Avertir le modérateur

20/05/2012

« TERRORISME », CURCUMA ET CRIME PAR LA PENSÉE

procès,fumigènes,paris,indymédia,curcumin,adn,clous tordus,

Le curcumin était tapi dans l'ombre...


Le procès de cinq militants et d’une militante qui se tient à Paris depuis le 14 mai revêt une double importance : c’est le premier procès « antiterroriste » intenté à des personnes qui ne sont pas soupçonnées de liens avec les groupes islamistes (si procès il y a, l’affaire dite de Tarnac sera le prétexte du deuxième) ; c’est aussi le premier procès qui prétend établir l’existence de la fantasmagorique « mouvance anarcho-autonome d’ultra-gauche » (ici dans sa version en quelque sorte régionale la « mouvance anarcho-autonome francilienne) dont j’ai dressé la généalogie dans La Terrorisation démocratique (auquel je renvoie pour le détail des textes « antiterroristes » qui seront évoqués ci-dessous).


Il est une dimension de cette affaire qu’il est délicat d’évoquer pour quelqu’un qui éprouve, comme c’est mon cas, de la sympathie pour les positions politiques revendiquées par les inculpé(e)s [1] : anticapitalisme, soutien aux sans-papiers en situation prétendue irrégulière, opposition au système carcéral. Le dossier comporte des milliers de pages pour se réduire finalement à un pétard mouillé (au sens propre), une brochure, et d’improbables « correspondances » de traces ADN, auxquels il convient d’ajouter (au sens propre) quelques épices... Il faut toute la sottise bureaucratique de la correspondante du Monde pour reproduire textuellement, et donner ainsi à prendre au sérieux, la version policière [2].

La malheureuse Élise Vincent recopie en tirant la langue : « des-pro-duits-chi-mi-ques-pou-vant-entrer-dans-la-com-po-si-tion-d’ex-plo-sifs ». Quand on sait que le sucre en poudre fait (réellement) partie des produits pouvant etc. on est tenté de rigoler. On rirait encore plus volontiers en découvrant dans les mixtures incriminées un intrus : le curcuma [3]. Bombes à clous supputent les cognes, fumigènes répondent les « curcumistes ». Pas de quoi rire pourtant quand on sait que ces jeunes gens sont inculpé(e)s d’association de malfaiteur en liaison avec une entreprise terroriste, et qu’ils ont déjà fait à eux tous un nombre respectable de mois de prison.

On peut comprendre que les supposés terroristes ne soient pas - dans l’esprit de policiers contraints par leur hiérarchie à « faire du chiffre » -, tenus à une « obligation de résultats ». Mais tout de même ! Un engin incendiaire (retrouvé paraît-il sous une dépanneuse de la police) qui n’a rien incendié, une brochure téléchargée sur Internet (on ne sait par qui), et (non Élise, je n’oublie pas) des « produits », dont le fameux curcuma...

J’espère que nos « curcumistes » ne m’en tiendront pas rigueur, mais il importe de rappeler qu’une demi-heure de n’importe quelle manifestation d’extrême-gauche des années 70 du vingtième siècle connut l’explosion (bien réelle) de dizaines d’engins incendiaires, des cocktails quoi (Élise dirait : « des bombes à main »).

Si l’on considère les faits qui leur sont imputés à crime, établis ou non, effectivement à eux attribuables ou non, force est de constater un niveau de violence réelle égal à zéro, un taux d’échec de 100 %, et de supposés plans tirés sur la comète (c’est une image, Élise). Concrètement et mathématiquement : trois fois rien.

À part au journal Le Monde, j’ai du mal à imaginer qu’une personne, disons douée d’une intelligence moyenne (navré, Élise !), puisse considérer qu’il y a là de quoi mettre en danger la société, l’État ou la sécurité publique autrement que de manière purement symbolique. Et c’est ici que nous rejoignons les nouvelles législations « antiterroristes » peaufinées après un 11 septembre de sinistre mémoire.

D’abord parce que la particularité de la législation « antiterroriste à la française », dont ses desservants ne sont pas peu fiers, son caractère « préventif », permet aux flics et aux magistrats « antiterroristes » de se féliciter paradoxalement d’un dossier vide, ce qui est une nouveauté appréciable. En effet, plus les charges sont minces, plus vide est le dossier, et plus grand est le danger imaginaire auquel nous sommes supposés avoir échappé grâce aux services « antiterroristes »...

