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06/10/2011

Quand la métapolitique brouille les pistes... les convergences périphériques

De CRUSE à SORAL, DU DISCOURS « BRUN-ROUGE » AU « NATIONAL-REPUBLICAIN

Cruse est un revenant que l’on espérait coincé à jamais dans les caves poussiéreuses du souverainisme. Cet ancien mao, puis militant du PCF fut longtemps journaliste à Libération ; il dut en démissionner en 1993 après avoir publié dans L’Idiot International un article titré « vers un Front National » appelant à « un violent sursaut de nationalisme, industriel et culturel » contre l’ultralibéralisme mondialisé illustré par « Wall Street, le sionisme international, la bourse de Francfort et les nains de Tokyo », et à « une politique autoritaire de redressement du pays », liant les problèmes « de l’immigration, du chômage et de l’insécurité urbaine » et prônant une alliance allant des communistes aux ultra-nationalistes, en passant par Chevènement et Pasqua... « On est loin, évidemment, du perfectionnement infini de la démocratie, et de mille bavardages (...) C’est un front qui se forge, et qui se forgera, qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Dans une dynamique de redressement, de dépassement, d’efforts de citoyens lucides, contre la logique de crise, de soumission, d’avilissement et d’éclatement, qui déferle sur la planète au rythme du Sida ». C’est envoyé comme du Doriot, ce communiste passé au fascisme puis à la Collaboration sur des bases similaires ! Cruse était loin à l’époque d’être seul au PCF. Le rédac’ chef de L’Idiot International, Marc Cohen, avait participé à l’écriture du texte, et Jacques Dimet, du magazine communiste Révolution soutenait les mêmes idées... Du beau monde... le PCF avait dû s’interroger alors sur les rapprochements tout à fait officiels entre la Nouvelle Droite et l’Institut de Recherches Marxistes de Francette Lazard, membre du Bureau National, et a fait discrètement le ménage... L’affaire médiatique des « liaisons rouges-brunes » n’a duré qu’un été, et a donné naissance à des « comités de vigilance » vite disparus, comme d’habitude...

Mais cette volonté exprimée dans l’article n’est qu’une reprise de la vieille théorie du GRECE d’Alain de Benoist : la convergence des périphéries contre le centre, représentant le système en place. On lui donne alors le nom que l’on veut : discours « anti-système », « brun-rouge », « national-bolchevik » ou... « national-républicain »... Car Alain Soral, ex-communiste ré-inventeur pour le FN de ce concept, a revendiqué début décembre lors d’une conférence du FNJ niçois avoir été l’un des rédacteurs du texte signé Cruse, raison pour laquelle il a été exclus du PCF... Il avait avoué il y a quelques temps sa participation à La lettre écarlate, revue interne à la fédé de Paris du PCF qui défendait déjà ces idées... Vérité ou mensonge, Soral se pose de toute façon au sein du FN dans une continuité radicale historique qui détonne face aux rassurantes déclarations de sa copine Marine Le Pen. Le lifting ne serait donc qu’un maquillage...

via Reflexes

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National-bolchevisme : de nouvelles convergences

Publié le 3 janvier 2007, mise à jour le 4 janvier 2007

Publié en octobre 1993

Fin juin, suite à une enquête de la journaliste Mariette Besnard et du romancier Didier Daeninckx, le Canard enchaîné révèle des liens unissant communistes et extrémistes de droite à notamment travers la collaboration à certains journaux comme l’Idiot International et le Choc du Mois. Histoire de remplir quelques pages de plus et de régler certains comptes, des rédactions parisiennes (dont Libération) n’hésiteront pas à parler de convergences entre bruns et rouges. Qu’en est-il exactement et se matérialisent-elles par des rapprochements entre organisations ?

Dès juillet 1967, tirant les leçons de l’activisme de l’OAS et de l’échec du REL-MNP (Rassemblement européen de la liberté - Mouvement nationaliste du progrès) aux élections législatives de la même année, Dominique Venner [1] met en avant l’intérêt d’une stratégie culturelle, métapolitique sur l’action partisane pour conquérir le pouvoir. Afin d’apparaître de façon plus honorable et de sortir de la marginalité où l’avait poussée la fin de la seconde guerre mondiale, l’extrême droite, à travers ce qui allait devenir la Nouvelle droite, cherche à en finir avec les commémorations folkloriques en se lançant dans un travail d’élaboration théorique, bien sûr, mais aussi organisationnelle et stratégique : Venner définit le GRECE (Groupement de recherche et d’étude pour la civilisation européenne) comme une structure « extrêmement souple et diversifiée », avec à sa tête une direction dont le « rôle interne serait celui d’une centrale idéologique diffusant aux membres un enseignement doctrinal actualisé et permanent. À la base, une organisation sans hiérarchie, sans délimitation territoriale, mais des membres qui fassent rayonner notre enseignement, suivant leur milieu, leurs capacités et leurs affinités. Cela signifie que chaque membre a l’obligation de militer dans une activité civique, sociale, politique ou culturelle qui lui donne une influence sur d’autres hommes. » En effet, pour reprendre le pouvoir, l’extrême droite se doit de sortir de son isolement. La Nouvelle droite le fait en tentant dans les années 1970 de noyauter les milieux du pouvoir, en investissant des journaux comme le Figaro, Valeurs actuelles et Spectacle du Monde, en influençant des hommes de droite comme Michel Poniatowski (ministre de l’Intérieur sous Giscard), ou encore Jacques Médecin. Le relatif échec de cette tentative, les évolutions d’une partie des membres du GRECE qui rejoignent le Front national, les changements politiques (chute du Mur, écroulement du communisme, consensus libéral en Europe) entraînent de nouvelles orientations : en 1989, Robert Steuckers [2] estime que « la Nouvelle droite se trouve confrontée à un défi : rénover son discours, s’annexer de nouvelles pistes intellectuelles (Foucault, Deleuze, Guattari, Gus Dorf, Péguy, etc.), opérer une greffe entre ces nouveaux adstrats et son corpus existant » [3].La Nouvelle droite belge a été la première à étudier le national-bolchevik allemand Ernst Niekisch [4]. Par la suite, on voit fleurir dans la presse de la Nouvelle droite les références aux philosophes, auteurs de gauche et la reprise pure et simple de mots d’ordre libertaires critiquant la société de consommation et l’idéologie du travail par exemple [5]. Ceci dans le but, bien sûr, d’affirmer des idées inégalitaires, de développement séparé derrière une phraséologie gauchiste, mais aussi de gommer l’opposition droite / gauche et faire apparaître de nouvelles « convergences périphériques », « combattant l’univers de la marchandise et la toute puissance de la raison économique » [6].

Convergences idéologiques ?

Le 12 mai 1993, Alain de Benoist, membre entre autres du GRECE, plaide pour l’abandon du clivage droite / gauche pour lui préférer la notion d’un « centre » et de « périphérie », le premier étant constitué par « l’idéologie dominante », la seconde regroupant « tous ceux qui n’acceptent pas cette idéologie ». (Ceci étant une copie / adaptation des analyses sur les rapports entre les pays du centre, du nord et les pays périphériques, du sud). Cette intervention aurait été des plus banales si elle n’avait eu lieu à la Mutualité dans le cadre d’une conférence dirigée par Francette Lazare, membre du bureau politique du PCF. Personne dans les rangs communistes ne trouva rien à redire [7]. Une semaine plus tard, la revue Éléments (revue du GRECE) invite Marc Cohen, membre du PCF et rédacteur en chef de l’Idiot international, journal fondé par Jean-Edern Hallier, à venir disserter là encore de la « recomposition du paysage intellectuel français ». Edouard Limonov [8], conseiller à la rédaction de l’Idiot, collabore aussi bien à Révolution, hebdo du PC pour intellectuels qu’au Choc du Mois, mensuel d’une extrême droite moderne, conquérante, intellectuellement agressive [9]. Enfin, en mai dernier, l’Idiot publie l’appel « Vers un Front national » de Jean-Paul Cruse. Ce communiste, délégué SNJ-CGT et membre de la rédaction de Libération, propose « une politique autoritaire de redressement du pays » rassemblant là encore « les gens de l’esprit contre les gens des choses, la civilisation contre la marchandise - et la grandeur des nations contre la balkanisation du monde [...] sous les ordres de Wall Street, du sionisme international, de la bourse de Francfort et des nains de Tokyo ». Décidément, on y revient toujours, et surtout parce que « la destruction précipitée de la vieille gauche n’ouvre sur rien de neuf, à l’intérieur du champ. » Il faut donc en sortir « pour forger une nouvelle alliance », un « front » regroupant « Pasqua, Chevènement, les communistes et les ultra-nationalistes », un nouveau front pour « un violent sursaut de nationalisme, industriel et culturel ». Le bureau national du SNJ-CGT réagit dans un communiqué en réaffirmant la liberté d’expression de J-P Cruse et en condamnant ses positions, rappelant que « ces idées ne sont pas celles de la CGT », qu’elle les combat « même de toutes [ses] forces ». Pas par opportunisme, mais par conviction profonde [10].

L’anti-américanisme a toujours été en France une valeur partagée pour des raisons différentes par beaucoup de forces politiques. Des gaullistes aux communistes en passant par l’extrême droite et l’extrême gauche, l’Amérique se retrouve accusée de ne pas être une véritable nation historique, de reprendre sans les comprendre les principes des Lumières et les valeurs universelles de la Révolution française, et de vouloir dominer l’ensemble de la planète. L’écroulement du « communisme » et la guerre du Golfe ont ravivé ce sentiment.

Rien de très neuf sous les auspices du national-bolchevisme

Il est donc certain qu’un courant national-bolchevik existe en France, combattant la société marchande, l’Amérique, le « sionisme international » et la social-démocratie mais celui-ci n’a rien de nouveau. Déjà, dans les années 1970, l’organisation Lutte du peuple, fondée par des scissionnistes d’Ordre nouveau, se réclamait du national-bolchevisme et employait « un vocabulaire calqué sur celui de la gauche extraparlementaire, notamment dans la critique du capitalisme et de la bourgeoisie » [11]. Aujourd’hui, le mouvement Nouvelle résistance est l’expression politique de ce courant et tente lui aussi de « mettre en oeuvre une ligne stratégique » de « front anti-système » [12]. Il y a une véritable mode franco-russe du national-bolchevisme. Les amitiés du groupe Nouvelle résistance avec les différents groupes qui se réclament peu ou prou du national-bolchevisme en Russie sont là pour le prouver. Dans leur journal Lutte du Peuple, on fait souvent mention des différents groupes et des alliances avec ceux-ci. La « haine » contre l’Occident, et Eltsine qui « brade » la Russie au profit du capitalisme, servent de fer de lance à un rapprochement entre anciens communistes et conservateurs. On peut citer A. Douguine (n°2 du Front national bolchevique), un des correspondants de Nouvelle résistance en Russie, qui se félicite de la « révolution russe actuelle où respectivement les néo-communistes nationalistes représenteraient l’aile gauche et les néo-monarchistes l’aile droite ». On le retrouvait aux côtés de Thiriart et Schneider (directeur de la revue Nationalisme et République [13]) lors d’un voyage au mois d’août 1992 dont l’objectif était de tisser des liens avec l’opposition à Eltsine. Il est encore avec A. De Benoist au début de l’année 1992 et se félicite de la naissance du journal Dien (Le Jour) qui, à l’instar de Krisis en France, a « introduit le non-conformisme et le radicalisme dans l’univers rouge-brun et a pour mot d’ordre la recherche d’une troisième voie nationale et russe ». Quant à l’antisémitisme de ce journal, il faut d’après lui ne pas en exagérer la teneur. C’est aussi dans les anciens journaux communistes officiels que l’on retrouve ce type de discours. Dans les manifestations, il n’est pas rare de voir se côtoyer drapeaux rouges et tsaristes... C’est aujourd’hui une opposition structurée, qui a des relais et non des moindres dans l’armée. Staline est réhabilité et l’on voit dans différentes revues d’extrême droite (Lutte du Peuple ou Orion, revue italienne) des articles faisant référence au « petit père des peuples ». Décidément cela ne tourne pas très rond. Mais est-ce une raison pour perdre la boule comme le fait J-P Cruse ? Sûrement pas.

À l’instar de J-P Cruse, le PCF a souvent développé un anti-américanisme sans nuance. Le grand Satan américain d’un côté, le grand frère soviétique de l’autre... Le « Collectif communiste des travailleurs des médias » (PCF) se plaint dans un communiqué du 8 juillet 1993 du procès qui est fait à l’un de ses membres (en l’occurrence Marc Cohen), et qui vise « à interdire tout débat politique, liant la question de la souveraineté nationale, contre l’hégémonie américaine, et les valeurs historiques du mouvement ouvrier international. » Il est bien connu que les pays de l’Est ont défendu avec ardeur ces valeurs... Le rapprochement bruns-rouges est un remake des années 1930. Rappelons-nous Doriot, le national-populiste qui se séparait du PC pour fonder le PPF (Parti populaire français) et allait devenir collaborateur des nazis. Le « scoop » journalistique de F. Bonnet de Libération découvrant (il était temps) les « compagnons de route de la galaxie nationale-bolchevik » a pour but de démontrer que « le communisme est vraiment pourri puisqu’il n’hésite pas à s’allier au fascisme » et accessoirement « qu’extrême gauche et extrême droite, c’est pareil ». En 1990 déjà, un certain C. Bourseiller (acteur et journaliste, paraît-il), renvoyait dos à dos extrême droite et extrême gauche dans un livre s’intitulant Les ennemis du système (voir REFLEXes n°31). De tels amalgames font peu de cas des dialogues établis entre l’extrême droite et les intellectuels de gauche et encore moins des évolutions idéologiques et politiques du Parti socialiste au pouvoir depuis dix ans (notamment sur l’immigration, la sécurité, le libéralisme...). Il est vrai qu’il serait gênant de dénoncer ses petits camarades.

