Avertir le modérateur

30/06/2010

Attention ! Trois provocateurs + Les Situ de Strasbourg et d’autre part + Sur l’expulsion des Strasbourgeois

 

 
Aux situationnistes absents de Paris
À des camarades strasbourgeois


Le 15 janvier 1967

La réunion de l’Internationale situationniste tenue à Paris le 15 janvier 1967 a dû constater que des calomnies particulièrement basses ont été lancées en collusion contre Mustapha Khayati par trois membres de l’I.S., dans des buts tactiques, et pour camoufler leurs propres manœuvres.

Les mensonges de Théo Frey, Jean Garnault et Herbert Holl ayant été mis en évidence, ils ont été exclus sur-le-champ, et l’I.S. refusera naturellement tout contact à l’avenir avec quiconque se compromettrait avec eux.

Pour l’I.S. : Bernstein, Debord,
Khayati, Nicholson-Smith, Viénet.


*


Attention ! Trois provocateurs

Depuis que l’I.S. développe la théorie de la cohérence, comme exigence de toute organisation révolutionnaire maintenant, nous avons également soulevé les problèmes d’une idéologie de la cohérence qui serait à craindre par là même, dès que des gens croiraient pouvoir se rallier à un tel drapeau tout en conservant diverses contradictions entre l’affirmation théorique et la pratique. Dans la mesure où, même dans l’I.S., certains devenaient suspects d’une dissociation de ce genre, il était clair qu’ils devaient en toute hâte corriger leurs insuffisances, ou bien devenir les porteurs de cette idéologie. Nous avons nettement averti que nous ne tolérerions jamais la formation parmi nous d’une «critique idéologique de l’idéologie». Théo Frey, Jean Garnault et Herbert Holl ont suivi leur pente vers la fausse conscience. La tentative de défense de la fausse conscience dans un milieu défavorable ne pouvait que les conduire rapidement à la falsification consciente et organisée. Nous les avons acculés à se révéler, pour eux-mêmes et pour nous. Et nous les avons aussitôt exclus, détruisant ainsi la première manfestation de cette «idéologie de la cohérence» parmi nous.

Frey, Garnault et Holl ont en accord lancé et soutenu un inepte ramassis d’accusations fabriquées dans le but d’obtenir l’exclusion de Mustapha Khayati. Ils propageaient des rumeurs hostiles, et les démentaient ensuite. Ils affirmaient des faits imaginaires, et protestaient, aussitôt en présence des témoins de ces ragots, qu’ils n’avaient rien dit. Ils niaient des faits constatés, en essayant de discréditer tous ceux qui s’en souvenaient. Une réunion de l’I.S. tenue le 10 janvier a décidé unanimement d’en finir avec cette «crise» par la simple application du principe que tout menteur convaincu serait exclu sur-le-champ. Présents, Frey et Holl n’ont évidemment pas pu refuser ce principe. Dès le 15 janvier, ils ont été sommés de comparaître avec celui qu’ils accusaient, dans une confrontation générale. Frey, Garnault et Holl ont d’abord maintenu toutes leurs assertions et leurs dénégations. En moins de trois heures, ils ont dû entériner l’effondrement pitoyable de leur mensonge solidaire. D’abord par des demi-aveux individuels, puis, pan par pan, reconnaissant le démantèlement de leur falsification. Ils ont dû en venir, ne pouvant plus nier des faits, à les prétendre oubliés par eux. Enfin, ils ont dû tout avouer. C’est alors seulement, se voyant exclus, qu’ils ont révélé — dans l’intention franchement délirante de se disculper — qu’ils avaient formé dans l’I.S. une fraction secrète qui avait nécessité tous les mensonges finalement démasqués. C’est en tant que membres occultes de cette incroyable fraction qu’en décembre un délégué d’une assemblée de l’I.S. (Garnault) présentait à l’arrivée comme inacceptables les conclusions mêmes dont il s’était fait le porteur ; qu’un des signataires d’une lettre collective (Holl) téléphonait aussitôt seul aux destinataires que le texte qu’ils n’avaient pas encore pu lire était une indignité. Après quoi, les deux bons apôtres «justifiaient» leur lâcheté par une autre, en inventant une «menace d’exclusion» qui les aurait paralysés jusqu’aux orteils dans la discussion. Après quoi, ils niaient «radicalement» auprès d’autres avoir jamais parlé d’une possibilité d’exclusion, ni trompé leurs mandants, ni téléphoné. Après quoi, il leur fallait obtenir l’élimination de Khayati parce qu’il était témoin de ces supercheries ; et ils pensaient y parvenir en l’accusant systématiquement d’avoir tout inventé pour leur nuire. Après quoi, tout leur est retombé sur la gueule.

Mais cette fraction secrète était explicitement destinée à renforcer la démocratie et la participation égale de tous au projet situationniste ! Elle devait sauver l’I.S., et au besoin la «dissoudre». D’ailleurs Frey, l’idéologue le plus burlesque dans cet art d’allumer les incendies à l’aide d’un seau d’eau, a introduit sa révélation, consécutive à l’écroulement public de toutes les calomnies qu’il venait de soutenir et couvrir, en prononçant noblement la phrase : «La vérité est révolutionnaire» !

Aucun d’eux n’osait dire, même à cette dernière heure, qu’aucune critique aurait jamais pu être censurée dans l’I.S., au moindre degré. Ils avouaient qu’ils n’avaient rien voulu dire. Alors ? Ils étaient vexés et mécontents de se trouver inférieurs au niveau de la participation réelle dans l’I.S. Mais, d’une part, ils avaient affirmé en rejoignant l’I.S. qu’ils se sentaient capables de cette participation (ce qui impliquait le renforcement de cette capacité par la pratique réelle). D’autre part, les deux moins bornés d’entre eux, après avoir promis le contraire, étaient volontairement restés géographiquement isolés de cette pratique, pour parachever leur «vie étudiante» (en quoi déjà ils constituaient parmi les situationnistes une curieuse exception). Ils en sont donc venus à valoriser l’exigence abstraite d’une participation immédiate totale, contre toutes les réalités de cette I.S. qu’ils admiraient béatement. Ce soupir disgracié vers une reconnaissance abstraite réservée à leur quasi-impuissance devait bien sûr promptement les opposer, en ennemis sournois, à toutes les capacités réelles qu’ils enviaient (ils n’avaient pas la lucidité de celui-ci, le courage de celui-là, ils n’avaient pas écrit le livre de tel autre, ils n’avaient pas baisé la reine de Siam). Ainsi, tous les retards de leur propre développement dans la vie n’étaient pas surmontés, mais cessaient d’être dissimulés. Ceux qui n’osaient pas participer n’osaient pas parler. Ils murmuraient, ils gémissaient entre eux (s’étant sélectionnés sur la base de leur misère partagée, en s’ouvrant réciproquement de leurs secrètes susceptibilités de vierges de comédie). Ainsi donc, ils recomposaient clandestinement une situation hiérarchique parmi nous, pour pouvoir ensuite s’en plaindre. Ces consciences malheureuses invoquaient un au-delà de l’I.S. pour déplorer son absence : ils étaient sûrs que tous les situationnistes sont égaux, mais ils se trouvaient moins égaux que d’autres. Incapables d’assumer jusqu’au bout les exigences de l’I.S., ils s’en sont fabriqué une image absurde destinée à être critiquée — parmi eux, à huis clos —, et donc à leur permettre de s’affirmer magiquement «plus radicaux» ; même au prix de quelques bassesses assez traditionnelles.

Au lendemain de leur exclusion (communiquée le 15 janvier à tous les camarades concernés), Frey, Garnault et Holl ont publié un tract annonçant leur démission ! Il est d’ailleurs évident que tout ce que pourront dire ou écrire des gens qui se connaissent à partir d’une telle base d’action n’a plus aucune importance. Dans ce tract destiné au public, le ton de leurs calomnies et falsifications a naturellement baissé de plusieurs degrés par rapport aux aveux de la veille — encore une fois «oubliés» il faut croire. Ils sont même assez drôles pour écrire qu’il était vain de rechercher «un menteur particulier dans une situation de mensonge général». Aussi bien ne l’avons-nous pas fait : pas plus qu’on n’aurait l’idée de personnaliser une sardine dans sa boîte, on ne s’amuserait à chercher le menteur dans la voyante collusion Frey-Garnault-Holl, malheureuse jusque dans le déploiement concret de ses ruses, alors même qu’un climat de confiance lui en facilitait le début. Il est bien notable que la seule question pratique dont ils se sont vraiment occupés — leur propre conspiration à tous égards inutile —, non seulement était une pratique schizophréniquement opposée à tous leurs «buts idéaux», mais encore était menée avec un irréalisme confondant : ainsi, ils ont bien été dans la forme de leur entreprise ces «purs» idéologues marchant sur la tête, qu’ils étaient déjà par son contenu.

Partout ailleurs, leur texte est en retard non d’un jour mais d’une période, puisque ce qu’ils attaquent post festum dans l’I.S., c’est uniquement l’effet de leur propre présence.

Nous déclarons nettement et définitivement que l’I.S. refusera tout contact ultérieur avec quiconque accepterait désormais de se compromettre dans la fréquentation de ces trois truqueurs, ou d’un seul d’entre eux (c’est déjà le cas d’Édith Frey). En engageant délibérément là-dessus toute la rigueur qui peut nous être reconnue, nous donnons les présents faits comme indiscutables.

Pour servir à l’auto-défense de tous les groupements révolutionnaires où ces gens pourraient vouloir s’infiltrer, nous fournissons les précisions suivantes, aisément vérifiables à l’usage, sur la façon dont ils mentent :

Frey est le plus intelligent. Capable de fragments de raisonnement véridiques, et d’une conviction qui se croirait presque franche dans quelques envolées, pourvu qu’il reste à une distance suffisante du concret. On peut détecter le mensonge en comparant la netteté de ces instants privilégiés aux brumes de l’ensemble, et en lui rappelant les positions incompatibles qu’il a juxtaposées sans gêne. C’est beaucoup plus aisé à dévoiler si l’on peut observer l’incohérence lorsque Frey doit, en plus, couvrir des positions beaucoup plus évidemment intenables sorties à contretemps par ses complices (pour leur qualité, à coup sûr, il n’est pas gâté).

Garnault, quand il ment, est extrêmement maladroit. Il ne peut tromper personne un quart d’heure, pour peu qu’on lui pose quelques questions sans ménagement. Quand il voit que tout ne passe pas bien, il se réfugie dans la dignité blessée, mais d’un air profondément peu convaincant.

Holl ment avec la plus grande froideur (raideur suspecte). Mais c’est aussi le plus bête, le plus embrouillé dans les plus simples affaires quotidiennes. De sorte qu’il soulève obligatoirement le doute dans la moindre confrontation ; non certes par l’embarras de son attitude, mais par l’extrême extravagance des points sur lesquels il peut trouver opportun d’inventer et falsifier.

Le 22 janvier 1967
Pour l’Internationale situationniste : Michèle Bernstein, Guy Debord, Mustapha Khayati, J.-V. Martin, Donald Nicholson-Smith, Raoul Vaneigem, René Viénet.
Supplément à la revue Internationale Situationniste,
B.P. 307-03 - Paris.


*


Aux membres de l’I.S.

7 février 67

Je propose comme débat théorique urgent dans plusieurs des prochaines réunions, une définition plus précise de l’«organisation I.S.» (cohérence et participation démocratique en termes concrets).

Si l’exclusion de trois truqueurs ne pose presque aucun problème pratique (ils se condamnent eux-mêmes par leurs propres manifestations), elle semble au contraire imposer une nouvelle clarification théorique : le fait qu’il y ait eu une fraction secrète dans un groupe proclamé «cohérent» doit nous mener à préciser :
1) La cohérence théorico-pratique que nous voulons effectivement, et à quel niveau on doit atteindre la participation démocratique à la gestion de l’ensemble de notre activité ; en rejetant toute exigence d’égalité abstraite fondée sur un perfectionnisme idéologique qui se traduirait en fait par un processus «moralisant» (et jamais clos) de nivellement sur l’impuissance ou l’inexpérience.
2) Quelles gens — dans quelles conditions précises — nous pouvons désormais admettre (en fonction des réponses au premier point). À propos de ceci, nous devons bien voir que la sévérité vers l’extérieur montrée par l’I.S. l’année dernière est partiellement entachée d’arbitraire puisqu’elle couvrait des Frey-Garnault-Holl.
3) Les relations avec des groupes autonomes (en fonction des réponses aux deux premiers points).

Guy


*


À un camarade [Double d’une lettre sans la mention du destinataire (peut-être Daniel Guérin ?).]

27 février 67

Cher camarade,

Je répond un peu tardivement à votre lettre du 9 février. La polémique dont vous parlez ne nous oppose guère aux étudiants de Strasbourg, mais précisément à trois ex-participants de l’I.S., auxquels deux membres de l’ancien bureau de l’A.F.G.E.S. ont été assez malavisés pour se joindre [André Schneider et Bruno Vayr-Piova. André Schneider dénoncera peu après, dans le tract Souvenir de la maison des morts, les mensonges dont il fut victime.].

La reconnaissance des individus dans le dialogue inter-subjectif, la transparence de leurs rapports, l’ouverture de leur expéreince, et la domination de leur histoire, toutes valeurs que vous défendez dans votre lettre, sont en effet éminemment souhaitables.

Il reste que tout effort dans ce sens ne se produit pas dans un laboratoire extra-historique, mais malheureusement dans l’entourage pesant du vieux monde, de vieilles habitudes aliénantes plus ou moins bien dominées ou dissimulées. Cet entourage peut regagner des gens jusque dans le milieu même où s’esquisse une affirmation d’une volonté de dépassement de tout ceci (et les gens les plus vulnérables sont sans doute ceux qui n’ont trouvé là que l’occasion d’une telle affirmation abstraite).

Il reste que la découverte, dans quelque groupe que ce soit, d’une ignominie comme le mensonge pratiqué en équipe pour salir et éliminer quelqu’un dont on est en principe solidaire, ne peut qu’être sanctionné par le mépris définitif.

Cordialement,

Guy Debord

Piqué avec camaraderie chez le Jura Libertaire - 30/06/2010

 

Les Situ de Strasbourg et d’autre part

 

L’Internationale situationniste est le dernier mouvement d’avant-garde révolutionnaire moderne, né, à la fin des années 50, de la rencontre des peintres du groupe Cobra (Copenhague-Bruxelles-Amsterdam) et des poètes rebelles de L’Internationale lettriste. Pendant une dizaine d’années, les " situs " développeront une critique radicale de la " société marchande " et une attaque en règle contre tous ceux qui l’organisent : hommes politiques, industriels, syndicalistes mais aussi intellectuels et artistes " dévoyés ". Leur programme tient en deux slogans : " changer la vie " et " jouir sans entraves ". Ils seront en tout près de quatre-vingt dans le monde à participer à cette aventure subversive et poétique. En 1966, à la suite des nombreuses exclusions prononcées par le " patron " charismatique, Guy Debord, ils ne sont plus que sept, dont quatre basés à Strasbourg, Théo Frey, Jean Garnault, Herbert Holl et Edith Frey qui s’illustreront cette année là par un coup d’éclat : la prise de pouvoir par surprise de l’AFGES (Association Fédérative Générale des Etudiants de Strasbourg) dans le but avoué de la liquider. Forts de ce fait d’armes et de leur supériorité numérique, les quatre Strasbourgeois tentent alors de ravir les commandes du mouvement à un Debord très parisien qui se consacre désormais à l’exploitation éditoriale de son fonds de commerce révolutionnaire. Mais ce dernier résiste. A l’issue d’une bataille interne dérisoire et d’une mascarade de procès sur le modèle stalinien, Théo Frey et ses amis sont exclus le 16 janvier 1967. Cet épisode alsacien sonnera le glas de l’Internationale situationniste. Il aura tout de même permis la publication d’un pamphlet corrosif, De la misère en milieu étudiant, contribution décisive à l’éveil de toute une jeunesse que l’on retrouvera dans la rue quelques mois plus tard.

La Librairie Arthème Fayard a édité en mai 1997 dans un volume de 708 pages, en y ajoutant des documents et annexes "signifiants", le texte intégral des douzes numéros de l’Internationale situationniste parus entre juin 1958 et septembre 1969. Dans le dernier, on lit non sans étonnement "il nous suffira de noter qu’en France ancun situationniste ne réside en province (et surtout pas à Strasbourg)". pourtant, si la cité alsacienne n’est pas, contrairement à certaines allégations, le berceau du mouvement, lequel existait déjà en 1957, elle fut le théâtre d’un événement majeur. En novembre 1966, des jeunes gens s’emparèrent de force des locaux et du matériel de l’UNEF pour imprimer, au nom de l’Association Fédérative Générale des Etudiants de Strasbourg, présidée par André Schneider, une brochure anonyme de 47 pages intitulée De la misère en milieu étudiant, considérée sous ses aspects économiques, politiques, psychologiques, sexuels et notamment intellectuels, et de quelques moyens pour y remédier. Son rédacteur : Mustapha Khayati. "Diverses mesures préliminaires" annoncèrent la sortie de l’opuscule. Celle du 26 octobre 1966 apparut comme la plus retentissante : une douzaine de trublions interrompirent à coups de tomates le cours du cybernéticien Abraham Moles, titulaire de la chaire de sociologie. En guise de publicité, l’AFGES afficha un comics réalisé par André Bertrand, Le retour de la colonne Durruti, pointant "la crise générale des vieux appareils syndicaux et des bureaucraties gauchistes", propageant l’espoir "du renouveau dans un groupe qui ne cachait pas ses intentions de saborder eu plus vite et pour le mieux tout ce militantisme archaïque". Le texte, distribué lors de la cérémonie marquant la rentrée et traduit dans plusieurs langues, inquiéta non seulement les sommités universitaires locales, mais horrifia aussi le Landerneau de la presse régionale, nationale et même étrangère. En riposte à la répression judiciaire, l’AFGES, qui exerça le contrôle sur la section locale de la MNEF, ferma le bureau d’aide psychologique universitaire, considérant que la "claire fonction" de cette instance était "de maintenir la passivité de toutes les catégories d’exploités". A quatre mois d’intervalle, il atteignit un tirage de 20 000 exemplaires. Mais compte trenu des innombrables duplications et diffusions dans plusieurs pays, l’on tabla sur 300 000 unités. Pourtant, le total des affiliés ne dépassa jamais plus de vingt en même temps dans le monde, ni plus d’une centaine durant son histoire. Début avril 1967, 79 étudiants se solidarisèrent ouvertement avec Vayr-Piova, vice-président de l’AFGES, renvoyé de la Faculté. Théo Frey, plus tard auteur de L’Unique et sa propriété (publié à Haguenau), Jean Garnault et Herbert Holi, exclus de l’IS le 15 janvier 1967 pour "mensonges", jouèrent un rôle important dans les révoltes de mai 1968. Plusieurs aphorismes situationnistes comme "Vivre sans temps mort et jouir sans entrave", "Ne travaillez jamais" ... fleurirent sur les murs.

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?rubrique14


 
Sur l’expulsion des Strasbourgeois
Expulsions & L’idéologie alsacienne (extrait de l’Internationale situationniste n°11 )
novembre 2002 / Internationale situationniste / Ce mouvement, formellement créé en juillet 1957 à la conférence de Cosio d’Arroscia, est né d’un ensemble international de mouvements contestataires des années 1950, dont, entre autres, le Lettrisme de Isidore Isou, que Guy Debord transforma en "Internationale lettriste".

Récentes exclusions

Théo Frey, Jean Garnault et Herbert Holl ont été exclus à l’instant même où ils cessèrent de soutenir leurs mensonges, dans la confrontation jugée par l’I.S. entre Khayati et eux. C’était le 15 janvier, vers minuit : le détail vaut d’être noté, car les menteurs écrivirent par la suite, comme un argument important d’une de leurs proclamations, que c’était déjà le 16, et ainsi prétendirent qu’il y aurait dans les conclusions de l’I.S. quelque chose d’inexact qui équilibrerait, pour ainsi dire, leur accumulation de falsifications concertées. Ayant à ce moment admis, presque comme une justification supérieure, qu’ils constituaient depuis quelques mois une fraction secrète décidée à capter le pouvoir dans l’I.S. (opération de nature magique, puisque ce " pouvoir " n’est rien d’autre que certaines capacités théoriques et pratiques individuelles, dont ils se sentaient démunis et que la conduite qu’ils assumaient leur interdisait à jamais d’atteindre) ils dirent aussi qu’Édith Frey en était. Comme elle était absente, et comme nous connaissions maintenant les autres, nous ne pouvions pas être sûrs de ce dernier aveu concernant un tiers, et nous n’avons pas alors joint son nom dans notre procès-verbal d’exclusion. Cependant, comme Édith Frey s’est effectivement solidarisée tout de suite avec eux, il faut donc croire qu’elle était dans le secret des menteurs.

L’idéologie alsacienne

Les milliers de lignes accumulées par les garnautins, dans les quelques dizaines de circulaires et tracts qu’ils ont fait paraître après leur exclusion, bardées d’affirmations péremptoires subrepticement découpées dans les publications situationnistes précédentes, et ici tout à fait hors de propos, n’ont jamais poursuivi qu’un seul but : cacher d’un rideau de fumée idéologique ce simple petit fait trivial, direct, brutal, que Frey, Garnault et Holl ont été exclus pour avoir menti en équipe, dans le but d’obtenir l’exclusion de Khayati, en essayant jusqu’à la dernière minute d’arracher ce " succès " ; faisant ce qu’ils pouvaient, jusqu’au bout, pour convaincre une assemblée de l’I.S. qui, depuis des heures, les traitait de plus en plus nettement en suspects.

