de Haïti avant le retour d’Aristide en octobre 1994 pour la fin de son premier mandat. L’argent neuf avancé par la Banque mondiale, le FMI et la Banque inter-américaine de développement ne sert alors qu’à permettre à Haïti de rencontrer ses obligations avec ses créanciers étrangers.

Sous le gouvernement de la junte, le FMI avait exigé la réduction des services de santé et d’éducation, prétextant un "surplus" d’enseignants et de personnel hospitalier dans un pays où de tels services sont quasi inexistants.

Le FMI et la Banque mondiale forcèrent la levée des barrières tarifaires et l’ouverture du marché local au dumping américain de produits comme le riz, le sucre et le maïs, ce qui a pour effet de détruire l’économie paysanne dans un pays où plus de 75% de la population vit de l’agriculture. Haïti devient alors le quatrième importateur de riz américain, après le Japon, le Mexique et le Canada. Sous la junte, le produit intérieur brut a chuté de 30%.

À peine deux semaines avant les élections présidentielles de novembre 2000 - qui vont marquer le retour d’Aristide au pouvoir pour un deuxième mandat - alors que les États-Unis ont instauré un embargo sur l’aide à Haïti, le gouvernement sortant signe une Lettre d’intention avec le FMI.

Bien qu’Aristide ait promis de hausser le salaire minimum, de construire des écoles et mettre en place un programme d’alphabétisation, le nouveau gouvernement a les mains liées par la Lettre d’intention.

En 2003, le FMI impose un système de "flexibilité du prix de l’essence" qui provoque en deux mois une hausse de 130% du prix du carburant. Cette mesure entraîne une augmentation de 40% des prix à la consommation. Pour juguler l’inflation, le FMI exige alors un gel des salaires. Le salaire quotidien minimum, qui était de 3 $ en 1994, tombe aussi bas qu’à 1,50 $. Cette "flexibilité du marché du travail" devait selon le FMI attirer les investisseurs étrangers !

La dette extérieure s’emballe et les taux d’intérêt s’envolent. Dans le Nord et l’Est du pays, la hausse du prix du carburant provoque une quasi paralysie des transports et des services publics comme l’électricité et l’approvisionnement en eau. Toute ces mesures alimentent la grogne contre le gouvernement Aristide et servent la cause de l’opposition.

En février 2003, Washington nomme James Foley comme nouvel ambassadeur en Haïti. En 1999, Foley était l’envoyé du Département d’État américain au Kosovo. Il oeuvra à rendre "respectable" l’Armée de libération du Kosovo, qui était financée par l’argent de la drogue et la CIA, dans le contexte de la préparation de l’intervention américaine contre le gouvernement de Milosevics.

Dans des études antérieures, Michel Chossudovsky a démontré comment le Kosovo a été transformé en "narco-démocratie" sous la protection de l’OTAN. La drogue, en provenance de l’Iran et de la Turquie, y transite pour prendre la direction de l’Europe. Aujourd’hui, Chossudovsky se demande si ce n’est pas ce modèle que Foley prépare, depuis 1999, pour Haïti.

Alors que l’économie réelle de Haïti est en banqueroute, le trafic de la drogue y est florissant. Selon la Drug Enforcement Administration (DEA) américaine, Haïti demeure "le principal pays pour le transit de la cocaïne de la Colombie vers les Etats-Unis."

La DEA estime que 14% de la cocaïne qui entre aux Etats-Unis passe par Haïti. Cela représente des sommes fabuleuses, lorsqu’on sait que le commerce global des narcotiques est évalué annuellement à 500 milliards $.

Les narco-dollars représentent aujourd’hui la principale source de devises pour Haïti. Ils servent à rembourser la dette et les intérêts de créanciers étrangers. D’ailleurs, la libéralisation du marché des échanges extérieures imposée par le FMI sert merveilleusement bien au blanchiment des narco-dollars.

Haïti ne touche qu’un très faible pourcentage des revenus de cette contrebande. Les principaux bénéficiaires en sont les intermédiaires criminels, les agences de renseignement qui protègent ce commerce, de même que les institutions bancaires et financières de Wall Street et d’Europe qui blanchissent cet argent.

Michel Chossudovsky souligne que le contrôle du marché de la drogue qui passe par Haïti est particulièrement important pour les Etats-Unis qui voient une bonne partie du commerce mondial de la drogue se transiger maintenant en euros plutôt qu’en dollars, sapant d’autant l’hégémonie du dollar américain.

La rébellion armée et la chute d’Aristide ne sont donc pas des événements spontanés. Ils ont été planifiés de longue main par les services secrets et le gouvernement américains. Bien que les membres des gouvernements Préval, et par la suite Aristide, se soient montrés complaisants à l’égard du FMI, Washington avait néanmoins inscrit Jean-Bertrand Aristide sur sa liste noire.

L’arrivée des militaires américains s’inscrit dans les plans de l’administration Bush pour la militarisation des Caraïbes. Elle vise à sécuriser les routes du trafic des drogues. Rappelons-nous également que Haïti est située stratégiquement entre Cuba et le Venezuela, deux pays où la Maison Blanche voudrait bien voir un changement de régime.
Pierre Dubuc, 3 mars 2004, L'aut' Journal

 

 

 

La déstabilisation de Haïti : un coup d’Etat orchestré et financé par les Etats-Unis

par Michel Chossudovsky
Article publié le 11 mars 2004

Double standards

La Maison blanche a remis en question la capacité du président haïtien Jean-Bertrand Aristide « à gouverner son pays ». Selon un communiqué officiel de la Maison blanche émis un jour avant le départ d’Aristide pour la République dominicaine : « Son échec à adhérer aux principes démocratiques a contribué à la profonde polarisation et aux violentes émeutes auxquelles nous assistons aujourd’hui en Haïti. Ses propres actions remettent en question sa capacité à gouverner Haïti. Nous l’invitons à examiner sa position soigneusement, à accepter la responsabilité, et à agir dans l’intérêt du peuple d’Haïti. »

Ne devrions-nous pas maintenant appliquer les mêmes standards au Président George W. Bush qui a menti au peuple américain, violé le droit international et mené une guerre criminelle sur base d’un faux prétexte ?

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Le présent article a été rédigé durant les derniers jours de février 2004 en réponse au barrage de désinformation dressé par les médias traditionnels. Il a été complété le 29 février 2004, le jour du départ pour l’exil du président Jean-Bertrand Aristide.

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L’insurrection armée qui a contribué à renverser le président Aristide le 29 février 2004 a été le résultat d’une opération de type militaire, combinée à des opérations de renseignements, minutieusement préparée.

