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13/04/2010

Daniel Bensaïd, portrait du militant en philosophe - Texte d' Alain Brossat et Mathilde Girard

L'échange que l'on va lire, qui nous est transmis par Alain Brossat, avait été préparé à l'origine pour la revue Lignes, à la demande du directeur de celle-ci, Michel Surya. Il devait trouver place dans un numéro à paraître, consacré au philosophe marxiste Daniel Bensaïd, récemment disparu. Le ton de l'hommage convenu s'effaçant dans ce texte devant celui de la critique politique, il a été rejeté...

Article de chez Combat En Ligne (avec son aimable autorisation)

 

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08/04/2010

Kirghizstan, terrain du "Grand jeu" de l'Empire

- article 1  :

Caspienne : une mer fermée, un « grand Jeu » ouvert

Depuis l’éclatement de l’URSS, en 1991, les hydrocarbures de la mer Caspienne suscitent un engouement exceptionnel. On a parlé à leur propos de « deuxième Golfe », d’un « second Koweit » et les voies imaginées pour désenclaver les Etats riverains ont été désignés comme la « route de la soie du XXIe siècle ». Mais il est vite apparu qu’au-delà des enjeux strictement économiques et techniques, le gaz et le pétrole caspiens étaient aussi un instrument politique, tant du côté de Moscou qui cherche à conserver le monopole d’influence qu’elle avait dans cette région depuis le XIXe siècle que pour les Occidentaux qui contestent ce monopole et voudraient intégrer ce nouveau sud, si proche du « grand Moyen Orient » que les Etats-Unis tentent de recomposer. Jean Radvanyi

 

- article 2 :

Du Caucase à l’Asie centrale, « grand jeu » autour du pétrole et du gaz

Le sommet de la mi-mai entre l’Union européenne et la Russie a notamment buté sur la coopération énergétique : la première, qui importe de la seconde le quart de sa consommation de pétrole et de gaz, s’inquiète de la montée en puissance de Moscou dans ce domaine. L’accord conclu, le 12 mai, par le président russe Vladimir Poutine avec ses homologues turkmène et kazakh confirme un renversement de tendance : longtemps placé sur la défensive par la politique de contournement des oléoducs et des gazoducs imposés par les grandes puissances, Moscou a repris l’offensive. Régis Genté

 

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Travaux Pratiques II

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07/04/2010

Luc Bronner : « Une guerre totale » - Maintien de l’ordre et urbanisme


Il y a le maintien de l’ordre visible (les CRS, les nouvelles armes, le Flash Ball) et il y a l’invisible. Quand la police joue les barons Haussman des années 2010. Sauf que ce n’est plus la carte de Paris qu’on redessine, mais celle de certaines banlieues. Luc Bronner, auteur de « La Loi du Ghetto » décrypte la « prévention situationnelle ». Interview vidéo.

Depuis quatre années, le journaliste Luc Bronner arpente un secteur à part. Une sorte de sous monde dans le monde, un univers avec ses codes propres, ses zones de non droits (Bronner insiste, à raison, sur le « s » à droits). Dans son nouveau livre, l’ancien lauréat du prix Albert Londres qualifie les lieux de « désert journalistique ». C’est un endroit avec ses « hiérarchies invisibles », avec ses guerres sans nom, sans fin, et ses déshérences. Bronner appelle les lieux comme il se doit : « la loi du ghetto ». Depuis quatre années, Luc Bronner, pour Le Monde, fait ce que tout le petit monde des grands médias a lâché, ou presque [1] : les banlieues françaises. Son travail est plus qu’utile. Il est rare.

Et c’est probablement cette rareté qui donne à « la loi du ghetto » un arrière goût de testament. Le testament d’un truc, la banlieue, qui n’en finirait pas d’agonir, mais qui se réveille, souvent, toujours, à la dernière minute. L’inventaire des lieux, des liens, et des enjeux, est implacable. Une ombre plane et ouvre tous les chapitres : Sarkozy. Le ministre 1 de l’Intérieur. Puis le ministre 2 de l’Intérieur. Puis le Président de l’Intérieur. Qui répète et se répète les mêmes histoires, les mêmes tourments, d’années en impuissances, d’impuissances en reniements. Mais l’on sent bien que ce Sarko cache la forêt : de droite, de gauche. Page 152 du livre, c’est la phrase clé : « là réside le paradoxe de la politique de la ville française. Le refus officiel de tout “communautarisme” et la mise en avant volontariste de la “mixité sociale”. Mais des pratiques aux antipodes ».

Puis l’on tombe sur les p.222-225. En arrêt. Ce sont celles sur la «  guerre totale », écrit Bronner, celles de l’ « intervention directe [par la police] sur l’urbanisme des cités ». Cela s’appelle la «  prévention situationnelle ».


Maintien de l'ordre et urbanisme
envoyé par davduf. - L'actualité du moment en vidéo.

Depuis 2007, dans le sillage des émeutes de 2005, la loi de prévention de la délinquance a en effet doté les forces de l’ordre d’une nouvelle mission : multiplier les «  études de sécurité » de certains quartiers et les consignes concrètes dans les plans de réaménagement des cités. Et Luc Bronner de détailler les « cahiers de recommandations » transmis aux responsables de la rénovation urbaine : « ne plus autoriser la construction de dalles d’où des émeutiers pourraient lancer des projectiles. Installer des plots en béton devant les sites sensibles, comme les commissariats, ou susceptibles d’être attaqués par une voiture bélier, comme les commerces. Faire disparaître les auvents devant les halls d’immeubles pour éviter que les jeunes s’y regroupent à l’abri des intempéries. Supprimer les passerelles qui peuvent être utilisées par des jeunes pour viser des véhicules de police. Modifier els itinéraires de circulation pour favoriser une intervention plus rapide des forces de l’ordre. Eliminer ce que les experts appellent des “ dents creuses ” (…) L’administration va même jusqu’à donner des indications sur l’intensité minimale de l’éclairage : 22 lux en extérieur, 40 voire 80 lux pour un parking ».

Le livre de Bronner est de (cette) trempe là. Truffé d’informations, prises au pouvoir comme aux dealers, aux habitants comme aux penseurs. De temps en temps, l’auteur se risque au « je ». Et c’est tant mieux. Il raconte ses situations, ses angoisses. Et l’on devine que sa peur physique, au cœur de certaines émeutes, n’est parfois rien comparée à ses peurs morales : à quoi joue-t-on avec NOS ghettos ? De quoi détournons-nous NOS regards ? semble demander sans cesse Luc Bronner.

Pour le reste, ce petit point pour évacuer les suspicions de copinages : à plusieurs reprises, Luc Bronner cite dans son livre l’un de mes ouvrages. Nous ne nous étions jamais rencontrés avec cette interview vidéo, filmée en mars 2010, dans une brasserie de la Gare du Nord à Paris. L’idée, ici, n’est pas de renvoyer un quelconque ascenseur (social-en-panne ou pas), juste de souligner un petit moment qui fait plaisir à lire : le sentiment diffus que quelqu’un a repris le travail là où vous l’aviez laissé. Qu’en disséquant l’invisible, vous comprenez mieux le visible.

JPEG - 1.2 Mo
scorched car in Paris suburb november 2005
(cc) Alain Bachellier

Notes

[1] Je pense à Stéphanie Binet, par exemple, de Libération ou au quinzomadaire Le Tigre


mercredi 7 avril 2010, par davduf


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05/04/2010

Neue Gedichte von N. aus dem Knast in St.Mihiel, Frankreich - Nouveaux poèmes de N. - prison de St.Mihiel, France

 

 

 

Ich schreie. - Sie hören nicht.
Ich fühle. - Sie fühlen nicht.
Ich sehe. - Sie sehen nicht.
Sie wissen. - Ich weiss es nicht.
Sie fürchten. - Ich fürchte nicht.
Sie gehen. - Ich gehe nicht.
Ich denke. - Sie denken nicht.
Sie bleiben. - Ich bleibe nicht.



***


Gibt es eine Welt die auf dich wartet,
und nicht still steht,
so wie hier?
Ist der Wandel unaufhaltsam,
wird das Vergessene
gleich durch Neues ersetzt?
Und wenn ersetzt,
dann von was Bessrem,
ist das der Preis für "das Wachstum"?
Ist das Geschehene gleich vergessen,
warum lernen wir überhaupt denn noch
immer was dazu?
Suchen wir Kontinuität und das vergessen,
So wird das Leben uns bald
ersetzen!
Denn die Erde wird sich immer weiter drehen,
denn nur hier scheint sie still zu stehen!

 

 

N., février 2010, St.Mihiel.

 

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Travaux Pratiques I

 

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04/04/2010

Procès des inculpés de Vincennes : « Dans le monde réellement renversé »...

 

Accusés d’avoir incendié le Centre de rétention (CRA) de Vincennes le 22 juin 2008, dix sans-papiers ont été condamnés le 17 mars par la 16ème Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris à des peines de 8 mois à 3 ans de prison ferme. Ainsi qu’à verser des dommages et intérêts aux flics du CRA. Retour sur un procès où la justice se rend –dans tous les sens du terme– devant la police et l’Etat.


Procès des inculpés de Vincennes : « Dans le monde réellement renversé », le parquet est sur le siège

samedi 3 avril 2010, par Antimollusques

Relevé dans la section « Rectificatifs et précisions » de la version électronique du journal Le Monde :

« Justice. Le titre de l’article sur le procès de l’incendie du centre de rétention de Vincennes était incomplet (Le Monde du 9 février). Il aurait fallu écrire ‘Le procès des dix incendiaires présumés du centre de rétention de Vincennes a viré au fiasco’ plutôt que ‘Le procès des incendiaires du centre de rétention de Vincennes…’ » [1]

Les nouvelles du monde renversé
[2]

Faire le choix d’assister à un procès procède de l’attitude que l’on peut avoir par rapport à l’existence : même si on en connaît l’issue, on y participe quand même. Les condamnations qui ont frappé les dix sans-papiers soupçonnés d’avoir mis le feu au Centre de rétention administrative de Vincennes sont, en ce sens, plus une confirmation qu’un démenti de ce qui était attendu : « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. » [3] Quand on se rend dans un tribunal, on perçoit très vite l’oscillation entre ces deux dimensions – le vrai et le faux. Il y a là, également, quelque chose de l’ordre du chevauchement entre le Réel, le Symbolique et l’Imaginaire [4]. Le Symbolique, dans l’institution judiciaire, pourrait se donner à voir dans la place de chaque protagoniste – que cette place s’incarne dans la prise de parole ou dans le placement de chacun dans l’enceinte du palais et dans la salle d’audience [5], la nature de la condamnation ; et l’Imaginaire, on peut le trouver dans toutes ces paroles entendues dans le public lors des audiences – les représentations que chacun se fait de la Justice, de son fonctionnement supposé, ou dans les auditions des plaignants (les flics du CRA, donc) quand ils parlent des prévenus. Le Réel ? Cette drôle de sensation quand disparaît par la porte du box vitré un prévenu, préalablement menotté par deux gendarmes.