L’arbre cache-t-il une forêt ?

Ceux qui mettent tant d’empressement à dénoncer la convergence entre les rouges et les bruns oublient souvent les errances idéologiques de leur propre milieu. À travers la revue Krisis se sont établis beaucoup de contacts entre intellectuels de la Nouvelle droite et intellectuels de gauche. Durant l’été 1988, Krisis, dirigée par A. De Benoist, entend rompre l’isolement intellectuel de la nouvelle droite et asseoir son hégémonie idéologique. Y participent aussi bien des idéologues du GRECE que des penseurs de gauche. Les débuts sont marqués par quelques manipulations puisque la revue reproduit des articles déjà parus ailleurs sans l’autorisation de leurs auteurs. Mais Garaudy (aussi collaborateur à Nationalisme et République), Jean-Michel Palmier, André Comte-Sponville, Jean-François Kahn, Régis Debray, Jacques Domenach, Jacques Julliard, Bernard Langlois ou encore Claude Karenooh, collaborateur assidu (qui se prétend libertaire), ont participé sans sourciller à la revue. Alain Decaux, ancien ministre d’un gouvernement socialiste, ne semble nullement gêné de côtoyer des personnes comme Jean Mabire, Jean-Jacques Mourreau et Pierre Vial, tous trois passés par le GRECE et le FN. La confusion idéologique due à une perte des repères politiques et des marques référentielles à gauche a permis de telles accointances et la remise en selle de l’idéologie réactionnaire. Ces problèmes de glissements ou de rapprochements ne sont pas à prendre à la légère. Il s’agit bien de décortiquer le discours tenu par ces nationaux-bolcheviks qui reprennent à la fois les symboles révolutionnaires (Commune de Paris, Che Guevara, etc.), se veulent solidaires des luttes de libération nationale (basque, corse, irlandaise), reprennent à leur compte les luttes écologistes, s’en vont combattre en Bosnie ou en Croatie « contre le dépeçage de ces territoires » par les Serbes, se réclament libertaires, etc. et seraient prêts à « faire un bout de chemin avec tous les anti-systèmes » ; il ne resterait plus aujourd’hui que deux façons d’être : soit du côté de ceux qui « acceptent le monde de la marchandise et la toute-puissance de la raison économique, [soit du côté de] ceux qui la refusent » [14]. Le danger est bien dans cette vision manichéenne promue par A. De Benoist, et par certains groupes dans le milieu révolutionnaire.

En tout cas, il n’est pas question d’avoir des rapports avec l’extrême droite ou la Nouvelle droite. Déjà en 1991, pendant la guerre du Golfe, des militants nationalistes-révolutionnaires et de la Nouvelle droite (A. De Benoist signataire de l’Appel des 30 aux côté de C. Cheysson, M. Gallo, A. Waechter, eh oui !) voulaient participer aux manifestations ainsi que des révisionnistes. Les militants antifascistes radicaux leur ont indiqué le chemin à suivre... Couper avec la peste - en l’occurrence la « gauche caviar » - pour s’associer avec le choléra, comme l’appelle de tous ses voeux J-P Cruse n’est pas un choix. Les marges de manoeuvre pour la fondation d’une alternative politique et sociale aux politiques autoritaires et nationalistes se rétrécissent de jour en jour. Les repères idéologiques se font de plus en plus flous. Les fractures au sein de la société s’agrandissent et c’est là-dessus qu’espèrent prospérer les extrêmes droites, les pouvoirs sécuritaires et totalitaires en Europe et ailleurs. La clairvoyance, les bases et les alliances à construire pour résister à l’ordre établi en sont d’autant plus nécessaires.

Mis en ligne le 3 janvier 2007


[1] Dominique Venner, ancien responsable de Jeune Nation et fondateur d’Europe Action, est le rédacteur de l’essai Pour une critique positive (1962), sorte de « Que faire ? » des nationalistes.

[2] Robert Steuckers, conférencier polyglotte, joue, depuis le départ de Guillaume de Faye en 1986, le rôle d’animateur en second de la Nouvelle droite au plan intellectuel. Il dirige la revue Vouloir.

[3] Robert Steuckers, Vouloir, n°52-53, fév-mars 1989.

[4] Jean-Yves Camus et René Monzat, Les droites nationales et radicales en France, PUL, 2ème trimestre 1992.

[5] Éléments, hiver 1992, n°75.

[6] Éléments, printemps 1992, n°74.

[7] René Monzat, présent dans la salle, fut le seul à intervenir et se fit remettre à sa place par Francette Lazare.

[8] Édouard Limonov est depuis mai 1993, le président du Front national-bolchevik à Moscou.

[9] Droites nationales et radicales en France,op. cit.

[10] « À propos d’un article publié par l’Idiot international », communiqué du SNJ-CGT du 25 juin 1993.

[11] Droites nationales et radicales en France,op.cit.

[12] cf. REFLEXes n°37 pour en savoir plus sur Nouvelle résistance.

[13] Nationalisme et République, disparue aujourd’hui, se voulait une revue de soutien critique à JM Le Pen et au FN. Elle a évolué sur la fin vers des positions proches du mouvement Nouvelle résistance.

[14] Article de D. Barney dans Éléments n°74, op. cit.

via Reflexes

Racisme et antisémitisme à gauche.

Ras l'Front Strasbourg, 12 décembre 1997

Il y a maintenant deux ans, en janvier 1996, les éditions de la Vieille Taupe, issues de groupes d'ultra-gauche, publiaient Les mythes fondateurs de la politique israélienne, un texte antisémite et négationniste signé par Roger Garaudy, agrégé de philosophie et ancien membre du bureau politique du parti communiste français. Les soutiens de Jacques Vergès, de l'abbé Pierre et dans un premier temps de Jean Ziegler (il devait faire machine arrière une quinzaine de jours plus tard) donnaient un retentissement énorme à cette publication.

Si l'information eut du mal à se faire entendre dans ce maëlstrom, il fut assez rapidement établi que le coup médiatique était préparé de longue main: en effet, même s'il prenait soin de publier au Temps des cerises maison d'édition animée par l'aile orthodoxe du P.C.F., de donner de longues interviews à l'Humanité contre la guerre du Golfe ou sur la guerre civile algérienne, Roger Garaudy était en relation étroite avec les milieux négationnistes et néo-nazis depuis le début des années quatre-vingt-dix, signant par exemple plusieurs articles dans une revue fasciste placée sous le patronage idéologique de Jacques Doriot, Nationalisme et République. Il était là en compagnie de l'ex-gourou de l'ultra-gauche Pierre Guillaume, de Bernard Notin, de Jean-Gilles Malliarakis, de Robert Steukers, de Christian Bouchet, du nazi-maoïste belge Jean Thiriart, du Vert déjanté Jean Brière…

Il est d'ailleurs intéressant de souligner que le scandale provoqué par les déclarations antisémites de Jean Brière, alors porte-parole national des Verts, datent d'avril 1991, et qu'elles concernent la guerre du Golfe qui joua un véritable rôle de catalyseur de s antisémitismes d' extrême-droite et d' ultra-gauche . Jean Brière affirmait ainsi dans son article intitulé “Le rôle belligène d'Israël et du lobby sioniste” :

“Il est impossible de recenser les juifs et les noms (NOMS) juifs des médias. Mais pour la télé, il faut citer B… qui, charmant et impeccable avec son noeud papillon, posait ingénument la question :
faut-il tuer Saddam?”
“Or, contrairement aux maghrébins et autres bronzés, elle ( la communauté juive) est parfaitement intégrée et joue un rôle éminent dans le domaine culturel, scientifique, littéraire et des médias et est donc en conséquence un élément important dans l'élaboration, la diffusion des idées qui créent l'opinion. Nous avons pu constater que nombre d'intellectuels de gauche¢ ont, par leur attachement inconditionnel à Israël, bloqué la mobilisation contre la guerre”.
“Il est d'ailleurs symptomatique que sur cette question, il est impossible de faire la distinction entre juifs de droite ou de gauche. La majorité des articles signés par les juifs sont de véritables appels au meurtre”.

À la même époque, le journal L'Idiot International de Jean-Edern Hallier devenait le vecteur d' un rapprochement entre des militants du Front National, des dirigeants, journalistes et écrivains liés au Parti Communiste Français, des dissidents de l'organisation de jeunesse de la Ligue communiste révolutionaire. Tous les numéros de l'Idiot International comportaient des articles antisémites, et leur violence culminera avec "Le Sentier de la Guerre", texte pour lequel Jean-Edern Hallier sera lourdement condamné par les tribunaux à la demande du MRAP, de la LICRA et de SOS Racisme.
“L'histoire de France est tombée entre les mains des soldeurs et des fripiers haineux du sionisme. Ils se comportent à Paris en territoire conquis. Forcément la Propangandastaffel sioniste est au pouvoir…”.

La confusion atteindra son apogée en mai 1992 quand le bureau politique du PCF invitera le fondateur du GRECE, Alain de Benoist, à un débat sur le "paysage intellectuel français" dans la mythique salle de la Mutualité ! Quelques mois plus tard, l'ancien dirigeant de la Gauche Prolétarienne maoïste, Jean-Paul Cruse, fondateur du journal Libération publiera un article en première page de L'Idiot International, "Vers un Front National", prônant l'union des communistes orthodoxes, des militants du Front National débarrassé de Le Pen, des chevénementistes et des gaullistes tendance Pasqua !

La réaction des organisations politiques de gauche à cette offensive permit de la mettre en échec. En l'espace de quelques mois, L'Idiot International, Révolution, Le Choc du mois, les trois organes de presse qui servaient de support à ces connexions disparurent.

De nombreux militants de gauche et d'extrême-gauche furent troublés, pris à contre-pied par ces articles, ces prises de position, ces déclarations qui ne différaient pas de ceux du Front National ou du Parti National Français et Européen. Les thèmes du racisme et de l'antisémitisme ne pouvaient d'évidence, qu'appartenir au camp d'en face. Ils ne pouvaient admettre, et encore moins comprendre, que de tels arguments meurtriers soient portés par ceux-là même qui se revendiquent, dans leur combat politique, de l'humanisme, de la libération humaine, basant souvent leur action sur la lutte des classes.

En fait, notre culture politique a souvent passé sous silence la dimension antisémite qui a longtemps pollué les théories progressistes, et ce silence, ce déficit de réflexion, permettent dans les périodes de crise (Guerre du Golfe, effondrement du système soviétique) que des réflexes surgissent, que la vigilance s'assoupisse. L'attaque raciste masquée derrière “l'anticapitalisme”, “l'antisionisme” ne sert véritablement, en désignant une communauté à la vindicte, qu'à occulter les véritables mécanismes de domination à l'oeuvre dans nos sociétés.

Si le phénomène n'est hélas pas nouveau, le mot “antisémitisme” n'apparaît qu'en 1880 en Allemagne. Moins de dix années plus tard il aura son équivalent dans toutes les langues occidentales. Il vient en fait nommer la forme que prend, dès le milieu du dix-neuvième siècle, la désignation des Juifs comme boucs émissaires dans les sociétés industrielles. L'antijudaïsme de gauche qui n'est encore qu'une composante de l'anticléricalisme révolutionnaire ( on est contre “le juif” comme on est contre “le chrétien”), prend une tournure anticapitaliste en utilisant le symbole de la réussite de la famille Rothschild, créant le mythe de la “finance juive”.

Si l'utopiste Charles Fourier, théoricien des phalanstères, s'en tient aux récriminations des petits commerçants menacés par la concurrence dans son “Apologue du Juif Iscariote”, dès 1844, l'un de ses disciples, Toussenel publie “Les Juifs, rois de l'époque”, qui débute par ces deux phrases 
“J'appelle, comme le peuple, de ce nom méprisé de juif, tout trafiquant d'espèces, tout parasite improductif, vivant de la substance et du travail d'autrui. Juif, usurier, trafiquant sont pour moi synonymes”.
“Et qui dit Juif, dit protestant, et il est fatal que l'Anglais, que le Hollandais, et le Genevois qui apprennent à lire la volonté de Dieu dans le même livre que le Juif, professent pour les lois de l'équité et pour les droits des travailleurs le même mépris que le Juif”.

Pour Toussenel, pionnier du socialisme français, la responsabilité de la misère ouvrière et de la décadence française incombe au “juif roi par le capital, en possession de tous les privilèges qui formaient autrefois l'apanage de la royauté”. C'est également lui qui introduit une corrélation entre “le règne du juif” et “l'impuissance parlementaire”, donnant à ses attaques une force qui nourrira bien des discours et des actions d'extrême-droite.

Chez Proudhon, c'est l'explosion de la haine du Juif :
“Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple.
Demander son expulsion de France, à l'exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l'abolition de ce culte.
Ce n'est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l'ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer”.

Le jeune Karl Marx contribue à implanter l'idée selon laquelle le socialisme implique une dose d'antisémitisme en motivant l'amalgame entre judaïsme et bourgeoisie, comme dans Les Luttes de classes en France où il écrit :
“Ayant reçu à la place de son livret de caisse d'épargne des bons du Trésor, il fut contraint d'aller les vendre à la Bourse et de se livrer ainsi directement aux mains des juifs de la Bourse contre lesquels il avait fait la révolution de février”.

