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26/05/2010

Nous ne revendiquons rien

Nous ne revendiquons rien

Nous ne revendiquons rien

Qu’est-ce qui unit ces événements épars des dernières années ? Ni la race, ni l’origine de classe des participants, ni leurs contextes politiques ou leur condition sociale, ni leur situation géographique, ni leurs cibles. C’est plutôt une certaine absence qui les unit, une brèche au centre de tous ces conflits : l’absence de revendications. Cherchant à comprendre, gérer ou expliquer les événements précédemment cités à un public aliéné, les responsables carcéraux feignent l’ignorance, les journalistes font les poubelles à la recherche d’une « cause », les politiciens cherchent quelque chose à négocier, alors que les progressistes imposent leur propre idéologie. La peur qu’il n’y ait vraiment rien sous ces actions, pas de plainte, pas de raison, pas de cause, juste une libération sauvage d’énergie primale, aussi inexplicable et irrationnelle qu’un sacrifice aux dieux eux-mêmes. À tout prix, il doit y avoir une signification, gémissent-ils, une sorte de poignée à laquelle se raccrocher, quelque chose, n’importe quoi. Qu’est-ce qu’ils veulent ? demande tout un chacun, et la réponse est partout la même : Rien.

Brochure proposée par les éditions Senonevero.
Pris au tas chez Infokiosques.net - 26/05/2010

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16/05/2010

La fabrique de l’ennemi du peuple






Tribune de Mathieu Rigouste parue le 15/05/2010 sur le Journal du Pays Basque


Criminaliser les résistances à l'ordre marchand, les traquer et les capturer publiquement permet au gouvernement de se mettre en scène comme protecteur de la population tout en facilitant l'avancée du capital. Les montages médiatico-policiers menés depuis un an contre des militants au Pays basque doivent être analysés sur ce principe. Ils constituent un rouage important de l'appareil répressif qui accompagne la marchandisation du territoire. Un montage médiatico-policier consiste à désigner un «ennemi du peuple» et à promouvoir «l'esprit de défense dans la population», il dérive d'une coopération approfondie entre des réseaux de journalistes, de magistrats, de policiers et de politiciens. Le but étant de rationaliser et de rentabiliser le quadrillage politique, d'inciter à participer à la surveillance, à sous-traiter la répression, à se dissocier des «suspects» à s'auto-contrôler. En pratique, cela revient à médiatiser sur la longue durée l'existence d'une «mouvance clandestine, cachée dans la population et risquant de passer à l'action», d'interpeller périodiquement des «présumés terroristes» puis d'organiser un «gros coup», une rafle collective dont la couverture médiatique aura été rigoureusement réglée.

La forme de ces montages a un lien avec la manière dont on veut contrôler, séparer le peuple et éparpiller ses forces. Les figures de «l'islamiste» et du «casseur» tentent de légitimer l'occupation, la division et la rénovation (destruction) des quartiers populaires, elles doivent dissuader le reste de la population de soutenir les résistances qui s'y développent. Pour soumettre la radicalisation des luttes et empêcher la jonction des révoltes des quartiers et des universités, on a brandi la figure de «l'ultra-gauche». L'«affaire de Tarnac» a notamment permis de ficher massivement les soutiens aux incarcérés.

Les rafles des jeunes militants basques de SEGI et de la gauche abertzale ont été réalisées publiquement mais peu médiatisées au niveau national, elles doivent pourtant être considérées sur le même plan : étouffer la campagne Euskal Herria ez da salgai (Le Pays Basque n'est pas à vendre), détourner l'attention pendant que le capital continue de s'approprier le territoire, effrayer et ficher la nouvelle génération de militants, empêcher l'association des luttes pour l'autonomie et des luttes pour l'égalité. Aujourd'hui comme hier, les machines de la violence d'Etat tentent de légitimer le souverain en divisant le cheptel, mais elles dysfonctionnent lorsque l'Etat n'est plus légitime, c'est-à-dire partout où s'organisent l'entraide et la solidarité entre opprimés.





Lire aussi : Retour(s) à la "guerre sale"?

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12/05/2010

Terroristes ou résistants ? texte de Raymond Aubrac

 

Les photos - affiches - reprographies ne font pas partie de l'article

 

http://www.ldh-toulon.net/local/cache-vignettes/L300xH197/appel_delation-7ac66.jpg

 

L’auteur rappelle que les nazis qualifiaient de terroristes les résistants français, alors que ceux-ci, combattant certes dans l’illégalité du point de vue des  Vichyssistes, ne perpétraient pas d’attentats aveugles, tandis que l’armée d’occupation, se comportant elle en terroriste, s’en prenait à des otages, à des femmes et des enfants pour obtenir la passivité de la population etdétruire la Résistance.

 

 

Je ne suis pas à mon aise pour parler de la Résistance dans une réunion consacrée au « terrorisme ».

Il est vrai que nos adversaires, les nazis et leurs alliés français, nous qualifiaient de terroristes dans tous les moyens de propagande, affiches, journaux, radios qu’ils contrôlaient. La qualification péjorative avait pour but d’impressionner l’opinion, mais naturellement nous ne l’acceptions jamais.

En outre, nous ne qualifiions pas nos adversaires de terroristes, malgré les moyens qu’ils employaient.

Nous étions des combattants volontaires, ayant accepté une vie rude et les plus grands risques pour reconquérir la liberté. Nos adversaires étaient une armée d’occupation qui exploitait notre pays et avait pour objectif d’aliéner définitivement son indépendance. Ils disposaient de plusieurs polices dont les responsables ne respectaient aucune règle de droit, et les dirigeants français qu’ils avaient installés avaient mis à leur disposition l’appareil de l’État augmenté d’une milice aux privilèges exorbitants.

Mais il est vrai qu’en dehors de toute légalité nous avons fait usage de nos forces et de nos armes pour combattre l’adversaire et ses complices. Voilà pourquoi on peut chercher à comparer les comportements des deux camps, et les résultats de leur combat.

Pour comprendre les actions de résistance que l’occupant et Vichy qualifiaient de « terrorisme », il faut parler d’un débat fondamental qui s’établit au sein de la Résistance dès qu’elle eut accès à quelques armes, le problème connu sous le terme d’« action immédiate ».

http://medias.lepost.fr/ill/2009/10/21/h-20-1752505-1256117124.jpg

De quoi s’agissait-il ? Dès que quelques armes furent envoyées de Londres, avec parcimonie jusqu’au printemps de 1944, les états-majors alliés et avec eux le B.C.R.A. (Bureau Central de Renseignement et d’Action), le bras exécutif du Comité français de la libération chargé des actions vers la France, considéraient que les mouvements armés devaient exclusivement se préparer à accompagner le combat final et donc devaient se garder de toute action prématurée qui les dévoilerait, faciliterait la répression et entraînerait le sacrifice d’otages. Cette position était partagée, en France, par des états-majors de l’Armée secrète et par des responsables de l’O.R.A., Organisation de Résistance de l’Armée, qui groupait des officiers de carrière.

Au contraire, dans les organisations de résistance et dans les maquis, la « base » brûlait tout naturellement d’en découdre et de commencer à utiliser les moyens disponibles en armes et en explosifs pour acquérir une expérience des combats et faire sentir à l’ennemi et à la population sa présence. Cette position était aussi celle du Parti communiste et des militants qu’il influençait.

Ce n’est pas le lieu de retracer les péripéties du débat, mais il importe d’en connaître les conclusions. Bien avant le débarquement de juin 1944, tous les mouvements de résistance avaient exprimé leur accord pour pratiquer l’action immédiate, mais contre des cibles bien déterminées : sabotage des moyens de transport, en particulier de voies ferrées; sabotage d’installations industrielles travaillant pour l’ennemi; personnel de la Gestapo, de la Wehrmacht, des polices et milices de Vichy, etc. Mais dans tous les cas des mesures étaient prises pour épargner les Français innocents, et jamais d’attentats aveugles ne furent exécutés. Ces actions avaient un triple but : atteindre l’adversaire, entraîner les résistants et leur montrer que le combat était possible et efficace.

Il ne fallait pas laisser rouiller la future Armée secrète comme avait rouillé l’Armée française pendant la « drôle de guerre » de l’hiver 1939-40.

Quant au terrorisme perpétré par l’ennemi, il serait faux de croire qu’il était toujours en réponse aux attaques de la Résistance. Il fut pratiqué très tôt sous n’importe quel prétexte pour montrer à la population qu’il était le maître. Lorsqu’il se développa en réponse à des sabotages ou des attentats, il fut immédiatement démesuré, frappant souvent à l’aveugle des innocents, fussent-ils des otages, et allant jusqu’au massacre y compris des femmes et des enfants, la destruction de maisons et des villages entiers.

Sur les murs et dans les journaux, des annonces en lettres de sang informaient la population pour la terroriser, mais par-là même, elles démontraient que l’occupant était vulnérable.

http://www.tao-yin.com/edito/img/maquis_terroristen.jpg

Terroriser la population pour obtenir son appui ou au moins sa passivité, tel était l’objectif de cette publicité.

Reste un aspect de ce comportement barbare qui constitue une énigme mal expliquée, c’est le silence et même le secret accompagnant une face odieuse du terrorisme nazi, celle des déportations raciales et l’extermination des juifs et des tziganes, ou la disparition de militants dans les ténèbres de « nuit et brouillard ».

Il convient maintenant d’examiner quels furent les résultats de ces deux formes opposées d’emploi de la force et des armes, et d’apprécier les résultats par rapport à la finalité recherchée.

Le terrorisme des nazis, de l’armée allemande et de leurs affiliés vichystes avait pour but objectif d’obtenir la passivité de la population, et d’éliminer les organisations de la Résistance. L’histoire nous montre qu’au fil des années et des mois qui précédèrent la Libération, l’évolution contraire se produisit. Les organisations, mouvements, réseaux, maquis, groupes francs et Armée secrète se renforcèrent et parvinrent à s’unir. Chaque coup de l’ennemi faisait franchir une étape à cette unité, qui devint leur meilleur atout. La population française comprenait et accompagnait cette évolution avec sympathie, et les exemples d’aide et de solidarité sont innombrables. La charge péjorative de ce mot « terroriste », répété par tous les médias sous contrôle officiel n’eut pas plus d’effet qu’un pétard mouillé.

Quant au prétendu « terrorisme » bien contrôlé de « l’action immédiate », je crois qu’on peut considérer qu’il atteignait ses objectifs. Il permit à la Résistance de prendre conscience de ses forces. Il montra à la population française qu’elle jouait son rôle de justicier avant de s’élever à celui de libérateur, et surtout ces actions eurent un impact non négligeable sur le moral et l’efficacité des troupes d’occupation.

 

Le célèbre expert militaire britannique Sir Basil Lidell Hart interrogea après guerre des généraux allemands. Voici ce que déclara le général Gunther Blumentritt, qui avait été de 1942 à 1945 le chef d’état-major du Commandant en chef du frontouest :
« En 1943, la puissance accrue des mouvements de la résistance française s’ajouta à nos autres difficultés. Ils nous causaient de nombreuses pertes, et nous obligeaient à rester toujours sur le qui vive… Le désordre croissant en France devint une sérieuse menace pour nous. De plus les coups de main et les embuscades nous causèrent des pertes considérables. Les trains de renfort et d’approvisionnement à destination du front déraillaient souvent. »

Je me garderai bien de conclure après ces remarques. Les résistants furent-ils des terroristes puisqu’ils combattaient dans l’illégalité ? Leur combat n’était-il pas légitime bien qu’illégal ?

Quant à moi, je suis fier d’avoir été baptisé « terroriste » par mes ennemis.

Raymond Aubrac « Terroristes ou résistants ? », Topique 2/2003 (N°83), p. 7-10. - Cairn -

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http://pagesperso-orange.fr/pcf.evry/manouchian3.jpg

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09/05/2010

Depuis Athènes, de la part de deux (parmi 200'000) provocateurs

 

Il n’y a pas d’issue de secours

 

Note au sujet de la manifestation du 5 mai et de la mort des trois employés de la banque Marfin, à l’attention des grévistes qui continuent à foutre la merde.