Et puis, lié à ces dimensions qui s’imbriquent, le discours produit par et dans l’institution judiciaire : «  Je suppose que dans toute société la production du discours est à la fois contrôlée, sélectionnée, organisée et redistribuée par un certain nombre de procédures qui ont pour rôle d’en conjurer les pouvoirs et les dangers, d’en maîtriser l’événement aléatoire, d’en esquiver la lourde, la redoutable matérialité. » [6]

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Rappel des faits :

« Le centre de rétention [administrative] de Vincennes était à l’époque le plus grand de France, séparé en deux bâtiments (CRA 1 et CRA 2) de 140 places chacun. Le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) prévoit à son article R 553-3 que les centres ne dépassent pas une capacité de 140 places. Malgré l’artifice juridique qui consiste à faire croire qu’il y avait à Vincennes deux centres distincts, on était bien face à un centre de rétention de 280 places, bien au-delà du nombre de places prescrites par la réglementation. Les constats effectués par la Cimade, seule association qui était autorisée à entrer en centre de rétention avant janvier 2010, ne laissent aucun doute à ce sujet : ‘Il s’agit de la même gestion de police, un seul commandant secondé d’un capitaine, un bureau unique qui centralise les dossiers, les mêmes escortes, le même service médical…’ [7] L’association dénonce par ailleurs l’agencement du centre : ‘Sa configuration spatiale, l’exiguïté des locaux, le peu d’espace de promenade, le contact humain réduit à l’extrême, les guérites de surveillance, la multitude des caméras, les rouleaux de barbelés posés en double transforment Vincennes en un véritable camp de rétention.’ [8] » [9]

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« Monsieur Souli, ressortissant tunisien, placé en rétention en vu de son renvoi, est décédé dans le CRA de Vincennes, le 21 juin 2008. D’après les témoignages recueillis [10], le 20 juin, il aurait demandé à aller à l’hôpital, les policiers l’auraient emmené voir l’infirmier qui lui aurait affirmé qu’il était en bonne santé. Il n’aurait pas dormi de la nuit et aurait commencé à crier de douleur le matin du 21 juin. A 15 h, il ne se réveillera pas de sa sieste. Pourtant, les autorités ne feront rien pour chercher et informer ses proches. Le fils de Monsieur Souli n’a appris le décès de son père que quatre mois plus tard, la mère de l’enfant a porté plainte pour ‘rétention d’information, homicide involontaire par manquement aux obligations de sécurité, et omission de porter secours’ [11]. Les conditions du décès de Monsieur Souli ne sont toujours pas connues bien qu’une autopsie ait été diligentée en France ainsi qu’en Tunisie où le corps a été rapatrié mais seulement des conclusions lacunaires ont été transmises [12]. » [13]

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« Une marche silencieuse en mémoire de Monsieur Souli fût organisée par les détenus, le 22 juin 2008, en début d’après midi. D’après certains témoignages [14], au CRA 2, la marche a été interrompue par les services de police qui auraient essayé de faire rentrer les détenus dans leurs chambres et auraient gazé les plus virulents. La tension serait alors montée d’un cran. Les détenus seraient rentrés dans leurs chambres mais en seraient sortis avec des matelas. Au même instant, toujours d’après les témoignages, les policiers se seraient dirigés en masse vers le CRA 1 puisque apparemment, une révolte était également en cours. Selon certains témoins, le gros de la révolte – et de la répression – aurait eu lieu au CRA 1. Les témoins du CRA 2 affirment qu’ils pouvaient sentir l’odeur des gaz lacrymogènes et entendre les cris venir du CRA 1 [15]. Des témoignages venant du CRA 1 affirment que des policiers ont frappé et gazé plusieurs détenus qui étaient dans leur chambre [16]. La tension aurait encore augmenté. Puis, il y a eu le feu […] »

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Chronologie des audiences, les faits saillants [17] :

Trois demi-journées d’audience étaient initialement prévues, soit les 25, 26 et 27 février. Six demi-journées ont été ajoutées au procès, soit les 1er, 2, 3, 8, 9 et 10 février, suite à la demande de renvoi formulée par la défense. Dans les faits, la dernière journée d’audience s’est déroulée le 9 février, la défense ayant déserté le tribunal lors de la quatrième journée après le refus des magistrats du siège de prendre en compte la demande en nullité de l’ordonnance de renvoi – demande formulée par la défense. [18]

À l’ouverture du procès le 25 février, sur les dix accusés, deux sont sous mandat d’arrêt (recherchés par la police), six se présentent libres lors de la première audience, un comparaît détenu. Ils ont tous effectué de la détention provisoire (un an en moyenne).

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Jour 1 – 25 février : L’audience commence avec deux heures de retard à la 31ème chambre du TGI, l’un des prévenus ayant été arrêté le matin dans Paris, suite à un contrôle d’identité. Un autre prévenu reconnaît la présidente Dutartre, qui l’avait déjà jugé dans une affaire en 2005. Son avocate demande à ce que la présidente se dessaisisse du dossier au motif du soupçon de non-impartialité.

Jour 2 – 26 février : La présidente ne se dessaisit pas du dossier. L’avocate du prévenu qui a déjà été jugé par la présidente Dutartre annonce qu’elle présente une demande de récusation auprès du président de la Cour d’appel de Paris.

Jour 3 – 27 février : Rejet par la cour d’appel de la demande de récusation présentée par l’avocate [19]. Présentation des demandes d’ordre procédural par la défense qui questionne les modalités de l’instruction (à charge) [20]. Décision par le tribunal du prolongement des débats et du visionnage de l’intégralité de vidéosurveillance. Remise en liberté du seul prévenu qui comparaissait détenu.

Jour 4 – 1er février : 16ème chambre du TGI. Absence des prévenus. La défense quitte le procès suite au refus du tribunal de répondre favorablement à la demande en nullité de l’ordonnance de renvoi. Visionnage des bandes de vidéosurveillance.

Jour 5 – 2 février : La défense a sollicité l’intervention du vice-bâtonnier au sujet de la fixation par le tribunal du nouveau calendrier des débats. Nouveau refus essuyé par la défense suite à ses demandes : elle quitte la salle d’audience, définitivement. Reprise du visionnage des bandes de vidéosurveillance.

Jour 6 – 3 février : Visionnage des bandes de vidéosurveillance.

Jour 7 – 8 février : Rappel du contexte de l’affaire par la présidente. Pour chaque prévenu, sont présentés par la présidente : les chefs d’accusation dont ils relèvent (dégradations et/ou destruction par incendie et/ou violences volontaires sur des fonctionnaires de police), l’ensemble de leurs déclarations au sujet de l’affaire, leurs réponses quant à la question de leurs conditions de rétention, la vérification éventuelle de déclarations de certains prévenus concernant leur état de santé auprès des services médicaux du CRA notamment. Lecture des dépositions des fonctionnaires de police. Lecture d’une audition d’un retenu (à charge contre les prévenus). Lecture des « éléments de personnalité » des prévenus, soit le détail de leur éventuel casier judiciaire. Auditions de trois plaignants.

Jour 8 – 9 février : Lecture des auditions – lors de l’instruction – de deux sénateurs [21]. Plaidoirie de l’avocate des plaignants. Plaidoirie de l’avocate du Trésor Public. Réquisitoire du procureur Flam. Entre six mois et trois ans ferme sont requis pour les prévenus.

Jour 9 – 17 mars : Annonce du verdict. Tous les prévenus sont reconnus coupables. Ils sont condamnés à des peines comprises entre huit mois et trois ans de prison ferme. Ils doivent également verser des dommages et intérêts aux plaignants.

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Des accusés, on ne sait rien

Lors du procès, il y a les prévenus, les plaignants, les avocats [22], les gendarmes et les flics en civil, les magistrats, un interprète, les familles et les proches des prévenus, le public, les journalistes.

Il y a eu certes en périphérie de l’audience un article de L’Humanité en juin 2009 consacré à l’un des prévenus [23] ou l’évocation de la rencontre fortuite au CRA de Vincennes entre celui-ci et le sénateur apparenté communiste Brard – évocation faite pendant le procès lors de la lecture de l’audition du sénateur au moment de l’instruction [24] ; des accusés, on ne sait rien. Comme l’ont relevé plusieurs avocats de la défense lors de la troisième journée d’audience, aucune « enquête de personnalité » n’a été versée au dossier lors de l’instruction. Le premier jour, c’est de façon presque involontaire que l’on en apprend indirectement un peu plus sur les accusés, enfin sur l’un d’entre eux. En effet, un des prévenus reconnaît la présidente Dutartre qui l’avait déjà jugé en 2005.

Le prévenu est donc défini par l’institution judiciaire ; il n’existe ainsi que dans l’histoire juridique. Lors de la troisième journée d’audience où la défense s’est appliquée à questionner les modalités de l’instruction (à charge) – en d’autres termes, la défense s’est engagée dans une stratégie procédurale –, on a appris qu’un des prévenus – celui qui avait déjà été jugé par la juge Dutartre – avait une famille, des enfants, « qu’[il] n’en pouvai[t] plus ». Comment l’a-t-on su ? Parce qu’il a pris la parole, une ou deux fois, depuis le banc des prévenus, sans y avoir au préalable « été invité » à le faire par le tribunal. Sa prise de parole a été évidemment de courte durée puisque la présidente a menacé de le faire sortir. On a entendu sa compagne, également, s’exprimant depuis le banc du public, mentionnant leurs enfants à la présidente qui a de nouveau menacé de la dégager de la salle d’audience. L’institution fixe et détermine les règles du je.

Le récit de leur propre histoire nié, c’est par d’autres biais que les prévenus sont définis par l’institution judiciaire. Lors de la septième journée d’audience, la présidente a lu les « éléments de personnalité » des prévenus. Qu’est-ce qu’un « élément de personnalité » pour la justice ? L’absence ou pas de casier judiciaire. Le prévenu n’est défini que par l’institution elle-même. En tant que prévenu, on ne se présente pas (à part pour faire référence à son état civil et à sa domiciliation), on est présenté par, voire représenté – et encore, ce sont les intérêts du prévenu qui sont représentés. Le seul statut qui soit accordé au prévenu, c’est au mieux celui de client. Dans l’histoire, les dix prévenus ne sont pas sujets mais objets [25]. S’agissant de la présentation du prévenu par lui-même, on peut noter que celle-ci dépend toujours de la validation in fine de l’institution judiciaire, par exemple lors de l’instruction : à propos de l’un des prévenus, la présidente dit « Monsieur X. qui se dit Y. ».

Défini par son rapport à l’institution judiciaire (casier ou pas), le prévenu est défini également par d’éventuelles pathologies psychiatriques. Ce sont son casier et ses médicaments qui vont dire quelque chose de lui. Lors de la septième journée d’audience, la présidente a lu les déclarations des prévenus lors de leur garde à vue et de l’instruction. Certains ont mentionné des traitements pour dépression, des traitements au Subutex, des sevrages involontaires au Deroxat, des grèves de la faim. À propos de l’argument avancé par le prévenu au sujet de l’arrêt d’un traitement au Deroxat (un antidépresseur) qui aurait influencé son comportement, le procureur – lors de son réquisitoire – avance que le prévenu « n’a pas de dossier médical qui indiquerait qu’il était traité avec ce médicament et qu’après vérification, un sevrage au Deroxat n’entraîne pas ce genre de conséquences ». Le procureur ajoute : « Il n’avait pas l’air particulièrement mal sur les photos, il n’avait aucune raison médicale de faire ça. » De plus, selon un rapport qui a été révélé lors de l’audience du 8 février, un des prévenus a fait plusieurs tentatives de suicide en détention. Le 11 août 2008, un surveillant avait découvert le prévenu « les pieds et les mains pendants ». Il s’était mutilé au niveau du visage, des bras et du cou. Il avait avalé des lames de rasoir avec du shampooing.

En creux, apparaît également la question de la prise en compte des pathologies psychiatriques par l’institution judiciaire, et plus précisément de sa non prise en compte. La « vérification » évoquée par le procureur dans son réquisitoire du «  genre de conséquences » entraînées par un sevrage aux antidépresseurs n’a pas été développée davantage. De la « vérification », on ne connaîtra rien, du «  genre de conséquences » non plus. Et pour juger de la nature de la maladie et de ses conséquences éventuelles, il y a « les photos ». [26]

Du prévenu qui a fait plusieurs tentatives de suicide en détention, le procureur mentionne en préambule de la peine qu’il demande à son encontre : « Le plus jeune, assez fragile. Il voulait rentrer chez lui, ça prouve qu’il a acquis la maturité. » [27]

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De la violence structurelle, on en sait plus

Les mécanismes de négation de l’individu/prévenu à l’œuvre dans l’institution judiciaire participent d’une violence institutionnelle qui trouve ses voies d’expression dans et hors de la salle d’audience. Si le prévenu ne peut librement accéder à la parole dans le cadre du procès et se définir hors du cadre de la médiation rémunérée de l’avocat et de la lecture que fait de lui l’institution judiciaire via la consultation du casier ou de rapports médicaux, il s’agit également pour l’État d’exercer son pouvoir de coercition par le contrôle de tous ceux qui viendraient le soutenir à un moment particulier de son histoire. Pour dire les choses autrement, la présence policière lors des audiences produit plusieurs signes : le pouvoir et l’ordre se manifestent.

Lors de la première journée d’audience, environ 200 personnes étaient venues assister au procès. Le dispositif d’accès à la salle d’audience était à ce titre intéressant : passage d’un portique sous l’œil des gendarmes et filtrage des entrées du public. «  Sont rentrés les avocats, les journalistes et les invités (sic). » Les gens qui n’ont pas pu entrer (c’est-à-dire presque tout le monde) crient : « Pas de justice à huis clos », et ce sont une cinquantaine de gendarmes qui encadrent le hall desservant les salles d’audience. À la fin de l’audience, le public est bloqué par les gendarmes dans le palais, personne ne peut sortir. La seule sortie possible : le quai des Orfèvres, mais après filtrage par les gendarmes présents également sur le quai. Les gendarmes prennent leur temps et se marrent.

La deuxième journée, les gendarmes sont plus nombreux que la veille. À la fin de l’audience, une cinquantaine de personnes est encerclée dans le grand hall par les gendarmes. Les deux minutes du chant « liberté pour les sans-papiers » entonné par les gens sont, pour les gendarmes, un désordre caractérisé (« la lourde, la redoutable matérialité » d’un discours dont parlait Foucault). Ils poussent le groupe vers la sortie ; un monsieur se fait sortir, les gendarmes se font un plaisir de le foutre à terre, puis le refourguent sur le trottoir. Irène Terrel, l’une des avocates, qui était dans le grand hall à ce moment là, demande des explications à l’un des gendarmes. Si les gens ont été très gentiment repoussés vers la sortie, c’est parce qu’ « il y avait des gens qui avaient des comportements provocants (sic) ». Quelqu’un précise que la « provocation » réside peut-être dans la présence de flics en surnombre. On apprend le lendemain que le monsieur qui s’était fait sortir a été arrêté.

La troisième journée, après des heures d’audience, les gens ont envie d’aller aux toilettes et profitent de la suspension de l’audience pour tenter de s’y rendre. À la sortie de la salle, une soixantaine de gendarmes bloquent tous les accès aux différents couloirs. À moins de sortir quai des Orfèvres, de pisser dans cette rue prestigieuse, et ce en bonne compagnie, et donc de ne plus avoir accès à la salle d’audience, il est impossible de se vider la vessie. Des gens gueulent, les gendarmes jouissent de ce petit pouvoir. Le contrôle des corps dans ce qu’il peut avoir de plus impétueux s’exerce alors à plein. Pisser ou assister aux audiences. À la fin de la séance où l’on apprend la libération du seul prévenu qui comparaissait détenu, une partie du public (une trentaine de personnes) se retrouve quai des Orfèvres (seule sortie possible). Ça discute, ça s’embrasse ; ça s’émeut de savoir que ce soir, tard, le gars sera dehors. Ça discute, ça s’embrasse, ça s’émeut ; ça n’est pas possible pour les flics. En moins de cinq minutes, huit cars de CRS débarquent le long du quai. En sortent des flics, matraques et lacrymos bien en main, bien en vue. Dans le registre du contrôle, tant l’humiliation que les vexations multiples et le quadrillage du moindre mètre carré de trottoir ont été appliqués dans ce procès. Une vieille dame, canne en main, traversant le passage clouté : « Y m’font peur ces policiers. »

Le quatrième jour, le procès – qui s’était ouvert dans la 31ème chambre – se tient dans la 16ème chambre correctionnelle du tribunal : alors que la première disposait d’une quarantaine de places pour le public, la seconde n’en compte que vingt-cinq. Si la « publicité des débats » se heurte à une conception très étroite de l’espace dans lequel ont lieu les audiences, elle s’arrête à la porte des chambres correctionnelles. Sauf cas de huis clos, toute personne doit pouvoir accéder librement à une salle d’audience. Au motif fallacieux d’un contrôle de l’identité des témoins, les gendarmes en poste devant la 16ème chambre demandent leurs papiers aux personnes souhaitant assister à l’audience. Des contrôles d’identité sont également effectués lors de la sortie du public, après le départ des avocats de la défense.

Comme les jours précédents, les débats doivent commencer à 13 h 30. Afin de permettre leur déroulement, d’autres affaires qui devaient être jugées dans la 16ème chambre sont renvoyées (reportées, donc). Pour ces affaires, ne sont présents généralement que les prévenus, les parties civiles et leurs avocats. Des personnes venues assister au procès de Vincennes essaient d’entrer dans la salle d’audience avant 13 h 30 – ce qui est théoriquement possible puisque les affaires ne sont pas jugées à huis clos. Sauf que lors de la septième et de la huitième journée d’audience, ces personnes se voient refuser l’accès à la chambre : « On a des consignes, on nous a demandé de ne faire entrer que les personnes qui doivent comparaître », selon les gendarmes en poste devant la 16ème chambre. Le public devra donc attendre que « on » accepte de le faire entrer – ce qui sera finalement fait cinq minutes avant le début des audiences.

Lors du verdict, alors que la présidente entame la lecture du délibéré d’une voix extrêmement basse, une dame – d’un âge honorable –, présente dans le public, dit : « Je n’entends rien », et demande à la présidente de parler plus fort. La présidente lui réplique : « Madame, vous sortez ! » [28]. Des gendarmes entourent alors la dame qui explique que « c’est au nom du peuple français que la justice est rendue ». À peine sa phrase terminée, elle se fait sortir par au moins trois gendarmes [29].

Dans le dispositif de contrôle mis en place autour du procès, on peut mentionner également la présence, aux côtés des gendarmes, de flics en civil. Patauds, en casquette et bombers, dans les escaliers, sur les bancs contigus aux salles d’audience, contre les barrières délimitant une sorte d’antichambre aux correctionnelles, dans la salle d’audience près des portes, dans la salle d’audience sur les bancs. Un outil supplémentaire dans le dispositif d’intimidation mis en place par l’État pour accueillir au mieux toutes les personnes susceptibles de s’intéresser un peu à ce procès [30].

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« Raconter d’une autre manière pour finalement raconter autre chose », Jean-Luc Godard

Pourquoi cette référence au monsieur ? Eh bien parce qu’il énonce ici, dans une interview réalisée en 1972 au sujet de son film Tout va bien [31], quelque chose d’assez essentiel : comment dire la lutte ? Plus précisément, comment dire les gens qui luttent dans le cadre d’un lieu qui est déjà le produit d’une mise en scène ? Godard parlait de son film qui traitait d’une grève dans une usine. Où il est question de rapports de forces dans une «  France mise en scène par Pompidou et Marcellin ». Les « exploités » représentés dans la classe ouvrière dont parle Godard ont un droit à la parole très limité – en termes de fréquence de l’accès à la parole publique. Et quand ils sont interviewés par des journalistes, c’est la forme même de cette invitation très ponctuelle à la prise de parole qui est problématique. Car, comme le souligne fort justement Godard : «  Qui peut répondre ayant eu la bouche cousue ? »

Dans le cas du procès du CRA, la France, et plus précisément sa politique migratoire et judiciaire, est mise en scène par un pouvoir tout aussi réactionnaire. Le rapport de forces qui se joue au procès du CRA, le langage utilisé pour raconter ce qui s’y passe, la « mise en scène » du procès peuvent être analysés à la lumière des questions posées par Godard.

Le rapport de forces s’incarne par exemple dans les mots utilisés : Vincennes n’est pas une prison pour étrangers sans-papiers mais un centre de rétention administrative. La violence d’État procède – entre autres choses – du recours à l’euphémisation, telle que décrite par Éric Hazan dans LQR : la propagande du quotidien [32]. À ce propos, il est intéressant de relever le mode de qualification du statut des prévenus et du CRA par l’avocate des plaignants lors de sa plaidoirie :

« Les mesures ne sont pas celles d’une prison. Oui, l’enfermement, mais à part ça ? » L’avocate poursuit : «  Les retenus ont un nécessaire de toilette à l’arrivée, ils ont des droits, il y a quand même des visites, ils s’échangent des cigarettes, des portables, des briquets voire des allumettes. […] Les portables sont autorisés, les Playstations sont autorisées, les fonctionnaires de police ont une présence réduite au strict minimum. Les retenus bougent [car] il faut éviter un ressenti d’agression. »

Lors de la révolte au CRA, on a pu voir sur les vidéos une trentaine de flics se planquer dans une sorte de cube grillagé en extérieur, ce qui fait dire à l’avocate : « Quand les policiers sont dans la grille, c’est comme s’ils étaient du côté de l’emprisonnement, de l’enfermement. »

Douce lutte à sens unique pour le monopole de la définition de la violence dans un tribunal… L’imposition de l’ordre par la production des mots et de leur définition procède par un renversement des places de chacun dans le discours du pouvoir. A l’image de la thématique shakespearienne du «  world turned upside down » (le monde renversé), ici c’est mot et monde (word and world) qui sont inversés/renversés de façon concomitante. Dans la bouche de l’avocate des flics, cela donne très exactement ceci :

« On a beaucoup parlé de la détresse des retenus mais on n’a pas parlé de la détresse des fonctionnaires de police […] Ils sont là pour aider les retenus étrangers, laisser passer des cigarettes, expliquer la Cimade (sic). Ils ont un rôle social et humanitaire. Ils sont là pour rassurer [les détenus]. »

Le monde renversé dans les mots pour mieux le maintenir en l’état, version avocate du Trésor Public lors de sa plaidoirie : « La situation difficile des fonctionnaires de police qui appliquent la loi dans des circonstances difficiles à supporter. » Selon elle, les flics «  viennent là en soutien ». « Leur mission est d’être à l’écoute, de rendre les choses les moins difficiles possible. » Aussi, « ils ont le soutien de cet État qui n’est pas la société mais un organisme qui les emploie ». Elle poursuit : « L’État est un organisme social. » [33]

Ici, ce sont les gardiens « employés par un organisme social » qui doivent obtenir réparation dans un entre-soi tout à fait confortable – entre gardiens du statu quo en général [34] : gendarmes des plus prévenants avec les parties civiles [35], éclats de rire entre leurs avocates et le procureur pendant les suspensions d’audience, réquisitoire et jugement leur étant largement favorable.

Réquisitoire et jugement qui s’appuient notamment sur ce relevé des blessures des flics, énoncé par leur avocate lors de sa plaidoirie :

- « fracture du gros orteil – 5 jours d’ITT »
- « entorse bénigne du genou gauche et inhalations de fumées »
- « [une plaignante] tirée par les cheveux – trois semaines d’arrêt de travail, mais elle est allée travailler quand même »
- «  entorse de la cheville gauche – 3 semaines d’attelle »
- « inhalations de fumées toxiques, elle [la plaignante mentionnée dans la note n° 35] a eu la peur de sa vie, ses jambes ne répondaient plus »
- « inhalations de fumées toxiques, il [un flic] a senti le vent venir – selon le certificat d’un ORL, il est sourd d’une oreille suite à l’exposition à des fumées toxiques »
- « inflammation nasale diffuse »

Réquisitoire et jugement qui s’appuient également sur la parole des flics. Parole qui évidemment n’a pas tout à fait la même valeur que celle des prévenus. L’une des plaignantes (mentionnée dans le croquignole épisode relaté dans la note n° 35) déclarait ce qui suit lors de son audition par le tribunal :

Les détenus au CRA «  [font] [leur] vie, [leur] train-train, ils n’en font qu’à leur tête. […] On essaie d’avoir - comment ça s’appelle ? – de dialoguer (sic) […] [les détenus] étaient porteurs de briquets, ils les cachaient. Ils ont le don de pouvoir cacher des choses […] Ces gens-là [les détenus], ils ont des responsabilités, qu’ils les assument ».

Et « ces gens-là » devront payer aux flics des dommages et intérêts au titre du pretium doloris et du préjudice moral. Combien ? De 500 et 2000 € pour le pretium [36] et 500 € pour le préjudice moral (ces sommes étant versées à chaque plaignant). [37]

Si le maintien d’un certain ordre procède par le « renversement du monde » matérialisé dans le genre de discours décrit plus haut, il procède également, pour les gardiens du statu quo, dans la production d’un discours qui tente d’annuler toute correspondance (voire continuité) entre certaines pratiques policières présentes et passées qui ont permis à l’État français d’acquérir ses lettres de noblesse. Voici ce que dit le procureur en préambule de son réquisitoire au sujet du parallèle dressé par la défense entre les glorieuses années quarante et aujourd’hui :

« La défense avait de façon honteuse comparé les CRA à l’univers concentrationnaire de 1942, c’est une curieuse conception de l’Histoire. […] Comparer les CRA et la justice d’aujourd’hui à ce qui pouvait exister en 1942, c’est de la manipulation, une vision de l’esprit (sic). » Ce discours de la défense est « difficile à entendre dans cette enceinte ou même ailleurs. »

Ce discours avait été précédé par celui de l’avocate du Trésor Public qui avait insisté sur «  les excès du 22 juin et les excès de langage » : « On ne peut pas comparer certaines situations à d’autres situations. » (en d’autres termes comparer les CRA à des camps d’internement) [38].

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Il n’y a pas d’erreur judiciaire

Lors du visionnage des bandes de vidéosurveillance – pièces présentées comme « à charge » dans le dossier, les rares personnes qui étaient présentes dans le public se sont dit : « On ne voit rien sur les vidéos, on ne reconnaît aucun des prévenus ». Il n’y a en effet aucune image de mise à feu, mais seulement des allées et venues de détenus, marchant, courant, transportant parfois des matelas, des images de fumée sortant de certaines cellules, des images de matelas en feu dans la cour extérieure. On ne voit à aucun moment un détenu allumer un feu. Et donc, spontanément, le discours des personnes présentes dans le public reprenait – volontairement ou involontairement – la logique propre à l’institution judiciaire et à l’ordre, dont elle participe. Puisque, de fait, aucune image ne permet de dire si tel ou tel prévenu est coupable, s’il y a condamnation, il s’agit d’une erreur judiciaire.

Dans le cadre de « débats » posés par les gardiens du statu quo, ce qui se joue – au-delà de la mise en place du châtiment pour les prévenus, c’est l’intériorisation par l’observateur d’une terminologie juridique, d’une catégorisation qui est le fait du pouvoir. Penser les inculpés de Vincennes sur la partition du coupable/innocent, c’est accepter déjà ce contre quoi on croit lutter. Ce n’est pas tant la question de la présence à de telles audiences qui est problématique [39], mais bien plus l’intériorisation d’une grille de lecture fondée sur la dissociation coupable/innocent.

Pour dire les choses autrement, quand bien même les vidéos auraient enregistré les prévenus allumant un bûcher d’enfants diabétiques et/ou jetant des barres de plutonium siglées « nique tout », la question n’est pas tant de savoir « s’ils l’ont fait ou pas », mais plutôt celle de l’existence de prisons pour étrangers en France [40].

Le dispositif de visionnage des bandes de vidéosurveillance – huit vidéos projetées simultanément à l’écran pendant trois heures en moyenne lors des audiences – n’est en réalité qu’un épiphénomène. Disons que ce dispositif participe de l’institution judiciaire qui ne prend plus la peine d’être vraisemblable : «  Il ne suffit pas que la justice soit juste, encore faut-il qu’elle en ait l’apparence. » [41]

La question d’un procès politique a été évoquée. Certains des avocats de la défense, lors des premières audiences, l’ont souligné dans leurs interventions. Certes, le procès est politique, mais à qui les avocats adressent-ils leur discours ? Au tribunal ? Le motif politique, si juste soit-il, est irrecevable par l’institution judiciaire. Plus probablement, le discours des avocats de la défense est adressé à leurs clients, ou plus précisément aux associations qui versent les honoraires [42], et aux journalistes présents les premiers jours (et qui ont très modestement relayé ce discours). Le voile esthétisant de la fonction d’avocat confère à ses détenteurs un droit au micro et une probité nécessairement exemplaires.

Il suffit de se promener dans les tribunaux pour comprendre que parler de procès politiques revient à énoncer un pléonasme. Certes, le procès du CRA est inédit par la nature de l’objet jugé, symbolique dans son déroulement et dans le jugement qui le conclut. Mais un passage par les comparutions immédiates et les comparutions sur reconnaissance préalable de culpabilité – jugées à quelques pas de la chambre où se déroulait le procès du CRA – amène à penser que la notion de procès politique est très extensive. Sont jugées dans ce cadre – sorte de sous-produit ou de quintessence de l’institution judiciaire – les classes populaires qui ramassent cher en quelques minutes.

Alors ? Alors il faut raconter, autrement. Autrement que les traditionnelles : « De nombreuses suspensions ont à nouveau émaillé cette audience, dues à l’agitation du public. » [43]

Ce qu’il reste, c’est le Réel, le Réel qui est «  ou la totalité, ou l’instant évanoui… » [44]

Notes

[1] Extrait de la section « Rectificatifs et précisions » disponible sur le site Internet du Monde, daté du 19 février 2010. Le terme « présumés » est souligné par moi.

[2] Par l’ami Thibautcho, daté du 06/05/08.

[3] Guy Debord, La Société du Spectacle, 1967.

[4] Selon la terminologie empruntée à Lacan. Voir ICI.

[5] Notamment la place des forces de l’ordre au moment du procès et l’application par elles de dispositifs d’intimidation et de vexation sous la forme de contrôles du public venu assister aux audiences. Ce point sera développé un peu plus loin dans le texte.

[6] Michel Foucault, L’ordre du discours, Gallimard, Paris, 2005, pp.10-11.

[7] Rapport 2007, Centres et locaux de rétention administrative, p.153, La Cimade. Rapport téléchargeable sur le site de la Cimade, ICI.

[8] Rapport 2007, Centres et locaux de rétention administrative, p.153, La Cimade. Rapport téléchargeable sur le site de la Cimade, ICI.

[9] Extrait de la présentation des faits réalisée par Migreurop, réseau qui regroupe 41 associations travaillant autour des questions de la migration et des droits humains. Voir ICI leur site, extrêmement bien documenté.