Mais, sans conteste, ce sont Blanqui et ses disciples qui théorisent la forme d'antisémitisme la plus dangereuse, associant comme ennemis le capital, les juifs et la démocratie, et dont on trouve les traces les plus nettes dans les actuels écrits de l'ultra-gauche en dérive. Pour Blanqui, “le suffrage universel, c'est l'intronisation définitive des Rothschild, l'avénement des juifs”.

Le rédacteur en chef de Candide, le journal que Blanqui fonde en 1865,
s'appelle Gustave Tridon. Celui-ci écrira un livre, Du molochisme juif, dans lequel il reprend les théories de son maître à penser et ajoute que lors du
“Pessah on immolait des hommes, on mangeait leur chair, on buvait leur sang dans une communion de crime et d'horreur, et c’est ce qui rendait cette fête si chère au peuple juif”.

L'anarcho-syndicaliste Maurice Dommanget qualifiera ce livre “d'ouvrage sérieux, appuyé sur des recherches étendues” en ... 1960 dans une étude publiée chez Colin !

Dans les années 1880, il y aura encore Albert Regnard, qui dans la Revue socialiste salue “la réalité et 1'excellence de la race aryenne, de cette famille unique à laquelle l'humanité doit les merveilles du siècle - et qui seule est en mesure de préparer et d'accomplir l'achèvement suprême de la rénovation sociale”.

Auguste Chirac, autre collaborateur de la Revue Socialiste publie Les Rois de la République : histoire des juiveries. Synthèse historique et monographies. Son discours qui fait passer l'antisémitisme pour un élément essentiel de la lutte du bien contre le mal, de l'esprit des Lumières contre la réaction et l'obscurantisme, et qui ne se prive pas de diatribes anticléricales, est séduisant pour les hommes de gauche.

Mais le personnage qui va ramasser toute la mise des Proudhon, Blanqui, Régnard, et autres Chirac, et cela pour l'extrême-droite, se nomme Edouard Drumont. Il publie La France Juive en 1886. Ce livre synthétise tous les apports. Aux désarrois multiples de la société française confrontée à la modernisation de l'industrie, au libéralisme sauvage, et à une revendication puissante de démocratisation, Drumont fournit un seul et unique facteur d'explication: le juif. L'antisémitisme devient la réponse à toutes les peurs, à tous les vertiges, à toutes les instabilités, à toutes les tensions.

Le succès du livre est énorme et permet l' organisation de la Ligue Antisémitique de Jules Guérin, le lancement du journal La Libre Parole.

Dans Le Socialiste, journal de Jules Guesde, un rédacteur explique ainsi le succès de Drumont :
“Il s'agit de sauver l'exploitation capitaliste en amusant les travailleurs avec les "youtres" comme on dit, devenus des boucs émissaires. Quel répit pour la société actuelle si, au lieu de se poursuivre entre possédés et possédants pour l'expropriation de ces derniers, la lutte pouvait être déplacée, limitée entre "sans prépuce" et "avec prépuce"”.

Le Père Peinard d'Émile Pouget parle lui de “Youpins”…

Jean Jaurès lui même, interpellé par le succès de Drumont se laissera aller à écrire, en 1895 dans La Dépêche de Toulouse, au retour d'un voyage en Algérie que :
“sous la forme un peu étroite de l'antisémitisme se propage en Algérie un véritable esprit révolutionnaire”, et que “l'usure juive” réconcilie contre elle l'Européen et l'Arabe !

Il faut donc saluer ceux qui comme Cabet, Louis Blanc ou Constantin Pecqueur ne se laissèrent jamais aller à l'antisémitisme sous quelque origine qu'il se présente. Et réserver une attention spéciale à Friedrich Engels. En avril 1890, un employé de banque autrichien, Isidore Ehrenfreund lui ayant écrit que, dans son milieu l'antisémitisme se développait et qu'il était souvent présenté comme une forme de lutte contre le capitalisme, Friedrich Engels lui répond en démontant cette mystification :
“l'antisémitisme falsifie le véritable état des choses. Il ne connait même pas ces juifs contre lesquels il vocifère. Sinon il saurait qu'ici, en Angleterre, et en Amérique, grâce aux antisémites d'Europe Orientale, et en Turquie grâce à l'Inquisition espagnole, il y a des milliers et des milliers de prolétaires juifs, et que ce sont précisément ces travailleurs juifs qui subissent l'exploitation la plus féroce et qui connaissent l'existence la plus misérable.
Chez nous, ici, en Angleterre, trois grèves de travailleurs juifs ont eu lieu l'année dernière, comment peut-on donc parler de l'antisémitisme comme d'un moyen de lutte contre le capital ?
En outre, nous devons beaucoup aux juifs. Sans même parler de Heine et de Borne, Marx était un juif pur sang ; Lasalle était également juif. Beaucoup de nos meilleurs gens sont des juifs. Mon ami Victor Adler, qui paie actuellement son dévouement à la cause du prolétariat de l'incarcération dans les geôles viennoises. Edouard Bernstien, le rédacteur du journal londonien Sozial-Demokrat, tous sont des hommes de l'amitié desquels je m'enorgueillis, et tous sont juifs. La revue Gartenlaube a même fait de moi un juif, et ma foi, s'il me fallait choisir, j'aimerais mieux être juif que "Monsieur de...”.

La rupture décisive des relations douteuses entre la gauche socialiste ou marxiste et l' antisémitisme date de l' affaire Dreyfus.
Significativement, ce ne fut pas un homme politique qui se dressa, mais un écrivain, Émile Zola. Une première fois en mai 1896 lorsqu'il s'élève, dans le Figaro, contre la campagne antisémite en publiant un article titré “Pour les Juifs”. Il est remarquable que Zola ne s'avance pas sur la culpabilité ou l'innocence du capitaine. Il prend date, sur les principes. Ce n'est que trois années plus tard, le 13 janvier 1898, il y a tout juste un siècle, qu'il lance le cri que lui a soufflé Georges Clémenceau “J'accuse”, un cri qui résonne encore dans les consciences.
Le 17 janvier de la même année, des socialistes de la tendance du Communard Allemand qui publient Pouvoir Ouvrier et des anarchistes réunis autour du Libertaire de Sébastien Faure attaquent une réunion antisémite de Jules Guérin, ce leader qui finira sa carrière dans le fiasco du Fort Chabrol.
Quinze jours plus tard, alors que Zola est traîné en justice, se crée la Ligue des Droits de l'Homme qui trace un trait entre la Révolution et l'affaire Dreyfus en proclamant sa fidélité à la Déclaration des droits de l'homme.
En septembre les guedistes affirment, en congrès, le caractère réactionnaire de l'antisémitisme et rappellent que Bebel l'appelait “le socialisme des imbéciles”.
La manifestation du 11 novembre 1899, pour le Triomphe de la République voit le peuple parisien acclamer le nom du capitaine Dreyfus.
Malgré quelques retours sur les errements anciens comme l'article de 1906 dans le Mouvement Socialiste intitulé au moment même de la réhabilitation de Dreyfus, “La faillite du dreyfusisme ou le triomphe du parti juif”, puis le ralliement à l'Action Française, en 1910, de Georges Sorel, théoricien du syndicalisme révolutionnaire, les jeux sont faits et l'antisémitisme se fixe à l'extrême-droite.

Quand l'antisémitisme reprendra de la force, au début des années trente, elle l'exprime au travers du slogan “La France aux Français” de Drumont; le journal l'Anti-Juif est dirigé par un certain Darquier de Pellepoix. L'élection de Léon Blum à la présidence du Conseil déchaîne la haine d'un Xavier Vallat.

piqué au tas ici

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30/09/2011

A propos d’Histoires secrètes d’Action Directe, documentaire de Romain Icard...

[article avec un autre titre pour éviter que les mots-clefs du titre ne soient référencés avec déontologie... effectivement c'était incongru ! ]

 

A propos d’Histoires secrètes d’Action Directe, documentaire de Romain Icard

Le 16 octobre 2009, Canal+ a diffusé, dans le cadre de son magazine “Spécial investigation”,un documentaire intitulé Histoires secrètes d’Action Directe qui prend place, malgré la dure concurrence à ce niveau, au sommet des pires saloperies jamais diffusés concernant l’histoire de ce groupe.

Et il se trouve que nous, Raymond Delgado et Bernard Réglat, apparaissons comme la “caution anarchiste” de cette infâme saloperie, ce qui nous oblige à nous expliquer sinon à nous excuser auprès des principaux intéressés pour des propos que nous n’avons pas tenus (nous y reviendrons).

 

Comment sommes-nous arrivés là ? Le réalisateur de cette merde, Romain Icard, a pris contact avec nous se recommandant de Gilles Millet, un des rares sinon le seul journaliste avec qui nous avons toujours eu des rapports de mutuelle confiance. Icard nous a ainsi présenté son projet dans un mail du 16 juin 2009, que nous reproduisons ici in extenso afin que chacun puisse se faire une opinion sur cet individu:«(…) je m'emploie à raconter l'histoire de la lutte armée politique dans les 1970 & 1980. Dans ce cadre, je reviens grâce aux archives de l'époque et aux témoignages des intervenants qui ont vécu cette période sur l'histoire des groupes.

C'est dans ce contexte que j'aimerais pouvoir raconter votre (ton?) histoire, celle des GARI. D'où ils venaient politiquement, et comment vous avez décidé de mettre un terme à vos actions, une fois que vous considériez avoir obtenu ce que vous vouliez. Ce serait d'ailleurs l'occasion pour vous de tordre le coup à une idée tenace dans certains milieux politiques et policiers selon laquelle JM Rouillan était le leader des GARI, et que son groupe a une filiation directe avec vous. et d'avoir votre vision entre votre position autonome et celle marxiste-léniniste de l'autre côté.

Dans le même ordre d'idée, sache que je fais le même genre d'entretiens avec les fondateurs des autres groupes de l'époque, plus proches des tendances mao que vous ne l'étiez.

De plus, j'aimerais revenir sur les relations que les différents militants entretenaient avec le pouvoir de l'époque. Quelles étaient vos relations s'il y en avait.

Je pense notamment au moment de l'amnistie de 1981 et de la façon dont elle a été obtenue. Mais pas seulement, je pense aussi aux relations avec le pouvoir de droite de VGE en 1978, notamment sur l'affaire du banquier espagnol et votre relaxe.

Enfin, si tu en es d'accord, j'aimerais revenir sur le fait qu'en 1982, si tout le monde avait été un peu plus "honnête", JM Rouillan se serait rendu. Mais des fuites font que sa reddition devient impossible à ses yeux.

Voilà, tu sais tout. Je suis, du moins je crois, bien loin de la vision sensationnaliste habituelle sur le sujet... Ce que je cherche à montrer, c'est l'amalgame douteux qui est fait entre les différents mouvements pour mieux absoudre de leurs responsabilités certaines personnes.

J'espère sincèrement que tu accepteras l'idée de cet entretien filmé, sachant que je ne me base que sur l'aspect historique des choses. »

Pour rappel, les GARI (Groupes d’Action Révolutionnaire Internationalistes) était une coordination de groupes et individus autonomes, de sensibilité anarchiste et libertaire, qui mena des actions contre la dictature franquiste, essentiellement en 1974. Nous avons fait partie de cette coordination, ainsi que Jean-Marc Rouillan, qui se prévaudra, lors de la création d’AD, de cette appartenance aux GARI, pour essayer d’en capter “l’héritage”.

Le projet d’Icard nous a donc semblé intéressant dans la mesure où à travers la critique idéologique, non seulement d’AD mais des différentes organisations marxistes-léninistes ayant sévit en Europe dans les années 70/80 (BR, RAF, etc.), nous pourrions essayer d’expliciter l’action politique des groupes et individus autonomes telle que nous l’avons toujours défendue et pratiquée. Et d’autant plus intéressés du fait que ces idées sont revenues sur le devant de la scène médiatique avec la criminalisation par le pouvoir actuel des groupes “anarcho-autonomes” et notamment l’emprisonnement, entre autres, de ceux dits “de Tarnac”.

Nous avons donc décidé de participer tout en ayant conscience des risques et surtout des limites d’un tel projet, qui devait être, d’après Icard, diffusé sur Canal+. Nous avons essayé de nous prémunir en posant comme condition de notre participation le visionnage du montage final de son documentaire, ce qu’il accepta, et s’engagea à nous envoyer un DVD avant la diffusion. Bien sûr, ce DVD ne nous est jamais parvenu. Et lorsque nous avons découvert dans les journaux spécialisés qu’un film allait être diffusé, portant sur des soi-disantes manipulations dont AD aurait été l’objet, et signé Romain Icard, nous avons naïvement pensé que finalement il avait changé son projet et donc pas retenu nos témoignages. Or, non seulement il s’en est servi, sans notre consentement donc, mais (...) les a tronqués (ce à quoi on s’y attendait, mais pas autant), placés hors contexte et surtout déformés. Ainsi, afin d’apporter un peu de crédit à sa vision du terroriste sanguinaire, il se permet de dire dans son commentaire, au sujet de l’enlèvement du banquier Suarez par les GARI : « Ce que Bernard Réglat veut dire c’est que Rouillan veut brutaliser le banquier ». Bien sûr, nous n’avons jamais dit ni voulu dire cela et que ce manipulateur ait été obligé ‘‘d’interpréter’’ nos propos en est la meilleure preuve. La phrase – tronquée – dont il se sert dit bien ce qu’elle dit : des discussions eurent effectivement lieu au sein des GARI au sujet du sort à réserver au banquier au cas où nos demandes ne seraient pas satisfaites. Et si notre mémoire est bonne, Rouillan ne prit même pas part à la discussion. Nous ferons par ailleurs remarquer à tous les (...) du genre Icard, qui veulent apporter du encore plus sanguinolent au moulin du sensationnalisme, que Rouillan n’a jamais été inculpé individuellement pour aucun crime de sang et que sa condamnation judiciaire découle du fait qu’AD ait choisit comme système de défense de tout revendiquer collectivement.