L’armée paramilitaire des rebelles a traversé la frontière de la République dominicaine au début du mois de février. Il s’agit d’une unité paramilitaire bien armée, équipée et entraînée à laquelle se sont intégrés d’anciens membres du Front pour l’Avancement et le Progrès en Haïti (FRAPH), les escadrons de la mort en « vêtements civils » impliqués dans les massacres de civils et assassinats politiques perpétrés durant le coup d’Etat militaire de 1991, sponsorisé par la CIA, et qui avait débouché sur le renversement du gouvernement démocratiquement élu du président Jean-Bertrand Aristide.

Le Front autoproclamé pour la Libération et la Reconstruction nationale (FLRN) est dirigé par Guy Philippe, un ancien membre des Forces armées haïtiennes et par ailleurs chef de la police. Durant la période du coup d’Etat de 1991, Philippe avait subi un entraînement auprès des Forces spéciales américaines en Equateur, en même temps qu’une douzaine d’autres officiers de l’armée haïtienne (voir Juan Gonzalez, New York Daily News, 24 février 2004).

Les deux autres commandants rebelles et associés de Guy Philippe, qui ont dirigé les attaques contre Gonaïves et Cap-Haïtien, sont Emmanuel Constant, surnommé « Toto », et Jodel Chamblain. Tous deux sont d’anciens Tontons Macoutes et sont des dirigeants du FRAPH.

En 1994, Emmanuel Constant dirigeait l’escadron de la mort du FRAPH dans le village de Raboteau, opération que l’on appela plus tard le « Massacre de Ramboteau » :

« L’un des derniers massacres infâmes eut lieu en avril 1994 à Raboteau, un bidonville côtier à quelque 150 km au nord de la capitale. Raboteau compte environ 6.000 habitants, la plupart sont pêcheurs ou sauniers, mais il a la réputation d’être un bastion de l’opposition où des dissidents politiques viennent souvent se cacher. (...) Le 18 avril [1994], une centaine de soldats et une trentaine de paramilitaires débarquèrent à Raboteau pour ce que les enquêteurs allaient appeler plus tard une ’répétition générale’. Ils allaient sortir des gens de chez eux, leur demandant où se cachait Amiot ’Cubain’ Metayer, un partisan bien connu d’Aristide. Ils tabassèrent de nombreuses personnes, dont une femme enceinte qui en fit une fausse couche, et ils forcèrent d’autres personne à boire à même les égouts à ciel ouvert. Des soldats torturèrent un vieil aveugle de 65 ans jusqu’à ce qu’il vomisse du sang. L’homme mourut le lendemain.

« Le 22 avril avant l’aube, les soldats réapparaissaient. Ils mirent des maisons à sac et abattèrent des gens en rue et lorsque les habitants s’enfuyèrentt vers l’eau, d’autres soldats leur tirèrent dessus depuis des embarcations qu’ils avaient réquisitionnées. La mer allait rejeter des corps durant plusieurs jours. D’autres ne furent jamais retrouvés. Le nombre des victimes a été estimé entre deux douzaines et une trentaine. Des centaines d’autres allaient fuir la ville, craignant de nouvelles représailles. » (St Petersburg Times, Floride, 1er septembre 2002)

Durant le pouvoir militaire (1991-1994), le FRAPH passa (non officiellement) sous la juridiction des forces armées, prenant ses ordres chez le commandant en chef, le général Raoul Cedras. Selon un rapport de la Commission des Droits de l’Homme des Nations unies, daté de 1996, le FRAPH avait bénéficié du soutien de la CIA.

Sous la dictature militaire, le trafic de drogue fut protégé par la junte militaire qui, de son côté, était également soutenue par la CIA. Les dirigeants du coup d’Etat de 1991, y compris les commandants paramilitaires du FRAPH, figuraient sur les feuilles de paie de la CIA. (Voir Paul DeRienzo, http://globalresearch.ca/articles/R... , Voir également Jim Lobe, IPS, 11 oct. 1996).

A ce propos, Emmanuel Constant, alias « Toto », confirma, dans l’émission « 60 Minutes » de la CBS, en 1995, que la CIA le payait environ 700 dollars par mois et qu’il avait créé le FRAPH alors qu’il était sur les feuilles de paie de l’agence. (Voir Miami Herald, 1er août 2001). Selon Constant, le FRAPH avait été constitué « avec les encouragements et le soutien financier de la Defense Intelligence Agency [la DIA] américaine et de la CIA » (Miami New Times, 26 février 2004).

L’« opposition civile »

La prétendue « Convergence démocratique » (CD) est un groupe de quelque 200 organisations politiques dirigé par l’ancien maire de Port-au-Prince, Evans Paul. Cette CD, conjointement au « Groupe des 184 Organisations de la Société civile »(G-184) a constitué ce qu’elle appelle une « Plate-forme démocratique des Organisations de la Société civile et des Partis politiques de l’Opposition ».

Le G-184 est dirigé par André (Andy) Apaid, un citoyen américain né aux Etats-Unis de parents haïtiens (Haiti Progres, http://www.haiti-progres.com/eng11-...). Andy Apaid possède Alpha Industries, l’une des plus importantes lignes d’assemblage destiné à l’exportation et à main-d’œuvre bon marché, installées durant l’époque Duvalier. Ses bagnes produisent des produits textiles et des assemblages électroniques pour un certain nombre de firmes américaines, parmi lesquelles Sperry/Unisys, IBM, Remington et Honeywell. Apaid est le plus gros employeur industriel de Haïti avec une main-d’oeuvre de quelque 4.000 travailleurs. Les salaires payés dans les usines d’Andy Apaid ne dépassent pas 68 cents par jour (Miami Times, 26 février 2004). L’actuel salaire minimal à Haïti est de l’ordre de 1,50 dollar par jour :

« Le Comité national de l’Emploi, cantonné aux Etats-Unis, qui a été le premier à dénoncer le scandale Kathie Lee Gifford des mauvaises conditions de travail, a rapporté, voici plusieurs années déjà, que les usines d’Apaid situées dans la zone haïtienne de libre échange payaient souvent des salaires inférieurs au salaire minimal et que ses employées sont obligées de travailler 78 heures par semaine. » (Daily News, New York, 24 février 2004)

Apaid fut un fervent soutien du coup d’Etat militaire de 1991. Aussi bien la CD que le G-184 ont des liens avec le FLRN (anciennement les escadrons de la mort du FRAPH) dirigé par Guy Philippe. On sait également que le FLRN reçoit des fonds de la communauté haïtienne des affaires.
En d’autres termes, il n’y a pas de division bien tranchée entre l’opposition civile, qui se prétend non violente, et les paramilitaires du FLRN. Ce dernier collabore avec la prétendue « Plate-forme démocratique ».