[10] Source, ICI, page 2.

[11] Source ICI.

[12] Source ICI.

[13] Extrait de la présentation des faits réalisée par Migreurop, à consulter LA.

[14] A lire iCI.

[15] Les témoignages sont consultables LA, page 3.

[16] A lire ICI, page 4.

[17] Pour le détail des audiences, on peut se référer aux comptes-rendus de Migreurop et/ou à ceux que j’ai réalisés sur mon blog.

[18] Selon Irène Terrel, l’une des avocates de la défense, conformément à l’article 461 du Code de procédure pénale (CPP), si le tribunal souhaitait poursuivre les débats, il aurait dû, au préalable, rendre un jugement à cet effet. Or, le tribunal a fixé un nouveau calendrier par notes d’audience. Ainsi, selon Irène Terrel, il y a eu violation de l’art. 461 du CPP. Pour lire l’intégralité de la quatrième journée d’audience, ça se passe ICI.

[19] Rejet qui lui a valu une amende de 750 €.

[20] Tel que mentionné par les avocats de la défense lors de la troisième journée d’audience, toutes les demandes d’actes ont été refusées lors de l’instruction. En d’autres termes, il s’agit de l’accès à tous les éléments susceptibles de garantir aux prévenus un « procès équitable », tel que défini par l’article préliminaire du Code de procédure pénale (CPP - article 81) et de l’article 6 de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), qui prévoit les conditions d’un « procès équitable », c’est-à-dire l’accès à une « instruction à décharge ». Il s’agissait notamment de la jonction entre les dossiers Souli et l’incendie du CRA, de l’enquête de personnalité, de l’accès à l’intégralité des bandes de vidéosurveillance du CRA (une trentaine d’heures au total), des décrets, des rapports de la Cimade alertant les pouvoirs publics sur les mauvaises conditions de rétention et les risques afférents, de l’autopsie réalisée après la mort de Salem Souli, d’une expertise technique relative aux normes de sécurité dans le CRA. Selon l’un des avocats de la défense : «  Le tribunal ne peut pas statuer sur une instruction qui n’existe pas ».

[21] Il s’agit en l’occurrence des auditions de Jean-Pierre Brard, ex-maire de Montreuil (93), actuel sénateur apparenté communiste de la Seine-Saint-Denis, et de Jean Desessard, sénateur Verts. Voici les témoignages qu’ils ont livré lors de l’instruction : Brard est entendu le 29 janvier 2009 par le juge d’instruction. Le 21 juin 2008, « [il] [se] ren[d] au CRA de Vincennes suite au décès du retenu tunisien et rencontre le substitut du procureur. Un Malien [lui] donne [alors] des documents. » Le 22 juin, « [il] reçoi[t] un appel de RESF [l]’ informant que le CRA est en flammes. [Il] [s]’y [est] rendu, [a] pénétré dans le centre. [il voulait passer un appel depuis son téléphone] mais [son] portable [lui] a fait défaut. Un retenu [l’un des prévenus pour lequel Brard témoigne] était en ligne avec sa femme. Elle a voulu qu’[il] intervienne. […] » En gros, Brard explique que le retenu était calme malgré l’incendie et qu’il imagine mal comment quelqu’un qui aurait été l’auteur d’un tel acte aurait pu être aussi détendu à ce moment-là. Brard précise dans son témoignage que ce n’est pas la première fois qu’il visite le CRA.
S’agissant de Jean Desessard : « Dans le cadre de [son] mandat », le sénateur Desessard a visité la zone d’attente de Roissy, les CRA du Mesnil-Amelot et de Satolas. Quinze jours avant l’incendie du CRA de Vincennes, il s’est rendu sur les lieux. Il a ressenti une «  tension importante, une violence palpable ». « De retour à [son] domicile, [il] [a] été anéanti pendant deux heures » par ce qu’il avait vu à Vincennes. Il a noté de « l’agressivité [existant] entre les retenus eux-mêmes » et précise dans son témoignage que la question de l’éventuelle responsabilité individuelle des prévenus « doit être appréciée au regard de ces conditions explosives ».

[22] Notons que l’État s’est constitué partie civile la veille du week-end précédant le début du procès. L’avocate représente lors des audiences le Trésor Public.

[23] Article intitulé Le chemin de croix de Moïse Diakité, daté du 22 juin 2009. Il est à consulter ICI.

[24] Voir note n°21.

[25] Objets de l’institution judiciaire et des mass médias présents lors des premières audiences. Si les caméras se sont braquées sur eux, ce n’était évidemment pas tant pour recueillir leur récit de vie que pour en faire une image, une chose à montrer. Les prévenus sont montrables, de jolies publicités planquées pour vendre de l’info. À ce propos, une des personnes du public présente près de la salle d’audience a demandé un jour à une journaliste d’ « arrêter de filmer » les prévenus, ce à quoi la gardienne de l’éthique lui a répondu : « Oh, c’est bon, je connais mon métier. » Très bien même, en effet.

[26] À ce sujet, notons que l’institution judiciaire convoque des « experts » quand ça l’arrange ; ou fait d’un procureur le spécialiste en tout : chimie du cerveau, sémiologie des captures d’écran vidéo servant de photos…

[27] Ou, pour paraphraser Desproges, « au lieu de vous emmerder à lire tout Sartre, [allez au tribunal], vous avez en même temps la nausée et les mains sales ».

[28] Ah, les joies de la parole performative… Voir l’ouvrage de J.L. Austin, Quand dire, c’est faire.

[29] 300 kilos de muscles dans des combis bleues pour une septuagénaire, voilà une belle leçon de courage et de gestion ad hoc du risque.

[30] Pour la petite histoire : entre un tutoiement à l’une des plaignantes et un profil aussi bas que le niveau de leurs réflexions, nos vaillants infiltrés ont réussi l’exploit de s’échanger depuis leur banc dans le public un merveilleux « Soyons T’actifs ». Ah, la subtilité des agents de liaison…

[31] Entrevue fort éclairante, à voir ICI.

[32] Eric Hazan, LQR (Lingua Quintae Respublicae) : la propagande du quotidien, Éditions Liber, Raisons d’agir, 2006.

[33] Preuve que la formule de Debord au sujet du « vrai » qui est « un moment du faux » dans « le monde réellement renversé » trouve une application très directe ici : l’avocate du Trésor Public livre peut-être ici la nature même de l’État et les implications de celle-ci. La détention monopolistique du pouvoir de coercition par l’État (euphémisé et rendu « organisme social ») se maintient grâce à la rémunération des gardiens (du statu quo). Pour faire du sous-Weber, l’État, c’est l’entreprise… qui emploie les flics (et qui le revendique avec succès !).

[34] « Né entre ces animaux féroces qu’ont pu être les hommes primitifs (à en juger d’après les hommes modernes, ce n’est pas invraisemblable), le mot de passe est justement ce à quoi non pas ‘se reconnaissent les hommes de groupe’, mais ‘se constitue le groupe’. » Extrait du Séminaire Le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel, 8 juillet 1953, par Jacques Lacan. Ici, le mot se fait «  de passe ». La Justice en bordel dont certains seulement auraient les clés, pourquoi pas ?

[35] L’avantage d’assister en direct live aux audiences réside par exemple dans le fait d’avoir pu s’émouvoir d’un haut fait de coopération gendarmes/police. Ça pourrait être du sous-Barbara Cartland ou un épisode de la Croisière s’amuse (avec un Famas) : l’une des plaignantes, très en verve lors de son audition pour charger les prévenus, s’est autorisée en pleine séance un baiser fougueux avec un gendarme – l’un de ceux qui procédaient aux contrôles d’identité à l’entrée de la salle d’audience. Qui a dit qu’il y avait des tensions entre la Défense et l’Intérieur ?

[36] De quoi payer aux collègues en civil trois mille bombers avec le husky qui hurle dans le dos, seul sous la lune.

[37] Pour l’un des plaignants, le tribunal ordonne une expertise médicale. Le rapport devra être rendu au greffe avant le 17 septembre 2010. 680 € devront être versés par le plaignant qui reçoit 500 € au titre de l’indemnité provisionnelle (non définitive donc). Dans le cas de ce plaignant, le jugement sera rendu le 18 octobre 2010 à 9 h à la 19ème chambre du tribunal correctionnel de Paris.

[38] Je conseille au sujet de l’instrumentalisation de l’histoire par le politique l’excellent ouvrage de Nicolas Offenstadt : L’histoire bling-bling, le retour du roman national, Stock, Paris, 2009. Et plus particulièrement le chapitre intitulé « Ras le bol de Vichy ! ».

[39] Selon moi. Néanmoins, la question s’est posée dans le public quand les avocats de la défense ont décidé de ne plus participer aux audiences.

[40] Et de prisons tout court.

[41] Déclaration du vice-bâtonnier sollicité par les avocats de la défense lors de la cinquième journée d’audience le 2 février 2010, consultable ICI. Illustration : lors d’une audience où étaient visionnées les bandes de vidéosurveillance, le procureur s’est installé à la place des assesseurs – la magistrature du siège ; symboliquement, le ministère public s’assied sur l’indépendance (imaginaire) du siège. Le parquet est sur le siège. Mais «  dans le monde réellement renversé »…

[42] Après les excellents Comment draguer la catholique sur les chemins de Compostelle et Comment draguer la militante dans les réunions politiques d’Etienne Liebig, on pourrait imaginer un Comment draguer les militants sur les chemins du tribunal rédigé par l’Association des avocats spécialisés dans la niche politique.

[43] Extrait d’un article du journal 20 Minutes intitulé « Entre huit mois et trois ans de prison ferme pour les insurgés du centre de rétention de Vincennes », daté du 17 mars 2010. Voir ICI.


[44] Extrait du Séminaire Le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel, 8 juillet 1953, par Jacques Lacan.

 

Pris chez Article XI, avec l'aimable autorisation d'Antimollusques (avec qui tout est possible).

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Badie BERTRAND - L’impuissance de la puissance - Les faiblesses engendrées de la force

La victoire de G.W. Bush en novembre 2004 a entraîné à peu près partout dans le monde une vague de peur et de désarroi face au choix des États-uniens[2]

S’il est probable que ce choix soit problématique, nous allons essayer de démontrer qu’il l’est en fait beaucoup plus pour ses concitoyens que pour les Européens. Mais ce que nous allons surtout essayer de montrer, c’est que les actuelles démonstrations de force de Washington sont le signe d’un affaiblissement structurel de la domination américaine sur le reste de la communauté internationale. Cet affaiblissement s’évalue sur trois axes : la baisse de la part de son économie sur l’économie mondiale, sa position d’hyperpuissance qui en fait un partenaire à affaiblir y compris dans le camp de ses habituels alliés, et enfin son actuelle idéologie messianique, source d’aveuglement géopolitique quant aux choix de ses stratégies.