Par delà la dénaturation de nos témoignages, c’est la globalité de ce ‘‘documentaire’’ que nous entendons dénoncer. Bourré d’approximations, de simplifications et d’accusations (notamment sur l’amnistie politique de 81), d’images ordurièrement racoleuses (photos de nu de Joëlle Aubron…), l’ « œuvre » de Romain Icard nous rappelle les pires écrits de Minute et autres torchons d’extrême-droite.

Et pour finir, nous voulons préciser que si nous avons toujours été critiques en ce qui concerne l’idéologie et certaines actions d’AD, nous avons toujours manifesté notre solidarité aux militants de ce groupe victimes de la répression étatique, et qu’en tout cas nous n’avons jamais hurlé avec les loups, même et surtout lorsque certains d’entre eux se prétendaient ‘‘anciens des GARI’’ (cf. Appel aux anarchistes. Pourquoi les anarchistes doivent se désolidariser, dans la conjoncture actuelle, des activistes du groupe Action Directe, paru dans Le Monde en octobre 1982 et contre lequel nous avions pris publiquement position).

La situation actuelle de J.-M. Rouillan, qui ne peut même pas se défendre et qui reste incarcéré, gravement malade, sans soins, rend encore plus odieuse l’interprétation de « Spécial investigation ».

Interprétation qui, d’ailleurs, tombe peut-être à pic dans le contexte politique de bras de fer avec l’Iran au sujet du nucléaire ! Qui manipule qui ?

Raymond Delgado

Bernard Réglat

28 octobre 2009

 via l'en dehors

10:07 | Lien permanent | Commentaires (5) |

27/09/2011

Les Sciences sociales au prisme de l’extrême droite. Enjeux et usages d’une récupération idéologique

Nicolas Lebourg (CRHiSM/Université de Perpignan-Via Domitia),
« La fonction productrice de l’histoire dans le renouvellement du fascisme à partir des
années 1960 », in Sylvain Crépon (SOPHIAPOL, Paris X) et Sébastien Mosbah-
Natanson (IRISES / Paris Dauphine et CIRST/UQAM) dir.,
Les Sciences sociales au prisme de l’extrême droite. Enjeux et usages d’une récupération
idéologique, L’Harmattan, collection Les Cahiers politiques de l’ IRISES / Paris
Dauphine (UMR 7170), Paris, 2008, pp.213-243.

http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/48/18/69/PDF/Nico...

Extraits :

Inventer l’histoire


« Inventer » c’est là l’acte du mystificateur, mais aussi celui de l’archéologue qui découvre un objet. Inventrice historiquement, la praxis néo-fasciste peut : a) se saisir de matériaux qui lui permettent de forger de toutes pièces une tradition historique valorisante ; b) s’immiscer dans les thématiques de mémoire de la société pour se positionner a contrario du lieu où la place l’histoire politique ; c) se découvrir ainsi une
nouvelle vision politique historique sans pour autant s’extraire de la problématique sociale mémorialiste.

...

Le renouvellement idéologique du fascisme par l’usage de l’histoire est donc autant affaire de culture, et de ses matériaux, que du politique, et de ses actions. La culture politique néo-fasciste est une culture rhizome, apte à se saisir d’éléments politologiques et historiques en diverses nations. L’utopie d’un horizon palingénésique et la représentation sphérique du temps, concepts-phares de la Révolution Conservatrice, sont présents : le fascisme doit renaître, en étant lui-même, car en étant différent de son
incarnation historique première. Nonobstant, au-delà de la réflexion sur le caractère cyclique du temps fasciste, ce rapport à l’histoire n’est pas sans éveiller l’écho d’une sentence de Benjamin : « l’histoire est l’objet d’une construction dont le lieu n’est pas le temps homogène et vide, mais le temps saturé d’‘àprésent’. Ainsi, pour Robespierre, la Rome antique était un passé chargé d’‘à-présent’ qu’il arrachait au continuum de l’histoire »51. Pour faire vivre leur culture politique, les néo-fascistes recherchent dans leurs
lectures historiques de quoi saturer leur temps communautaire d’‘à-présent’, refaisant jaillir Sparte ou la République de Salo aux marges de la société de consommation et à l’encontre du présentisme établi.
D’aucuns objecteront que philosophiquement et historiquement ces perspectives sont tendancieuses… Effectivement : le but des militants n’est pas de complaire à l’analyse académique, mais de mettre en place un système politico-culturel de rupture avec le paradigme libéral justifiant l’existence de leur courant et lui donnant sens.
Cette attitude ne se limite pas à l’ère post-1960. Déjà, Déat, Doriot ou Valois se légitiment en produisant un ensemble de signes où s’entremêlent éléments extra-nationaux et affirmation d’une tradition nationale spécifique, au cours plus long que celui des modèles italien ou allemand. Valois affirme tout à la fois que le fascisme trouve sa source chez les Jacobins, est idéologiquement entier dans la France de l’avant
1914, et que c’est l’expérience de la Grande guerre qui a fait des fascistes ce qu’ils sont... C’est-à-dire que, puisque le fascisme est empirisme, ses adeptes français sont résolument libres de composer leurs discours en puisant des signes selon leurs desiderata, dans un axe qui est plus celui d’une esthétique que d’un programme. Ainsi, sur les bases du « nationalisme des nationalistes », le fascisme français se produit, tout au long du XXè siècle, par cette hybridation de signes, globalement extra-nationaux, pouvant être puisés dans une offre culturelle connaissant une explosion depuis les années 1960.

11:54 | Lien permanent | Commentaires (0) |

26/09/2011

Georges Valois [Alfred-Georges Gressent] ou l'illusion fasciste

Citer ce document / Cite this document :
Guchet Yves. Georges Valois ou l'illusion fasciste. In: Revue française de science politique, 15e année, n°6, 1965. pp. 1111-1144.
doi : 10.3406/rfsp.1965.392901
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1965_num_15_6_392901

 

doc pdf: Georges Valois ou l'illusion fasciste.pdf

 

Georges Valois est généralement représenté (par et sur les sites des amateurs de solstices) comme une personne ayant eu "une trajectoire des plus originale".

Outre le document pdf à consulter, voici un texte piqué au tas sur les cahiers du CESAT (http://www.cesat.terre.defense.gouv.fr/IMG/pdf/Cahiers_23.pdf) datant de mars 2011, permettant de préjuger du fait que Valois, résitant-déporté, reste dans l'air du temps chez nos penseurs-théoriciens de la contre-insurrection et autres marchands de peur.

Quelques extrais :

...

Lecteur [Georges Valois] de Proudhon, Sorel et Nietzsche, il a été, de 1906 à 1924, le disciple de Maurras avec lequel il s’est ensuite brouillé, puis l’ami de Déat comme de Mendès-France. Au coeur de cette vie trépidante, une expérience centrale: la Grande Guerre et Verdun. Inutile de dire que Valois n’était pas homme à y faire de la figuration: il fut vite à la tête d’un de ces corps francs plus souvent aux avant-postes ou dans les lignes ennemies qu’au fond des abris. C’est donc un «officier de la guerre, dont l’éducation militaire s’est faite à la guerre, et dont l’esprit est libre de tout préjugé d’école», selon ses propres termes, qui publie début 1918 «Le cheval de Troie – Essai sur la philosophie et sur la conduite de la guerre». L’essentiel de l’ouvrage est écrit entre le printemps et l’automne 1917, soit à une période où l’armée française se remet peu à peu du désastre du Chemin des Dames et des mutineries qui l’ont suivi, et au moment où les Empires centraux accumulent les succès sur le front italien et sur le front russe.

...

Aux origines de la guerre totale

L’expression «guerre totale» a été popularisée par Léon Daudet dans L’Action française du 11 mars 1916, puis dans un ouvrage paru en 1918 dont l’éditeur n’était autre que Valois. Daudet y définissait la guerre totale comme la mobilisation de tous les moyens civils au bénéfice de l’effort militaire et en imputait la paternité à la mégalomanie allemande. Valois n’est pas plus tendre avec l’Allemagne, qu’il appelle «l’ennemie du genre humain». Mais quelles qu’aient été les responsabilités immédiates de Berlin dans le déclenchement, puis la radicalisation du conflit, notre stratège-philosophe voit en la guerre totale l’aboutissement logique de tendances beaucoup plus anciennes, beaucoup plus profondes et beaucoup plus générales: «Rousseau et Kant sont aux origines philosophiques du système d’idées qui a entraîné l’Europe au service militaire obligatoire», lequel a débouché sur la Grande Guerre. Cette thèse avait déjà été soutenue par Maurras, mais Valois en donne une démonstration particulièrement convaincante.

...

Le grand mérite du «Cheval de Troie» est de remonter au principe de ces fatalités, c’est-à-dire au lien intime entre l’idée nationale dans sa version révolutionnaire (Valois se réclamant évidemment d’une autre conception de la nation), l’armée de conscription et la guerre totale. À cet égard, les analyses valoisiennes confirment le célèbre chapitre premier de «Vom Kriege», dans lequel Clausewitz montre que la violence d’un conflit tend à être proportionnelle à l’implication de la population. Cette implication est maximale lorsqu’on adopte l’équation citoyen = soldat: plus rien ne peut alors arrêter la tuerie et l’emballement des passions, sinon la capitulation sans condition d’un des protagonistes. L’armée de métier, a contrario, est conçue pour mener des guerres limitées et dépassionnées, dans lesquelles l’action de combat se borne à préparer de futures négociations.

En ce sens, une lecture à rebours du «Cheval de Troie» aide à comprendre la grammaire des conflits dans lesquels sont aujourd’hui engagées les armées occidentales.

 

autre extrait d'un texte trouvé sur le net (cnt.ait.caen.free.fr) qui permet de répondre à quelques questions concernant l'entrisme récents dans les SEL ou AMAP :

Le plan de Nouvel âge

[NDLR : Epoque Republique Syndicaliste]

de Georges Valois, 17 février 1936

(extraits)

Un Nouvel âge :

La machine et l’énergie naturelle libèrent l’homme du travail.

L’Humanité est entrée dans un nouvel âge. Elle possède déjà l’équipement de cet âge nouveau. Elle n’en a encore ni le droit, ni les institutions. Ce que l’on appelle la crise n’est rien d’autre que la manifestation de la contradiction entre cet équipement nouveau et les vieilles institutions, qui rendent impossible la répartition des produits de la machinerie universelle.

A cette « crise », le vieux droit, les vieilles institutions ne peuvent apporter aucune solution. Parce que, littéralement, « le monde change de base ».

Le nouvel âge, c’est l’âge caractérisé par le fait que l’humanité a trouvé les moyens de capter l’énergie dans la nature inanimée.

C’est la révolution scientifique et technique la plus grande de toute l’histoire. Elle change tous les moyens d’action de l’homme. Elle l’oblige à changer la structure de toutes ses sociétés.

Aristote avait dit : « Si le ciseau et la navette pouvaient marcher seuls, l’esclavage ne serait plus nécessaire ». La prévision d’Aristote est réalisée. Non seulement l’esclavAGe n’est plus nécessaire. Mais le servage, le salariat devront disparaître. L’homme, obligatoirement cessera d’être un producteur, un travailleur. Il doit devenir inventeur, ingénieur, organisateur, distributeur - mais non travailleur.

Le problème posé à l’humanité désormais, c’est non pas comment contraindre l’homme à travailler, mais comment, par la machine et l’énergie prise à la nature, libérer l’homme du travail, et tirer de toute la machine une masse croissante de produits ?

Le problème est simple. Il est insoluble dans le régime économique et le régime juridique existants. Les machines et l’énergie sont des propriétés privées entre les mains des minorités qui ont cru augmenter leurs profits en les exploitant. Mais l’exploitation rationnelle des machines et de l’énergie a engendré en même temps le chômage des travailleurs et l’abondance des produits destinés à ces mêmes travailleurs dont la puissance d’achat totale baissait par le chômage.

D’où le fait universel que l’on appelle la crise. Fait connu et qui se reproduisait périodiquement depuis l’industrialisation. Mais jusqu’ici, les « crises » étaient annulées par de nouveaux emplois pour les travailleurs éliminés de telle ou telle industrie. Cette fois, l’annulation est impossible, la cadence du progrès est trop rapide, la puissance de production est trop grande. L’humanité est arrivée au moment où elle est obligée de distribuer des loisirs.

L’abondance et ses effets dans le régime actuel.

Nous ne décrirons pas ce que l’on appelle aujourd’hui « l’abondance ». Sur ce point, nous renvoyons aux ouvrages de Jacques Duboin et de Gustave Rodrigues en premier lieu. Nous n’en rappelons que les conclusions essentielles :

1 : Les possibilités de la production humaine sont aujourd’hui telles que, dès maintenant, elles dépassent les moyens de répartition, créant ce que les observateurs peu éclairés appelent la surproduction.

2 : Il n’y a pas surproduction lorsque les besoins humains ne sont pas satisfaits. Il y a une production qui dépasse les moyens d’achat. Les produits et animaux que l’on détruit depuis des années (café, sucre, blé, animaux de boucherie) ou que l’on stocke inutilement (tissus, cuirs, ect.) pourraient être consommés; mais ils ne peuvent être achetés.

3 : La disparition de cette possibilité d’achat vient du chômage causé lui-même par la substitution accélérée du travail mécanique au travail humain. Il y a augmentation croissante des produits et diminution constante des consommateurs possibles.

4 : Cette contradiction met tous les producteurs, agricoles et industriels, dans une situation sans issue, en effet :

a - s’ils utilisent à plein rendement tous les moyens de production, ils créent l’abondance, mais cette abondance n’étant pas vendable, le système actuel des prix s’effondre, la vente s’opère en solde au-dessous du prix de revient, et c’est la ruine.

b - s’ils réduisent leur production, s’ils mettent les machines au ralenti, ils ne peuvent plus amortir ni leurs investissements en matériel, ni leurs capitaux d’exploitation, et c’est la ruine.

Selon l’expression de Gustave Rodrigues, le régime actuel « produit de l’abondance et distribue de la misère ». Il y a discussion sur les solutions proposées. Que faire des chômeurs, des produits invendus ? On a proposé des artifices, réduction du temps de travail sans réduction des salaires, grands travaux (CGT), restauration du pouvoir d’achat des travailleurs et du profit de l’industrie par le « prix social », arbitrairement fixés corporativement (Comité du Plan).

Ces artifices, inventés pour ne pas détruire la structure du régime sont en réalité inapplicables dans une société capitaliste qui est obligée, par sa nature et son fonctionnement, d’une part, de réduire la somme de salaire incorporée dans tout travail, d’autre part de n’entreprendre que des travaux rentables.

L’économie distributive : ses objectifs.

La révolution à accomplir est celle qui fera passer l’humanité de l’économie échangiste à l’économie distributive. Il ne s’agit pas seulement du régime capitaliste lui-même, c’est le régime économique fondé depuis des millénaires sur l’échange entre individus qui est condamné par l’évolution scientifique, technique, économique et sociale.

Le socialisme échouerait s’il se bornait à un « changement de propriétaire », il ne s’agit plus de socialiser les moyens de production et « d’échange ». Nous avons à supprimer les organes d’échange et à créer les organismes de distribution.

Chaque homme, héritier du bien social, a droit aux produits des biens sociaux.

Toute la législation sortie de la Révolution française a été faite pour l’individualisme économique où chacun était libre de faire ce qu’il voulait de sa force de travail ou de ses capitaux. Cette législation est faite pour l’échangisme et la libre concurrence. Elle ne reconnaît de droit aux produits qu’à celui qui dispose d’un moyen d’échange, tiré du travail, des capitaux ou du revenu.

Le rôle historique de la législation révolutionnaire et napoléonienne a été de briser la structure de l’économie corporative, féodale, royale et chrétienne, qui était une économie à privilèges; où le droit de produire était concédé par le prince, limité par les corps professionnels, et soumis à une morale religieuse qui comprimait les appétits du consommateur.

Le droit économique proclamé par la Révolution, appelé par la révolution industrielle commençante agonise aujourd’hui dans les contradictions économiques analysées plus haut. Un nouveau mode de production le détruit. Ce nouveau mode de production appelle un nouveau droit

Ainsi l’analyse de la réalité nous permet de découvrir le fondement juridique de la nouvelle économie :

a) droit de la collectivité ou des collectivités à l’exploitation des moyens de production;

b) droit égal de tout individu à participer à la conduite de cette exploitation;

c) droit égal de tout individu à bénéficier des résultats de cette exploitation;

Ce qui nous conduit tout naturellement à la distribution gratuite des produits.


La nouvelle République

Ni technocratie, ni socialisme d’Etat, ni démocratie de producteurs, mais démocratie sociale de consommateurs par fédération de communes, puis de peuples, jusqu’à l’humanité organisée.

Il ne s’agit plus de socialiser les institutions de l’économie actuelle, d’un seul coup ou par étapes, il s’agit de créer une économie entièrement nouvelle. Il ne s’agit pas non plus de substituer progressivement ou d’un seul coup l’Etat-patron à la poussière de patron du capitalisme. Il s’agit de créer une démocratie sociale effective, directe, avec gestion à la base, comme l’exige le droit nouveau.

Contre tout étatisme.

Jusqu’ici la plupart des écoles socialistes ont été impuissantes à concevoir la réalisation pratique du socialisme sous une autre forme que celle de l’étatisation. Or l’étatisme est contraire à la conception fondamentale du socialisme qui voulait substituer justement l’administration des choses au gouvernement des hommes. L’étatisme aboutit à une répartition des choses par voie d’autorité et à travers un inévitable gouvernement des hommes. C’est très exactement ce que tout humanisme nous interdit de réaliser.

La solution pratique : la démocratie de consommateurs.

Il est simple de substituer l’Etat-patron et dictateur à tous les patrons du capitalisme. Il l’est beaucoup moins de trouver les nouvelles formes de la vie sociale.

L’erreur commise jusqu’ici par le socialisme non étatique, par le syndicalisme révolutionnaire, par les anarchistes et communistes libertaires a été de penser qu’il fallait réaliser la démocratie dans l’usine par l’élection directe des responsables par les travailleurs.

Une démocratie de producteurs, générale ou cellulaire, est impraticable pour une raison fondamentale, les nécessités de la production exigent à la direction l’unité de responsabilité;

Toutes les difficultés tombent à partir du moment où l’on conçoit la société socialiste comme une démocratie de consommateurs.

Cette démocratie de consommateurs qui sera beaucoup plus une démocratie sociale directe qu’une démocratie économique n’aura pas pour objectif de diminuer la production, de « résorber le chômage », de donner du travail aux hommes. Elle aura au contraire comme objectif d’augmenter indéfiniment la masse des produits consommables, d’accroître à cette fin la puissance mécanique, et de diminuer parallèlement le temps de travail.

La société sera désormais conçue comme une fédération de coopératives communales avec gestion à la base.

L’économie distributive

La commune représente la collectivité.

Pour l’économie distributive, l’ensemble des moyens de production est la propriété indivise des sociétés humaines. C’est éminemment une propriété sociale, d’origine sociale et à destination sociale. La part individuelle y est minime, la part sociale s’accroît sans cesse.

Quels organes sociaux peuvent recevoir et gérer cette propriété collective ? Est-ce l’état, ou les sociétés de producteurs, ou les sociétés de consommateurs ?

Pour les raisons qui ont été dites, nous écartons l’Etat, bien qu’on puisse le concevoir comme gérant temporaire, ou même comme gérant permanent de certaines portions de la propriété sociale.

Puisque nous voulons organiser la démocratie à la base, nous devons chercher l’organe social primaire capable de recevoir l’héritage commun de l’humanité. A proprement parler, il n’y a pas d’organe social capable d’hériter; la propriété sociale, demeurant sociale, ne peut que conférer un droit à chaque individu humain, le droit au bénéfice de tous les moyens de production. Par le seul fait de sa naissance, tout individu entre en possession de ce droit. Ce n’est donc pas comme producteur que l’homme entre en possession de ce droit. C’est comme consommateur. Qui le gère pour son compte ? Pratiquement, le seul organe social qui paraît apte à la gestion, c’est le groupe humain primaire : la commune.

La commune sera ainsi la coopérative générale des consommateurs, chargée de gérer directement la portion de propriété sociale qui est sur son territoire. C’est la commune qui sera ainsi héritière, comme gérante - non comme propriétaire - de certaines fonctions exercées aujourd’hui par les propriétaires des entreprises : droit de désigner des responsables, droit de répartir les produits du travail.

La coopérative communale sera administrée par un conseil d’administration. Les administrateurs ne devront pas être permanents. Les coopérateurs et leurs délégués seront amenés à la désignation des plus compétents non en vertu de leur propre compétence, mais à cause de leur intérêt. Ils seront dans la même situation que les actionnaires des sociétés capitalistes qui reconnaissent la compétence des administrateurs aux revenus qu’ils leurs assurent. Dans la coopérative communale, les citoyens reconnaîtront la compétence des administrateurs à la somme des produits qu’ils leur feront distribuer.

Les conseils d’administration des coopératives primaires délégueront des membres au conseil d’administration des magasins de gros intercommunaux.

Les conseils des magasins de gros enverront à leur tour les délégués comme membres de conseils d’administration des usines, lesquels nommeront les directeurs-gérants.

Ces directeurs représentent l’usine dans les syndicats d’industrie. Dans chacun de ces syndicats d’industrie, les syndicats du personnel seront représentés, comme ils le seront dans le conseil intérieur de l’usine.

A proprement parler, il n’y aura plus de salaires; tout être valide devra un temps de service déterminé, pour lequel il recevra une indemnité fixe; l’émulation, l’acceptation de responsabilités spéciales devront être assurées par des indemnités complémentaires.

Les indemnités de service étant versées à tous, il restera dans toutes les exploitations des excédents de production de toute nature. Sur ces excédents, un premier prélèvement sera fait pour les services non directement productifs, travaux publics, habitations, enseignement, justice, malades et retraités. Un second prélèvement sera fait pour le renouvellement du matériel. Les soldes, qui constitueront ce que l’on appelle aujourd’hui le bénéfice net, tous impôts déduits, et qui vont aux actionnaires, iront aux coopératives qui, partout, remplaceront juridiquement et réellement les actionnaires. Ces soldes seront en marchandises et iront tout naturellement d’abord aux coopératives nationales ou régionales pour arriver aux coopératives primaires, et enfin à chaque individu.

L’emploi des moyens monétaires actuels n’aura plus aucun sens. Le système monétaire actuel lié à l’économie échangiste; c’est une survivance des temps barbares.

Dans l’économie distributive, on devra partir de ce principe qu’il faut distribuer chaque année tous les produits consommables dans l’année, mais que l’on ne peut distribuer que cela; que, en conséquence, la quantité de bons (ou de billets) à mettre en circulation doit représenter finalement cette masse de produits, ni plus ni moins.

En conséquence, à toute mise en circulation de produits devra correspondre une mise en circulation égale de bons et billets dont une partie ira aux citoyens à titre de première indemnité, une autre partie aux services publics, et le solde aux coopératives pour répartition entre elles, et enfin pour attribution à chaque membre des coopératives primaires communale.

Ainsi, chaque individu sera titulaire, à sa coopérative de base, d’un crédit en produits qu’il emploiera à sa convenance.

Essayons de nous représenter aussi précisément que possible le mécanisme de l’économie distributive.

A la base est l’individu avec ses droits dont il ne consent que des délégations. La formation sociale primaire est la commune, gestionnaire des droits sur la propriété sociale dont l’individu hérite et dont il bénéficie dans l’indivision. Par l’application de ce premier principe, la traditionnelle organisation de l’Etat régalien est renversée. Quelles que soient les centralisations nécessaires, elles seront toujours contrôlées à la base.

La commune est l’organisme primaire de gestion coopérative de tous les biens et services. Elle doit avoir son conseil communal général et ses quatre sections, économique, culturelle, sociale et administrative. Le rôle du Conseil communal est d’assurer la liaison de tous pour toutes les gestions communales et la liaison du corps communal avec les autres corps. Les membres de la commune nomment le Conseil de gestion de chaque section.

Au premier jour du règne de l’abondance, le vieux système monétaire est supprimé. A la place des billets de banque représentant l’or enfermé dans les caves de la Banque ou représentant une toute petite quantité de marchandises, il est décidé, par l’assemblée des Communes, que désormais, il sera créé exactement autant de certificats de production que les exploitations sortiront de produits. Ni plus ni moins. Ces certificats de production seront chiffrés au moyen d’une nouvelle unité de mesure (l’heure-travail par exemple) en francs qui, au lieu de francs-or seront francs-marchandises, on dirait mieux des francs-produits.

Toute usine, toute exploitation ayant achevé une production, la livrera à ses usagers, leur présentera un certificat global de production, indiquant le nombre d’heures-travail incorporées dans la livraison (tous amortissements compris). Les usagers donneront leur signature pour certifier l’existence des produits reçus.

L’exploitation portera alors son certificat au Bureau central comptable de la commune ou de sa profession (Bureau remplaçant les banques locales actuelles), et le bureau donnera sa signature pour certifier que l’usine et les usagers ont créé un authentique certificat de production.

Cette authentification faite, l’exploitation recevra de l’Institut national comptable (remplaçant la banque actuelle d’émission), des coupures du certificat global de production. Ces coupures remplaceront les billets de banque actuels. Mais au lieu d’être émis en représentation d’apports d’or, ils seront émis en représentation des produits créés dans la proportion de 90 % (on retiendra 10 % pour les pertes éventuelles de produits dans la circulation).

Les exploitations ayant produit auront donc, soit entre leurs mains soit dans les Bureaux comptables, le montant des Certificats.

Comme le lecteur l’aura compris, ce que nous décrivons ci-dessus n’est rien d’autre que le mécanisme de la circulation des billets de banque actuels, mais circulant cette fois en représentation des produits créés, et arrivant entre les mains du consommateur, non parce qu’il est un travailleur, mais parce qu’il est cohéritier dans l’indivision de toute la machinerie gérée par les communes.

La vie nouvelle

Nous sommes dans une société sans classes et sans élite. Chacun, selon ses moyens. Chacun de nous, associé par les liens les plus forts à la vie communale, ne pourra changer de milieu social qu’en agissant sur son propre milieu. Nul n’aura plus le désir de gagner un autre milieu social pour y « paraître ». On ne « paraîtra » qu’en acquérant quelque prestige parmi les siens.

La commune est la société humaine de base. En dehors d’elle, tous les liens sociaux se forment par délégation et fédération. Fédération de communes pour la Région. Fédération de régions pour la Nation. Fédération de nations pour les grands systèmes continentaux. Fédération humaine enfin.

A l’échelon national, l’Etat, ou ce qui en subsistera. Plus exactement, l’organisme de liaison et de coordination des services généraux et des plans propres à un groupe ethnique ou à une fédération de peuples. Pour le gérer, l’assemblée des Communes.

Le couple humain n’est fondé que pour le renouvellement de l’individu. L’enfant qui vient de lui est un individu qui a, dès sa naissance, ses propres droits d’individu. Il n’appartient qu’à lui-même. Il n’est ni à l’Etat, ni à la collectivité, ni à ceux qui lui donnent le jour. Chaque enfant devra prouver dans la commune les moyens d’être lui-même, dans les conditions qui avaient été réservées jusqu’ici aux enfants des aristocraties.

Le plan de transition

Nos objectifs généraux étant définis, nous savons désormais que notre objet est à la fois celui du syndicalisme, celui de la coopération et celui du socialisme, c’est-à-dire l’organisation d’une démocratie sociale à partir de la base. Le premier acte de la révolution doit être la socialisation de la Banque de France, des Banques et des industries de base. Il s’agit de socialiser et non de nationaliser. Elle indique que l’on ne se borne pas à transférer la propriété de ces organismes à l’Etat, mais qu’on va l’intégrer dans un nouveau régime économique et social.

Le grand acte du nouveau régime sera la proclamation du droit nouveau qui ne reconnaîtra ni l’individualisme, ni la libre concurrence, ni l’échangisme, qui déclarera seules légitimes gestionnaires de l’économie les collectivités, communes syndicats, coopératives et leurs fédérations et confédérations, et qui définira leurs fonctions.

 autre texte :

Persée : Critique fasciste de la raison réactionnaire : Lucien Rebatet ...

 extrait :

Cette dissidence a pour incontestable figure de proue un célèbre inconnu : Lucien Rebatet (1903-1972), condamné à mort pour avoir incarné, dans un livre dont la parution en 1942 constitua un véritable événement, ce fascisme du deuxième type, un livre qui se présente aussi comme le parricide intellectuel contre son vieux maître, Charles Maurras. Par lui, nous pouvons accéder à cette critique de droite de la pensée réactionnaire, elle aussi mal connue.
Il est proposé ici de repérer les glissements progressifs, organisés autour de cette critique, où s'origine la dérive fasciste d'un natio naliste nourri à la mamelle maurrassienne.

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12/09/2011

Ultra-gauche-exploitation : la fiction cathodique par Canal +

http://storage.canalblog.com/08/54/96368/25810971.jpg

 

Le groupe du capitaine X est chargé d’élucider l’affaire d’un étudiant déchiqueté par la bombe artisanale qu’il fabriquait. Bientôt il se trouve face à quelques activistes d’une ultra gauche très radicale qui prônent la guérilla urbaine et ont pour cible directe la police.

Y entraînée par sa haine de la police et des institutions accepte de déborder de son rôle d’avocate et se fait piégerpar la DCRI qui surveille les activistes d’ultra gauche.

Z, qui rêve de plus grandes affaires, se voit désigner par une figure du grand banditisme, JJ, pour le défendre.

Quant au juge F......i, de retour au palais après une longue absence, il est désormais placardisé.

vu sur Le Jura Libertaire

19:54 | Lien permanent | Commentaires (0) |

09/09/2011

Fichiers croisés, flics infiltrés: les eurogauchistes dans le viseur

Les « fauteurs de trouble » qui sévissent lors des principaux sommets internationaux font l’objet d’une attention toute particulière de la part des vénérables institutions de l’Union européenne. Il y a quelques mois, avant le sommet du G8 de Deauville, j’avais eu l’occasion de raconter comment les pays membres, via le Conseil des ministres et ses différents groupes d’experts policiers, entendaient créer une base de données croisée pour cibler les troublemakers habitués aux rassemblements anticapitalistes.

Statewatch, ONG britannique en pointe sur ce dossier, révèle aujourd’hui un autre volet de cette coopération policière. La dernière analyse de Statewatch (document PDF en anglais) évoque trois de ces projets européens en cours d’élaboration :

  • ECRIS (European Criminal Records Information System), sorte de super casier judiciaire européen, qui concernerait des personnes déjà condamnées à des crimes et délits, mais pas seulement d’après Statewatch : ECRIS pourrait être élargi à des « condamnations civiles ou même administratives »;
  • EPRIS (European Police Records Index System) : pour simplifier, ce serait un super fichier STIC européen. Développé au sein de l’agence de coopération Europol — qui détient déjà ses propres « fichiers de travail à des fins d’analyse » (Analysis Work Files) visant de simples « suspects » (ceux qui «pourraient commettre des infractions pénales», à l’image des successeurs du fichier EDVIGE en France) —, EPRIS sera une passerelle commune pour que chaque organe policier national puisse piocher dans les bases des autres États membres.
  • IXP (Information Exchange Platform for Law Enforcement Authorities) : cet outil jouerait aussi le rôle de passerelle unique, mais pour accéder à tous les fichiers gérés par les organes supranationaux de l’UE. Ceux d’Europol, d’Eurojust (coopération judiciaire), des douanes (SID), de Frontex (sorte de super agence de l’immigration et ses « vols groupés »), mais aussi SIS (fichier Schengen), et les deux fichiers biométriques Eurodac (demandeurs d’asile) et VIS (demandeurs de visas)…

Évidemment, souligne Statewatch, cette coopération active ne s’accompagne pas, en parallèle, d’une plus grande protection des données face aux risques d’arbitraire d’État.

Les deux premiers systèmes figurent déjà dans une liste (presque) exhaustive des bases de données policières de l’UE qui a été publiée en juillet 2010 par la Commission européenne.

L’attitude de l’UE à l’égard des « fauteurs de trouble » est symptomatique. La stratégie sous-jacente est de créer l’amalgame entre des menaces d’ordre « terroriste » et les traditionnels « ennemis intérieurs » que représentent, aux yeux des institutions de l’UE, les groupes anticapitalistes.

On parle ici de manifestants qui deviennent la cible d’une surveillance « préventive », c’est à dire avant qu’ils ne commettent la moindre infraction. Une autre tactique consiste à mettre dans le même sac les hooligans présents sur les grands événements sportifs et les groupes radicaux qui luttent contre les dérives de l’ordre ultralibéral (conflits sociaux, soutien aux migrants, écolos radicaux…). Exemple en Italie, lors des manifs étudiantes de décembre 2010. Le ministre de l’intérieur Roberto Maroni (Ligue du Nord), n’a pas hésité à proposer une « carte du manifestant » à l’image de ce qui existe dans les stades de foot avec la « carte du tifoso »: un fichier central qui exclut tout supporter dès le moindre débordement. Bonne idée : même Bachar el-Assad n’y avait pas pensé!

Pour l’instant, seuls Europol et SIS (fichier Schengen) permettent de ficher de simples suspects accusés de pouvoir un jour troubler l’ordre public. Mais l’idée de créer un outil centralisé fait son chemin. Comme en témoigne un document récent émanant du Conseil de l’union (PDF en anglais). Cette fois, il est question, novlangue oblige, de « travelling violent offenders » (contrevenants violents transfrontaliers), et indique qu’en 2012 la Commission devra proposer des moyens concrets pour améliorer « l’échange d’information » entre États membres sur cette question cruciale.

Un écureuil dans les cages de l’UE

Pourtant, l’ »échange » fonctionne déjà pas si mal. L’histoire de Cécile Lecomte, une militante française installée en Allemagne depuis quelques années, est éloquente. Cette ancienne pro d’escalade milite au sein d’un groupe pacifiste connu pour bloquer les convois de déchets radioactifs en s’accrochant aux arbres ou aux ponts surplombant les voies ferrées… Dans un entretien paru récemment sur Article 11, elle raconte comment elle s’est retrouvée fichée dans une dizaine de bases de données de la police criminelle et anti-terroriste allemande. Et fait aussi l’objet de mentions dans les fichiers d’Europol et du système Schengen (SIS), que les Allemands ont été les premiers à enrichir pour y inclure des « listes noires » de militants indésirables, via le fichier « IgaSt » (International agierende gewaltbereite Störer), qui classe les « fauteurs de troubles violents au niveau international ».

En 2008, juste avant une action contre l’un de ces convois, celle que l’on surnomme « l’Écureuil » est restée jusqu’à quatre jours en « garde à vue préventive ». Depuis, elle a attaqué l’Etat allemand devant la Cour constitutionnelle. Sans grand espoir que celle-ci aboutisse avant un bon bout de temps… Extrait de son témoignage:

Mon nom est aussi dans les fichiers « INPOL » (accessible à toutes les forces de police allemandes) et « LIMO » (fauteurs de trouble « de gauche »). De manière générale, les militants antinucléaires sont ciblés dans deux bases de données, ISAS et SAFIR, qui comportent des sections spéciales « Castor ». Elles servent non seulement de base statistique mais aussi de justification des mesures d’interdictions préventives.

Il y a aussi la liste « GESA », visant des personnes mises en garde à vue lors d’évènements de grande envergure. Ça concerne donc les arrestations groupées. Et la base « APS », qui fiche les « délits à motivation politique ». Là aussi c’est « préventif » : il suffit de simples suspicions. Une rébellion lors d’une manif suffit à être dans APS. Tout comme dans LIMO, d’ailleurs.

Et il y a enfin les fichiers de type « militaires ». En février 2008, on a bloqué pendant 5 heures un train de l’armée transportant du matériel militaire. Une personne s’est enchaînée aux rails. Elle a été condamnée, mais le dossier est encore devant la Cour constitutionnelle, après avoir été rejeté par la Cour de cassation. Moi, je n’ai pas encore été jugée. Pour cette action pacifique, nous sommes, d’après le dossier pénal, tombés dans les listes du « MAD » (Militärischer Abschirmdiesnt), les services secrets militaires, et dans ceux de la section antiterroriste de la BKA (police fédérale). Tout ça pour des gens qui, justement, refusent la violence. Et encore, nous avons appris ça par erreur : un document classé « confidentiel » a atterri dans notre dossier. [...]

Action à Hambourg contre un projet de centrale à charbon

L’amalgame apparent entre menaces terroristes « extérieures » et « ennemis de l’intérieur » est détaillé dans une autre synthèse de Statewatch qui date de mai 2010 (document PDF en anglais). Le Conseil de l’UE envisage en effet de créer un « instrument multidimentionnel » pour «collecter des données sur les processus de radicalisation». Or, la notion d’ « idéologie supportant directement la violence » est élargie à une liste disparate mettant dans le même sac « extrémisme de droite ou de gauche, islamisme, nationalisme, anti-globalisation, etc. »

Les rares contre-pouvoirs à la machine policière européenne ne font pas le poids. Peter Hustinx, le Contrôleur européen à la protection des données (CEPD), tout comme Martin Scheinin, ex-rapporteur spécial du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU chargé de la « promotion des droits de l’homme dans la lutte contre le terrorisme », n’ont pas manqué de soulever les multiples entraves aux libertés de ces systèmes croisés toujours plus intrusifs. Mais ce n’est pas ces droitsdel’hommistes qui vont faire la loi dans la Forteresse Europe.

via reflets.info

 

18:08 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Namaste - Massoud

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Afghanistan. L'héritage du commandant Massoud

9 septembre 2011 -

Le monde a actuellement les yeux tournés vers les États-Unis qui s'apprêtent à commémorer les dix ans des attentats du11-Septembre. Loin de New York, en Afghanistan, un Breton, Ashmat Froz, se recueillera et se souviendra d'un autre triste anniversaire: celui des dix ans de l'assassinat du commandant Massoud. C'était un 9 septembre....

«En septembre 2001, al-Qaïda a visé deux symboles: les tours et le commandant Massoud. Leur but était d'attirer les États-Unis en Afghanistan et de s'assurer qu'ils ne recevraient pas l'appui de l'Alliance du nord qui s'était constituée autour de Massoud». Dans sa demeure rennaise, Ashmat Froz conserve avec dévotion la mémoire du lion du Panshir, assassiné le 9septembre 2001, par deux terroristes tunisiens se faisant passer pour des journalistes. «J'étais avec Massoud trois semaines avant son assassinat. Il en était certain: Ben Laden allait frapper aux quatre coins du monde et c'était un piège monté par le Pakistan. À présent qu'on sait où se terrait Ben Landen, c'est difficile pour le Pakistan et ses services secrets, l'ISI, de se cacher».

La légende demeure

Il y a quelques jours, Ashmat Froz a quitté la Bretagne pour se rendre sur la terre de ses ancêtres. Aujourd'hui, en compagnie de milliers d'Afghans, il se recueillera dans la vallée du Panshir, à une centaine de kilomètres au nord de Kaboul, sur la tombe d'Ahmad Shah Massoud, non loin du mausolée en construction. Ce sera le prélude à une semaine de célébrations. «En Afghanistan, les photos de Massoud sont présentes partout, sur les murs, dans les commerces... L'héritage du commandant n'est pas mort. Des gens qui étaient très proches de lui sont aujourd'hui au gouvernement, comme le ministre de l'Intérieur, Bismillah, son ancien bras droit. Massoud est devenu un repère pour nous». D'un homme qui se battait contre l'envahisseur, l'image de Massoud a évolué vers une figure de légende, un mythe qu'on évoque pour se redonner du courage dans les heures noires. «Comment se fait-il que Massoud combattait seul les talibans et qu'aujourd'hui, avec l'aide du monde entier, on n'y arrive pas?», demande celui qui partage sa vie entre l'Afghanistan et la Bretagne depuis trente-cinqans. «J'ai bénéficié d'une bourse du gouvernement français pour faire mes études d'architecture àRennes». L'architecte, qui construit ici et là-bas, a exercé son art de bâtir auprès de Massoud. «Mon rôle était de réaliser les projets qu'il esquissait lors des nuits de veille», se remémore l'ancien représentant en France du commandant. «Quand les islamistes ont pris le pouvoir, j'ai accompagné des politiques français pour rencontrer Massoud. On fréquentait le même lycée et on habitait le même quartier. Quand les Russes sont entrés en Afghanistan, il a pris le chemin de la résistance. Massoud n'était pas un homme de guerre mais il n'avait pas d'autres choix que de la faire pour ramener la paix».

Un bâtisseur

Ashmat Froz a connu un autre Massoud, différent du chef de guerre portant l'AK 47 en bandoulière. Lui se rappelle d'un homme amoureux de la poésie, un esthète et un architecte d'un pays sans cesse à reconstruire. «C'était un bâtisseur qui rêvait des plans de villes idéales». Avec son association Afghanistan-Bretagne, Ashmat milite pour un développement économique de son pays d'enfance. «On sait que les Américains cherchent à installer des bases permanentes. Il y a quelques semaines, j'étais à Kaboul lors du passage de Nicolas Sarkozy à l'ambassade. Il me confirmait que la France retirerait ses troupes mais d'une manière progressive et en tenant compte de la situation». L'architecte est inquiet: «Si le pays ne se développe pas, l'Afghanistan reviendra vers le terrorisme. Mais la solution n'est pas militaire. La politique de Massoud était très simple: il responsabilisait les locaux, village après village. Il agissait autant sur le militaire que l'économique. La seule façon de lutter contre les talibans, c'est d'aider la population à se hisser vers le haut grâce à l'économie». Et le meilleur moyen de rendre hommage au lion du Panshir.

Gwen Rastoll

piqué au tas sur www.letelegramme.com

«J'étais à côté de la bombe qui a tué Massoud»«J'étais à côté de la bombe qui a tué Massoud»

Deux jours avant les attentats aux Etats-Unis, Massoud a été assassiné en Afghanistan. À plusieurs reprises, il avait attiré l'attention de la communauté internationale sur le danger représenté par Ben Laden.

Le 9 septembre 2001, le journaliste afghan Fahim Dashty était à moins d'un mètre de la bombe qui a tué le commandant Ahmad Shah Massoud, alors chef de la résistance contre les talibans, mais il fut l'un des derniers à apprendre sa mort.

Ce jour-là, Massoud, ultime chef militaire à empêcher les talibans, alors maîtres d'environ 95% du territoire, de contrôler l'ensemble de l'Afghanistan, est dans l'un de ses QG du nord-est, à Khwaja Bahauddin. Sur place, deux prétendus journalistes arabes, qui ont rejoint les lignes de Massoud depuis 22 jours, sollicitent une interview filmée. «Ils étaient très pressés, ils demandaient deux à trois fois par jour» à le rencontrer, se souvient Fahim Dashty, qui les côtoya neuf jours.

Vers midi, l'interview est enfin accordée. Fahim Dashty se joint à eux. Après avoir écrit entre 1993 et 1996 dans le «Kabul Weekly», fondé par Massoud, il archive en vidéo toutes les activités du héros de la résistance anti-soviétique.

Dans la pièce, Massoud est là. A sa droite, Massoud Khalili, un de ses principaux conseillers et amis. «Tout le monde se salue normalement, chacun s'assoie. Khalili traduit», raconte Fahim Dashty. A la demande de Massoud, surnommé le «Lion du Panchir», les deux Arabes égrènent les questions qu'ils prévoient de poser.

«Pourquoi dites-vous qu’Oussama est un terroriste?»

«Ils avaient une quinzaine de questions, la plupart concernant les talibans et Oussama ben Laden. Du genre : si vous conquérez l'Afghanistan, qu'allez-vous faire d'Oussama?, Pourquoi qualifiez-vous Oussama et les talibans de terroristes?», se rappelle Fahim Dashty.

Pendant ce temps, ce dernier cherche le meilleur angle pour filmer et choisit de s'asseoir juste en retrait du caméraman arabe, placé à 2,50 m devant Massoud. «La lumière d'arrière-plan était très mauvaise, je me mets à régler ma caméra, ça m'occupe 20-30 secondes et j'entends soudain le bruit d'une explosion; comme un ballon qui explose, ce n'était pas très fort; puis je sens que mes mains et mon visage me brûlent et que je suis blessé aux jambes».

Une caméra de faux journalistes piégée

La caméra piégée des deux Arabes vient d'exploser. «J'étais celui qui était le plus près de la bombe, à moins d'un mètre, mais j'ai eu de la chance», sourit Fahim Dashty. «Les gens m'ont dit plus tard que l'explosion était si forte qu'ils ont cru à un bombardement aérien. Moi, ça ne m'a pas paru si fort, j'ai juste entendu un bang ! », poursuit-il. «La première idée qui me vient alors à l'esprit est que peut-être ma caméra a explosé à cause d'un choc électrique et je sors en courant».

Il ne réalise qu'arrivé dans la cour: fenêtres et portes du bâtiment sont soufflées, de la poussière et de la fumée s'en échappent. Deux gardes sortent Massoud, «grièvement blessé au visage et sur tout le corps». Massoud, Khalili et Dashty, grièvement blessés, sont emmenés en hélicoptère dans une petite clinique juste de l'autre côté de la frontière tadjike. Fahim Dashty voit Massoud pour la dernière fois, alors qu'il est emmené par des médecins.

Il apprend la mort de Massoud 12 jours après

Le 11 septembre, tard dans la nuit, à l'occasion d'une visite, il apprend, sur son lit d'hôpital à Douchanbé, la capitale tadjike, où il vient d'être transféré, les attentats qui ont frappé les Etats-Unis. Au bout d'une semaine, les médecins le renvoient chez lui. «A ce moment, de mes deux mains, je ne pouvais bouger que ce doigt», dit-il en montrant son pouce droit. Dix ans après, son corps porte encore les cicatrices des brûlures et héberge toujours des éclats de métal.

En convalescence chez un de ses frères au Tadjikistan, ses différents visiteurs lui assurent que Massoud va bien, qu'il a repris certaines activités. En fait, quelques jours auparavant, le 16 septembre, le «Lion du Panchir» a été enterré devant une foule nombreuse dans sa vallée natale, au lendemain de l'annonce officielle de sa mort, un temps tenue secrète.

«Un jour, mon frère n'en pouvait plus de cette situation. Il est venu s'asseoir au bord de mon lit et m'a parlé d'un projet de musée pour le commandant». «Je lui ai répondu qu'on ne faisait pas de musée pour les gens en vie. Il s'est mis à pleurer et j'ai compris», se rappelle-t-il avec émotion. «C'était douze jours après l'explosion».

Les dernières images de Massoud vivant:
En grand format sur notre portail vidéo Videoportal

(Source: Youtube.com)
via www20.min.ch

La caméra qui a tué Massoud
avait été volée à Grenoble

Publié le 17-10-03 à 16:24    Modifié à 16:24    

La DST a établi que la camera qui a servi dans l'attentat contre le "Lion du Panchir", avait été volé à Grenoble quelques jours auparavant.

La piste française se confirme dans l'attentat contre Ahmed Shah Massoud. Alors que la justice enquête depuis décembre 2000 sur un réseau de soutien aux assassins du "Lion de Panchir", la Direction de la surveillance du territoire a établi que la caméra vidéo utilisée par les auteurs de l'attentat avait été volée à Grenoble (Isère).
A partir du numéro de série de l'appareil de type Beta SP BVW200, retrouvé sur le lieu de l'attentat en Afghanistan, la DST a pu vérifier qu'il s'agissait de la caméra d'un journaliste français volée le 24 décembre 2000 à Grenoble, a-t-on appris jeudi de sources policières.
Selon l'enquête, la caméra a transité par le sud de la région lyonnaise avant d'être confiée aux deux auteurs de l'attentat qui a coûté la vie au "Lion du Panchir" le 9 septembre 2001 soit deux jours avant les attaques contre les Etats-Unis le 11 septembre, a-t-on précisé de mêmes sources.
Entendu par la DST, le journaliste reporter d'images indépendant travaillant dans la région grenobloise a tenu à conserver l'anonymat. Joint par l'Associated Press il s'est refusé mercredi à donner toute précision sur cette affaire couverte, selon lui, par le secret défense.

Une plainte avait été déposée

De sources policières, on ajoute que la caméra a été volée alors que le journaliste effectuait un reportage le 24 décembre 2000 en début de soirée dans le centre-ville de Grenoble. L'appareil d'une valeur à l'achat de 38.100 euros et équipé d'une optique de marque Canon 16x9 a été dérobé sous les yeux de son propriétaire et sans violence dans son véhicule.
Au Parquet de Grenoble, on confirme que le journaliste avait par la suite déposé une plainte pour vol, classée sans suite. Aucune assurance n'a couvert le vol de la caméra achetée d'occasion, environ 16.000 euros, six mois plus tôt.
Quatre hommes sont déjà poursuivis en France en relation avec l'attentat contre le commandant Massoud. Un juge d'instruction antiterroriste enquête en effet depuis le 6 novembre 2000 sur un réseau de falsification de documents ayant pu aider les assassins du "Lion du Panchir".

Un trafic de faux passeports belges

Depuis le 18 janvier 2002 l'Algérien Abderammane Ameuroude, et le Franco-Tunisien Mehrez Azouz sont donc mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et "falsification de faux documents administratifs".
Le 30 novembre 2001 le juge Jean-Louis Bruguière avait mis en examen le Français Youssef el Aouni des mêmes chefs, ainsi que trois jours plus tard le Franco-Tunisien Abdel Tebourski.
Les deux derniers avaient été arrêtés à la demande de la justice belge qui enquête sur un trafic de faux passeports belges. Ce trafic pourrait avoir un lien avec les assassins du commandant Massoud, qui étaient détenteurs de passeports belges.
Le destin de la caméra volée à Grenoble, confirme par ailleurs une fois de plus l'importance de la région sud-lyonnaise dans les enquêtes terroristes.
Le Français Pierre Robert, condamné le 18 septembre à la réclusion à perpétuité au Maroc, est originaire de la région de Saint-Etienne (Loire). Il a longtemps fréquenté les mosquées de la vallée du Rhône avant de partir en 1996 au Maroc.
Deux français originaires des Minguettes (quartier lyonnais) ont été interpellés par les forces américaines en Afghanistan et sont actuellement détenus à Guantanamo. Nizar Naouar, l'auteur de l'attentat de la mosquée de Djerba (Tunisie) en avril 2002 est lui aussi originaire de Saint-Priest dans la banlieue sud de Lyon, tout comme Khaled Kelkal, soupçonné de plusieurs attentats, dont celui manqué en août 1995 sur la ligne du TGV Paris-Lyon.

piqué au tas sur tempsreel.nouvelobs.com

Massoud : la caméra piégée avait été volée en France

FRANCE - TERRORISME

-La caméra piégée dont l'explosion a tué le commandant Ahmad Shah Massoud en septembre 2001 en Afghanistan a été volée en décembre 2000 à un cameraman en France, a-t-on appris hier de source policière.

Selon cette source, des policiers de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) ont établi que le numéro de série de la caméra piégée était le même que celui d'une caméra volée à un cameraman de Grenoble.

La DST a confirmé avoir « rencontré » ce cameraman, dont l'identité n'a pas été révélée, et une procédure judiciaire devrait bientôt être ouverte, a-t-on ajouté de même source.

Rappelons que le 9 septembre 2001, deux faux journalistes tunisiens disposant de passeports belges falsifiés avaient fait exploser leur caméra au début de leur entretien avec Ahmad Shah Massoud, chef de l'Alliance du Nord et héros de la lutte anti-talibans, à Khwaja Bahuddine, en Afghanistan.

Le « lion du Panshir » avait succombé à ses blessures, tout comme ses assassins.

Le cameraman indépendant a signalé que sa caméra lui avait été « volée quelques jours avant Noël 2000 alors qu'il tournait un sujet sur les vitrines de Noël devant les Galeries Lafayette de Grenoble (Isère) ».

Il avait alors été « agressé par trois hommes » qui s'étaient emparés de sa caméra Beta Sony BVW 200 AP [lien Probe] avant de prendre la fuite.

Il avait déposé une plainte au commissariat de Grenoble le 28 décembre 2000 et sa plainte avait été, selon lui, classée sans suite en mai 2001.

Publié le 17/10/2003 | La Dépêche du Midi

 

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06/09/2011

Environnement: à la défense des collectivités et des protestataires

Que dire de l’affirmation, la semaine dernière, de la ministre de l’Environnement, Margaret Ann Blaney, alléguant que le personnel de CCNB Action avait incité les Néo-Brunswickois à protester, à organiser une manifestation illégale et à provoquer une explosion de violence contre les compagnies de gaz de schiste?

Le simple fait que la condamnation immédiate et écrasante de ses remarques l’ait obligée dès le lendemain à présenter ses excuses passe à côté du sujet. Elle a clairement commis une bourde politique de taille et elle a dû vivement se rétracter, car elle risquait que son parti glisse sur la même pente que les libéraux.
CCNB Action est bien aguerri à ce type d’attaque (je parle à titre d’ancienne employée et de membre de son bureau de direction). La plus récente est venue d’une autre ministre du Parti conservateur, Brenda Fowlie, dont l’industrie préférée était Bennett Environnemental (depuis éclaboussée par la corruption et des poursuites de ses actionnaires) et qui tentait de mettre en place l’importation de déchets dangereux et leur transformation à Belledune.
La côte nord du Nouveau-Brunswick en entier, y incluant les Premières Nations et des collectivités du Québec, se souleva et organisa une des oppositions citoyennes les plus efficaces de l’histoire du Nouveau-Brunswick. Plutôt que d’attaquer les citoyens de la côte nord, Mme Fowlie et la compagnie ajustèrent leur mire sur le CCNB et l’accusèrent de fomenter des manifestations et de propager de la désinformation. 
Bennett a poursuivi le CCNB pour responsabilité, une poursuite stratégique contre la mobilisation de la population, dans un effort d’imposer le silence et la faillite du conseil. Le CCNB a survécu, mais pas Bennett, et non à cause de la force et des ressources du CCNB (loin de là), mais parce que le mouvement populaire contre ce mauvais développement nuisible était trop puissant.
Maintenant une autre ministre conservatrice tente la même astuce.  Les conservateurs ont besoin d’un souffre-douleur pour expliquer le mouvement de la base qui s’est organisé contre la dernière baguette de magie noire sur laquelle ce gouvernement voulait accrocher son chapeau. Mais le sort s’est retourné contre lui. 
En faisant du CCNB son souffre-douleur, la ministre Blaney impliquait que les citoyens qui s’opposaient à l’exploration des gaz de schiste n’étaient pas capables de faire leurs propres recherches sur l’hydrofracturation; qu’ils n’étaient pas capables de comprendre ni de juger la qualité des informations qu’on leur présentait via d’autres sources (y inclus, je présume, celles provenant des compagnies et du gouvernement); qu’ils n’étaient pas capables de poser leur propre jugement sur les risques associés à l’exploration et à l’exploitation des gaz de schiste, et que par conséquent, ils ne pouvaient pas décider pour eux-mêmes si c’était une bonne idée pour leur collectivité. 
Dans leur ignorance, leur réaction émotive irrationnelle à la désinformation (la vidéo documentaire Gasland) aurait donc incité les citoyens à élever des barricades, à faire du vandalisme, à voler et à mener un assaut contre la compagnie SWN Resources qui a par la suite mis fin à ses activités.
En somme, elle a insulté des milliers de Néo-Brunswickois qui s’organisent pour se protéger des derniers assauts industriels sur leur terre, leur eau et leurs collectivités. J’utilise le mot «assaut» sciemment parce que c’est ce dont les protestataires sont accusés, avec en plus le vandalisme et le vol dont SWN Resources fait usage pour justifier son retrait prématuré du Nouveau-Brunswick. Ces déclarations ont suscité de prévisibles condamnations béates des commentatrices. 
Le 24 août, Lisa Keenan, dont les vues sont généralement respectées, a complètement échoué dans son devoir envers ses lecteurs en répétant les prétentions sans fondement de SWN voulant que ses travailleurs aient été «menacés, agressés et que leur équipement avait été saboté.» Elle sait très bien, que ce soit vrai ou non, que c’était là matière à relever de la police. Et pourtant, elle est allée jusqu’à commenter ces fausses allégations: «Ceux qui sont véritablement inquiets de l’hydrofracturation sont maintenant associés aux gangsters...»
Je ne suis pas avocate, comme elle, mais je pense que c’est une déclaration assez calomnieuse. De son côté, Barbara Pike, d’une association industrielle, l’Association de l’énergie des Maritimes (24 août) se joint à Keenan dans une attaque injustifiée contre les citoyens inquiets. Elle se serait sentie «embarrassée et un peu furieuse» que les commentaires des lecteurs qui ont répondu à la déclaration de SWN «semblaient soutenir les vandales et les voleurs comme s’ils étaient des héros.» 
Les deux, Keenan et Pike, ont cru SWN sur parole et, de leurs confortables positions de privilégiées, elles ont passé des jugements rapides sur ce que devraient être des comportements «corrects» et sur ce qui ne l’était pas.
À ma connaissance, toutes les protestations ont été pacifiques et non violentes, même les barrages, qui sont une forme de protestation légitime reconnue depuis longtemps, employée par les syndicats, les Premières Nations et par tous les groupes qui se battent pour une cause.
Les moralisateurs parmi nous préfèrent étiqueter les protestataires de gangsters, mais il existe beaucoup de gangstérisme contre les gens qui veulent se défendre eux-mêmes.
Regardons simplement ce qui arrive à Penobsquis, c’est un bon exemple. Les approvisionnements en eau des citoyens ont été détruits, leur terre s’affaisse, leur qualité de vie est détruite et il ne leur reste qu’à ramasser les conséquences et à se battre en justice à leurs propres frais contre une corporation immense qui fait des profits records à mesure que les prix des fertilisants montent en flèche.
Çà, pour moi, c’est du gangstérisme, légalisé et soutenu par le gouvernement. Où s’exprime l’indignation exprimée contre de telles situations? Jusqu’à ce qu’on s’indigne, les gens n’ont d’autre choix que de se défendre contre la prochaine attaque.

Janice Harvey
Chroniqueuse indépendante, candidate au doctorat et présidente du Parti vert du Nouveau-Brunswick.

 

via www.capacadie.com

17:49 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Sans abris : le foot améliore la condition humaine...

http://www.francaisedesjeux.com/data/encartitem/893-homeless-world-cup-le-grand-eacute-v-eacute-nement-solidaire-de-cette-fin-d-rsquo-eacute-t-eacute-.jpg

Depuis sa création, cette Coupe du Monde a généré la réalisation de programmes sociaux dans plus de 70 pays, et la participation de plus de 100 000 sans-abri.

"La rue : y tomber, y vivre, s’en sortir et ne pas y retomber", est un moment de réflexion autour de la prise en charge des personnes en situation d’exclusion pour mutualiser les expériences de lutte contre l’exclusion et pour agir autrement…

via paris-ile-de-france.france3.fr

Pour Benoît Danneau, le regard peut changer « en montrant ces personnes qui sont entreprenantes, construisent des stratégies collectives, sont capables de faire du sport et d’utiliser dans leur vie toutes ces valeurs développées sur le terrain pour essayer de la rendre meilleure ».

via www.lextimes.fr

Toi aussi tu peux devenir compétitif !

http://farm1.static.flickr.com/74/205736624_153dbd3d20.jpg

11:31 | Lien permanent | Commentaires (0) |

25/08/2011

« La déontologie ? Cela n'existe pas »

via l'humanité.fr - 11 Février 2005

« La déontologie ? Cela n'existe pas »

Souvenez-vous. Début 2004, un mystérieux groupe AZF menace de faire sauter des bombes le long des voies ferrées, communiquant avec le ministère de l'Intérieur par le biais de petites annonces paraissant dans Libération, se donnant du « Suzy » et du « Mon gros loup ». Éclipsé par les attentats de Madrid, le groupe disparaîtra aussi vite qu'il sera apparu. Ce dont on se souvient moins, c'est le traitement médiatique, avec, de la part de la place Beauvau, un fax intimant aux rédactions de garder le silence. Retour sur cette affaire à laquelle Élise Galand et Romain Icard, journalistes de Pièces à convictions (France 3) ont consacré un ouvrage.

Qu'est-ce qui vous a surpris, de prime abord ?

Élise Galand. D'abord, le silence des sources avec lesquelles les « faits-diversiers » sont en contact permanent. Un silence assourdissant qui ne peut que mettre la puce à l'oreille.

Arrive alors le fameux fax du ministère de l'Intérieur...

Élise Galand. Une première dans l'histoire de la presse ! Depuis Peyrefitte, on n'avait jamais vu ça. Un fax du ministère de l'Intérieur révélant l'affaire AZF à l'ensemble des rédactions tout en leur demandant de garder le silence ! Ce qui va à l'encontre de notre vocation première.

Romain Icard. C'est surtout complètement schizophrène et assurément voué à l'échec : une nouvelle preuve que Sarkozy ne savait pas comment réagir.

Élise Galand. Même si agir ainsi était une manière pour les autorités de se dédouaner et de refiler la patate chaude aux médias...

Plus surprenante encore est l'attitude de ces derniers, acceptant d'obéir !

Élise Galand. On n'est pas là pour faire la leçon. D'autant que certains n'étaient même pas au courant de l'affaire avant de recevoir le fax. De fait, la seule publication à avoir brisé le silence, c'est la Dépêche du Midi. Son patron a demandé à Claude Guéant - le chef de cabinet de Sarkozy - si c'était vrai. Et comme ça l'était, il a fait le choix de publier. Position intermédiaire : celle d'Europe 1 qui, dans son premier bulletin, évoquera l'affaire sans qu'elle figure dans les titres. Ceux qui n'ont pas publié diront qu'ils n'avaient pu réunir assez d'info pour recouper. Mais une fois l'affaire divulguée, tout le monde s'y mettra...

Quid de l'attitude, par exemple, du journaliste de l'AFP affecté place Beauvau ?

Élise Galand.

Nous n'avons pas voulu le stigmatiser. Il a choisi de ne pas être le premier à révéler l'affaire. Mais il lui aurait été beaucoup plus simple d'avouer qu'il ne voulait pas se griller durablement avec sa source. Et par là même couper le robinet pour tout le monde.

Au fait, c'est Libération qui est le premier au parfum. Pourquoi rester silencieux ?

Romain Icard. Parce qu'ils avaient le cul entre deux chaises. Car, sans que la rédaction ne soit toute de suite impliquée (et donc quasi à leur corps défendant), ils ont servi de lien par le biais des petites annonces.

Quel regard sur l'ire des médias envers la Dépêche du Midi ?

Élise Galand. Les critiques ont été en effet particulièrement virulentes à son égard de la part des quotidiens nationaux. Ce qui a permis à la Dépêche du Midi de renverser l'idée selon laquelle la presse locale serait à la botte du pouvoir. Là, c'était plutôt l'inverse. Seule voix dissonante, l'Humanité qui s'est interrogée sur un ministère donnant des ordres aux journaux... Mais, dans la bataille d'éditorialistes, le problème de fond n'a jamais été abordé. Et vite occulté puisque, quelques jours plus tard, des bombes exploseront à Madrid.

Romain Icard. La violence des critiques à l'égard de la Dépêche tient à une seule chose : c'est que ce journal a eu le courage de faire ce que les autres n'ont pas fait. Il est d'ailleurs aberrant de parler d'irresponsabilité lorsqu'un journal n'a fait que divulguer une information qu'il avait. Mais de fait, la problématique change lorsque ce n'est plus une source qui dit à un journaliste de ne pas sortir une info mais le directeur d'un cabinet ministériel - qui plus est, celui de Sarkozy... - qui contacte directement les directeurs de l'info pour leur dire de se taire. Surtout en jouant non pas sur une question de droit mais sur la corde sensible. Sauf qu'après ça, on se demande où sont les limites...

Quelle analyse globale faites-vous de cette affaire ? Sur la relation des journalistes à leurs sources et au pouvoir ?

Élise Galand. Pour ce qui est des sources, il est clair que l'on va difficilement se mettre en froid avec des interlocuteurs comme le ministère de l'Intérieur, étant donné qu'il faut son aval pour la moindre interview de policier. Et l'on sait que le travail des enquêteurs sera plus difficile une fois l'affaire révélée, car, par la suite, il y aura la pression de l'opinion publique. Même si, par exemple, les lecteurs de la Dépêche ont approuvé à plus de 80 % l'attitude de leur journal et qu'il n'y a pas eu de « psychose ». Pour ce qui est du rapport aux autorités, plutôt qu'un parallèle avec les « conseils » d'un Chirac sur l'envoi de journalistes en Irak, je ferais un parallèle avec les perquisitions au Monde et à l'Équipe pour savoir d'où viennent les fuites dans l'affaire Cofidis. Se pose concrètement la question du droit de la presse. Or, là, soyons clairs : nous, journalistes, sommes tous dans l'illégalité. Car, quotidiennement, nous ne respectons pas le secret de l'instruction ou de l'enquête.

Romain Icard. Et comment faire autrement ? ! Si vous parlez des affaires une fois qu'elles sont jugées, vous avez loupé le coche. La loi est tout bonnement mal faite. Mais ce que cela m'inspire plus globalement, c'est le silence de la profession et son absence de mémoire. Pour parler de terrorisme, faudrait-il attendre qu'il y ait mort d'homme ? D'autant que ceux osant dire qu'ils n'avaient pas assez d'infos savent aussi bien que nous que, pour en avoir, il faut s'en donner les moyens. Par ailleurs, beaucoup semblent avoir oublié ce qui s'est passé. Non seulement l'attitude du ministère mais ce qu'aura été cette affaire. Sans parler de Claude Guéant considérant que ce sont les révélations de la Dépêche qui ont fait capoter l'enquête.

Et qu'en est-il de la déontologie des journalistes ?

Romain Icard. C'est bien simple : elle n'existe pas. On a des droits, parfois des devoirs. Mais toujours pas de code de déontologie.

Élise Galand. Il est clair qu'on pointe souvent du doigt les dysfonctionnements de la police, de la justice, des hôpitaux, etc. Mais il est très rare que les journalistes s'interrogent sur leur propre pratique. Et ça manque cruellement.

Romain Icard. Et, honnêtement, vous avez déjà vu un journaliste faire son mea culpa ? Pourtant, ce serait bien utile. Ne serait-ce que pour éviter certaines dérives. Ou certains dérapages médiatiques...

Entretien réalisé par Sébastien Homer

Suzy contre mon gros loup, Éditions Privé, 2005, 250 pages, 18 euros.

 

 

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