Le rôle de la Fondation nationale pour la Démocratie (FND)

A Haïti, cette « opposition civile » est soutenue financièrement par la Fondation nationale pour la Démocratie qui travaille main dans la main avec la CIA. La Plate-forme démocratique est soutenue par l’Institut républicain international (IRI), l’une des composantes actives de la FND. Le sénateur John McCain est président du conseil de direction de l’IRI. (Voir Laura Flynn, Pierre Labossière et Robert Roth, Hidden from the Headlines : The U.S. War Against Haiti (Loin des gros titres : la guerre des Etats-Unis contre Haïti), California-based Haiti Action Committee (HAC), http://www.haitiprogres.com/eng11-1... ).

Le dirigeant du G-184, Andy Apaid, était en relation avec le secrétaire d’Etat Colin Powell durant toute la période qui a précédé le départ du président Aristide pour la République dominicaine, le 29 février dernier. Son organisation parapluie des cercles d’affaires de l’élite et des ONG religieuses, également soutenue par l’IRI, reçoit des sommes d’argent considérables de l’Union européenne. ( http://haitisupport.gn.apc.org/184 ... ).

Il est utile de rappeler que si la FND (que supervise l’IRI) ne fait pas officiellement partie de la CIA, elle joue d’importantes fonctions sur le plan des renseignements dans l’arène des partis politiques civils et des ONG. Elle a été créée en 1983, à l’époque où la CIA était accusée de corrompre en secret les hommes politiques et de monter de fausses organisations de front de la société civile. Selon Allen Weinstein, l’homme qui avait mis la FND sur pied à l’époque de l’administration Reagan, « une grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui l’était déjà, mais en secret, par la CIA, voici 25 ans ». (Washington Post, 21 septembre 1991).

La FND draine des fonds du Congrès vers quatre institutions : l’International Republican Institute (IRI), le National Democratic Institute for International Affairs (NDI), le Center for International Private Enterprise (CIPE), et l’American Center for International Labor Solidarity (ACILS. Il est dit que ces organisations ne sont « qualifiées que pour fournir de l’assistance technique aux démocrates en herbe du monde entier ». (Voir IRI, http://www.iri.org/history.asp)

Autrement dit, il existe une répartition des tâches entre la CIA et la FND. Alors que la CIA fournit son soutien secret à des groupes rebelles de paramilitaires armés et autres escadrons de la mort, la FND et ses quatre organisations constituantes financent des partis politiques « civils » et des ONG en vue d’installer la « démocratie » à l’américaine aux quatre coins du monde.

La FND constitue donc en quelque sorte le « bras civil » de la CIA. Les interventions combinées des deux organisations dans diverses parties du monde sont caractérisées par un modèle constant, utilisé dans de nombreux pays.

La FND fournit des fonds aux organisations de la « société civile » au Venezuela, fonds qui ont permis de mettre sur pied une tentative de coup d’Etat contre le président Hugo Chavez. Au Venezuela, ce fut la « Coordination démocratique » qui bénéficia du soutien de la FND ; à Haïti, il s’agit de la « Convergence démocratique » et du G-184.

De la même manière, dans l’ancienne Yougoslavie, depuis 1995, la CIA a fait parvenir son soutien à l’Armée de Libération du Kosovo (UCK), un groupe paramilitaire impliqué dans des attentats terroristes contre la police et l’armée yougoslaves. Dans le même temps, via le CEPI, la FND soutenait la coalition d’opposition du DOS en Serbie et au Monténégro. Plus spécifiquement, la FND finançait le G-17, un groupe d’opposition constitué d’économistes responsables de la formulation (en liaison avec le FMI) de la plate-forme de réformes d’« ouverture du marché » de la coalition du DOS, lors des élections présidentielles de 2000 qui conduisirent à la chute de Slobodan Milosevic.

Le douloureux « remède économique » du FMI

Le FMI et la Banque mondiale sont des acteurs de premier plan dans le processus de déstabilisation économique et politique. Tout en étant appliquées sous les auspices d’un corps intergouvernemental, les réformes du FMI tendent à soutenir les objectifs de la stratégie et de la politique étrangère des Etats-Unis.

Reposant sur le prétendu « consensus de Washington », les mesures d’austérité et de restructuration du FMI contribuent souvent, via leurs effets terriblement dévastateurs, à déclencher des contestations sociales et ethniques. Les réformes du FMI ont souvent précipité la chute de gouvernements élus. Dans certains cas extrêmes de désorganisation économique et sociale, les mesures économiques pénibles du FMI ont contribué à la déstabilisation de pays tout entiers, comme ce fut le cas en Somalie, au Rwanda et en Yougoslavie. (Voir Michel Chossudovsky, The globalization of Poverty and the New World Order (La globalisation de la pauvreté et le Nouvel Ordre Mondial), 2e édition, 2003, http://globalresearch.ca/globaloutl... )

Le programme du FMI est en permanence un instrument de désorganisation économique. Les réformes du FMI contribuent à remodeler et à minimiser les institutions de l’Etat via des mesures draconiennes d’austérité. Ces dernières sont appliquées simultanément avec d’autres formes d’intervention et d’ingérence politique, y compris les activités sous le manteau de la CIA visant à soutenir des groupes paramilitaires rebelles et des partis politiques d’opposition.

En outre, des réformes qualifiées de « relance d’urgence » ou de « post-conflictuelles » sont souvent introduites sous la direction du FMI, dans le sillage d’une guerre civile, d’un changement de régime ou dans le cadre d’une « urgence au niveau national ».

A Haïti, le FMI a sponsorisé des réformes de « libéralisation du marché », lesquelles ont été appliquées régulièrement depuis l’époque Duvalier. Elles ont également été appliquées à plusieurs niveaux depuis la première élection du président Aristide, en 1990.

Le coup d’Etat militaire de 1991, qui a eu lieu huit mois seulement après l’accession de Jean-Bertrand Aristide à la présidence, visait en partie à supprimer les réformes progressistes du gouvernement et à réinstaurer l’agenda politique néo-libéral de l’ère Duvalier.

En juin 1992, un ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, Monsieur Marc Bazin, fut désigné au poste de Premier ministre par la junte militaire. En fait, c’était le département d’Etat américain qui avait poussé à sa nomination.

Bazin avait la réputation d’avoir toujours travaillé pour le « consensus de Washington ». En 1983, il avait été désigné au poste de ministre des Finances sous le régime Duvalier. En fait il avait été recommandé à ce portefeuille par le FMI : « Le ’président à vie’ Jean-Claude Duvalier avait été d’accord avec la désignation d’un candidat du FMI, l’ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, Marc Bazin, comme ministre des Finances. » (Mining Annual Review, juin 1983). Plus tard, Bazin, qui était considéré comme le « favori » de Washington, se présenta contre Aristide lors des élections présidentielles de 1990.