On ne trouve rien, ou si peu, à reprocher aux « malfaiteurs » que voilà ? C’est bien la preuve que nous sommes intervenus à temps ! Vous dites que nous avons coffré des gamins plus proches des Pieds nickelés que de Ravachol ? Mais c’est la preuve suffisante de notre efficacité ! Comment ignorer, en effet, que petit Ribouldingue deviendra grand Ben Laden !

 

la suite chez m'sieu Guillon

20:18 | Lien permanent | Commentaires (0) |

19/05/2012

Procès de quatre amis de Zoé, morte dans une explosion à Chambéry

Alors que se déroule à Paris le premier procès antiterroriste pour 6 camarades, sur fond de fantasme de « la mouvance anarcho-autonome » et dans une disproportion délirante par rapport aux faits reprochés, à Chambéry 4 personnes passent en procès. Cette fois-ci, les faits ont été requalifiés, ce ne sera pas donc un procès anti-terroriste. L’affaire a coûté la vie à une copine et grièvement blessé son ami. Les flics, pour lesquelles la moindre amitié est suspecte, a harcelé pendant plusieurs années leurs potes. Ils passent maintenant en procès, soutenons-les !

Infokiosques.net a com­pilé l’ensem­ble des arti­cles parus à ce sujet et publié un court résumé des faits

à lire sur rebellyoninfo

cognin,chambéry,explosion,terrorite,procès,zoé,pilos,squat

 La Savoie, nid de subversion.

 

autre articles :

http://probe.20minutes-blogs.fr/archive/2011/05/20/affair...

http://www.letemps.ch/Facet/print/Uuid/f2a4bec2-4710-11de...

http://lesinculpes.over-blog.com/article-31974781.html

http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/Les-alternatifs-vis...

http://www.ledauphine.com/savoie/2011/04/29/le-30-avril-2...

http://nantes.indymedia.org/article/25672

10:05 | Lien permanent | Commentaires (0) |

15/05/2012

Six militants d’ultra-gauche jugés pour préparation d’ «actes de terrorisme»

 

Six militants d’ultra-gauche sont jugés depuis lundi au tribunal correctionnel de Paris, accusés d’avoir planifié des actions violentes qualifiées d’ «actes de terrorisme», au moment de la lutte anti-CPE (Contrat première embauche) en 2006 et de l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007.
Ces six jeunes (cinq hommes et une femme) âgés aujourd’hui de 29 à 31 ans, qui revendiquent leur engagement dans la lutte «anti-capitaliste» mais contestent les faits qui leur sont reprochés, encourent dix ans de prison.
Ils sont accusés d’avoir participé à «un groupement en vue de la préparation d’actes de terrorisme», d’avoir fabriqué ou détenu des produits incendiaires ou explosifs, et pour certains d’avoir refusé le prélèvement biologique destiné à identifier leur ADN, ainsi que la prise d’empreintes digitales et de photographies.
Ils doivent comparaître jusqu’au 22 mai devant la 10e chambre correctionnelle.
De nombreux membres de leur famille et proches avaient pris place dans la salle d’audience. Plusieurs dizaines restés à l’extérieur ont manifesté bruyamment leur soutien en début d’après-midi, sifflant, chantant et scandant des slogans tels que «liberté pour tous, avec ou sans papiers».
Selon l’accusation, les prévenus auraient notamment déposé un engin incendiaire sous un camion de police à Paris en mai 2007. Les empreintes génétiques de plusieurs d’entre eux avaient été retrouvées sur cet engin, qui n’avait pas fonctionné.
L’un d’eux est poursuivi pour avoir tenté de dégrader en avril 2006, au moment de la lutte contre le CPE, une armoire électrique de la SNCF située sur une voie ferrée à Paris.
L’accusation les présente comme appartenant à la «mouvance anarcho-autonome francilienne» et affirme que leurs tentatives de destruction s’inscrivaient dans une campagne menée par des groupuscules de l’ultra-gauche pour troubler l’élection présidentielle de 2007.

piqué au tas sur estrepublicain.fr - 14/05/2012

14:20 | Lien permanent | Commentaires (0) |

14/05/2012

Procès antiterroriste pour 6 camarades du 14 au 22 mai 2012 à Paris

Procès antiterroriste pour 6 camarades du 14 au 22 mai 2012 à Paris

RDV le 14 MAI à 13h30 pour la première audience - 10e chambre - TGI Paris
(Métro Cité)


Ivan, Bruno et Damien sont arrêtés en janvier 2008 alors qu’ils se rendent
à une manif devant le centre de rétention de Vincennes avec des fumigènes
artisanaux et des crève-pneus, qui deviennent pour la justice et les
médias une “bombe à clous”. Ivan et Bruno sont alors placés en détention
préventive et Damien sous contrôle judiciaire.

Quelques jours plus tard, Inès (*Isa) et Franck (*Farid) sont arrêtés lors
d’un contrôle des douanes à Vierzon en possession de manuels expliquant
des techniques de sabotage, du plan d’une prison pour mineurs et de
chlorate. L’antiterrorisme se saisit de l’affaire. Les flics prétendent
que l’ADN d’Isa correspondrait à une des 5 traces ADN présentes dans un
sac contenant des bouteilles d’essence, retrouvé sous une dépanneuse de
flics pendant l’entre-deux-tours des présidentielles de 2007.

Rapidement, ces deux enquêtes sont jointes en un seul dossier, instruit
par les mêmes juges antiterroristes. La police ratisse alors dans
l’entourage des personnes arrêtées et des personnes fichées
“anarcho-autonomes” pour tenter de trouver qui se cacherait derrière les
ADN manquants. Javier (*Juan), le frère d’Inès (*Isa), puis Damien (qui
avait été arrêté avec Ivan et Bruno) sont mis en prison pendant plusieurs
mois car leurs profils ADN correspondraient aussi aux traces retrouvées
sous la dépanneuse. Par ailleurs, en juin 2010, Javier (*Juan) a, en plus,
été mis en examen pour une série de sabotages par incendie sur des
armoires électriques de signalisation SNCF qui ont paralysé une partie du
trafic ferroviaire en 2006 pendant le mouvement "CPE". Son ADN aurait été
retrouvé sur le lieu d’une tentative de sabotage.

Inès (*Isa), Javier (*Juan), Damien, Ivan, Franck (*Farid) et Bruno ont
chacun fait entre 5 et 13 mois de détention préventive dans le cadre de
cette procédure. Et ils restent sous contrôle judiciaire jusqu’au procès
en correctionnelle.


soutien financier : billet ou chèque à l’ordre de "Les" à envoyer à Mauvaises Intentions, 21 ter rue Voltaire 75011 Paris A lire : Mauvaises intentions #3 - autour du procès antiterroriste de mai 2012 http://infokiosques.net/spip.php?article945

07:19 | Lien permanent | Commentaires (0) |

10/05/2012

Tarnac, dernière remise avant inventaire

LXXX et MXXX vont ils invoquer la "présomption de légitime défense" ?


La rocambolesque enquête sur la «cellule invisible» va s'achever. Non sans de nouvelles surprises, pour l'anti-terrorisme et pour les amis de Julien Coupat.

 

L’instruction judicaire de l’affaire Tarnac, qui est pratiquement bouclée, devrait aboutir à un des grands shows médiatico-judiciaires de la rentrée de septembre. 

 

En effet tous les ingrédients semblent être réunis pour  faire, à travers la mise en cause de Julien Coupat et de ses amis, le procès  des méthodes de la justice anti terroriste pendant le quinquennat  qui vient de s’écouler. 

 

Les deux policiers de la DCRI qui avaient rempli, un peu précipitamment, le PV sur les pérégrinations de Coupat de de son amie durant la fameuse nuit où le TGV avait été stoppé net, viennent d’être entendus par une juge de Nanterre qui instruit la plainte pour faux et usage de faux déposé par leurs avocats.

la suite sur mediapart

 

13:53 | Lien permanent | Commentaires (3) |

Non létale, mon œil !

Le 27 décembre 2007, quelques centaines d’étudiants manifestent contre la loi LRU dans les rues de Nantes. Arrivés devant le rectorat, après que certains d’entre eux ont réussi à écarter le grillage d’enceinte, ils pénètrent dans le parc qui entoure le bâtiment administratif. Le commissaire Monard [1], directeur départemental de la sécurité publique, envoie ses troupes composées de gendarmes mobiles, de flics cagoulés des Compagnies départementales d’intervention et de cow-boys de la Bac. Ils encerclent les manifestants et les repoussent à l’extérieur par un portail. Deux ou trois projectiles seraient alors partis depuis les rangs étudiants. Aussitôt, des policiers tirent des balles en caoutchouc à travers les grilles. Deux jeunes sont touchés en pleine tête. Un troisième perdra un œil [2].

la suite sur CQFD

07:16 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Georges Cipriani: une liberté très surveillée

Déterminé économiquement et politiquement par un passé vieux de plus de 25 ans, il est aujourd’hui nécessaire que le système politico-judiciaire cesse de s’acharner contre Georges Cipriani. Après 24 ans d’incarcération, l’ancien militant d’Action directe est aujourd’hui sous libération conditionnelle. Cependant, ses conditions d’existence ne se résument qu’à vendre sa force de travail pour survivre et continuer à indemniser les parties civiles.

Une libération conditionnelle n’est pas une libération, elle est un mode de vie où les conditions relatives à la libération ne permettent qu’une liberté en peau de chagrin. En effet, soumis aux décisions du juge anti-terroriste, sa liberté de mouvement n’est, par exemple, qu’une vaste mascarade. Enchainé aux murs de Strasbourg, Georges doit, pour sortir du département au-delà de deux semaines, « prévenir » le juge. Cependant, sa présence est indésirable dans bon nombre de départements, où il est interdit de séjour. En effet, il lui est interdit de se rendre aussi bien au sein des grosses agglomérations françaises (Marseille, Lyon, Bordeaux, Ile de France…) que dans l’intégralité des départements jouxtant les pays frontaliers et la méditerranée. Inutile de préciser également qu’il ne peut, sous aucun prétexte, quitter le territoire.

 

la suite sur CNT67

07:14 | Lien permanent | Commentaires (0) |

06/05/2012

AFFAIRE HICHEUR, UN SIMPLE DÉTAIL

Extrait :

Ne soyons pas dupes : rien n’est plus exploitable et malléable que le sentiment de peur et c’est en cela que la DCRI est une police éminemment politique. Le hic, bien évidemment, c’est que, du Petit Journal à C.N.N., de Casimir-Perier à Nicolas Sarkozy, toute la terreur associée à tel ou tel fait, qu’il ait eu lieu au café Terminus ou à Toulouse, c’est l’appareil gouvernemental qui la produit en exploitant le fait à dessein, et non son auteur. Claude Guéant n’aura pas ménagé ses efforts et Nicolas Sarkozy ses effets pour répandre, et ce jusque dans les écoles primaires, l’effroi lié aux assassinats de Toulouse. Les histoires de terroristes sont les contes cruels, pleins de barbus, de bombes et de sabres, dont on berce le sommeil agité des solitudes démocratiques. Tout souci de vraisemblance y est superflu. On peut rafler des musulmans pour le spectacle à la veille des élections présidentielles ; et le refaire une semaine plus tard, pour les libérer tous : le « fromage islamiste » est si « alléchant », comme l’écrit le juge Trévidic.

à lire sur soutien11novembre

16:49 | Lien permanent | Commentaires (0) |

04/05/2012

AFFAIRE HICHEUR, UN SIMPLE DÉTAIL

Paru le 30 avril 2012 dans Le Monde. (vu qu’ils ont changé le titre et effacé quelques phrases, voici la version originale non retouchée).

Si nul ne peut croire sérieusement que le 6 mai 2012 puisse altérer quoi que ce soit au cours de nos existences, il n’en va pas de même du 4 mai prochain, date du verdict dans le procès d’Adlène Hicheur. Ce jour-là, nous saurons enfin si le simple fait d’écrire sur des forums virtuels des propos peu amènes pour l’Occident constitue un acte de terrorisme passible de plusieurs années de prison. Ce jour-là, l’autorité judiciaire déterminera enfin si l’on a ou non le droit de considérer que le déploiement des armées occidentales en Irak et en Afghanistan est un acte de guerre, voire un acte d’invasion, et non une simple opération de police menée pour le bien de l’humanité dans une extension récente du territoire américain. Et si une telle opinion constitue en soi l’expression caractérisée de sympathies « pro-djihadistes ». Si la juge Rebeyrotte devait condamner Adlène (même à une peine qui se limite à couvrir les deux ans et demi de préventive qui viennent de lui briser le corps), il conviendra d’en tirer toutes les conséquences. On aura alors à coeur d’interdire tous les blogs anarchisants qui appellent à pendre les patrons, voire à bouffer les riches, tous les groupuscules marxistes qui défendaient la « résistance irakienne » contre l’ « agression impérialiste US », tous les pro-palestiniens qui soutiennent ceux qui luttent contre l’« occupant sioniste » ou dans autre registre tous les xénophobes qui appellent sans rire à égorger des arabes le jour de l’Aïd, comme tous les satanistes en herbe qui étalent une volonté farouche de brûler une à une les églises de notre pays. Avec un peu de persévérance, on se rendra bientôt compte que les forums virtuels les plus anodins sont remplis d’intentions criminelles impunies, auxquelles ne manquent guère qu’un peu de suite dans les idées pour en faire du pré-terrorisme avéré.

On nous dira que le cas d’Adlène est tout de même singulier, qu’on ne peut étendre qu’abusivement sa situation au reste de la population. Certes, Adlène est d’origine algérienne. Son père figurait déjà sur les fichiers antiterroristes français, apparemment pour avoir fait un pélerinage à la Mecque. Pour aggraver son cas, Adlène, comme tant d’autres de sa cité de Vienne, a préféré collectionner les diplômes plutôt que les peines de prison. Il est passé par Normale-Sup Lyon, était chercheur en physique fondamentale au CERN. Voilà qui est peu pardonnable, ainsi que les policiers de la sous-direction antiterroriste le lui ont fait remarquer : « On va te broyer ». Ainsi qu’ont pu le constater tous ceux qui ont assisté à son procès, c’est un esprit méthodique, qui sait choisir ses mots, développer une pensée sans se laisser dominer par tel ou tel chantage émotionnel. Or chacun sait que c’est à son intelligence glacée que l’on reconnaît la graine de terroriste au sang froid.

On peut épiloguer tant qu’on veut sur le caractère d’« exception » de la justice antiterroriste, sur le renversement des principes mêmes du droit qu’elle contient ; on n’a rien dit tant que l’on n’a pas élucidé la nature de sa cohérence, qui, tout en s’inscrivant dans le champ du droit, le déborde de toutes parts. Cette cohérence est celle de l’actuelle gestion socialisée des affects. Le terrorisme est le premier crime défini par la nature affective de ses conséquences, le premier crime affectif de l’histoire. C’est pourquoi on peine tant à le définir juridiquement. Le terroriste, l’acte terroriste, le groupe terroriste, se définissent par ceci qu’ils font peur, qu’ils répandent, dit-on, l’affect de terreur. Et la justice antiterroriste est féroce, comme l’est la police antiterroriste, parce que la peur rend féroce.

Ne soyons pas dupes : rien n’est plus exploitable et malléable que le sentiment de peur et c’est en cela que la DCRI est une police éminemment politique. Le hic, bien évidemment, c’est que, du Petit Journal à C.N.N., de Casimir-Perier à Nicolas Sarkozy, toute la terreur associée à tel ou tel fait, qu’il ait eu lieu au café Terminus ou à Toulouse, c’est l’appareil gouvernemental qui la produit en exploitant le fait à dessein, et non son auteur. Claude Guéant n’aura pas ménagé ses efforts et Nicolas Sarkozy ses effets pour répandre, et ce jusque dans les écoles primaires, l’effroi lié aux assassinats de Toulouse. Les histoires de terroristes sont les contes cruels, pleins de barbus, de bombes et de sabres, dont on berce le sommeil agité des solitudes démocratiques. Tout souci de vraisemblance y est superflu. On peut rafler des musulmans pour le spectacle à la veille des élections présidentielles ; et le refaire une semaine plus tard, pour les libérer tous : le « fromage islamiste » est si « alléchant », comme l’écrit le juge Trévidic.

Dans le cas d’Adlène, on se souviendra du directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, se vantant sur France Info d’avoir arrêté in extremis « un individu autoradicalisé qui s’apprêtait à déposer une bombe dans un régiment de chasseurs alpins ». Bizarrement, lors de son procès, les journalistes, les amis et les soutiens d’Adlène purent constater que comme par magie, cette « bombe-à-deux-doigts-d’exploser » avait disparu des débats. Comme il fallait bien parler de quelque chose, c’est-à-dire consacrer le flair et le sérieux sans pareil de la DCRI, on s’acharna à démontrer que le contenu de quelques mails d’Adlène était si terrifiant que cela méritait bien six années de prison. Quelle importance, l’image était déjà dans la boîte, c’est-à-dire dans les têtes : « un individu autoradicalisé qui s’apprêtait à déposer une bombe. » Cela fait partie de la fiction générale par laquelle on gouverne de nos jours Nous nous trouvons avec le procès d’Adlène à la croisée des chemins. Soit la justice valide la doctrine insensée du décèlement précoce, du « pré-terrorisme » et se lance dans la neutralisation préventive de tous les « individus autoradicalisés », par nature indétectables, qui courent les rues et les forums. Ce qui signifie : basculer dans la psychose sous l’impératif inatteignable de prévoir l’imprévisible, affranchir la surveillance policière de tout prétexte, de toute limite. Soit la justice antiterroriste acquitte Adlène, et renonce donc à confisquer une nouvelle fois ce qu’elle prétend protéger : la liberté. A vous de juger, il n’y va après tout, dans cette affaire, que de ce simple détail.

Jean-Pierre Lees, Physicien, directeur de recherche au CNRS Mathieu Burnel, mis en examen dans l’affaire de Tarnac Halim Hicheur, frère d’Adlène Hicheur Rabah Bouguerrouma, porte-parole du Collectif Viennois de Soutien à Adlène Hicheur www.adlenehicheur.fr

via soutien aux inculpés du 11 novembre

07:19 | Lien permanent | Commentaires (0) |

30/04/2012

[Brochure] Mauvaises intentions #3 autour du procès antiterroriste de mai 2012

via http://cestdejatoutdesuite

Il nous importe de partager des expériences et de construire un discours
collectif et une solidarité la plus large possible face à la répression.
Partager ses expériences, c’est aussi tenter de comprendre et d’expliquer
certaines limites de l’antirépression qui reste un moment auquel il est
difficile d’échapper.

Recueil de textes- avril 2012
contact : solidaritesinculpes [a] riseup.net
soutien financier : billet ou chèque à l’ordre de « Les » à envoyer à
Mauvaises Intentions, 21 ter rue Voltaire 75011 Paris

Infokiosques.net, pour sa part, propose le DOSSIER « Mauvaises Intentions«
, où se trouvent archivés – de la manière la plus exhaustive possible –
les textes, analyses, comptes-rendus d’actions glanés sur les sites
d’informations « alternatifs »…

SOMMAIRE

1/ Introduction

2/ Rappel des faits
- chronologie rapide
- révoltes du « CPE ». La solidarité continue ! +
- extraits de la procédure antiterroriste +

3/ Antirépression & luttes sociales
- un pavé dans les rouages +
- travail, prison, travail +
- solidarité ! +
- danse avec l’état +
- contribution aux discussions sur la répression antiterroriste +
- briser ses liens… +

4/ Temps judiciaire et techniques policières
- garde à vue : manuel de survie en garde à vue +
- taule : texte d’un prisonnier du mitard de Bois d’Arcy +
- taule : lettre de Frank depuis la prison de La Santé +
- contrôle judiciaire : la prison à la maison +
- contrôle judiciaire : depuis notre chez nous carcéral +
- expertise psy : lettre à un expert psychiatre +
- adn : sur l’ADN – du sang, de la chique et du mollard +
- enquête : analyse d’un dossier d’instruction antiterroriste +
- antiterrorisme : face à l’outil antiterroriste +

5/ Solidarité
- actions de solidarité
- caisses et collectifs de solidarité
- émissions de radio anticarcérales

INTRODUCTION :
Prélude en M.I. [1] bémol

Nous voilà repartis pour le même cirque électoral qu’il y a cinq ans ;
avec, en prime, du 14 au 22 mai 2012, le procès concernant 6 camarades
désignés comme appartenant à la « mouvance anarcho-autonome francilienne »
et interpellés en 2008. Les médias et le pouvoir avaient alors brandi
l’épouvantail anarcho-autonome, les accusant, entre autre, d’avoir pris
part à l’agitation qui avait eu lieu après l’élection de Sarkozy en 2007.
Hasard du calendrier, longueur de l’instruction, volonté politique ?
Toujours est-il qu’à cette occasion, il nous a semblé important de
réaliser un nouveau recueil de certains des textes qui nous ont
accompagnés dans nos réflexions ces dernières années. Depuis le début de
ces affaires, nous avons choisi d’en parler dans le cadre de leur contexte
politique et social (lutte dans les centres de rétention, élections
présidentielles, mouvement CPE), persuadés qu’elles révélaient une réalité
politique plus large. Il nous paraît nécessaire de diffuser le plus
possible ce que nous avons compris des techniques policières et
judiciaires car nous sommes convaincus que c’est en partageant des
informations, des expériences, que nous pouvons être plus forts dans ces
moments là, que ce n’est pas une affaire privée entre des individus et
l’État.
Cette période nous a fait réfléchir sur l’antirépression et nous avions
envie de partager quelques impressions et analyses afin d’élargir la
discussion sur ce sujet toujours sensible.

Après quatre ans d’instruction, trois ordonnances de renvoi et autant de «
réouvertures » du dossier, la procédure est enfin close. Chaque fois, on
s’est dit qu’on touchait à la fin, puis, chaque fois on était renvoyé à ce
temps qui s’étale, qui semble ne pas avoir de fin. Le temps de la justice
est un temps qu’on ne maîtrise pas. Il peut être court, comme lors des
mouvements sociaux ou révoltes où l’Etat veut faire des exemples en
réprimant fortement et rapidement avec les comparutions immédiates. Il
peut aussi s’éterniser, comme pour cette affaire, ce qui provoque une
grande distance temporelle entre les actes reprochés et leur contexte et
donc une difficulté à les inscrire dans un réel qui semble loin. C’est un
temps long qui concerne non seulement les mois de prison pour les
inculpés, mais aussi toutes les arrestations, les surveillances policières
liées à l’enquête, les contrôles judiciaires, les interrogatoires avec le
juge d’instruction, les demandes d’aménagement de contrôles… Il comprend
aussi l’antirépression, les heures passées avec les avocats, les parloirs,
la recherche de thune, la publicisation des nouvelles de l’affaire, les
actions de solidarité… Tout ce temps passé qui change entièrement le
quotidien des mis en examen et de leurs proches, est imposé par l’État. La
répression crée une forme d’immobilisation, d’attente qui se prolonge et
dont on ne connaît pas la fin. L’issue du procès pourrait amener à des
peines de prison supplémentaires, des « mises à l’épreuve » qui perdurent.
Et si on va au-delà, le temps judiciaire comprend même les fichages liés à
la peine, les marqueurs (ADN, casier, sursis…) qui te suivent et les «
récidives » qui s’ensuivent. En fait, la punition se mesure toujours en
temps : temps passé depuis le début de la procédure, auquel s’ajoutera le
nombre total de mois ou d’années au moment du verdict.
S’extraire du temps judiciaire ou dépasser le « calendrier » du pouvoir ne
dépend pas de notre volonté. Par exemple, quand tu es en cavale, tu fuis
l’arrestation mais restes soumis à son éventualité, qui régit en grande
partie ton quotidien. Et, même à un niveau collectif, il est difficile
d’échapper à ce calendrier, l’antirépression suit la répression.

On peut constater que les marges de manœuvre et le cadre de la légalité
vont en se restreignant dans les luttes (utilisation de l’outil
antiterroriste, réquisitions policières de travailleurs en grève,
multiplication des garde-à-vue…). Pour autant, il ne s’agit pas de
s’indigner de la « criminalisation des mouvements sociaux » mais de penser
cette répression dans un contexte plus large. En temps de crise, tous les
rapports sociaux se durcissent et la répression s’alourdit pour tous,
qu’elle frappe pour des actes de survie quotidienne, des actions
militantes… Elle est une réponse de l’État à toute attaque dirigée contre
lui ou ce qu’il protège, un moyen de maintenir l’ordre et de garantir la
pérennité du système. Si la répression est à considérer comme un mécanisme
général touchant une large partie de la société, elle n’en est pas moins
adaptée aux différents groupes et milieux sociaux qu’elle touche, aux
différents actes qu’elle cible. Elle n’est pas la même quand elle
s’attaque aux sans-papiers, aux dealers ou aux militants. Les séparations
qui existent dans la société sont reproduites et cristallisées dans la
répression par un traitement différent, un arsenal judiciaire et policier
particulier.
Le procès qui aura lieu en mai, est, comme d’autres affaires [2], le
résultat d’une de ces formes de répression particulière. Ces affaires sont
inscrites par l’État à l’actif de ce qu’il appelle la « mouvance
anarcho-autonome ». Même s’il s’agit effectivement d’attaquer des
mauvaises intentions [3], cette répression ne peut s’effectuer qu’autour
d’une compilation d’actes qui permet de punir certaines pratiques, de
ficher un grand nombre de personnes et surtout de donner un cadre, une
existence judiciaire et policière à la mouvance. L’acharnement de la
répression à définir la « mouvance anarcho-autonome » lui donne une
réalité publique et constituée dont il n’y a pas lieu de se revendiquer.
Malgré tout on ne peut pas nier la pré-existence d’une mouvance ou d’un
milieu se retrouvant autour d’idées révolutionnaires et de pratiques
autonomes vis-à-vis des organisations politiques institutionnelles.
Cette répression polarise l’attention sur l’identité des «
anarcho-autonomes ». Elle crée un double phénomène, poussant les individus
à questionner cette identité et trop souvent à s’y référer alors même que
cette identité les enferme dans les catégories du pouvoir. La complexité
de ce phénomène tient à ce que la répression plonge l’individu ou le
groupe dans un rapport binaire de bras de fer, et de face à face avec
l’État (parfois fantasmé comme un rapport de force), l’isole dans sa
situation, dans une confrontation qui ne peut pas avoir d’issue en
elle-même.
Pour s’organiser collectivement contre la répression, il est nécessaire de
s’armer de patience et d’outils de solidarité (caisse de soutien, aides
juridiques, partages des expériences). Mais l’antirépression, comme moment
de lutte à part, séparé, au-delà de l’auto-défense élémentaire, a lieu
dans un moment de faiblesse. Parvenir à dépasser ce moment, à le lier à
d’autres types de répression, ou à des luttes en cours est très compliqué.
Le rôle même de la répression étant de cibler et d’isoler, il est
difficile de construire une offensive ou un rapport de force à partir de
cette question. A travers une analyse de la société de classe, on peut
théoriquement faire le lien entre toutes les répressions mais il ne suffit
pas de nier les séparations ou de mettre en avant leur absurdité pour les
déconstruire. Il ne s’agit pas de créer une échelle de légitimité ou de
pertinence des différentes réactions à la répression mais plutôt de
réussir à appréhender une forme de reproduction des séparations ou
d’enfermement que peut produire l’antirépression. Il ne s’agit pas non
plus d’envisager un mutisme passif qui pourrait s’apparenter à
l’intégration complète de l’isolement et de la peur produits par la
répression.
La répression enferme souvent les gens « figés » par l’Etat dans une
identité (comme celle de « la mouvance anarcho-autonome »), enferme
souvent dans une alternative entre la volonté de défendre des pratiques,
en elles-mêmes et coûte que coûte, et celle de s’en démarquer à tout prix.
Le jeu de la répression pousse les individus à se positionner en termes
d’association ou de dissociation, on ne s’autorise plus à remettre en
cause, à questionner la pertinence des actes dont les personnes sont
accusées. De la même manière, la discussion sur les pratiques et les
actions mises en place dans l’antirépression est souvent évacuée.

Nous l’avons dit, il nous importe de partager des expériences et de
construire un discours collectif et une solidarité la plus large possible
face à la répression. Partager ses expériences, c’est aussi tenter de
comprendre et d’expliquer certaines limites de l’antirépression qui reste
un moment auquel il est difficile d’échapper.

[1] Mauvaises Intentions

[2] Affaires de Tarnac, Labège, Chambéry, etc.

[3] « La haine de l’état bourgeois et de ses appareils »


http://cestdejatoutdesuite.noblogs.org/2012/04/27/brochur...


05:52 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu