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11/03/2011

Article 11 n°3

12:04 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Lyon 2 abandonne la bibliothèque numérique Persée

Depuis quelques jours, le programme national de numérisation, de traitement documentaire, de diffusion et de valorisation scientifique est tombé sous le coup d'une décision prise par l'université Lumière Lyon 2. Son arrêt, pur et dur.

Depuis le 7 février dernier, le programme PERSÉE va donc prendre fin, sans que personne n'ait été averti, puisque ni le personnel, ni la direction n'ont été invités à une discussion. La convention-cadre qui unissait l'université au programme sera définitivement arrêtée au 10 mai 2011. Passée cette date, votre ticket n'est plus valable.


Une pétition a été lancée pour sensibiliser le public à cette décision. « L'ensemble des personnels du programme PERSÉE ne comprend pas la précipitation de la direction de Lyon 2. Aucune information n’a précédé cette décision. Aucune discussion n’est proposée par la direction de l’université. Aucune solution ne garantit la continuité des activités du programme et la préservation de l'équipe PERSÉE en raison du trop court calendrier imposé par Lyon 2. » (voir la pétition)

Cette dernière liste des conséquences plutôt catastrophiques dans le domaine :
  • La fermeture du portail www.persee.fr et la disparition d’un outil utilisé par des millions de chercheurs et d’étudiants.
  • Un formidable gâchis d’argent public : le ministère - avec Lyon 2 - a initié le programme PERSÉE et le finance depuis 8 ans. Ce soutien a permis de constituer un fort capital technique et de développer des savoir-faire spécifiques.
  • L’éclatement de l’équipe PERSÉE et la dispersion de compétences vitales pour le programme. Les vacataires et les contractuels (85% de l'effectif) sont les premiers touchés. La direction de l’université Lyon 2 a d’ores et déjà refusé de renouveler les contrats de vacations au-delà du 10 mai 2011.
La bibliothèque numérique scientifique francophone, fondée en 2005, dispose aujourd'hui de 350.000 documents consultables gratuitement. Avec 3,6 millions de documents téléchargés et 19,5 millions de consultations durant l'année passée, PERSÉE représente également un outil de recherche et de publication pour des éditeurs et des universités.

Pourtant, la présidence de l'université ne semble pas s'affoler plus que cela. Selon elle, c'est le Pôle de recherche et d'enseignement supérieur de l'université qui prendra le relais. D'autant que tous les contrats des personnes actuellement employées sont poursuivis - à savoir trois fonctionnaires et 21 contractuels et vacataires.

Cependant, la décision de Lyon 2 est motivée par des coûts opérationnels et structurels qui font plonger dans le rouge en permanence. Et à ce titre, si le projet est si important que cela, Lyon 2 estime qu'il n'est pas de son ressort de supporter seul le financement.

Cité par l'AFP, le syndicat FO estime que ce choix « met en cause les disciplines des sciences humaines et sociales, déjà fragilisées par les réformes ministérielles ». Selon eux, le programme « doit rester dans le cadre du service public ».

Rédigé par Cecile Mazin, le vendredi 11 mars 2011

pris chez www.actualitte.com - 11/03/2011

8148 ***** fred france

10:36 | Lien permanent | Commentaires (0) |

04/03/2011

Requiem pour une conne

De Tarnac à Tunis, tombeau pour une ministre

à lire sur UHD

11:53 | Lien permanent | Commentaires (0) |

25/02/2011

Gianfranco Ragona – Le pacifisme anarchiste de Gustav Landauer - 2006

extrait :

Chacun, selon lui, porte en soi un savoir transmis par les générations précédentes et appartenant à l’espèce : « Les personnes ne réussissent pas à penser leurs idées, elles cachent en elles-mêmes des connaissances infinies et une secrète sagesse, mais elles ne réussissent pas à les mettre en œuvre. [18] » Dans ce savoir générique se retrouve le désir de paix, écrasé par la société capitaliste moderne et par l’État, puisque les travailleurs ne sont plus en état d’agir de manière autonome et d’affirmer leurs intérêts et leurs valeurs. De façon critique envers la politique, il situa la cause de cette situation dans la séparation entre travail manuel et travail intellectuel ; elle a pour conséquence que la majeure partie du peuple ne peut plus réfléchir à l’intérêt général :
« Les ouvriers pensent lentement ; chez leurs parents on pensait avec lenteur et l’école ne les a pas améliorés, elle ne les a pas entraînés. Leur pensée est restée emprisonnée et ils ont toujours jugé favorablement la possibilité d’attribuer à d’autres la tâche de penser à leur place. Ceci, seulement ceci, est la cause du malheur dont nous parlons : le système de la délégation ! »

 

à lire chez Espace contre Ciment

 

12:28 | Lien permanent | Commentaires (0) |

24/02/2011

Paris-Texas, une proposition politique des mis en examen de Tarnac

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Article paru dans l'édition du 25.02.11

Paru sur Le Monde, le 24 février 2011.

"Printemps des peuples arabes", "révolution en marche", "transition démocratique", "fin de la dictature". Les grandes machines discursives sont de sortie. Il n'en faut pas moins pour parvenir à présenter le renversement des régimes pro-occidentaux du Maghreb comme de nouvelles victoires de l'Occident, et le triomphe inespéré de ses valeurs.

La fièvre révolutionnaire qui s'est récemment emparée des plus prudents éditorialistes témoigne d'abord de l'intense réaction immunitaire à quoi l'événement accule le discours dominant. On répond par un violent accès d'orientalisme à la nécessité de disposer, au plus vite, entre nous et les bouleversements en cours, un solide cordon sanitaire. On s'émerveille de ces "révolutions" pour mieux esquiver les évidences qu'elles nous jettent au visage pour mieux dissoudre le trouble qu'elles suscitent en nous.

Faut-il qu'elles soient précieuses, les illusions qu'il s'agit d'ainsi préserver, pour que l'on se répande partout en pareilles apologies de l'insurrection, pour que l'on décerne la palme de la non-violence à un mouvement qui a brûlé 60 % des commissariats égyptiens. Quelle heureuse surprise de soudain découvrir que les principales chaînes d'information sont entre les mains des amis du peuple !

Or voilà : si les insurgés de l'autre côté de la Méditerranée disent : "Avant, nous étions des morts-vivants. A présent, nous nous sommes réveillés", cela signifie en retour que nous, qui ne nous insurgeons pas, nous sommes des morts-vivants, que nous dormons. S'ils disent : "Avant, nous vivions comme des bêtes, nous vivions dans la peur. A présent, nous avons retrouvé confiance en nous, en notre force, en notre intelligence", cela signifie que nous vivons comme des bêtes, nous qui sommes si évidemment gouvernés par nos peurs.

Ceux qui peignent aujourd'hui aux couleurs les plus lugubres l'impitoyable dictature de l'atroce Ben Ali ne le trouvaient-ils pas hier encore si fréquentable ? Il faut donc qu'ils mentent aujourd'hui, comme ils mentaient hier. Le tort de Michèle Alliot-Marie réside d'ailleurs là : avoir dévoilé en quelques phrases à l'Assemblée nationale que, derrière tant de dissertations d'écoliers sur la différence entre leurs dictatures et nos démocraties, se cache la continuité policière des régimes; en quoi les uns sont certes plus experts et moins grossiers que les autres.

On peut détailler ad nauseam la brutalité de la répression sous Ben Ali. Il n'en reste pas moins que les doctrines contre-insurrectionnelles – l'art d'écraser les soulèvements – sont désormais la doctrine officielle des armées occidentales, qu'il s'agisse de les appliquer en banlieue ou dans les centres-villes, en Afghanistan ou place Bellecour à Lyon. Le feuilleton hebdomadaire des petits mensonges et des misérables combines de Mme Alliot-Marie ne saurait effacer le véritable scandale : avoir traité de "situation sécuritaire" une situation révolutionnaire. Si nous n'étions pas occupés à tresser des couronnes de jasmin ou de lotus aux révoltes du Maghreb, peut-être n'aurions-nous pas déjà oublié que Ben Ali, quatre jours avant de disparaître dans les poubelles de l'histoire, avait parlé des émeutes de Sidi Bouzid comme d'"impardonnables actes terroristes perpétrés par des voyous cagoulés". Ou que son successeur a cru apaiser la colère du peuple en annonçant comme première mesure l'abrogation de "toutes les lois antidémocratiques", à commencer par les lois antiterroristes.

Si nous refusons de tenir pour miraculeux l'enchaînement qui mène de l'immolation de Mohamed Bouazizi à la fuite de Ben Ali, c'est que nous refusons d'admettre comme normale, à l'inverse, l'indifférence feutrée qu'a partout rencontrée pendant tant d'années la persécution de tant d'opposants. Ce que nous vivons, nous et une certaine jeunesse politisée, depuis trois ans, y est certainement pour quelque chose. Dans les trois dernières années, nous dénombrons en France plus d'une vingtaine de camarades qui, toutes tendances confondues, sont passés par la case prison, dans la plupart des cas sous prétexte d'antiterrorisme et pour des motifs dérisoires – détention de fumigènes, introduction de glu dans des distributeurs de billets, tentative ratée d'incendie de voiture, collage d'affiches ou coup de pied.

Nous en sommes arrivés en janvier au point où la magie du signalement sur le fichier des "anarcho-autonomes" a mené une jeune femme en prison – pour un tag. Cela se passe en France, et non en Russie, et non en Arabie saoudite, et non en Chine.

Chaque mois désormais, nous apprenons qu'un nouveau camarade a été prélevé en pleine rue, que l'on a intimé à telle amie, après bien d'autres, de devenir indic en échange de l'impunité ou d'un salaire ou de conserver son poste de professeur, que telle connaissance a, à son tour, basculé dans la dimension parallèle où nous vivons désormais, avec ses cellules miteuses, ses petits juges pleins de haine rentrée, de mauvaise foi et de ressentiment, avec ses insomnies, ses interdictions de communiquer, ses flics devenus des intimes à force de vous épier. Et l'apathie qui vous gagne, l'apathie de ceux qui vivent "normalement" et s'étonnent, l'apathie organisée.

Car c'est une politique européenne. Les rafles régulières d'anarchistes en Grèce ces derniers temps le prouvent. Aucun régime ne peut renoncer au broyeur judiciaire, quand il s'agit de venir à bout de ce qui lui résiste. La culpabilité est une chose qui se produit. Comme telle, c'est une question d'investissement, financier, personnel. Si vous êtes prêt à y mettre des moyens hors normes, vous pouvez bien transformer une série de faux procès-verbaux, de faux témoignages et de manœuvres de barbouzes en dossier d'accusation crédible.

Dans l'affaire dite de Tarnac, la récente reconstitution de la nuit des sabotages, si longtemps réclamée par la défense, en a administré le plus bel exemple. Ce fut un de ces moments d'apothéose où éclate, jusque dans les détails les plus infimes, le caractère de machination de toute vérité judiciaire. Ce jour-là, le juge Fragoli a su occulter avec art tout ce qui démontre l'impossibilité de la version policière. Il devenait subitement aveugle dès que l'indocile réalité contredisait sa thèse. Il a même réussi à mettre les rédacteurs du faux PV de filature à l'abri de la contradiction, en les dispensant d'être là. Et cela était en effet superflu, puisque tout ce petit monde s'était déjà transporté sur les lieux, une semaine auparavant, en privé et en douce.

A dire vrai, qu'il ait fallu contrefaire la reconstitution suffit à montrer que le procès-verbal lui-même était contrefait. C'est sans doute cela qu'il a fallu abriter des regards en bouclant la zone par des murs de gendarmes appuyés de brigades cynophiles, d'hélicoptères et de dizaines de brutes de la sous-direction antiterroriste.

A ce jour, il en aura coûté quelques millions d'euros pour transformer en instruction bien ficelée des fantasmes de flics. Il importe peu de savoir à qui, pour finir, on imputera les actes qui furent le prétexte de notre arrestation. Quant à nous, nous plaignons d'ores et déjà le tribunal qui aura à faire passer pour du terrorisme la pose de quelques innocents crochets, maintenant que bloquer les flux est devenu le moyen d'action élémentaire d'un mouvement de masse contre la réforme des retraites.

Le silence frileux des gouvernants européens sur les événements de Tunisie et d'Egypte dit assez l'angoisse qui les étreint. Le pouvoir tient donc à si peu. Un avion décolle et c'est tout un édifice de forfaiture qui tombe en miettes. Les portes des prisons s'ouvrent. La police s'évanouit. On honore ce qui hier encore était méprisé, et ce qui était l'objet de tous les honneurs est maintenant sujet à tous les sarcasmes. Tout pouvoir est assis sur ce gouffre. Ce qui nous apparaît, à nous, comme démence sécuritaire n'est que pragmatisme policier, antiterrorisme raisonné.

Du point de vue du gestionnaire de situations sécuritaires, l'ordre public n'aurait jamais été ébranlé, et Ben Ali serait encore tranquillement président, si l'on avait réussi à neutraliser à temps un certain Mohamed Bouazizi.

C'est à l'évidence, dans les banlieues comme dans les mouvements de révolte, la chasse aux Bouazizi, aux fauteurs d'insurrection potentiels qui est lancée, et c'est une course contre la montre; car, de Ben Ali à Sarkozy, qui règne par la peur s'expose à la fureur.

Monsieur le président, il y a des ranchs à vendre au Texas, et votre avion vous attend sur la piste de Villacoublay.

 

Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Matthieu et Yildune,
sont les dix personnes mises en examen dans l'affaire dite "de Tarnac"
pris chez UHD ce soir

21:15 | Lien permanent | Commentaires (0) |

10/02/2011

« Dix ans et toutes mes dents » (par Denis Robert)

Le jeudi 3 février 2011, Denis Robert a été blanchi par la Cour de cassation de sa condamnation pour deux de ses livres (Révélation$ et La Boîte noire) et un documentaire (Les Dissimulateurs), diffusé sur Canal Plus. Une victoire, gagnée contre Claerstream, mais aussi contre ceux qui, à l’instar de Philippe Val et d’Edwy Plenel, avaient tenté de discréditer son travail ou multiplié les soupçons, à l’instar de la presse bien pensante. Nous y reviendrons.

Sans dissimuler notre plaisir, nous publions, avec l’autorisation de l’auteur, le texte que Denis Robert a adressé à ses amis. (Acrimed)

Dix ans et toutes mes dents

Note pour mes amis et les amis de mes amis qui ont la mémoire embrouillée et me demandent des détails sur les jugements de la cour de cassation qui viennent de tomber. D’abord vous dire qu’ils mettent un terme une longue bataille judiciaire et qu’ils m’enchantent.

Depuis dix années que Révélation$ est sorti (28 février 2001), de nombreuses plaintes ont été déposées contre mon éditeur, les chaînes qui ont diffusé mes films, de nombreux journaux et contre moi. Une soixantaine en tout, dans plusieurs pays, en comptant les procédures pénales et les constitutions de partie civile.

Parmi ces plaintes, une dizaine émanait de la Banque Générale de Luxembourg et une vingtaine a été lancée par la Menatep une banque russe liée à la mafia. Je peux dire que globalement j’ai gagné tous ces procès.

La Chambre de Compensation luxembourgeoise Clearstream a diligenté une grande partie des autres procédures. Leur stratégie a été essentiellement basée sur la calomnie, une extrême mauvaise foi, le harcèlement, l’acharnement et l’intimidation.

Cette stratégie, loin du droit, échoue lamentablement aujourd’hui, pour laisser place à la justice et au journalisme. Une victoire sans tambour, ni trompette. Une victoire gravée dans le marbre. Un souvenir de victoire bientôt. Peu importe. Cette décision ouvre d’intéressantes perspectives. Clearstream ne pourra plus faire comme avant…

Une vingtaine de plaintes ont été déposées par la multinationale en France, en Belgique, au Luxembourg, occasionnant des centaines de visites d’huissiers à mes domiciles. Passé les limites, je ne compte plus.

J’ai perdu quelques procès (en particulier pour des interviews à des journaux, je pense à Sud Ouest ou VSD). J’en ai gagné (Nouvel Obs, le Point, « Tout le monde en parle » sur France 2). J’aurais pu et j’aurais dû, si j’avais eu les moyens financiers, aller systématiquement pour toutes ces procédures jusqu’à la Cour de Cassation. Je ne l’ai fait que pour trois d’entre elles. Les plus importantes à mes yeux, puisque ces procédures concernaient les deux livres originels « Révélation$ », « La Boîte Noire » et « Les dissimulateurs », mon premier documentaire sur l’affaire.

Passons sur « Clearstream l’enquête » qui a occasionné une condamnation symbolique (mais onéreuse en frais de procédure) à Luxembourg, pour nous intéresser au reste…

Pour « Révélation$ » et « Les dissimulateurs » (mon premier documentaire diffusé en février 2001), j’ai été condamné en diffamation à hauteur d’un euro symbolique de dommages et intérêts en mars 2004, puis (en appel) à 1500 euros en octobre 2008, sans compter les frais de procédure.

Pour « La Boîte Noire » (sorti en octobre 2002), Clearstream a été déboutée et condamnée à me verser 3 500 euros de dommages et intérêts en première instance. Devant la Cour d’Appel (Paris, octobre 2008), j’ai été condamné à 1500 euros, sans compter les frais de procédures et de publication des décisions.

Je me suis pourvu en cassation. J’ai pris cette décision contre l’avis de nombreuses personnes, dont mon éditeur, Les Arènes et la chaîne Canal + qui ont refusé de poursuivre les procédures. Je ne les accable pas. De leur place, il leur était sans doute difficile d’aller au bout de la bataille à mes côtés. Certains auraient lâché avant.

Dans les jours qui ont suivi les décisions de la Cour d’appel, Clearstream a acheté une page dans le Monde pour proposer une transaction qui consistait à accepter ces condamnations contre la non-exécution des arrêts. En gros, le non paiement des sommes auxquelles j’étais condamné.

Il était impensable d’accepter un tel compromis, de renier mon travail, mon enquête. Il était indispensable sur les principes qui fondent ce que doit être le journalisme, de me battre jusqu’au bout pour obtenir une décision reconnaissant le droit. J’étais prêt à aller jusqu’à la Cour Européenne des Droits de L’homme s’il le fallait.

Je savais ce que j’avais vu et fait. J’avais intégré les enjeux de cette bataille. Un système financier sain au départ a été dévoyé, ouvrant d’incroyables possibilités de dissimulation. Mon enquête était, est, restera fondée. Mes écrits reposent sur des documents, des courriers, des listings, des microfiches, des témoignages filmés. Des éléments suffisamment probants qui ont permis de mettre à jour des comptes non publiés produisant de l’opacité, un système d’effacement de traces de transactions, la probabilité très forte d’une double comptabilité, des liens présumés entre Clearstream et l’Eglise de scientologie, l’hébergement de banques mafieuses, l’utilisation de Clearstream pour la mise en œuvre d’opérations occultes, l’absence totale de transparence et de contrôle, la complicité des auditeurs, le licenciement du personnel qui refusait de procéder à des manipulations comptables et de publier des bilans de fait maquillés… Mon enquête et la simple lecture de mes documents montraient, montrent que cette firme abritait plus de 6000 comptes ouverts dans des paradis fiscaux. Parmi ces comptes, des sociétés off shore, mais aussi des filiales de banques respectables. J’ai révélé que des multinationales pétrolières, agroalimentaires ou industrielles avaient également ouvert des comptes discrets à Clearstream. J’en passe et des dizaines.

Au delà du coup de projecteur sur cette firme, l’ensemble de ce travail explicitait les dérives inquiétantes du système financier international et révélait les contours d’une finance véritablement parallèle.

J’en savais beaucoup et je ne voulais pas me taire. Je restais persuadé que les juges de la Cour d’Appel ne m’avaient pas jugé comme il le fallait au vu des éléments du dossier.

L’appui de mes amis du comité et des mille huit cent quatre vingt six personnes ayant soutenu ce qui devenait un combat de longue haleine ont été déterminants.

Canal plus et mon éditeur ont été condamnés à mes côtés, mais Clearstream s’est retournée systématiquement vers moi. Le but n’était pas tant l’argent que la volonté de m’étouffer financièrement, de m’empêcher de poursuivre mes recherches et de me défendre.

Le moment de bascule a été l’affaire pénale dite « Clearteam 2 ». Celle mettant en cause Dominique de Villepin.

Clearstream s’est constituée partie civile dans cette procédure concernant les listings truqués. J’ai été mis en examen pour vol et recel en fin d’année 2006. Dès lors sans que je m’en rende compte, la suspicion a changé de camp. Les communicants de la firme et leurs avocats ont habilement utilisé cette seconde procédure pour influencer les juridictions dans les procès qui m’étaient faits.

Clearstream me présentait comme le pivot de cette nouvelle affaire qui n’avait aucun lien avec les litiges nous concernant. Tenter de ridiculiser mon travail ne suffisait plus, il fallait pratiquer l’amalgame et la confusion.

Combien de fois ai-je entendu les avocats de la firme ou des journalistes malveillants se moquer de « mes erreurs », m’appeler le « falsificateur » ou le « conspirationniste ». Tout cela a joué. Comme ont dû jouer les articles fielleux écrits par des procureurs à moustaches, des éditorialistes à deux balles, des concierges du net. Je sais, je ne devrais pas. Mais bon. Je pense aussi à certains politiques qui m’avaient épaulé et qui soudainement ont baissé les yeux.

J’ai arrêté mon blog. J’ai arrêté le contact frontal. Je suis resté zen. J’ai attendu que ça passe. J’ai été relaxé en janvier 2010. Cette décision pénale est définitive.

Pour le reste, j’ai attendu que des magistrats jugent, tranquillement. Loin du tumulte. C’est ce qui vient de se passer.

La Cour de cassation est la plus haute instance judiciaire française. Le dernier recours avant la Cour européenne des droits de l’homme. Je l’avais envisagé.

Chacun des trois arrêts qui me libère aujourd’hui et accable Clearstream est rédigé dans des termes clairs, précis et sans ambiguïté. La Cour de Cassation « autorise » les propos et les imputations contenues dans mes deux livres et mon documentaire.

La Première Chambre Civile de la Cour de Cassation, se fondant sur l’article 10 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, a rendu trois arrêts qui sonnent le glas à mes ennuis et ouvrent des brèches importantes chez ceux qui m’attaquaient.

C’est fondamental. Ça fera jurisprudence.

Les arguments retenus par la Cour de Cassation sont intégralement ceux développés par mes défenseurs Michel Zaoui, Bénédicte Litzler au cours des dix années de procédure. Ces arguments ont été plaidés par Denis Carbonnier à la Cour de Cassation. Il s’agit d’une reconnaissance de la qualité de leur travail et du mien.

La Cour de Cassation a annulé mes trois condamnations du 16 octobre 2008 pour diffamation. Elle a explicitement reconnu « l’intérêt général du sujet » et le « sérieux de mon enquête ».

Tout le monde peut maintenant citer partout ce que j’avais écrit.

Dix ans pour mesurer l’aveuglement du dirigeant de Clearstream qui a porté plainte à l’origine contre moi. Ses successeurs n’ont pas démontré plus de clairvoyance puisqu’ils ont régulièrement relayé et encouragé ces plaintes.

Je ne sais pas ce que deviendront les informations contenus dans mes livres et mes films. Je ne sais pas ce que les Allemands qui ont racheté Clearstream en 2002 (suite à mon enquête) et qui ont forcément constaté ces dérives ont fait. La justice luxembourgeoise étant peu équipée pour traiter ces sujets et la justice européenne encore défaillante, je crains que le combat pour mettre un peu de rationalité et de contrôle dans cette banque des banques soit encore long. Pourtant ici plus qu’ailleurs, la question de la régulation du capitalisme se pose. Je rappellerai ce chiffre : Clearstream a annoncé en 2010 plus de dix trillions d’euros de valeurs enregistrées dans ses comptes. Dix mille milliards d’euros.

Pour revenir aux arrêts de la Cour de Cassation, toutes les demandes de Clearstream à mon encontre sont définitivement rejetées. Ils sont condamnés à me verser la somme de 9 000 euros au titre des frais de procédure et à me rembourser le montant de mes précédentes condamnations aujourd’hui annulées.

En ce qui concerne le préjudice financier et moral subi par moi pendant ces années, les trois affaires sont renvoyées devant la Cour d’Appel de Lyon. Je vais demander réparation aux dirigeants de la firme.

Par leur harcèlement, leur entêtement, leurs mensonges, leur acharnement judiciaire, Clearstream et ses communicants sont responsables de dix années à bien des égards perdues.

La crise financière étant passée par là, on voit bien les raisons politiques et financières qui les ont amenés –par tous les moyens- à me faire taire. Ils n’y sont pas parvenus. Au final, toute mon enquête est entièrement validée. Les arrêts sont définitifs et sans recours pour Clearstream.

Merci du fond du cœur à tous ceux qui m’ont soutenu. Et vous êtes nombreux. Je ne me suis jamais senti seul ou angoissé pendant ces années. Et ça je vous le dois.

Denis Robert, Chatel, le 7 février 2011


Note d’Acrimed – Lire ici même « Affaire Clearstream : Le Monde lave plus blanc », août 2008, et « Denis Robert gracié par Clearstream ? Le condamné refuse », novembre 2008.

piqué chez Acrimed - 10/02/2011

11:38 | Lien permanent | Commentaires (3) |

02/02/2011

Quand Alain Bauer convoque Sherlock Holmes

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Le lundi 15 mars [2010], dans les salons du Sénat, et à l’invitation de Géostratégies 2000, Alain Bauer, Professeur de criminologie, est venu faire le point sur l’état des menaces, à l’échelle de la planète, en ce début de XXIème siècle. Alain Bauer, qui préside depuis décembre 2009 le Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégique, a démontré que le terrorisme et le crime organisé traversaient une mutation profonde, se mondialisaient et nous laissaient sans repères fiables. Il a insisté sur la nécessité d’adapter et de moderniser nos méthodes, pour tenter de prévenir ces nouveaux dangers, ou du moins d’y survivre.

 

Rarement traité par les média, particulièrement mal par la sphère économique et un peu mieux par le monde politique, ce sujet brille par sa complexité et doit être traité avec méthodologie, avertit d’emblée Alain Bauer. Le criminologue n’est ni un policier, ni un juge, il est là pour comprendre les criminels et établir avec eux une sorte de relation incestueuse. Sommes-nous davantage confrontés à des menaces internes ou externes ? Depuis vingt ans, avec la chute du Mur de Berlin, le concept de frontière, de territoire a disparu. Notre vision de la réalité a changé. Nous aimerions que le crime, la menace terroriste correspondent à notre mode de compréhension, nous ne parvenons pas à nous adapter. Aujourd’hui, le crime fonctionne comme une entreprise, selon les règles de l’économie de marché, à savoir intégration horizontale et verticale, investissement et réinvestissement, nouveaux marchés. Excepté peut-être pour le code de concurrence, ironise Alain Bauer. Actuellement, les Nations-Unies estiment que le crime réalise un chiffre d’affaires de 1500 milliards de dollars et détient 25% des réserves mondiales d’argent dans le système bancaire officiel (notamment en Asie et dans le Golfe Arabique). Le magazine américain Fortune classe les barons de la cocaïne parmi les plus grosses fortunes au monde.

 

UN CONTEXTE DEROUTANT

 

Même si nous développons une capacité à l’amnésie collective dans ce genre d’affaires, nous ne pouvons ignorer que ce secteur est stable dans ses logiques et ses cohérences, en dépit de quelques changements. Pendant longtemps, la spécialisation (machines à sous, prostitutions…) a dominé. Désormais, l’hybridation « crime-terrorisme » progresse et il y a en plus une diversification vers les stupéfiants. Quant aux méthodes, il y avait l’impôt révolutionnaire (Irlande, Pays Basque…), exigé par des gangs terroristes, des minorités nationales qui font la guerre pour obtenir leur autonomie ou leur indépendance. Les FARC en Colombie ne sont rien d’autre qu’une organisation criminelle cachée derrière un objectif révolutionnaire. Le « gentil » comman-dant Massoud en Afghanistan était aussi un vrai trafiquant de stupéfiants. Toutefois, souligne Alain Bauer, on assiste depuis peu à une certaine radicalisation. Les opérations terroristes en Occident sont le fait de libérateurs extérieurs, formés à l’étranger et qui lancent des opérations sur un territoire qu’ils connaissent. Ils possèdent une culture européenne ou américaine, ont reçu une éducation correcte, appartiennent à la classe moyenne. Depuis trois ans, la France abrite en moyenne un millier d’apprentis terroristes de cette sorte. Le réseau Internet leur sert d’accélérateur. Ils peuvent se préparer sans se déplacer, ni se réunir. Leur préparation dure entre 6 à 9 mois (contre 12 à 18 mois auparavant). Heureusement, précise Alain Bauer, les services de renseignement ont réussi à prendre le contrôle d’un grand nombre de systèmes informatiques. Le trafic de stupéfiants joue donc désormais un rôle important au sein du crime organisé. La dépénalisation du cannabis ne les a pas freinés. Au contraire, cela entraîne une baisse de la qualité et une hausse des prix. La cocaïne et ses dérivés, l’héroïne, sont aussi une source de gains importants. Les moyens mis en œuvre pour lutter contre ce fléau ne sont pas toujours efficaces. En France, le solde de production reste très élevé. L’Europe toute entière est concernée, et aussi la Turquie. Là, il existe une mafia classique, comme en Italie (avec Cosa Nostra, la Camora, …) qui obéit à des règles d’honneur. Au Japon, ce phénomène est ancestral, en Chine, il y a les Triades. En fait, les organisations mafieuses sont implantées partout. En Albanie, en Bulgarie (où on parle surtout de mafia de services), dans le Nord de l’Europe. Pour l’heure, seule la France semble y avoir échappé, se réjouit Alain Bauer. La donne change aux Etats-Unis, avec les narco-colombiens. Ils préfèrent s’implanter en Amérique du Sud, un marché de 350 millions d’habitants, peu structuré, et où ils n’ont pas à affronter le redoutable système judiciaire des Etats-Unis. Ils trouvent aussi des débouchés en Espagne et dans l’Afrique de l’Ouest. En parallèle, se développent également des trafics d’êtres humains, de clandestins, qui transitent par de nombreux pays, dont la France, avant d’atteindre la Grande-Bretagne. Les installations « offshore », qui constituent aussi un pilier clé de toutes ces organisations, profitent de l’hypocrisie générale qui les entoure, même si les grandes puissances commencent à s’y attaquer. Il ne s’agit pas d’un réseau criminel en tant que tel. Ces établissements qui sont légaux, disposent de locaux, d’un budget et de banquiers, permettent une respiration dans les pays fortement imposés. Mais, ce tuyau fiscal rend possible des branchements, et facilite les opérations de blanchiment, notamment pour le terrorisme. Il permet aussi les rétro-commissions, l’industrie de la fausse monnaie (surtout le dollar), très performante. Les planches à billets clandestines génèrent plusieurs centaines de milliards. Dans ces structures parallèles, qui sont très bien huilées, tout le monde se parle et se connaît, mais dans la discrétion. La crise leur a été plutôt salutaire. A l’occasion des plans de relance, deux milliards ont été détournés en Italie récemment. En France, cela s’est produit également. La Camora fait disparaître du blé, fabrique de faux fromages, elle s’attaque même à la gastronomie !

 

UNE ADAPTATION IMPÉRATIVE

 

Face à cette belle santé du crime organisé, les Etats ont déjà perdu la guerre. Leur adversaire a changé les règles, mais eux, n’ont pas évolué, hormis la Chine. On peut vraiment parler de crise de la pensée stratégique mondiale, se lamente Alain Bauer. On se contente de la thérapie, mais on oublie le plus important : le diagnostic. Cela est flagrant en matière de politique pénale pour les mineurs. Depuis quinze ans, il n’y a pas eu une seule réunion avec des magistrats, des juges, des policiers. Les détentions sont de plus en plus lourdes, les peines de plus en plus longues, mais cette criminalité augmente malgré tout et cela ne suscite aucun débat … La recherche stratégique est en panne. Ceci depuis l’arrivée de la dissuasion nucléaire, et de la théorie de la sanctuarisation du territoire national. Seulement, après 1989, l’ennemi cesse d’être « rouge », on pense qu’il sera « jaune », mais on se trompe. Et, le 11 septembre 2001, le « système radar » se dérègle. Un électron libre, bizarre, créé de toutes pièces par les Occidentaux dans les années 80, pour triompher des Russes en Afghanistan, apparaît. Ce sont les Talibans. De nouveaux terroristes, totalement imprévisibles, qui ne dépendent d’aucune grande nation. Ils disent, ils écrivent ce qu’ils vont faire, mais personne ne les lit. Pourtant, ils ont fait une déclaration de guerre à l’Amérique dès 1996. L’ennemi change de nature et notre système ne marche plus. Nous essayons d’imaginer leur dispositif en fonction de nos critères, de nos peurs, mais nous faisons fausse route. Nous n’avons pas face à nous, une organisation structurée, avec un quartier général et une hiérarchie, mais une nébuleuse dans laquelle se retrouvent des hommes qui partagent les mêmes idées et mettent en commun les moyens. Nous sommes aveuglés et rejetons la réalité. Nous n’avons pas su voir l’ampleur de la menace. Imaginons-nous la veille du 11 septembre 2001, propose Alain Bauer. Quel est l’état de nos connaissances ? On sait que depuis 1928, des avions sont détournés. En 1994, il y a eu l’Airbus Alger-Paris, qui devait s’écraser près de la capitale. En 1996, la première tentative contre le World Trade Center. On a appris que des apprentis pilotes se sont introduits aux Etats-Unis, certains déclarant même qu’il leur suffit de savoir décoller. A partir de ces données, je pourrais avancer qu’il est très probable que les équipes de 1996 vont reprendre leurs actes terroristes. Et ceci sans avoir à ma disposition aucun renseignement extérieur ou source gouvernementale. On m’aurait alors pris pour un fou, déclare Alain Bauer, mais le lendemain, les réactions auraient changé, on m’aurait reproché de ne pas avoir assez averti les autorités. Tout ceci prouve la réelle importance du travail d’analyse, tiré d’hypothèses basées sur des faits. Le renseignement français manque de crédit et de budget. Il ne peut se dévoyer dans le « fétichisme technologique ». C’est une chance, le renseignement humain est nettement plus performant. Nous avons conservé notre capacité de pays colonial, nous maîtrisons l’infiltration. Après la tentative de détournement du vol Amsterdam-Détroit, on a décidé d’installer des scanners corporels, pour tenter de voir d’éventuels explosifs. Or, ce sont des gesticulations inutiles. Cette posture réactive à l’actualité, dictée par le « fétichisme technologique », n’a aucun lien avec la réalité. S’il n’y a pas de détecteur, cela ne sert à rien, déplore Alain Bauer. Les criminologues doivent absolument sortir de la crise de la pensée stratégique, de l’interdit, élargir le champ du dialogue. Nous avons un maître, Sherlock Holmes, qui a tenu ces propos : « Une fois l’impossible supprimé, ce qui reste, même l’invraisemblable, doit être vérifié » [Il semble que ce soit en fait : "Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, aussi improbable que cela paraisse, doit être la vérité". (Le Signe des Quatre) Arthur Conan Doyle 1890]. Or, pour nous, ce qui était invraisemblable, nous semblait impossible. Et c’est pourquoi nous avons zappé un certain nombre de dossiers. Comme par exemple, le milliard que l’Iran doit toujours à Eurodif. Je mise beaucoup d’espoirs sur les Assises de la Recherche Stratégique, qui se tiendront fin juin, conclut Alain Bauer. Ce sera un espace libre d’expression et de dialogue. Il faut mettre un coup d’arrêt à cette crise, qui n’est ni française, ni européenne, mais mondiale. Nous devons miser sur de nouveaux outils souples et de décèlement précoce, et les partager.

« ETAT DES MENACES »
Avec Alain Bauer
Professeur de criminologie au CNAM, Pr
Ésident du Conseil SupÉrieur de la Formation
et de la Recherche Strat
Égique

N° 76 – OCTOBRE 2010

piqué au tas sur geostrategies2000

11:20 | Lien permanent | Commentaires (0) |

31/01/2011

La Ligue du Nord joue les censeurs

Aux commandes de la Vénétie, le parti a annoncé qu'il comptait bannir certains ouvrages des bibliothèques municipales et établissements scolaires de la région. Ceux du journaliste Roberto Saviano et des écrivains qui soutiennent Cesare Battisti sont les premiers visés.

Il flotte un air de censure dans la Vénétie de la Ligue du Nord [parti populiste, fédéraliste et xénophobe]. Les écrivains pro-Battisti, d’abord spécifiquement pointés du doigt par un conseiller régional de Vénétie, sont maintenant mis au ban des écoles. Pendant ce temps, dans le silence général, les œuvres des auteurs politiquement gênants disparaissent des étagères dans les bibliothèques municipales.

"Nous n’avons aucune intention de réclamer un quelconque autodafé. Simplement, nous inviterons toutes les écoles de Vénétie à ne pas approuver, faire lire ou conserver dans leurs bibliothèques les textes 'non éducatifs' des écrivains italiens qui ont signé l’appel* [en 2004] en faveur de Cesare Battisti", précise Elena Donazzan, la conseillère régionale chargée de l'éducation et de la formation. Âgée de 39 ans, cette fervente catholique a fait ses armes au Front de la Jeunesse [organisation étudiante du MSI, Mouvement social italien, parti néo-fasciste] avant de passer à l’Alliance nationale (AN, héritier du MSI). "Un boycott civil est le minimum qu’on puisse demander à l’encontre des intellectuels qui réclament l’impunité pour quelqu’un qui a été condamné pour des crimes odieux", s’insurge-t-elle dans une lettre envoyée à tous les proviseurs de la région.

Elena Donazzan a lancé sa croisade après le "coup d’éclat" du conseiller à la culture de Vénétie, Raffaele Speranzon, qui a récemment attaqué les écrivains pro-Battisti, en lançant : "Hors des bibliothèques publiques, tous ces auteurs !" Maintenant, la conseillère régionale en demande officiellement la censure dans les écoles. Le président [Ligue du Nord] de la Vénétie, Luca Zaia, se range à ses côtés, qualifiant d'"abominable" l’affaire Battisti. "Les délinquants, on les jette en prison, on ne les laisse pas en liberté !", tonne-t-il.

En attendant, plusieurs bibliothèques de la région ont dénoncé des cas de censure de la Ligue du Nord - rampants ou explicites. Les livres de Roberto Saviano sont particulièrement visés. En novembre dernier, le directeur d’une bibliothèque de la province de Trévise a signalé que le maire Ligue du Nord de la ville avait explicitement demandé que les livres de l’auteur de Gomorra disparaissent des étagères. Une demande survenue quelques jours après la diffusion de l'émission de Saviano "Vieni via con me" et la polémique qui l'avait opposé au ministre de l'Intérieur Roberto Maroni [Ligue du Nord] - Saviano avait explicitement accusé le parti xénophobe d'avoir favorisé l'inflitration de la Camorra (mafia napolitaine) dans tout le Nord de l'Italie.

Il est difficile de prévoir les effets réels de cette fronde anti-écrivains. Giorgio Corà, proviseur du lycée à Vicence, est convaincu qu’on a “davantage affaire à une provocation politique qu’à une vraie volonté de mettre à l’index des livres. En tout cas, s’il existait des œuvres de ces auteurs dans la bibliothèque de mon école, je n’en empêcherai pas la libre consultation”. La combative Mme Donazzan a récemment défrayé la chronique pour avoir décidé de distribuer à tous les élèves des écoles primaires un exemplaire de la Bible. Cette fois-ci, elle s’est placée en première ligne de la campagne contre les intellectuels pro-Battisti. “Un auteur, un intellectuel, existe par ce qu’il écrit, souligne Mme Donazzan. C’est son rôle dans la société. La pétition en faveur de Battisti est un message aberrant de la part d’intellectuels. La seule chose que nous puissions faire, c’est boycotter leurs livres. De cesser de les lire. De ne pas les accueillir dans les bibliothèques publiques et dans les écoles”. Voici donc le dernier épisode d’une campagne politique lancée la semaine dernière par deux représentants du Peuple de la liberté (PDL, droite) de Vénétie, Roberto Bovo et Paride Costa, en solidarité avec les familles des victimes. Hier, à Strasbourg, ils ont exhorté l’Union européenne et la France à se prononcer en faveur de l’extradition de Battisti par le Brésil. Le Parlement européen doit adopter une résolution dans ce sens.

* En 2004, plus de 500 écrivains ont signé l'appel en faveur de Battisti lancé par le webzine italien Carmilla. Parmi eux : Daniel Pennac, Wu Ming, Massimo Carlotto, Nanni Balestrini, Valerio Evangelisti, etc.

 

L'écrivain Antonio Tabucchi est "consterné" par l'initiative de la conseillère régionale de la Vénétie. "Ça ne m'étonne pas, témoigne-t-il dans La Repubblica. La Vénétie a déjà tenté de retirer la Constitution italienne des bibliothèques". Antonio Tabucchi a récemment publié une tribune retentissante au sujet de l'affaire Battisti dans les colonnes du Monde. Il y dénonçait notamment la complaisance des intellectuels français, en particulier Bernard Henri-Lévy, à l'égard de l'ex-terroriste italien. Bien que favorable à l'extradition de l'ex-terrorriste en Italie, il déplore fermement cette volonté de censure. "Une initiative scandaleuse, un point c'est tout".

piqué au tas sur www.courrierinternational.com - 21/01/2011

09:52 | Lien permanent | Commentaires (0) |

21/01/2011

Comment ne pas voir que l’ennemi est le même ?

construire-un-feu.jpg

12:10 | Lien permanent | Commentaires (0) |

16/01/2011

Article XI - Numéro 2 : back dans les bacs

13:54 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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