Bazin fut donc désigné par la junte militaire, en 1992, pour former un prétendu « gouvernement de consensus ». Il est utile de faire remarquer que ce fut précisément durant la période où Bazin fut Premier ministre qu’eurent lieu les massacres politiques et les tueries extra-judiciaires perpétrés par les escadrons de la mort du FRAPH, soutenus par la CIA. Plus de 4.000 civils furent tués. Quelque 300.000 se muèrent en réfugiés internes, « des milliers d’autres s’enfuirent de l’autre côté de la frontière, en République dominicaine, et plus de 60.000 quittèrent le pays par la mer ». (Déclaration de Dina Paul Parks, directrice exécutive de la Coalition nationale des Droits des Haïtiens, Commission sénatoriale de la Justice, Sénat des Etats-Unis d’Amérique, Washington DC, 1er octobre 2002). Pendant ce temps, la CIA avait lancé une campagne de calomnies présentant Aristide comme un personnage « instable mentalement ». (Boston Globe, 21 septembre 1994).

L’intervention militaire américaine de 1994

Après trois années de pouvoir militaire, les Etats-Unis intervenaient en 1994, envoyant à Haïti des troupes d’occupation et des « gardiens de la paix » : 20.000 hommes en tout. Cette intervention ne prévoyait pas de restaurer la démocratie. Bien au contraire : elle fut menée pour empêcher une insurrection populaire contre la junte militaire et ses partisans néo-libéraux.

En d’autres termes, l’occupation militaire américaine visait surtout à assurer la continuité politique.

Alors que les membres de la junte militaire étaient envoyés en exil, le retour du gouvernement constitutionnel requérait l’obéissance aux dictats du FMI, excluant de la sorte toute possibilité d’une alternative « progressiste » au planning néo-libéral. De plus, les troupes américaines allaient rester dans le pays jusqu’en 1999. Les forces armées haïtiennes furent dissoutes et le département d’Etat américain loua les services d’une société de mercenariat, la Dyn Corp, pour fournir des « conseils techniques » à la restructuration de la Police nationale haïtienne (PNH).

« La DynCorp a toujours fonctionné en sous-traitance dans les opérations sous le manteau du Pentagone et de la CIA. » (Voir Jeffrey St.Clair et Alexander Cockburn, Counterpunch, 25 février 2002, http://www.corpwatch.org/issues/PID... ). Avec les conseils de la DynCorp à Haïti, les anciens Tontons Macoutes et les officiers de l’armée haïtienne impliqués dans le coup d’Etat de 1991 furent intégrés à la PNH. » (Voir Ken Silverstein, « Privatizing War » (La privatisation de la guerre), The Nation, 28 juillet 1997, http://www.mtholyoke.edu/acad/intre...).

En octobre 1994, Aristide revint d’exil et réintégra la présidence jusqu’à la fin de son mandat en 1996. Des réformateurs du « libre marché » furent introduits dans son cabinet. Une nouvelle fournée de mesures politiques macroéconomiques mortelles fut adoptée sous l’étiquette d’un prétendu Plan d’urgence de relance économique (PURE) « qui cherchait à réaliser une stabilisation macroéconomique rapide, à restaurer l’administration publique et à parer aux besoins les plus pressés ». (Voir : IMF Approves Three-Year ESAF Loan for Haiti (Le FMI approuve l’emprunt de trois ans de l’ESAF destiné à Haïti), Washington, 1996, http://www.imf.org/external/np/sec/... ).

La restauration du gouvernement constitutionnel avait été négociée en huis clos avec des créanciers extérieurs de Haïti. Avant la restauration d’Aristide au poste de président du pays, le nouveau gouvernement fut obligé d’apurer les arriérés de la dette du pays vis-à-vis de ses créanciers étrangers. En fait, les nouveaux prêts consentis par la Banque mondiale, la Banque inter-américaine de Développement (IDB) et le FMI furent utilisés pour honorer les obligations de Haïti vis-à-vis de ses créanciers internationaux. De l’argent frais fut utilisé pour rembourser d’anciennes dettes, ce qui provoqua une spirale de la dette extérieure.

Durant la période coïncidant en gros avec celle du gouvernement militaire, le Produit intérieur brut (PIB) déclina de 30% entre 1992 et 1994. Avec un revenu par tête de 250 dollars par an, Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental et l’un des plus pauvres de la planète. (Voir : Banque mondiale, Haïti : les défis de la réduction de la pauvreté, Washington, août 1998, http://lnweb18.worldbank.org/Extern... ).

La Banque mondiale estime le chômage de l’ordre de 60%. (Un rapport du Congrès américain datant de 2000 l’estime même à 80%. Voir : Chambre des Représentants des Etats-Unis, Justice criminelle, Sous-Commission de la politique en matière de drogue et des ressources humaines, FDHC Transcripts, 12 avril 2000).

Dans le sillage de trois années de pouvoir militaire et de déclin économique, il ne pouvait y avoir de « relance économique urgente » comme celle envisagée sous l’accord de prêt du FMI. En fait, ce fut tout le contraire qui se produisit : La « stabilisation » imposée par le FMI sous le programme de « relance » exigea davantage de restrictions budgétaires dans les programmes quasiment non existants du secteur social. Un programme de réforme des services civils fut lancé. Il consistait à réduire la taille de ces services et à licencier le « surplus » d’employés de l’Etat. Le train de mesures du FMI et de la Banque mondiale fut en partie à l’origine de la paralysie des services publics, ce qui déboucha sur la désintégration finale de la totalité du système étatique. Dans un pays où les services de santé et d’éducation étaient déjà pour ainsi dire inexistants, le FMI avait exigé le licenciement des enseignants et travailleurs médicaux « en surplus » et ce, dans l’intention d’atteindre son objectif à propos du déficit budgétaire.

Les initiatives de Washington en matière de politique étrangère ont été coordonnées à l’application de la « thérapie » économique particulièrement létale du FMI. Le pays a été littéralement poussé au bord du désastre économique et social.

Le sort de l’agriculture haïtienne

Plus de 75 pour-cent de la population haïtienne est engagée dans l’agriculture, produisant à la fois des plantes vivrières pour le marché intérieur ainsi qu’un certain nombre de plantes « de rapport » destinées à l’exportation. Déjà à l’époque de Duvalier, l’économie paysanne avait été torpillée. Avec l’adoption des réformes économiques sponsorisées par le FMI et la Banque mondiale, le système agricole qui, avant cela, produisait des denrées alimentaires pour le marché local, s’est retrouvé déstabilisé. La levée des barrières commerciales a ouvert le marché local à l’affluence des surplus agricoles américains, y compris le riz, le sucre et le maïs, entraînant ainsi la destruction de toute l’économie paysanne. Gonaïves, qui, avec ses vastes rizières, était la région par excellence de la production du riz à Haïti, s’est retrouvée plongé dans une faillite générale :

« A la fin des années 90, la production locale de riz, à Haïti, a été réduite de moitié et les importations de riz des Etats-Unis comptaient pour plus de la moitié des ventes locales de riz. La population paysanne locale était ruinée et le prix du riz augmenta dans des proportions phénoménales. » (Voir Rob Lyon, Haiti-There is no solution under Capitalism ! (Haïti : pas de solution sous le capitalisme), Socialist Appeal, 24 février 2004, http://cleveland.indymedia.org/news... ).

