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07/02/2010

Vive les "taupes situationistes"

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Les administréEs reconnaitrons le faux agitateur Roland RIES

15:52 | Lien permanent | Commentaires (0) |

19/01/2010

"Le bruit, l’odeur et quelques étoiles".

Projection:

Le bruit, l’odeur et quelques étoiles

le Mardi 26 Janvier à 18h00 à l’Atrium (le bâtiment en verre entre le Patio et le Portique) Amphi AT8 à Strasbourg

http://sud.qsdf.org/spip.php?article30

 

 

"Comme si le soleil se levait pour des prunes". Première image, première chanson, la voix de Mustapha Amokrane se pose sur des pincements de guitare sobres et délicats, alors que le soleil se lève entre les tours de la cité du Mirail, à Toulouse :
Dans ma cité, y'a des petits crocodiles, qui parlent de "mawashi", oui je sais c'est un style... C'est des mômes qui dorment le jour et pas la nuit, c'est des mômes qui dorment le jour et pas la nuit, comme si le soleil se levait pour des prunes, comme si le soleil se levait pour des prunes...

Comme si certaines paroles pouvaient disparaître en moins de dix ans dans les palais de l'Elysée, Jacques Chirac déclarait à Orléans en juin 1991 :
Comment voulez-vous que le travailleur français, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs et qui voient sur le pas du palier à côté de son HLM, entassée, une famille, avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler. Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, et bien le travailleur français, sur le palier, devient fou. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela...

Comme si la vie de certains valaient moins que rien, le 13 décembre 1998, Habib, 17 ans, mourrait dans un caniveau, après s'être fait tiré dessus par un policier toulousain, pour un vol de voiture. Après le coup de feu, les policiers se sont enfuis, laissant à Habib le temps d'agoniser, seul, comme un chien. Enième "bavure", suivie d'émeutes, de dérapages policiers et d'habitants du quartier, de manifestations, d'une enquête baclée et d'un procés insatisfaisant.

Le fond, la forme, et le titre du long métrage d'Eric Pittard sont là : on y suivra le Mirail, ses habitants, un policier, un magistrat, et toutes leurs actions, interrogations, désillusions qui suivirent la mort d'Habib, le tout rythmé par les chansons et textes de Zebda, pour accompagner les images, approfondir les idées, mettre en vers ce qui ne peut être dit autrement.

 

L'aspect documentaire du film peut être assez vite résumé : la cité s'embrase pendant quatre jours d'émeutes, et subit une répression policière extrêmement importante. Lorsque l'émotion et la colère retombent, un groupe de jeunes, parallèlement à l'enquête judiciaire, tente de réclamer justice, par diverses actions. Puis, lassés de toutes les promesses non tenues, ils entrent dans une spirale de folie qui va les conduire de la cité à la prison.
L'histoire est interprétée par celles et ceux qui ont vécu les évènements, et qui les racontent : le film n'a pas été tourné au moment des évènements, avec un certain recul donc.

Parti pris ? Le réalisateur suit bien-sûr les habitants de la cité, mais à aucun moment une quelconque condescendance ne transparaît ; des faits sont racontés, et s'il fallait en retenir quelques uns, signalons le caractère de quasi "guerre civile" des émeutes de décembre 1998, avec ces images impressionnantes filmés du haut d'un immeuble, quand un des protagonistes raconte les jets de pierre sur des CRS armés de gaz lacrymogène et chantant "on est les champions" en canardant les HLM ; cette mère de famille qui raconte le comportement des CRS et policiers à l'intérieur des immeubles, en pleine nuit, dévalant les escaliers à toute vitesse, frappant contre les portes et dans les murs, en hurlant "on est chez nous". Retenons aussi l'indifférence ignoble de Dominique Baudis, à l'époque maire de Toulouse et actuel président du CSA, dont les trois protagonistes racontent le comportement dans le décor "surréaliste" d'un club branché toulousain (une des scènes les plus réussies du film), ou encore la mobilisation sincère et pleine de bonne volonté des jeunes du quartier, très vite gangrénée par un cruel manque d'organisation, de soutien, et des pétages de plomb rendant finalement leur action stérile et la décrédibilisant aux yeux d'une presse critique à souhait ; enfin, ces plaidoyers impressionnants d'un magistrat un poil pédant, seul devant la caméra, en robe, dans l'enceinte d'un tribunal, qui retrace les erreurs policières, les fautes judiciaires, et la nullité du procés : très fortes images...

Beaucoup d'images, de discours intéressants tout au long du film qui en font un long métrage passionnant, sans prétention, révolté certes mais sans haine ni jugements hâtifs, puisqu'il se contente de laisser parler, laissant au spectateur le soin de regrouper toutes ces informations et d'y réfléchir. Parfois Pittard laisse échapper quelques digressions qu'on aimerait encore plus développées, bien qu'elles ne rejoignent qu'indirectement le propos central du film (la réflexion sur l'immigration par le couple d'origine algérienne, très intéressante).
Peut-être que le film laissera à certains une impression de "non-achevé", mais n'est-ce pas là au contraire pure logique : l'"affaire" n'est pas non plus réellement conclue...

Mais "Le bruit, l'odeur et quelques étoiles" n'est pas un simple documentaire, et son aspect cinématographique et artistique est tout aussi intéressant : construit comme une tragédie antique ou un opéra (prologue, trois actes, épilogue), le film est rythmé par l'apparition d'un choeur de récitants constitué des membres du groupe Zebda, qui interprète ses morceaux dans un garage ou récite des textes dans la cité. Zebda parlait déjà de ce projet de film qui lui tenait beaucoup à coeur il y a deux ans, et difficile de trouver groupe plus approprié pour ce film : outre qu'il soit de Toulouse, le groupe est certainement le meilleur exemple de ce qu'on peut appeler "chanteur de l'immigration et des quartiers" (même si cela est un peu réducteur). On se rappelle de 1995 et du titre Le bruit et l'odeur, repris ici, dans le film, alors que la caméra descend les escaliers d'un HLM, le discours de Chirac résonnant comme une insulte, une menace, une honte.

 

Il faut avouer que, malheureusement, il arrive que certains textes sonnent faux (quand ils sont récités, et malgré l'intelligence du propos), et que certains titres de Zebda ne sont pas très appropriés (Troisième degré en particulier) ou d'autres trop complexes pour être immédiatement compris : mieux vaut avoir écouté Utopie d'occase pour mieux apprécier et comprendre les textes, tous écrits par Magyd Cherfi.