[2] Nous employons ce terme, de plus en plus courant en géographie,...
suite
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31/03/2010

Feu sur Rebetiko n° 5

Je me permet de réagir, amiE de lutte, à deux "articles" dénoncant "un révisionnisme insurectionnaliste" que je viens de trouver sur la toile, paru, pour le premier, sur Indy Nantes le dimanche 28/03/2010 à 17:10 et le second sur Brèves du désordre mardi 30/03/2010 à 21:52 , se sentant d'ailleurs obligé de citer " Rebetiko : ", pour ma part, les ":" en venant à définir - réduire, à la manière d'une définition de dictionnaire.

Je ne suis personnellement pas inscrit dans les luttes affinitaires depuis des decennies, mais  l'utilisation du terme "révisionnisme" en ces temps de Paix sociale et identitaire, comme forme de procès, c'est un peu gros...

Voici donc les deux titres et liens (que j'ai pourri avec deux**).

Retour historique sur un revisionisme insurectionnaliste

lien : http://nantes.indymedia.org/article/20**202

author dimanche 28 mars 2010 - 17:10author par class/war

 


Rebetiko : Retour historique sur un révisionnisme insurrectionnaliste
(Le 28 mars 2010)

lien : http://cettesemaine.free.fr/spip/article.php3?id_article=3**096

 

Pour faire simple, je ne connais personne de chez Rebetiko, j'y trouve des choses intéressantes, d'autres qui m'accroche moins. En tout cas, je salue leurs initiatives, les promotionne et distribue.

Chacun peut s'y abonner (rebetiko@riseup.net), participer.

 

Je ne suis pas payé pour prendre leur défense, je fais ça par ce que trouve cette attaque injuste.

 

Les deux extraits de "l'article"  :

 

Selon class/war : "L'été 1944 semblait être une fête lorsqu'on lit Rebetiko. Il semble que l'insurrection était à porté de main (évidemment on ne l'a jamais vu), que l'on est pas passé loin. Nous n'auront cependant pas d'éclaircissement sur la raison de ce non événement."

 

FAUX, moi je lis :  " Pour la plupart des FTP, la lutte libératrice ne devait se borner à ..... . Ce processus révolutionnaire n'est jamais évoqué, mais il était présent dans tous les esprits. " A aucun moment l'insurection est à portée de la main...

 

Selon class/war : "Le sommet du révisionnisme historique (souligné par PROBE) arrive lors de la lecture de l'encart sur Marseille" ..."« Une quinzaine d'entreprises dont les patrons avait collaboré sont réquisitionnés par les ouvriers. Des conseils en contrôleront la production pendant plus de 2 ans. En france la collaboration devient un bon prétexte pour s'attaquer à un millier de patrons. » L'idée n'est pas totalement fausse."


Jugement bien sévère pour un article dans un petit encart de 12.5 lignes du fanzine...


Je trouve qu'un simple article mettant le doigt sur "l'impasse ou racourcit historique" aurait largement suffit...ou, plus classe, envoyer un article complément qui aurait ammené " la vérité ", mais partager de l'info, pour cetainEs, ça fait encore mal au cul...et ils/elles préfèrent plutôt casser du sucre sur le dos de celui qui essaye de faire quelque chose.

 

Pourquoi tant de haine ? Des comptes d'épiciers à régler...sans doutes....

portefeuille-anarchie-avec-chainette-.jpg

Pour ceux et celles qui veulent aller plus loin concernant ces histoires de Lutte :

Robert Mencherini,  La Libération et les entreprises sous gestion ouvrière – Marseille, 1944-1948


13:51 | Lien permanent | Commentaires (0) |

28/03/2010

ETA - EZLN - Sentir le rouge...

 

 

"Sentir le rouge, c’est arriver à reconnaître les indices, que la société dans sa majorité ne reconnaît pas, qui prouvent d’une guerre de basse intensité à une guerre ouverte contre les droits les plus élémentaires et l’intégrité des populations œuvrant avec courage et sans violence pour la construction d’une autonomie garantissant liberté et développement."(non lieu)

 

 

 

7.03.10 - 20:24 (RTBF)

L'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), mouvement de rébellion mexicain, aurait reçu de l'organisation séparatiste basque armée ETA plus d'un million d'euros, a rapporté samedi le journal mexicain Reforma en citant un ex-membre de l'EZLN.

L'informateur du quotidien, qui s'est présenté comme un ancien responsable du mouvement, lui a transmis un dossier comprenant des photos du sous-commandant Marcos, chef de l'EZLN, sans sa cagoule habituelle pour ses apparitions en public, des numéros de portables de dirigeants zapatistes, les types d'armes dont ils disposeraient et leurs sources de financement. Dans le dossier, "il y a quelques remarques disant que ces derniers temps ils (ndlr: l'ETA) ont transmis 750 000 euros, puis 350 000 euros" aux autorités zapatistes de La Garrucha, a déclaré au journal l'homme qui a affirmé avoir occupé un poste important au sein du mouvement rebelle.

Le quartier général de l'EZLN se trouve à La Garrucha, localité de l'Etat du Chiapas dans le sud-est du Mexique, où ce mouvement amérindien avait lancé un soulèvement armé le 1er janvier 1994, jour de l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

Belga

 

 

Transformer le monde sans prendre le pouvoir

entretien avec Jérôme Baschet*


 

Plus de 20’000 zapatistes ont occupé San Cristobal de las Casas le 1er janvier 2003, ils n’avaient cette fois que leurs machettes ou bâtons de paysan en main. Après les prises de parole de Fidelia, Omar, Mister, Brus Li, Esther, Tacho et David, commandants de l’EZLN, ils ont quitté la principale ville du Chiapas le lendemain matin, non sans avoir démontré leur capacité d’organisation et leur esprit de résistance. « Nous connaissons le monde […] parce que nous connaissons tous ces hommes et femmes de tous les pays qui sont arrivés dans nos villages, ils nous ont parlé de leurs luttes, de leurs mondes et de tout ce qu’ils font. À travers leurs paroles nous avons voyagé et nous avons vu et connu plus de terres que n’importe quel intellectuel », a expliqué Mister.

En France, les médias ont ignoré la manifestation.

Marc Tomsin : Après vingt et un mois de silence, l’armée zapatiste (EZLN) s’est-elle isolée, affaiblie ou renforcée ?

Jérôme Baschet : Le plus remarquable est sans doute que l’EZLN soit parvenue à franchir sans sombrer une passe très périlleuse et ait pu surmonter l’énorme déception des lendemains de la Marche de la dignité indigène, il y a tout juste deux ans : une marche qui a été un succès par l’ampleur des rencontres et des mobilisations qu’elle a suscitées, mais qui n’a eu aucun résultat en termes législatifs. Il y a eu là un moment de découragement qui a sans doute été très difficile à surmonter, mais qui l’a été. Je crois que c’est le principal acquis de cette période.

Par ailleurs, il y a sans doute une usure qui continue à se faire sentir, qui n’a pas commencé avec la marche mais qui a continué malgré la marche. Une difficulté à maintenir l’esprit de résistance des communautés dans des conditions matérielles très précaires. Il y a sûrement des gens qui ont quitté l’organisation, mais le fait d’avoir surmonté cette épreuve est le signe d’une force indéniable. On aurait pu penser qu’après une épreuve de cette sorte l’EZLN allait tomber en déliquescence, se dissoudre. C’était l’une des hypothèses possibles. Cela n’a pas été le cas, l’organisation a résisté, elle a fait la preuve de sa capacité de mobilisation lors de la manifestation du 1er janvier de cette année, très importante par son ampleur mais aussi par le degré d’organisation qu’elle a démontré. Donc, malgré le rétrécissement de l’espace des communautés zapatistes, il y a un acquis, une démonstration de résistance très importante.

Marc Tomsin : Avec la réapparition des zapatistes et la fin du silence de leur commandement, y a-t-il un durcissement de leurs positions vis-à-vis des partis politiques, particulièrement du Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche) ?

Jérôme Baschet : Réapparition, oui, indéniablement ; fin du silence, c’est le moins qu’on puisse dire, puisque nous sommes maintenant soumis à une rafale de communiqués, au rythme d’un tous les deux ou trois jours, à peu près. Réapparition publique lors de cette manifestation du 1er janvier, avec son caractère impressionnant et symboliquement très fort, c’est clair. Mais je ne vois guère de durcissement de la position de l’EZLN et pas d’inflexion très sensible. L’attitude très dure à l’égard des partis politiques en général et en particulier du PRD n’est pas vraiment nouvelle. Il y a beaucoup d’antécédents à cette attitude qui a certes un peu varié au gré de la conjoncture politique, notamment aux moments où le PRD appuyait les demandes zapatistes et indigènes en général. Cette posture des zapatistes est logique, compte tenu de la participation du PRD et en particulier de ses sénateurs au vote de la contre-réforme indigène. Ce vote du PRD a été dénoncé très clairement au lendemain de l’approbation de la contre-réforme, fin avril 2001, et l’EZLN a alors lancé des mots très durs contre la « trinité infernale » qui incluait aussi bien les politiciens du PRD que du PAN ou du PRI. C’est aujourd’hui la même chose qui ne fait que s’amplifier. Les zapatistes ont toutes raisons d’être furieux à l’égard d’un parti qui se dit de gauche et qui a voté avec les autres forces politiques représentées au Parlement cette loi tout à fait contraire aux demandes des zapatistes et des indigènes en général. C’est assez logique.

Marc Tomsin : Que penser de l’incompréhension que rencontre aujourd’hui le mouvement zapatiste dans les médias 1 en France ? De la charge contre Marcos et l’EZLN pratiquée par les magazines de la « gauche cathodique » (Les Inrockuptibles 2, Télérama, etc.) au sujet de la correspondance sur la question basque comme de leur silence total après la manifestation du 1er janvier ?

Jérôme Baschet : Il me semble que ce n’est pas un phénomène nouveau. On le constate depuis 1994, et plus encore depuis la rencontre « intergalactique » de 1996. Le discours de la presse française en particulier, mais aussi d’autres pays européens, est catastrophique. J’ai l’impression que, dans le cas récent de la polémique autour des échanges de Marcos sur la question basque, on assiste en fait à la reprise des archétypes que les médias ont construits sur les zapatistes et sur le personnage de Marcos depuis 1994 : un mouvement anecdotique, anachronique, réductible à la dimension médiatique de son porte-parole (par parenthèse, l’idée d’un Marcos omniprésent dans les médias fait un peu sourire, surtout en France) et à son répertoire exigu de symboles qui deviennent des obsessions pour les journalistes français comme le fameux passe-montagne. Il y a peu, un hebdomadaire faisait encore une fois sa une sur le passe-montagne de Marcos, mais déjà, en décembre 2000, Le Monde passait par pertes et profits l’essentiel d’une conférence de presse de Marcos et focalisait l’attention sur l’annonce supposée d’un renoncement audit passe-montagne. Ce sont les mêmes stéréotypes qui fonctionnent, qui sont repris inlassablement d’article en article avec, dans certains cas, une intention de nuisance évidente, une malveillance qui utilise tout ce qui peut servir à déconsidérer les zapatistes et Marcos en particulier, avec la plus évidente mauvaise foi. Parler, par exemple, du « soutien ahurissant (de Marcos) aux terroristes de l’ETA » (Télérama du 8 janvier 2003) est un mensonge pur et simple, puisque de tout ce dossier on peut ne retenir qu’une seule chose, c’est que, dans ses deux lettres à l’ETA, Marcos dénonce très clairement les méthodes et les principes d’une organisation qui « a fait de la mort de la parole son négoce » (avant-garde auto proclamée qui prétend agir en représentation de tout le peuple basque, certitude de détenir la vérité absolue qui conduit à « tuer tous ceux qui ne souscrivent pas à cette vérité », recours au crime, attentat contre la vie de civils, réponse aux mots par des balles). C’est aux antipodes de tels principes que se situe l’EZLN et il suffit de lire ces deux textes pour voir qu’il n’y a pas d’effort minimal d’information dans presque tous les articles parus sur ce thème.

Marc Tomsin : De jeunes Tzotziles, Tzeltales, Choles, Tojolabales… nés, comme l’EZLN, en 1983, vont avoir vingt ans. Cette nouvelle génération s’est-elle transformée avec ce mouvement ?

Jérôme Baschet : C’est une préoccupation évidente des zapatistes. L’attention qu’ils portent à la mise en place de projets éducatifs, qui sont devenus maintenant réalité, montre bien qu’ils ont ce souci de former de nouvelles générations, zapatistes ou non, mais en tout cas engagées dans la résistance et la lutte. Ces jeunes sont là, on sent leur enthousiasme et leur énergie. Mais en même temps que va-t-il advenir du mouvement zapatiste et, de manière plus générale, de la lutte indigène dans un contexte qui est très difficile ? Ces acquis et ces germes d’avenir sont là, mais encore faut-il que les conditions permettent que cette résistance se développe et ne s’épuise pas. Le risque d’affaiblissement est toujours présent, et tout cela conditionne la possibilité pour ces germes d’espérance de se développer vraiment.

Marc Tomsin : On a parlé, au sujet des origines du zapatisme, des « matrices » dont ce courant serait issu, comme la théologie de la libération, certaines tendances du marxisme ou de l’anarchisme (Flores Magón) au Mexique. Une recherche sociale comme celle de John Holloway semble à son tour influencée par l’expérience du mouvement indigène au Chiapas. Le zapatisme est-il devenu lui-même une matrice ?

Jérôme Baschet : Une matrice, je ne sais pas. Le terme correspond peut-être mal à l’indéfinition revendiquée par les zapatistes. Qu’il y ait des traces très fortes, des empreintes, sur les gens, sur les jeunes dans les communautés indiennes, c’est certain. On sent chez eux une possibilité de parler, une récupération de leur histoire en même temps qu’une ouverture sur le monde, une réflexion politique et morale en train de se fortifier, mais j’insiste sur la fragilité de tous ces projets, de toutes ces réalisations en cours, parce qu’elles se font toujours dans des situations d’urgence, de difficultés très grandes et qu’elles peuvent être interrompues du jour au lendemain. Il n’y a pas de garantie absolue que tout ce qui est en train de se développer puisse réellement croître comme on le souhaiterait. Par ailleurs, vers l’extérieur, l’écho du zapatisme me semble indéniable. Il marque la pensée critique. Ce n’est peut-être pas très sensible en France, mais ça l’est dans d’autres pays, et certainement au Mexique. Il y a un apport du zapatisme à la pensée critique qui se fait sentir dans un livre comme celui de John Holloway 3, Cambiar el mundo sin tomar el poder (el significado de la revolucion hoy), dont le titre - « Changer le monde sans prendre le pouvoir (le sens de la révolution aujourd’hui) » - est la reprise directe de l’un des thèmes principaux des zapatistes. La formule semble destinée à circuler amplement à travers le monde, de cercles de réflexion en publications et de publications en manifestations ; elle amène certainement à reformuler les apports du marxisme et les traditions libertaires. Cette part toujours active du zapatisme est bien là, je crois.

1. La désinformation et le confusionnisme culminent avec les éditions Mille et une nuits, qui publient Marcos, le maître des miroirs, essai de Vazquez Montalban, et vont jusqu’à annoncer, en « quatrième de couverture », qu’après avoir « marché sur Mexico en 2001 » Marcos a signé un accord avec le gouvernement et, bien sûr, « ôté son fameux passe-montagne », révélant son identité.

2. Un certain Marc Saint-Upéry écrit dans l’hebdomadaire des BBB (bourgeois, blancs, branchés) une méchante diatribe contre « le sous-commandant en dessous de tout », accusé d’être « solidaire des tueurs d’ETA », et exige des « représentants de l’EZLN […] une rectification de leur position ». Tout s’éclaire si on lit, dans le Monde diplomatique de janvier, du même Saint-Upéry, journaliste à Quito, un éloge de l’organisation indienne d’Équateur qui a « su combiner lutte sociale et pratique institutionnelle ».

3. Irlandais installé au Mexique, chercheur en sciences sociales de l’université de Puebla.

* Jérôme Baschet, auteur de L’Étincelle zapatiste (éditions Denoël, [voir le Monde libertaire de l’été 2002-rub1471]).

 

  ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE.

7 décembre 2002

A l'organisation politico-militaire basque Euskadi ta
Askatasuna (ETA). Pays basque.
Du sous-commandant insurgé Marcos. Mexique.

Mesdames et Messieurs,

Je vous écris au nom des enfants, des anciens, des femmes
et des hommes de l'Armée zapatiste de libération
nationale du Mexique.
Comme vous le savez sans doute, il y a quelque temps, et
dans une lettre lue en territoire espagnol, nous avons
fait référence à la lutte du peuple basque pour sa
souveraineté. Bien que le texte fît clairement référence
à la lutte politique basque et non à la lutte militaire,
les paroles furent intentionnellement ambiguës en ce qui
concerne l'action de votre organisation ETA.
L'objectif de l'ambiguïté était de provoquer, ce qui a
réussi. Nous n'ignorons pas que nous avons mis en danger
le capital moral que, nous zapatistes, avons conquis dans
le monde entier, en particulier dans la péninsule
ibérique, mais c'était nécessaire… alors.
Vous et nous savons bien que l'EZLN n'a réalisé et ne
réalisera aucune action militaire contre les civils. Vous
savez aussi que nous condamnons ce type d'attaques, qui
font un grand nombre de victimes chez des personnes qui
ne savent même pas de quoi il s'agit.
Ce n'est pas rien le nombre de victimes civiles que vous
avez provoquées par vos actions. Parmi elles, il y avait
des personnes qui sympathisaient avec notre cause et qui,
comme le reste des victimes civiles, sont mortes dans
l'angoisse de ne pas savoir pourquoi.
Nous considérons la lutte du peuple basque pour sa
souveraineté comme juste et légitime, mais cette noble
cause, ni aucune autre, ne justifie que l'on sacrifie la
vie de civils. Non seulement cela ne produit aucun
bénéfice politique et, même si cela arrivait, le coût
humain n'a pas de prix. Nous condamnons les actions
militaires qui touchent les civils. Et nous les
condamnons de la même manière, qu'elles proviennent d'ETA
ou du gouvernement espagnol, d'Al-Qaida ou de George W.
Bush, d'Israéliens ou de
Palestiniens, ou de quiconque, sous des noms différents
ou des sigles différents, alléguant ou non des raisons
d'Etat, idéologiques ou religieuses, prenne ses victimes
parmi les enfants, les femmes, les anciens et les hommes
qui n'ont rien à voir avec le sujet.
Je sais aussi que, dans le compte des morts et blessés
que réalise le gouvernement espagnol, ne figurent pas les
milliers de Basques qui ont été exécutés, torturés et les
disparus entre les mains des forces de l'Etat. Cependant,
je ne vous écris pas pour comparer le nombre des morts.
En cela, nous surpassons les uns et les autres, vu que ce
sont des millions d'indigènes mexicains qui sont tombés
depuis la conquête espagnole. Personne ne peut
concurrencer nos morts.
Non, ce n'est pas pour parler de ce qui s'est passé avant
que je m'adresse à vous.
Il y a deux jours, le juge Fernando Baltasar Garzon Real
m'a défié à un débat. Je lui ai répondu par l'affirmative
et j'ai posé comme condition, entre autres, que se
réalise une rencontre entre toutes les forces politiques,
sociales et culturelles impliquées ou intéressées par la
problématique du Pays basque, pour qu'elles parlent et
s'écoutent au sujet des chemins basques.
De même, au nom de mes camarades, je vous demande de
décréter une trêve unilatérale pour une période de 177
jours, qui commencerait au matin du 24 décembre 2002. Je
vous demande de ne réaliser aucune opération militaire
offensive durant cette période et de contribuer ainsi à
créer un climat propice à cette rencontre, c'est-à-dire
pour donner une opportunité à la parole.
Il serait bon qu'Euskadi ta Askatasuna envoie plusieurs
délégués parler et écouter, pas à négocier ou à faire un
pacte, pour la rencontre "Le Pays basque : des chemins".
Je sais qu'ils courraient des risques, mais s'ils sont
disposés à mourir ou à être faits prisonniers dans les
actions militaires qu'ils réalisent, je ne vois pas
pourquoi ils ne seraient pas disposés à souffrir la même
chose dans une action politique.

C'est ce que je vous demande, pas de vous rendre ni
d'abandonner vos armes ou vos convictions. Je vous
demande simplement de donner une opportunité à la parole
et honorer ainsi le grand risque que les zapatistes ont
pris et devront prendre. En cas de refus, je me propose
personnellement comme victime propiciatoire de votre
prochaine attaque. Vous pourrez me traiter
de "collaborateur" de l'Etat espagnol (ce qui sera
paradoxal, puisque les autorités espagnoles m'accusent
d'apologie du terrorisme). L'argument
sera le minimum. Il n'y aura pas de reproches ni de
représailles de notre part, mais au moins je saurai
pourquoi je meurs. J'attends votre réponse.

Bon. Salut et une chance à la parole.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002.


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ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE.

7 décembre 2002

A toutes les forces politiques, sociales, culturelles et
religieuses du Pays basque, quelle que soit leur idéologie
Du sous-commandant insurgé Marcos

Dames, gentilshommes et enfants,

Je vous écris au nom de l'Armée zapatiste de libération
nationale pour vous inviter à vous unir et à faire vôtre
la mobilisation “Une chance pour la parole” qui prétend
obtenir d'ETA et du gouvernement espagnol un climat
propice à la réalisation de la rencontre "Le Pays
basque : des chemins".
Cette rencontre doit se tenir sur l'île de Lanzarote,
îles Canaries, du 3 au 7 avril 2003 et n'a pas d'autre
motif que d'essayer de changer la logique de guerre qui
assaille le monde.

Nous vous invitons aussi à vous approprier cette
rencontre, à l'organiser et à y participer, au moment et
sous la forme que vous trouverez les plus adéquats.
Au départ, la rencontre est une des conditions que nous
avons fixées pour la réalisation du débat auquel nous a
défié le juge Baltasar Garzon, mais, s'il ne se réalise
pas ou si quelque malheur ou contretemps empêche la
célébration de la joute, nous vous demandons
respectueusement de réaliser cette rencontre, comme vous
le voulez, en lieu et date qui vous convienne.
Je ne vais pas répéter ce qu'il y a dans les lettres que
j'ai annexées.

Nous sommes sûrs que cette initiative, si elle réussit,
se transformera en une lueur d'espérance pour tous les
peuples de la Terre.

Je vous réitère nos salutations, notre respect et notre
admiration.

Bon. Salut, est-ce que ça ne vaut pas la peine de donner
une chance à la parole ?
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002

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ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE

7 décembre 2002

A la société civile espagnole et basque.
Péninsule ibérique, planète Terre.

Du sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique

Dames, gentilshommes et enfants,

Je vous écris au nom des anciens, des femmes, des enfants
et des hommes de l'Armée zapatiste de libération
nationale, du Mexique, pour vous saluer.
Il y a quelque temps, une de nos lettres, lue à
l'Aguascalientes madrilène, a déclenché une polémique et
une condamnation contre nous, parce que la lettre était
ambiguë par rapport aux actions armées de l'organisation
basque ETA. Même si, au début de la lettre, on
avertissait que "rien n'est accidentel chez les
zapatistes" et que nous faisions clairement référence à
la lutte politique, et non armée, du peuple basque, le
manque de condamnation explicite du terrorisme a été
interprété comme un appui de l'EZLN
à ETA et à ses actions.
Je dois vous dire que l'ambiguïté était intentionnelle,
comme le ton du reste de la lettre. Nous cherchons à
provoquer le tempérament hispanique d'un homme et ainsi
entreprendre une initiative qui, pour notre part,
représente peut-être la dernière opportunité d'aboutir à
une solution pacifique digne de nos revendications qui
sont, comme tout le monde le sait, la reconnaissance des
droits et de la culture indigènes.

Vous savez bien que nous ne pratiquons pas le terrorisme
et qu'en plusieurs occasions, dans des déclarations
écrites et orales, nous avons condamné la terreur, d'où
qu'elle vienne. Et si cette fois nous ne l'avons pas
explicitement fait, c'est pour des raisons que l'on
commence à voir clairement.
Pour les familles des victimes d'ETA et de l'Etat
espagnol, parmi lesquelles se trouvent nombre de
partisans de notre cause, nous nous excusons si par cette
ambiguïté nous manquons de respect à leur douleur. Nous
voulons de tout cœur qu'ils nous comprennent et qu'un
jour ils nous pardonnent ce que nous avons provoqué.
Nous regrettons aussi que cette souffrance ait été
manipulée par le gouvernement espagnol pour détourner et
cacher son inefficacité criminelle dans la catastrophe
écologique qui s'abat sur le peuple galicien qui a
démontré que l'on peut s'organiser et résoudre ses
problèmes pendant que les gouvernants se promènent dans
les pages sociales des journaux madrilènes.
Comme vous le savez, le juge Fernando Baltasar Garzon
Real m'a provoqué à un débat public sur divers thèmes.
Nous avons décidé d'accepter le débat et de mettre comme
condition que l'on réalise une rencontre entre les
intéressés et concernés par la problématique basque, pour
parler et écouter, sans bombes, balles et ordres de
détention. Le thème de la rencontre est "Le Pays basque :
des chemins".
Pour la réalisation de cette rencontre, je me suis déjà
adressé, par lettre, à l'organisation basque ETA pour lui
demander de déclarer une trêve unilatérale de 177 jours
(commençant le 24 décembre de cette année) et ainsi de
rendre propice un climat adéquat pour la réalisation de
cette rencontre.

Nous pensons que quelque chose doit se faire pour changer
la logique criminelle qui s'impose actuellement dans le
monde. Que la terreur se combatte par la terreur mais
sans pouvoir la vaincre. Que les arguments légaux servent
à justifier les tortures, les disparitions, les
assassinats mais n'en finissent pas avec ceux qui, avec
des arguments idéologiques ou religieux, justifient la
mort des autres.
Le monde d'aujourd'hui nous présente une solution finale
qui, comme toutes les solutions finales, est un piège. On
nous oblige à choisir entre une terreur et une autre et
critiquer l'un veut dire appuyer l'autre. Dans ce cas, on
nous oblige à choisir entre le terrorisme d'ETA et le
terrorisme de l'Etat espagnol, et si nous nous démarquons
de l'un, nous sommes complices de l'autre.
Vous et nous savons que l'alternative n'est pas une chose
ou l'autre, sinon celle que l'on construit comme une
nouvelle voie, comme un nouveau monde.
Il serait joliment juste et instructif que, au milieu
d'un monde polarisé ou la mort et la destruction ne
varient qu'au niveau des arguments et de la déraison (ou
condamner les actions punitives de Bush équivaut à
soutenir la folie fondamentaliste de Bin Laden), ce soit
dans la péninsule ibérique que l'on ouvre un espace pour
donner une chanceé à la parole.
Il serait merveilleux que ce soit la dignité ibérique qui
dise au monde entier que c'est possible, et nécessaire,
de donner une chance à la parole.
A cause de tout cela, nous vous invitons à vous mobiliser
sur tout le sol hispanique pour demander, au gouvernement
espagnol et à ETA, cela : une chance à la parole.
Bon. Salut. Et si ce n'est pas maintenant, quand alors ?
Il faut donner une chance à la parole.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002

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ARMEE ZAPATISTE DE LIBERATION NATIONALE.
MEXIQUE.

7 décembre 2002

Aux organisations politiques, sociales et culturelles
basques de gauche (abertzales). Pays basque.

Du sous-commandant insurgé Marcos. Mexique.

Frères et sœurs,

Je vous écris au nom des enfants, des anciens, des femmes
et des hommes de l'Armée zapatiste de libération
nationale du Mexique et je vous salue avec respect et
admiration.

Je crois ne pas me tromper en supposant que vous
connaissez bien la polémique qui s'est développée à
partir de la lettre zapatiste lue à l'Aguascalientes
madrilène à la fin du mois de novembre de cette année.
Comme vous verrez dans la lettre que je joins, j'ai
accepté le défi à débattre que m'a lancé le juge Baltasar
Garzon. Puisque je suis le défié, c'est à moi de fixer
les conditions, et j'ai répondu que l'une d'elles est
que, de manière parallèle au débat, se réalise une
rencontre entre les forces politiques et culturelles
impliquées dans la problématique du Pays basque et qui y
sont disposées. J'ai également écrit à ETA en lui
demandant de déclarer une trêve unilatérale de 177 jours
à partir du 24 décembre
de cette année, afin de créer les conditions propices
pour la réalisation de cette rencontre.
Bien, c'est une courte synthèse. Vous pourrez en savoir
plus avec les lettres mentionnées. Mais je m'adresse
spécialement à vous pour plusieurs raisons.
En plus de vous inviter à participer à la rencontre, je
vous écris pour vous demander de vous joindre à la
demande que je fais à ETA, parce que vous avez l'autorité
morale et le prestige qui me manque pour cela.
Je vous demande aussi, avec inclusion et tolérance, de
réunir les plus grandes forces possibles pour que cette
rencontre puisse avoir lieu. Je vous le demande parce
que, historiquement, la gauche a toujours démontré être
meilleure organisatrice que la droite. Les thèmes, les
rythmes et les autres conditions de la rencontre doivent
être le fruit de la décision de toutes les forces qui
veulent donner une chance à la parole.

Je sais bien que, à la différence de la gauche
parlementaire mexicaine, vous avez, vous, un projet
politique alternatif, pas seulement pour la lutte pour la
souveraineté basque, mais aussi pour la construction d'un
système plus juste, plus démocratique et plus libre,
c'est-à-dire plus humain. Pour cela je m'adresse à vous,
à votre expérience, à votre décision de lutte, à votre
héroïsme et à l'autorité morale qui, cela ne fait aucun
doute, se sont construits à l'intérieur du noble peuple
basque. Qu'il y ait
des voies encore inexplorées pour conquérir la
souveraineté basque ne fait aucun doute.
Et cela ne fait aucun doute que ces voies sont
aujourd'hui fermées par la terreur qui souffle d'un côté
ou de l'autre.
Pour cela, je vous demande de parler et d'écouter. Pas de
renoncer à vos convictions et à vos projets mais de les
faire connaître dans un espace pour lequel vous devez
lutter, cela oui, aux côtés de tous les hommes et femmes
honnêtes.

Je vous demande de lutter pour rendre possible cet
espace, personne n'a rien à perdre (sauf nous, les
zapatistes, mais c'est notre spécialité) et beaucoup à
gagner.

Je vous demande de consacrer vos plus grands efforts à
donner une chance à la parole.
Autre chose (je sais que je demande beaucoup, mais vous
êtes nobles), je vous demande, même si tout va à l'envers
et que rien n'aboutit comme nous l'aurions voulu, de la
manière dont vous le désirez, d'ouvrir cet espace et de
convoquer tous ceux qui le veulent à parler et à entendre
ce que tous et toutes ont à dire et à entendre.

Bon. Salut, je sais que cela ressemble à une consigne de
mobilisation de rue, mais il faut donner une chance à la
parole.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2002.

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