En l’espace de quelques années, Haïti, un petit pays très pauvre des Caraïbes, était devenu le quatrième importateur mondial de riz américain, après le Japon, le Mexique et le Canada.

La seconde vague de réformes du FMI

Les élection présidentielles furent fixées au 23 novembre 2000. L’administration Clinton avait mis l’embargo sur l’aide au développement à Haïti en 2000. A peine deux semaines avant les élections, l’administration sortante signait une lettre d’intentions pour le FMI. Avec son timing parfait, l’accord avec le FMI exclut virtuellement depuis le début toute déviance par rapport à l’agenda néo-libéral avant l’élection du nouveau président qui, depuis son retour d’exil en 1994, s’est montré très obéissant vis-à-vis des exigences du FMI.

Le ministre des Finances transmettait l’amendement budgétaire au Parlement le 14 décembre. Le soutien des donateurs dépendait du sceau probatoire de la législature. Alors qu’Aristide avait promis d’augmenter le salaire minimum, de se lancer dans la construction d’écoles et la mise sur pied de programmes d’alphabétisation, les mains du nouveau gouvernement étaient liées. Toutes les décisions majeures concernant le budget de l’Etat, le management du secteur public, les investissements publics, la privatisation, le commerce et la politique monétaire avaient déjà été prises. Elles faisaient partie de l’accord conclu avec le FMI le 6 novembre 2000.

En 2003, le FMI imposa l’application du prétendu « système flexible dans les prix des carburants », lequel déclencha aussitôt une spirale inflationniste. La monnaie fut dévaluée. Les prix du pétrole augmentèrent d’environ 130 pour-cent en janvier et février 2003, ce qui contribua à alimenter le mécontentement populaire à l’égard du gouvernement Aristide, qui avait soutenu l’application des réformes économiques.

La montée en flèche des prix des carburants contribua à une hausse de 40 pour-cent des prix à la consommation en 2002-2003. (Voir Haïti - Lettre d’intention, Mémorandum de la politique économique et financière, et mémorandum technique d’explications, Port-au-Prince, Haïti, 10 juin 2003, http://www.imf.org/external/np/loi/... ). A son tour, le FMI avait réclamé, en dépit de la hausse dramatique du coût de la vie, un gel des salaires comme moyen de « contrôler les pressions inflationnistes ». En fait, le FMI avait également enjoint au gouvernement de réduire les salaires du secteur public (y compris les traitements des enseignants et des travailleurs médicaux). Le FMI avait également réclamé que l’on assure le paiement d’un salaire statutaire minimum d’environ 25 cents de l’heure. « La flexibilité du marché de l’emploi », ce qui signifiait que les salaires étaient versés sous le salaire minimum statutaire, allait contribuer, prétendait le FMI, à attirer les investisseurs étrangers. Le salaire journalier minimum était de 3 dollars en 1994, et il diminua jusque 1,50 à 1,75 dollars (selon le taux d’échange entre la gourde - la monnaie haïtienne - et le dollar) en 2004.

Dans une logique particulièrement tordue, les salaires effroyablement bas pratiqués à Haïti, qui avaient fait partie du cadre de la politique de la « main-d’œuvre bon marché » du FMI et de la Banque mondiale, étaient considérés comme un moyen d’améliorer le niveau de vie. En d’autres termes, les conditions inhumaines des industries d’assemblage (dans un environnement totalement dérégulé) et les conditions de travaux forcés dans les plantations agricoles haïtiennes sont considérées par le FMI comme la clé pour arriver à la prospérité économique, ; en raison de « l’attrait exercé sur les investisseurs étrangers ».

Le pays était coincé dans la spirale de sa dette extérieure. Par une ironie amère, des mesures d’austérité dans les secteurs sociaux, soutenues par le FMI et la Banque mondiale, furent imposées à un pays qui compte à peine 1,2 médecin pour 10.000 habitants et où la grande majorité de la population est illettrée. Les services sociaux de l’Etat, virtuellement inexistants durant la période Duvalier, se sont effondrés.

La conséquence des directives du FMI fut que le pouvoir d’achat poursuivit sa dégringolade, laquelle avait également affecté les groupes à revenus moyens. Dans un même temps, les taux d’intérêt avaient atteint des hauteurs astronomiques. Dans les parties Nord et Est du pays, les hausses brutales des prix du carburant s’étaient traduites par une paralysie virtuelle des transports et des services publics, y compris l’eau et l’électricité. Alors qu’une catastrophe humanitaire menace grandement, l’effondrement de l’économie supervisé par le FMI servit à accroître considérablement la popularité de la Plate-forme démocratique, qui accusa Aristide de « mauvaise gestion économique ». Inutile de dire que les dirigeants de la Plate-forme démocratique, y compris Andy Apaid, actuel propriétaire des usines aux conditions si déplorables, sont les principaux protagonistes de l’économie des bas salaires.

On ressort le modèle du Kosovo

En février 2003, Washington annonçait la désignation de James Foley au poste d’ambassadeur à Haïti.Foleyavaitétél’un des porte-parole du département d’Etat sous l’administration Clinton au moment dela guerre du Kosovo. Auparavant, il avait occupé un poste au quartier général de l’Otan à Bruxelles. De toute évidence, Foley était envoyé à Port-au-Prince en prévision de l’opération sponsorisée par la CIA. Il fut transféré à Port-au-Prince en septembre 2003, alors qu’il occupait un poste diplomatique de prestige à Genève, où il était chef de mission adjoint au bureau européen des Nations unies.

Il est utile de rappeler l’implication de l’ambassadeur Foley dans le soutien à l’Armée de Libération de Kosovo (UCK) en 1999.

Solidement renseignée, l’UCK était financée avec de l’argent de la drogue et soutenue par la CIA. Elle fut impliquée de la même façon dans des assassinats politiques ciblés et dans des massacres de civils, et ce, au cours des mois qui allaient précéder l’invasion de l’Otan, en 1999, ainsi qu’après. Après l’invasion et l’occupation du Kosovo orchestrées par l’Otan, l’UCK devint la Force de Protection du Kosovo (FPK), sous les auspices de l’Onu. Au lieu d’être désarmée afin d’empêcher les massacres de civils, voilà donc qu’une organisation terroristes liée au crime organisée et au trafic de drogue dans les Balkans se voit conférer un statut politique légal.

A l’époque de la guerre du Kosovo, l’actuel ambassadeur à Haïti, James Foley, s’occupait des communiqués du département d’Etat, travaillant en étroite collaboration avec son homologue de l’Otan à Bruxelles, Jamie Shea. A peine deux mois avant le déclenchement de la guerre de l’Otan, le 24 mars 1999, James Foley avait exigé que l’on « transformât » l’UCK en organisation politique respectable :

« Nous voulons développer de bonnes relations avec eux [l’UCK] puisqu’ils se muent en organisation à orientation politique (...) Nous croyons que nous avons un tas de conseils et d’aide à leur fournir s’ils deviennent précisément le genre d’acteurs politiques que nous aimerions les voir devenir. (...) Si nous pouvons les aider et s’ils veulent que nous les aidions dans cet effort de transformation, je pense que personne ne pourra y trouver à redire (...) » (cité dans le New York Times, 2 février 1999).

Dans le sillage de l’invasion, « une administration kosovare autoproclamée fut mise en place, composée par l’UCK et par le Mouvement d’Union démocratique (LDB), par une coalition de cinq partis d’opposition hostiles à la Ligue démocratique de Rugova (LDK). Outre le poste de Premier ministre, l’UCK contrôlait les ministères des Finances, de l’Ordre public et de la Défense ». (Michel Chossudovsky, La guerre d’agression de l’Otan contre la Yougoslavie, 1999, http://www.globalresearch.ca/articl... )
La position du département d’Etat américain telle qu’elle est présentée dans la déclaration de Foley était que l’UCK « ne serait pas autorisée à poursuivre ses activités en tant que force militaire, mais qu’elle aurait l’occasion d’aller de l’avant dans sa quête d’un gouvernement autonome placé dans un ’contexte différent’ », ce qui revenait à parler d’inauguration d’une « narco-démocratie » de fait sous la protection de l’Otan. (Ibid.)

En ce qui concerne le trafic de drogue, le Kosovo occupe une position similaire à celle de Haïti : c’est un lien crucial dans le transit des drogues depuis le Croissant d’Or, via l’Iran et la Turquie, vers l’Europe occidentale. Tout en étant soutenue par la CIA et l’Otan, l’UCK avait des liens avec la mafia albanaise et les syndicats du crime impliqués dans le trafic des narcotiques.

Est-ce le modèle d’Etat pour Haïti, tel que l’avait formulé l’actuel ambassadeur américain à Haïti, James Foley ?

Pour la CIA et le département d’Etat, le FLRN et Guy Philippe sont à Haïti ce que l’UCK et Hashim Thaci sont au Kosovo.

En d’autres termes, l’intention de Washington est de « changer de régime » : renverser l’administration Lavalas et installer un régime fantoche obéissant aux Etats-Unis, intégré par la Plate-forme démocratique et l’autoproclamé Front pour la libération et la reconstruction nationale (FLRN), dont les dirigeants sont d’anciens terroristes du FRAPH et autres tontons Macoutes. Ces derniers sont susceptibles d’intégrer un « gouvernement d’unité nationale » en compagnie des chefs de la Convergence démocratique et du Groupe des 184 organisations de la société civile dirigé par Andy Apaid. Plus spécifiquement, le FLRN dirigé par Guy Philippe est susceptible de reconstruire les forces armées haïtiennes, qui avaient été dissoutes en 1995.

En d’autres termes, quel est l’enjeu d’un éventuel arrangement de partage de pouvoir entre les divers groupes d’opposition et les rebelles soutenus par la CIA, lesquels sont liés au commerce de transit de la cocaïne de la Colombie à la Floride ? La protection de ce commerce a des incidences sur la formation d’un nouveau narco-gouvernement, lequel servira les intérêts américains.

Un désarmement simulé, plus symbolique que réel, des rebelles peut être envisagé sous supervision internationale, comme cela s’est produit avec l’UCK au Kosovo, en 2000. Les « anciens terroristes » peuventt alors être intégrés tant au sein de la police civile que dans la reconstitution, sous surveillance des Etats-Unis, des forces armées haïtiennes.

Ce que suggère ce scénario, c’est que les structures terroristes de l’époque Duvalier ont été restaurées. Un programme de massacres de civils et d’assassinats politiques dirigés contre les partisans de Lavalas est en fait déjà en cours.

En d’autres termes, si Washington était vraiment mû par des considérations humanitaires, pourquoi, dans ce cas, soutient-il et finance-t-il les escadrons de la mort du FRAPH ? Son objectif n’est pas d’empêcher le massacre des civils. Organisés sur le modèle des précédentes opérations dirigées par la CIA (par exemple, au Guatemala, en Indonésie, au Salvador), les escadrons de la mort du FLRN ont eu carte blanche et sont désormais impliqués dans des assassinats politiques ciblés contre les partisans d’Aristide.

Le commerce du transbordement des drogues

Alors que l’économie réelle a été poussée à la banqueroute sous le choc des réformes du FMI, le commerce du transbordement des narcotiques continue à être florissant. Selon la DEA (Drug Enforcement Administration) américaine, Haïti reste « le premier pays de transbordement de la drogue pour toute la région des Caraïbes, il achemine d’importants chargements de cocaïne depuis la Colombie jusqu’aux Etats-Unis. » (Voir Chambre américaine des Représentants, Justice criminelle, Sous-commission sur la politique en matière de drogues et sur les ressources humaines, Transcriptions FDHC, 12 avril 2000)

On estime que Haïti, actuellement, est responsable de 14 pour-cent de toutes les entrées de cocaïne aux Etats-Unis, ce qui représente des milliards de dollars de revenus pour le crime organisé et les institutions financières américaines qui blanchissent des quantités colossales d’argent sale. Le commerce mondial des narcotiques est estimé de l’ordre de 500 milliards de dollars.

Une grande partie de ces transbordements va directement à Miami, qui constitue également un centre de recyclage de l’argent sale en investissements « de bonne foi », par exemple en propriétés immobilières et autres activités du même genre.

Les preuves confirment que la CIA a protégé ce commerce tout au long de la dictature militaire, de 1991 à 1994. En 1987, le sénateur John Kerry, en sa qualité de président de la sous-commission sénatoriale des Affaires étrangères sur les narcotiques, le terrorisme et les opérations internationales, se vit confier une enquête importante qui s’intéressa de près aux liens entre la CIA et le trafic de drogue, y compris le blanchiment de l’argent de la drogue aux fins de financer des insurrections armées. Le « Rapport Kerry », publié en 1989 et concentrant son attention sur le financement des contras nicaraguayens, comprenait aussi toute une section concernant Haïti :

« Kerry a développé des informations détaillées sur le trafic de drogue dirigé par les dirigeants militaires de Haïti , trafic qui a débouché, en 1988 à Miami, sur la condamnation du lieutenant-colonel Jean Paul. La sentence embarrassa beaucoup les militaires haïtiens, et tout particulièrement parce que Paul, dans un geste de provocation, refusa de se rendre aux autorités américaines. En novembre 1989, le colonel Paul fut découvert mort après avoir consommé un cadeau d’amitié traditionnel haïtien - un bol de potage au potiron...

« En 1988, le sénat américain apprit également, par le biais d’un témoignage, que le ministre de l’Intérieur de l’époque, le général Williams Regala, et son officier de liaison de la DEA, protégeaient et supervisaient des livraisons de cocaïne. Le témoignage accusait également le commandant de l’armée haïtienne à l’époque, le général Henry Namphy, d’avoir accepté, au milieu des années 80, des pots-de-vin de la part des trafiquants colombiens en échange d’autorisations d’atterrissage.

« C’est en 1989 qu’un autre coup d’Etat militaire avait mis le lieutenant-général Prosper Avril au pouvoir (...) Selon un témoin qui avait déposé devant la sous-commission du sénateur John Kerry, Avril est en fait un pion major dans le rôle de Haïti en tant que lieu de transit du trafic de la cocaïne. » ( Paul DeRienzo, Le cauchemar de Haïti : Le coup d’Etat de la cocaïne et la CIA Connection, printemps 1994, http://globalresearch.ca/articles/R... )
Jack Blum, qui fut le conseiller particulier de Kerry, insiste sur la complicité de certains hauts fonctionnaires américains dans une déclaration faite en 1996 devant la Commission restreinte, désignée par le sénat américain, de renseignements sur le trafic de drogue et la guerre des contras :

« (...) A Haïti (...) nos ’sources’ de renseignements au sein de l’armée haïtienne ont consacré leurs facilités aux cartels de la drogue. Au lieu de mettre la pression sur la direction pourrie de l’armée, nous l’avons défendue. Nous nous sommes bouché le nez et avons fait semblant de rien chaque fois qu’eux et leurs amis criminels aux Etats-Unis ont distribué de la cocaïne à Miami, Philadelphie et New, York. » (http://www.totse.com/en/politics/ce...)

Haïti non seulement reste au centre du trafic du transbordement de cocaïne, mais ce dernier s’est accru de façon considérable depuis les années 80. L’actuelle crise est liée entre autres au rôle de Haïti dans le trafic de la drogue. Washington veut un gouvernement haïtien qui lui soit servile et qui protégera les voies d’acheminement de la drogue, lesquelles vont de la Colombie, passent par Haïti avant d’aboutir en Floride.

L’afflux de narcodollars, qui reste la principale source des rentrées d’échange du pays, est utilisé pour « honorer » la spirale de la dette extérieure de Haïti et, de cette façon, sert également les intérêts des créanciers étrangers.

Sur ce plan, la libéralisation du marché des échanges avec l’étranger telle qu ’elle a été imposée par le FMI, et malgré l’implication pour la forme des autorités dans le combat comme le trafic de drogue, a fourni une voie bien pratique pour le blanchiment des narcodollars au sein du système bancaire domestique. Ces narcodollars, en même temps que les « envois de bonne foi » des Haïtiens vivant à l’étranger, peuvent être recyclés vers le trésor où ils sont utilisés pour honorer les obligations de remboursement de la dette.

Haïti, toutefois, ne ramasse qu’un infime pourcentage des échanges totaux avec l’étranger concernant cette contrebande lucrative. La plupart des revenus résultant du commerce d’acheminement de la coke reviennent aux intermédiaires criminels du commerce de gros et de détail de la drogue, aux services de renseignements qui protègent le trafic de drogue ainsi qu’aux institutions financières et bancaires où les rentrées de ces activités criminelles sont blanchies.

Les narcodollars sont également versés sur des comptes « bancaires privés » dans de nombreux havres bancaires offshore. (Ces havres sont contrôlés par les importantes banques et institutions bancaires occidentales). L’argent de la drogue est également investi dans un certain nombre d’instruments financiers, comprenant les valeurs refuges et les transactions boursières. Les principales banques de Wall Street et d’Europe et les firmes de courtage boursier blanchissent des milliards de dollars en provenance du trafic des narcotiques.

Qui plus est, l’expansion des livraisons d’argent en dollars par le Système de la Réserve fédérale, y compris l’impression de milliards de dollars papier aux fins de nouer les narco-transactions, constitue un bénéfice pour la Réserve fédérale et les institutions bancaires privées qui la constituent et dont la partie la plus importante est la New York Federal Reserve Bank. (Voir Jeffrey Steinberg, Les revenus de la came atteignent 600 milliards de dollars et ne cessent de croître, Executive Intelligence Review, 14 déc. 2001, http://www.larouchepub.com/other/20...)

En d’autres termes, l’establishment financier de Wall Street, qui joue un rôle en coulisse dans la formulation de la politique étrangère américaine, a un intérêt certain dans la poursuite du commerce haïtien de transbordement, tout en mettant en place une « narco-démocratie » fiable à Port-au-Prince, laquelle protégera efficacement les voies d’acheminement.

La manipulation médiatique

Au cours des semaines qui ont précédé directement le coup d’Etat, les médias ont largement concentré leur attention sur les « gangs armés » et les « hommes de main » partisans d’Aristide, sans se soucier de fournir la moindre explication sur le rôle des rebelles du FLRN.

Un silence de mort, en fait : pas un mot ne fut dit, dans les déclarations officielles ou les résolutions de l’Onu, sur la nature du FLRN. Mais cela n’est pas du tout surprenant : l’ambassadeur américain aux Nations unies (l’homme qui siège au Conseil de sécurité), John Negroponte, a joué un rôle de tout premier plan dans les escadrons de la mort honduriens soutenus par la CIA, durant les années 80, alors qu’il était ambassadeur des Etats-Unis au Honduras. (Voir San Francisco Examiner, 20 oct. 2001 http://www.flora.org/mai/forum/31397)

Les rebelles du FLRN sont extrêmement bien équipés et entraînés. Le peuple haïtien sait qui ils sont. Ce sont les Tontons Macoutes de l’époque Duvalier et les assassins de l’ancien FRAPH.

Les médias occidentaux sont mués sur ce sujet, ils rejettent le blâme des violences sur le président Aristide. Quand ils apprennent la nouvelle que l’Armée de Libération est composée d’escadrons de la mort, ils se refusent à examiner les implications plus larges de leurs prises de position et s’abstiennent de dire que ces escadrons de la mort sont une création de la CIA et de la DIA (Defense Intelligence Agency).

Le New York Times a fait savoir que la société civile d’opposition, « non violente », collaborait en fait avec les escadrons de la mort, « accusés d’avoir tué des milliers de personnes », mais tout ceci est décrit comme des événements « accidentels ». Aucune explication historique n’est fournie. Qui sont les chefs de ces escadrons de la mort ? Tout ce qu’on nous dit aujourd’hui, c’est qu’ils ont scellé une « alliance » avec les braves types « non violents » qui appartiennent à l’opposition politique. Et tout ça, pour une bonne cause, digne et tout et tout , qui consiste à vouloir chasser le président élu :

« Au fur et à mesure que la crise haïtienne dégénère vers la guerre civile, un enchevêtrement d’alliances, dont certaines accidentelles, est apparu. Cela a lié les intérêts d’un mouvement d’opposition politique qui a adopté la non-violence à ceux d’un groupe de rebelles qui comprend un ancien chef des escadrons de la mort accusé d’avoir tué des milliers de personnes, un ancien chef de la police accusé d’avoir ourdi un coup d’Etat et d’un gang impitoyable jadis partisan de Monsieur Aristide et qui, maintenant, s’est retourné contre lui. Etant donné leurs origines diverses, ceux qui se sont déployés contre Monsieur Aristide se sont à peine unifiés, bien que tous partagent un ardent désir de le voir écarté du pouvoir. » (New York Times, 26 février 2004)

Il n’y a rien de spontané ou d’« accidentel » dans les attaques rebelles ou dans l’« alliance » entre le chef des escadrons de la mort Guy Philippe et Andy Apaid, propriétaire du plus important bagne industriel de Haïti et dirigeant du G-184.

La rébellion armée faisait partie d’une opération militaire et de renseignements soigneusement préparée. Les forces armées de la République dominicaine avaient détecté des camps d’entraînement de guérilla à l’intérieur de leur propre territoire, à la frontière nord-est entre les deux pays. (L’armée dominicaine informe Aristide sur les entraînements des rebelles à la frontière, El Caribe, 27 février 2004, http://www.elcaribe.com.do/articulo...)

Tant les forces armées que leurs contreparties civiles « non violentes » étaient impliquées dans le complot visant à renverser le président. Le dirigeant du G-184, André Apaid, était en rapport avec Colin Powell durant les semaines qui ont précédé le renversement d’Aristide. Guy Philippe et « Toto » Emmanuel Constant ont des liens avec la CIA. Il y a des signes permettant d’établir que le commandant rebelle Guy Philippe et le chef politique du Front révolutionnaire de Résistance artibonite, Etienne Winter, était en liaison avec des officiels américains. (Voir BBC, 27 février 2004, http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas... ).

Alors que les Etats-Unis déclaraient à plusieurs reprises qu’ils allaient soutenir le gouvernement constitutionnel, le remplacement d’Aristide par un individu plus docile a toujours été à l’ordre du jour de l’administration Bush.

Le 20 février, l’ambassadeur américain James Foley désigna une équipe de quatre experts militaires émanant de l’U.S. Southern Command, cantonné à Miami. Officiellement, leur mandat consistait à « évaluer les menaces adressées à l’ambassade et à son personnel » (Seattle Times, 20 février 2004). Les Forces spéciales américaines sont déjà dans le pays. Washington avait annoncé que trois vaisseaux de guerre américains « ont été mis en stand-by pour se rendre à Haïti en guise de précaution ». Le Saipan est équipé d’avions de combat Harrier à décollage vertical et d’hélicoptères d’attaque. Les deux autres vaisseaux sont l’Oak Hill et le Trenton. Quelque 2.200 Marines du 24e Corps expéditionnaire des Marines de Camp Lejeune, NC, pourraient être déployés à Haïti dans des délais très brefs, selon Washington.

Toutefois, avec le départ du président Aristide, Washington n’a pas l’intention de désarmer son armée par procuration de rebelles paramilitaires qui, désormais, est appelée à jouer un rôle dans la « transition ». En d’autres termes, l’administration Bush n’agira pas pour empêcher les massacres et les assassinats politiques des partisans de Lavalas et d’Aristide, suite au départ du président.

Inutile de dire que les médias occidentaux n’ont pas le moins du monde analysé le contexte historique de la crise haïtienne. Le rôle joué par la CIA n’a même jamais été mentionné. La prétendue « communauté internationale », qui se prétend tellement soucieuse d’un gouvernement légal et de la démocratie, a fermé les yeux sur les massacres de civils par une armée paramilitaire soutenue par les Etats-Unis. Les « chefs rebelles », qui étaient les dirigeants des escadrons de la mort du FRAPH dans les années 90, sont actuellement soutenus par les médias américains comme étant des porte-parole de l’opposition dont la bonne foi ne peut être mise en doute. Dans le même temps, la légitimité de l’ancien président élu est remise en question parce qu’on prétend qu’il est responsable d’une « situation économique et sociale qui ne cesse d’empirer ».

Cette détérioration de la situation économique et sociale est en majeure partie imputable aux réformes économiques dévastatrices imposées par le FMI depuis les années 80. La restauration du gouvernement constitutionnel en 1994 fut soumis à la condition d’accepter la thérapie économique mortelle du FMI qui, à son tour, exclut la possibilité d’une démocratie digne de sens. De hauts fonctionnaires du gouvernement, respectivement au sein des gouvernements André Préval et Jean-Bertrand Aristide, obéirent naturellement aux diktats du FMI. En dépit de sa complaisance, Aristide fut mis sur liste noire et démonisé par Washington.

La militarisation du bassin caraïbe

Washington cherche à remodeler Haïti en tant que colonie à part entière des Etats-Unis, mais sous toutes les apparences d’une démocratie. L’objectif consiste à imposer un régime fantoche à Port-au-Prince et à établir une présence militaire permanente à Haïti.

L’administration américaine, au bout du compte, cherche à militariser la totalité du bassin caraïbe.

L’île d’Hispaniola [c’est-à-dire l’île constituée par Haïti et la République dominicaine] est la porte du bassin caraïbe, stratégiquement situé entre Cuba au Nord-Ouest et le Venezuela au Sud. La militarisation de l’île, avec l’installation de bases militaires américaines, vise non seulement à accroître la pression politique sur Cuba et le Venezuela, mais elle vise également la protection du trafic de stupéfiants, lourd de plusieurs milliards de dollars, qui transite par Haïti, en provenance des sites de production situés en Colombie, au Pérou et en Bolivie.

A certains égards, la militarisation du bassin caraïbe est semblable à celle imposée par Washington à la région andine de l’Amérique du Sud avec le « Plan Colombia », rebaptisé « Initiative andine ». Cette dernière constitue la base de la militarisation des puits de pétrole et de gaz naturel, de même que les voies des pipelines et les couloirs de transport. Elle protège également le trafic des stupéfiants.

Source : Centre de recherche sur la mondialisation (http://globalresearch.ca/), 29 février 2004.

Traduction : Jean-Marie Flemal.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).

 


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