De notre côté, mis à part un procès-verbal de l’exclusion immédiatement envoyé à tous les membres de l’I.S. absents de cette assemblée, et à seulement quatre personnes extérieures engagées à ce moment dans une action pratique avec nous (parmi lesquelles le seul Vayr-Piova préféra ne pas comprendre) - nous n’avons jamais publié qu’un seul texte, Attention ! trois provocateurs, qui était suffisant et définitif. Et les garnautins, dans leurs multiples documents, n’ont même pas pensé qu’il était utile (car ils n’en étaient évidemment plus à un mensonge près) de rejeter une bonne fois cette accusation vraiment suffisante et centrale. Ils n’ont pas senti que ce silence les jugeait aux yeux de toute personne non prévenue. Ils ont biaisé, lancé d’autres contrevérités, parlé d’autre chose, fait allusion au vif du sujet avec une gêne pudique : " Khayati ment : il rapporte inexactement des détails, et même si ces détails avaient été "exactement" rapportés, il n’en aurait pas moins menti sur l’ensemble d’une situation " (tract garnautin du 19 janvier). On admirera le demi aveu du " et même si ". C’est bien en effet ce qui s’était passé, et le " détail " est, à vrai dire, gros comme ce qui leur manque.

Leur tendance au renversement idéologique du réel, qui les avait menés au mensonge conspiratif, la prompte mise au jour du mensonge l’a poussée à l’extrême, en en faisant une nécessité. Aucune énormité dès lors ne les arrête plus dans la course aux contresens. Ils ont trouvé " flicard " le tract de l’I.S. qui dénonçait leur procédé policier tout à fait classique de la production de quelques faux témoins pour déshonorer et faire éliminer un adversaire gênant, dans la meilleure tradition du " document Taschereau ". Ils se sont abrités derrière Hegel pour condamner " la réflexion dite psychologique " qui veut rabaisser par de petites explications d’ordre privé les " grandes figures historiques ". Ainsi, ils postulent avec une naïveté percutante qu’ils sont, eux, de ces hommes historiques. Ils pensent donc avoir " voulu et accompli une grande chose, non imaginaire et présumée, mais bien juste et nécessaire. " Ces héros oublient simplement que tout ce qu’ils ont par eux-mêmes jamais voulu - sinon accompli - c’était la réussite d’un truquage aussi vil que dépourvu de sens ; et que, si nous avons dû avancer quelques précisions sur leur misère psychologique, c’est bien parce que nous avions à expliquer la surprenante petitesse de leur action. Cette majorité qui les rejetait - en fait tous ceux qui ne figuraient pas dans leur fraction ainsi découverte -, ils l’ont alors imputée à une dictature de Debord et de ses fanatiques partisans. Ils ont inventé ce pouvoir personnel dans l’I.S., pour y réappliquer la dialectique du maître et de l’esclave. Ils croient qu’ils ont été les esclaves servant les fins de Guy Debord ; et ainsi qu’ils sont appelés à devenir des maîtres. Mais ils ont ignoré, pour un tel " dépassement de l’I.S. ", comme toujours, l’essentiel. Ils étaient peut-être bien des esclaves, par goût personnel. Nous l’ignorions. Mais dans ce cas ils étaient assurément des esclaves qui ne travaillaient pas. Ils ne pouvaient donc voir aliéner pour l’usage de qui que ce soit leur oeuvre, puisqu’elle était inexistante ; ni devenir forts de la fonction pratique à laquelle ils eussent été soumis, puisqu’ils n’en avaient aucune. C’était justement leur non-participation à l’activité commune de l’I.S., leur fermeté à demeurer - d’ailleurs en dépit de leurs engagements - dans une vie provinciale " étudiante " faites de quiètes spéculations, qui créaient leur infériorité, leur connaissance contemplative de l’I.S. Cette contemplation admirative s’est normalement changée en rancoeur. Leur fraction s’est constituée secrètement sur le thème de l’égalité à établir dans l’I.S. ; et ces idéologues de l’égalité pure étaient assez aveuglés pour ne pas sentir que leur constitution en fraction secrète (avant même le recours à la calomnie organisée) les plaçait au-dessus de l’ensemble de l’I.S., et constituait la première inégalité objective créée et institutionnalisée dans les rapports entre les situationnistes.

Aussitôt que les garnautins furent compris par l’I.S., et traités en conséquence, l’idéologie de l’égalité pure fut proclamée hautement et servit à rassembler quelques étudiants qu’eux-mêmes méprisaient la veille, non sans raison. En quelques semaines on égalisa à Strasbourg avec une fureur et un extrémisme au regard desquels les exigences des niveleurs et des bras-nus, des millénaristes et des babouvistes parurent des jeux d’enfants. On proclama que le défaut de l’I.S. avait été de n’être qu’une avant-garde, et que l’avant-garde n’existe que par le retard de quelques autres. Que le retard était donc aboli par Garnault, et qu’il fallait maintenant " une organisation révolutionnaire capable d’agir dans le monde sur une vaste échelle " (L’Unique et sa propriété). Et donc que l’on était devenu cette organisation. D’un trait de plume, le prolétariat mondial, sorti comme un seul homme des divers degrés de son retard, était là, rigoureusement égal en conscience et en capacité à Garnault et à n’importe qui. Et ceci était le dépassement de l’I.S., si souhaitable dans leur position. Naturellement, tout cela s’était passé dans la pensée pure.

Le produit de " cet enthousiasme qui, comme un coup de pistolet, commence immédiatement avec le savoir absolu " (Hegel) a paru pour l’étonnement ébloui du monde, qui ne le reverra pas de si tôt, le 13 avril 1967. Là, l’" organisation révolutionnaire capable d’agir dans le monde sur une vaste échelle " est montée à l’assaut du ciel de la M.N.E.F. (section de Strasbourg). Et pour avoir été défaite dans cette épopée électorale, elle n’en laisse pas moins le glorieux souvenir de sa praxis totale, en sauce Garnault (personne ne s’étonnera donc si nos idéologues condamnent ensuite dans l’I.S. l’abus de l’exigence de cohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on fait).

La plus haute production de l’idéologie alsacienne a été imprimée dans la brochure L’Unique et sa propriété. Ici Debord a remplacé Khayati comme objet d’envie et de haine. L’incohérence totale, au niveau même du texte, se ramène à ce développement. La théorie de l’I.S. avait de grandes qualités. Elle avait un grave défaut : c’est d’être debordiste. De sorte qu’elle ne valait rien, même comme théorie. Car seule la praxis (voir plus haut).

Pour soutenir cette rigolade - Debord seul ayant toujours tout dirigé et tout fait - les procédés les plus sots sont mis à contribution parmi une dizaine d’évidents mensonges : ainsi l’idée qu’il n’y aurait jamais eu d’oppositions dans l’I.S., alors que nos garnautins furent, tout au contraire, la première de ces oppositions qui soit lâchement restée secrète. Pour une citation attribuée nommément à Debord (pour laquelle on feint de croire que le concept de " communication " n’est pas employé au sens de l’I.S., mais au sens unilatéral de l’O.R.T.F, par exemple), deux citations avancées sans nom d’auteur sont en fait de Vaneigem : tous les situationnistes, et tous les lecteurs attentifs de nos publications, sachant bien que certaines des conceptions de Vaneigem sur les qualités de l’organisation situationniste présentent d’importantes nuances personnelles. Debord, comme meneur, est identifié au cardinal de Retz, lequel se voit en retour doté d’une conscience de classe assez insolite (" se regardant jouer le jeu esthétique d’une lutte sans espoir face à la montée de l’appareil bureaucratique-bourgeois "). Nos idéologues auraient dû plutôt lire Retz : ils y auraient appris qu’" en fait de calomnie, tout ce qui ne nuit pas sert à celui qui est attaqué ".

Le comble de leur analyse est de découvrir, dans le style " marxiste " de L’Humanité Dimanche, que du fait que la revue Internationale Situationniste paraît légalement, et que Debord, son directeur, se trouve personnellement responsable de nos dettes chez l’imprimeur qui a la témérité de nous faire confiance, il y a là la base d’un pouvoir économique qui expliquerait la fatalité d’un pouvoir debordiste sur toute l’I.S. ; et qui explique du même coup pourquoi les héros de l’égalisation n’ont même pas essayé une minute de s’opposer à ce pouvoir, et lui ont toujours fait bonne mine.

Le fait par exemple que toutes nos publications hors de France ont toujours et partout été réalisées sur une base financière complètement autonome par les camarades de ces pays, avec d’autres " directeurs " ou d’autres travailleurs dans les imprimeries, n’a même pas été considéré dans leur optique étroitement alsacienne.

La réalité actuelle de l’I.S. comme " groupe international de théoriciens ", paraissait déjà bien belle aux garnautins, quand ils croyaient y avoir leur place, et pouvoir prouver bientôt qu’ils étaient aussi eux-mêmes au moins des théoriciens. Dès le lendemain de leur exclusion, ils reprochent à l’I.S. de n’être que cela ; de ne pas se déclarer comme eux " organisation révolutionnaire capable d’agir dans le monde sur une vaste échelle ". Il serait bien inutile d’attendre d’eux la moindre conscience des réalités du processus pratique qui créera ce genre d’organisation des travailleurs dans la société moderne. Mais pour rester sur le plan émotionnel et égocentrique qui les tient captifs, on peut se demander quelle différence il y aurait pour eux à ce que le nouveau courant révolutionnaire soit au stade de la première liaison sur une nouvelle base théorique, ou déjà vécu par des ouvriers révolutionnaires en lutte, ou même au stade du pouvoir des Conseils. Car les garnautins et leur pratique réelle y seront à tout moment condamnés. Les ouvriers révolutionnaires ne plaisantent pas sur les questions de calomnie - au contraire des bureaucrates et politiciens qui règnent par les manipulations de mensonges. Et le pouvoir prolétarien des Conseils, qui est de part en part la mise en pratique de la vérité, devra évidemment traiter les cas de mensonges soutenus en équipe par des groupes secrets, poursuivant leurs propres fins, comme une des rares formes d’obstruction qu’il aura encore à réprimer.

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?page=imprimer&id_article=58

Pour aller plus loin :

Memento Mori

L’exemplaire Debord

 

L’exemplaire Debord, donc. Debord n’a cessé de se montrer en exemple. La racine de cette exemplarité est l’identité, qu’il affirme et revendique, entre sa pensée et sa vie : il a vécu comme il a dit que l’on devait vivre. Et la vie est quotidienne — et le reste. Il y a le passé où l’on puise et le présent où l’on vit ; il n’y a pas de futur — no futur ! Si l’on ne vit pas maintenant, on ne vit jamais. Ce n’est pas une position nouvelle ; elle se retrouve dans toute l’histoire de la philosophie. Qu’est-ce à dire ? En substance : tout est , de toute éternité, dans le présent et la présence au monde. Si l’on est incapable de répondre : présent, c’est comme si l’on n’existait pas. Debord répond présent. Et il ne s’occupe pas de ceux qui en sont incapables. Jusque là, il n’y a rien à dire. Mais il finit par se poser en autorité, lui qui ne devait répondre que pour lui-même. Il veut se montrer exemplaire pour les autres ; mais il ne peut être exemplaire que pour lui-même. Il n’a aucun droit de juger les autres. On se trouve là à la limite. Pourtant, il franchit la borne. Il faut revoir son film testamentaire : In girum etc. à cette aune. Ce que je me propose de faire prochainement. Memento mori.

 

15:08 | Lien permanent | Commentaires (2) |

29/06/2010

« Les paroles s’envolent, les écrits restent… » (Le programme économique et social de l’extrême-droite dans le texte)

Dans la mesure où la crise économique entraîne une radicalisation des deux côtés de la barrière de classe, elle a au moins ceci de positif qu’elle contribue à révéler le rôle de l’extrême-droite en tant que force politique au service de la domination. Ainsi, le 6 mai 2010,  en Grèce, les députés d’extrême-droite de l’Alerte Populaire Orthodoxe  (ou LAOS) ont voté conjointement avec leurs homologues sociaux-démocrates un « plan de rigueur » – véritable déclaration de guerre aux travailleurs du pays… Et c’est tout naturellement que des militants d’extrême-droite se sont rangés du côté des forces de l’ordre (bourgeois) pour tenter de faire face à la colère populaire… C’est bien connu, « quand on ne fait pas partie de la solution, on fait partie du problème » : du côté d’Athènes, l’extrême-droite ne peut plus guère cacher qu’elle « fait partie du problème ».
En revanche, en France – où les antagonismes de classes ne s’expriment pas (encore) avec la même acuité – le FN, le MPF et autres amicales de consanguins tentent encore de persuader le prolétariat que l’extrême-droite « fait partie de la solution ». Pour ce faire, ils ont souvent recours à la méthode éprouvée du double discours. D’un côté, une partie de la propagande (surtout celle destinée à la masse des exploités, par le biais de la télévision, de la radio, des grands quotidiens, des affiches, tracts ou autocollants) des fafs  comporte – outre les habituelles éructations xénophobes – des dénonciations appuyées du « mondialisme ultra-libéral », de la « mondialisation sauvage », etc. De l’autre, lorsqu’ils s’adressent avant tout aux initiés et/ou à leur électorat traditionnel – patrons, commerçants, artisans, professions libérales[1]… –, les fafs n’ont pas besoin de s’encombrer avec une rhétorique à tonalité sociale voire carrément socialiste… L’extrême-droite révèle alors sans fausse pudeur quels sont ses véritables objectifs économiques et sociaux[2] !

22:09 | Lien permanent | Commentaires (0) |

28/06/2010

"Qu'est-ce que la démocratie directe ?" - Fabrice Wolff (suite)

 

(PARABASE)

(Ce n'est pas à dire que la "justice démocratique" et les "droits de l'homme" s'imposèrent dès leur entrée en scène dans le spectacle social : à l'époque du triomphe par l'épée de l'Idéal bourgeois, ses adorateurs les plus fervents échouèrent à instituer le culte de la Raison, car c'était tout de même trop paradoxal; les nouveaux maîtres renoncèrent donc à incinérer le cadavre du vieux Dieu-juge omnipotent de Jérusalem - qui pour régner sur Rome avait certes dû tolérer la présence d'un brillant avocat au Tribunal des suppliciés, mais qui n'en avait pas moins persécuté sans pitié jusqu'au dernières adeptes de son plus coriace adversaire, le subversif Satan, que les Athéniens avaient connu et fêté sous le nom de Dionysos ou Sabazios -, et ils le réintronisèrent tant bien que mal dans le ciel nouveau, en ayant pris soin toutefois de le démembrer: réduit à n'être que la pudique vierge Vertu, ou la ferme matrone Morale, aujourd'hui grécisées en Éthique; mais en réalité, la société bourgeoise n'a jamais dédié de coûteuses cérémonies publiques qu'à la stoïque Justice - et aussi, bien sûr, à la virile Nation, ou à son avatar patrie, qui partage un trône qu'elle a souvent tenté d'usurper, bête immonde et insatiable parée de toutes sortes de breloques multicolores, qui exige sans cesse d'effroyables sacrifices humains et digère ses victimes dans des temples géants où, lors de grotesquespalotins.gif cérémonies éjaculatoires rythmées et régulées par les rituels du Sport, elle s'entend louer d'hymnes et de hourras. Les Français, ces incorrigibles utopistes, s'acharnent en vain à recoudre la plaie sanguinolente qui révèle la mutilation originelle de leur Idéal universel, et rêvent depuis Waterloo de refaire leur panache envolé en psalmodiant le mythe gras et libidineux de Marianne, la République modèle, vertueuse "patrie des droits de l'homme" qui arme les tyrans, à prix d'ami, de machettes ou d'uranium. C'est dire que seul Sade, le proscrit, le maudit, l'agitateur qui de la fenêtre de son cachot excitait le peuple de Paris contre la Bastille, l'orateur de l'éphémère embryon de démocratie directe des clubs des faubourgs, pouvait tout de suite arracher le bandeau qui empêche de reconnaître la double identité de la véritable personnification de l'Ideal d'une société schizophrène, et dévoiler Justine, frêle et crédule agnelle partout violée et profanée, qui finit immolée par sa maléfique sœur jumelle, Juliette, cynique, vénale, tortionnaire, empoisonneuse, exterminatrice, adulée en secret dans les alcôves des riches et des puissants. La France réelle ayant finalement fait mauvais accueil à l' Idéal bourgeois, ce dont témoignent les révolutions prolétariennes de 1848 et 1871, ainsi que toute la littérature du XIXe siècle - Balsac, Baudelaire, Lautréamont ou Rimbaud ayant ruiné systématiquement toutes prétentions mythographiques des Guizot, Thiers, Lamartine ou Hugo -, il prit es quartiers dans l'Allemagne piétiste, où Kant avaut été le plus enthousiaste théologien de la Raison, Fichte celui de la Nation, avant que Hegel, le grand abstracteur de quintessence, enseignât l'unité des concepts qui se réalise dans l'État : l'État de droit" étant la justification, la conscience et la limite, en un mot l' Esprit de la "raison d'État", et réciproquement, dans la plus parfaite harmonie, pour les siècles des siècles. A Marx et Engels revient le mérite d'avoir brisé ce cercle enchanté, en enquêtant sur les causes et conséquences de la révolution industrielle, qui réalisait la perfection de l'Idéal en broyant hommes, femmes et enfants dans le chaudron du Progrès de la Civilisation; ils découvrirent ainsi le lien métaphysique qui, au-delà du Bien et du Mal, maintient envers et contre-tout l'unité de la société bourgeoise: le Saint-Esprit du Marché mondial, mystérieuse et insaisissable Économie capitaliste, souveraine [divinité des négriers](en italique), fruit des entrailles des comptoirs coloniaux, qui usurpa à l'agriculture la Corne d'abondance quand elle prouva qu'elle réussissait, dans la cornue infernale des cales des navires faisant "commerce triangulaire", la transsubstantiation de produits manufacturés - armes, alcool et verroterie - en toutes sortes d'exquises denrées exotiques, par la seule magie du sacrifice des Nègres; qui conquit le monde par la force des "accumulations primitives du capital", autrement dit par le pillage, l'escroquerie et l'asservissement généralisés; qui se paya même le luxe d'abolir officiellement l'esclavage, là où les grandes plantations engendraient les usines et les mines où les prolétaires de toutes origines étaient désormais traités à l'égal des esclaves, et où les "Codes noirs", première expression du Droit bourgeois, faisait place aux réglementations du travail; et qui bien sûr a aussi ses Lois, ses temples : les Bourses, ses prêtres : les agioteurs ou [traders](en italique), augures des temps modernes, prédisant les jours fastes et néfastes sur la base de ces infaillibles calculs, aujourd'hui assistés par ordinateur, auxquels ils sont formés dans les meilleurs écoles d'astrologie divinatoire.

(Page 84-88)

 

Fabrice Wolff
Qu’est-ce que la démocratie directe ?

(Manifeste pour une comédie historique)

Editions Antisociales

16:20 | Lien permanent | Commentaires (0) |

23/06/2010

"Qu'est-ce que la démocratie directe ?" - Fabrice Wolff

Déesse des bourgeois, qui lui vouent un culte public auquel personne ne croit plus, issue des fertiles entrailles des Tribunaux révolutionnaires de la Terreur fécondées par le jus romain, accouchée au forceps par un dernier Imperator dont elle fut le seul héritage, la justice moderne dite "démocratique" - dont le cœur d'arbitraire magique devient chaque jour plus visible, avec par exemple l'ordalie par l'ADN, ou la nouvelle Inquisition "antiterroriste" qui subordonne la preuve par le fait à la preuve par la parolepalotins.gif (l'aveu ou l'annonce) - est, plus profondément encore que ses grossières caricatures bureaucratiques "marxistes-léninistes" (la "justice révolutionnaire" des Vychinski ou des Che Guevara), un spectacle de l'idéologie dominante, autrement dit une représentation mythologique, une mascarade par laquelle les rapports de domination existants sont chaque fois réaffirmés et remaquillés, "rechargés" du fluide efficace de l'Idéal. La "magistrature" moderne n'est de ce point de vue rien de mieux qu'une envahissante caste sacerdotale, initiée aux minutieux rituels du "Droit" et aux impénétrables arcanes de la "jurisprudence", organisatrice des cérémonies purificatoires par lesquelles l'oligarchie régnante sacralise toutes ses directives publiques, ainsi que toutes les punitions qui frappent ceux qui ne s'y conforment pas, au nom de la principale image que la bourgeoisie aime à donner à voir de sa propre souveraineté : la Justice, divinité vengeresse des contrats écrits - donc avant tout de la petite propriété -, avec sa balance de boutiquière, son hypocrite Credo étroitement communautaire : "J'ai confiance en la justice de mon pays", son décalogue : la Déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen. Dans une démocratie directe, au contraire, la "justice" étant en mesure de s'émanciper de tout idéalisme, tend à se dépouiller de son caractère primitif d'arbitrage sacré pour n'être plus comprise que dans sa signification concrète d'institution chargée d'arbitrer en dernière instance les désaccords et les conflits, et devenir ainsi la pierre de faîte institutionnelle d'une société fondée sur la raison humaine, d'où sont par conséquent bannis magistrature, droit, jurisprudence et tout le bataclan.

 

(Pages 84-85)

 

 

Fabrice Wolff
Qu’est-ce que la démocratie directe ?

(Manifeste pour une comédie historique)

 

 

00:06 | Lien permanent | Commentaires (0) |

21/06/2010

Rebetiko n° 6 - Que la fête commence

Rebetiko n° 6

 

Que la fête commence

 

 

Rebetiko_n°6.JPG

 

 

Cette Saison - Grèce et actu p.2

Dispositifs - Artistes festivals p.6

Evènement - Soule à Aurillac p.8

Imaginaires - Rencontres sonores p.10

Territoires - Marseille Bretagne p.12

Ne plus Payer - Conseils de la Cleptomeuse p. 14

 

Edito :

Fête de la musique, fête des voisins, fête du sourire, fête de la moule... Pas une parcelle de territoire, pas un village ( ou presque) n'échappe aujourd'hui à sa festivité estivale. Une fois proclamée l'ouverture de la saison, les murs de chaque cité se couvrent soudainement d'affiches, et tout cela claironne comme un ordre de mobilisation générale.

On assiste, passifs, aux réjouissances programmées d'un calendrier sans surprise. Quand les festivals ne sont plus que la vitrine rutilante des politiques locales, la fête est terminée. Il reste un cadavre sur lequel on peut danser. Ce pourrait être l'occasion d'un apéro géant qui ferait déborder la coupe, d'une soule déferlant au détour d'un rendez-vous culturel, d'un soir de match qui s'embrase... Alors la fête ne serait plus la fête que le Pouvoir "donne au peuple" mais que le peuple se donne à lui même.

 

rebetiko@riseup.net

 

photo à l'arrache...

17:02 | Lien permanent | Commentaires (0) |

20/06/2010

Football - Franck Ribéri, Raymond Domenech, le Spectacle et l’effacement des limites du moi et du monde...

 

Le spectacle, qui est l’effacement des limites du moi et du monde par l’écrasement du moi qu’assiège la présence-absence du monde, est également l’effacement des limites du vrai et du faux par le refoulement de toute vérité vécue sous la présence réelle de la fausseté qu’assure l’organisation de l’apparence. Celui qui subit passivement son sort quotidiennement étranger est donc poussé vers une folie qui réagit illusoirement à ce sort, en recourant à des techniques magiques. La reconnaissance et la consommation des marchandises sont au centre de cette pseudo-réponse à une communication sans réponse. Le besoin d’imitation qu’éprouve le consommateur est précisément le besoin infantile, conditionné par tous les aspects de sa dépossession fondamentale. Selon les termes que Gabel applique à un niveau pathologique tout autre, «le besoin anormal de représentation compense ici un sentiment torturant d’être en marge de l’existence»

 


Guy Debord, La Société du spectacle, Thèse n° 217

18:29 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Jean-Patrick Manchette au sujet de "Le petit bleu de la côte ouest"

retrouver ce média sur www.ina.fr

 


« Résistances » et consentement des cadres au travail

La communication que je présente à cette journée du GDR Cadres s’inscrit dans une réflexion plus générale sur la question des « résistances » au travail dans les entreprises « modernes ».
Il ne fait aucun doute que les « résistances » qui s’expriment ici et là sont significatives du renforcement du management libéral et parallèlement, de l’expression de la crise de légitimité qu’il traverse aujourd’hui. Ces résistances sont extraordinairement variées, allant du refus déclaré d’appliquer certaines procédures, à la formulation de critiques et de désaccords, en passant par des pratiques « clandestines » de contournement de certains objectifs afin de « s’économiser » au travail.
Mais la figure de la contestation ou de la résistance, tout spécialement chez les cadres, soulève pour moi de nombreuses interrogations : quelle est la portée concrète de ces résistances aujourd’hui dans l’entreprise, à l’heure de la constitution de grands groupes dans lesquels les décideurs paraissent de plus en plus éloignés des situations de travail ? Que signifie résister au sein d’une organisation du travail promouvant la participation, l’intégration et la flexibilité des salariés (particulièrement prononcée pour les cadres) ? La simulation au regard de ces nouvelles injonctions, tout en consentant à travailler, peut-elle être considérée comme de la résistance ? Par ailleurs, peut-on parler de résistance lorsque certaines pratiques de contournement des procédures et des règles organisationnelles permettent au final d’améliorer l’efficacité du travail, notamment du point de vue de la productivité ?

article de Gaëtan Flocco - Communication à la 12ème journée d'étude du GDR CADRES à Lyon le 15 décembre 2006

Texte complet PDF

18:14 | Lien permanent | Commentaires (0) |

19/06/2010

Karim LANDAIS - Manipulations et pensée unique : propos sur la fonction du journalisme - Restructurations à l’ombre des bons sentiments

photo piquée au tas chez UHD

 

 

Manipulations et pensée unique : propos sur la fonction du journalisme

 

Dans le "débat" lancé dans les colonnes du ML sur le trotskisme, j’ai apprécié tout particulièrement une initiative rare : la recherche de la définition de l’entrisme… Toutefois, je n’ai pu que constater qu’il était possible de faire cet effort d’objectivité tout en reprenant à son compte toutes les idées reçues sur ce mouvement politique et en maintenant la confusion entre "entrisme", "travail de fraction" et "noyautage". Sous le prétexte qu’il s’agit de nos adversaires, a-t-on le droit de relayer des calomnies au mépris, sinon d’une certaine scientificité, au moins d’une honnêteté intellectuelle ? Répétons-le : l’entrisme est une pratique datée sinon révolue et le travail de fraction est propre à toute organisation politique agissant dans un cadre syndical. En relayant des définitions erronées, nous participons à une entreprise peu glorieuse, celle de la diffamation. L’affaire Le Monde a cristallisé les passions. Chacun y est allé de son petit couplet sur les pratiques obscures de ces journalistes. Des camarades se sont rués dans la brèche en piochant à tout va des citations perçues comme "compromettantes". Quant à moi, j'ai tendance à souscrire aux arguments d'Edwy Plenel qui dénonce les calomnies et le travail bâclé, exemples pertinents à l'appui… les précédents sont en effet légion, et La Face cachée du Monde ne viendrait que couronner une longue série de travaux se voulant dérangeants mais érigeant des rumeurs et des préjugés en faits, hors de toute scientificité, pour le seul bénéfice des opinions politiques de leurs auteurs. Notre tâche doit être double : l’érection d’une critique sérieuse du trotskisme, et la méfiance à l’égard de toute "enquête" journalistique qui, lorsqu’elle concerne le PT ou la LCR, n’en reste pas moins généralement une entreprise liée à la fonction du journalisme : l’encadrement du capitalisme.

Le journaliste Christophe Bourseiller fit publier en 1997 Cet étrange M. Blondel. Enquête sur le syndicat Force Ouvrière, un livre consacré à Marc Blondel et à la CGT-FO et, plus généralement, à l’  "entrisme" pratiqué par l’ex-OCI dans ce syndicat. Son ouvrage a reçu les honneurs, et notamment des adversaires politiques du syndicalisme ou du trotskisme "lambertiste", ravis d’une opportunité de discrédit collectif. Alexandre Nemo, dans Rouge, le journal de la LCR, en recommande la lecture, tout en en reprenant les affirmations : Alexandre Hébert, secrétaire pendant plusieurs années de l’UD-FO de Loire-Atlantique, serait un "membre clandestin depuis des années de la direction de l'organisation lambertiste". En novembre 97, dans Le Monde Libertaire, l’article Blondel est-il trotskiste ? affirme en réponse à la question posée dans ce titre que "le dernier bouquin de Christophe Bourseiller amène suffisamment d'éléments démontrant que la question mérite d'être posée"… Le livre, en effet, publie des listes de noms qui, "supposés lambertistes" dans les premières pages, sont présentés comme tels dans les dernières. On se rend bien compte de la portée politique de telles affirmations, qui visent à présenter le trotskisme comme une "franc-maçonnerie de gauche" infiltrant tous les niveaux de la société pour en prendre le contrôle, comme le suggérait l’émission C dans l’air du 29 janvier 2003, qui évoquait "le pouvoir des trotskistes". Joachim Salamero, président de la Libre Pensée et "supposé lambertiste" lui aussi, est cité 17 fois dans Cet étrange M. Blondel : il affirme pourtant n’avoir jamais rencontré M. Bourseiller…

Car là se situe le problème posé par cet ouvrage : si les affirmations ne manquent pas, la bibliographie est mince, et les sources ne sont pas citées. Mais, des sources, y en a-t-il réellement ? Il semblerait que M. Bourseiller ne se base sur autre chose que ses présupposés et des déclarations de militants. L’historien sait bien, pourtant, combien il faut être prudent dans l’utilisation de ces confessions : M. Bourseiller, lui, est habile dans l’élévation de rumeurs au statut de "faits avérés". A l’article cité Blondel est-il trotskiste ?, un autre, Cet étrange M. Bourseiller, publié 3 semaines plus tard dans le Monde Libertaire par Fabrice Lerestif, Jean Hédou et Wally Rosell, répondait en en appelant à la vigilance des lecteurs qui, "mal au fait du syndicalisme français et de son histoire", pourraient se laisser griser par de telles affirmations. "Accorder le moindre sérieux, le moindre crédit ni même la moindre bonne foi à ce genre de personnage est impossible et on voit mal pourquoi on lui ferait davantage confiance aujourd'hui, sous prétexte que l’essentiel de son bouquin vise Blondel et les trotskistes lambertistes" ; ce livre est "un bouquin de commande", avancent les auteurs de l’article, qui rappellent que les "révélations" de Christophe Bourseiller sont en réalité une reprise des affirmations "des oppositionnels droitiers au sein de FO", qui "agitent le spectre bolchévique à la face des médias" et prétendent que les trotskistes du Parti des Travailleurs contrôlent 5 fédérations et 15 unions départementales… on peut en effet se demander pourquoi cet intérêt pour le seul "travail de fraction", c’est-à-dire l’action commune, des militants trotskistes engagés dans le même syndicat ? Cela n'entre-t-il pas dans la logique de l'action des militants politiques de tout bord au sein d'un syndicat ?

Ultime preuve du peu de sérieux de l’ouvrage, les auteurs précisent aussi que des militants de la Fédération Anarchiste y sont pareillement mentionnés comme trotskistes… Ne peut-on alors voir un parallèle avec un autre livre de C. Bourseiller, Les ennemis du système, datant de 1989, qui sous-entendait une liaison entre les "extrêmes" ? Il est curieux en effet que quelqu’un qui attache tant d’importance à démontrer le "trotskisme" de militants syndicaux, et notamment d’Alexandre Hébert, cité près de 60 fois, n’ait semble-t-il même pas pris la peine de consulter la publication dont ce dernier est le directeur. L’Anarcho-syndicaliste est pourtant revenu plusieurs fois depuis et avant 1991, date de la création du Parti des Travailleurs, sur la nature des relations d’Alexandre Hébert et de ses coreligionnaires avec les trotskistes. Curieux également qu’il n’ait pas fait référence à l’ouvrage de Jean-Christophe Cambadélis qui, mentionnant la présence d’Hébert aux réunions du "bureau politique" du CCI – ce que ce dernier n’a jamais caché – précisait également que ses convictions anarcho-syndicalistes étaient si fortes qu’il ne pouvait être question, ni d’en faire abstraction, ni de prétendre les infléchir. Echafauder autour des relations politiques entre l’UAS (d’ailleurs non mentionnée dans Cet étrange M. Blondel, et peut-être d’ailleurs inconnue de Bourseiller) et le CCI du PT le mythe d’un complot trotskiste était un pari audacieux, quoique atteint. Il ne restait plus aux ennemis du syndicalisme qu’à faire leur choix dans les calomnies pour jeter le discrédit : Frédéric Pichon, du Centre de Formation à l'Action Civique et Culturelle selon le Droit Naturel et Chrétien, conclut ainsi dans ses Dossiers d’actualité que "l’entrisme est particulièrement fort […] au sein de Force Ouvrière où un récent ouvrage de Christophe Bourseiller a montré que son dirigeant Marc Blondel était très lié au groupe trotskiste "lambertiste"".

Dans un tout autre registre, Sandrine Armirail a fait elle aussi les frais de ce travail bâclé : présidente de l’association Vampire Story, association de "vampirologues", c’est-à-dire de ceux qui étudient la fiction du mythe du vampire, elle a été présentée par C. Bourseiller dans un autre ouvrage comme la représentante de la communauté des "Vampyres" de Paris, des personnes obsédées par le sang et le mêlant à leurs plaisirs sexuels. Contactée, celle-ci m’a précisé qu’elle a à plusieurs reprises tenté de joindre par courrier ou téléphone M. Bourseiller et les éditions Denoël, ne demandant qu’un démenti et un rectificatif dans les prochaines éditions. Echaudée, elle écrit que Bourseiller est "un pseudo journaliste qui ne vérifie absolument pas ses sources et publie n'importe quoi dans l'espoir de faire vendre, et porte atteinte aussi bien a l'intégrité des personnes, mais aussi des passionnés de littérature fantastique".

En apparence plus neutre, le livre d’un autre journaliste, Christophe Nick, Les trotskistes, est en réalité plus "pervers". Un "livre admirable", disait Françoise Giroud dans Le Nouvel Observateur. "L’un des meilleurs sur cette nébuleuse difficile à approcher […] [à] la démarche […] originale et pédagogique", juge le site Internet www.libres.org, qui, "depuis sa création (janvier 2000) [entend] proposer une lecture libérale des problèmes de la société française et du monde contemporain". En effet, l’idée-clé arrange les tenants de les pensées unique : "les trotskistes sont partout". Enumérant les noms de tous ceux qui sont un jour passé par le trotskisme, C. Nick se sort de la contradiction posée par ceux qui, comme Edwy Plenel, Bernard Guetta, Michel Field, n’ont plus aucun lien apparent avec le trotskisme, par une phrase qui en dit long sur la réflexion de l’ouvrage : "Trotskiste un jour, trotskiste toujours". Il semble que C. Nick ait mal digéré le catéchisme anti-trotskiste reçu au parti communiste : une étude des autres courants politiques ne montrerait-elle pas que socialistes et communistes sont, eux aussi, et logiquement, "partout" ? Michel Taubmann, de l’Office Universitaire de Recherche Socialiste (OURS), met en avant l'idée que le livre de Nick "souffre d’un déséquilibre qui favorise les courants les plus " ouverts " et la génération issue de mai 68". "C’est le résultat d’une méthode d’investigation fondée principalement sur les témoignages d’actuels ou d’anciens militants qui ont naturellement tendance à valoriser leur rôle au détriment de ceux d’anciens camarades ou adversaires que l’auteur n’a pas rencontrés". En clair, l’objectif de l’ouvrage était de toute évidence le discrédit d’un courant politique. "Quelques erreurs factuelles sont regrettables. Des noms sont mal orthographiés et certains personnages sont confondus avec d’autres". Nick devait estimer urgent le travail à faire.

Travail bâclé, en somme, et une fois de plus, pour ce livre qui lui non plus ne présente pas les sources dont il tire ses affirmations. S’il ne définit pas Alexandre Hébert comme trotskiste, il entend néanmoins montrer, par ses raccourcis aussi saisissants qu’ils sont infondés, comment les trotskistes contrôlent la société à tous ses échelons. Des énormités sont même suggérées par l’extrapolation : le caractère collaborationniste du trotskisme, par exemple, pour qui la question des juifs n’aurait été qu’un détail pendant la 2ème guerre (là encore, parallèle établi avec le Front National et le fameux "détail" des camps de concentration ?) ; l’amplification de soi-disant rumeurs (d’où sont-elles issues ?) affirmant que le meurtre et le viol collectif étaient pratique courante au sein du mouvement trotskiste issu de l’opposition au "pablisme". Le Monde du 20 février 2002 rappelle cette affaire en évoquant le procès intenté à l’auteur par Daniel Glückstein, secrétaire national du Parti des Travailleurs : M. Gluckstein reproche à M.Nick de lui avoir attribué une biographie erronée, celle d'un autre militant trotskiste, Robi Morder, dont les parents ont connu le ghetto de Lodz en Pologne et dont la mère a été déportée à Bergen Belsen. Plaidant l'atteinte à la vie privée, son avocate, Me Hélène Rubinstein-Carrera, a souligné le caractère préjudiciable d'une telle confusion, à deux mois du scrutin. "On va croire que Daniel Gluckstein est un mythomane qui s'auréole d'origines familiales glorieuses", a-t-elle précisé, demandant la saisie du livre, ou à défaut la suppression des trois passages litigieux. M. Gluckstein s'est indigné à propos d'un autre passage du livre, où M. Nick fait état, sans pouvoir les valider, de "rumeurs" et de "confidences sordides" au sein des milieux trotskistes évoquant des "meurtres et viols collectifs chez les lambertistes".

Dans l’article Trotskisme et polémique, publié dans le même journal le 5 avril 2002, Roby Morder relate le mea culpa adressé par Nick au Monde après ces remontrances de maître d’école à un mauvais élève et conclut : "Christophe Nick essaie de faire diversion sur ses errements (Le Monde du 30 mars). Que l'éditeur ait sa part de responsabilité en exigeant des délais trop courts, peut-être. Mais alors, plutôt que de s'exposer au risque de malfaçons, on limite son ambition". Car ces journalistes passent pour des spécialistes du trotskisme auprès d’un champ plus élargi que celui de l’ "opinion publique" : l’émission C dans l’air déjà citée avait ainsi invité comme spécialistes, côte à côte, Christophe Bourseiller et Christophe Nick. Le numéro spécial qu’une revue pourtant sérieuse, L’Histoire, consacrait au thème de l’extrême-gauche, laissait également la place à un article de l’auteur de Cet étrange M. Blondel… Mais manque-t-on à ce point de spécialistes que l’on doive accorder du crédit à ce genre de personnages ?

Méthode bâclée et peu sérieuse, c’est un fait avéré, laissant la place aux opinions politiques des auteurs, cela semble non moins indiscutable : comment expliquer autrement les calomnies auxquelles on a fait référence, comment expliquer l’indulgence faite à la LCR, présentée comme transparente, et dont on oublie les faits d’armes, à la hauteur de la récente tentative de mettre la main sur l’Ecole Emancipée ? Pourquoi ne pas traiter chaque courant sur un pied d’égalité ? Nos journalistes ne sombrent-ils pas dans l’unilatéralisme, le partial, cet ennemi des historiens ? Pourquoi ne pas présenter de même la version du Parti des Travailleurs, qui pense que l’idéologie dominante présente le courant le moins radical comme le plus respectable ? De même, mais sans se cantonner à cette lutte entre factions rivales du trotskisme, dans laquelle je ne saurais m’immiscer, que penser de cet acharnement à vouloir couler le syndicalisme confédéré, seul encore en piste, du moins en partie, dans l’arène anti-subsidiaire ? Jean-Jacques Marie, spécialiste de la Russie et du trotskisme, et par ailleurs militant trotskiste du PT, dénonce dans Le trotskisme et les trotskistes cette aspiration des journalistes à la scientificité. Mais il ne faut pas s’y tromper : le trotskisme n’est qu’un prétexte, il s’agit par l’invention de relations fumeuses de tracer des liens entre contestataires pour mieux les discréditer.

Pour élargir la conclusion au delà de ce dernier ouvrage, par ailleurs assez partial dans sa présentation des courants trotskistes français, il est fort dommageable que l’histoire s’ouvre ainsi à de tels travaux : Christophe Nick présente quasiment le trotskisme comme une religion aux tares congénitales depuis Trotsky, oubliant volontairement la crise de la société à laquelle ce mouvement prétend répondre. Tout simplement, il lui plaît de juger, tout en se parant du désormais traditionnel masque de l’objectivité. L’historien, lui aussi, sait juger, mais il assume sa subjectivité en affichant ses couleurs politiques, tirant ses affirmations des faits, et ces faits, des sources… N’en déplaise à Nick, il y a une manière scientifique de faire de l’histoire immédiate, et même de l’histoire politique, tant il est vrai qu’il ne s’agit parfois que d’être honnête et de laisser ses opinions politiques au placard.

Au-delà des conséquences incommensurables qu’ont eu ces 2 livres, que toute la presse et beaucoup d’organisations politiques ont immédiatement ou tardivement encensé, et dont il serait fastidieux d’énumérer les références, c’est un véritable discrédit qui est jeté sur la scientificité de l’histoire, en même temps que lumière est jetée sur la pensée commune du journalisme. Ce milieu révèle de plus en plus malhabilement sa fonction : ériger en dogmes les affirmations d’une idéologie dominante et bien-pensante, et s’immiscer pour cela dans le domaine scientifique, qu’il parvient parfois à corrompre. Alors, parler de "bouquins de commande" nécessiterait des preuves : néanmoins, les journalistes n’ont pas besoin d’ordres pour agir, et on peut parler sans se tromper d’autocensure, d’accompagnement théorique de la politique antisociale et néo-totalitaire et de tentative de légitimation du processus de criminalisation de la contestation. En utilisant ces ouvrages comme preuves du "vice" du trotskisme, nous cautionnons cette démarche. Bien sûr, il est nécessaire de le dire : les trotskistes, notamment ceux du PT (rappelons au passage que le PT n’est pas un parti trotskiste) et de la LCR, mènent une politique de noyautage systématique dans la plupart des organisations où ils militent, bien sûr, leur pratique actuelle est la préfiguration bien minorée de leur éventuelle pratique gouvernementale, mais il est nécessaire de le dire autrement.

 

 

 

 

 

 

 

 

Restructurations à l’ombre des bons sentiments

 

De bon sentiment, le dernier numéro de la revue Contre-Temps1 ne manque pas. Sous la houlette d’un quarteron2 de militants trotskistes de la LCR, d’autoproclamés "nouveaux libertaires"3 et "nouveaux communistes" entendent nous convaincre des "faux clivages" existant entre anarchistes et trotskistes, des clivages qui, aujourd’hui, ne reposeraient que sur quelques confrontations historiques n’ayant plus guère de sens. L’heure serait aujourd’hui à la fusion : celle d’une politique trotskiste et d’une pratique anarchiste, dans le cadre d’un "parti libertaire […] apte à gouverner". Pour cela, des parallèles historiques sont établis avec une collaboration communistes/anarchistes dans les IWW américains et dans le cadre de la revue Voie Communiste en pleine guerre d’Algérie. Ceux-ci représenteraient des "exemples intéressants" de "regroupement non dogmatique".

De cette revue et de tous ses articles se dégage une certaine communauté de pensée dont la constante est le caractère complètement dépolitisé. Anarchistes et trotskistes (de la LCR) seraient les 2 membres principaux de la communauté des révolutionnaires, séparés par de bêtes événements historiques. Mais il convient de noter qu’aucun aspect politique de cette collaboration n’est abordé : Mimmo D. Pucciarelli présente la mouvance libertaire comme si, quoique présentée comme "plurielle et composite", elle était néanmoins une véritable communauté, sans clivages politiques entre les organisations et les individus ; la LCR est abordée comme si elle était le pur produit du trotskisme, bureaucratie et dogmatisme en moins ; enfin, signalons la récurrence de l’ajout ponctuel des Verts en marge de la communauté des "radicaux critiques". Cette communauté doit se baser sur deux choses : le rejet "des vérités uniques et des certitudes carrées du dogmatisme" et une position "100% à gauche". Mais de ce que signifie politiquement "être 100% à gauche", on ne parlera pas…

La LCR, il est vrai, a fait peau neuve. Elle ne se veut plus un parti communiste, mais un parti "écologiste, féministe, anticapitaliste"4. A chaque congrès est inlassablement reposée la question du changement de nom pour bazarder ces mots encombrants que sont "communiste" et "révolutionnaire", qui font trop peur5. Les entorses au dogmatisme sont, on ne peut le nier, conséquentes : Léonce Aguirre, avec d’autres, fait un retour critique sur Kronstadt6, que même le jeune candidat Besancenot décrit comme une erreur de Trotski7. D’autre part, les références historiques du parti se sont relativement élargies, pour inclure, et ce n’est pas récent, Rosa Luxemburg ou Che Guevara. Le retour sur Kronstadt est, entre autres, courageux : tout le monde n’en a pas fait autant… La LCR, de fait, n’est plus vraiment un parti trotskiste. Mais là n’est pas l’important : suffit-il d’évacuer toute référence au trotskisme et à ses erreurs pour être digne d’intérêt ? On oublie que la LCR est un parti politique, et que ce parti a une action politique. Mais de cette action, on ne parle pas : la question de l’unité ne nécessite-t-elle pourtant pas que l’on en fasse le bilan ?

Le positions ambiguës sur la parité8, sur l’Europe et Maastricht, dont certains courants et individus au sein du parti disent qu’elles sont susceptibles de permettre certaines avancées9… les positions douteuses des pantins inutiles au Parlement Européen sur la privatisation du chemin de fer, la réduction de l’interdiction des licenciements à un cadre des "grandes entreprises qui font des profits"… cela, avec un modèle politique défini comme celui de la "démocratie participative" de son homologue brésilien. De celle-là, non plus, on ne parle guère : c’est bien le courant "Secrétariat Unifié" du PTB qui, élu sur le mandat du non-versement de la "dette" au FMI, a pourtant fait de celui-ci le 1er point de son programme une fois au pouvoir ; c’est bien lui qui continue la politique de privatisation… quel doux mot que celui de "démocratie participative", qui associe les travailleurs à la gestion de la cité alors que, en vérité, ils ne participent qu’à la gestion de la pénurie : le Nouvel Economiste le confirme : 80% du budget concerne des dépenses fixes, 15% sont consacrés au paiement de la dette, restent 5% à se partager entre les exploités10 ! Les syndicalistes brésiliens détaillent à l’envi les successions de cris et de pleurs au "budget participatif" de la part de tous ceux venus réclamer justice, et qui savent que seuls ceux étant parvenus à rassembler le plus de monde derrière eux pourront faire partie des 3 uniques nominés sur la liste des "priorités"11…

En évacuant toute référence au trotskisme ou au communisme, la LCR ne fait pas que figure d’ouverture d’esprit : elle évacue aussi des concepts qui ne correspondent plus à sa pratique politique. Son ouverture est la concrétisation de sa dérive droitière qui la conduit, en effet, à s’ouvrir aux Verts, à la Gauche Socialiste, invitée à son dernier congrès, et aux libertaires d’Alternative Libertaire, invités eux aussi… Si "AL" se retrouve fréquemment dans des combats communs avec la Ligue, ce n’est pas non plus seulement parce qu’elle veut bien faire fi de tout dogmatisme, c’est parce qu’elle aussi manie les concepts de "100% à gauche" et de lutte de la "gauche sociale" contre la "gauche gouvernementale"… tous deux se retrouvent sur une position de "gauche de la gauche", qui poussotte gentiment la gauche plurielle pour qu’elle lâche quelques mesurettes, pour qu’elle régule le capitalisme, puisqu’il faut "changer le monde sans prendre le pouvoir".

Ce n’est pas pour rien que les "anarchistes" qui prennent la parole dans cette revue préfèrent quoi qu’ils en disent le terme de libertaire à celui d’anarchiste…. Manfredonia, Spadoni, Pucciarelli réduisent l’anarchisme à une certaine "pratique" libertaire, à une revendication de fonctionnement politique démocratique. La seule légitimité de l’anarchisme serait d’avoir incarné au temps du "dogmatisme" trotskiste la lutte contre la bureaucratie : la LCR ayant rompu avec ces pratiques, l’anarchisme n’a plus aucune raison d’être et doit intégrer la nouvelle extrême gauche plurielle, car c’est bien de cela qu’il s’agit, et se préparer, comme il l’est rappelé, à voter une nouvelle fois pour la "démocratie chiraquienne" ou encore, pour un candidat jugé "proche" : "trotskiste ou écologiste par exemple"… Que de bons sentiments, en effet, dans ces appels à l’action dans ces grands syndicats que sont SUD ou la CGT, tout dévoués au syndicalisme subsidiaire, tout à fait compatible avec cet autre modèle de corporatisme qu’est la "démocratie participative". Que de bons sentiments dans ces appels à la collaboration avec ces grands révolutionnaires des Verts et de la Rifondazione12 ! "Collaboration", c’est bien de cela dont il s’agit… la "gauche de la gauche" façon PCF ou LCR revendique "une autre Europe", définie comme le cadre de nos luttes, tout en affirmant que ce qui édicte 80% des mesures appliquées en France n’est pas une "réalité géopolitique".

N’en déplaise à tous, l’anarchisme n’est pas réductible à un amas de pratiques "démocratiques" menées par des "libertaires". La légitimité de l’anarchisme est que c’est le seul courant politique qui, prenant fait et cause pour les exploités, refuse de laisser un seul élément hors du champ de sa critique et de sa réflexion, à l’inverse du trotskisme, qui refuse de se pencher sur la question de l’autorité et de son expression sociale qu’est l’Etat. C’est cela l’actualité du différend entre l’anarchisme et le trotskisme : d’abord, il est vrai, une "pratique" (le récent coup de main de la LCR, après d’autres trotskistes, sur l’Ecole Emancipée prouve d’ailleurs à quel point la LCR s’est dé-trotskisée), mais pas une pratique réduite à un fonctionnement interne démocratique, une pratique qui lui interdise de participer à l’Etat, une pratique qui prévienne toute dérive, de quelle nature qu’elle soit. Je vous préviens, messieurs, que les anarchistes ne confondent pas unité et unicité, et qu’ils ne laisseront pas les trotskistes se déclarer impunément libertaires !

Pucciarelli nous invente des catégories fumeuses entre "anarchistes sociaux" et "anarchistes du quotidien", cela lui permet d’intégrer dans le mouvement anarchiste les poivrots qui restent dans les "bistrots après avoir bu quelques verres", cela lui permet de donner de la légitimité à des "anarchistes" qui, à force de se pencher sur "l’imaginaire"13, sont devenus des anarchistes imaginaires. En évacuant, entre autres, la question de l’Etat, ils se rapprochent en effet de la Ligue et deviennent, à leur tour, des "trotskistes mous".

 

Mollassons de tous les pays, unissez-vous ! Nous autres, nous continuons le combat !

 

 


1 Contre-Temps, « Revue thématique à la rencontre des courants de radicalité critique », numéro 6, février 2003 : « Changer le monde sans prendre le pouvoir ? Nouveaux libertaires, nouveaux communistes ».

2 Philippe Corcuff, Michaël Löwy, Léon Crémieux, Sylvain Pattieu…

3 Notamment le sociologue Mimmo D. Pucciarelli, l’historien Gaetano Manfredonia et les militants d’Alternative Libertaire Patrice Spadoni et Pierre Contesenne.

4 Voir par exemple « Devenir le pire cauchemar de la droite », discours tenu par Olivier Besancenot à l’université d’été de la LCR (27 juillet au 1er septembre 2002), extraits publiés dans Rouge.

5 Voir la tribune de Catherine LEBRUN, Maroussia, Alain MATHIEU, François OLLIVIER, Stéphanie CHAUVIN, « Pour ou contre le changement de nom de la LCR. Un choix utile », dans Rouge, été 2000 : « Changer de nom est aussi un signe d'ouverture de l'organisation au même titre que l'ensemble des mesures organisationnelles que nous prenons: c'est le signe que nous sommes à la fois capables de fidélité à un combat et capables d'évolution, de renouvellement, de projection dans l'avenir, d'intégration de nouvelles générations, de nouvelles expériences et nouvelles cultures politiques ».

6 Léonce AGUIRRE, « Le mythe de la tragique nécessité », dans Rouge n°1916, mars 2001.

7 Olivier BESANCENOT, Tout est à nous !, Paris, Denoël, 2002.

8 Notamment qualifiée d’ « avancée » dans « Pour un projet de société féministe. 3 questions à Olivier Besancenot », Rouge, juillet 2002. Seules les « insuffisances » de la loi sont critiquées par la LCR.

9 Voir par exemple l’édifiante « Position D » au 14ème congrès de la LCR : « Ouvrez les yeux, oubliez ce congrès », disponible sur le site Internet de la LCR : « Non, la construction de l'Europe - fût-elle celle de Maastricht-Amsterdam - n'est ni un mirage ni une catastrophe. Oui, elle procède de l'initiative des classes dominantes mais, non, elle n'exclut pas de nouvelles avancées sociales ».

 

10 Jacques SECONDI, « Porto Alegre, capitale-laboratoire du Brésil alternatif », in Le Nouvel économiste numéro 1194, du 22 février au 7 mars 2002.

11 Voir par exemple Miguel CRISTOBAL, « A propos de la " taxe Tobin ", de la " démocratie participative " et d'ATTAC », Supplément (payant et facultatif) à Informations Ouvrières (journal du Parti des Travailleurs - français) n°513.

12 Fausto BERTINOTTI, « Quinze thèses pour une Gauche européenne alternative », dans Contre-Temps n°6.

13 Mimmo PUCCIARELLI, L’imaginaire des libertaires aujourd’hui, Lyon, ACL, 1999.

source

 

16:21 | Lien permanent | Commentaires (8) |

18/06/2010

Petite nouvelle ... (de chez UHD)

jeudi 17 juin 2010

Petite nouvelle ...

 




Suite au post "Sur une initiative parlementaire...", nous avons reçu dans notre boîte à lettre électronique une petite nouvelle en provenance des Fragments du visible, qui nous informe que le colloque consacré au "Bilan des 25 ans des lois anti-terroristes" n'aura pas lieu le 21 juin 2010...

Nous transmettons ici le message (avec l'accord des expéditeurs) :

Salut à tous,


Nous avons pensé utile de prendre le temps d’un petit mot à propos l’article concernant le colloque sur les lois anti-terroristes.

Tout à fait conscient que l’on ne demande pas à Proudhon de rédiger un acte de propriété, on peut comprendre qu’un anarchiste ne se voit pas à l’Assemblé Nationale.

Ce colloque s’inscrivait et s’inscrit dans la continuité notamment de la remise en cause de l’article 421, de la notion d’association de malfaiteurs et plus largement de la transformation de l’État de Droit en outil sécuritaire.

De la même manière, il peut être utile et agréable de poser la question d’une dissolution de la D.C.R.I. comme structure qui mêle le Renseignement et le Judiciaire.

Nous avons appris que ce colloque ne se tiendra pas le 21 Juin 2010, mais durant la seconde quinzaine d’Octobre, à la veille des deux ans du 11 Novembre.

Période envisagée par de multiples prises de paroles. (vidéos, éditoriales, évènements etc…) dont ce colloque sera un de ces moments.

Merci pour la minute d'attention.


L'équipe de Fragments du visible


Pris avec camaraderie chez UHD - 18/06/2010

21:36 | Lien permanent | Commentaires (0) |

16/06/2010

Quand le mouvement anti-autoritaire génère sa propre répression

Depuis quelques temps, on ne peut ignorer la recrudescence d’actions offensives et de textes visant à les accompagner par l’écrit. Tout le monde ou presque a sa position là-dessus, et nous n’entrerons pas ici dans ce débat là. Ce qui nous préoccupe, c’est la façon qu’à chacun de réagir à ces actions. Nous voulons parler ici d’indymedia Paris, et plus généralement des divers commentateurs/spectateurs qui fleurissent un peu partout sur le net comme ailleurs. Nous ne nous faisons pas d’illusions sur la pertinence de porter les luttes sur le terrain du net (qui n’est pas un outil neutre), cependant nous sommes bien obligés, lorsque que la répression para-policière privilégie ce média, d’en discuter.

Le fait est qu’aujourd’hui, le moyen choisi (faute de mieux) par les divers groupes d’attaques pour communiquer leurs raisons, sont les médias de type « open publishing » tels les Indymedias, qui se définissent eux-mêmes comme des outils de lutte ouverts à tous contre l’État et le Capital.

Ceci dit, il est tout à fait souhaitable que les contenus antisémites, racistes, homophobes sexistes ou politiciens se fassent rembarrer par simple cohérence. Mais censurer de la même manière des communiqués de collectifs de lutte, anonymes ou non, c’est participer au silence imposé par cette société qui refuse toute lutte sortant des cadres imposés de la communication démocratique (médias bourgeois, médiations politiciennes...).

Récemment, Indymedia Paris a refusé nombre de communiqués et d’articles émanant des luttes contre les machines à expulser et à enfermer [1] ; qu’il s’agisse de tracts, d’informations sur la répression policière ou de communiqués d’actions directes [2].

Au final on peut se demander si, comme la justice et ses flics, Indymedia Paris n’aurait pas créé lui-même sa propre catégorie d’indésirables, qui souvent correspond exactement aux catégories policières. Car les textes souvent désignés par la police comme provenant de la fantasmagorique « Mouvance Anarcho-Autonome », sont les mêmes que ceux qui sont censurés par Indymedia Paris. Ceux qui sont en ce moment dans le viseur de l’État qui tente de les isoler par la répression sont donc aussi punis de la censure par le collectif Indymedia Paris, les isolant encore un peu plus.

Par exemple dans le cadre des arrestations du 15 février dernier, liées à la solidarité autour du procès des inculpés de l’incendie de Vincennes, un article détaillant l’arrestation d’une huitième personne [3] (pourtant un simple article informant d’un nouveau cas de répression), disparaissait mystérieusement et n’apparaissait plus ni dans les articles refusés, ni en attente, ni en débat, comme si il n’avait jamais existé ; en somme un pur procédé bolchévik.
A nouveau, un tract sorti suite aux arrestations du 8 juin à Paris [4], émanant de personnes proches de l’affaire a été censuré, accompagné d’un commentaire lapidaire de la modération : « Prospectus ».
Autre exemple récent, un tract a propos des émeutes de Villiers-le-Bel et de solidarité avec les inculpés [5] a été refusé plusieurs fois. Les motifs invoqués (chronologiquement) par la modération : « Recup’ merdique. les jeunes des cités n’ont pas besoin de vous pour se révolter », « Article déjà refusé. Il n’y a pas eu de tirs de "chevrotine" [6]. Inutile de fantasmer. Et autres passages douteux comme la "canaille grands frères" » ou encore « Lire attentivement la charte. » et « Prospectus ».
Il en va de même pour un nombre important de communiqués d’actions directes, avec pour seul motif que les textes ne seraient « pas clairs » ou « inintelligibles », alors que nous savons bien que le vrai problème est ailleurs et ne se réduit pas à une simple question « stylistique ».

Tout ceci est grave.

Personne ne demande à telle ou telle organisation, collectif ou individu de relayer contre leur volonté quoi que ce soit sur leurs sites. Nous ne nous immisçons pas dans la gestion privée des médias qui leur appartiennent. Mais nous exigeons des médias à vocation publique, ouverte et libre, comme Indymedia, l’application de leurs propres principes de base, chacun étant libre par ailleurs de critiquer, d’opiner, de contre-publier des critiques ouvertes, sur un pied d’égalité [7] et tant que le contenu ne constitue pas un travail de flic. Ce n’est pas le cas d’Indymedia Paris.

Il est maintenant un autre phénomène dont nous voudrions parler, et qui, s’il n’est pas exactement de la même nature que le premier, participe néanmoins a une même logique d’isolation et de séparation.

Habituellement, nous n’accordons aucune importance, sur indymedia ou sur les forums, aux divers commentaires qui viennent généralement polluer les articles. Ils ne servent souvent qu’à satisfaire les pulsions idéologiques de quelques fanatiques du clavier. Mais lorsque ces adeptes du monde virtuel épargnent quelques heures sup’ aux flics qui nous observent avec des commentaires du type : « encore un coup des totos de Montreuil » , « encore un coup des non fides/cette semaine », « encore un texte de totos allumés qui cassent des vitrines » « "tract trouvé dans la rue" c’est signé tel ou tel », « ces gens-là, je les connais, ils ne foutent jamais un pied en manif » , « tient les non fides ont repris du service », ou encore « ce tract n’a pas été diffusé réellement » ou au moment où sortait la lettre de Damien depuis la prison de Villepinte : « Mais de quoi se plaint-il, l’ADN a parlé non ? », nous ne pouvons taire notre colère. Des commentaires venant de militants libertaires ou non, souvent bien connus et se présentant comme tel.

Quelles que soient les intentions affichées ou non de ces commentateurs, de telles affirmations participent de fait à isoler, à séparer un peu plus les différentes luttes, et à propager l’idée que les velléités offensives n’appartiendraient qu’à quelques individus facilement identifiables, kamikazes et fous-furieux, alors même que la révolte est diffuse et répandue.

Il ne devrait pas être nécessaire d’expliquer que des flics travaillent sur internet, mais leurs connaissances des divers courants et de leurs différences n’est pas nécessairement très élaboré, que donc ce type de commentaires leur rend la tache plus facile. Est-ce vraiment ce que vous cherchez ?

Il n’est certes pas un problème d’assumer publiquement haut et fort ses idées et sa solidarité avec tel ou tel acte conflictuel, mais revendiquer des actes particuliers de la même façon est une autre paire de manches, pour des raisons qui paraissent évidentes, du moins parmi ceux et celles pour qui la lutte contre l’autorité n’est pas qu’une affaire de mots, de postures intellectuelles ou de rôles sociaux. Et si des personnes trouvent pertinent, voir nécessaire, de ne pas signer les textes qu’ils souhaitent diffuser, c’est qu’ils ont leurs raisons, qui ne sont pas discutables, mis à part pour les quelques-uns qui ont pris l’habitude à ce que le sigle de leur organisation permanente apparaisse en bas de chaque tract, comme un réflexe conditionné, et comme si la visibilité n’était qu’une question de signature.

Au delà de son propre positionnement, qu’il soit d’ordre théorique, pratique ou idéologique, il y a des choses dont on ne peut pas parler n’importe où, n’importe comment et n’importe quand, malheureusement. Mais entre exprimer son désaccord avec un certain type d’offensive(s), voir avec telle ou telle action, et jouer les flics du net, chercher qui se trouve derrière chaque tract, affiche, journal, action directe, il y a un pas à franchir, que seuls les mouchards franchissent.
Plus largement, on peut se poser des questions sur l’intérêt de poster des commentaires lapidaires de quelques lignes si insignifiants sur le net, qui démontrent l’incapacité regrettable à produire une analyse, une réflexion et une critique un peu poussées, en dehors de quelques mots d’insulte et de discrédit prononcés à chaud et toujours sur internet.

Pour en revenir au cas particulier d’indymedia Paris, ce texte est le dernier que beaucoup d’entre nous (essayeront de) publier sur ce site, et nous appelons quiconque est en accord avec ces quelques lignes à faire de même, et à aller chercher ou propager l’information ailleurs, en attente d’une réaction claire à ce texte.
Nous ne souhaitons pas insister sur le rôle présumé d’un ou plusieurs individus au sein du collectif, mais mettre chacun devant ses responsabilités. Le collectif Indymedia Paris est responsable dans son intégralité, que ce soit de façon active ou passive, des choses qui sont faites en son nom.

Assemblée d’anti-autoritaires.

Trouvé sur Indy Lille.

PS : Nous invitons tous les individus et collectifs possédant un média (journaux, table de presse, lieux, site...) à publier si comme nous ils en ressentent l’intérêt, ce texte ou des réponses, et ce dans la volonté de faire naître un débat pour l’instant quasi-inexistant sur la question.
Notes

[1] Parfois des articles sont publiés puis dé-publiés, le plus souvent ils sont refusés d’emblée et cachés en des recoins du site auxquels seuls les connaisseurs de l’outil ont accès.

[2] Alors que bizarrement, de nombreux articles émanant du pouvoir et de ses amis - NPA, syndicats, chefs d’État anti-impérialistes-, ou des annonces de débats présidés par des conseillers régionaux et des magistrats passent sans problème. Si ça ne s’appelle pas choisir son camp...

[3] Affaire « DABs-balades... » : La 8e personne arrêtée et interrogée http://grenoble.indymedia.org/2010-05-30-Affaire-DABs-balades-la-8eme

[4] Ils veulent la guerre ? http://www.non-fides.fr/?Ils-veulent-la-guerre

[5] Guerre et paix - A propos des émeutes de Villiers-le-Bel http://lille.indymedia.org/article22808.html

[6] Précisons tout de même qu’il y a bien eu des tirs de chevrotine, que c’est d’ailleurs pour cela que certains seront jugés aux assises. Aussi, d’autres textes plus politiquement corrects certainement, et qui mentionnent ces mêmes tirs de chevrotine ont eux été publiés sans embuches.

[7] notamment de la part des modérateurs zélés en question

 

Piqué au tas chez Non-Fides - 16/06/2010

06:51 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu