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26/09/2011

Georges Valois [Alfred-Georges Gressent] ou l'illusion fasciste

Citer ce document / Cite this document :
Guchet Yves. Georges Valois ou l'illusion fasciste. In: Revue française de science politique, 15e année, n°6, 1965. pp. 1111-1144.
doi : 10.3406/rfsp.1965.392901
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1965_num_15_6_392901

 

doc pdf: Georges Valois ou l'illusion fasciste.pdf

 

Georges Valois est généralement représenté (par et sur les sites des amateurs de solstices) comme une personne ayant eu "une trajectoire des plus originale".

Outre le document pdf à consulter, voici un texte piqué au tas sur les cahiers du CESAT (http://www.cesat.terre.defense.gouv.fr/IMG/pdf/Cahiers_23.pdf) datant de mars 2011, permettant de préjuger du fait que Valois, résitant-déporté, reste dans l'air du temps chez nos penseurs-théoriciens de la contre-insurrection et autres marchands de peur.

Quelques extrais :

...

Lecteur [Georges Valois] de Proudhon, Sorel et Nietzsche, il a été, de 1906 à 1924, le disciple de Maurras avec lequel il s’est ensuite brouillé, puis l’ami de Déat comme de Mendès-France. Au coeur de cette vie trépidante, une expérience centrale: la Grande Guerre et Verdun. Inutile de dire que Valois n’était pas homme à y faire de la figuration: il fut vite à la tête d’un de ces corps francs plus souvent aux avant-postes ou dans les lignes ennemies qu’au fond des abris. C’est donc un «officier de la guerre, dont l’éducation militaire s’est faite à la guerre, et dont l’esprit est libre de tout préjugé d’école», selon ses propres termes, qui publie début 1918 «Le cheval de Troie – Essai sur la philosophie et sur la conduite de la guerre». L’essentiel de l’ouvrage est écrit entre le printemps et l’automne 1917, soit à une période où l’armée française se remet peu à peu du désastre du Chemin des Dames et des mutineries qui l’ont suivi, et au moment où les Empires centraux accumulent les succès sur le front italien et sur le front russe.

...

Aux origines de la guerre totale

L’expression «guerre totale» a été popularisée par Léon Daudet dans L’Action française du 11 mars 1916, puis dans un ouvrage paru en 1918 dont l’éditeur n’était autre que Valois. Daudet y définissait la guerre totale comme la mobilisation de tous les moyens civils au bénéfice de l’effort militaire et en imputait la paternité à la mégalomanie allemande. Valois n’est pas plus tendre avec l’Allemagne, qu’il appelle «l’ennemie du genre humain». Mais quelles qu’aient été les responsabilités immédiates de Berlin dans le déclenchement, puis la radicalisation du conflit, notre stratège-philosophe voit en la guerre totale l’aboutissement logique de tendances beaucoup plus anciennes, beaucoup plus profondes et beaucoup plus générales: «Rousseau et Kant sont aux origines philosophiques du système d’idées qui a entraîné l’Europe au service militaire obligatoire», lequel a débouché sur la Grande Guerre. Cette thèse avait déjà été soutenue par Maurras, mais Valois en donne une démonstration particulièrement convaincante.

...

Le grand mérite du «Cheval de Troie» est de remonter au principe de ces fatalités, c’est-à-dire au lien intime entre l’idée nationale dans sa version révolutionnaire (Valois se réclamant évidemment d’une autre conception de la nation), l’armée de conscription et la guerre totale. À cet égard, les analyses valoisiennes confirment le célèbre chapitre premier de «Vom Kriege», dans lequel Clausewitz montre que la violence d’un conflit tend à être proportionnelle à l’implication de la population. Cette implication est maximale lorsqu’on adopte l’équation citoyen = soldat: plus rien ne peut alors arrêter la tuerie et l’emballement des passions, sinon la capitulation sans condition d’un des protagonistes. L’armée de métier, a contrario, est conçue pour mener des guerres limitées et dépassionnées, dans lesquelles l’action de combat se borne à préparer de futures négociations.

En ce sens, une lecture à rebours du «Cheval de Troie» aide à comprendre la grammaire des conflits dans lesquels sont aujourd’hui engagées les armées occidentales.

 

autre extrait d'un texte trouvé sur le net (cnt.ait.caen.free.fr) qui permet de répondre à quelques questions concernant l'entrisme récents dans les SEL ou AMAP :

Le plan de Nouvel âge

[NDLR : Epoque Republique Syndicaliste]

de Georges Valois, 17 février 1936

(extraits)

Un Nouvel âge :

La machine et l’énergie naturelle libèrent l’homme du travail.

L’Humanité est entrée dans un nouvel âge. Elle possède déjà l’équipement de cet âge nouveau. Elle n’en a encore ni le droit, ni les institutions. Ce que l’on appelle la crise n’est rien d’autre que la manifestation de la contradiction entre cet équipement nouveau et les vieilles institutions, qui rendent impossible la répartition des produits de la machinerie universelle.

A cette « crise », le vieux droit, les vieilles institutions ne peuvent apporter aucune solution. Parce que, littéralement, « le monde change de base ».

Le nouvel âge, c’est l’âge caractérisé par le fait que l’humanité a trouvé les moyens de capter l’énergie dans la nature inanimée.

C’est la révolution scientifique et technique la plus grande de toute l’histoire. Elle change tous les moyens d’action de l’homme. Elle l’oblige à changer la structure de toutes ses sociétés.

Aristote avait dit : « Si le ciseau et la navette pouvaient marcher seuls, l’esclavage ne serait plus nécessaire ». La prévision d’Aristote est réalisée. Non seulement l’esclavAGe n’est plus nécessaire. Mais le servage, le salariat devront disparaître. L’homme, obligatoirement cessera d’être un producteur, un travailleur. Il doit devenir inventeur, ingénieur, organisateur, distributeur - mais non travailleur.

Le problème posé à l’humanité désormais, c’est non pas comment contraindre l’homme à travailler, mais comment, par la machine et l’énergie prise à la nature, libérer l’homme du travail, et tirer de toute la machine une masse croissante de produits ?

Le problème est simple. Il est insoluble dans le régime économique et le régime juridique existants. Les machines et l’énergie sont des propriétés privées entre les mains des minorités qui ont cru augmenter leurs profits en les exploitant. Mais l’exploitation rationnelle des machines et de l’énergie a engendré en même temps le chômage des travailleurs et l’abondance des produits destinés à ces mêmes travailleurs dont la puissance d’achat totale baissait par le chômage.

D’où le fait universel que l’on appelle la crise. Fait connu et qui se reproduisait périodiquement depuis l’industrialisation. Mais jusqu’ici, les « crises » étaient annulées par de nouveaux emplois pour les travailleurs éliminés de telle ou telle industrie. Cette fois, l’annulation est impossible, la cadence du progrès est trop rapide, la puissance de production est trop grande. L’humanité est arrivée au moment où elle est obligée de distribuer des loisirs.

L’abondance et ses effets dans le régime actuel.

Nous ne décrirons pas ce que l’on appelle aujourd’hui « l’abondance ». Sur ce point, nous renvoyons aux ouvrages de Jacques Duboin et de Gustave Rodrigues en premier lieu. Nous n’en rappelons que les conclusions essentielles :

1 : Les possibilités de la production humaine sont aujourd’hui telles que, dès maintenant, elles dépassent les moyens de répartition, créant ce que les observateurs peu éclairés appelent la surproduction.

2 : Il n’y a pas surproduction lorsque les besoins humains ne sont pas satisfaits. Il y a une production qui dépasse les moyens d’achat. Les produits et animaux que l’on détruit depuis des années (café, sucre, blé, animaux de boucherie) ou que l’on stocke inutilement (tissus, cuirs, ect.) pourraient être consommés; mais ils ne peuvent être achetés.

3 : La disparition de cette possibilité d’achat vient du chômage causé lui-même par la substitution accélérée du travail mécanique au travail humain. Il y a augmentation croissante des produits et diminution constante des consommateurs possibles.

4 : Cette contradiction met tous les producteurs, agricoles et industriels, dans une situation sans issue, en effet :

a - s’ils utilisent à plein rendement tous les moyens de production, ils créent l’abondance, mais cette abondance n’étant pas vendable, le système actuel des prix s’effondre, la vente s’opère en solde au-dessous du prix de revient, et c’est la ruine.

b - s’ils réduisent leur production, s’ils mettent les machines au ralenti, ils ne peuvent plus amortir ni leurs investissements en matériel, ni leurs capitaux d’exploitation, et c’est la ruine.

Selon l’expression de Gustave Rodrigues, le régime actuel « produit de l’abondance et distribue de la misère ». Il y a discussion sur les solutions proposées. Que faire des chômeurs, des produits invendus ? On a proposé des artifices, réduction du temps de travail sans réduction des salaires, grands travaux (CGT), restauration du pouvoir d’achat des travailleurs et du profit de l’industrie par le « prix social », arbitrairement fixés corporativement (Comité du Plan).

Ces artifices, inventés pour ne pas détruire la structure du régime sont en réalité inapplicables dans une société capitaliste qui est obligée, par sa nature et son fonctionnement, d’une part, de réduire la somme de salaire incorporée dans tout travail, d’autre part de n’entreprendre que des travaux rentables.

L’économie distributive : ses objectifs.

La révolution à accomplir est celle qui fera passer l’humanité de l’économie échangiste à l’économie distributive. Il ne s’agit pas seulement du régime capitaliste lui-même, c’est le régime économique fondé depuis des millénaires sur l’échange entre individus qui est condamné par l’évolution scientifique, technique, économique et sociale.

Le socialisme échouerait s’il se bornait à un « changement de propriétaire », il ne s’agit plus de socialiser les moyens de production et « d’échange ». Nous avons à supprimer les organes d’échange et à créer les organismes de distribution.

Chaque homme, héritier du bien social, a droit aux produits des biens sociaux.

Toute la législation sortie de la Révolution française a été faite pour l’individualisme économique où chacun était libre de faire ce qu’il voulait de sa force de travail ou de ses capitaux. Cette législation est faite pour l’échangisme et la libre concurrence. Elle ne reconnaît de droit aux produits qu’à celui qui dispose d’un moyen d’échange, tiré du travail, des capitaux ou du revenu.

Le rôle historique de la législation révolutionnaire et napoléonienne a été de briser la structure de l’économie corporative, féodale, royale et chrétienne, qui était une économie à privilèges; où le droit de produire était concédé par le prince, limité par les corps professionnels, et soumis à une morale religieuse qui comprimait les appétits du consommateur.

Le droit économique proclamé par la Révolution, appelé par la révolution industrielle commençante agonise aujourd’hui dans les contradictions économiques analysées plus haut. Un nouveau mode de production le détruit. Ce nouveau mode de production appelle un nouveau droit

Ainsi l’analyse de la réalité nous permet de découvrir le fondement juridique de la nouvelle économie :

a) droit de la collectivité ou des collectivités à l’exploitation des moyens de production;

b) droit égal de tout individu à participer à la conduite de cette exploitation;

c) droit égal de tout individu à bénéficier des résultats de cette exploitation;

Ce qui nous conduit tout naturellement à la distribution gratuite des produits.


La nouvelle République

Ni technocratie, ni socialisme d’Etat, ni démocratie de producteurs, mais démocratie sociale de consommateurs par fédération de communes, puis de peuples, jusqu’à l’humanité organisée.

Il ne s’agit plus de socialiser les institutions de l’économie actuelle, d’un seul coup ou par étapes, il s’agit de créer une économie entièrement nouvelle. Il ne s’agit pas non plus de substituer progressivement ou d’un seul coup l’Etat-patron à la poussière de patron du capitalisme. Il s’agit de créer une démocratie sociale effective, directe, avec gestion à la base, comme l’exige le droit nouveau.

Contre tout étatisme.

Jusqu’ici la plupart des écoles socialistes ont été impuissantes à concevoir la réalisation pratique du socialisme sous une autre forme que celle de l’étatisation. Or l’étatisme est contraire à la conception fondamentale du socialisme qui voulait substituer justement l’administration des choses au gouvernement des hommes. L’étatisme aboutit à une répartition des choses par voie d’autorité et à travers un inévitable gouvernement des hommes. C’est très exactement ce que tout humanisme nous interdit de réaliser.

La solution pratique : la démocratie de consommateurs.

Il est simple de substituer l’Etat-patron et dictateur à tous les patrons du capitalisme. Il l’est beaucoup moins de trouver les nouvelles formes de la vie sociale.

L’erreur commise jusqu’ici par le socialisme non étatique, par le syndicalisme révolutionnaire, par les anarchistes et communistes libertaires a été de penser qu’il fallait réaliser la démocratie dans l’usine par l’élection directe des responsables par les travailleurs.

Une démocratie de producteurs, générale ou cellulaire, est impraticable pour une raison fondamentale, les nécessités de la production exigent à la direction l’unité de responsabilité;

Toutes les difficultés tombent à partir du moment où l’on conçoit la société socialiste comme une démocratie de consommateurs.

Cette démocratie de consommateurs qui sera beaucoup plus une démocratie sociale directe qu’une démocratie économique n’aura pas pour objectif de diminuer la production, de « résorber le chômage », de donner du travail aux hommes. Elle aura au contraire comme objectif d’augmenter indéfiniment la masse des produits consommables, d’accroître à cette fin la puissance mécanique, et de diminuer parallèlement le temps de travail.

La société sera désormais conçue comme une fédération de coopératives communales avec gestion à la base.

L’économie distributive

La commune représente la collectivité.

Pour l’économie distributive, l’ensemble des moyens de production est la propriété indivise des sociétés humaines. C’est éminemment une propriété sociale, d’origine sociale et à destination sociale. La part individuelle y est minime, la part sociale s’accroît sans cesse.

Quels organes sociaux peuvent recevoir et gérer cette propriété collective ? Est-ce l’état, ou les sociétés de producteurs, ou les sociétés de consommateurs ?

Pour les raisons qui ont été dites, nous écartons l’Etat, bien qu’on puisse le concevoir comme gérant temporaire, ou même comme gérant permanent de certaines portions de la propriété sociale.

Puisque nous voulons organiser la démocratie à la base, nous devons chercher l’organe social primaire capable de recevoir l’héritage commun de l’humanité. A proprement parler, il n’y a pas d’organe social capable d’hériter; la propriété sociale, demeurant sociale, ne peut que conférer un droit à chaque individu humain, le droit au bénéfice de tous les moyens de production. Par le seul fait de sa naissance, tout individu entre en possession de ce droit. Ce n’est donc pas comme producteur que l’homme entre en possession de ce droit. C’est comme consommateur. Qui le gère pour son compte ? Pratiquement, le seul organe social qui paraît apte à la gestion, c’est le groupe humain primaire : la commune.

La commune sera ainsi la coopérative générale des consommateurs, chargée de gérer directement la portion de propriété sociale qui est sur son territoire. C’est la commune qui sera ainsi héritière, comme gérante - non comme propriétaire - de certaines fonctions exercées aujourd’hui par les propriétaires des entreprises : droit de désigner des responsables, droit de répartir les produits du travail.

La coopérative communale sera administrée par un conseil d’administration. Les administrateurs ne devront pas être permanents. Les coopérateurs et leurs délégués seront amenés à la désignation des plus compétents non en vertu de leur propre compétence, mais à cause de leur intérêt. Ils seront dans la même situation que les actionnaires des sociétés capitalistes qui reconnaissent la compétence des administrateurs aux revenus qu’ils leurs assurent. Dans la coopérative communale, les citoyens reconnaîtront la compétence des administrateurs à la somme des produits qu’ils leur feront distribuer.

Les conseils d’administration des coopératives primaires délégueront des membres au conseil d’administration des magasins de gros intercommunaux.

Les conseils des magasins de gros enverront à leur tour les délégués comme membres de conseils d’administration des usines, lesquels nommeront les directeurs-gérants.

Ces directeurs représentent l’usine dans les syndicats d’industrie. Dans chacun de ces syndicats d’industrie, les syndicats du personnel seront représentés, comme ils le seront dans le conseil intérieur de l’usine.

A proprement parler, il n’y aura plus de salaires; tout être valide devra un temps de service déterminé, pour lequel il recevra une indemnité fixe; l’émulation, l’acceptation de responsabilités spéciales devront être assurées par des indemnités complémentaires.

Les indemnités de service étant versées à tous, il restera dans toutes les exploitations des excédents de production de toute nature. Sur ces excédents, un premier prélèvement sera fait pour les services non directement productifs, travaux publics, habitations, enseignement, justice, malades et retraités. Un second prélèvement sera fait pour le renouvellement du matériel. Les soldes, qui constitueront ce que l’on appelle aujourd’hui le bénéfice net, tous impôts déduits, et qui vont aux actionnaires, iront aux coopératives qui, partout, remplaceront juridiquement et réellement les actionnaires. Ces soldes seront en marchandises et iront tout naturellement d’abord aux coopératives nationales ou régionales pour arriver aux coopératives primaires, et enfin à chaque individu.

L’emploi des moyens monétaires actuels n’aura plus aucun sens. Le système monétaire actuel lié à l’économie échangiste; c’est une survivance des temps barbares.

Dans l’économie distributive, on devra partir de ce principe qu’il faut distribuer chaque année tous les produits consommables dans l’année, mais que l’on ne peut distribuer que cela; que, en conséquence, la quantité de bons (ou de billets) à mettre en circulation doit représenter finalement cette masse de produits, ni plus ni moins.

En conséquence, à toute mise en circulation de produits devra correspondre une mise en circulation égale de bons et billets dont une partie ira aux citoyens à titre de première indemnité, une autre partie aux services publics, et le solde aux coopératives pour répartition entre elles, et enfin pour attribution à chaque membre des coopératives primaires communale.

Ainsi, chaque individu sera titulaire, à sa coopérative de base, d’un crédit en produits qu’il emploiera à sa convenance.

Essayons de nous représenter aussi précisément que possible le mécanisme de l’économie distributive.

A la base est l’individu avec ses droits dont il ne consent que des délégations. La formation sociale primaire est la commune, gestionnaire des droits sur la propriété sociale dont l’individu hérite et dont il bénéficie dans l’indivision. Par l’application de ce premier principe, la traditionnelle organisation de l’Etat régalien est renversée. Quelles que soient les centralisations nécessaires, elles seront toujours contrôlées à la base.

La commune est l’organisme primaire de gestion coopérative de tous les biens et services. Elle doit avoir son conseil communal général et ses quatre sections, économique, culturelle, sociale et administrative. Le rôle du Conseil communal est d’assurer la liaison de tous pour toutes les gestions communales et la liaison du corps communal avec les autres corps. Les membres de la commune nomment le Conseil de gestion de chaque section.

Au premier jour du règne de l’abondance, le vieux système monétaire est supprimé. A la place des billets de banque représentant l’or enfermé dans les caves de la Banque ou représentant une toute petite quantité de marchandises, il est décidé, par l’assemblée des Communes, que désormais, il sera créé exactement autant de certificats de production que les exploitations sortiront de produits. Ni plus ni moins. Ces certificats de production seront chiffrés au moyen d’une nouvelle unité de mesure (l’heure-travail par exemple) en francs qui, au lieu de francs-or seront francs-marchandises, on dirait mieux des francs-produits.

Toute usine, toute exploitation ayant achevé une production, la livrera à ses usagers, leur présentera un certificat global de production, indiquant le nombre d’heures-travail incorporées dans la livraison (tous amortissements compris). Les usagers donneront leur signature pour certifier l’existence des produits reçus.

L’exploitation portera alors son certificat au Bureau central comptable de la commune ou de sa profession (Bureau remplaçant les banques locales actuelles), et le bureau donnera sa signature pour certifier que l’usine et les usagers ont créé un authentique certificat de production.

Cette authentification faite, l’exploitation recevra de l’Institut national comptable (remplaçant la banque actuelle d’émission), des coupures du certificat global de production. Ces coupures remplaceront les billets de banque actuels. Mais au lieu d’être émis en représentation d’apports d’or, ils seront émis en représentation des produits créés dans la proportion de 90 % (on retiendra 10 % pour les pertes éventuelles de produits dans la circulation).

Les exploitations ayant produit auront donc, soit entre leurs mains soit dans les Bureaux comptables, le montant des Certificats.

Comme le lecteur l’aura compris, ce que nous décrivons ci-dessus n’est rien d’autre que le mécanisme de la circulation des billets de banque actuels, mais circulant cette fois en représentation des produits créés, et arrivant entre les mains du consommateur, non parce qu’il est un travailleur, mais parce qu’il est cohéritier dans l’indivision de toute la machinerie gérée par les communes.

La vie nouvelle

Nous sommes dans une société sans classes et sans élite. Chacun, selon ses moyens. Chacun de nous, associé par les liens les plus forts à la vie communale, ne pourra changer de milieu social qu’en agissant sur son propre milieu. Nul n’aura plus le désir de gagner un autre milieu social pour y « paraître ». On ne « paraîtra » qu’en acquérant quelque prestige parmi les siens.

La commune est la société humaine de base. En dehors d’elle, tous les liens sociaux se forment par délégation et fédération. Fédération de communes pour la Région. Fédération de régions pour la Nation. Fédération de nations pour les grands systèmes continentaux. Fédération humaine enfin.

A l’échelon national, l’Etat, ou ce qui en subsistera. Plus exactement, l’organisme de liaison et de coordination des services généraux et des plans propres à un groupe ethnique ou à une fédération de peuples. Pour le gérer, l’assemblée des Communes.

Le couple humain n’est fondé que pour le renouvellement de l’individu. L’enfant qui vient de lui est un individu qui a, dès sa naissance, ses propres droits d’individu. Il n’appartient qu’à lui-même. Il n’est ni à l’Etat, ni à la collectivité, ni à ceux qui lui donnent le jour. Chaque enfant devra prouver dans la commune les moyens d’être lui-même, dans les conditions qui avaient été réservées jusqu’ici aux enfants des aristocraties.

Le plan de transition

Nos objectifs généraux étant définis, nous savons désormais que notre objet est à la fois celui du syndicalisme, celui de la coopération et celui du socialisme, c’est-à-dire l’organisation d’une démocratie sociale à partir de la base. Le premier acte de la révolution doit être la socialisation de la Banque de France, des Banques et des industries de base. Il s’agit de socialiser et non de nationaliser. Elle indique que l’on ne se borne pas à transférer la propriété de ces organismes à l’Etat, mais qu’on va l’intégrer dans un nouveau régime économique et social.

Le grand acte du nouveau régime sera la proclamation du droit nouveau qui ne reconnaîtra ni l’individualisme, ni la libre concurrence, ni l’échangisme, qui déclarera seules légitimes gestionnaires de l’économie les collectivités, communes syndicats, coopératives et leurs fédérations et confédérations, et qui définira leurs fonctions.

 autre texte :

Persée : Critique fasciste de la raison réactionnaire : Lucien Rebatet ...

 extrait :

Cette dissidence a pour incontestable figure de proue un célèbre inconnu : Lucien Rebatet (1903-1972), condamné à mort pour avoir incarné, dans un livre dont la parution en 1942 constitua un véritable événement, ce fascisme du deuxième type, un livre qui se présente aussi comme le parricide intellectuel contre son vieux maître, Charles Maurras. Par lui, nous pouvons accéder à cette critique de droite de la pensée réactionnaire, elle aussi mal connue.
Il est proposé ici de repérer les glissements progressifs, organisés autour de cette critique, où s'origine la dérive fasciste d'un natio naliste nourri à la mamelle maurrassienne.

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24/09/2011

François Duprat, une histoire de l’extrême droite

Propos de Joseph Beauregard et Nicolas Lebourg recueillis par Abel Mestre et Caroline Monnot

Vendredi 8 avril à 18 heures, est mis en ligne sur le site du Monde.fr, un webdocumentaire “François Duprat, une histoire de l’extrême droite”.

Produit par Le Monde.fr, l’INA et 1+1 Production, ce documentaire écrit par Joseph Beauregard et Nicolas Lebourg s’attache à expliquer le parcours politique de François Duprat et le rôle essentiel qu’il a joué au sein de l’extrême droite française. C’est surtout le portrait d’une époque.

Comment présenteriez vous François Duprat ?

Nicolas Lebourg : Né en 1940, assassiné par un attentat à la voiture piégée en 1978, c’est un personnage central de la reconstruction des extrêmes droites européennes après la débâcle des fascismes. Il se reconnaît lui-même comme néo-fasciste. C’est à la fois un réactionnaire obsédé par l’anticommunisme, et un révolutionnaire qui veut changer le monde. Il réinvente l’extrême droite à qui il impose des thèmes novateurs alors, comme l’antisionisme, le négationnisme, le rejet de l’immigration sur une base sociale. Cadre fondateur et dirigeant d’Occident, d’Ordre Nouveau, du Front National, entre autres, il a pourtant été exclu de chacun de ces mouvements à un moment de sa trajectoire. Son trajet personnel ne manque pourtant ni de logique ni de sens quant à ses contemporains, car la duplicité et la dualité que certains pointent chez lui sont aussi les nôtres. En effet, ces allers-retours entre subversion et contre-subversion, sa volonté de balayer l’Etat tout en travaillant volontiers avec l’essentiel de ses secteurs répressifs sont très révélateurs des rapports de la société française à sa démocratie et des jeux de la Guerre froide.

Joseph Beauregard : Cet homme est un jeu de poupées gigognes. C’est un intellectuel néofasciste et un enseignant plutôt de la pédagogie fustigée aujourd’hui comme soixante-huitarde, un commis voyageur des circuits internationaux de l’anticommunisme qui danse bien le rock’n'roll, un numéro deux du Front National qui offre un disque de Maxime Leforestier à sa nièce. Au travers de ses méandres, Duprat raconte quelque chose de vertigineux sur son époque. Il cherche à capitaliser sur toutes les formes de transgression. Nous avons interrogé plus de 130 témoins : les termes les plus récurrents chez eux, quelle que soit leur empathie pour lui, sont la « fascination » qu’il exerce, et la « perversité » qu’ils ressentent. Ils ne font pourtant pas montre d’un jugement moraliste, car l’homme échappe aux schémas ordinaires.

Qu’est-ce que le parcours de François Duprat révèle de son époque ?

Joseph Beauregard : Avec François Duprat on comprend la résurrection idéologique et organisationnelle des extrêmes droites. Comment durant les Trente glorieuses, de l’Épuration à l’élection de François Mitterrand, a couvé la résurrection d’une tendance politique qui paraissait avoir été balayée par l’Histoire. Et on voit bien que c’est une coproduction nationale. Duprat se faufile partout. Il prône la révolution et est accueilli discrètement à l’Hôtel Matignon. Il dit pis que pendre de la gauche, mais a un pied dans les milieux du financement occulte de la gauche non communiste.

Nicolas Lebourg : Il est quelqu’un de très adapté aux jeux à triple tiroirs avec double fond très typiques de la Guerre froide, mais en même temps c’est un homme qui rêve d’un héroïsme fantasmé à partir de la Seconde guerre mondiale au milieu de cette société des années 1960-1970 toujours plus matérialiste. Il se revendique d’une idéologie, le fascisme, qui correspond à « l’âge des masses », à l’ère industrielle et de l’Etat-Nation, alors que lui-même est dans « l’âge des marges », l’internationalisation du politique, les hybridations idéologiques. Il s’engage pour l’Algérie française mais devient très vite un admirateur du régime ba’thiste syrien et de l’essentiel des nationalismes arabes. Il montre bien à quel point le réel est structuré par ses contradictions internes. C’est d’ailleurs peut-être l’une des raisons pour lesquelles il agaçait tant de monde : avec lui il ne reste rien d’une catégorisation simpliste, malgré son discours ultra-radical, totalement clivant, le monde qui se dessine quand on le regarde apparaît en zones de gris.


En quoi ce personnage est-il actuel ?

Nicolas Lebourg : Duprat a été à l’avant-garde de propositions politiques d’une importance cruciale aujourd’hui. La fusion de l’antisémitisme, de l’antisionisme, du négationnisme et du conspirationnisme est une offre idéologique à l’échelle mondiale désormais. Sa stratégie consistant à faire exploser les droites après leur avoir fait avaliser des thèmes de discrimination nationale, et ainsi relégitimer l’extrême droite, est-celle qui a permis le 21 avril 2002 et explique une bonne part de notre actualité politique.

Joseph Beauregard : C’est d’ailleurs lui l’inventeur de cette formule si souvent reprise par Jean-Marie Le Pen « l’électeur préfère toujours l’original à la copie ». Moins que théoricien, comme on le présente toujours, il est avant tout un tacticien très conscient que sa première force c’est la faiblesse morale de ses adversaires, leur enfermement dans un temps électoral court alors que les révolutionnaires tablent sur un temps long.

Il s’est passé trente-trois ans depuis l’attentat à la voiture piégé qui le visait. Les conditions de cette mort n’ont pas été éclaircies. Que faut-il en penser ?

Joseph Beauregard : D’emblée, évacuons une rumeur coriace : en aucun cas, comme il a souvent été dit, il n’y a pas eu d’enquête. La police, le juge d’instruction, ont fait leur devoir. Ils l’ont fait, c’est vrai, sans le soutien des services de renseignement qui auraient pu leur être utiles. Aujourd’hui, je regrette humblement que madame Alliot-Marie, lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur, ait apposé son veto à la dérogation que nous avions obtenu d’accès aux archives sur l’assassinat. C’est conforme avec son refus en tant que ministre de la Justice de donner suite à la demande de la fille de Robert Boulin, ministre assassiné à la même période, de faire rouvrir cette autre enquête. Mais je crois que c’est regrettable pour notre démocratie. Pour notre part, nous avons repris toutes les hypothèses qui avaient été soulevées, publiquement ou non, et les avons étudiées sereinement. L’essentiel d’entre elles sont balayées par la démonstration logique et des aspects factuels.

Nicolas Lebourg : D’abord, malgré tous les fantasmes liés à cet assassinat, totalement hors norme par son mode opératoire dans la vie politique française, nous nous sommes refusés à tout sensationnalisme autour de cela. Pour une raison très simple : l’éthique. La veuve de François Duprat était une militante engagée, sur des idées qui ne sont pas les nôtres, mais elle mérite le respect. Nous ne nous imaginions pas faire montre de légèreté là-dessus, n’en déplaise au voyeurisme de notre époque. Ensuite, nous ne sommes pas investis d’une charge de police ou de justice, or pour qu’une démocratie fonctionne il faut qu’elle soit structurée… Néanmoins, pour que cette démocratie existe, qu’elle ne soit pas dans une dérive bureaucratique ou qu’elle ne devienne pas le théâtre d’ombres de dominants, il faut exercer une pression sur elle, il faut qu’il y ait une tension permanente. C’est pourquoi nous poursuivons toujours cette décision du ministre de l’Intérieur devant le Tribunal Administratif. C’est ce qui explique l’importance de travailler sur la vie et la mort de Duprat. Sans toutefois donc confondre les fonctions d’histoire du temps présent et d’enquête judiciaire. N’ayant ni les moyens ni la légitimité à refaire cette enquête, il était plus pertinent d’essayer de comprendre ce que cette mort occultée pouvait dire sur notre société et nos institutions. Notre pays était alors très tolérant avec les manques de tempérance et de transparence. Le manque d’émoi face à l’assassinat de Duprat et à l’échec de l’enquête sur son assassinat témoignent que le goût pour l’arbitraire et l’autoritaire dépasse amplement la zone de l’extrême droite radicale.

Votre webdocumentaire va être diffusé à parti du 8 avril, en même temps que devait sortir en librairie votre biographie de François Duprat

Joseph Beauregard : Ce « webdoc » n’est pas une adaptation du livre mais plus une histoire de l’extrême droite dont la figure de François Duprat est le fil rouge. Les deux objets sont complémentaires, l’un situant l’homme dans sa profondeur, l’autre correspondant à une critique politique de son action menée. Chaque élément correspond ainsi à sa propre logique et cela évite les « parasitages » entre ces deux démarches. Nous étions particulièrement soucieux de proposer un élément analysant un homme en mouvements dans son temps, sans jugement, et, d’une autre manière, d’assumer notre libre choix de la critique de son action et ses pensées.

Nicolas Lebourg : Au bout de cette longue enquête, le manuscrit et le webdocumentaire ont été validés à la réception par l’éditeur et les producteurs. Cependant le premier mars 2011, l’éditeur nous a fait savoir qu’il réorganisait son planning de parution. L’ouvrage serait renvoyé à janvier 2012. Lemonde.fr n’a pas souhaité surseoir à la diffusion du webdoc et l’a programmé à compter du 8 avril 18 heures.

Première parution : « François Duprat, une histoire d’allers-retours entre subversion et contre-subversion« , Droite(s) extrême(s) lemonde.fr, 7 avril 2011.

 

sur le site du "Monde.fr", un webdocumentaire "François Duprat, une histoire de l'extrême droite". (Il est visible ici).

via tempspresents et droites-extremes

09:03 | Lien permanent | Commentaires (0) |

23/09/2011

« Brigades de La Dissidence » ou camouflage socio-démocrate pour fascistes en herbe

Retour sur le groupe La Dissidence, que nous évoquions il y a quelques jours, avec la parution sur Indymedia Nantes d’un article d’analyse du programme et des pratiques de ce groupe, article que nous reproduisons ci-dessous. Rappelons que ce groupuscule, très actif en ce moment, a pour ambition de fagociter les mouvements sociaux pour y promouvoir ses idées réactionnaires et la personne de son leader. Comme expliqué dans l’article ci-dessous, un petit tour sur les forums du groupe suffit à le définir comme d’extrême droite et conspirationniste. Un seul exemple : la liste des invités présumés à d’hypothétiques « Assises de la Dissidence », où hormis quelques personnalités insoupçonnables d’accointances douteuses (pour donner le change), c’est l’ensemble de la fachosphère et de la conspisphère qui est visé [1].

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Petite critique libertaire de ce nouveau mouvement pseudo-révolutionnaire et de leur idéal national-républicain merdique. Il serait facile de faire beaucoup plus court, tellement la nature de ce mouvement saute aux yeux et tellement le faussé entre la liberté et leur réalité nous apparaît bien avant la lecture de fond. Nous décidons pourtant d’en faire la critique de A à Z, sur le fond, sur la forme et sur les méthodes, pour faire en sorte de tuer dans l’œuf ce sursaut fascisant. Quelques considérations générales pour commencer :

- De tout temps les démocrates de tout bord ont fait en sorte d’apporter une définition extrême et réductrice du fascisme. Pour la même raison qu’on montre la gamelle du chien à un malheureux pour lui prouver qu’il a de la chance, l’intérêt même de la social-démocratie (d’autant plus quand elle se veut nationaliste) est de réduire le fascisme aux seuls SS et chemises noires. Nous affirmons qu’il n’y a aucune différence entre l’oppression d’un seul individu sur la société entière, et l’oppression de la société entière sur elle-même, puisqu’il s’agit dans tous les cas de normes, d’oppression, et de chemin tout droit tracé. Parler de liberté dans ce contexte est un non-sens. Nous ne voulons pas aménager l’Etat, nous voulons le détruire, à cause de sa nature même. Nous ne voulons pas de « vraie démocratie républicaine », nous voulons supprimer le pouvoir, y compris celui du peuple.

- Il apparaît évident à la lecture de leurs débats qu’une bonne moitié des « volontaires de la Dissidence » n’a même pas conscience de s’être fait endoctriné, et surtout de la raison de cet endoctrinement, tellement les positions sont hétéroclites sur les sujets, voire même s’opposent. Cette position est claire : « On veut la liberté, on est prêts à manger de la merde pour ça et en faire manger aux autres, on verra après. » Pour cette raison cette critique ne touche pas les personnes mais plutôt le mouvement en lui-même, à part peut-être son autoproclamée tête pensante qui, soit par avidité de pouvoir soit par besoin de reconnaissance a ce besoin compulsif de fourrer son nom au bas de chaque texte.

- Il est assez inutile de se revendiquer apolitique, tout du moins de catégoriser le mouvement comme tel, lorsque la quasi-totalité des liens, des contacts, des affluences se revendiquent eux-mêmes d’extrême-droite ou peuvent y être affiliés très facilement. C’est d’autant plus ridicule lorsque l’on peut lire des choses comme « c’est de la faute des franc-maçons et des gauchistes » (et pourquoi pas des juifs et des extra-terrestres ?) ou des éloges à n’en plus finir sur Egalité & Réconciliation. Le nationalisme est par nature d’extrême-droite, c’est un fait. De même, l’argument qui voudrait mettre fin au clivage gauche/droite (argument politicard si il en est), et qui tente de limiter les clivages de la société aux seules positions bureaucrates gauche et droite tient difficilement la route quand la critique du mouvement est énoncée par des militants anti-parlementaristes, donc par définition ni de gauche ni de droite. Ce mouvement passe très largement à côté du seul vrai clivage de notre société, oppresseur/opprimé, au point de révéler leur manque de connaissance du terrain et du quotidien de la classe dirigée. La République est clairement un oppresseur. Nous sommes clairement dans la défense des opprimés.

La première chose qui frappe c’est le vocabulaire employé. On aura beau nous opposer que « Rejoignez les Brigades de la Dissidence !» est un terme tout a fait neutre et démocratique, nous y reniflons comme un soupçon d’air fascisant. Parce qu’on ferait difficilement mieux comme nom de police politique. Parce que ça sonne comme une campagne de propagande façon « We need you ! » (quelle ironie quand les Etats-Unis sont vus comme la bête noire à abattre). Sans parler de cette autoproclamée Dissidence qui se veut être l’avant-garde du renouveau républicain. Il y a également ce fameux « 50 propositions pour relever la France », sous-entendu actuellement à genoux, qui doit retrouver sa grandeur d’antan (amen). La plupart ne se sont pas rendus compte en en discutant qu’il ne s’agissait plus de propositions, mais d’un idéal à imposer à la totalité de la population (mais seulement française, faut pas abuser non plus). La plupart n’ont pas cherché à comprendre ce que « relever » signifie. La plupart n’ont même pas réfléchit sur la nature même de « la France », sur ce que ça signifie, sur ce que ça implique. Pour notre part nous n’y voyons que frontières fictives créées par le pouvoir et les guerres, qu’obligations, que devoir, que catégorisation de gens qui peut-être ne veulent pas être catégorisés. Que nausée en somme. Il est tellement illusoire de parler de « Dissidence Française » quand le chaos capitaliste touche la totalité de l’Humanité. Illusoire ou fascisant.

On sert les dents et on lit le texte, enfin plutôt leur Bible. Celle qu’ils veulent voir devenir la Sainte Parole de tout un peuple. Nous passerons rapidement sur nos accords d’analyse tant nos solutions divergent. De la même manière qu’un raciste écolo représente une idéologie à abattre, l’anticapitalisme apparent ne nous empêchera pas d’affronter le flot de vomit qui suit. Les ennemis de nos ennemis ne sont pas nos amis.

Le mirage anticapitaliste

Il est vain et trompeur de considérer le capitalisme uniquement financier. Allez savoir, après tout, ce sont sûrement les franc-maçons qui manipulent l’économie (sic). Pire que ça, cela dénote une méconnaissance totale de la manière dont fonctionne notre système bien au-delà d’éventuelles confréries relevant sans doute d’avantage du fantasme que de la réalité. Petit cours d’économie. Tout individu sur cette planète possède actuellement le droit universellement reconnu de s’approprier des ressources et des espaces, qui pourtant n’appartiennent à personne. Une fois ces modes de productions répartis entre quelques mains, reste à ceux qui ne possèdent rien leur unique force de travail. Cependant, comme il serait trop simple de travailler uniquement pour les besoins essentiels, on créé l’envie et la société de consommation. Partout où il n’y pas d’envie encore créée il y a un marché potentiel. Si vous n’avez envie de rien, ils créeront l’envie. On créé alors des métiers spécialisés dans le développement de l’envie, d’autres dans les études de l’envie. Tous ces gens n’ont évidemment, eux aussi que leur force de travail à vendre puisqu’ils ne possèdent pas de ressources. Ils deviennent cependant acteurs de ce cercle vicieux soit pas nécessité soit par appât du gain, gain qui permettra d’obtenir divers biens inutiles dans cette sacro-sainte société de consommation. Evidemment, tout le monde n’a pas accès à tout cela. Il nous tient à cœur de préciser que quand bien même ce serait le cas, nous aurions autant la nausée au vu de l’exploitation réciproque généralisée. Le monde financier se greffe sur ce joyeux bordel ambiant et commence à spéculer avec l’argent qu’il ne possède pas. C’est la partie visible de l’iceberg. Si le monde financier a son rôle dans la crise économique actuelle, les exploités l’étaient déjà bien avant que nos activistes en herbes ne décident que le capital était mal géré.

Notre avant-garde éclairée nous propose donc de taxer ce monde financier et de réaliser moult bidouille qui ne font que renforcer la monnaie alors que le vrai souci se situe au niveau des rapports marchands. Pas de la façon dont ils sont réalisés, du simple fait qu’ils existent. La critique et les solutions sont partielles, superficielles. Du simple rafistolage à des années lumières de toute critique des rapports infligés à l’être humain (du moins à ceux qui n’en veulent pas). A aucun moment la nature même du salariat n’est remit en cause. A aucun moment la marchandisation de nos vies et de notre force de travail n’est critiquée. Notons tout de même l’initiative proposant aux travailleurs de devenir propriétaire de leur entreprise et ainsi participer à leur propre exploitation. La Dissidence n’a sur ce sujet pas grand-chose à envier aux mouvements alter-mondialistes pseudo-anticapitalistes qui n’ont qu’un mot à la bouche (taxe), ce qui permet de réguler les conséquences visibles du capitalisme pour mieux le pérenniser. Le capitalisme est malade, qu’il crève, et le monde de merde qui va avec. Un monde basé sur l’exploitation, la domination et le pouvoir.

 

la suite sur conspishorsdenosvies

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29/08/2011

Appel au soutien du village autogéré de notre dame des landes

Le collectif de lutte contre l’aéroport de NDDL, le réseau NOG2011 vient de faire un appel au soutien. Vous trouverez ci-dessous cet appel.

"Le 1er juillet 2011, une centaine de militant-e-s anticapitalistes et antiautoritaires ont monté un village autogéré qui avait pour objectifs et principes :

- de fonctionner en autogestion et d’expérimenter des alternatives au monde autoritaire,
- de créer une convergence des luttes contre les logiques capitalistes et de préparer la résistance contre le G20,
- d’amplifier la résistance contre le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes en créant entre autre de nouvelles installations sur la zone du projet (ZAD),
- de soutenir la paysannerie locale biologique,
- …

Ce village qui a duré un mois, a été pour la plupart d’entre nous l’occasion de partager nos expériences de luttes et d’alternatives, et de créer des convergences pour la suite. Il nous a aussi permis de concrétiser nos envies d’autogestion à un plus grand nombre, durant un temps permettant l’assimilation de nos échecs et réussites. Surtout, il a permis d’amplifier la lutte contre le projet d’aéroport de NDDL, Vinci et son monde, par l’installation de plus de 30 militant-e-s sur la ZAD qui souhaitent y rester à long terme pour y vivre en autonomie et résister à ce projet.

Cependant, nous n’avons pas réussi à rembourser totalement les frais engagés dans ce village(fonds issus de précédentes rencontres internationales), même si nous avons tout fait pour les assumer (remboursant une bonne partie du déficit dans les dernier jours).Il nous reste à ce jour, un peu plus de 1000 euros à rembourser à la caisse internationale et à deux paysans locaux. Nous appelons ainsi à votre soutien financier pour que nous puissions respecter nos engagements.

Lors de la dernière assemblée générale du village, nous nous sommes mis d’accord sur le partage de l’argent en cas d’excédents lors de l’appel au soutien. Nous avons défini que : -50% de cet excédent irait au fond international, parce que ce village s’inscrivait dans une volonté internationale de contrer le capitalisme, ce qui permettra aussi de mieux préparer les contre-sommets suivants, -50% de cet excédent irait aux militant-e-s qui s’installent sur la ZAD suite au village autogéré. Il servirait à financer leur installation paysanne, leurs moyens de communication et de financer l’auto construction de leurs cabanes.

Le collectif de lutte contre l’aéroport de NDDL s’est engagé de son côté à combler le déficit du village autogéré en organisant des concerts/bouffes collectives bio dès cet automne. Du côté du réseau NOG2011, certain-e-s membres de ce réseau organisent déjà des bouffes collectives bio.

En espérant qu’avec tous nos efforts nous permetrons de combler le déficit financier du village, et au mieux de dégager un excédent qui permettra de soutenir à la fois la lutte internationale contre le capitalisme mais aussi la lutte contre l’aéropot de NDDL et la multinationale Vinci.

Le collectif de lutte contre l’aéroport de NDDL, le réseau NOG2011"

L’adresse où envoyer votre soutien financier :

Le village c/o Reflex scalp 21 ter rue voltaire 75011 paris

Chèque à l’ordre de : la mare

 

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via indymédia lille

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28/08/2011

Using false documents against “Euro-anarchists”: the exchange of Anglo-German undercover police highlights controversial police operations

L'utilisation de faux documents contre les «euro-anarchistes»: l'échange des policiers infiltrés anglo-allemandemet en évidence les opérations de polices controversés.

 http://www.statewatch.org/analyses/no-146-undercover-exch...

à lire sur Statewatch : http://www.statewatch.org/


 

14:10 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Partant des "Nuits du 4 août" - Un bilan - au partiel que provisoire - des Nuits du 4 août

via http://nuitsdu4aout.over-blog.com/

Ce fut donc à Peyrelevade …

 

Plus de 2000 personnes, venues de toutes parts, ont fait le chemin de Peyrelevade les 4, 5 et 6 août, en dépit des messages de panique répandus dans l’espoir d’empêcher que cette fête n’ait lieu.

La fête a donc bien eu lieu, dans une de ces rares communes françaises où des représentants élus mettent encore un point d’honneur à ne pas se contenter de fleurir les ronds-points et d’accueillir les vide-greniers.

 

Le nombre des participants dépassa même quelque peu les espérances des organisateurs. Deux jours, deux nuits, de liesse lucide pour une foule que tout parvenait à convaincre qu’elle vivait là un de ces moments réputés impossibles, un moment d’où s’étaient effacés la barrière de l’argent, le soi-disant fossé des générations, et tous ces messages de désespérance que les pouvoirs, médiatiquement appuyés, s’attachent, chaque instant que la vie fait, à envoyer aux populations pour nourrir le sentiment d’impuissance collective.

 

Deux jours, deux nuits, où tout n’était que rencontres, écoute attentive, intelligence, don et gratuité, portés par une centaine de musiciens, comédiens, acrobates, conteurs, poètes, cinéastes, conférenciers et autres combattants venus témoigner de leurs guerres contre l’actuel système de domination.

 

Une curieuse alchimie …

 

Organiser une fête, c'est viser ce point où l'organisation s'efface devant ce qui y advient. Ce point d'évanouissement de la logistique, de la séparation entre organisateurs et organisés, on peut dire que nous l'avons vécu assez continûment durant ces deux jours, et ce fut une grâce ! Si la fête a été réussie, c'est que, plus qu’une fête, elle fut une promesse vivante projetée sur l’avenir, l’ouverture délibérée d’une brèche dans le cours programmé des défaites et des renoncements.

 

Un des moments les plus magiques fut celui du banquet le vendredi soir, qui rassembla à la même table plus de 600 convives. Est-il si courant en ce bas monde, qu’un groupe de cinquante personnes sans moyens particuliers, s’offrent la compagnie de tant d’invités, illustres ou anonymes, sans devoir les faire passer à la caisse ?

 

Est-il si courant par ailleurs que se tienne un événement procédant d’autant de talents conjugués, réunissant tant d’intervenants, d'efforts cumulés, de concours spontanés et d’aides matérielles gracieuses, sans que personne ne songe à en tirer un euro ?

 

Retour du politique …

 

Les Nuits du 4 août, ce fut aussi tellement d’heures de prises de parole et de discussions passionnées, qu’il est presque impossible d’en faire la synthèse. Retenons seulement quelques points :

 

-          Des centaines de personnes ont réussi à parler et débattre politiquement, deux jours durant, sans se référer à aucun des partis existants, fût-ce pour les conchier. Cela est signe qu'une vie politique arrive à maturité, qui ne doit rien au théâtre des institutions : la scène politique n'est à l'évidence plus le lieu du politique, mais de son occultation.

 

-          Il semble qu'à mesure que le politique déserte la scène, ce soit à même les territoires, donc localement, que le conflit resurgisse, avec une vigueur et une résolution inédites. Comme actuellement dans le Val de Suse en Italie.

 

-          L'exemple tunisien nous enseigne que le principal piège qui est tendu aux révolutionnaires de ce temps, quand ils parviennent à faire trébucher le régime, est l'illusion, issue de la Révolution Française, d'un « processus constituant ». C’est-à-dire l'idée que l'on pourrait à nouveau déléguer à une assemblée élue, à une « Constituante », le soin de fixer les conditions modernisées de l'usurpation du pouvoir du peuple par un nouveau régime. Ces processus constituants ont pour principal effet de désarmer le peuple en redivisant ce qui avait réussi à s'unir au moment de la révolte, effaçant jusqu'aux traces de celle-ci.

 

-          Sous toutes sortes de formes, ce qui revient au centre des combats de l'époque est la question de la « démocratie », c'est-à-dire de son caractère problématique.

 

-          Devant la démonstration assénée par Fukushima, le mouvement anti-nucléaire est à la veille d'une renaissance. La France ne sera pas épargnée.

 

-          Au terme de ces deux jours de discussion, la confusion reste grande sous le ciel et dans les esprits. De futures initiatives devraient contribuer à la résorber.

 

S’organiser contre les « organisations » …

 

Par leur déroulement même, les Nuits du 4 août ont au moins prouvé ceci :

 

-          Un collectif, en s'organisant pratiquement, parvient à faire de la pluralité des sensibilités une source de richesse, et non de paralysie et de querelles.

 

-          L'époque est bien notre condition commune. Il est possible de se ressaisir de l'époque localement sans que ce qui se passe au loin, dans le temps ou dans l'espace, ne soit traité comme une chose exotique, comme simple objet de curiosité.

 

-          En dépit de l'extrême séparation régnant dans cette société, notre aptitude à nous organiser collectivement est à peu près intacte, comme restent bouleversantes les joies qui en découlent.

 

-          Au prix d'un peu d'entêtement, et malgré l'hostilité des autorités, on peut organiser de grandes choses à quelques-uns, sans rien attendre de personne. La satisfaction est alors à la mesure des risques pris.

 

Faire mentir les bonimenteurs …

 

Si les Nuits du 4 août sont parvenues à démontrer quelque chose, c’est avant tout que « la guerre de tous contre tous » n’est qu’une chimère dans l’imaginaire ravagé des Pouvoirs. Si nous sommes parvenus à rassembler 2000 personnes au fin fond du plateau de Millevaches, à partir d’une plateforme de révolte et d’exhortation au combat - en restant par ailleurs convaincus que nous aurions pu en faire dix fois, voire cent fois plus, si nos forces l’avaient permis - c’est simplement que le peuple réel diffère fondamentalement de ce qu’en reflètent les télévisions.

 

Le peuple réel est tout autre chose que ces visions de foules hagardes que l’organisation dominante convoque dans ses espaces sous contrôle : pour un rallye, un match de foot, un bain de soleil sur une plage, une quelconque grand-messe du showbiz ou de la culture, ou dans la galerie marchande du samedi après-midi.

 

Quand l’impossible ne peut qu’advenir…

 

Non, la détermination populaire et la vie qui résistent n’ont pas été éradiquées. Elles restent entières, contrairement à ce que martèlent, toujours prompts à vendre la peau de l’ours, tenants et valets d’un système dont ils sont les seuls à s’éblouir.

 

Si, au fond, les Nuits du 4 août ont pu s’envisager et se dérouler avec cette texture si singulière, c'est que « el imposible no puede que ocurrir ». Ce qui était perceptible là, c’était non le caractère exceptionnel des organisateurs, mais bien celui des circonstances historiques dans lesquelles nous vivons.

 

Tout reste donc à faire !

 

Des membres du collectif « Les nuits du 4 août »

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25/08/2011

Henri Chazé – Le crime des bagnes nazis : le peuple allemand est-il coresponsable ? (1945)

 

J’ai été interné pendant dix-huit mois à Fresnes par les autorités allemandes, puis déporté pendant deux ans au camp de concentration d’Oranienburg (commando Heinkel). J’ai eu la chance de survivre, et même de revenir sans maladie grave, alors que la plupart de mes camarades rescapés ont dû entrer en sana, ce qui me permet, après quelques mois de repos, de reprendre la vie normale.
J’ai connu, jusqu’à l’hallucination, la lancinante torture de la faim dans une cellule de Fresnes, l’affolante existence de l’être vivant qui ne peut ni parler, ni lire, ni écrire, ni fumer, ni chanter, ni même siffler, et qui reste toujours effroyablement seul avec lui-même. J’ai connu ensuite l’intolérable promiscuité du camp de concentration, les coups, les vexations et les brimades, la vie infernale de troupeau, les treize heures de travail quotidien, les pénibles alertes de nuit pendant lesquelles nous grelottions sous les sapins du camp, et encore la faim, la faim qui peu à peu nous réduisait à l’état de squelettes, de « musulmans » comme nous disions, et puis le froid, le froid toujours, dans l’atelier, dans les dortoirs, dehors sur la place d’appel. Enfin pour finir, l’évacuation forcée, cette marche de plus de 200 kilomètres, sans presque manger, avec l’horrible vision, tout au long de la route, des cadavres de camarades descendus par les SS parce que ne pouvant plus avancer, des cadavres de ceux qui, les nuits, mouraient d’épuisement et de froid aux étapes, avec l’angoissante impression que j’étais aussi à bout de forces et que mon tour pouvait venir.
Tout cela, et bien d’autres souffrances morales et physiques, je l’ai éprouvé comme tous les rescapés des Kz. Je ne veux point pleurer sur ces souffrances. Militant révolutionnaire, j’ai toujours été conscient des risques inhérents à la lutte à laquelle j’avais entrepris de participer. Je n’ai donc pas à me plaindre.
Cependant, il n’y avait pas que des militants révolutionnaires dans le camp ou en prison, nous n’étions même qu’une minorité. Aussi ai-je davantage souffert des souffrances de ceux qui n’étaient pas moralement prêts à subir tant de tourments. Certes, il est dur d’être frappé sans pouvoir riposter, mais il est encore plus pénible de voir frapper un autre sans pouvoir se jeter sur le lâche agresseur. Sans aucun doute, les interminables dimanches de Fresnes furent sombres, mais plus douloureux encore étaient les longs sanglots, les crises de désespoir, les manifestations de demi-démence des camarades des cellules voisines. Je me demande maintenant comment j’ai pu vaincre la contagion de ces défaillances collectives et affronter le danger des punitions pour crier aux plus déprimés quelques phrases apaisantes et réconfortantes.
Puis-je comparer ma misère à celle des pauvres gosses polonais et ukrainiens du « Block des Jeunes » de notre Kz ? Il y eut, fin 1944, jusqu’à des bambins de huit à neuf ans dans ce block ! Et tous ceux qui avaient plus de treize ans travaillaient avec nous à l’atelier, ces pauvres « Lehrling », proies faciles des capos pédérastes, nous les voyions lentement se dépraver sous nos yeux, périr lentement de faim et de fatigue, et nous pouvions leur donner si peu !
Oh ! oui, les camps de concentration sont une telle atrocité qu’il y a lieu de poser la question : qui sont les responsables ? Bien entendu, les dirigeants nazis d’abord, leurs exécutants SS ensuite, et enfin tout le parti national-socialiste. Mais, tant en prison qu’au camp, je me suis parfois demandé si les soldats de la Wehrmacht qui nous gardaient à Fresnes, si les ouvriers civils allemands qui nous commandaient à l’atelier, chez Heinkel, si le peuple allemand dans son ensemble n’était pas coresponsable des crimes nazis.

la suite sur Espace contre Ciment

 

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« La déontologie ? Cela n'existe pas »

via l'humanité.fr - 11 Février 2005

« La déontologie ? Cela n'existe pas »

Souvenez-vous. Début 2004, un mystérieux groupe AZF menace de faire sauter des bombes le long des voies ferrées, communiquant avec le ministère de l'Intérieur par le biais de petites annonces paraissant dans Libération, se donnant du « Suzy » et du « Mon gros loup ». Éclipsé par les attentats de Madrid, le groupe disparaîtra aussi vite qu'il sera apparu. Ce dont on se souvient moins, c'est le traitement médiatique, avec, de la part de la place Beauvau, un fax intimant aux rédactions de garder le silence. Retour sur cette affaire à laquelle Élise Galand et Romain Icard, journalistes de Pièces à convictions (France 3) ont consacré un ouvrage.

Qu'est-ce qui vous a surpris, de prime abord ?

Élise Galand. D'abord, le silence des sources avec lesquelles les « faits-diversiers » sont en contact permanent. Un silence assourdissant qui ne peut que mettre la puce à l'oreille.

Arrive alors le fameux fax du ministère de l'Intérieur...

Élise Galand. Une première dans l'histoire de la presse ! Depuis Peyrefitte, on n'avait jamais vu ça. Un fax du ministère de l'Intérieur révélant l'affaire AZF à l'ensemble des rédactions tout en leur demandant de garder le silence ! Ce qui va à l'encontre de notre vocation première.

Romain Icard. C'est surtout complètement schizophrène et assurément voué à l'échec : une nouvelle preuve que Sarkozy ne savait pas comment réagir.

Élise Galand. Même si agir ainsi était une manière pour les autorités de se dédouaner et de refiler la patate chaude aux médias...

Plus surprenante encore est l'attitude de ces derniers, acceptant d'obéir !

Élise Galand. On n'est pas là pour faire la leçon. D'autant que certains n'étaient même pas au courant de l'affaire avant de recevoir le fax. De fait, la seule publication à avoir brisé le silence, c'est la Dépêche du Midi. Son patron a demandé à Claude Guéant - le chef de cabinet de Sarkozy - si c'était vrai. Et comme ça l'était, il a fait le choix de publier. Position intermédiaire : celle d'Europe 1 qui, dans son premier bulletin, évoquera l'affaire sans qu'elle figure dans les titres. Ceux qui n'ont pas publié diront qu'ils n'avaient pu réunir assez d'info pour recouper. Mais une fois l'affaire divulguée, tout le monde s'y mettra...

Quid de l'attitude, par exemple, du journaliste de l'AFP affecté place Beauvau ?

Élise Galand.

Nous n'avons pas voulu le stigmatiser. Il a choisi de ne pas être le premier à révéler l'affaire. Mais il lui aurait été beaucoup plus simple d'avouer qu'il ne voulait pas se griller durablement avec sa source. Et par là même couper le robinet pour tout le monde.

Au fait, c'est Libération qui est le premier au parfum. Pourquoi rester silencieux ?

Romain Icard. Parce qu'ils avaient le cul entre deux chaises. Car, sans que la rédaction ne soit toute de suite impliquée (et donc quasi à leur corps défendant), ils ont servi de lien par le biais des petites annonces.

Quel regard sur l'ire des médias envers la Dépêche du Midi ?

Élise Galand. Les critiques ont été en effet particulièrement virulentes à son égard de la part des quotidiens nationaux. Ce qui a permis à la Dépêche du Midi de renverser l'idée selon laquelle la presse locale serait à la botte du pouvoir. Là, c'était plutôt l'inverse. Seule voix dissonante, l'Humanité qui s'est interrogée sur un ministère donnant des ordres aux journaux... Mais, dans la bataille d'éditorialistes, le problème de fond n'a jamais été abordé. Et vite occulté puisque, quelques jours plus tard, des bombes exploseront à Madrid.

Romain Icard. La violence des critiques à l'égard de la Dépêche tient à une seule chose : c'est que ce journal a eu le courage de faire ce que les autres n'ont pas fait. Il est d'ailleurs aberrant de parler d'irresponsabilité lorsqu'un journal n'a fait que divulguer une information qu'il avait. Mais de fait, la problématique change lorsque ce n'est plus une source qui dit à un journaliste de ne pas sortir une info mais le directeur d'un cabinet ministériel - qui plus est, celui de Sarkozy... - qui contacte directement les directeurs de l'info pour leur dire de se taire. Surtout en jouant non pas sur une question de droit mais sur la corde sensible. Sauf qu'après ça, on se demande où sont les limites...

Quelle analyse globale faites-vous de cette affaire ? Sur la relation des journalistes à leurs sources et au pouvoir ?

Élise Galand. Pour ce qui est des sources, il est clair que l'on va difficilement se mettre en froid avec des interlocuteurs comme le ministère de l'Intérieur, étant donné qu'il faut son aval pour la moindre interview de policier. Et l'on sait que le travail des enquêteurs sera plus difficile une fois l'affaire révélée, car, par la suite, il y aura la pression de l'opinion publique. Même si, par exemple, les lecteurs de la Dépêche ont approuvé à plus de 80 % l'attitude de leur journal et qu'il n'y a pas eu de « psychose ». Pour ce qui est du rapport aux autorités, plutôt qu'un parallèle avec les « conseils » d'un Chirac sur l'envoi de journalistes en Irak, je ferais un parallèle avec les perquisitions au Monde et à l'Équipe pour savoir d'où viennent les fuites dans l'affaire Cofidis. Se pose concrètement la question du droit de la presse. Or, là, soyons clairs : nous, journalistes, sommes tous dans l'illégalité. Car, quotidiennement, nous ne respectons pas le secret de l'instruction ou de l'enquête.

Romain Icard. Et comment faire autrement ? ! Si vous parlez des affaires une fois qu'elles sont jugées, vous avez loupé le coche. La loi est tout bonnement mal faite. Mais ce que cela m'inspire plus globalement, c'est le silence de la profession et son absence de mémoire. Pour parler de terrorisme, faudrait-il attendre qu'il y ait mort d'homme ? D'autant que ceux osant dire qu'ils n'avaient pas assez d'infos savent aussi bien que nous que, pour en avoir, il faut s'en donner les moyens. Par ailleurs, beaucoup semblent avoir oublié ce qui s'est passé. Non seulement l'attitude du ministère mais ce qu'aura été cette affaire. Sans parler de Claude Guéant considérant que ce sont les révélations de la Dépêche qui ont fait capoter l'enquête.

Et qu'en est-il de la déontologie des journalistes ?

Romain Icard. C'est bien simple : elle n'existe pas. On a des droits, parfois des devoirs. Mais toujours pas de code de déontologie.

Élise Galand. Il est clair qu'on pointe souvent du doigt les dysfonctionnements de la police, de la justice, des hôpitaux, etc. Mais il est très rare que les journalistes s'interrogent sur leur propre pratique. Et ça manque cruellement.

Romain Icard. Et, honnêtement, vous avez déjà vu un journaliste faire son mea culpa ? Pourtant, ce serait bien utile. Ne serait-ce que pour éviter certaines dérives. Ou certains dérapages médiatiques...

Entretien réalisé par Sébastien Homer

Suzy contre mon gros loup, Éditions Privé, 2005, 250 pages, 18 euros.

 

 

09:05 | Lien permanent | Commentaires (1) |

24/08/2011

Article sur votre blog : A propos d'Histoires secrètes d'Action Directe, documentaire de Romain Icard

courriel reçu hier :

Bonjour,

 

Je vous contacte après un email reçu suite à l’article suivant :http://probe.20minutes-blogs.fr/archive/2009/11/02/pour-l...

 

On nous a averti de la possibilité d’un dépôt de plainte si cet article datant de 2009 n’était pas retiré de votre site.

20 Minutes n’est pas responsable du contenu des blogs des internautes, ce sont les auteurs qui le sont. (« L’internaute inscrit reconnaît et accepte que 20 Minutes n'assume et ne supporte aucune responsabilité du fait des Contenus et s'engage à garantir 20 Minutes dans les conditions détaillées à l'article "Droits et obligations des Inscrits" des présentes conditions générales d'utilisation » (http://www.20minutes.fr/cgu.php) nous souhaitions, simplement, et en toute transparence, vous informer à propos de cette information et ce risque.

Pouvez-vous nous dire rapidement si vous souhaitez supprimer l’article du site ou le conserver?

 

Souhaitez-vous que nous communiquions votre adresse email pour que vous puissiez communiquer ensemble là-dessus ?

 

Voici le message reçu : « Ce texte est, selon mes défenseurs, diffamatoire en plusieurs points. Qui plus est au niveau professionnel. Vous n'êtes pas sans savoir que la législation me serait favorable en cas de procédure. Aussi, je vous demande instamment de bien vouloir faire disparaître ce texte de ce blog le plus rapidement possible. »

 

Je vous en remercie,

 

Cordialement,

Cédric #######

Responsable de Communauté

Lien vers l'article : http://endehors.net/news/a-propos-d-histoires-secretes-d-action-directe-documentaire-de-romain-icard

Icare rit ?

07:33 | Lien permanent | Commentaires (0) |

16/08/2011

Eichhoernchen : question juridique

Bonjour Cécile,

suite à article sur tes actions via article 11, j'ai fait quelques recherches et suis tombé sur un tchat sur le net (février 2011) où tu dis ne pas faire appel à une legal team (ni à la rhote hilfe ?).

Comment cela se passe-t-il ? Il n'est pas obligatoire d'avoir un avocat pour ta défense en Allemagne ?

J'ai un peu répondu à ta question dans l'article que je viens de mettre
en ,ligne où je parle de procès suite à es actions antinucléaires.
http://blog.eichhoernchen.fr/post/sortie-du-nucleaire-c-e...

Je cite mon texte:

dans la plupart des cas je me défends seule, sans avocat. En Allemagne
on a au pénal - au civil c'est différent - un avocat commis d'office que
si les questions juridiques posées par l'affaire sont particulièrement
complexe et qu'il n'y a pas de jurisprudence dessus ou si le procureur
annonce qu'il veut requérir plus d'un an de prison à l'encontre de
l'accuséE. En cas 'accusation pour infraction ou délit mineur, la taille
du porte-monaie et les possibilités de trouver du soutien déterminent
les possibilités de défense. Le procès classique d'un accusé non juriste
sans avocat est expédié en dix minutes... Alors avec moi... ben non
c'est pas comme cela que cela marche. En général je me défends seule par
choix. Parce que j'estime que les ressource financières des mouvements
politiques et de solidarité - somme toute assez maigres - peuvent être
investies de façon plus intelligente que dans des frais d'avocat et de
procédure (je ne paie pas non plus les frais de procédure, l'huissier
n'a rien trouvé à saisir dans ma roulotte... vive la décroissance! J'ai
pas envie de poser des trucs de grosse valeur aux yeux des capitalistes !!!)
[...]
Alors oui, je me défends seule, mais pas n'importe comment. Au fil du
temps je me suis auto-formée seule et avec des amiEs engagés dans des
équipes d'entre-aide juridique. Et les paragraphes utiles pour une
utilisation subversive des textes... je les connais... C'est un mélange
d'argumentaire sérieux ( par exemple Etat de nécessité et tous les
moyens de preuves qui vont avec) et de jeu sur la procédure (Requête
pour collusion, requête pour une autre disposition de l'espace - et si
on s'asseyait en cercle? - etc.) Le tout parfois accompagné par un
public quelque peu désobéissant, parfois des clowns, etc. (quand une
personne se fait sortir, je pose une requête pour qu'elle revienne,
etc.) Nous appelons cela ici "kreative Antirepression". Et cela ne plait
pas aux porteurs de robe... ils réagissent souvent par... l'enfreinte de
leurs propres textes pour pouvoir passer à la suite. Un poème anonyme
que j'ai trouvé en allemand le décrit bien: " ce sont leurs règles,
qu'ils enfreignent tout le temps, pour maintenir leur système en vie, ce
ne sont pas mes règles, ce n'est pas mon système".
[...]

A l'intérieur on ne s'entendait plus... Et puis ensuite nous avons
demandé à ce que nos défenseurs non professionnels soient acceptés . Un
paragraphe permet à des non professionels d'être défenseurs, si
certaines conditions sont remplies. J'ai déjà joué défenseur dans le
procès d'amis... Le pourquoi comment, j'expliquerai ca dans le prochain
texte sur les perspectives, car c'est un sujet sur lequel nous
travaillions. Une forme de réappropriation du procès pas les militantEs...


voilà pour le moment.

Cécile



17:45 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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