Il est bien sûr inapproprié de rejeter  «lentière responsabilité» de la faute sur M. Vgenopoulos en ce qui concerne la mort navrante des trois employés dans lincendie de la banque Marfin. Que celui-ci ait forcé ses employés, sous la menace du licenciement, à rester enfermés dans les bureaux des étages supérieurs dune banque vide et non protégée, sans aucune installation contre le feu ou issue de secours, à lépicentre de la plus grande manifestation de grève générale des trente dernières années, nest pourtant pas un autre sacrifice dune négligence criminelle sur lautel du profit [Pour le moment, gardons cela en tête : les bénéfices nets de la banque Marfin ont cru cette année de 36,1%, au moment de la «plus dure des crises» alors que tout travailleur devait se résigner face à son travail, et obéir au nom de la nation.], à laquelle sa classe nous a habitués. Cet usage conscient des travailleurs comme bouclier humain pour les banques et les entreprises [Des incidents similaires à celui de la banque Marfin ont éclaté au 23 rue Stadiou, dans un supermarché Bazaar derrière la place Omonoia, où un employé à lintérieur a pu éteindre le feu avec un extincteur, et à la librairie Ianos, qui était ouverte (car cest bien connu, lindustrie culturelle se fout totalement des grèves).] est une des réponses de la classe des patrons aux événements de décembre et à la violence partagée de linsurrection qui sétend, sort des lois et détruit la circulation des biens, frappant et incendiant véhicules, boutiques, ses corps de police et plus que tout ses quartiers généraux : les banques.

 

Pour être clair, il sagit de répondre en tant que telle à la volonté de Vgenopoulos et de sa classe de sacrifier quelques travailleurs pour stopper le processus insurrectionel à l’œuvre jusquà maintenant. Les discussions juridiques ou les sorties gauchistes telles que : linsurrection coïncide avec la prise du Parlement, et non des banques et des boutiques, nayant aucune conscience de ce qui se déroule actuellement, ne font rien moins que refuser de faire face au problème.

 

 

Vous voyez, il est fréquent quun patron sache mieux que les travailleurs où sont ses interêts et comment sy consacrer. Et nimporte quel patron sait toujours que «nous sommes en guerre», même si ils ne le crieront jamais haut et fort, tandis que ces personnes naïves croient quen guerre, il est bon de frapper, mais quil sagit après de se remettre à la soit-disant neutralité de la justice. En nous plaçant sous la tutelle de l’État, nous plaçons même lacte le plus extrême sous la seule égide dun violent réformisme. La seule justice dans la rue, jusquà ce quils soient en notre pouvoir, est nôtre. La responsabilité de nimporte quel événement, de la vie et de la mort de tous, est nôtre : cela correspond à la dictature du prolétariat (sic). Si nous manquons dune confiance essentielle entre nous — autre que celle effective, dun service dordre qui ne laisserait aucun collègue aux mains des patrons, une confiance créée dans et par nos expériences communes au sein des luttes et dans les réunions de rue —, alors la prochaine étape serait de nous appeler nous-mêmes «police» au sein de nos manifestations, dêtre en charge et de porter la responsabilité de tout ce qui pourrait advenir. Celui qui exerce la violence, impose la justice. Utiliser la violence, en dépit du droit par rapport auquel elle se définit, vouloir aboutir à un chaos — abstrait —, ne fait la promotion de rien dautre que des structures hautement organisées et de leur préconçue «justice» armée (les staliniens, la police, la mafia, les groupes para-étatiques). La victoire appartient à ceux qui amènent le chaos sans pour autant le porter à lintérieur deux.

 

Le fait de fétichiser linsurrection comme lacte de destruction représentant une phase antérieure de notre mouvement, qui fut faible et marginale en son temps, après Décembre, et le décapage de cette fétichisation de la violence par la «mise en commun» spontanée qui laccompagne, doit maintenant être dépassé. Un second Décembre ne serait alors pas une victoire, mais bien une défaite. Toute invocation des événements de lannée dernière ne montre rien dautre quun manque total de plan pour ce qui allait suivre. Notre ennemi a avancé, nous sommes forcés de faire de même si nous ne voulons pas disparaître de la scène de lHistoire.

 

 

Nous ne devons pas rester assis à la maison, soumis à la discipline de leur programme télé comme si nous étions de méchants garnements à qui trop a été donné trop vite. Nous devons nous réemparer du Logos (la parole) et le porter dans la rue. Cracher sur la justice médiatique et bourgeoise qui «justifie» la souffrance des uns en utilisant la douleur les autres, accumulant la misère pour tous et socialisant le cannibalisme qui est le sien. Le moins intelligent de ces vautours, avant dasséner que la mort des trois employés allait nous paralyser, sefforçait de nous rendre coupables pour un tas de choses ridicules, telles que la chute prévue du tourisme ou la mauvaise image du pays à létranger. De nous faire culpabiliser parce que nous nous battons. De nous diviser entre «travailleurs pacifiques» et «criminels encapuchonnés armés de molotov», maintenant que tout le monde sait (à lexception bien sûr du parti communiste qui ny voit que des provocateurs) que le 5 mai, il nest aucun des travailleurs pacifiques qui ne se soit soulevé — avec ou sans capuche, avec ou sans molotov — face au va-tout de l’État : sa terreur policière.

 

Cette justice dévore de la chair, la chair de ses opposants, de nimporte qui leur ressemblant, et plus encore des anarchistes, puisquils ont généreusement offert leur drapeau à nimporte quelle violence insurrectionelle, même celle des éléments les plus isolés de notre classe [La nuit du 5 mai, des escadrons armés de Delta, Zeta, police en uniforme et anti-émeute ont pris dassaut le squat des «anarchistes pour un mouvement polymorphe» dans la rue Zaimi, le centre social «Accueil des migrants» de la rue Tsamadou, et de nombreuses maisons et cafés dExarchia, frappant et intimidant les personnes présentes. Au même moment à la télévision, rien de plus ou de moins nétait exigé que les têtes des anarchistes.]. Mais elle veut plus que cela. Il sagit douvrir un traumatisme encore plus grand dans la mémoire sociale, qui nous couperait de toute familiarité avec notre propre violence, avec la violence de notre lutte, avec ses sujets et les liens quils entretiennent. Notre justice ne soccupera que dune seule chose : la réparation. Nous ne savons pas quel genre de personnes étaient ces morts, si leur sens de la dignité aurait ou non fait face à lordure fasciste et aux vautours télévisés négociant leur mort, mais nous sommes sûrs quen tant que travailleurs, leur interêt aurait été la victoire de notre lutte, avec lensemble des travailleurs dEurope et du monde. Nous ne nous entraînerons pas mutuellement vers le fond, mais nous nous soulèverons ensemble : GRÈVE SAUVAGE ET GÉNÉRALE ! Participons aux occupations ! Tenons les rues ! Prenons la parole !

 

Traduit de l’anglais (Act for freedom now!) pour le JL, 8 mai 2010.

 

 

 

Article pris chez Le Jura Libertaire - 8/05/2010

Solidarité avec Exarchia ! PROBE

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Idiots utiles ?

Le débat n’en finit pas, alimenté par l’obstination de certaines néo-célébrités, convaincues ou non d’être assez importantes pour porter la « voix du mouvement ». Depuis que le Ministère de la Peur s’intéresse à la mouvance, à ses gestes, ses actes, ses textes, et maintenant à ses déclarations publiées dans divers organes de la grande presse bourgeoise, il semble qu’on tente ici et là de trouver des réponses en urgence aux accusations de « terrorisme » et de « groupes clandestins », en adoptant un rôle social opposé, emprunt d’innocentisme et de normalité. Mais aussi en essayant d’aplanir le discours, de parler à l’opinion publique, qui comme tout ce qui fait partie des catégories démocrates, n’existe que dans l’idéologie démocrate et chez ses apôtres, médias en premiers.

 

Disparaître dans la nature, prendre les armes et le maquis, ou alors utiliser –toujours stratégiquement bien sûr- des moyens aliénés pour réaliser nos objectifs. C’est à cette alternative que nous serions sommés de nous conformer à l’heure actuelle, sous peine de voir les invectives pleuvoir : « Ah ça veut jouer les plus-radical-que-moi-tu-meurs… », « Marre des gardiens du temple et des puristes qui donnent des leçons ! », « Tu parles de révolutionnaires de salon ! ».

Que les objectifs en question consistent à sortir des copains-ines de taule, infliger une « cuisante défaite à un juge impudent », abolir l’anti-terrorisme, desserrer l’étau juridico-policier (pour qu’il aille se resserrer ailleurs ?) ou renverser l’Etat, on ne sait plus très bien à vrai dire, puisqu’il semble que l’objectif réel se limite à utiliser tous les moyens disponibles pour accroître « notre » puissance politique. Nous n’avions guère envie de nous étendre sur un sujet dont on nous a déjà bassiné depuis des plombes, de répéter ce qu’il y a de bizarre à vouloir monter des potagers sous l’œil bienveillant d’un élu du Parti Communiste Français, ou de raconter sa vie à Libération ou au Monde dans le but de « détruire la gauche » –et plus si affinités, n’est-ce pas ?. Tant qu’il y a du panache et que c’est bien écrit… l’essentiel est sauf.

A vrai dire, tout dépend de ce que l’on veut. Comme les personnes qui parlent à la presse à propos de la « mouvance anarcho-autonome » ne prétendront évidemment jamais parler au nom de cette même « mouvance », nous ne pouvons pas non plus parler en leur nom, ni leur dire ce qu’ils devraient faire. Nous pourrions après tout laisser de côté le sieur Sébastien Schiffres dans sa croisade médiatique, si le tout est de dire que les jambisations, les attentats sur les personnes et la violence c’est fini, car les temps ont changé. Nous pourrions faire comme si deux vieux anarchistes n’avaient pas choisi d’aller se constituer « témoins de l’époque » dans un documentaire de Canal+ sur Action Directe, puis se plaindre juste après du traitement « dégueulasse » de leurs propos par le réalisateur de cette merde de documentaire policier. Il est d’ailleurs plutôt amusant pour deux vieux renards de faire semblant de tomber des nues et de s’estimer « trahis » par un jeune vautour journaliste. Catherine Khider, présidente de l’ARPPI, joue le même jeu lorsqu’elle qualifie dans un communiqué de « journalistes félons » deux plumitives connues auxquelles elle avait ouvert sa porte et offert le thé pour bavarder un peu (Isabelle Mandraud et Caroline Monnod). Nous pourrions ignorer tout cela, le fait que Le Monde puisse publier deux pleines pages (« L’Archipel des autonomes ») sur la mouvance en s’appuyant sur les dires très confidentiels de trois ou quatre « autonomes » soucieux de leur anonymat, soucieux également, nous n’en doutons pas, que leurs propos ne soient pas « dénaturés » par le grand journal de la presse française. Nous pourrions nous en foutre après tout. Nous pourrions laisser chacun participer à sa guise à l’anti-sarkozisme à la mode (bien plus que la révolution apparemment), contribuer au renouveau critique des médias de masse, subvertir la politique en l’intégrant, saper la représentation en y participant, alimenter les colonnes « Opinion » et « Rebonds » afin d’enrichir le débat démocratique, tant qu’on ne va pas bouffer au Figaro, évidemment. Si on a envie de recevoir Voynet en cellule, de laisser ses avocats parader aux côtés de Vallini, Braouezec, Mamère et autres laquais de l’Etat (alors qu’il est toujours possible et souhaitable de cadrer ses avocats dans le cadre de sa défense juridique, surtout si on décide de la publiciser), voir même de dialoguer sereinement avec eux dans un débat télévisé sur la chaîne parlementaire (Benjamin Rosoux, celui de l’interview à Libé, et Mathieu Burnel, celui qui a posé en photo avec sa gamine pour Paris-Normandie, le 14 décembre 2009 sur LCP), qui s’en soucie en fin de compte ?

Encore une fois, le tout est de savoir où l’on va. En relisant quelques vieux textes ces temps-ci, on tombe sur ce passage croustillant :

« Malgré tout une émancipation globale ne se résume pas à la fuite de tous les dispositifs : ce serait là l’erreur de vouloir faire de l’émancipation une fin-en-soi, d’unifier les lignes de fuite en un programme politique. Les émancipations sont autant de libérations que de difficultés et de dangers. C’est parfois en repassant ponctuellement par des lignes dures que nous élaborerons nos meilleures désertions : un boulot saisonnier pour financer une caravane permanente, une petite subvention ponctuelle pour construire une zone d’autonomie collective, un passage par le dispositif RMI pendant un an pour repartir de plus belle ensuite. Les lignes dures ne sont pas à considérer de manière morale mais de manière éthique et stratégique :
- Ethique car ces dispositifs ne sont pas neutres et peuvent rapidement nous asservir et nous façonner (d’où ma proposition de n’y faire que des passages furtifs).
- Stratégique car ces passages sur les lignes dures peuvent nous permettre de propulser nos désertions et établir nos plans d’émancipation. Argent, salariat, action politique, médiatisation, subvention, voiture, propriété privée peuvent parfois nous servir pour enclencher une évasion ou bien éviter la répression. Toute la difficulté est de ne pas se laisser rabattre sur une ligne dure lors de ces incursions. » (Extrait de la brochure Rupture, 2006.)

Des considérations dont on retrouve un écho très récemment, chez Eric Hazan (toujours dans Libération, quelle manie !) : « Pour retourner contre l’État les armes qu’il pointait sur nous, nous avons fait appel dans nos interventions publiques au vieux fonds humaniste-démocratique de la gauche. Dans l’inquiétude où nous étions sur le sort de nos amis emprisonnés, nous avons eu spontanément recours à cet arsenal usé mais rassurant, le mieux fait pour réunir des voix, des sympathies, des signatures ».

Nous voilà rassurés : le passage actuel sur les « lignes dures » ne sera qu’un bref squattage stratégique qui ne durera pas, et l’alliance avec les réformistes sur lesquels on crachait il n’y a pas si longtemps n’est qu’une ruse tactique.
Quoi que... Au vu des derniers exemples on voit très clairement à quel point on peut très rapidement prendre goût au spectacle, et oublier entre autres choses, aussi vieilles que le vieux monde, que les moyens déterminent toujours la fin.

On risquerait enfin d’oublier que les idiots utiles ne sont pas forcément les sociaux-démocrates et autres républicains avides d’arguments électoraux, mais bien ceux qui les nourrissent, naïvement ou stratégiquement. Et qui en chemin, redonnent un peu de crédibilité à cette démocratie qui nous assassine ou nous fait crever à petit feu.

Alors idiots oui, mais utiles ? Certainement pas.

Christophe Hon-te-latte.

Extrait de Guerre au Paradis N°1, journal anarchiste, janvier 2010.

Guerre_au_Paradis.jpg
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07/05/2010

Proposition traduction texte sur les évènements autour de la manifestation à Athènes du mercredi 5 mai 2010 : What do we honestly have to say about Wednesday’s events ?

What do we honestly have to say about Wednesday’s events ?

 

 

Qu'est-ce que les événements du mercredi mai 2010 (incendie de la banque Marfin à Athènes et mort de trois personnes) signifie, honnêtement, pour l'anarchiste / anti-autoritaire ?

Où en sommes-nous par rapport à la mort de ces trois personnes, peu importe qui en est la cause ?

Où en sommes-nous en tant qu' êtres humains et en tant que peuple en lutte ?

Nous, qui n'acceptons pas les "incidents isolés" (de police ou de violence de l'État) et qui montrons du doigt, sur une base quotidienne, la violence exercée par l'État et le système capitaliste.

Nous qui avont le courage d'appeler les choses par leur nom; nous qui dénonçons ceux qui torturent les migrants dans les postes de police ou ceux qui jouent autour de nos vies à l'intérieur des bureaux glamour et des studios TV.

Alors, qu'est-ce que nous avons à dire maintenant?

On pourrait se cacher derrière la déclaration publiée par le Syndicat des travailleurs de la Banque (OTOE) ou les accusations portées par des employés de la succursale de la banque, ou nous pourrions nous cacher derrière le fait que le défunt avait été forcé de rester dans un bâtiment sans protection contre l'incendie - et enfermé, même.

On pourrait maintenir le fait que le propriétaire de la banque,Vgenopoulos, est un sac à écume, ou que cet incident tragique sera utilisé pour justifier quelques répression sans précédent. Celui qui a osé passer par Exarcheia mercredi soir en a déjà une idée claire. Mais ce n'est pas le problème.

La question est pour nous de voir quelle part de responsabilités tombe sur nous, sur nous tous. Nous sommes tous responsables. Oui, nous sommes en droit de se battre avec toutes nos forces contre les mesures injustes imposées sur nous; nous sommes en droit de consacrer toutes nos forces et notre créativité à un monde meilleur. Mais en tant qu'être politique, nous sommes également responsables de chacun de nos choix politiques, les moyens que nous nous sommes appropriés et de notre silence à chaque fois que nous n'avons pas admettre nos faiblesses et nos erreurs. Nous, qui ne flattons pas la population afin de gagner des votes, nous qui n'avons aucun intérêt à exploiter le monde, avons la capacité, dans ces circonstances tragiques, d'être honnête avec nous-même et avec ceux qui nous entourent.

Ce que le mouvement anarchiste grec connaît à l'heure actuelle un certain engourdissement total. Parce qu'il y' a beaucoup de pression et les conditions sont difficiles pour une auto-critique quand ça va mal. Au-delà de l'horreur du fait que les gens sont morts et qui étaient de "notre côté", du côté des travailleurs – qui travaillaient dans des conditions extrêmement difficiles et qui auraient très probablement choisi de marcher à nos côtés si les choses étaient différentes dans leur milieu de travail - au-delà de ce fait , ont été également présentés comme confrontés aux manifestants qui mettent la vie des gens en danger. Même si (et cela va sans dire) il n'y avait aucune intention de tuer, c'est une question essentielle qui peut contenir beaucoup de discussions - une discussion sur les objectifs que nous avons fixés et les moyens que nous avons choisi.

L'incident n'a pas eu lieu la nuit, n'est pas une action de sabotage. Il s'est passé pendant la plus grande manifestation dans l'histoire grecque contemporaine. Et c'est là qu'une série de questions douloureuses émergent: dans une démonstration de 150-200 000 personnes sans précédent dans les dernières années, y' a-t-il vraiment un besoin pour certains d'user de la violence? Lorsque vous voyez des milliers criant «brûler, brûler le Parlement» et jurer face à la police, qu'est ce qu'une autre banque qui brûle a vraiment à offrir de plus au mouvement de contestation ?

Quand le mouvement prend de l'ampleur, comme en Décembre 2008 - que peut faire ce type d'action, quand cette action dépasse les limites de ce qu'une société peut prendre (au moins au moment présent), ou si cette action met des vies humaines en danger ?


Quand nous prenons la rue nous sommes un avec les gens autour de nous, nous sommes à côté d'eux, de leur côté, avec eux – c'est pourquoi , à la fin de la journée, nous travaillons comme des ânes à l'écriture de textes et d'affiches - et
nos propres clauses sont un seul paramètre dans lesquels beaucoup convergent . Le moment est venu pour nous de parler franchement de la violence et à un examen critique d'une culture de violence qui a été mis au point en Grèce dans les dernières années. Notre mouvement n'a pas été renforcée en raison de la dynamique des moyens qu'elle utilise parfois, mais plutôt en raison de son articulation politique. Décembre 2008 n'est pas seulement un tournant historique parce que des milliers de personnes ont ramassé et jeté des pierres et des molotovs, mais principalement en raison de ses caractéristiques politiques et sociales - et de son riche héritage à ce niveau. Bien sûr, nous répondons à la violence exercée sur nous, et pourtant nous sommes appelés à notre tour de parler de nos choix politiques ainsi que les moyens que nous avons choisis, la reconnaissance de nos et de leurs - limites.

Quand nous parlons de liberté, cela signifie qu'à chaque instant nous doutons de ce que nous avons pris pour acquis hier.

Que l'on ose aller jusqu'au bout et, en évitant certaines formulations et clichés politique, à regarder les choses directement comme elles sont. Il est clair que, puisque nous ne considérons pas la violence comme une fin en soi, nous ne devons pas lui permettre de faire de l'ombre à la dimension politique de nos actions. Nous ne sommes ni assassins, ni saints. Nous faisons partie d'un mouvement social, avec nos faiblesses et nos erreurs.

Aujourd'hui, au lieu de se sentir plus fort après une manifestation d'une telle ampleur est le fait que nous nous sentons engourdis, pour en dire le moins. En soi, cela en dit long. Nous devons faire de cette tragique expérience une introspection et nous inspirer les uns les autres car, à la fin de la journée, nous avons tous agis en fonction de notre conscience.

Et la culture d'une telle prise de conscience collective est en jeu.

PROBE

 

texte original :

The text below summarises some initial thoughts on Wednesday’s tragic events by some of us here at Occupied London. English and Greek versions follow – please disseminate.

Κάποιες πρώτες σκέψεις πάνω στα τραγικά γεγονότα της Τετάρτης (5/5) από κάποιους/ες από εμάς του Occupied London. Ακολουθεί αγγλική και ελληνική έκδοση του κειμένου, παρακαλούμε διαδώστε το.

 

What do we honestly have to say about Wednesday’s events?

What do the events of Wednesday (5/5) honestly mean for the anarchist/anti-authoritarian movement? How do we stand in the face of the deaths of these three people – regardless of who caused them? Where do we stand as humans and as people in struggle? Us, who do not accept that there are such things as “isolated incidents” (of police or state brutality) and who point the finger, on a daily basis, at the violence exercised by the state and the capitalist system. Us, who have the courage to call things by their name; us who expose those who torture migrants in police stations or those who play around with our lives from inside glamorous offices and TV studios. So, what do we have to say now?

We could hide behind the statement issued by the Union of Bank Workers (OTOE) or the accusations by employees of the bank branch; or we could keep it at the fact that the deceased had been forced to stay in a building with no fire protection – and locked up, even. We could keep it at what a scum-bag is Vgenopoulos, the owner of the bank; or at how this tragic incident will be used to leash out some unprecedented repression. Whoever (dared to) pass through Exarcheia on Wednesday night already has a clear picture of this. But this is not where the issue lies.

The issue is for us to see what share of the responsibilities falls on us, on all of us. We are all jointly responsible. Yes, we are right to fight with all our powers against the unjust measures imposed upon us; we are right to dedicate all our strength and our creativity toward a better world. But as political beings, we are equally responsible for every single one of our political choices, for the means we have impropriated and for our silence every time that we did not admit to our weaknesses and our mistakes. Us, who do not suck up to the people in order to gain in votes, us who have no interest in exploiting anyone, have the capacity, under these tragic circumstances, to be honest with ourselves and with those around us.

What the greek anarchist movement is experiencing at the moment is some total numbness. Because there are pressurising conditions for some tough self-criticism that is going to hurt. Beyond the horror of the fact that people have died who were on “our side”, the side of the workers – workers under extremely difficult conditions who would have quite possibly chosen to march by our side if things were different in their workplace – beyond this, were are hereby also confronted with demonstrator/s who put the lives of people in danger. Even if (and this goes without question) there was no intention to kill, this is a matter of essence that can hold much discussion – some discussion regarding the aims that we set and the means that we chose.

The incident did not happen at night, at some sabotage action. It happened during the largest demonstration in contemporary greek history. And here is where a series of painful questions emerge: Overall, in a demonstration of 150-200,000, unprecedented in the last few years, is there really a need for some “upgraded” violence? When you see thousands shouting “burn, burn Parliament” and swear at the cops, does another burnt bank really have anything more to offer to the movement?

When the movement itself turns massive – say like in December 2008 – what can an action offer, if this action exceeds the limits of what a society can take (at least at a present moment), or if this action puts human lives at danger?

When we take to the streets we are one with the people around us; we are next to them, by their side, with them – this is, at the end of the day, why we work our arses off writing texts and posters – and our own clauses are a single parameter in the many that converge. The time has come for us to talk frankly about violence and to critically examine a specific culture of violence that has been developing in Greece in the past few years. Our movement has not been strengthened because of the dynamic means it sometimes uses but rather, because of its political articulation. December 2008 did not turn historical only because thousands picked up and threw stones and molotovs, but mainly because of its political and social characteristics – and its rich legacies at this level. Of course we respond to the violence exercised upon us, and yet we are called in turn to talk about our political choices as well as the means we have impropriated, recognising our -and their – limits.

When we speak of freedom, it means that at every single moment we doubt what yesterday we took for granted. That we dare to go all the way and, avoiding some cliché political wordings, to look at things straight into the eye, as they are. It is clear that since we do not consider violence to be an end to itself, we should not allow it to cast shadows to the political dimension of our actions. We are neither murderers nor saints. We are part of a social movement, with our weaknesses and our mistakes. Today, instead of feeling stronger after such an enormous demonstration we feel numb, to say the least. This in itself speaks volumes. We must turn this tragic experience into soul-searching and inspire one another since at the end of the day, we all act based on our consciousness. And the cultivation of such a collective consciousness is what is at stake._

Article de After the Greek Riot

 

21:40 | Lien permanent | Commentaires (1) |

05/05/2010

grève nationale et manifestations dans tout le pays en Grèce + Lettre d'un employé de la banque grecque Marfin Bank + La fuite d'Andreas VGENOPOULOS

5 mai 2010 : grève nationale et manifestations dans tout le pays en Grèce

La manifestation athénienne contre les mesures gouvernementales et le FMI est massive. Les chiffres de 25 000 donnés par la police semble ridicules par rapport à la masse rassemblée sur Patission Avenue, dans le centre ville de la capitale. Les cortèges se suivent les uns après les autres. Leurs banderoles, outre le cyrillique, ne sont pas toujours lisibles pour l’observateur étranger. On trouve un M-L KKE mais aussi un KKE M-L, les uns seraient une branche maoïste fractionnaire du KKE (parti communiste grec), les autres une branche trotskiste, également fractionnaire. De nombreux autres partis d’extrême gauche ont constitué des cortèges très dynamiques. La jeunesse des manifestants y est frappante. Quelques cortèges, rares, rassemblent des migrants. Ce sont aussi les plus musicalement animés. L’envie d’en découdre avec les forces de l’ordre et avec le gouvernement est palpable. Nombreux sont les manifestants apparemment prêts à aller au conflit : ils arborent des masques en tous genres dont des masques à gaz, lunettes de piscine et les indispensables écharpes noires qui permettent aux anarchistes de garder leur anonymat sur les enregistrements visuels.

Alors que les manifestants piétinent vers 13h, à cause de l’engorgement rapide de l’avenue Patission, les premiers cortèges sont rapidement pris sous le feu des CRS grecs. En effet, des dizaines de militants anarchistes, répartis tout le long des cortèges, cassent des morceaux d’escaliers ou de façades, pour en faire des projectiles contre la police et surtout contre les banques et autres commerces choisis comme cibles politiques. Les débris s’amoncellent rapidement sur les côtés de la manifestation. La police ne charge pas, elle fait exploser des bombes sonores (on peut lire sur la bombe, après son explosion "non lethal technologies") et lance quantité de grenades lacrymogènes. Leur fumée est particulièrement âcre, pas grand chose à voir avec celles qu’on peut connaître en France. Des militants disent que l’Etat grec s’approvisionne en Israël et que ces grenades ne sont pas aux normes de sécurité. La preuve ? nombreux sont les manifestants malades. Certains s’évanouissent. D’autres chancellent et doivent être soutenus. Tous toussent, crachent et pleurent.

La cible politique du jour est le Parlement où doivent être ratifiées et signées les mesures annoncées par le gouvernement. La manifestation se scinde en deux pour contourner le jardin en contre-bas du bâtiment mais les CRS ne laissent passer personne. Les premières escarmouches sérieuses commencent : des cocktails molotov sont envoyés sur les policiers, dont certains prennent feu. La riposte est sévère. La fumée et les déflagrations des bombes sonores dispersent les manifestants. On ne voit plus autour de soi. Les mouvements de foule dispersent les cortèges. Les banderoles sont repliées. Une vraie guerre de position commence entre les CRS et les anarchistes, soutenus par des manifestants en colère. C’est la première fois que l’ensemble des personnes présentes soutiennent, applaudissent et acclament massivement l’action des anarchistes. Certains cortèges se déploient même stratégiquement pour protéger leur action. Les CRS ne plient pas, l’atmosphère devient irrespirable. La manifestation décide de contourner le blocage. La dispersion est à son comble. Et surtout la cible (le Parlement) manquée. On entend des cris de manifestants tout à fait ordinaires "brûlons le Parlement", "gouvernement assassin", "police, cochons, assassins" !

Alors que le contournement du blocage s’avère inefficace car la seconde route d’accès au Parlement est également bloquée par les CRS, une partie de la manifestation décide de continuer sur une grande avenue. Celle-ci réserve une surprise de taille : le ministère de l’économie. Ce fait n’échappe pas aux manifestants anarchistes qui se déchaînent sur la porte d’entrée à grands renforts de cocktail molotov. Le hall d’entrée prend feu et les flammes lèchent bientôt le premier étage. L’ensemble du bâtiment est rapidement touché. Etait-ce où étaient entreposées les archives de l’économie du pays ? Les plans du FMI ? Les manifestants qui entourent les anarchistes crient victoire et les acclament. Encouragés, ceux-ci cassent sans plus de retenue. Alors qu’un camion de pompiers arrive pour éteindre le feu, ils se jettent dessus, cassent les phares, arrachent le pare choc. Certains manifestants tentent de s’opposer "pas les pompiers !" mais c’est trop tard. les pompiers à l’intérieur du véhicule décide de le quitter. Les anarchistes y mettent le feu. Deux autres voitures brûlent, mais il ne semble pas qu’il s’agisse là de cibles favorites. Les vitrines de tous types de commerces volent désormais en éclat. Les CRS poursuivent les quelques 150 à 200 personnes restées avec les anarchistes. Avec l’arrivée de leur nouvel engin (les CRS, par deux, à moto), ce qu’il restait de manifestants se dispersent. C’est la fin de la casse.

En amont, des cortèges continent à manifester plus pacifiquement. Chants et slogans rythment leur marche. Mais la police les charge et les bombes sonores continuent à pleuvoir au milieu de la fumée des gaz lacrymo. On apprend que deux gardiens d’une banque sont morts et un pompier par asphyxie. Rumeur ! disent de nombreux manifestants. C’est pour mieux nous faire plier. Mais la rumeur est tenace, elle se répand très vite. La BBC dit, CNN dit, Reuters, AFP....on appelle les amis restés à la maison, qui pour une jambe dans le plâtre, qui pour garder son enfant (petite remarque de genre : ce sont les femmes évidemment qui gardent les enfants)....la rumeur semble confirmée, il s’agirait de 3 employés d’une banque à laquelle les anarchistes ont mis le feu (pas de pompier décédé). Mais beaucoup restent incrédules. Sur le chemin du retour, nous croisons des amis anarchistes, défaits...si c’est vrai disent-ils, il va falloir nous cacher.

Dernières nouvelles...répressives

Après la confirmation de la mort de trois employés de banque, les CRS ont envahi Exarchia, dans le centre ville d’Athènes, quartier où se trouvent la plupart des squats et des centres sociaux de la capitale. Les descentes de police sont massives et effectuées avec un objectif clair de représailles. Les ateliers et espaces de travail sont méthodiquement cassés et des dizaines de personnes sont arrêtées. Les militants sont sous le choc mais il n’y a aucun espace à l’abri où se réunir et faire le point.

A la télévision grecque, des morceaux choisis (casse, flammes) de la manifestation passent en boucle. Le gouvernement dit que toutes les méthodes seront mises en oeuvre pour trouver les coupables. L’ensemble des manifestants est assimilé aux casseurs. La répression s’abat sur le mouvement social grec, qui démarrait pourtant à peine, après un 1er mai combatif, prolongé par un 5 mai massif. Il paraît à cette heure logique que le gouvernement instrumentalisera le drame pour empêcher toute protestation sociale future.

Jean Castillo - Indymédia Paris - 05/05/2010


An employee of the burnt bank speaks out on tonight’s tragic deaths in Athens – please spread

Article de After the Greek Riot - 05/05/2010

La fuite d'Andreas VGENOPOULOS -Marfin bank - Athènes

22:04 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Têtes Raides " Notre besoin de consolation est impossible à rassasier " - " Vârt behov av tröst "

d'après  Stig DAGERMAN (1952)

Notre besoin de consolation, le texte ACTES SUD, 1981

09:21 | Lien permanent | Commentaires (0) |

02/05/2010

Les jours heureux

lesmauvaisjoursfinitont.jpg

 

L'idée. Dans le débat politique et social, à propos de la Sécurité sociale ou des retraites, notamment, on se réfère souvent aux grandes décisions fondatrices de la Libération et au texte qui les a inspirées : le programme du Conseil national de la Résistance de mars 1944. La bonne idée de ce livre, c'est de le publier et de raconter dans quelles circonstances il a été écrit et appliqué.

Les auteurs. Ce « Cahier libre » de La Découverte a été réalisé à l'initiative d'une association, Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui, très critique à l'égard de beaucoup de réformes des dernières décennies, qui s'emploient, estime-t-elle, à démolir systématiquement les solidarités organisées à cette époque. Ils ont été particulièrement agacés par les visites répétées de Nicolas Sarkozy au plateau des Glières et par le fait qu'il se réclame du programme de la Résistance. Il a été écrit par plusieurs journalistes et un historien.

L'intérêt. Même le lecteur qui ne partage pas la position des auteurs, clairement affichée, trouvera certainement des informations intéressantes dans cet ouvrage, qui décrit dans sa deuxième partie les démantèlements de l'Etat providence qu'il reproche aux gouvernements successifs.

J.-C. H

« Les Jours heureux. Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui ». La Découverte. 200 pages. 14 euros.

Article des Echos.fr - 27/04/2010

 

Plateau des glières : 13 au 16 mai 2010 !

 

11:39 | Lien permanent | Commentaires (0) |

30/04/2010

Les raisons d’une colère

Degrés et fonctionnement de l’échelle « Bui-Trong »

 

1er degré : violence en bandes, dénuées de caractère anti-institutionnel (vandalisme, razzia dans les commerces, rodéos et incendies de voitures volées, délinquance crapuleuse en bandes, rixes, règlements de comptes).


2e degré : provocations collectives contre les vigiles, injures verbales et gestuelles contre les adultes, vandalisme furtif contre les biens publics.


3e degré : agressions physiques sur les agents institutionnels (pompiers, militaires, contrôleurs, vigiles, enseignants, travailleurs sociaux) autres que policiers.


4e degré : attroupements lors d’interventions de police, menaces téléphoniques aux policiers, lapidation de voitures de patrouille, manifestations devant les commissariats, chasse aux dealers.


5e degré : attroupements vindicatifs freinant les interventions, invasion du commissariat.


6e degré : agressions physiques contre les policiers, attaque ouverte du commissariat, embuscades, pare-chocages.


7e degré : vandalisme ouvert, massif (saccage de vitrines, de voitures, jets de cocktails Molotov) en un temps généralement bref, et sans affrontement avec les forces de l’ordre, de la part de 15 à 30 jeunes.


8e degré : guérilla, émeute, saccages massifs suivis d’affrontements avec les forces de l’ordre, répétition 3 à 5 nuits d’affilée, de la part de 50 à 200 jeunes.


« Sur quelques secrets de fabrication. Entretien avec Lucienne Bui-Trong », Les Cahiers de la sécurité intérieure, 33, 3e trimestre 1998, p. 217.

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19:03 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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