Mais Eric Pittard et Zebda touchent souvent très justes en mariant musique et images, car les morceaux de Zebda tombent la plupart de temps au bon moment et touchent dans le mille : Kountakinté, par exemple, quand est évoquée l'immigration : "J'ai quitté ma famille et toute la faune, j'ai bien quitté deux ou trois cents personnes, qui voulaient partir mais pour leur malheur, elles faisaient du bruit, elles sentaient une odeur ; on a beau nous faire croire qu'un passeport, ça sert à celui qui entre ou qui sort, nous on savait bien dans nos têtes pas guéries, que les nôtres n'étaient pas à la mairie" ; ou encore l'excellent Goota ma différence, qui tombe comme un petite bombe au milieu du film. Magyd nous sort un texte inédit génial sur des touches de guitare discrète, tel un Brassens moderne : ce titre très court intitulé Je suis franc, nourri de jeux de mots, ne laisse pas indifférent et touche incroyablement juste, comme Sheitan, ou encore le magnifique J'y suis j'y reste qui conclue le film.
Certains textes dits par tous les membres de Zebda sont également remarquables. On se souviendra en particulier de l'ironie amère d'Hakim et Magyd : "Il y a des terroristes dans la cité, des bazookas dans les mosquées... ah non, y'en a pas, des mosquées".

Cette construction originale ajoute un intérêt supplémentaire au film d'Eric Pittard, passionnant et très rythmé, parfois émouvant mais surtout révoltant et enrichissant : plusieurs mythes tombent à mon avis sous ces caméras. Même s'il souffre de certains défauts, "Le bruit, l'odeur et quelques étoiles" doit être salué pour sa démarche, tant dans le fond que dans la forme, car il remplit pleinement sa double fonction de belle oeuvre artistique et documentaire, doublement passionnante donc.


PJ  Acontresens 2002

 

Dans le cadre du cycle de projection débat démarré en novembre 2009, nous avons décidé d’aborder cette semaine le thème des banlieues avec le film de Eric Pittard, "Le bruit, l’odeur et quelques étoiles".
Cette projection débat aura lieu le Mardi 26 Janvier à 18h00 à l’Atrium (le bâtiment en verre entre le Patio et le Portique) Amphi AT8.
Ce documentaire retrace les événements qui ont secoué la banlieue de Toulouse à la fin de l’année 1998. Surpris en flagrant délit de vol de voiture, le jeune Habib, également surnommé Pipo, est tué à bout portant par un policier. De graves émeutes s’ensuivent, qui vont opposer bandes de jeunes et forces de l’ordre pendant plusieurs jours.

 

21:36 | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/01/2010

Introduction à la distanciation: laissons-nous provoquer par les situations...

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La genèse de la théorie distanciatrice

La distanciation est une des caractéristiques les plus fondamentales de l'espèce humaine, une de celles qui nous détache le plus de l'animalité. L'homme naît avec cette possibilité unique de savoir ce qu'il fait au moment même où il le fait. Dans les pires formes du travail aliéné, dans l'esclavage pur et simple, il lui reste la possibilité (au moins théorique…) de rester conscient jusqu'à l'ultime moment, celui de sa propre mort. Les prisonniers des camps de concentration l'ont souvent raconté, c'est en eux-mêmes qu'ils ont trouvé la possibilité de " résister ", selon la devise gravée dans la pierre par Marie Durand, la protestante internée trente-huit ans dans la prison de la tour Constance à Aigues-Mortes. Sortir de soi-même quand il n'y a plus rien d'autre à faire pour ne pas disparaître, montre l'aspect vital de la prise de distance, quels qu'en soient les moyens, des souvenirs à l'alcool, de la drogue à l'auto-suggestion, du rire à la dérision qui conserve le " quantum de distance " vital. Dans tous les cas, cette prise de recul est une des dernières armes des opprimés.

 

Les origines de la distanciation

 

L'étymologie n'est pas d'un grand secours pour rechercher une hypothétique origine du concept, elle permet de dégager ses significations classiques et habituelles (la " distancia " latine). Le verbe " distancer " semble provenir de l'anglais " to distance " et présente un ensemble de significations parasites, même si la distance réelle ou physique peut engendrer ou accroître la distanciation du sujet, ainsi que la proxémique le montre souvent. D'où l'alternative suivante : conserver distancer ou utiliser " distancier " pour figurer la différence.

Distancer ne peut en principe être pronominal et ne donne pas clairement l'idée que nous voulons exprimer : " il se distance du film en cours " est incorrect en termes grammaticaux et sémantiques. De plus, son emploi risque d'évoquer trop fortement les " tenir à distance ", " garder ses distances ", etc. qui possèdent un tout autre sens.

Les avantages de distancier apparaissent comme la réponse aux inconvénients de distancer. On ne peut guère lui trouver d'inconvénients, si ce n'est le fait de proposer un mot relativement nouveau, mais déjà présent dans beaucoup de dictionnaires .

Du côté de l'anglais contemporain, on ne trouve rien de plus qu'en français, le terme " distanciation " est encore assez peu répandu. En allemand, on trouve plus facilement " Entfremdung " qui est le plus souvent traduit par distanciation. Cette indication corrobore le fait que le terme semble remonter à Schiller, au moins dans son acception d'acte volontaire visant à établir une distance entre un phénomène et sa perception. Nous y reviendrons.

Naturellement, il existe des termes synonymes comme " recul ", " hauteur (ou largeur) de vue ", ainsi que quelques faux-amis comme " planer "… Le terme sera pris dans son sens le plus immédiat de " distance avec la perception que l'on a d'un phénomène communicatoire ", quelle que soit la nature de la perception et les canaux de communication employés. Par souci de clarification, nous utiliserons désormais le verbe distancier, marquant bien l'action de distanciation, de préférence à distancer qui peut prêter à confusion avec la distance physique, ce qui n'empêchera pas de retrouver de temps à autre les deux termes ensemble comme dans le cas du coureur qui peut distancer son concurrent et se distancier des spectateurs afin de mieux conserver sa concentration…

L'emploi de ce terme et de la " théorie " qu'il va symboliser ne signifie aucun jugement de valeur ni sur le contenu, ni sur la forme de la communication. La distanciation sera aussi une variable scientifique des échanges communicatoires, au même titre - ou presque - que le niveau sonore, la gestuelle, le niveau de langue, les déterminants proxémiques, etc.

La distanciation critique constituera un premier palier, le plus simple et le plus immédiat. C'est le plus souvent à elle que l'on fait implicitement référence en parlant de distanciation. Dans la plupart de ses acceptions, elle aquiert un sens plutôt négatif, en ce sens que l'épithète " critique " est souvent perçue elle-même - à tort - au sens négatif. La distanciation dialectique représentera un stade plus achevé impliquant une démarche active, une médiation auto-personnelle du récepteur/consommateur comme co-auteur du message reçu et surtout comme co-réalisateur réel ou imaginaire de sa mise en forme médiatique. On la rencontrera plus souvent du côté des canaux interactifs.

Les distanciations critique et dialectique seront regroupées sous le terme commun et générique de distanciation médiatique pour insister sur la spécificité de la communication médiatisée ou hyper-médiatisée.

Si la typologie récurrente mise au point à propos de la médiation et de l'IPT et réemployée avec l'aliénation, l'appropriation et la socialisation est effectivement fonctionnelle et opératoire, elle devrait s'appliquer sans difficultés à la distanciation, comme à toutes les variables médiatiques. Une première analyse aboutirait assez vite aux valeurs explicitées dans le tableau ci-dessous.

JL MICHEL 1991

21:53 | Lien permanent | Commentaires (0) |

06/01/2010

Eric Cantonna nous rappelle les vraies valeurs de la Résistance au grand journal de canal + !

 

Aujourd’hui on nous encourage à devenir des mafieux par ce qu’on vit dans un Etat complètement mafieux...

On est racketté, on est racketté tous les jours, je ne parle même pas d’argent.

Ils avancent masqués, tous les jours. Ils veulent nous faire avaler des couleuvres, on veut nous terroriser...et qu’est ce qui faut faire ?

On va descendre dans la rue comme des malades ? Et s’il faut le faire un jour...on le fera...

A un moment donné il faut vraiment prendre conscience de ce qui se passe quoi...c’est super grave...

Alors qui sont les flingueurs ? (parle-t-il d'Erignac et du procès Colonna ?)

Y’a des gens qui crèvent tous les jours dans la rue...Y’a de la discrimination...on encourage la délation...la solidarité ça n’existe même plus...

Ce qui est dangereux c’est que ça rejaillit sur les gens...c’est ce que nous sommes entrain de devenir qui est dangereux...Nous sommes aujourd’hui les flingués...nous devons prendre conscience de ça.

15:30 | Lien permanent | Commentaires (0) |

04/01/2010

Henri Guillemin: "Il ne faut pas compter sur l'histoire officielle pour le dire...jamais..."

"ça, il ne faut pas compter sur l'histoire officielle pour le dire"

par Vincent Seriot - vendredi 3 juillet 2009

Henri Guillemin

Henri Guillemin

Cette phrase d'Henri Guillemin résume à elle seule les finalités de son travail d'historien : révéler le dessous des évènements, rendre justice aux oubliés de l'Histoire et démonter la reconstruction des faits par les puissants et l'ordre établi.

Elle est tirée d'un petit document de 1968 où Henri Guillemin relate ses propres souvenirs de 1940, lorsqu'il enseignait à la faculté de Bordeaux. Epoque, dont l'Histoire officielle a vite oublié les complots anti-républicains et les sentiments pro-allemands et italiens d'une bonne partie de milieux économiques et des hauts fonctionnaires français. Henri Guillemin a été l'un des rares visionnaires à dénoncer ces agissements bien avant que des historiens ne puissent les démontrer sur la base d'archives d'époque.

Ce talent de Henri Guillemin se révèle également dans la plupart des dossiers historiques qui lui ont été donnés à traiter. Il montre Napoléon comme le fossoyeur de la République de 1792 et des tentatives de rendre la société française plus égalitaire. Il dénonce le rôle de la grande bourgeoisie lors des évènements de la Commune de 1870, qui s'arrangea avec les Prussiens pour écraser le peuple parisien plutôt que de remettre en cause leurs propres privilèges.

C'est grâce à son exigence de vérité confronté au discours historique officiel que le français Henri Guillemin dût s'installer en Suisse et que le public de la Suisse romande put bénéficier de ses conférences.

 

Présent à Bordeaux, siège provisoire du gouvernement français, lors de la débacle de mai 1940 face à l'armée allemande, Henri Guillemin est témoin de plusieurs scènes qui le confortent dans sa thèse : une partie des élites françaises et du haut-commandement militaire souhaite la défaite et préfère la domination nazie plutôt que le spectre du Front populaire.

Henri Guillemin cite également une anecdote instructive sur son entrevue à Berne avec le controversé conseiller fédéral Pilet-Golaz.

Ce document fait écho au cycle de conférences qu'il fera des années après sur l'Affaire Pétain

13:04 | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/12/2009

De la servitude moderne

français

español

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italiano

http://www.delaservitudemoderne.org/

 

La diffusion du film se situant volontairement en dehors de tout circuit médiatique ou commercial, il dépend de la bonne volonté des camarades d’en assurer la diffusion la plus large possible. Vous êtes donc tout à fait libres d’organiser une projection de ce film dans les conditions qu’il vous plaira.
Le seul impératif est que la diffusion ou la projection de ce film doivent demeurer totalement gratuites. Il serait éventuellement appréciable de nous faire parvenir un mail en indiquant la date, l’heure et le lieu de la projection afin que nous puissions relayer l’information sur notre site internet. Si vous souhaitez une éventuelle intervention de notre part, vous pouvez également nous contacter par mail.
Il va de soi que les organisations nationalistes, racistes ou antisémites n’auront jamais notre approbation pour s’approprier ce film sous quelque forme que ce soit. Ils figurent bien évidemment au premier rang de nos ennemis.

Jean-François Brient et Victor León Fuentes

22:01 | Lien permanent | Commentaires (0) |

17/12/2009

Respectons la beauté de la guerre (afghane) en apprenant à reconnaître l'ennemi (intérieur)

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20:34 | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/12/2009

Le chagrin et la pitié...

« C'était un Paris de folle gaieté, Maxim's tournait à plein. Tout le monde a honte d'en parler aujourd'hui. »

 



 

 

 

Collaboration et Résistance dans la France de Vichy

Le Chagrin et la Pitié de Marcel 0phuls

 

Par Richard Phillips

16 août 2001

 

Le Chagrin et la Pitié : Chronique d'une ville française sous l'Occupation, film documentaire épique de quatre heures et demie sur l'occupation allemande de la France pendant la seconde guerre mondiale, fut projeté récemment au festival du film de Sydney. Sorti il y a trente ans à Paris, ce film qui est maintenant distribué en DVD, est considéré à juste titre comme un des documentaires les plus importants du cinéma et parmi les rares films qui révèlent la collaboration de la classe dominante française avec l'Allemagne nazie de 1940 à 1944.

 

Ce film d'Ophuls révèle non seulement la répression politique et l'antisémitisme de la France de Vichy et l'opposition croissante contre ce régime, mais il remet aussi en cause la mythologie d'après-guerre, créée autour du mouvement gaulliste de la France Libre. Ce n'est pas un compte-rendu complet de la période, il y a des omissions importantes, mais néanmoins le film représente une introduction remarquable à cette période.

 

Marcel Ophuls, fils unique du cinéaste et metteur en scène Max Ophuls et de l'actrice Hilde Wall, naquit en Allemagne en 1927 et vécut une partie de la période traitée par le documentaire. Sa famille déménagea pour aller vivre en France en 1933, où son père continua à réaliser des films, servit dans l'armée française en tant que simple soldat de 1939 à 1940 et participa aussi à la production d'émissions de radio antinazies. La famille s'enfuit de Paris en 1940, peu de jours avant que l'armée allemande ne prenne la ville, pour l'Espagne et puis les Etats Unis en 1941.

 

Marcel Ophuls rentra en France en 1950 et travailla comme assistant au tournage du Moulin Rouge de John Huston (1953) et du Lola Montès de son père (1955). Après quelques longs métrages de fiction sans succès au début des années 60, Marcel se tourna vers le documentaire et réalisa Munich ou le passé pour cent ans (1967) et le Chagrin et la Pitié (1969). Il enchaîna avec La mission de Mai Lai (1970), sur la guerre du Vietnam; A sense of loss (1972), sur le conflit de l'Irlande du Nord; et The memory of justice (1976) qui traite des procès de Nuremberg, du colonialisme français en Algérie et de l'intervention américaine au Vietnam. Après douze ans sans faire de film, il réalisa Hôtel Terminus: Klaus Barbie et son temps (1988), qui remporta un Acadamy Award, Jours en novembre (1992) et plus récemment Veillée d'armes: Histoire du journalisme en temps de guerre (1994).

 

Le Chagrin et la Pitié est divisé en deux parties et se concentre sur la vie à Clermont-Ferrand, une ville de 150 000 habitants en Auvergne, près de Vichy. La première partie, l'Effondrement, ébauche la crise politique de la bourgeoisie française - sa désagrégation face à l'armée allemande et la division de la France en deux, la zone occupée et la zone non occupée. Le Choix, la deuxième partie, traite de l'opposition au régime, de la désagrégation de ce régime et de sa défaite.

 

La zone occupée fut gouvernée directement par les nazis et comprenait l'intégralité des côtes atlantiques et de la Manche, ainsi que les régions les plus riches de l'ouest du nord et du nord-est de la France. La zone non occupée, qui était gouvernée par un régime bonapartiste pro-nazi conduit par le maréchal Philippe Pétain, un officier français de la première guerre mondiale, avec comme premier ministre Pierre Laval, comprenait le centre, le sud et le sud-est de la France. Les nazis, selon Pétain et ses partisans, défendaient la civilisation contre le communisme. Le slogan fondamental du gouvernement de Pétain était « Travail, Famille, Patrie ».

 

Combinant des entretiens approfondis avec des participants de l'époque, 36 au total, et des extraits de films d'actualités et d'archives, pour confirmer ou pour infirmer leurs témoignages, le Chagrin et la Pitié construit un portrait en mosaïque de la période. Les gens interviewés, dont bon nombre le sont par Ophuls lui-même, comprennent des militaires allemands, des collaborateurs et des aristocrates français de tendance fasciste, des démocrates libéraux, des diplomates et des espions britanniques, des patrons d'usine, des indécis de la classe moyenne, des enseignants et des marchands ainsi que des paysans résistants.

 

Le film commence avec Helmut Tachsend, grand fumeur de cigares, ancien capitaine de la Wehrmacht et occupant, qui maintient que le peuple français accueillit à bras ouverts les nazis. Interviewé aux noces de son fils, Tachsend se vante de ses exploits pendant la guerre. Le documentaire alterne les propos de Tachsend et les actualités de propagande nazies dénonçant la France comme « une honte pour la race blanche » car elle avait des soldats vietnamiens et africains dans son armée.

 

Ophuls utilise des extraits de films d'archives, dont des discours de Pétain et de Laval, et des commentaires de collaborateurs qui en toute franchise lui disent qu'ils avaient soutenu Pétain croyant que celui-ci écraserait les militants communistes, mettrait un coup d'arrêt à l'agitation ouvrière et assurerait une position forte pour la France dans une Europe nouvelle dominée par les Allemands. Par contre, un gradé allemand raconte à Ophuls plus tard dans le film qu'il fut soulagé quand les nazis furent vaincus. « Si Hitler avait gagné », dit-il, « je serais probablement toujours soldat aujourd'hui, en train d'occuper l'Afrique, l'Amérique ou ailleurs ».

 

Répression politique et antisémitisme français.

 

Mises à part quelques perturbations mineures pendant les premières semaines de l'occupation allemande en juin 1940, la vie sociale de la grande bourgeoisie et des couches supérieures des classes moyennes parisiennes reprit son train habituel: défilés de mode, théâtre, opéra, courses hippiques. Comme l'explique une des personnes interviewées: « C'était un Paris de folle gaieté, Maxim's tournait à plein. Tout le monde a honte d'en parler aujourd'hui. »

 

Sur cette toile de fond, Ophuls représente la vague de répression menée par le gouvernement nazi et le régime de Vichy contre la grande masse du peuple. Les partis politiques furent interdits, les grèves rendues illégales, des milliers de travailleurs aux idées socialistes, de juifs, de gitans et de réfugiés de l'Espagne fasciste furent persécutés, emprisonnés et puis transportés dans les camps de concentration allemands. Il y eut un grand battage dans tout le pays pour promouvoir des théories pseudo-scientifiques raciales et la propagande antisémite, y compris le film français Le Péril Juif, qui représentait les juifs comme des sous-hommes.

 

Une des personnes interviewées, Claude Lévy, qui a écrit une des études les plus complètes sur la persécution des juifs en France et qui fut un résistant actif dès l'âge de seize ans, fournit des détails sur la rafle du vél' d'Hiv (vélodrome d'Hiver), quand la police française rafla près de 13 000 juifs parisiens, dont 4 051 enfants, et les enferma dans le stade du vélodrome d'Hiver à la mi-juillet 1942. Cinq jours plus tard, ces prisonniers furent embarqués dans des wagons à bestiaux et transportés au camp de concentration de Drancy près de Paris et puis au camp de la mort d'Auschwitz. En fait, des fonctionnaires français déportèrent environ 75 000 juifs, dont 12 000 enfants, vers des camps nazis entre 1941 et 1944 où ils furent exécutés.

 

Bon nombre des gens interviewés, cependant, feignent l'ignorance ou la perte de mémoire quand Ophuls les interroge sur ces événements. Le gendre du premier ministre Laval maintient que son beau père était contre le racisme et deux professeurs qui avaient vécu ces événements prétendent n'avoir aucun souvenir de lois interdisant aux juifs d'exercer dans les établissements scolaires en France. Ophuls interroge Marius Klein, marchand français qui, craignant boycotts, attaques à l'incendie ou déportation, maintint, tout au long de l'Occupation, une annonce dans le journal local déclarant qu'il n'était pas juif.

 

Le documentaire d'Ophuls montre aussi de brefs extraits de Jacques Doriot, ancien dirigeant du Parti communiste français (PCF) élu à la Chambre des députés mais qui rompit avec le parti en 1934 et qui par la suite forma en 1936 le Parti populaire français d'extrême droite. Doriot soutenait les nazis et collaborait directement avec l'armée d'occupation allemande.

 

Vers la fin du Chagrin et la Pitié, Andrew Harris, un des réalisateurs du film, conduit un entretien, à faire frémir, avec l'aristocrate français et brute fasciste Christian de la Mazière. De la Mazière avait été l'un des 7 000 français qui s'étaient inscrits à la division Charlemagne, unité spéciale de SS assignée au front de l'est. De la Mazière explique que, quoique fasciné par les éléments mystiques et religieux du fascisme, son attrait principal résidait pour lui dans sa détermination à étouffer toutes les idées et toutes les organisations socialistes.

 

« Il faut comprendre la France à l'époque où j'ai grandi », explique-t-il. « En 1934 toute école était un champ de bataille et on parlait de révolution partout - en France, en Espagne et en Afrique du nord. Il fallait choisir entre un parti révolutionnaire ou l'autre et mon parti révolutionnaire fut le fascisme. Un garçon élevé dans mon milieu, comment pouvait-il ne pas être anticommuniste ? »

 

Le Chagrin et la Pitié prête très peu attention au mouvement de La France Libre de de Gaulle, la force créée par un petit groupe d'éléments de la classe dominante opposés aux nazis. Dans la France de l'après-guerre, de Gaulle et le mouvement de la France Libre furent promus comme figures de proue de la Résistance antinazie, mais contrairement à la version officielle, de Gaulle, qui avait fui en Angleterre en juin 1940, avait très peu de soutien populaire à l'intérieur de la France. Mis à part un soutien limité de la part de gouverneurs coloniaux en Syrie, à Madagascar et en Algérie, ce chef auto-proclamé dépendait quasi totalement des armées britannique et américaine.

 

Plutôt que de détruire directement la mythologie de de Gaulle, Ophuls insiste sur le sacrifice et l'héroïsme de simples travailleurs et paysans qui se battirent contre l'armée allemande et le régime de Vichy pendant de longues années sans aide de l'extérieur. De Gaulle n'apparaît que brièvement dans des extraits de films d'actualités et aucun des résistants interviewés n'a de lien avec lui ni avec la France Libre. Le film contient aussi des commentaires cinglants de résistants contre des membres de la bourgeoisie qui prétendirent après-coup avoir combattu les fascistes.

 

Denis Rake, espion britannique et artiste de boîte de nuit qui travaillait à Paris pendant l'Occupation, explique: « La bourgeoisie ne m'a pas aidé énormément. Les ouvriers français étaient formidables - nourriture, cigarettes, ils vous donnaient leur dernier centime si vous en aviez besoin. »

 

Louis Grave, un fermier qui dirigea de sa cave, avec son frère Alexis, un groupe de résistants, donne le récit discret mais profondément émouvant de leurs activités clandestines. Grave fut dénoncé par un voisin du village, arrêté par les autorités et envoyé au camp de concentration de Buchenwald. D'anciens résistants locaux réunis dans la cuisine de la ferme des Grave décrivent la répression et les tortures infligées contre les amis et les familles soupçonnées de s'opposer aux fascistes. Ces héros sans prétentions disent à Ophuls qu'ils ne ressentent aucun désir de se venger de ceux qui avaient collaboré ou donné des résistants aux autorités, la question principale, expliquent-ils, c'est d'empêcher que des forces similaires ne resurgissent aujourd'hui.

 

Le Chagrin et la Pitié se termine sur un extrait de film d'archives du chanteur Maurice Chevalier qui tente de justifier un concert qu'il donna en Allemagne nazie. Il faut comprendre, déclare-t-il, avant de nous proposer une interprétation de Sweeping the Clouds away, que cette visite n'avait pas pour but de divertir les troupes allemandes mais de donner du courage aux prisonniers français d'un camp de concentration. Cela fait frémir.

 

Le film d'Ophuls accusé d'être « antipatriotique »

 

Le Chagrin et la Pitié souleva une grande polémique en France. Il avait été prévu de le diffuser en deuxième volet d'un documentaire en trois parties sur l'histoire contemporaine française, cependant l'ORTF, l'organisation de radio-télévision française contrôlée par l'état, refusa de le programmer quand il fut achevé en 1969. Le film ne sortit qu'en avril 1971, presque deux ans plus tard, dans un petit cinéma du quartier latin de Paris.

 

Comme une bonne partie de la production artistique faisant suite à la révolte des étudiants et la grève générale de mai-juin 1968, le film d'Ophuls cherchait à miner la crédibilité du gouvernement de droite de Charles de Gaulle qui prétendait avoir dirigé la Résistance. Comme l'expliqua plus tard Andrew Harris: « Ce qui m'agaçait, ce n'était pas la résistance mais le résistancialisme, qui ne représentait pas la réalité de l'Histoire et dont on a encombré la littérature, le cinéma, les conversations de bistrot et les manuels d'histoire ».

 

En fait, Ophuls et les producteurs du documentaire, Andrew Harris et Alain de Sédouy, qui avaient soutenu activement les mouvements de mai-juin 68, s'étaient heurtés à la direction de l'ORTF pendant la grève et furent licenciés du réseau avant que le Chagrin et la Pitié ne soit terminé. Ophuls partit travailler pour la télévision allemande et le film fut mené à terme avec un financement suisse et allemand.

 

Les politiciens gaullistes et des sections de l'intelligentsia française furent outrés par le film et l'accusèrent d'être « antipatriotique ». Le patron de l'ORTF, Jean-Jacques Bresson, ancien résistant, affirma à un comité du gouvernement que le film « détruit des mythes dont les Français ont encore besoin ».

 

Un critique alarmé déclara que le film minait les efforts de la France pour « reprendre son rang » et que « toute complaisance dans la honte, toute purge de grande envergure dans le but de se débarrasser de tous ceux qui, d'une façon ou d'une autre, avaient mal agi, n'auraient servi que les desseins de ceux parmi les alliés de la France qui voulaient la reléguer à un rôle mineur dans l'ère de l'après-guerre » (retraduit de l'anglais)

 

D'après lui, le danger résidait en ce que « des publics étrangers, surtout dans les pays qui eurent des raisons de s'indigner des actions de la France après la guerre, ou de soupçonner que la version officielle soit une tentative de réhabilitation, ne seraient que trop heureux d'accepter Le Chagrin et la Pitié comme l'entière vérité. » (retraduit de l'anglais)

 

Cependant, le documentaire resta en salle à Paris pendant 87 semaines et fut largement représenté dans les festivals du film et dans les cinémas sérieux en Europe et aux Etats Unis pendant toute la décennie. Les entretiens approfondis et in situ et l'utilisation mesurée et souvent ironique de film d'archives influença toute une génération nouvelle de réalisateurs de films documentaires et de fiction. En 1981, plus de dix ans après sa création, le film d'Ophuls fut finalement diffusé à la télévision et attira une audience de 15 millions de téléspectateurs.

 

De graves omissions sur le rôle du stalinisme.

 

Il est nécessaire, cependant, d'émettre des avertissements sur le documentaire d'Ophuls. Deux questions essentielles ne sont pas examinées dans le film: Pourquoi n'y eut-il pas de résistance initiale de masse de la classe ouvrière contre l'occupation allemande ? Comment fut-il possible que Charles de Gaulle et son mouvement de la France Libre, qui avait peu de soutien populaire au début des années quarante, put prendre le pouvoir après l'effondrement de l'occupation allemande?

 

Il est impossible de répondre à ces questions sans examiner le rôle du Parti communiste français (PCF), ce que le documentaire d'Ophuls ne fait pas et ce qui laisse la porte ouverte à des conclusions pessimistes. Un critique a prétendu, par exemple, que le Chagrin et la Pitié prouve « la capacité tellement humaine d'abandonner tout sens moral quand les forces militaires et la propagande rendent cela plus commode ».

 

En fait, l'occupation allemande de la France et l'émergence du régime de Vichy ne furent pas la conséquence de « défaillances humaines » mais le résultat final de la politique contre-révolutionnaire de la bureaucratie stalinienne en Union Soviétique et suivie par ses organisations satellites en France et ailleurs, lesquelles étouffèrent l'action indépendante de la classe ouvrière contre le fascisme.

 

A la suite de la montée au pouvoir d'Hitler en Allemagne en 1933, rendue possible par la politique de Staline qui divisa et paralysa la classe ouvrière allemande, la bureaucratie soviétique s'allia ouvertement avec les rivaux impérialistes de l'Allemagne. Dans le but de donner des preuves de loyauté à leur nouveaux partenaires les staliniens supprimèrent les luttes révolutionnaires pays après pays.

 

Le socialisme fut retiré de l'ordre du jour avec la politique du Front populaire, adoptée en 1935 par l'Internationale Communiste, laquelle subordonnait la classe ouvrière à des alliances avec divers partis politiques bourgeois. C'est sous cette bannière que la révolution espagnole et la lutte contre les fascistes de Franco furent sabotées et trahies.

 

En France, le PCF encouragea les travailleurs à soutenir le gouvernement du Front populaire qui vint au pouvoir sous la direction du dirigeant du Parti socialiste, Léon Blum et qui comptait aussi le Parti Radical, bourgeois, sous la direction d'Edouard Daladier. Tout en prétendant que ce régime représentait un « moindre mal », la direction du PCF mina le mouvement de grèves et d'occupations de juin et juillet 1936 et la grève générale de novembre 1938. Dans cette situation révolutionnaire, les staliniens s'opposèrent à toute lutte de la classe ouvrière pour défendre ses propres intérêts, ce qui créa une vaste désorientation politique.

 

Les défaites de la classe ouvrière ne firent que renforcer la réaction. En France, Daladier, auparavant salué comme « progressiste » par les staliniens, accéda au poste de premier ministre en 1938 et se mit à faire marche arrière sur les conquêtes du mouvement de grève de 1936. Le gouvernement de Daladier attaqua les syndicats et s'adapta à ceux qui cherchaient un rapprochement avec les nazis.

 

Loin de renverser sa politique désastreuse, la bureaucratie soviétique chercha à se préserver en arrivant à un accord avec Hitler, une démarche qui paralysa toute lutte contre le fascisme et qui conduisit directement à la seconde guerre mondiale. Le 21 août 1939, la bureaucratie soviétique signa le pacte de défense mutuelle, l'infâme pacte germano-soviétique, en déclarant que l'Allemagne d'Hitler était amie de l'URSS. Les partis communistes partout dans le monde, y compris le PCF, approuvèrent cette politique et ordonnèrent à leurs adhérents de s'opposer à toute guerre menée contre l'Allemagne.

 

Ceci explique comment, lorsque les troupes d'Hitler saisirent la France en juin 1940 il n'y eut pas de résistance organisée de la part de la classe ouvrière. Le PCF, quoique menant une existence clandestine, ayant été proscrit en septembre 1939 par le gouvernement de Daladier, ne tenta nullement de s'opposer aux forces d'occupation ni au gouvernement de Vichy. En fait, le PCF, plus à droite que de Gaulle, accusa ce dernier de collaborer avec les anglais.

 

Le PCF ne commença à s'intéresser à la Résistance qu'un an plus tard en juin 1941, quand l'Allemagne envahit l'Union Soviétique. La bureaucratie stalinienne, ayant antérieurement décrit la Grande-Bretagne et les Etats-Unis comme des ennemis de l'URSS, subitement redéfinit ces puissances impérialistes comme alliées. Le PCF se mit à collaborer avec les forces de de Gaulle et ordonna à ses cadres de s'incorporer à la Résistance et prit le contrôle des organisations les plus importantes. Dans les mois précédant le jour J, le PCF dominait le Conseil National de la Résistance (CNR) composé de six hommes, le Comité Militaire d'Action (COMAC), et le comité de pilotage pour la Libération de Paris (CPL).

 

Bien que les travailleurs aux convictions socialistes voyaient en l'effondrement de l'occupation allemande l'opportunité d'en finir avec le capitalisme, le PCF avait d'autres projets. Conformément aux assurances données aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne par Staline à la conférence de Téhéran de 1943, laquelle organisa la configuration de l'Europe de l'après-guerre, les staliniens français aidèrent à imposer l'installation de de Gaulle au pouvoir, puis à contenir et disperser la Résistance. En échange, les staliniens français reçurent des postes ministériels importants dont le ministère de la production et du travail, de l'économie nationale et de la défense, dans le premier gouvernement d'après-guerre de de Gaulle.

 

Comme de Gaulle le reconnut plus tard dans ses mémoires, le dirigeant du PCF, Maurice Thorez « aida à en finir avec les derniers vestiges de la milice patriotique que certains cherchaient obstinément à maintenir dans une nouvelle clandestinité...[et] parmi les travailleurs il ne cessa de prôner le slogan: travailler au maximum et produire, à tout prix ». (retraduit de l'anglais).

 

Bien qu'il n'analyse pas ces questions essentielles et par conséquent ne fournisse pas une présentation complète de cette époque, le Chagrin et la Pitié fournit tout de même un compte-rendu précieux de la vie sous l'occupation allemande en France et un point de départ utile pour des réalisateurs de documentaires à l'avenir qui tenteraient d'analyser cette période cruciale. Il mérite, certes, un public plus large que celui qui assiste à des festivals du film.

20:22 | Lien permanent | Commentaires (0) |

29/11/2009

Permettez-moi messieurs de préférer le language des hommes...

 


Les poissons volants se reconnaîtrons facilement...

 

19:51 | Lien permanent | Commentaires (0) |

26/11/2009

Fallait pas...

http://fallaitpas.noblogs.org/

 

 

Villiers-le-Bel: Un hommage à Larami et Moushin deux ans après leur mort

VILLIERS-LE-BEL, 25 nov 2009 (dépêche AFP) - Environ deux cents personnes se sont rassemblées mercredi après-midi à Villiers-le-Bel (Val d’Oise) à la mémoire des deux adolescents tués le 25 novembre 2007 dans la collision de leur moto avec un véhicule de police, a constaté une journaliste de l’AFP.

Amis, voisins et membres de l’association "Respect, Vérité, Justice" se sont réunis, une rose rouge à la main, devant une stèle posée en souvenir de Moshin et Lakamy, rue Louise Michel, une petite rue au milieu des pavillons de banlieue où a eu lieu l’accident. "La blessure est profonde, elle sera toujours là", a déclaré à la foule Didier Vaillant, le maire socialiste de Villiers-le-Bel. "Il aurait mieux valu un procès", a-t-il dit. En octobre, la juge d’instruction chargée de l’affaire de la collision a rendu une ordonnance de non-lieu, mettant hors de cause les policiers. "Nous allons aller devant la cour d’appel de Versailles", a rappelé à la foule Me Jean-Pierre Mignard, avocat des familles des deux adolescents. "C’est une bataille générale pour notre pays, pour que la justice soit la même pour tous", a-t-il ajouté. L’avocat demande que "l’homicide involontaire soit reconnu avec ensuite un partage des responsabilités sur le plan civil". "Les policiers roulaient en phase d’accélération, sans gyrophare ni signal sonore", argumente-t-il. "Si on veut qu’il y ait une loi dans les cités, c’est la loi, toute la loi, rien que la loi", a déclaré Me Mignard à la presse. Les parents de Moshin, émus, ne se sont pas exprimés. Une minute de silence a été observée. Une cinquantaine de jeunes se sont ensuite rendu à la cour d’appel de Versailles pour déposer une gerbe de fleurs et plusieurs roses blanches, a constaté l’AFP. Plusieurs d’entre eux portaient des T-shirt noir avec l’inscription "Morts pour rien. Lakamy et Moushin. 25/11/2007". Une minute de silence a été observée devant l’entrée de la cour d’appel. "C’était important, le dossier est entre les mains de la cour d’appel. Notre message c’est : ’ne les enterrez pas deux fois’", a déclaré à la presse Saïd Oubiskarne, porte-parole de l’association "Respect,Vérité, Justice".

 

 

Lettre de Maka et Benjamin

Je suis Maka, j'ai 22 ans, je suis en détention préventive depuis le 23 février 2008. Je suis mis en examen pour « tentative d'homicide volontaire sur agents des forces de l'ordre » depuis le grand baroud policier qui avait suivi les émeutes de Villiers-le-Bel en novembre 2007. Des centaines de jeunes s'étaient affrontés à la police suite à la mort de deux adolescents, dans une collision avec un véhicule de police.
Je suis Benjamin, j'ai 31 ans, je suis sous contrôle judiciaire, mis en examen pour participation à « une association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » suite aux opérations de police menées sur tout le territoire, notamment à Tarnac, en réaction aux sabotages simultanés de l'alimentation électrique de plusieurs voies TGV en novembre 2008.

Un blanc. Un noir. Cité du Val d'Oise. Petit village de Corrèze. Parents immigrés africains de première génération. Classe moyenne de province. Diplôme universitaire. Déscolarisation précoce. Nos histoires se croisent au hasard d'une désertion des voies tracées pour nous dans le grand cirque de la reproduction sociale.
Désertion des « possibilités » d'un plan de carrière universitaire et professionnel tout tracé.
Désertion de la perspective de  rejoindre la France qui se lève vraiment tôt, celle qu'on croise à cinq heure dans le RER, celle qui nettoie la scène où la France qui compte se produira au grand jour.
Désertion en tout cas de cette France qui expulse, qui parque, qui discrimine, qui classe, ordonne, juge et enferme toujours selon la classe, la race, le « patrimoine ».
Nous nous sommes trouvés dans une petite cour de promenade humide et glauque de la prison de Fresnes de sinistre réputation. À l’ombre des barbelés, les pieds dans l'urine des rats.

Un an déjà s'est passé depuis notre rencontre et le système judiciaire n'a pas manqué de manifester sa véritable nature: un système qui fixe au jour le jour les critères de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas au bénéfice, le plus souvent, des classes dominantes de cette société.  Face à ce système, et pris dans le viseur d'un gouvernement qui ne cesse de mettre la vieille tradition réactionnaire française au goût du jour, nous endossons chacun la défroque d'une figure de l'Ennemi Intérieur nouvelle vague. On comprend bien l'acharnement que met ce gouvernement – appuyé en cela par la plupart des médias - à faire de nous, chacun à sa façon, les plus terribles portraits, « barbares», « inconscients », « ultra-violents », «anarcho-autonomes », « racailles » et toutes sortes d'autres outrances langagières. On sent aussi à quel point ce que l’on conjure à tant nous calomnier c'est la crainte que ces figures soient finalement plus désirables que les figures officielles de la réussite et de l'intégration. Et elles le sont sans aucun doute... le jeune diplômé qui crache dans la soupe de l'occident triomphant et ne compte pas en rester là; le jeune fils d'immigré qui refuse de rempiler dans les fonctions de larbin qu'on a toujours massivement réservées à ceux de sa couleur.
Notez que même aux rangs des Ennemis Intérieurs désignés, la couleur de peau et l'extraction font encore une terrible différence. La « société civile », les médias s'émeuvent beaucoup moins du sort de quelques jeunes « indigènes » aux prises avec une police galvanisée que lorsqu'il s'agit de rejetons de la classe moyenne blanche – socle politique de ce pays. Et les magistrats ont toujours la main plus lourde.

Nous nous sommes retrouvés là, l'un et l'autre, sur foi de réquisitoires aussi peu fondés l'un que l'autre, où le bon vieux « témoignage anonyme », pour ne pas dire « délation crapuleuse », dispense opportunément de la « charge de la preuve ».... Pris dans de véritables affaires d'Etat où les enjeux politiques dépassent largement le sort particulier de nos petites personnes, voire s'en balancent, au profit d'enjeux électoraux, de compétition des services de renseignement et de police, de politiques de communication policières et  ministérielles.
Nicolas Sarkozy avait dit, avant même son élection à la tête de l'Etat, toute sa crainte d'une « jonction » -jamais advenue- entre le mouvement des universités contre le CPE et les différentes vagues de révoltes de la jeunesse de banlieue, ce n'est pas le moindre des paradoxes que ce soit sa politique de répression elle-même qui nous fasse nous rencontrer. Il n'y a jamais eu meilleur catalyseur que l'épreuve d'une hostilité commune pour passer des frontières qui étaient parfois apparues infranchissables. La simple juxtaposition de nos deux histoires éclaire le présent d’une lumière plus crue. Nous pensons que notre rencontre n'est pas qu'une anecdote sympathique. Elle nous a paru à tous deux préfigurer ce qui se doit d'arriver, ce qui, comme peu d'autres choses, indique une sortie du marasme politique du présent.
Si nous prenons la parole aujourd'hui c'est qu'il est temps d'en finir avec l'habituel fatalisme qui entoure ceux qui sont pris dans les rouages de la Justice et qui n'ont d'autre horizon que le broyage pénitentiaire. Nous ne sommes pas des épouvantails, nous sommes doués de parole et de pensée et nous comptons bien en faire usage envers et contre tout étouffement.
Fin octobre a été prononcé un non-lieu pour les policiers qui étaient à bord du véhicule qui a provoqué la mort de Larami et Moushin. Il n'y aura pas de procès. Dans le même temps, on annonce le renvoi aux assises des quatre personnes soupçonnées, sans preuves, d'avoir participé aux tirs contre les forces de police pendant les émeutes. Tout semble annoncer un procès expiatoire. Il s'agira de faire un exemple pour toute la jeunesse révoltée de ce pays: « N'espérez même pas pouvoir vous défendre! Nous jouissons de l'impunité totale, vous risquez des peines énormes. Vous êtes pieds et poings liés » semblent hurler tous les pouvoirs réunis en une seule et même chorale infernale. Et nous n'avons pas fini de l'entendre: ce 27 octobre avait lieu à Clichy sous Bois une commémoration de la mort de Zyed et Bouna dans un transformateur électrique lors d'une course poursuite avec la police en 2005; ce même jour les policiers ont déposé une plainte contre Muhittin, seul survivant du trio d'adolescents, aujourd'hui majeur, pour « non assistance en personne en danger ».
Je suis Benjamin, je suis resté à peine trois semaines en détention. Comme mes co-mis en examen je suis depuis onze mois sous contrôle judiciaire strict avec l'interdiction de rentrer chez moi. Je cherche à faire que ce temps volé par l'appareil judiciaire n'ait pas été un temps mort.
Je suis Maka, comme mes co-mis en examen, je suis depuis vingt mois en détention « préventive », et placé à l’isolement. Je lis, j'écris, j'aiguise ma compréhension de ce monde et de la place qui nous y a été dévolue; je fais ma révolution dans 9 mètres carrés.
Nous ne sommes que deux exemples parmi tant d’autres que nous ne pouvons tous citer ici. L'année 2010 devrait voir de nouveaux rebondissements dans nos deux « affaires ». Elles sont toutes deux emblématiques de la guerre totale que mène ce gouvernement contre tout ce qui ne se soumet pas à son idéal glacé et policé. Nous pensons que ces victoires ne leur sont pas assurées. Nous savons que nous sommes toujours plus nombreux, de tous horizons, déterminés à ne pas les laisser marcher sur nos têtes. Il faut que ces « épisodes » judiciaires soient aussi pour chacun l'occasion d'une prise de parti dans l'époque. Rester silencieux en de telles circonstances revient à tenir le manche de la pelle qui s'évertue à vouloir nous enterrer vivants.

08:42 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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