Avertir le modérateur

25/04/2012

Rocker Horror Picture Show III


L’Institut für Syndikalismusforschung (Institut de recherche sur le syndicalisme révolutionnaire) fait appel à la solidarité pour réunir les 2247,03 euros qu’il doit verser, à titre de frais de procédure, à Heiner Becker. On sait que ledit Institut – nom légèrement pompeux d’un petit groupe d’historiens non académiques allemands, de tendance anarcho-syndicaliste – avait été traîné en justice pour avoir mis en ligne/publié des textes de Rudolf Rocker (et de Milly Witkop-Rocker), sans l’autorisation de celui qui se dit investi de tous les droits sur l’œuvre des Rocker… jusqu’en 2029.

Folkert Mohrhof
Kontonummer: 2002314600
BLZ: 43060967
GLS Bank Bochum
IBAN: DE64430609672002314600
BIC: GENODEM1GLS

Kennwort: Soli Syfo

Ça ne nous fait plus rire.

(Milly et Rudolf, dans un parc de Berlin, vers la fin des années 20)

 

via RGZ

http://raumgegenzement.blogsport.de/2012/04/22/rocker-horror-picture-show-iii/

19:54 | Lien permanent | Commentaires (1) |

20/04/2012

Frankreich: Geheimes Dokument zur radikalen und anarchistischen Linken geleakt

Die französische Plattform Mediapart hat auszugsweise eingeheimes Dokument (pdf, 17 MB) online gestellt, das in einer Art “Risikoanalyse” die Aktivitäten der radikalen Linken und AnarchistInnen in Frankreich beschreibt. Das Papier dient als Grundlage im sogenannten “Tarnac-Verfahren” und geht auch auf internationale Verbindungen ein: Darunter Proteste bei Gipfeltreffen, “Black Block”-Strategie, “Clowns-Army” etc. Länderschwerpunkte sind z.B. Griechenland, Italien, Deutschland und die Schweiz.

Das Datum des Reports ist unklar, es dürfte sich um 2008 handeln. Verfasserin ist die “Direction centrale des Renseignements” (auch Renseignements généraux, RG genannt), ein Nachrichtendienst der Polizei. Die RG wurde 2008 im Zuge eines größeren Umbaus der Repressionsstrukturen mit der “Direction de la surveillance du territoire” (DST) zur neuen “Direction centrale du renseignement intérieur” zusammengelegt.

Das Dokument kann gewissermassen als Grundlage der französischen Delegation für das Treffen zu “Anarchismus” gesehen werden, das in einer Woche bei Europol stattfindet.

10:50 | Lien permanent | Commentaires (0) |

12/04/2012

Retour...

Bonjour, Après de longs mois de veille, ce site va reprendre une activité régulière. Il y a eu, ces dernières semaines, de nombreux évènements qui auraient nécessité de notre part commentaires ou éclaircissements, du livre de David Dufresnes au procès d’Adlène Hicheur, des dernières rafles anti-terroristes aux mails de mr Fragnoli à la presse...

En hommage au départ précipité de ce dernier, nous reviendrons dans les jours qui viennent sur chacun de ces sujets.

Aussi, vous pouvez désormais suivre l’actualité de ce site et plus généralement ce qui tourne autour de l’affaire de Tarnac, sur le compte twitter : https://twitter.com/# !/soutientarnac

A tout de suite.

20:45 | Lien permanent | Commentaires (0) |

09/04/2012

Pour ouvrir la voie à l’anti-« terrorisme », rien de tel qu’une dépanneuse… de police

En France comme ailleurs, la répression n’est jamais une situation exceptionnelle : elle existe toujours, mais à des degrés divers révélateurs des luttes sociales en cours. D’où l’intérêt de comprendre pourquoi et comment à certains moments l’Etat l’accentue, et cible des catégories sociales ou des milieux militants plutôt que d’autres. Le procès qui va se tenir, à Paris, pour la première fois dans le cadre d’une juridiction antiterroriste concernant des personnes étiquetées « anarcho-autonomes » par des ministres, à grand renfort de médias, éclaire à cet égard fort bien la préoccupation du pouvoir sarkozien au cours de ces dernières années.

En décembre 2011, après trois ans d’instruction, le juge antiterroriste Brunaud a décidé de traiter ensemble quatre dossiers portant sur des faits pourtant distincts dans le lieu et le temps : il convoque à la mi-mai au tribunal correctionnel antiterroriste six personnes qui ont été arrêtées en Ile-de-France en 2008. Ces personnes ont effectué entre quatre et treize mois de détention provisoire, et sont restées ensuite sous contrôle judiciaire (1). Elles sont toutes accusées de « participation à un groupement formé en vue de la préparation d’actes de terrorisme » ; quatre d’entre elles, de « détention et transport de produits incendiaires ou explosifs » ; et trois, de « fabrication d’engins explosif ou incendiaire », « tentative (ou complicité de tentative) de dégradation ou de destruction d’un bien appartenant à autrui », « refus de se soumettre au prélèvement d’ADN et aux prises d’empreintes digitales ».

Quels actes peuvent bien motiver pareils chefs d’inculpation ? se demande-t-on devant un tel énoncé. Réponse : Aucun. C’est l’engagement militant des inculpé-e-s qui a déterminé la répression à leur encontre ; les accusations étant basées sur les intentions qu’on leur prête, on est là avant tout dans le domaine de présupposés alimentés par un fichage politique. En 2010, la loi Estrosi a en effet créé le délit de « participation à une bande ayant l’intention de commettre des violences ou des atteintes aux biens concertées » – notamment « de participer, en connaissance de cause, à un groupement, même formé de façon temporaire, qui poursuit le but, caractérisé par un ou plusieurs faits matériels, de commettre des violences volontaires contre les personnes ou la destruction ou dégradation de biens (2) ». L’« association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste  » érige en principe la culpabilité par association : fréquenter les mêmes lieux, lire les mêmes écrits, héberger ou même juste connaître une personne soupçonnée de terrorisme peut donner lieu à des poursuites pour « soutien, apologie et financement en lien avec une entreprise terroriste ».

Un collectif a réalisé plusieurs brochures baptisées Mauvaises intentions (3) pour analyser le dossier d’instruction des six inculpé-e-s et rendre publiques leurs lettres, à côté d’articles parus dans la presse et de réactions suscitées dans certains milieux militants par la répression. Le texte que voici s’appuie très largement sur ses publications.

piqué au tas sur OCL - lundi 9 avril 2012  Courant Alternatif

Lire la suite

12:34 | Lien permanent | Commentaires (0) |

05/04/2012

Affaire de Tarnac : les étranges écoutes posées par France Télécom

Un spécialiste des écoutes chez France Télécom s'étonne toutefois de l'aspect rudimentaire du dispositif


Il a soufflé comme un vent de panique, le 4 avril 2008, chez France Télécom. En cause, les "bretelles" d'écoutes posées le 25 mars sur la ligne de l'épicerie de Tarnac (Corrèze) et découvertes par un technicien dans le central téléphonique du village. Selon les informations du Monde, l'enquête menée par la police judiciaire de Limoges a permis d'établir que l'ordre de placer l'épicerie sur écoutes est venu directement d'un service de la direction générale du groupe France Télécom.

Il s'agit d'un des services chargés de gérer les demandes d'interceptions administratives des services de renseignement. Et c'est un technicien de l'opérateur qui avait posé le dispositif, très artisanal : l'équivalent de pinces crocodile, et deux fils qui dérivent de la ligne. Les policiers ont fait ces découvertes dans le cadre de l'information judiciaire ouverte par la juge d'instruction de Brive-la-Gaillarde, Cécile Lasfargues, le 3 janvier 2012, pour "atteinte au secret des correspondances" et "atteinte à l'intimité de la vie privée" à la suite d'une plainte des gérants du magasin.

Le donneur d'ordre ? Les services de renseignement qui suivaient alors avec attention ces jeunes gens qu'ils rangeaient dans la mouvance "anarcho-autonome", huit mois avant leur interpellation. Un spécialiste des écoutes chez France Télécom s'étonne toutefois de l'aspect rudimentaire du dispositif, posé, de surcroît, de travers : il a été découvert à la suite d'interférences sur la ligne.

La juge va maintenant devoir remonter le fil qui va de l'avis de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS), à la signature, obligatoire, du cabinet du premier ministre, François Fillon, puis au groupement interministériel de contrôle (GIC) qui a le monopole du contrôle des interceptions administratives. "La CNCIS a une interprétation restrictive de la notion de terrorisme, assure Me William Bourdon, avocat des gérants du magasin. On a du mal à se convaincre qu'elle ait autorisé sur ce motif." A l'époque, Julien Coupat, considéré par les policiers comme le leader du groupe, et sa compagne, Yildune Lévy, ont bien été signalés par le FBI américain aux services français, après un passage de frontière illégal et une participation à une réunion anarchiste à New York, en janvier 2008, mais ils n'ont, juridiquement, aucun rôle dans l'épicerie.

PARANOÏA

Lorsque ces écoutes sont posées, on est assez loin du déferlement médiatique de l'"affaire de Tarnac" : neuf personnes interpellées devant les caméras, le 11 novembre 2008, puis mises en examen pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte terroriste". Elles sont notamment soupçonnées d'avoirposé, en octobre et novembre 2008, des crochets métalliques sur des caténaires pour désorganiser les lignes de la SNCF.

En mars 2008, les jeunes gens, installés à Tarnac depuis le début des années 2000, s'occupent d'une épicerie-bar-restaurant et d'une ferme. Et la fiche de mission de Gilles C., technicien de France Télécom à Ussel, indique un simple dérangement, le 4 avril : depuis le 25 mars, le terminal de carte bancaire de l'épicerie de Tarnac, qui passe par la ligne téléphonique, ne parvient plus àtransmettre. D'ailleurs, Gilles C. n'hésite pas à demander à l'un des gérants de l'accompagner dans le central téléphonique avec la machine à carte bancaire pourfaire des essais. C'est interdit par le règlement, mais, après tout, si cela permet d'aller plus vite, quel est le mal ?

Pas de chance, le technicien découvre les deux fils qui dérivent de la ligne. "J'ai tout de suite compris qu'il ne s'agissait pas d'un simple piratage privé de téléphone mais de quelque chose de louche", a-t-il précisé aux enquêteurs. C'est toute sa mission qui déraille alors. Son chef lui demande d'enlever le dispositif et il quitte précipitamment Tarnac pour Ussel. Il laisse derrière lui d'autres branchements suspects.

Mais il n'a "pas fait dix kilomètres" que son responsable le rappelle : Paris est alerté et va l'appeler. Quelques minutes plus tard, un responsable des écoutes lui demande de raconter son histoire. Le lendemain, il est convoqué à la direction régionale, à Bordeaux. Interrogé, il fait un rapport. Jusqu'ici, tout va bien. Mais ça ne dure pas : la journée se termine par une mise à pied, à peine vingt-quatre heures après l'incident. Voilà pour le technicien Gilles C., qui finira par hériter d'un blâme et refuse depuis de parler de l'affaire.

Son responsable, Pascal C., a également eu les oreilles qui chauffent. Dès le premier coup de fil, il a "immédiatement pensé" à une interception téléphonique, a-t-il confié aux policiers lors de son audition, à l'automne 2011. Il appelle l'un des techniciens habilité à en poser. Celui-ci lui confie qu'"il en avait bien réalisé trois". Il retrouve d'ailleurs la trace de l'intervention dans l'application informatique, à la date du 25 mars. Il remonte la piste jusqu'à la direction générale, à Paris. Son interlocuteur parisien n'apprécie pas. Il parle "affaire sensible", "sécurité nationale". Les techniciens limousins ont mis les pieds dans le plat.

Quelques mois plus tard, l'"affaire" de Tarnac a éclaté. Nous sommes en 2009. Tous les mis en examen sont libres, à l'exception de Julien Coupat. Deux des jeunes filles, de retour de trois semaines de détention provisoire, décident de sepencher sur l'incident, qui prend maintenant une autre couleur. Leur but : récupérer le bordereau d'intervention du 4 avril 2008.

Mais il règne dans l'équipe de techniciens de France Télécom une certaine paranoïa. Ils ont peur, craignent d'être suivis. Il y a Benoît D., qui accepte de parler, mais loin de ses bureaux. A la jeune femme, il assure que tout a été effacé des bases de données... jusqu'à la date du 9 août 2008, ouverture officielle d'une écoute dans le cadre de la procédure judiciaire. Puis, il se ferme. Un dernier technicien lâche le morceau : leur direction, à Limoges, leur a interdit de parler. La petite enquête tourne court. Il faudra attendre deux ans pour que les policiers prennent le relais.

Laurent Borredon

via UHD - 05/04/2012

11:37 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Affaire Tarnac : "Quelqu'un sera obligé de ramasser le foutu bâton"

David Dufresne, l'auteur de "Tarnac, magasin général" réagit à l'auto-dessaisissement du juge Fragnoli.

L'affaire de Tarnac, instruite depuis plus de trois ans par Thierry Fragnoli, vient de connaître un énième rebondissement : le juge jette l'éponge. Accusé par les avocats des mis en examen d'être partial, il se retire de lui-même, laissant à sa collègue Jeanne Duyé le soin de reprendre les 33 tomes de son instruction sur les détériorations de caténaires qui valent à Julien Coupat et neuf de ses proches d'être mis en examen pour "association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste". Les avocats de la défense reprochent notamment au juge un mail envoyé à des journalistes et rendu public par "le Canard enchaîné" et le chapitre que lui consacre David Dufresne dans son livre "Tarnac, magasin général", paru aux éditions Calmann-Levy le mois dernier. Interview de ce dernier.

 

Comment analysez-vous cet auto-dessaisissement du juge Fragnoli si près de la fin de son instruction ?

- Pour tout dire, ce dessaisissement est... insaisissable, à première vue. On dirait que Thierry Fragnoli qui me citait le film "Kill Bill" pour comprendre sa démarche, a suivi le scénario jusqu'au bout, quand l'actrice principale, Uma Thurman, renonce à croiser le fer une dernière fois... Il me fait penser à un coureur de quatre fois cent mètres, essoufflé, à bout de sa résistance, à l'approche de la ligne finale, qui se retourne et cherche un partenaire à qui refiler le relais. Sauf que les deux autres juges avec qui Thierry Fragnoli étaient saisis l'ont laissé à son sort depuis un certain temps. Ils ont été ou vont être nommés ailleurs. Et voilà le magistrat principal qui se retrouve plus solitaire que jamais: qui reprendra le flambeau ? Qui terminera les quelques mètres, et ultimes vérifications, qui séparent l'affaire de sa ligne d'arrivée et de la clôture du dossier ? De ce que je sais, Thierry Fragnoli avait commencé à rédiger son ordonnance de renvoi. On ne saura donc pas s'il croyait encore à la qualification de terrorisme dans cette affaire ou non. C'était notre désaccord profond, et, à mes yeux, la seule question qui vaille. Et, à dire vrai, je crois l’individu Fragnoli moins binaire que le juge Fragnoli. L’homme mérite mieux que sa soudaine réputation.

 

Le chapitre que vous consacrez au juge Fragnoli dans votre livre a été lu par les avocats des mis en examen de Tarnac comme la preuve d"une animosité personnelle de M. Fragnoli" et "d'un parti pris en faveur de la culpabilité" de leurs clients. Aviez-vous ressenti cette animosité personnelle ?

- Je ne parlerai pas d'animosité personnelle, mais d'affaire personnelle. Thierry Fragnoli le reconnait dans mon livre, il avait fait du dossier Tarnac une affaire personnelle avec lui-même; c'est le cas de bien des protagonistes et c'est ce qui la rend si singulière. Fragnoli est un homme qui croit en la raison d’État et en l'intérêt supérieur de la nation. En ce sens, il est formaté "anti-terroriste". On le voit bien dans les affaires récentes, comme dans celle-ci : cette vision est le signe de leur extraordinaire politisation. Mais je crois que Thierry Fragnoli sait mieux que personne que la vengeance est le contraire même de la justice. Sur la question de savoir s'il avait un "parti pris en faveur de la culpabilité", il s'en défend, bien entendu. Les mauvaises langues rapportaient que la liaison permanente que le juge entretenait avec la police anti-terroriste était la cause de son entêtement, qu’il n’avait pas su faire face à la pression, à la poussée des premières heures, comme on me les avait qualifiées, quand le dossier lui était arrivé sur son bureau, avec des rapports de synthèse de police et des PV de surveillance, tous orientés dans le même sens.

 

Aviez-vous anticipé que votre livre pourrait devenir un enjeu du bras de fer que se livrent les avocats et le juge depuis près de quatre ans ?

- Ce fut une discussion constante avec mon éditrice. Et comme je l'avais dit à Thierry Fragnoli lui-même, dès sa publication, un ouvrage n’appartient plus à son auteur. Il en savait quelque chose, lui qui a fait de "L’Insurrection qui vient", attribué à Julien Coupat et ses amis, l’alpha et l’omega de son instruction. Du reste, on ne peut écrire un livre en s’interrogeant durablement sur ce que les uns et les autres pourraient en tirer. Sinon, on n’écrit rien. Cette histoire, elle n’appartenait pas plus à lui qu’à un autre, qu'à moi, aux avocats aux inculpés. Fragnoli m'avait un jour écrit: "Ce que je vous reproche, David, c’est d’avoir un parti pris. Dans cette affaire, il y a eu des journalistes militants que la vérité des faits intéressait peu et qui, sous couvert de journalisme d’investigation, ont réglé des comptes politiques avec la droite, les flics, les juges – tout ce qu’ils ont toujours détesté." Comment ne pas mettre cette vision en relation avec le fiasco total de ce dossier ? C'est l'une des leçons de Tarnac: née par et dans la médiatisation, avec une police aux ordres d'intérêts politiques plus ou moins flous, l'affaire finit torpillée par et dans les médias...

 

Comment le dossier peut-il évoluer désormais d'après vous ?

- La course n'est pas finie. Quelqu'un sera obligé de ramasser le foutu bâton. Et d'en faire ce qu'il pourra. De ce que je sais, on ne se bat pas galerie Saint Eloi... Mais il serait cruel, et insuffisant, que seul Thierry Fragnoli soit désigné à la vindicte. D'autres doivent rendre des comptes : la direction centrale du renseignement intérieur, la sous-direction anti-terroriste, les ministres de l'Intérieur et de la Justice successifs, et même l'Elysée qui a joué un rôle certain dans cette affaire. Et puisqu'on y est : on aimerait que la gauche prenne position et ouvre un débat de fond sur la question des us et coutumes de la police anti-terroriste.

 

Interview de David Dufresne, auteur du livre "Tarnac, magasin général" par Isabelle Monnin

 

piqué au tas sur http://tempsreel.nouvelobs.com - 04/05/12

07:13 | Lien permanent | Commentaires (2) |

squat 69 : "Un compromis avec la Ville vient d’être trouvé"...

Ce que Strasbourg fait de son patrimoine immobilier vacant

 

Le n° 69 de la Carpe-Haute était inhabité depuis un an et demi avant l'arrivée des six occupants. (photo L.D)

Depuis l’automne 2011, six jeunes âgés de 20 à 23 ans occupent illégalement le numéro 69 de la rue de la Carpe-Haute à la Robertsau. Ce logement appartient à la Ville, géré par le bailleur social Habitation Moderne. Le « squat du 69 » est sous le couperet d’un mandat d’expulsion depuis le 26 mars. Retour sur cette affaire, qui interroge sur ce que fait la commune de son patrimoine immobilier vacant.

 

Ils l’ont cherché leur squat et ils l’ont déniché au bout d’une longue rue calme de la Robertsau, à proximité d’un terrain de sport et de petits jardinets. Les six occupants, dont trois étudiants, se renseignent alors auprès du cadastre, car ils souhaitent intégrer un lieu qui appartient à la collectivité. C’est le cas pour cette maison qu’ils occupent donc depuis octobre. Aux dires des habitants, leur projet pour ce squat se fonderait sur « l’envie de remplir un lieu vide et partager une expérience collective ».

La visée sociale ou culturelle, portée dans certains projets d’ouverture de squats, n’est pas clairement établie pour celui du 69 (à la différence, par exemple, de la Maison Mimir et la conclusion d’un bail emphytéotique de 20 ans, acté lors du conseil municipal de février dernier). Changement des barillets, ouverture du compteur électrique, inscription des noms au gros feutre noir sur la boîte aux lettres,  la bande trouve son rythme de vie, jusqu’à ce qu’une société d’élagage repère sa présence en janvier. Les jeunes ne veulent pas quitter les lieux : le bailleur social Habitation Moderne dépose une plainte.

Les habitants ont décoré les murs de leur squat avec les citations évoquées lors de leur jugement. (photo L.D)

Le 17 février, le tribunal ordonne une expulsion après le 26 mars, le paiement d’une astreinte provisoire de 1000€ par jour de retard et une amende de 100€ par habitant.

Les occupants expriment alors leur souhait de dialoguer avec Philippe Bies, adjoint au maire en charge du logement et vice-président de la CUS, et se rapprochent de Paul Meyer, conseiller municipal, délégué à la vie étudiante. Dans une lettre adressée au Préfet de région, Pierre-Etienne Bisch, les habitants invoquent l’argument de la poursuite de leur année universitaire pour demander un délai d’occupation des lieux. Un compromis avec la Ville vient d’être trouvé. Les squatteurs s’engagent à quitter les lieux d’ici le 15 juin. D’ici là, il ne sera pas fait usage de la force publique.

 

piqué au tas sur rue 89

05:27 | Lien permanent | Commentaires (1) |

04/04/2012

Perdre l'usage d'un oeil à la suite d'un tir de flashball

Ce qui nous relie, par Pierre, Joan et Joachim

Les 6 et 7 mars 2012, le policier qui a tiré au flashball sur Pierre, le
privant de l’usage d’un œil, passe en procès au TGI de Nantes. Joachim
comparaîtra comme témoin à la demande de Pierre. Joan sera également
présent.

Ce qui nous relie, c’est d’avoir perdu l’usage d’un œil suite à un tir de
flashball. Pierre lors de l’occupation du rectorat de Nantes pendant le
mouvement contre la loi LRU qui met en place la destruction de
l'enseignement public. Joan, l’année suivante à Toulouse, au cours du même
mouvement, lors d’une autoréduction pour dénoncer la précarité étudiante.
Joachim lors d’une manifestation contre l’expulsion d’un squat à
Montreuil.

Ce qui nous relie, c’est notre volonté d’être solidaires face à la
violence de la police.

Ce qui nous relie, c’est d’affirmer qu’il ne s’agissait pas de bavures. La
police nous a ostensiblement visés à la tête.

En ce qui concerne Pierre, le policier se situait à une dizaine de mètres.
Il était armé d’un flashball LBD 40, d’une grande précision. Pierre était
statique. Le policier ne pouvait manquer sa cible. En ce qui concerne
Joan, le policier a tiré sur lui alors que l'action était terminée et que
les étudiants-grévistes s'éloignaient pour rejoindre la manifestation
interprofessionnelle. En ce qui concerne Joachim, les policiers ont tiré
une dizaine de fois. Quatre manifestants ont été touchés au-dessus de
l’épaule, à la nuque, au front, à la clavicule et à l’œil. Chaque tir
aurait pu mutiler. Dans les trois cas, il y avait une volonté très claire,
au plus haut niveau, de faire mal, d’en mutiler un pour terroriser tous
les autres.

Ce qui nous relie, c’est de vouloir dire qu’il ne s’agit pas de cas
isolés. Cela est arrivé à beaucoup d’autres. On ne compte plus les
personnes mutilées ou tuées par la police.

Ce qui nous relie, c’est l’arme avec laquelle nous avons été frappés : un
flashball. Comment qualifier cette arme, maintenant très répandue dans la
police, qu’elle use comme on use d’une matraque ? Une arme qui terrorise.
Une arme avec laquelle la police a de nouveau le droit de tirer sur la
population. Une arme avec laquelle elle tire à toute occasion : 2787 tirs
de flashball pour l’année 2011. Un arme qui dit : « Rentrez chez vous et
n’en sortez plus ».

Ce qui nous relie, c’est de vouloir rattacher la violence dont nous avons
été la cible, à la violence quotidienne de la police : le harcèlement de
certains quartiers, la traque des sans-papiers, les expulsions des gens de
leurs logements, les délires anti-terroristes à l’encontre de nos amis, la
criminalisation de tous ceux qui sortent du rang.

Ce qui nous relie, c’est d’avoir voulu, coûte que coûte, ne pas céder à la
peur, retourner dans la rue, lutter.

Nous serons ensemble le 6 et 7 mars 2012 au TGI de Nantes.



Communiqué de Pierre et de ses proches - Perdre l’usage d’un œil suite à
un tir de flashball

Il y a quatre ans, Pierre a perdu l’usage d’un œil suite à un tir de
flashball lors de l’occupation du rectorat de Nantes au cours du mouvement
contre la loi LRU. Le policier qui lui a tiré dessus passe en procès le
mardi 6 et mercredi 7 mars. C’est le premier procès mettant en cause un
policier ayant mutilé une personne au flashball lors d’un mouvement
social. Depuis, nombreuses sont les personnes qui ont été blessées par
cette nouvelle arme introduit par Claude Guéant en 2005. Parmi eux, on
compte beaucoup de jeunes des quartiers populaires, des enfants et des
manifestants.

Quatre parmi eux seront au procès pour témoigner leur solidarité à Pierre
et dire leur refus des violences de la police et de l’impunité dont elle
bénéficie.

Seront présents au procès le 6 et 7 mars au TGI de Nantes :
- Pierre, lycéen mutilé à l'œil lors de l’occupation du rectorat de Nantes
dans le cadre du mouvement contre la loi LRU (comme plaignant),
- Joachim, mutilé à l'œil alors qu’il manifestait contre l’expulsion d’un
squat à Montreuil, (comme témoin de la défense),
- Joan, étudiant mutilé à l'œil, lors d’une autoréduction à Toulouse dans
le cadre du mouvement contre la loi LRU 2,
- Geoffrey, lycéen mutilé à l'œil, encore à Montreuil, alors qu’il
occupait son lycée dans le cadre du mouvement contre la réforme des
retraites.

Par leur présence commune à ce procès, ils veulent dire que ce qui est
arrivé à Pierre, n’est pas un acte isolé, n’est pas une bavure. Pour
chaque cas, on retrouve la même intention de faire mal, d’en mutiler un
pour terroriser tous les autres. De la part du gouvernement cela se
traduit par : « Il est temps de réprimer le mouvement ». De la part du
préfet par : « Vous avez carte blanche ». De la part du policier, par un
tir de flashball ajusté en plein visage. Si la justice relaxe le policer,
c’est une carte blanche à tous les policiers pour continuer à mutiler
impunément. Pierre et Geoffrey dans leurs lycées, Joan dans son
université, Joachim dans son quartier luttaient pour un avenir fait de
solidarités plutôt que de concurrence de tous contre tous. Il n’en faut
pas plus aujourd’hui, pour être mutilé par la police. Qu’en sera-t-il
demain ?

Rassemblement mercredi 7 mars à 14h devant le TGI de Nantes.

Pierre et ses proches.

http://www.27novembre2007.blogspot.com

 

Tir de flashball :
Pierre et Joachim, gravement blessés, détaillent la violence policière

Tous deux ont été la cible d’un tir de flashball, cette arme aux effets potentiellement dévastateurs dont l’usage s’est répandu en France à partir de 1995 sous l’impulsion de Claude Guéant, alors directeur général de la police nationale. Grièvement blessés, ils gardent l’un et l’autre les marques de la violence subie. Ce ne sont pas des cas isolés, plus d’une vingtaine de personnes ont subi le même sort ces dernières années.

En novembre 2007, Pierre manifeste à Nantes contre la loi sur les universités quand il est touché au visage. Il a 16 ans et devient quasiment aveugle du côté droit. En juillet 2009, Joachim réside à Montreuil et se mobilise contre l’expulsion d’un squat dans sa ville. Visé lui aussi, à 37 ans, il perd un œil.

Les 6 et 7 mars 2012, le policier qui a tiré sur le jeune Nantais est appelé à la barre. À l’occasion de ce premier procès lié à l’usage du flashball lors d’une manifestation, Mediapart a rencontré Pierre et Joachim pour évoquer leur expérience de cette arme, symbole de la politique répressive de Nicolas Sarkozy, et les efforts pour surmonter la peur.


Qu’attendez-vous, Pierre, du procès du policier qui a tiré sur vous le 27 novembre 2007 ?

Pierre. Après plus de quatre ans de bataille judiciaire, le procès a été fixé les 6 et 7 mars 2012. Je ne me suis jamais fait d’illusion sur l’institution judiciaire, mais j’ai déposé plainte, avec ma famille, pour faire parler de l’affaire, pour qu’elle ne soit pas aussitôt enterrée, oubliée, et surtout pour calmer au moins temporairement la police, envoyer un message, dire “On ne peut pas mutiler impunément un lycéen, on ne peut pas tirer sur une manifestation”. Je n’ai jamais pensé que le tireur irait aux assises, même si un citoyen lambda tirant avec une arme d’épaule sur quelqu’un aurait pris immédiatement de la prison ferme, surtout en ces temps de durcissement législatif et sécuritaire.

Malheureusement, en quatre ans et demi, les cas se sont accumulés. Un exemple m’a particulièrement scandalisé : Geoffrey, à Montreuil, en 2010, qui s’est fait tirer dessus, il avait le même âge que moi et a été blessé dans les mêmes circonstances. Le cas de Joachim aussi, évidemment, est similaire, tout comme celui de Joan à Toulouse. À chaque fois que quelqu’un se fait tirer dessus au flashball, qu’il perd l’usage d’un œil, à chaque fois, c’est comme si on me blessait à nouveau, parce qu’on se rend compte qu’il y a un sentiment d’impunité dans cette police insolente qui continue à viser délibérément les visages.

Entendez-vous vous servir de ce procès comme tribune pour demander l’encadrement de l’usage du flashball ou son interdiction ?

Pierre. J’attends que le tireur soit déclaré coupable. Une relaxe du tireur serait perçue comme un chèque en blanc. Cela signifierait que l’État, la justice autorise les polices de France à tirer sur des manifestants et à blesser délibérément, à mutiler à vie des gens. Si le policier est déclaré coupable, le minimum serait que son port d’armes lui soit retiré, qu’il soit mis hors d’état de nuire, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, il est en exercice, je l’ai revu armé dans des manifestations à Nantes. Plus généralement, j’espère que cela incitera la population à réfléchir sur les pratiques de la police, et la police à être contrainte de calmer ses ardeurs répressives et mortifères.

Je ne me place pas forcément dans l’optique de faire interdire le flashball, même si, à titre personnel, j’y suis favorable. Je souhaite que s’engage une réflexion plus large sur les violences policières, sur tout le contrôle sécuritaire, les tasers, les drones, toutes ces armes de plus en plus offensives de contrôle de la population.

Je souhaite que les victimes de violences policières en général entrent en contact et ripostent collectivement, car la police, elle, reste unie et solidaire. Les syndicats policiers savent défendre leurs droits, disons leurs droits à mutiler, ou à tuer, contrairement à nous qui sommes isolés, atomisés par la répression.

Joachim. Il faut faire le lien entre ce qui nous est arrivé et l’ensemble des violences policières, les personnes humiliées, tabassées, mutilées, tuées. Mais au quotidien, la police, c’est aussi les expulsions de logements, la traque des sans-papiers, le harcèlement des habitants de certains quartiers. La police est là pour maintenir un ordre profondément injuste et destructeur. Face à cette situation, évidemment, les gens se révoltent, manifestent, occupent. Dans ces situations la police n’hésite pas à tirer sur les gens. C’est de tout cela qu’il faut parler.

Comment vous préparez-vous en vue du procès ?

Pierre. J’ai demandé à Joachim de venir témoigner au procès car je veux, en plus de la parole juridique, une parole personnelle de quelqu’un qui partage la même expérience que moi. Je souhaite aussi faire passer un message politique. Si cela est arrivé à Joachim et à moi, ainsi qu’à d’autres, c’est qu’il ne s’agit pas d’un acte isolé.

Comment ça s’est passé le 27 novembre 2007 ?

Pierre. Le 27 novembre 2007, à Nantes, le mouvement lycéen et étudiant dure depuis plusieurs semaines. C’est un mouvement assez vivace, avec l’université et les lycées du centre-ville bloqués, c’est un mouvement contre la loi LRU de privatisation des universités pour défendre notre droit à l’éducation. Au même moment, il y a des émeutes à Villiers-le-Bel. Ce jour-là, on part en manifestation, une grosse manifestation de quelques milliers de lycéens et d’étudiants. On se dirige vers le rectorat, lieu traditionnel de manifestations à Nantes. On entre dans le parc du rectorat.

Plusieurs unités de police se déploient rapidement : la Bac, la brigade anti-criminalité en civil, les gendarmes mobiles et les compagnies départementales d’intervention, les CDI, qui sont l’équivalent des CRS, à l’échelle départementale. Je repère tout de suite un policier cagoulé, qui a un flashball de couleur jaune, c’est un lanceur de balles, un nouveau type d’armes avec visée qu’on n’avait pas encore vu en manifestation jusque-là. D’habitude, on voyait le flashball le plus répandu, le plus traditionnel, le flashball super pro, sans viseur et moins précis.

Rapidement, la police a ordre de nous charger. Ça se passe très violemment. On ne comprend pas, la manifestation est pacifique, il y a des gens qui jonglent, qui jouent de la musique, qui chantent. Lors du procès, on montrera des photos illustrant cette atmosphère. D’un seul coup, les forces de l’ordre nous chargent par devant et sur les côtés, elles frappent aussitôt, la brigade anti-criminalité tire des gens de la manif et les frappe. Cela crée un contexte de peur. Dans un mouvement de panique, la manifestation se met à refluer et est évacuée du parc du rectorat en quelques minutes. Plusieurs personnes sont interpellées par la Bac et molestées.

Une fois qu’on est à l’extérieur de l’enceinte du rectorat, la police ferme la grille de l’entrée du parc, les manifestants sont sur la voie publique, il n’y a plus aucun enjeu de maintien de l’ordre. C’est à ce moment là que le policier tire. Il est dans le parc du rectorat, de l’autre côté de la grille, moi je suis à moins de 10 mètres sur la voie publique. Je sens un énorme choc sur ma tempe. J’ai le réflexe de me tourner, je vois le policier avec son arme orientée en direction de mon visage. Je comprends tout de suite ce qui s’est passé. Par la suite, j’apprendrai qu’il y a eu d’autres tirs de flashball sur d’autres manifestants, qui n’ont pas atteint le visage heureusement, par des agents de la Bac. Je me retourne, je vois ce policier qui m’a tiré dessus, j’ai le réflexe de mettre ma main sur mon visage, je vois que ça pisse le sang, je demande de l’aide, on me transporte un peu plus loin en attendant les secours. Voilà comment ça s’est passé.

Pourquoi évoquer Villiers-le-Bel ?

Pierre. À la fin du mois de novembre 2007, deux jeunes sont morts, ils ont été renversés par la police à Villiers-le-Bel. Des émeutes ont suivi. Environ 24 heures avant que je me fasse tirer dessus, la télé passait en boucle des images de policiers blessés dans ce quartier, dont un policier qui s’était fait tirer dans l’œil. Il avait l’œil bandé, Nicolas Sarkozy était à son chevet et disait que c’était inadmissible de s’attaquer aux forces de l’ordre de cette façon. Je ne peux pas dire qu’il y a un lien de cause à effet, mais il est frappant que peu après un policier ajustait son tir de flashball dans mon œil.

Et le 8 juillet 2009 à Montreuil ?

Joachim. Un lieu avait été ouvert dans une ancienne clinique dans le centre de Montreuil, qui était squatté depuis des mois et dans lequel étaient organisées de nombreuses activités ouvertes sur le quartier. De ce lieu il y avait eu une expulsion la veille. Pour répondre à cette situation, on voulait être présents dans la rue. On avait préparé un grand repas et on avait invité les habitants concernés à venir nous rejoindre. Au bout de deux ou trois heures, on a décidé de partir en manifestation. Calmement, on est partis en file indienne sur le trottoir et pn s’est réunis devant la clinique. Au même moment, les policiers sont arrivés, assez calmement. Ils se sont garés à côté de la clinique, ils sont sortis, ils se sont armés, beaucoup avaient des flashballs.

On s’est dit qu’on n’allait pas chercher les ennuis. Un mot d’ordre a été lancé par un manifestant, ‘On y va’, avec l’idée qu’on partait. On est tous partis, un peu en ordre dispersé, sur la place qui fait face à la clinique et sur laquelle il y a un marché, deux fois par semaine. On marchait et, à un moment, on a entendu un cri. La police venait d’interpeller quelqu’un. Je me suis retourné pour voir ce qui se passait. La police était face à nous et s’est adonnée, pour reprendre leurs mots, à une véritable partie de ball-trap.

Ils nous ont tiré dessus à de nombreuses reprises, cinq personnes ont été touchées, la plupart au-dessus de l’épaule : à la nuque, sur le front, sur la clavicule et moi en plein dans l’œil. Tout le monde ayant été touché au-dessus de l’épaule, ce qui est normalement interdit, on peut parler de préméditation.

Pouvez-vous mettre des mots sur cette violence que vous avez subie ?

Pierre. C’est très étrange. J’ai senti un énorme choc dans mon visage. Mais, au début, comme une douleur au-delà de la douleur, je n’ai pas eu vraiment mal. C’est venu ensuite. J’ai vu que je saignais abondamment, je ne voyais plus rien, on m’a mis à l’écart et j’ai été pris en charge par les pompiers.

Alors que j’étais complètement sonné, aveuglé, je me souviens que des policiers sont venus prendre mon identité pour préparer sans doute leur ligne de défense. Au lieu de me porter secours, ils ont fait dégager les gens qui m’entouraient, les copains, et je les entendais braquer les autres manifestants, demandant leur nom, leur adresse.

La douleur est venue plus tard à l’hôpital, je vomissais du sang. Le flashball est une arme cinétique, on ne sent pas tout de suite l’effet mais ça cause des dommages irréversibles à l’intérieur du corps. Pendant plusieurs jours, j’ai eu la moitié de la tête bleue, gonflée, et j’ai gardé l’œil rouge vif pendant plusieurs mois. J’ai eu peut-être de la chance dans mon malheur car la balle a tapé dans l’os. J’ai eu des micro-fractures, la balle a ricoché sur l’os. Dans un sens, c’est mon crâne qui a absorbé le choc, sinon j’aurai perdu mon œil en plus de la vue. Les conséquences, c’est que je ne vois plus d’un œil, ça a causé des lésions irréversibles sur la rétine. J’ai perdu l’usage d’un œil.

Encore aujourd’hui j’ai des douleurs à la tête, des céphalées. J’ai subi deux opérations dans les semaines qui ont suivi et un traitement qui a duré plusieurs mois. Si j’ai gardé mon œil, bien que quasiment aveugle, c’est que j’ai subi ces deux opérations qui m’ont accaparé pendant six mois, qui m’ont fait mal et qui m’ont mis groggy.

Joachim. Quand ça arrive, on est K.-O. Le choc est tel que tout le corps est sous le coup, au-delà de la douleur. On ne s’évanouit pas, mais la commotion provoque une montée d’adrénaline, tous les voyants passent au rouge. J’ai tout de suite senti que quelque chose était arrivé, quelque chose de très grave. Comme le flashball m’a crevé l’œil, cela a impliqué qu’on l’enlève, qu’on mette une bille à la place et une prothèse. Ce sont des opérations lourdes, difficiles.

J’ai le visage peut-être pas défiguré, mais je garde une forte trace physique. Cette dimension est présente dans le regard des autres et pour moi.

Il faut aussi parler de la peur qui rentre en toi après une telle mutilation. Une semaine après, je suis allé à la manif qui répondait à cet acte de violence. Mais c’est un combat de chaque jour pour maîtriser la peur qui est entrée en toi, pour arriver à faire face à des policiers armés de flashball sans se dire ‘Je rentre immédiatement’, pour prendre la parole et raconter. Après, il faudrait aussi parler de tous ceux qui, à travers nous, ont été touchés par la peur. En mutilant certains, on terrorise tous les autres.


Ce que vous dites, c’est que la police a atteint son objectif de semer la peur.

Pierre. Le flashball est un instrument de peur, comme l’a dit Joachim, un instrument de terrorisation. À Nantes, ça a marché. Quand j’étais encore à l’hôpital, une manifestation contre les violences policières a été organisée, cela m’a touché, 5 000 personnes ont défilé avec une grande banderole. Mais est-ce que cela n’a pas été un baroud d’honneur, parce qu’ensuite le mouvement lycéen et étudiant s’est éteint. Je me suis fait tirer dessus, il y a eu une manifestation ritualisée, puis plus rien. Très concrètement, les parents ont interdit à leurs enfants de sortir, ‘Tu ne sors pas, tu vois ce que font les flics, ils tirent, si tu sors, tu vas te faire shooter’.

Joachim. Pour ma part, je ne veux pas négliger l’importance de la réaction qui a suivi le soir du 8 juillet. D’abord celle des copains qui ont organisé la manifestation juste après et puis celle de tous ceux qui ont manifesté leur solidarité. Pour lutter contre la peur, les réponses collectives sont très importantes. Sinon, je pense que j’aurais beaucoup plus souffert au moins dans ma tête. Si personne ne se bouge, la seule chose que les gens lisent, c’est le communiqué de la préfecture qui explique d’une manière ou d’une autre que vous l’avez bien mérité. Ensuite, l’IGS, l’Inspection générale des services, mène une enquête qui sème le doute dans la tête de tout le monde. Enfin, si la justice n’enterre pas le dossier, les policiers seront relaxés. Donc, la solidarité est ici vitale.

Est-ce que ce type de violences ne créent pas de la révolte, de la défiance, en même temps qu’elle suscite de la peur ?

Joachim. Le flashball sert à réprimer toute tentative de retrouver prise sur les choses en sortant des cadres. Si l’on regarde dans quelles situations les personnes ont pris un tir de flashball, elles sont très différentes, très banales aussi, mais toutes semblent dire : ‘Ici, c’est chez nous’. Quel est le point commun entre occuper un lycée, ouvrir un squat, faire vivre son quartier en faisant un repas ou en jouant à la balle ? Dans beaucoup des cas, il y a cette dimension d’habiter, d’occuper le territoire, de se réapproprier un espace.

Le flashball est une arme qui dit aux gens ‘Rentrez chez vous’. Quand on ne peut pas payer, l’espace pour dormir, manger, se rencontrer, s’entraider, fabriquer des choses, se réduit à pas grand-chose. Alors, les gens forcément trouvent d’autres moyens. Mais très vite, on les criminalise, et s’ils résistent, on leur tire dessus.

Pierre. Les policiers aussi ont peur, une peur que le pouvoir construit dans leurs esprits pour qu’ils attaquent. Ils n’ont jamais été aussi violents, mais en même temps ils sont tétanisés, comme s’ils étaient dépassés et qu’ils ne savaient plus faire face à une foule. Ils ont peur, c’est pour cela qu’ils sortent leur flashball en permanence. Avec les fantasmes mensongers médiatico-politiques sur les anarcho-autonomes ou sur les banlieues, les responsables politiques les ont mis en garde, ‘Il y a un ennemi intérieur, il faut attaquer, sinon il vous attaquera’.

Cette paranoïa d’État aboutit à un usage encore plus violent, gratuit, décomplexé du flashball, et plus généralement de la violence physique et verbale contre tous ceux qui sortent du rang. Quand les lycéens prennent la rue, les policiers ont peur parce qu’ils savent qu’il n’y a pas de parcours déposé en préfecture et que le cortège se balade n’importe où.

La police craint tout ce qui est incontrôlable. Mais ce qui est incontrôlable peut aussi s’arrêter à tout moment. C’est ce qui est arrivé avec le mouvement à Nantes, avec cette logique d’atomisation. La police tire sur une personne, touche un corps, pour semer la peur dans tout le corps social, pour terroriser tout le monde. Il y a des interstices, sans doute, mais là, je vois malheureusement surtout de la peur. Dans la manifestation anti-répression, beaucoup de filles et de garçons étaient révoltés, mais cela a joué un rôle d’exutoire plutôt qu’autre chose, avec les pouvoirs locaux qui lançaient des appels au calme.

Joachim. La peur ou la révolte ? Ça fonctionne dans les deux sens. Lors de la manifestation qui a répondu aux tirs de flashball à Montreuil, les gens se sont casqués et portaient des lunettes, comme s’il y avait eu une prise de conscience que désormais il fallait se protéger, collectivement, de la police. Cela nous a obligés à prendre acte de la violence dont peut user la police contre nous. La rue, il faut savoir l’occuper. Ce sont des problématiques auxquelles il faut trouver des réponses qui ne soient pas celles du service d’ordre de la CGT.

En tirant sur vous, la police a exprimé brutalement la violence d’État, elle a mis à nu ce qu’en général elle s’efforce de cacher. Est-ce que ça témoigne d’un changement de doctrine dans les pratiques policières ?

Pierre. Je ne suis pas spécialiste de l’histoire du maintien de l’ordre, mais il semble qu’on est passé d’une police défensive, munie de gaz lacrymogène, à une police offensive, avec flashball et taser. La police est passée à l’attaque, elle tire sur les gens, elle marque les corps, elle cible les mineurs. Ce passage à l’offensive est lié à l’ère sécuritaire qui a commencé sous Jospin et qui s’est amplifiée sous Sarkozy.

Joachim. Comme le dit Pierre, la police est passée à l’offensive et les armes à létalité réduite ont un rôle très important dans cette nouvelle doctrine. Car du fait de leur létalité réduite, elles échappent en grande partie au cadre strict de la légitime défense qui encadre les armes létales. Elles sont utilisées de manière offensive. On le voit bien, les policiers se servent du flashball, comme on se sert d’une matraque.

Ces pratiques policières sont symptomatiques d’un état de la société, d’une politique à un moment où le consensus, le compromis historique liant la classe ouvrière au capital s’effondre. Le donnant-donnant cantonnant la contestation à l’intérieur d’un certain cadre en échange de l’État-providence ne fonctionne plus. Tout saute. Le pouvoir ne reconnaît plus la symbolique des manifestations, celles-ci sont délégitimées et tendanciellement criminalisées. Comme l’État n’a plus de marge de manœuvre sociale, il est de plus en plus réduit à sa fonction policière.

Ce qui vous est arrivé relève-t-il de la « bavure » policière ou le considérez-vous comme le résultat d’une politique répressive ?

Pierre. Je me méfie beaucoup du terme de bavure. Une bavure, c’est quoi ? Une tache d’encre ? Une bêtise ? Un acte isolé ? Quand des gens sont visés de manière délibérée au visage depuis quatre ans, que les cas se multiplient, on peut parler d’actions coordonnées, de violences policières, voire de crimes ou de meurtres policiers. Les mots sont importants, on est dans une guerre sémantique, et pour moi, le terme de bavure vise à relativiser ce qui s’est passé alors que, dans le même temps, les autorités parlent de prise d’otage pour désigner les grèves et les manifestations. Pour moi, ces tirs sont le résultat d’une politique concertée, qui va de pair avec une militarisation de l’État. On observe, depuis plusieurs années, une surenchère dans la technologie sécuritaire.

Joachim. Il n’y a aucun hasard dans ce qui s’est passé. Toutes ces situations induisent une forme de préméditation et d’intention visant à réprimer et à faire mal. En même temps, le flashball est une arme à bavure. L’institution policière pourrait se dire qu’il faut resserrer les règlements, modifier les armes, elle pourrait tout à fait s’approcher d’un risque zéro de bavures. Mais, non, elle continue, comme s’il y avait une intentionnalité basse, indirecte, mais bien présente et assumée. Une police que l’on sait pouvoir commettre facilement des bavures fait peur.

Qu’est-ce que ça a changé sur votre parcours militant ?

Joachim. On lutte pour que cela ne change rien. Si, en plus, on devait s’arrêter de faire ce qu’on faisait avant, c’est-à-dire militer, participer à des manifestations, si on devait renoncer à tout ça, alors ils auraient gagné. Tout le combat est de continuer comme avant. Mais ce n’est pas simple. Il faut du temps pour arriver à encaisser le coup. L’enjeu est aussi de continuer à faire de la politique sans être dans une confrontation directe avec la police.

Pierre. Certaines personnes m’ont dit : ‘Avec ce qui t’es arrivé, tu ne vas pas retourner en manif…’ Mais il n’a jamais été question de rester chez moi. Si je ne sors plus, si je ne dérange plus, ils auront gagné, donc j’essaie de continuer à résister à leur ordre, à mon échelle.

Est-ce que ça a modifié votre rapport à l’État ?

Joachim. L’enjeu pour moi est de me libérer de ce face-à-face avec la police, de continuer à faire ce que je faisais, comme participer à un collectif de chômeurs et précaires ou lutter autour de la restructuration du quartier où j’habite. Même si la police a vite fait de vous tomber dessus. Aujourd’hui quand on occupe un pôle emploi, la direction demande à tous les agents de faire valoir leur droit de réserve, ce qu’elle n’a pas le droit de faire, cela doit rester une initiative personnelle. Les agents partent et la police arrive. Alors que vous étiez venus discuter avec les agents, rencontrer les chômeurs, la police vous expulse. La réponse à la violence de la police, la société entière doit la porter. C’est un mouvement plus général qui doit dire : ‘Arrêtez-là, c’est fini, vous prenez trop de place, vous les policiers, vous êtes nuisibles, vous semez la peur, vous traquez les sans-papiers, vous expulser les gens, vous êtes une force destructrice, arrêtez-vous, dégagez !’

Est-ce que vous vous reconnaissez dans le terme de « victimes » ?

Pierre. Je n’aime pas cette terminologie victimaire. La justice nous renvoie à ce statut de victime ou de plaignant tout en nous accusant d’avoir jeté des projectiles. Les policiers nous chosifient. Quand ils nous visent, ils parlent de ‘neutraliser la cible’, comme si on était en guerre. Peut-être que je dirais cela : je suis une cible des violences policières.

Quels moyens avez-vous déployé pour vous approprier ce qui vous est arrivé ?

Pierre. Avoir un policier identifié à la barre est le résultat d’un rapport de force. Ça ne s’est pas fait tout seul. Il n’a pas suffi que la justice suive son cours. Quelques jours après ma mutilation, des policiers de l’IGPN, l’Inspection générale de la police nationale, sont venus dans ma chambre d’hôpital pour faire leur enquête. Ils essayaient de me piéger, de voir si j’avais lancé des choses, alors que j’étais encore sonné. Ils essayaient de trouver des failles dans ma version, comme si j’étais l’agresseur, et ils me demandaient ‘Qu’est-ce qu’il a fait le collègue ?’

On a tout de suite compris que si on ne faisait pas le travail nous-mêmes, ça ne marcherait pas. Des proches se sont constitués, non pas en comité de soutien d’une victime qui s’appellerait Pierre, mais en groupe de travail, qui a rassemblé des données et qui a mené une sorte de contre-enquête citoyenne.

Notre objectif était de permettre ‘l’établissement de la vérité’ sur les faits, comme disent les juges. On savait que l’enquête de l’IGPN ne permettrait pas d’éclairer la vérité. On a lancé un appel à vidéo, cela nous a été très utile, car, comme par hasard, les deux caméras de la police qui étaient censées filmer la manifestation sont tombées en panne au moment des tirs. Les vidéos que l’on a récupérées ont été synchronisées et nous ont permis d’obtenir un timing précis, minute par minute, seconde par seconde. C’est grâce à ce travail que l’IGPN a été obligée de lâcher le tireur. Ensuite, le juge d’instruction a été contraint d’instruire l’affaire. On a dû organiser des conférences de presse et relancer la justice pour avoir une date de procès.

Il ne faut rien attendre de la justice, il faut faire le travail d’investigation soi-même dans la mesure du possible. Dernièrement, une petite fille qui s’appelle Daranka s’est fait tirer dessus dans la banlieue parisienne. À Mayotte, un petit garçon a perdu son œil pendant le mouvement social de l’automne dernier. Ils n’auront pas forcément le même éclairage médiatique qui permettra de faire éclore ces affaires. Qui parle d’eux ?

Comment la police et les médias ont communiqué sur vos affaires ?

Pierre. Dans mon cas, les médecins ne savaient pas encore ce que j’avais que déjà le préfet déclarait à la presse que j’étais touché à l’arcade et que je n’avais rien à l’œil. J’ai observé que le même scénario se répétait à chaque violence. Les autorités et les médias dominants minimisent à chaque fois les blessures des gens agressés par la police et ‘inventent’ en parallèle des policiers blessés. Sont toujours mis en balance les policiers blessés et les manifestants blessés pour faire croire que la police n’a fait que se défendre, pour légitimer la violence de la police.

C’est une guerre médiatique, une guerre dans l’opinion, les policiers l’ont compris. Les communiqués de la préfecture évoquent des ‘échauffourées’ entre lycéens et policiers. Mais, moi, je n’ai pas vu d’échauffourées, j’ai vu des policiers qui attaquaient une manifestation pacifique. On a aussi dit que j’avais été blessé par un caillou lancé par un autre manifestant.

Joachim. Tout se focalise d’abord sur l’identité de la personne qui s’est fait toucher. La police m’a aussitôt désigné comme un jeune squatteur, un anarchiste, etc., comme si, pour la police et pour l’opinion publique, il y avait une catégorie de gens sur laquelle on peut tirer légitimement.

En termes de stratégie judiciaire, vaut-il mieux viser la condamnation d’une seule personne ou souligner la responsabilité de la hiérarchie ?

Pierre. La stratégie des policiers vise à brouiller les pistes, à dire qu’il n’y a pas de tireur et à renvoyer la responsabilité sur la hiérarchie. À l’arrivée, il n’y a pas de coupable. Qui m’a tiré dessus ? Qui a tiré sur Joachim ? Ce sont des individus. Ils doivent être reconnus coupables. Sinon, ça se termine en non-lieu ou par une relaxe et l’opinion publique pense qu’il ne s’est rien passé. Et ça contribue aussi à décomplexer la violence des policiers qui se sentent toujours plus impunis, exonérés.

Joachim. Condamner un policier, c’est condamner la police. C’est toujours cela de gagné contre l’impunité policière. Les policiers ont le sentiment d’être en guerre, et ce sentiment est encouragé par les pouvoirs publics. Leur mission : rétablir l’ordre dans les zones de non-droit. À travers cette expression issue de la presse à scandale, ils se croient autorisés à agir de manière extra-judiciaire ou offensive, c’est la même chose. Ils se croient autorisés à tirer aux flashballs sur les habitants d’un quartier sans raison comme à Villiers-le-Bel, le jour où Alexandre et Bruno ont perdu un œil. Si la police veut devenir une armée, exigeons au minimum qu’elle rentre dans ses casernes.

5 mars 2012
Carine Fouteau
http://www.mediapart.fr/

Lire également :

http://27novembre2007.blogspot.com/

Perdre l’usage d’un œil suite à un tir de flashball, Pierre et ses proches
http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=6104

Ce qui nous relie
http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=6105

8 juillet 2009 - Chasse à l’opposant à Montreuil : la police vise la tête, un manifestant perd un oeil
http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4556

Mais que fait la police ?
http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4568

Ce que sont les flics de la BAC
Extraits de La Force de l’ordre, une anthropologie de la police des quartiers, Didier Fassin, Paris, Le Seuil, 2011.
https://juralib.noblogs.org/files/2011/12/ANTHOLOGIE-BAC-...


COMMUNIQUE - Affaire du flash-ball à Nantes : Un jugement quatre fois paradoxal

1 - Inversion de la victime et du coupable.

Contre toute attente, le texte du jugement rend « raisonnable » le « doute » (page 12) selon lequel la victime mutilée à l’œil aurait jeté des projectiles sur les policiers, alors que de cette imputation infamante, il n’avait jamais été question en quatre ans d’instruction, et durant les deux jours d’audience. Si bien que la victime n’a jamais pu se défendre de cette accusation survenant après l’audience, ni produire des évidentes preuves matérielles de sa fragilité.

2 - Paradoxe des contradictions internes du jugement : un policier menteur qui dit la vérité ?

Le même texte de jugement ne craint pas de qualifier de «  vraisemblable la version des faits présentée de manière constante par Mathieu Léglise [le policier tireur] » (page 12) alors que ce même jugement a mis en pièce sans pitié sur quatre pages (8 à 11) le mensonge qui constituait sa principale argumentation, mensonge selon lequel il aurait bien tiré sur quelqu’un à la tête, mais sur quelqu’un d’autre. Quelle est la valeur de véracité d’un prévenu dont le tribunal a reconnu qu’il avait menti sciemment ? On a ici l’impression d’un « copier-coller » d’argumentations intellectuelles contradictoires au fil des 15 pages des attendus du jugement.

Faut-il rappeler que durant l’audience le juge avait reproché au tireur d’avoir caché à l’instruction qu’il avait eu précédemment d’autres problèmes avec des blessures causées par son arme, lors de tirs compulsifs sur des festivaliers des Rendez-vous de l’Erdre ?

3 - Paradoxe de l’insulte faite par le juge au policier tireur, Mathieu Léglise, et donc à toute la police.

Dans ses attendus, le tribunal ne craint de reprendre l’argumentation incroyable et désespérée de l’avocat du tireur, selon lequel les policiers de base ne seraient vraiment pas très intelligents, voire stupides, et donc irresponsables pénalement. Ce qui donne dans le jugement « Monsieur [le policier tireur] n’a pas de formation approfondie en matière juridique. Il est brigadier de police, agent de police judiciaire et non officier de police judiciaire ». (page 12). Il n’a pas eu de formation «  à peine une journée », etc. Ceci est en contradiction avec les lois républicaines et règlements sur le devoir de discernement des agents de la force publique. Mais s’il est si bête (ce que nous ne croyons pas), la conclusion logique n’aurait-elle pas été de lui retirer son port d’armes létales ?

4 - Paradoxe des contradictions entre l’audience et le jugement : une expertise humiliée en mars, réhabilitée en début avril.

Durant l’audience, le juge n’a pas dissimulé son mépris pour l’indigence de l’expertise balistique, s’étonnant que celle-ci ait égaré ou subtilisé l’arme sous scellés (absente de l’audience contre tout usage), et qu’elle ait procédé à des sortes d’expérimentation hasardeuses sur la terrasse d’un logement privé. Est-ce bien le même juge qui cite maintenant l’expertise balistique en bonne part, quand il s’agit de disculper le tireur ? (notamment page 13).

Que s’est-il donc passé durant les quatre semaines de délibéré, pour qu’on ne reconnaisse plus l’axe argumentaire des deux journées d’audience ?

En conclusion,

Cette relaxe est une triste nouvelle pour les familles de Nantes, car l’impunité profite à une personnalité de récidiviste qui a reconnu avoir tiré à neuf reprises avec sa nouvelle arme en expérimentation sur une foule de fêtards en septembre 2007, avant de mutiler Pierre, qui fait courir un danger grave.

Mais ceci ne change en rien notre détermination, qui va continuer à travers la mise en cause de la responsabilité de l’État français à travers la Justice administrative, puis la Cour européenne des Droits de l’Homme. C’est toute la chaîne de commandement qui va rendre des comptes, et notamment les trop nombreuses anomalies liées à cette affaire (dissimulation ou altération de preuves, non citation à comparaître des responsables hiérarchiques).

Nous allons jusqu’au bout des possibilités du Droit, car nous n’agissons pas pour nous seulement, mais pour les autres jeunes et la société. La police mutile, la justice est complice. Quel est le message envoyé aux trois autres mutilés à l’œil à coup de flashball par la police, Joan, Joachim, et Geoffrey, qui étaient présents à l’audience en mars 2012 ? Que dire de l’encerclement militaire du tribunal lors de l’audience et du délibéré ? Que dire d’une justice rendue sous la menace de dizaines de policiers en armures ?

Nous remercions les nombreux citoyens de Nantes sensibles à cette affaire, les victimes solidaires dans toute la France, les organisations syndicales et démocratiques qui n’ont pas cédé au chantage des secteurs les plus idéologisés du commissariat de Nantes, qui veulent intimider la société civile, la presse locale et l’institution judiciaire.

Communiqué des parents du jeune Pierre, envoyé à la presse à 16h55, le 3 avril 2012.

http://www.mediapart.fr/files/jugement.pdf

 


Flashball : à Nantes, la police éborgne, la justice relaxe 
PAR CARINE FOUTEAU

03 AVRIL 2012

Cagoulé, protégé par sa tenue de service, le policier muni d’un LBD 40x46, sorte de flashball nouvelle génération, a visé un manifestant et tiré. Il l’a blessé au point de lui faire perdre à tout jamais la vue d’un œil. Au moment des faits, le 27 novembre 2007, lors d’une mobilisation contre la loi sur les universités, la victime était mineure. Des grilles métalliques la séparaient du tireur.

Après deux jours d’audience début mars, le tribunal correctionnel de Nantes a prononcé, mardi 3 avril 2012, la relaxe du policier mis en cause, Mathieu Léglise. Il a reconnu que le prévenu était à l’origine du tir, ce que ce dernier a nié le temps du procès, mais ne lui a infligé aucune sanction.

Pour justifier son verdict, le tribunal a mis en avant le fait que le policier « n’a pas de formation approfondie en matière juridique », qu’en ce qui concerne l’arme, il «  a suivi une formation d’à peine une journée » et qu’« il (lui) a été enseigné que, dès lors qu’il y a jet de projectiles, les conditions de la légitime défense sont nécessairement réunies ».

Selon le tribunal, l’enjeu n’est donc pas de savoir si des projectiles ont bel et bien été lancés, si oui, de quel type, et si cela autorisait en retour l’usage de cette arme en expérimentation. « Il n’y a pas lieu de s’intéresser de manière différenciée à la question de la proportionnalité de la riposte à la menace ni à celle de la nécessité de l’usage de l’arme », assure le jugement (le lire dans son intégralité).

Suivant le réquisitoire du parquet, il a fait valoir que la responsabilité pénale du brigadier ne peut être engagée dans la mesure où il a exécuté un ordre qui n’était pas «  manifestement illégal ». Selon l’article 122-4 du Code pénal, « n’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un acte commandé par l’autorité légitime, sauf si cet acte est manifestement illégal ».

« C’est un permis de crever les yeux »

Au cours de l’audience, le représentant du ministère public, Yann Richard, tout à sa volonté de couvrir la hiérarchie, avait applaudi le « courage » du commissaire qui « a revendiqué la décision du tir » et ramené le fonctionnaire de police à un simple exécutant : « Monsieur Léglise est un gardien de la paix. Il est là pour exécuter, pour aller au contact. Comment aurait-il pu dire que l’acte était illégal alors que toute sa hiérarchie dit le contraire ? »

L’avocat du policier, Laurent-Franck Liénard, avait même veillé à rabaisser intellectuellement son client en le décrivant comme ne maîtrisant pas les notions juridiques au centre du procès pour lui dénier toute responsabilité.

Catherine Glon, l’avocate du plaignant, Pierre Douillard, et de sa famille, avait, elle, montré que sans riposte «  nécessaire et proportionnée », l’usage de l’arme était injustifiable. Ou alors, avait-elle demandé, « est-ce l’autorisation de tirer n’importe où et n’importe comment ? »

« C’est un permis de crever les yeux », résume l’avocate à l’issue du verdict. « Cette décision est extrêmement problématique dans un État démocratique », ajoute Pierre-Yves Launay, qui représentait l’accusation, ce mardi, au tribunal correctionnel de Nantes.

«  Nous sommes face à un policier équipé d’une arme très dangereuse, insiste-t-il, mais la justice l’excuse au motif qu’il n’a pas été suffisamment formé et malin pour en faire un usage normal et légal. C’est comme donner un pistolet à un enfant. » « C’est très inquiétant, poursuit-il, car cela autorise les policiers à faire usage de leurs armes en toute impunité. »

Dans un communiqué, les parents de Pierre déconstruisent ce jugement « quatre fois paradoxal ».« Cette relaxe est une triste nouvelle, car l’impunité profite à une personnalité de récidiviste qui a reconnu avoir tiré à neuf reprises (…) sur une foule de fêtards en septembre 2007, avant de mutiler Pierre », indiquent-ils.

À propos du policier : « S’il est si bête (ce que nous ne croyons pas), la conclusion logique n’aurait-elle pas été de lui retirer son port d’armes létales ? », s’interrogent-ils.

Leur bataille, que le tribunal avait saluée à l’audience, ne se termine pas là pour autant. Aussitôt, ils ont annoncé leur intention de se tourner vers la justice administrative afin de mettre en cause la hiérarchie policière, ainsi que vers la Cour européenne des droits de l’homme.

Une des premières en la matière, cette décision est déterminante, puisqu’elle risque de servir de référence dans des procès à venir. Or les victimes du flashball, sous quelque forme que ce soit, sont nombreuses, de même que les victimes des violences policières en général.

http://www.millebabords.org/spip.php?article20346

12:37 | Lien permanent | Commentaires (0) |

03/04/2012

Strasbourg - Elle avait volé pour 24 euros de marchandises au supermarché : un an ferme

Les DNA du 21 mars 2012 relatent cette triste histoire d’une femme de 37 ans qui, alors qu’elle était sans domicile, a volé dans le Simply Market de la route des Romains à Koenigshoffen des produits de toilette pour un montant total de 23,69€. Récidiviste, elle a été condamnée à un an de prison ferme, la peine plancher selon les DNA et le tribunal a décerné un mandat de dépôt à la barre, afin que la peine soit exécutée immédiatement.

via rue 89 - Lire l’article complet sur DNA.fr (accès payant).

17:06 | Lien permanent | Commentaires (1) |

Le policier ayant blessé un lycéen avec un flash-ball relaxé

NANTES (Reuters) - Un policier jugé pour violences volontaires pour avoir blessé à l'oeil, en 2007, un manifestant avec un "lanceur de balles de défense", un nouveau flash-ball alors en expérimentation, a été relaxé mardi par le tribunal correctionnel de Nantes.

Le juge a suivi le parquet, qui avait réclamé la relaxe du policier lors du procès les 6 et 7 mars, estimant qu'il était "pénalement irresponsable" des blessures infligées à sa victime.

"Ce gardien de la paix a obéi à son chef, qui constitue une autorité légitime et dont l'ordre n'était pas manifestement illégal", avait considéré le substitut du procureur.

Il avait néanmoins demandé au tribunal d'établir le lien de causalité "certain et direct" entre le tir et les blessures du lycéen de 17 ans, qui a perdu depuis l'usage de son oeil droit.

Le juge, qui a reconnu ce lien de cause à effet, a invité la victime à se retourner devant un tribunal administratif pour être indemnisée. Un recours en ce sens a été déposé à la fin de l'année dernière, a dit après l'audience le père de la victime.

"On va pouvoir mettre en cause la responsabilité de toute la chaîne de commandement, y compris celle du préfet", a déclaré Luc Douillard. "Ici, au pénal, on était bridés, on ne pouvait parler que du tireur".

L'avocat du policier a salué une "décision juste et conforme en droit".

"Des éléments dans le dossier pouvaient démontrer qu'il y avait un sérieux doute sur l'imputabilité du tir, mais on ne va pas faire appel d'une relaxe", a dit Me Laurent-Franck Liénard.

Les faits s'étaient produits en novembre 2007, lors d'une manifestation contre la loi de réforme des universités. Ce nouveau type de "flash-ball", réputé plus précis et d'une plus longue portée qu'un pistolet à balles en caoutchouc ordinaire, faisait alors l'objet d'une expérimentation.

En mars 2009, un étudiant de 25 ans avait déjà été grièvement blessé à l'oeil par un tir de flash-ball lors d'une manifestation à Toulouse. Un accident similaire avait eu lieu quatre mois plus tard à Montreuil (Seine-Saint-Denis) lors de l'évacuation d'un 'squat'.

Guillaume Frouin, édité par Gérard Bon

piqué au tas sur yahoo.com - 03/04/2012

17:03 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu