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25/03/2010

Représentation et communauté

Sur Thomas Hobbes

Philippe Crignon « Représentation et communauté », Archives de Philosophie 3/2005 (Tome 68), p. 493-524.

 

Nous voudrions proposer ici des analyses qui prennent sens au sein d’un chantier plus vaste qui a pour objet le nœud du corps et de la figure. Ce qui est apparu alors est que le « corps » n’a de signification qu’historique : sôma, chair, organisme, corps propre, etc.; à chaque fois, c’est une figure particulière qui donne au corps ses moyens d’existence et d’expérience. Qui plus est, la manière dont le corps se manifeste paraît profondément liée au sens même de la manifestation, à ce que pour une époque « se produire » veut dire et à ce que les images peuvent être. Il est ainsi apparu nécessaire de reposer la question « polyédrique » (Derrida) de la « représentation » en son triple sens esthétique, métaphysique et politique[1]

[1] Nous nous permettons de renvoyer à ce que nous avons développé...
suite
.

Pour le dire frontalement, ce qui importe ici, c’est l’unité du concept et sa signification fondamentale – mais aussi paradoxale – pour notre modernité. Comment, pour nous modernes, la politique a-elle été métaphysique et comment aussi la métaphysique a-t-elle été politique, c’est ce que nous souhaitons interroger maintenant à travers Hobbes. Peut-être comprendra-t-on à cette occasion quel rôle central joue le corps. Commençons du moins par dire ceci : parler de « corps politique » – comme le fait Hobbes après bien d’autres – n’implique en soi aucun schéma organiciste de la collectivité. Mais plutôt que le corps humain, fût-il individuel, est d’emblée politique et institutionnellement chevillé aux autres.

La pensée politique de Hobbes se déploie dans ces trois traités que sont les Elements of Law (1640), le De Cive (1642) et le Leviathan (1651). Leur propos, leur méthode et leur ordre sont à ce point semblables que l’on est tenté d’y voir une forme intellectuelle de bégaiement, une série d’essais qui cherchent à se saisir, à la faveur d’un élan réitéré. Il s’agirait presque d’une forme contractée de « répétitions » au sens heideggérien du terme, c’est-à-dire de reprises à un niveau plus originel d’un même questionnement fondateur. Le Leviathan, à cet égard, est le plus abouti parce que le plus radical. Mais il n’est pas pour autant l’accomplissement définitif et complet de la pensée hobbesienne. Au fait, il reste lui aussi – et peut-être lui surtout – travaillé par ses propres paradoxes, précisément parce que ces paradoxes, il se les est appropriés. Qu’on ait pu y lire une préfiguration du totalitarisme comme la forme la plus sèche de démocratie met assez en garde contre la volonté de dégager une « nouvelle interprétation » du texte. Cela nous rappelle plutôt son statut remarquable : le Leviathan délivre sans doute moins une théorie qu’il ne pose les conditions a priori de la politique moderne (et notamment dans son opposition inédite démocratie-totalitarisme).

PLAN DE L'ARTICLE

 

texte complet à cette adresse sur CAIRN.

 

 

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18/03/2010

Peur de l'exigence de la vie ?

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La peur de vivre ?

 

De la force de l'autre ? De sa détermination ? Est-ce mon pacifisme, mon adhésion à la non-violence qui me font craindre quelque chose ?

 

N'est-ce pas plutôt une main invisible qui m'empêche de couper définitivement toute prétention à ce confort relatif vendu par cette société de consommation ?

 

Suis-je prêts à ce changement, à abandonner cet oppressant cocon ?

 

Combien sont celles et ceux qui attendent que l'État ou un parti prenne les « choses » en main, que les solutions viennent d'en haut, que la vie devienne un « long fleuve tranquille. »

 

Cette peur qui semble nous assaillir vient-elle uniquement du doute que nous avons en nos capacités à agir, à construire, à s'adapter, à nous interroger ?

 

Nous battons nous afin d'avoir une retraite de travailleur salarié, une prise en charge médicale optimale ou assurer le futur de nos enfants ? Mais ne dit-on pas que : « Le mensonge n’existe que parce qu’il y a des gens qui sont prêts à croire au mensonge, à transformer ce qui est mensonge en réalité. »

 

Mais alors qu'elle est notre réelle implication dans ce mouvement qui nous pousse à agir?

 

Avons-nous une réelle prétention à remettre en cause la société dans son ensemble ou uniquement la prétention de vouloir jouer un rôle de trublion, de fou du roi, et rester dans le rôle de garant de l'esprit contestataire, respectueux des lois, en bon citoyen libertaire ?

 

Pourquoi est ce que je lutte ?

 

Suis-je là pour assurer ma promotion/position sociale en prétextant la défense de celle des autres ou est-ce que je lutte pour faire réellement tomber le système et les différences de classes qui sont en place ?

 

C'est peut-être la non possibilité de pouvoir se projeter « après » la lutte qui pose question et permet le doute.

 

« Notre avenir sera-t-il assuré par la victoire dans la lutte ? » semble nous demander notre inconscient...mais notre avenir est-il réellement assuré dans le système présent?

 

Tant que ce système de société et les rapports qui en découlent ne sont pas ciblés et reconnus comme « ennemis », le doute reste effectivement permis car je/nous peux continuer à « faire avec », à servir autant que se servir...un donnant/donnant...le rapport gagnant/gagnant si cher aux investisseurs de capitaux...la révolution perpétuelle recyclant inlassablement le mythe du grand soir au petit matin...de Contre-Sommets en Camp-Climat...identifiés avant, pendant et après les évènements, là où « on » nous attends « caméras aux poings », à perpétuer inlassablement le rapport de force imposé par le sécuritaire-identitaire.

 

N'ayons pas peur de nos « petites morts . »

 

Réinventons-nous tous les jours.

 

 

20:09 | Lien permanent | Commentaires (0) |

14/03/2010

Eh vraiment ! et puis après ? N'ai-je pas un cul comme les autres ?

 

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MÈRE UBU
À ta place, ce cul, je voudrais l'installer sur un trône. Tu pourrais augmenter indéfiniment tes richesses, manger fort souvent de l'andouille et rouler carrosse par les rues.


PÈRE UBU
Si j'étais roi, je me ferais construire une grande capeline comme celle que j'avais en Aragon et que ces gredins d'Espagnols m'ont impudemment volée.


MÈRE UBU

Tu pourrais aussi te procurer un parapluie et un grand caban qui te tomberait sur les talons.

PÈRE UBU
Ah ! je cède à la tentation. Bougre de merdre, merdre de bougre, si jamais je le rencontre au coin d'un bois, il passera un mauvais quart d'heure.

MÈRE UBU
Ah ! bien, Père Ubu, te voilà devenu un véritable homme.

PÈRE UBU

Oh non ! moi, capitaine de dragons, massacrer le roi de Pologne ! plutôt mourir !

MÈRE UBU, à part.
Oh ! merdre ! (Haut.) Ainsi tu vas rester gueux comme un rat, Père Ubu.

PÈRE UBU
Ventrebleu, de par ma chandelle verte, j’aime mieux être gueux comme un maigre et brave rat que riche comme un méchant et gras chat.

MÈRE UBU

Et la capeline ? et le parapluie ? et le grand caban ?

PÈRE UBU
Eh bien, après, Mère Ubu ? (Il s'en va en claquant la porte.)

MÈRE UBU,
seule.
Vrout, merdre, il a été dur à la détente, mais vrout, merdre, je crois pourtant l'avoir ébranlé. Grâce à Dieu et à moi-même, peut-être dans huit jours serai-je reine de Pologne.

 

(Alfred JARRY (1873-1907), Ubu roi (1830), I, 1 : Scène d’exposition-extrait)

18:22 | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/03/2010

Le temps passé en attente est irrémédiablement perdu

La vie, toute la vie, est dans le présent.

Attendre c’est la perdre.

Attendre demain pour être libre, pour jouir d’être, pour se sentir vivre ?

Nous ne faisons plus ce jeu.

Le temps passé en attente est irrémédiablement perdu, et nous tenons à ne rien perdre de la vie.

La révolte complète la pensée ou le rêve par l’action immédiate.

Le reste n’est que verbiage, ou poursuite de mirages.

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Les révoltes immédiates exigent impérieusement tout notre effort.

Nous n’avons ni loisirs ni les moyens de le gaspiller en vue de révoltes très futures et très hypothétiques.

Le Rétif, Vers les mirages, Dans L’anarchie, n° 309, 9 mars 1911.

lire le texte "Vers les mirages"

Télécharger l'affiche en PDF

Voir l'affiche "Il n’y a pas de paradis futur"

article pris ches Indymedia Nantes

07:53 | Lien permanent | Commentaires (0) |

10/03/2010

Rebetiko n° 5

Nouveau numéro. Si vous ne le trouvez pas dans votre lavomatic préféré vous pouvez toujours le commander à rebetiko chez riseup.net.

Feu sur l'identité. Martinique. Hooligans. Masques. Avortement. Informatique. Libération.

la Une
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Feu sur l'identité !

Imaginez quelqu'un qui, par souci maladif de définir qui il est, finirait par se confondre avec ses papiers d'identité. Sans que l'on puisse dire si cela prend plusieurs années ou un seul instant, son visage se fige dans une photographie normalisée où il n'a pas le droit de sourire, son histoire se réduit à quelques renseignements administratifs et à un numéro d'identification, le tout sous visa préfectoral. Et bien cet être aplati et plastifié pourrait se targuer d'avoir vraiment éprouvé ce que c'est que l'identité : une opération de cryogénisation, qui glace ce qui est vivant pour le maintenir identiqque pour toujours.
L'identité ça se vend débitée en tranche sous emballage plastique.

Et pourtant, il y a au départ une belle promesse : on entrevoit quelque chose à partager dans le fait d'être Français, Occitan, anarchiste, hooligan, femme, ouvrier. De la communauté, un langage pour échanger, une place d'où penser le monde.
Et puis, à mesure que cet élan s'enterre lui-même dans une posture identitaire, ce qu'il y aurait à échanger devient lamentablement creux. Un pedigree, des couleurs, une règle de droit, quelques idées tellement ânonnées qu'on en a perdu l'intelligence, des codes vestimentaires : voilà les misérables signes de ralliement des identités.

Une entité qui se fige, qui s'enferme dans ses propres frontières, et qui se vide elle-même de sa puissance, c'est l'objet rêvé de tout gouvernement. Identifier, circonscire, agencer des cases : le b.a.-ba de la gestion. Que les identités s'entremêlent et se décomposent, on a là le signe que la situation devient ingouvernable.

Parmi toutes, l'identité idéale, celle qui se place elle-même sous la férule des autorités, c'est l'identité nationale, qui ne dit souvent rien d'autre que "tous unis derrière le gouvernement". ce n'est pas pour rien si au moment même où il entend en finir avec le compromis historique de la Libération, Sarkozy fait appel à la même vieille rengaine qui avait servi à ficeler le pacte communisto-gaulliste.

L'identité est une crispation, un asssèchement qui menace partout où se fondent des attachements collectifs. Déjouer ce travers passe par une certaine disposition au jeu, à se remettre en jeu. Carnaval, travestissement : le masque renvoie les identités à leur bouffonerie, dégonfle leur fatuité en ne les prenant pas au sérieux. Métamorphose : disparaître-apparaître sous de nouveaux traits, pas seulement se dissimuler, mais investir vraiment plusieurs formes.

"Les invisibles ont repris leurs visages" déclarent depuis la Grèce insurgée de décembre 2009 les Koukouloforos - littéralement les encapuchonnés. Un visage est ce paradoxe entre la constance d'une image et ce qui sans arrêt la masque, l'affecte, la trouble - ses expressions. On est bien loin des figures taillées au scalpel pour que jamais elles ne changent. Un visage c'est, pour nous qui avons été ballotés entre la quiétude des figements et les irruptions nihilistes sans suites, la perspective d'un regard qui se projette plus loin que notre présent, d'un sens donné au monde et d'attachements partageables. Quelque chose qui engage plus qu'une cagoule que l'on pourrait mettre et enlever à loisir. Trouver nos visages, quitte à la façonner nous-mêmes, c'est déployer des imaginaires, c'est faire feu sur l'identité !

10:30 | Lien permanent | Commentaires (0) |

09/03/2010

Comme les bureaucrates syndicaux n'ont rien tant à craindre que de l'émancipation effective des travailleurs,

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... les intellectuels n'ont rien de pire ennemi que le vrai, qui les met au chômage.

(Contributions à la guerre en cours. Tiqqun - La Fabrique éditions)

10:41 | Lien permanent | Commentaires (0) |

03/03/2010

Regard sur la diplomatie américaine : culture - sport - persuasion - propagande

"C'est un fait, nous sommes bien meilleurs que les autres".

- Bode Miller, médaille d'argent du super-G après le bronze de la descente, à propos de la razzia américaine en ski alpin- Vancouver Fév. 2010

 

 

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Bethany Dempsey pose pour Sports Illustrated

Les photos illustrants ce post ne font pas partie de l'article de Jérôme GYGAX.

2005 Relations internationales Hors dossier

Diplomatie culturelle et sportive américaine : persuasion et propagande durant la Guerre froide

Jérôme Gygax HEI, Genève.
Sur la liste du « Psychological strategy board » du Département d’État en 1952, figuraient les organismes à utiliser à des fins de propagande. Parmi eux les journaux et associations d’éditeurs, le Comité olympique américain et toute autre organisation de « portée internationale ». Comme le stipule ce document confidentiel : « Les efforts de propagande sont vains s’ils n’atteignent pas une audience. Un moyen d’obtenir une audience est de fournir du divertissement » [1]. Cet effort de diplomatie publique devait montrer en toute finalité à l’opinion mondiale que les « objectifs nationaux du monde libre coïncident avec ceux des États-Unis » [2]. Il s’agit dans cet article, pour lequel nous usons de divers fonds d’archives : CIA, Département d’État, librairies présidentielles Carter et Reagan, d’aborder la nature de cette « diplomatie », nous basant sur ses déterminants culturels, en identifiant son fonctionnement sur le long terme. Comment mettre au jour la continuité dans l’usage de telles pratiques, parfois englobées sous l’expression vague de « soft power », reflets du couplage de la politique extérieure et intérieure, entre sphères publiques et privées ? Un courant de recherche récent a su revaloriser les facteurs internes de ces politiques [3]. Notre étude se concentre sur les Jeux olympiques, symboliques de l’affrontement idéologique avec l’Union soviétique durant la période de Guerre froide. Le concept de « containment culture », posé par le sociologue Alan Nadel en 1995, expliquait comment l’idéologie du containment devait s’imposer dans l’après-guerre et devenir omniprésente dans les différents secteurs de la société durant toute la Guerre froide [4]. On peut s’interroger sur le rôle des acteurs et les étapes de la réforme des institutions olympiques américaines et internationales suivant une « révolution des idées » prônée par les nouveaux conservateurs américains. Ceux-ci, comme nous le verrons, visaient précisément à occuper les forums internationaux, propres à promouvoir leurs systèmes de valeurs. Vision grandiose ou délire ? Dès les années Reagan (1981-1984, 1985-1988), cette « libération » couvre les domaines à la fois politique, économique et culturel. Le sport et l’olympisme occupent une place particulière au sein d’un système de représentation, reflet de l’imaginaire collectif. Ils seront instrumentalisés pour ces mêmes raisons.
LA PROPAGANDE CULTURELLE ET SPORTIVE SE NORMALISE
Ce que la guerre avait légitimé, la paix le lui avait retiré. Les Américains en viennent promptement après la Seconde Guerre mondiale à l’idée que leur avantage dans l’information mérite d’être exploité, une supériorité inscrite dans la nature même d’une société « libre » s’affranchissant des barrières culturelles. En Europe, à Berlin, est créé en juin 1950 le Kongress für Kulturelle Freiheit, Congrès pour la liberté de la culture. Melvin Lasky, militant anticommuniste, membre de la CIA, en est le coordinateur. Il cumule ce rôle à celui de rédacteur en chef de Der Monat, créé trois ans plus tôt avec l’appui de l’Office of Military Government of the United States [5]. Ce Congrès pour la liberté de la culture repose sur les fondements théoriques du manifeste de James Burnham, chef de file des néoconservateurs : The Managerial Revolution, paru en 1941, qui met en perspective l’émergence d’une nouvelle idéologie basée sur la rhétorique technocratique. Burnham insiste sur l’échec économique et idéologique de l’Union soviétique et annonce l’avènement de « l’ère des managers ». Une classe de directeurs qui contrôleraient l’État et les entreprises [6].
La « matrice de la politique de libération » reposait pour un temps au moins sur les restes des réseaux de l’OSS actifs pendant la Seconde Guerre mondiale et le rôle des dissidents actifs derrière le rideau de fer, en Europe tout au moins [7]. L’action des dissidents doit être relevée car elle est coordonnée sous les auspices privés du National Committee for a Free Europe qui aidera à la défection des athlètes de l’Est entre 1956 et 1960 [8].
Le front domestique « homefront », est, quant à lui, associé à la sauvegarde de la sécurité nationale et repose de fait sur le maintien d’une mobilisation de l’opinion publique américaine, vécu comme une nécessité et qui aura la vie longue [9]. Dwight D. Eisenhower, après H. Truman, intensifie l’emploi des armes spirituelles qui sont pour lui « les ressources les plus puissantes du pays en temps de paix ou de guerre » [10]. Dès août 1953, une agence d’État centralise les divers programmes de propagande à l’étranger, il s’agit de l’United States Information Agency (USIA) [11]. Conjointement le sport et les stars sportives deviennent les faire-valoir de la nation, marquant le renouveau d’une symbolique et le reflet de l’identité nationale. Ses mythes s’affichent sur la scène internationale [12]. Peut-on parler comme certains le font de « remuscularisation » du système des conflits [13] ? Certes, la Guerre froide transforme le sport en vecteur privilégié de la puissance. Aux États-Unis, la pratique sportive reflète l’individualisme au service de l’excellence, par un sport amateur qui s’oppose à l’étatisme soviétique et au « professionnalisme », véritable antithèse et contre- modèle. Selon le point de vue hégémoniste, le sport est une pratique populaire culturelle importante sur laquelle s’appuie, se maintient et se reproduit l’idéologie [14].
Un mémo, du 30 novembre 1955, de l’Operation Coordination Board (OCB) adressé au comité culturel du Département d’État américain fait remarquer qu’une victoire soviétique aux Jeux olympiques de Melbourne l’année suivante aurait de fâcheuses conséquences « psychologiques » sur l’opinion mondiale et sur l’attitude des autres puissances à l’égard des États-Unis [15]. L’USIA dissémine le pamphlet Sport behind the Iron Curtain par le biais des postes diplomatiques qui fustigent la machine sportive soviétique. La CIA coordonne cette opération dont la tactique consiste à accroître la participation d’athlètes « du monde libre » afin, comme le dit le document, de « diluer » la prépondérance des « professionnels » soviétiques. L’USIA réalise ainsi les productions filmées, diffusées par l’USIS, qui encouragent le recrutement, l’entraînement et la préparation des athlètes de l’Ouest.
La défection des athlètes hongrois est « favorisée » après la défection massive qui survient en 1956 lors des Jeux de Melbourne avec quarante-cinq demandes d’asile. La récupération de l’événement est flagrante : un tour d’exhibition est organisé aux États-Unis entre janvier et février 1957 pour, comme le dit un mémo du Département d’État, atteindre le prestige soviétique et montrer la générosité de la nation américaine : « Cela soulignerait à nouveau la cause des nations captives auprès du public américain. » [16] L’impact de cette opération est tel qu’on prévoit de rééditer le coup médiatique pour les Jeux de Rome. Outre Voice of America, bras armé de l’USIA, deux radios financées par la CIA, Radio Liberty et Radio Free Europe, assurent le relais des intellectuels dissidents des pays de l’Est au service d’une véritable « internationale » anticommuniste [17].
Le Smith-Mundt Act visait dès 1948 à empêcher l’infiltration communiste tout en limitant officiellement et très théoriquement les risques de propagande sur le sol américain [18]. Dix ans plus tard, pas une manifestation culturelle – conférences académiques, concerts de jazz ou événements de masse – n’échappe à la supervision de l’USIA. Le sport en particulier est vu comme un moyen de gagner les cœurs et les esprits des masses [19]. Les États-Unis développent parallèlement leurs interventions déguisées, « opérations secrètes », à l’intérieur de la sphère d’influence adverse par l’emploi notable des médias. Renoncer à ce type d’action signifierait selon l’historien T. Daugherty faire vœu d’impuissance politique [20]. Une question restait en suspend : comment mener cette lutte sans contrevenir aux principes démocratiques, sans emprunter les travers totalitaires de son adversaire ?
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INSTRUMENTALISER L’INFORMATION
Pour le soviétologue Z. Brzezinski dont les théories ont grandement influencé les conceptions politiques américaines dès les années 1960, les médias de masse agissent comme des vecteurs permettant de forger des « convictions ». La « représentation » de l’événement est plus importante que l’événement lui-même. Brzezinski n’aura de cesse d’encourager cette nouvelle forme de « guerre de l’information » ou, plus exactement, « par et pour » l’information, en tant que conseiller à la Rand Corporation puis sous les présidences de Carter et Reagan [21]. Avec S. Huntington, il admet que, si le terme d’ « idéologie » est propre aux Soviétiques, celui de « croyances » est américain [22]. Des deux côtés on modélise l’information, son langage et ses codes. Un credo devient « idéologie » ou « croyance » dès lors qu’il répond aux critères suivants [23] : haut degré de généralité, caractère intégré (lié à différents aspects de la vie sociale) « faisant le lien entre la théorie et l’action » [24], simplicité (centré autour d’une ou de plusieurs valeurs proéminentes), caractère émotionnel, permanence (une structure cognitive fermée résistante au changement et à l’innovation), nature sociale, un « programme d’action adapté à la consommation de masse » [25].
Le sport fait écho à tous ces critères. Jimmy Carter, inspiré par Brzezinski, adopte un programme de « covert action » visant la scène politique intérieure de l’URSS, suivi d’un programme de propagande et d’actions politiques (opérations psychologiques, soutien aux dissidents...) pour contrer les « mesures actives » mises en place par l’URSS [26]. Pour l’historien Daugherty, cette croisade internationale pour les « droits de l’homme » constitue une « nouvelle voie » visant à contraindre leurs adversaires à appliquer les accords internationaux, dont ceux d’Helsinki (1975) sur les libertés humaines et culturelles [27].
Le 18 janvier 1978, Carter ordonne la suspension de la livraison de technologies en relation avec les Jeux de Moscou à venir, soit un ordinateur Sperry Univac pour l’agence Tass, et réintroduit des mesures de contrôle sur les exportations de technologies vers l’URSS. Cela représente une volte-face dans leur politique commerciale [28]. Notons que la Maison-Blanche réorganise son approche olympique dès le mois de mars 1979 en centralisant les informations disséminées entre les divers bureaux ( « Office » ) [29]. Brzezinski leur transmet un dossier portant la mention : « Human Rights concerns at the Moscow Games ». Le NSC, dont il supervise la marche, coordonnera la politique du boycott dès janvier 1980 avec Lloyd Cutler et Joseph Onek. Un mémo interne fixe donc plus d’une année à l’avance les grandes lignes de cette diplomatie sportive développant « une stratégie de relations publiques positive qui soit cohérente avec les considérations de politique interne et étrangère » [30].
Suite à l’intervention soviétique en Afghanistan en décembre 1979 et au décret du boycott des transactions commerciales et culturelles avec l’URSS, les retombées de l’opération sont évaluées. Le mérite principal est visible dans les pays du Tiers Monde, alors que l’Europe s’est montrée partagée et que la Chine a soutenu Washington dans le but d’ « assurer la paix mondiale » et de « sauver l’esprit olympique ». Pour les conseillers du président, le fait que de nombreux pays alignés sur Moscou aient répondu à leur appel signifie, outre l’importance du sport dans toutes les nations du monde, que : « nous pouvons plus efficacement utiliser les programmes sportifs pour renforcer notre aide à l’étranger et nos objectifs de politique étrangère. » [31] L’utilisation politique du sport représente des avantages évidents : « Notre nation a la capacité unique de participer à des programmes de sport à travers le monde du fait que nous avons un si grand nombre d’athlètes et de coaches noirs et hispaniques. » [32] Jimmy Carter n’avait-il pas utilisé le boxeur noir-américain Mohammed Ali comme ambassadeur pour défendre le boycott des Jeux de Moscou en Afrique [33] ? Le sport acquiert le potentiel de devenir l’instrument privilégié d’une nouvelle forme de propagande culturelle américaine.
LA DÉFENSE DES DROITS DE L’HOMME, CONTINUITÉ DU CREDO AMÉRICAIN
Comme le souligne le vice-président de la délégation américaine pour les accords d’Helsinki, d’un côté il y a l’aspiration universelle pour la paix et les droits de l’homme, de l’autre il y a la confirmation que l’Union soviétique, une société totalitaire, représente l’antithèse de « nos valeurs » et devient, de façon de plus en plus intense, perçue comme une menace de celles-ci [34].
Aussi surprenant que cela puisse paraître au premier abord, utiliser les droits de l’homme et les Jeux olympiques participe d’une même logique, mêlant des thèmes voisins, vecteurs de valeurs universelles. Le conseiller pour la politique intérieure Stuart E. Eizenstat expose : « En refusant de participer aux Jeux dans la capitale d’une nation qui est en train d’envahir et de soumettre un pays auparavant indépendant, les États-Unis ont réaffirmé les principes olympiques de paix, de bienveillance et de fair play. » [35] Les idéaux de l’olympisme s’intègrent à l’universalisme des valeurs défendues par l’Administration américaine. À l’automne 1980, l’Amérique revendique par une large majorité un retour à la sécurité et à une politique du bâton que prônent les néoconservateurs. Carter a-t-il trop joué de subtilité en invoquant des principes moraux et non plus uniquement sécuritaire ? Son mandat se termine dans une atmosphère d’échec, dû selon ses détracteurs à l’incohérence de sa gestion et la façon avec laquelle il a permis à l’URSS de « gagner du terrain » dans le domaine militaire notamment [36].
L’USIA GÈRE LA PROPAGANDE OLYMPIQUE ENVERS LES PAYS DU TIERS MONDE
La lente résurgence des néoconservatreurs connaît son apogée après deux générations et l’application de la doctrine du « rolling back », extension offensive du « containment » auquel Reagan donnera un accent résolument antiterroriste, un « empire du mal » soviétique omniprésent. Ainsi se fixe progressivement une « démonologie politique » basée sur l’exagération systématique de la menace, par intensification puis déshumanisation [37]. Cette vision du monde est soutenue par les membres du Committee on the Present Danger dont le président a fait partie [38]. Reagan réactualise les mythes de l’Amérique « gagnante », suivant une « destinée manifeste », associée à la défense des idéaux universels qui paradoxalement étaient déjà prônés par Carter. Sous l’influence de William Casey (DCI), la stratégie de « guerre psychologique » s’intensifie par le biais de l’USIA [39] et des organismes privés, reprenant l’idée d’une utilisation plus intensive du sport dans les pays du Tiers Monde notamment, dessinée par l’Administration précédente. Deux républicains conservateurs vont s’en charger : William E. Simon, présidant le Comité olympique américain (USOC), et Peter V. Ueberroth, au Comité d’organisation des Jeux de Los Angeles (LAOOC) depuis 1979 [40]. L’USIA développe avec leur concours plusieurs émissions par satellite « Worldnet » pour le continent africain (par Afnet) et l’Amérique centrale (par Arnet) sans parler du film promotionnel Welcome to L. A. Le directeur de l’USIA Charles Z. Wick communique à James Baker les retombées observées sur des médias internationaux et le rôle remarquable d’Ueberroth. Après l’émission de juin 1984, il écrit : « Je pensais que vous seriez intéressé de voir l’usage impressionnant des médias et les réactions à notre émission du 15 juin sur Worldnet, faisant figurer Peter Ueberroth et le maire de Los Angeles Tom Bradley. » [41] À la suite du deuxième volet africain, Wick se félicite : « Je pense que vous trouverez ceci aussi positif et encourageant que les réactions précédentes à sa [Ueberroth] précédente apparition sur nos programmes Worldnet » [42]. Ueberroth a prétendu à l’antenne que le Comité olympique ne visait aucun « bénéfice » financier. Le surplus ne sera « que » de 238 millions de dollars [43]. Ueberroth prône une extension de la couverture télévisée des Jeux olympiques en Afrique. Le président du LAOOC précise, dans un élan de bonté : « Nous ne voulons pas un penny de plus, pas un penny. Et nous aiderons le Nigeria et les autres pays à étendre leur couverture télévision [...]. Autant de couverture que possible serait bien pour le peuple d’Afrique, et pour chaque pays. Ainsi nous étendrons cela. » [44]
La nature politisée du discours d’Ueberroth ne passe pas inaperçue dans les médias sud-américains. La Gazeta Esportiva de São Paulo titre : « Ueberroth is a perfect US ambassador », alors que le Jornal Da Tarde de la même ville écrit : « L’impression qu’Ueberroth a laissée parmi les journalistes de São Paulo est qu’il est un excellent politicien », alors que le Tiempo Argentino remarque qu’il est « parfaitement entraîné pour échapper à n’importe quelle pierre d’achoppement ». À Buenos Aires : « L’audience était impressionnée par l’étendue des connaissances de Peter Ueberroth’s, sa défense vigoureuse du LAOOC et sa sérénité à répondre à n’importe quelle question posée » [45].
L’ensemble de ces programmes s’intègre pleinement à la stratégie dessinée en mai 1982, dans la directive de sécurité nationale NSDD 32, autour de cinq piliers : une modernisation militaire, une augmentation des dépenses militaires par les Alliés, des pressions économiques sur l’URSS et ses alliés ; la poursuite d’une persuasion politique et de propagande sur sol américain (en contravention avec le Smith-Mundt Act, 1948) et à l’étranger, des opérations secrètes visant à séparer les pays satellites de Moscou [46]. Parallèlement la nouvelle législation « antiterroriste » passée en avril 1984 prétend défendre « our way of life ». Dès ce moment, comme le relève la directive NSDD 138 : « Tous les canaux de communication seront utilisés pour persuader ceux qui pratiquent ou soutiennent le terrorisme de se désister. » Cette menace est présentée comme le problème commun de toutes les « nations démocratiques » et les États-Unis en prennent le commandement [47].
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UNE PRISE DE PARTICIPATION MAJORITAIRE DANS LES INSTITUTIONS SPORTIVES
Dès la fin des années 1970, Henry Kissinger, ancien conseiller aux Affaires de sécurité nationale de Nixon, s’engage à attirer les grandes compétitions sportives internationales sur le sol américain [48]. Le Mondial de football ou les Championnats du monde de ski 1986 sont ainsi visés. Kissinger demande au président Reagan d’intervenir pour des compétitions qui sont populaires, meilleurs véhicules d’images et de prestige [49]. D’autre part, William E. Simon est le véritable architecte de la réforme du système olympique américain qui sera ensuite étendu à l’ensemble de l’organisation olympique. 63e secrétaire du Trésor nommé en mai 1974, Simon a été président du East-West Foreign Trade Board. Il est membre des « Chevaliers de Malte » avec William Casey, directeur de la CIA, et s’intègre comme conseiller économique pour la campagne présidentielle de Reagan [50]. Simon avait publié A Time for Truth en 1978, puis A Time for Action dont le titre annonçait le retour sur le devant de la scène des néoconservateurs. Simon développe par écrit les moyens de cette prise de pouvoir : « Les fonds générés par le business [...] doivent affluer par multimillions au soutien de la liberté [...] pour acheminer les fonds désespérément demandés par les érudits, savants des sciences sociales, écrivains et journalistes qui comprennent la relation entre la liberté politique et économique. Les Business doivent cesser le soutien financier irresponsable des collèges et universités dont les départements d’économie, de politique et d’histoire sont hostiles au capitalisme. » [51] L’ère des managers qu’entrevoyait J. Burnham ne semble pas très éloignée.
William E. Simon, d’abord trésorier du Comité olympique américain de 1977 à 1981 puis président, instaure un modèle de marketing pour l’organisation des Jeux de Los Angeles [52]. Ce dernier doit permettre, selon ses termes, d’ « assurer un financement presque perpétuel pour nos athlètes ». Le Congrès adopte le « Olympic Commemorative Coin Act » qui autorise le département du Commerce à fondre des pièces commémoratives dont les bénéfices seront versés à l’USOC et au LAOOC. Le colonel Don Miller, directeur exécutif de l’USOC, confirme : « Le rêve que Bill Simon et moi avons eu depuis quinze ans est d’établir un programme de dotation pour le Comité olympique américain. [...] Cela serait un des grands legs que nous pourrions laisser au sport américain » [53].
Le programme idéologique de Simon recoupe étroitement les objectifs de l’American Entreprise Institute (AEI) qui vise à promouvoir le capitalisme et la libre entreprise grâce à ses membres qui occupent des positions clés au sein du gouvernement et assurent ainsi la promotion et la croissance de leurs idéaux [54]. L’AEI tient des Public Policy Forum représentant près de 600 émissions à la radio et à la télévision en 1982 ainsi que d’autres forums tel le War Powers and the Constitution qui défend les nouveaux programmes d’intervention militaire sur l’île de Grenade et au Liban l’année suivante [55]. Le budget de l’AEI triple en dix ans, passant de 4 millions de dollars en 1975 à 12 millions en 1985, la moitié provenant de donateurs, dont le principal est la Fondation Olin dirigée par Simon. L’AEI est étroitement associée à une autre organisation militante, fondée en 1974, le Business Roundtable, dont les membres figurent parmi les directeurs exécutifs des plus hautes corporations américaines et multinationales actives dans le lobbying auprès du Congrès. Un grand nombre se retrouveront TOP Sponsors olympiques après 1984 : IBM, AT&T, Dupont, General Motors et General Electric, ces deux dernières étant aussi de gros contractants militaires. Le président Reagan, parlant de l’AEI, déclare, en 1988 : « L’American Entreprise Institute est au centre de la révolution des idées à laquelle moi aussi j’ai pris part. L’œuvre remarquable achevée par l’AEI est un témoignage du triomphe du think tank [...] et personne n’a été plus influent que l’AEI » [56].
La « commercialisation » sans précédent s’accompagne de nouveaux modes de sponsoring et d’exclusivité qui s’imposeront pour tout le système olympique [57]. Il est vrai de dire que Simon avait très clairement défendu les fondements des réformes projetées pour l’ensemble du système olympique lors de la réunion de la commission exécutive du CIO, le 18 mai 1984. Cela intervient au plus bas des relations Est-Ouest, alors que Moscou a annoncé son retrait des Jeux de Los Angeles dix jours plus tôt. Simple effet du hasard ou timing coordonné ? On relèvera la nature idéologique du discours : « Nous devons ouvrir nos cœurs et nos esprits et oublier les préjudices passés, et commencer le dialogue qui résultera dans la création d’un nouveau mouvement olympique qui reconnaîtra le monde tel qu’il est aujourd’hui. [...] Avec des esprits ouverts [nous devons] commencer à définir et redéfinir notre mission parce qu’il devrait être évident pour tous que le mouvement olympique émergera de cette seconde perturbation [non-participation soviétique] comme une entité différente. » [58] Simon présentait le rapport des forces en termes économiques en proposant une implication commerciale massive : « C’est un fait économique indéniable que 80 % des fonds du CIO sont dérivés des contrats de télévision américains. La commercialisation fait autant partie intégrante des Jeux olympiques aujourd’hui que le lâché de colombes de la paix lors de la cérémonie d’ouverture. [...] Un effort commercial coordonné et bien dirigé pourrait efficacement dédommager ces entreprises qui s’identifient avec le mouvement olympique » [59]. Qui au sein du Comité international olympique, avait connaissance des écrits et des engagements politiques de Simon ? Aucune correspondance accessible aux archives du CIO ne suggère que quiconque s’en soit inquiété.
L’attribution des Jeux du centenaire à Atlanta, en 1996, signifiera, plus de dix ans plus tard, la réussite des nouveaux programmes de sponsoring, Coca-Cola Corp. en tête qui, outre le fait d’avoir son siège dans la ville hôte, a Peter V. Ueberroth pour directeur.
La campagne du boycott en 1980 n’avait pas fait qu’occasionner de lourds manques à gagner. Le gouvernement s’était chargé pour la première fois de régler des « compensations » en s’attachant le partenariat des firmes commerciales. L’USOC avait multiplié par cinq son budget de fonctionnement entre 1981 et 1983. En 1981, il négociait en outre l’exclusivité des droits de télévision sans intermédiaire, s’en attribuant un pourcentage fixe de 12 % [60]. Après les Jeux olympiques de Los Angeles, l’amateurisme semblait révolu à tout jamais. Une commission prend en charge les différentes questions olympiques et notamment celles de diplomatie publique. Edward Derwinski (conseiller au Département d’État), spécialiste des droits de l’homme, se joint à Micheal K. Deaver et Kenneth J. Hill [61]. Allait-on enfin pouvoir, comme le disait Simon, entamer la « libération » du mouvement olympique ? Il s’agissait selon ses paroles non « pas seulement [d’aider] les athlètes que vous voyez marcher dans le stade olympique le jour de l’ouverture mais des millions de jeunes hommes et femmes à s’entraîner et se développer, ce qui produit de meilleurs citoyens qui apporteront une grande contribution à notre société » [62]. La diplomatie sportive était en marche, au service du pouvoir en place.
Le rapport annuel de l’USOC pour l’année 1983, remis au président, révèle les grandes lignes de cette nouvelle approche. Le Congrès adopte la même année une révision du Code sur les revenus, procurant une exemption de taxe pour toutes les fédérations sportives au niveau national, source de revenus supplémentaires de ceux générés par le marketing de produits dérivés et du « Coin Act », loi régissant la commercialisation d’une pièce commémorative [63]. Un ami proche de Reagan, ancien supporter de sa campagne au poste de gouverneur, Justin Dart, devenu depuis président du comité exécutif de Dart&Kraft Inc. et du LAOOC [64], dès le 10 juillet 1981 demande au président américain son soutien pour le passage de cette loi au Congrès : « Il n’y aura pas de coût pour le gouvernement fédéral, et nous espérons même faire un petit profit pour vous. Je sais que vous partagez mon sentiment que les Jeux de 1984 seront une magnifique vitrine pour l’Amérique et votre support pour le Coin Act assurera leur succès. » Les gains projetés sont considérables, entre 200 et 600 millions de dollars, permettant le financement d’une équipe capable de s’imposer internationalement. À peine une année après son lancement, la commercialisation des pièces est un succès [65]. Le directeur de l’USOC relève dans la presse que la contribution de firmes commerciales à l’organisation des Jeux s’associe à une longue tradition de libre entreprise, essence même de la société américaine [66]. L’USOC devient le comité olympique le plus « puissant » potentiellement en mesure de dicter au Comité international olympique sa ligne future. Autre point central qui figurait au centre de cette stratégie : l’ascension de personnalités américaines aux positions clés.
CONTROVERSE OLYMPIQUE : RFE/RL AU SERVICE DE LA DISSIDENCE
Z. Brzezinski est consulté à diverses reprises par le gouvernement Reagan. Il ne peut qu’approuver la nouvelle ligne dure qu’il avait lui-même privilégiée en tant que conseiller de Jimmy Carter. Il insiste alors, dans un mémo sur les axes de cette stratégie : « Le développement militaire devrait être poursuivi, le renforcement de la défense conventionnelle accentué, particulièrement les développements prometteurs dans notre capacité à frapper profondément. » Il ajoutait : « Nous devrions nous concentrer davantage sur nos programmes de radiodiffusion [broadcast] à destination de l’URSS et sur la guerre psychologique en général. Cela est notre meilleur espoir, bien qu’étant mince, d’atteindre quelque transformation du présent système. » [67]
Moscou redoute de son côté que des Jeux américains ne se transforment en forum anticommuniste. Or une décision, arrêtée par les instances du sport international à Innsbruck en 1976, excluait l’accréditation de média « politisé » pour les Jeux à venir. Les deux radios américaines RFE et RL, fondées et financées par le Congrès américain à hauteur de 100 millions de dollars, ne pouvaient prétendre au statut d’ « indépendance » selon les dispositions du CIO [68].
James L. Buckley, directeur de RFE/RL, frère de l’écrivain conservateur William F. Buckley, alerte Thomas C. Bodin (Director of News, US), qui contacte à son tour le sous-secrétaire pour les Affaires politiques du département d’État, Laurence S. Eagleburger, le 29 novembre 1983. Une « stratégie » visant à impliquer la Maison-Blanche est proposée par William E. Simon en personne. Bodin informe Derwinski [69] : « Cet acte politique flagrant va créer une incroyable agitation à moins que nous ne soyons capables de le mettre en ordre. Nous avons convenu avec l’USOC de ne pas rendre l’action du CIO publique avant que l’USOC n’ait eu le temps pour essayer de le redresser. » [70] Bodin précise : « L’USOC est dans une posture favorable pour le faire car les États-Unis sont les hôtes des prochaines olympiades. » Action de lobbying concerté, Bodin expose les rapports de force tels qu’il les perçoit au sein du CIO : « Nous avons un certain avantage à présent. Alors qu’en 1976 il n’y avait aucun Américain au conseil de direction, il y en a un aujourd’hui – Julian K. Roosevelt. Cela est peut-être compensé par le fait que la commission de presse du CIO, qui n’avait pas de vice-président par le passé, en a un à présent – Vitaly Smirnov, de l’Union soviétique. »
Malheureusement pour Buckley et Bodin, J. K. Roosevelt, unique membre américain du CIO, désapprouve les procédés employés ainsi que l’ingérence du gouvernement Reagan, ce qui lui vaudra des attaques dans la presse, orchestrées par Buckley. On l’accuse d’antipatriotisme et d’être « un pion » à la solde de l’Union soviétique.
Le 28 décembre 1983, l’affaire passe du Département d’État au National Security Council. Le vice-président George Bush est impliqué pour faire plier le CIO et le forcer à revenir sur ses positions [71]. Cette initiative émane une nouvelle fois de Simon. Le secrétaire exécutif du NSC confirme que cela serait « très utile pour lui [Simon] afin de renverser la position négative du CIO » [72]. Bush écrit alors une « fausse lettre » à Simon : « Je me joins à Jim Buckley pour exprimer mon indignation ? à cette décision. Je vous enjoins de prendre toutes les mesures nécessaires afin de persuader le comité exécutif de changer sa position » [73]. Les mêmes revendications d’accréditation sont reprises point par point par la coalition antisoviétique Ban the Soviets (BTSC). J. K. Roosevelt, excédé par les attaques portées contre lui, écrit une note au président du CIO, J. A. Samaranch, le 9 mars 1984 : « Voilà ce à quoi je dois faire face chez moi ! [at home] J’espère que RFE ne veut pas être accrédité pour Los Angeles » [74].
À l’appel du BTSC, des manifestations, dont une le 3 mai 1984 devant le siège du LAOOC, appellent au retrait des Soviétiques des Jeux américains [75]. Les manifestants proviennent d’Afghanistan, de Pologne, de Tchécoslovaquie, de Hongrie, des Pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) et de Cuba. Ils protestent contre les violations des droits de l’homme en URSS et rappellent leur intention d’encourager les athlètes de l’Est à demander l’asile politique. Les Soviétiques voient dans ces manifestations des manipulations et provocations américaines. Deux semaines plus tôt, Peter Ueberroth reconnaît devant les journalistes américains que des permis de manifester seront accordés, refusant néanmoins de commenter les activités du BTSC : « La chose la plus importante est l’action des gens, pas les paroles [...], N’importe qui peut parler franchement contre les athlètes de n’importe quelle partie du monde. C’est leur droit [...]. Mais il n’y aura pas de guerre psychologique et les athlètes soviétiques seront les bienvenus. » [76] N’était-ce pas exactement le contraire ?
Les garanties américaines sont jugées insuffisantes par Moscou qui annonce, le 8 mai 1984, leur retrait des Jeux de la XXIIIe Olympiade. P. V. Ueberroth est alors désigné pour se rendre à Cuba et dissuader Fidel Castro de s’aligner sur Moscou. Le procureur Charles Lee est dépêché en Chine et Anthony Frank, dirigeant exécutif de la firme Savings&Loan, se rend en Allemagne de l’Est, ce qui illustre la volonté du gouvernement de ne pas s’impliquer ouvertement mais d’utiliser un vaste réseau privé. Quelques semaines plus tard, des vols charter seront affrétés pour ramener gratuitement les athlètes de quarante États africains et augmenter ainsi le nombre de participants. Cette opération accentue la marginalisation des pays socialistes absents.
Comment expliquer que seule la Roumanie participe à Los Angeles en marge des autres pays de l’Europe de l’Est ? La logique d’une telle décision repose dans les négociations qui ont eu lieu à couvert. Les mesures de soutien à la politique de dissidence roumaine s’inscrivent dans la stratégie du NSDD 32 vue précédemment.
Le président du LAOOC rencontre les officiels de la délégation olympique roumaine dans un hôtel suisse tenu secret avant le départ de N. Ceausescu pour Moscou : « Les Roumains avaient confié à Ueberroth qu’ils voulaient utiliser leur présence aux Jeux olympiques comme façon apolitique de défier les Soviétiques » [77]. Dans une autobiographie parue quelques années plus tard dans le Time, Ueberroth commente : « C’était une expérience émouvante de les voir se préparer à défier l’URSS » [78]. Le Roumain Alexandru Siperco (un des trois vice-présidents du CIO) confirme cette dissidence roumaine à l’issue de la réunion de l’Assemblée des organisations sportives des pays socialistes à Prague [79]. Le membre soviétique du Comité olympique, Marat Gramov, réaffirme à cette occasion et devant la presse que l’Union soviétique n’exerce aucune pression sur les autres pays socialistes, les laissant libres de leur choix, contrairement à la campagne américaine menée quatre ans plus tôt. Ueberroth soutient alors le contraire et la presse américaine parle de contre-boycott orchestré par Moscou [80].
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GAGNER L’ASCENDANT CULTUREL, AFFIRMATION DE L’UNILATÉRALISME AMÉRICAIN
Washington a su en quelques années développer un « avantage comparatif » considérable dans le domaine des communications et de l’information de masse, alors que l’ « empire » soviétique ne possède aucune « structure » comparable, reposant sur des « connextions » transnationales, en Europe tout spécialement : « L’État soviétique ne pouvait pas cultiver ces “liens qui unissent” structurellement les économies capitalistes avancées – commerce mutuellement bénéfique, modèles et types d’investissement et échanges technologiques » [81]. Voilà un facteur important dans la promotion d’une dimension « culturelle » et « idéologique » partagée par les démocraties occidentales, identifiées collectivement au même « modèle » libéral humain au travers également de normes sportives communes. Les dissensions apparaissent très tôt sur ce thème entre les États-Unis et la communauté internationale. Le débat se cristallise au sein de l’ONU et de son organe culturel, l’UNESCO. Les Américains désavouent l’institution et annoncent leur retrait le 28 juillet 1983, avec effet pour la fin de l’année. Quelles sont les raisons invoquées ? Outre les problèmes de management persistants dénoncés par l’ambassadeur, celui-ci évoque des « problèmes liés à une hostilité aux valeurs démocratiques » [82]. Les États-Unis reprochent à l’UNESCO de devenir un forum sur le désarmement outrepassant ses attributions. La critique porte sur l’incompatibilité des valeurs promues et la présence de l’URSS en son sein. L’UNESCO est accusée de vouloir promouvoir un « nouveau journalisme mondial » assumant des points de vue sociaux et politiques [83]. Cela contribue, selon Washington, à favoriser le pouvoir des pays non démocratiques. L’UNESCO agit contre les « idéaux de l’Occident » et ne doit, selon Washington, en aucun cas défendre le « droit de communiquer » et le « droit de résister à l’extension de la libre information ». Cela conférerait un pouvoir aux États autocratiques et pénaliserait les acteurs infra-étatiques (individus, journalistes, libres entrepreneurs...).
Cette plaidoirie vise à préserver les programmes de « libre » communication transnationaux dont font partie RFE et RL ou les nouveaux réseaux mondiaux d’information par satellite « Project Democracy » et « Worldnet », dont on a vu l’utilisation dans le cadre des Jeux olympiques. À l’ouverture de la 22e conférence générale de l’UNESCO le 25 octobre 1983, l’Union soviétique fait circuler un projet de résolution condamnant les organisations de mass media accusées d’ « entretenir la tension mondiale en disséminant des messages tendancieux et diffamateurs qui sèment les germes de toutes les hostilités » [84]. Les États-Unis, par la voix de leur porte-parole Mr. Hennelly, rejettent une telle interprétation en même temps que le budget de l’organe culturel de l’ONU [85].
Ce n’est certes pas la première fois que l’ONU se trouve au centre de cette lutte idéologique. Selon Sean MacBride, l’initiateur du concept de l’IPDC [86], la raison américaine était en réalité que ces derniers ne pouvaient pas imposer leurs vues à l’UNESCO. Ce forum risque en effet d’entraver, voire de compromettre l’avantage acquis de longue date dans l’ « infosphère », domaine privilégié et hautement stratégique pour la politique américaine. Un rapport de l’USIA de quelques années antérieures stipulait : « Une partie de la réponse se trouve dans la propagande intelligente, autant qu’on n’en aime pas le terme. Les États-Unis ont besoin de la meilleure et la plus subtile propagande pour mener la guerre froide » [87]. Les programmes culturels américains sont imprégnés par l’anticommunisme et le culte de l’exceptionnalisme depuis le début de la guerre froide. Ils s’inscrivent dans la poursuite d’un idéal et d’une philosophie proprement américains, couverts sous les attributs d’un libéralisme légitimé en Occident depuis le XIXe siècle. Le prétexte de la liberté de la presse garantit l’impunité dans la poursuite des objectifs moins avouables et qui visent à faire valoir les perceptions américaines [88].
Le 18 février 1984, un mois après son discours sur l’État de l’Union qui marque traditionnellement le début de l’année présidentielle, Reagan compare la poursuite des efforts de paix avec les efforts pour l’or olympique, associant, comme l’avait fait son prédécesseur, l’universalisme des valeurs humaines. Reagan demande aux leaders du monde de rechercher la paix aussi âprement que les athlètes poursuivent l’excellence lors des Jeux : « Les dirigeants des gouvernements ont une obligation d’essayer d’obtenir la coopération en se donnant autant de mal que nos athlètes qui puisent au fond d’eux-mêmes pour le plus gros effort de leur vie [...]. Les États-Unis n’ont pas de plus haute priorité que la paix, comme exemplifié par l’esprit olympique » [89].
De telles déclarations s’inscrivent en contradiction flagrante avec la position américaine sur le front des négociations. L’initiative de défense stratégique (IDS) annoncée le 23 mars 1983, dite « guerre des étoiles », se démarque d’une politique traditionnelle favorable à la recherche d’un compromis sur la question du désarmement. Un mémo de l’ « Interagency Intelligence Assessment » montre que l’exécutif américain avait conscience du caractère préjudiciable de sa nouvelle politique : « L’initiative de défense américaine a probablement pris par surprise les planificateurs soviétiques et ils ne sont probablement pas en position de réagir rapidement avec des changements majeurs dans leurs propres plans et programmes stratégiques » [90]. Comme le révèle le texte, l’URSS était visée et prétendument touchée « dans son approche globale vis-à-vis des États-Unis et du reste du monde » [91]. Peut-on parler d’une stratégie visant à bouleverser la nature même du terrain de la lutte ? Les Soviétiques, tel que l’estime l’Administration Reagan, ne sont pas prêts à accepter des accords qui contredisent le cœur de leur doctrine « stratégique » formulée depuis les années Brejnev, celle-ci faisant face au dynamisme sans précédent du complexe militaro-industriel américain [92]. Le retard soviétique dans les technologies militaires coïncide avec leur manque d’innovation en matière de communication. Quelques années plus tard, en mars 1987, le National Security Council proposait sur recommandation de l’International Political Committee, regroupant les activités de diplomatie publique, d’accentuer les mesures en exagérant la menace soviétique dans tous les domaines, y compris ceux de la culture : « Éducation et endoctrinement, utilisation des organisations internationales, soutien aux partis communistes étrangers et mouvements internationaux, soutien du terrorisme international, manipulation de la religion... [la liste continue]. » Toutes ces informations, outre le fait de mobiliser l’opinion et le Congrès américain comme le stipule ce mémo, avaient pour but d’accroître les budgets des agences concernées : State, USIA, « National Endowment for Democracy » [93].
Deux jours plus tard, le président Reagan délivrait un message par vidéocassette au Comité olympique américain en vue des Jeux pan américain d’Indianapolis, des Jeux olympiques de Calgary et de Séoul 1988 : « Comme représentants et ambassadeurs de l’United States Olympic Committee, vous répandez l’esprit olympique à travers le monde, cet esprit qui est infusé par les mêmes valeurs qui ont formé cette grande nation qui est la nôtre. [...] Ces valeurs sont importantes pas seulement pour l’organisation de compétitions sportives réussies, mais aussi pour les échanges culturels et diplomatiques internationaux. L’esprit olympique fixe les standards pour une communication et la compréhension interculturelles à tous les niveaux. [...] Et votre effort est d’une façon très concrète aussi précieux chez nous, à l’intérieur de notre nation. L’esprit olympique sert comme inspiration pour nos enfants » [94]. Le président des États-Unis ne pouvait être plus clair sur le rôle désormais dévolu à l’olympisme mis au service des valeurs nationales.
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CONCLUSION
La liberté intellectuelle et d’expression revendiquée par le système américain offre une justification pour les programmes d’information et d’échange culturel coordonnés par l’USIA dès le début des années 1950. Les stratèges américains, comme Brzezinski, avaient entrevu comment leurs valeurs serviraient à asseoir une prédominance sur leurs adversaires. L’historien Rosenberg soulignait : « L’idée libérale de la libre circulation, comme celle de la porte ouverte économique, logiquement menait non à un marché ouvert plein de produits variés et compétitifs entre eux mais à la domination des producteurs les plus avancés technologiquement. » [95]
Non seulement l’olympisme fait partie de ces programmes de propagande, mais il devient un centre dans l’exercice de cette nouvelle diplomatie culturelle et sportive. S’affirmer en vainqueur permet d’imposer une perception aux autres, reflet d’influence politique, économique, sociale et culturelle au service de l’identité nationale. Comme le disait Robert Frank parlant de la « diplomatie culturelle » : « L’État intervient pour faire vendre les idées et les œuvres de son pays, et modifier le système des représentations des Autres, dans une logique soit de puissance et de “rayonnement”, soit idéologique, soit de “réciprocité”. » [96] Ce faisant, les États-Unis ont adopté des mesures, souvent dissimulées, incompatibles avec les normes d’un système démocratique, qui la font ressembler à l’adversaire totalitaire qu’elle prétendait initialement combattre, par un « containment » salvateur.
Les Comités olympiques (USOC et LAOOC) ont été dirigés par des hommes qui, comme Simon ou Ueberroth, servaient les intérêts du pouvoir en place. Plus que le simple partage d’une « conception du monde » ou de valeurs, il s’agit, comme nous l’avons vu, d’une collaboration avec les conseillers du président. Peter Ueberroth assume aujourd’hui un des postes à la direction du Comité olympique américain [97]. L’ère des managers en pleine renaissance sous la présidence de Reagan poursuit sous ses « successeurs » dont George W. Bush fait partie. Ceux-ci n’ont a priori aucune raison d’inverser le courant d’une politique qui leur assure un ascendant sur leurs adversaires par l’emploi du « soft power ». À l’été 2002, la Maison-Blanche annonçait la création de l’ « Office of Global Communications » dont l’objectif est de superviser la promotion de l’image de l’Amérique à l’étranger en relançant les programme de diplomatie publique. Comme le disait H. Kissinger, le test de l’histoire pour les États-Unis sera de savoir s’ils peuvent transformer leur pouvoir prédominant en consensus international de même que leurs principes en normes internationales largement acceptées. Ce qui fut la grandeur de Rome et de l’Angleterre en leur temps [98].
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NOTES
[1] PSB D-19, Security information, Psychological strategy board, 5 janvier 1952, confidential, archives de la CIA, Washington, College Park.
[2] Ibid., section E. Entertainment.
[3] Lucas Scott, Freedom’s War : The US Crusade against the Soviet Union, 1945-1956, Manchester, Manchester University Press, 1999, ou Iriye Akira, Cultural Internationalism and World Order, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1997.
[4] Alan Nadel, Containment Culture : American Narratives, Postmodernism, and the Atomic Age, Durham (NC), Duke University Press, 1995, p. 2-3.
[5] Voir Peter Coleman, The Liberal Conspiracy : The Congress for Cultural Freedom and the Struggle for the Mind of Postwar Europe, New York, The Free Press, 1989.
[6] Le Français Raymond Aron s’engagea avec d’autres intellectuels dans cette internationale. Il faudra attendre 1967 pour qu’éclate le scandale de son financement occulte découvrant ses liens financiers avec la CIA.
[7] Justine Faure, « La politique américaine de libération de l’Europe de l’Est : genèse et mise en place », Relations internationales, no 119, automne 2004, p. 276.
[8] Nicholas J. Cull, « The Man who invented truth : The tenure of Edward R. Murrow as Director of the United States Information Agency during the Kennedy years », Mitter Rana et Major Patrick (eds), Across the Blocs, Cold War Cultural and Social History, London, Frank Cass, 2004, p. 25. Voir Mémo de G. Telegdy à John Matthews, White House confidential, non daté, Declassified Documents Reference System, Library of Congress.
[9] Rana Mitter et Patrick Major (eds), Across the Blocs, Cold War Cultural and Social History, London, Frank Cass, 2004, p. 4.
[10] Stephen J. Whitfield, The Culture of the Cold War, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2nd ed., 1996, p. 90, p. 100.
[11] L’USIA est née des programmes antérieurs développés pendant la Seconde Guerre mondiale pour gagner les esprits, par le Office of War Information (OWI) fondé par Roosevelt en 1942, puis de la fusion de cette dernière avec le Bureau des Affaires interaméricaines de Nelson Rockfeller et du Bureau de l’information public pour former en 1946 le « Office of International Information and Cultural Affairs ». L’USIA sera dissoute en 1999 et ses activités absorbées dans le Département d’État.
[12] Cf. Gary Whannel, Media Sport Stars : Masculinities and Minorities, New York, Routledge, 2002, p. 97.
[13] Rana Mitter et Patrick Major (eds), op. cit., p. 14.
[14] George H. Sage, Power and Ideology in American Sport, Champaign (Ill.), Human Kinetics, 1998, 2nd ed., p. 30.
[15] Mémo de Ralph R. Busick, OCB staff representative, OCB, 10 novembre 1955, Declassified Documents Reference System, Bibliothèque du Congrès américain.
[16] Mémo de G. Telegdy à John Matthews, White House confidential, non daté, Declassified Documents Reference System, Library of Congress.
[17] Kovrig Bennett, Of Walls and Bridges : The United States and Eastern Europe, New York, New York University Press, 1991, p. 171.
[18] H.R. 3342 and Public Law 402, 80th Congress. De cette loi résulte l’expansion de la diplomatie culturelle à l’étranger et se cristallise la volonté politique de poursuivre cet effort dans la nouvelle lutte anticommuniste.
[19] Sur la nature de ces échanges, voir Yale Richmond, Cultural Exchange and the Cold War : Raising the Iron Curtain, Pennsylvania State University (publish), 2003, p. 123-127.
[20] Thierry Daugherty, Executive Secrets : Covert Action and the Presidency, University Press of Kentucky, 2004, p. 19.
[21] Martin Libicki a classifié les différents domaines touchés par de telles guerres de l’information d’après cinq catégories : la guerre de commandement et de contrôle, la guerre du renseignement, la guerre électronique, la guerre psychologique, la guerre des pirates informatiques. Dès 1994, on a parlé de « Revolution in Military Affairs » (RMA), très en vogue au Pentagone. Pour ces théoriciens, il s’agit de conserver la supériorité absolue dans ces domaines. Voir les propos de Z. Brzezinski (cf. infra), qui encourage continuellement l’Administration Reagan dans ce sens.
[22] Z. K. Brzezinski et S. P. Huntington, Political Power : USA/USSR, New York, Viking Ed., 1967.
[23] Christer Jönsson, op. cit., p. 93.
[24] Z. K. Brzezinski, Ideology and Power in Soviet Politics, New York, Praeger Ed., 1967.
[25] Selon G. Sartori, « Politics, ideology, and belief systems », American Political Science Review, 63 (juin 1969), p. 411, il s’agit d’un instrument de mobilisation politique. Cité dans Jönsson, op. cit., p. 5.
[26] Brzezinski cumule les mandats. Outre son rôle de conseiller de la RANd et au Département d’État de 1962 à 1976, il sera National Security Advisor de 1977 à 1981. Member of President’s Chemical Warfare Commission, en 1985 ; Member of NSC – Defense Department Commission on Integrated Long-Term Strategy, 1987-1988 ; Member of the President’s Foreign Intelligence Advisory Board (une commission présidentielle qui supervise les activités d’espionnage).
[27] W. Daugherty, op. cit., p. 185-186.
[28] Voir Alan P. Dobson, US Economic Statecraft for Survival 1933-1991, of Sanctions, Embargoes and Economic Warfare, London, Routledge, 2002, p. 243.
[29] Avant la mise sur pied de cette commission, J. Watson s’occupe des coûts des Jeux de Lake Placid, S. Eizenstat et McIntyre traitent de la politique à adopter selon l’ « Amateur Sports Bill » ainsi que de la coordination du support fédéral pour les Jeux de Los Angeles 1984. La « Promotion olympique » relève de T. Kraft.
[30] Mémo de Bob Berenson et Joe Onek à Stuart Eizenstat, 27 mars 1979, dans Correspondance interne, 1977-1979, Maison-Blanche, Archiv. Hist. du CIO, Lausanne, Musée olympique.
[31] Mémo de Joe Onek à Lloyd Cutler, 30 juin 1980, dans Correspondance interne mai-oct. 1980, Maison-Blanche, Archiv. Hist. du CIO, Lausanne, Musée olympique.
[32] Ibid.
[33] Stephen R. Wenn et P. Jeffrey, « Muhammad Ali and the convergence of olympic sport and US diplomacy in 1980 : A reassessment from behind the scenes at the US State Department », Olympika : The International Journal of Olympic Studies, vol. 2, 1993, p. 45-66.
[34] Lettre de Max M. Kampelman, co-chairman of the American delegation à Hedrik Hertzberg (chief speechwriter to the President), 17 juillet 1980, Maison-Blanche, Archiv. Hist. du CIO.
[35] Lettre de Stuart E. Eizenstat à Robert M. Hahn, 29 avril 1980, Carter Library, Maison- Blanche, Archiv. Hist. du CIO.
[36] Voir V. Allen Richard, « Diplomatie américaine : changer de cap », Politique internationale, no 9, automne 1980, p. 81-97, article qui traduit la vision de l’époque, insécurité perçue venant de l’intervention soviétique en Afghanistan, la prise de pouvoir des Sandinistes au Nicaragua et la révolution islamique en Iran.
[37] Stephen J. Whitfield, op. cit., p. 15.
[38] En 1976, Nitze et Rostow tiennent la première réunion du CPd. Il comprend de nombreux anciens du « Team B », groupement d’intelligence secret formé par George Bush alors directeur de la CIA. Reagan y adhère en janvier 1979.
[39] Dès le 25 août 1981, un mémo interne rapporte que Charles Wick, directeur de l’USIA, propose de se tourner vers l’avocat influent et « Chairman » du LAOOC Paul Ziffren. Selon les propos de Wick rapportés dans le mémo : « Ziffren is coming our way now and he might be a political asset in 1982 or 1984. » Si Reagan devait refuser ce choix, un ancien directeur de l’USIA sous Johnson, Leonard Marks, est deuxième sur la liste : « A friendly democrat who helped save [William] Casey. » « He was chief spokesman with Lexalt to head off the press to keep them from devouring Casey », Reagan Library. Archiv. Hist.
[40] C’est le procureur John C. Argue qui effectue le choix final pour le nouveau directeur du LAOOC. P. V. Ueberroth s’ajoute à Paul Ziffren déjà en place. Voir « The Executive of Los Angeles », mai 1979, p. 10.
[41] Lettre de Charles Z. Wick (directeur USIA) à James Baker III. 20 juillet 1984, Reagan Library. Archiv. Hist.
[42] Ibid.
[43] Samaranch demandera publiquement un remboursement pour les coûts engagés par les Comités olympiques nationaux, ce que l’USOC et le LAOOC refuseront. Le contrat signé en 1979 prévoyait que 40 % du surplus aille à l’USOC, 40 % à la « Southern California Youth Sports » et 20 % aux Fédérations nationales américaines ; cf. Los Angeles Times, 11 novembre 1984, by Kenneth Reich.
[44] USIA, Television Worldnet, Video dialogue, 15 June 1984, D. C. Transcripts, p. 64, Reagan Library. Archiv. Hist.
[45] Ibid.
[46] NSdd 32, « US National Security Strategy », Simpson Christopher, National Security Directives of the Reagan and Bush Administrations : The Declassified History of US Political and Military Policy, 1981-1991, Oxford, Westview Press, 1995, p. 62.
[47] NSdd 138, Simpson Christopher, op. cit.
[48] Mémo de H. Kissinger à Michael K. Daever, 28 avril 1983, Archives Maison-Blanche, Reagan Library, Archiv. Hist.
[49] Mexico avait été désigné après le retrait de la candidature américaine de la ville de Columbia.happy-family.jpg
[50] Idéologie développée par Irvin Kristol qui tire son inspiration d’une société « idéale » en expansion, se voulant antistatiste, et se distingue des conservateurs purs. Voir à ce sujet l’ouvrage de Thomas S. Langstone, Ideologues and Presidents : From the New Deal to the Reagan Revolution, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1992.
[51] In William E. Simon, A Time for Truth, 1978, cité dans Mémo de Jude Wanniski, Re : The Passing of Bill Simon, June 5, 2000, at hhhttp:// wwww. polyconomics. com.
[52] À la suite des Jeux de Los Angeles, de 1985 à 1997, il deviendra le président de la « US Olympic Fondation » créée avec les profits générés par le sponsoring ; phénomène entretenu par le boom commercial après les Jeux olympiques d’Atlanta en 1996.
[53] John Sherlock, « Money not a problem for the Olympics », USA today, non daté.
[54] L’AEI compte, parmi ses membres encore actifs sous la présidence de George W. Bush, le vice-président Richard Cheney et de nombreux conseillers, tel l’actuel secrétaire de la Défense et conseiller aux Affaires de sécurité nationales Brent Scowcroft. On trouve également Richard Perle qui est resté membre actif depuis la période Reagan.
[55] Voir hhhttp:// wwww. publiceye. org/ research/ Group_Watch/ Entries-04. htm#P215_48292.
[56] Cité dans hhhttp:// wwww. publiceye. org/ research/ Group_watch/ entries-04. htm#P215_48292.
[57] Le pourcentage des droits de télévision passe de 1 180 000 $ en 1960 aux Jeux olympiques de Rome, soit 33 % pour les États-Unis (CBS), cette proportion passe à 78 % à Los Angeles 1984, sur un total de 286 310 000 $. Chiffres tirés de J.-L. Chappelet, Le système olympique, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1991, p. 152.
[58] Discours de W. E. Simon, 18 mai 1984, Annexe au PV de la CE et de la Commission du mouvement olympique, LA 1984, boycott, Archiv. Hist.
[59] Ibid.
[60] Cette disposition a permis depuis 1984, grâce également à l’explosion des droits de retransmission des télévisions américaines, de faire de l’USOC le géant des CNO, totalisant un budget largement supérieur à l’ensemble des 199 autres comités nationaux. Avec neuf sponsors américains majeurs sur onze du programme TOP, touchant 20 % de leurs versements, ainsi que 12 % des droits de TV américains, l’USOC possède un levier de pression et de chantage face au CIO.
[61] Le 15 février 1983, Edward J. Derwinski remplacera James L. Buckley au poste de conseiller de la Maison-Blanche auprès du Département d’État. Buckley prendra, quant à lui, la direction de Radio Free Europe et Radio Liberty. Derwinski est le président du « Republican Study Committee » qui est, selon les notes internes de la Maison-Blanche : « A group of conservative House Members who work to promote responsible principles of government », Reagan Library, Archiv. Hist. Kenneth J. Hill est le coordinateur officiel pour la sécurité et rapporte à Deaver, Deputy Chief of Staff et Presidential Liaison to the Olympics.
[62] Discours de W. E. Simon, Annexe PV de la CE, op. cit., p. 10.
[63] Amateur Sports Act, Internal Revenue Code 501c.3.
[64] Parmi les membres figurants au comité de direction de Dart and Kraft se trouvent le président de l’USOC William Simon. Rappelons que ce dernier servira tout au long de sa carrière dans le conseil de direction d’une trentaine de compagnies parmi lesquelles Xerox, Citibank, United Technologies et Halliburton.
[65] En juin 1983, un an avant le début des Jeux, 926 400 pièces ont déjà été vendues représentant 66 millions de dollars dont 15 451 920 dollars pour les deux Comités olympiques USOC/LAOOC, Mémo de Donald T. Reagan à M. K. Deaver, 15 juin 1983, Reagan Library, 1980-1984, Reagan Library, Archiv. Hist.
[66] Time, 14 mars 1983.
[67] Souligné par l’auteur, Mémo de Ty Cobb à Jack Matlock, concerning « Brzezinski on Soviet-American Relations », Archives Maison-Blanche, Reagan Library, dans Archiv. Hist., Lausanne, Musée olympique.
[68] Selon la charte du CIO, les CNO sont nationaux, attachés à un territoire, ce qui n’est pas strictement applicable à RFE et RL qui ont leur siège à Munich et émettent par-dessus les frontières nationales et non sur le territoire des États-Unis.
[69] Département d’État, en charge du « International Sports Programs ».
[70] Lettre de Thomas C. Bodin (Director of News, US) à Laurence S. Eagleburger (sous-secrétaire pour les Affaires politiques, Département d’État), 29 novembre 1983, Reagan Library, Archiv. Hist.
[71] Mémo de Robert M. Kimmit (NSC) à Donald Gregg, 28 décembre 1983, Reagan Library, Archiv. Hist.
[72] Ibid.
[73] Draft letter or Telegram, White House, 19 décembre 1983, Reagan Library, Archiv. Hist.
[74] Dossier Roosevelt Julian, General, 1974-1986, Archiv. Hist.
[75] Source AFP, 3 mai 1984.
[76] Source UPI, 25 avril 1984.
[77] Cité dans hhhttp:// wwww. time. com/ time/ special/ moy/ 1984. html.
[78] Ibid., rapport écrit par Ajemian Robert, intitulé « Peter Ueberroth : Master of the Games ».
[79] La réunion de Prague a rassemblé des représentants de la Bulgarie, de la Hongrie, du Vietnam, de la RDA, de Cuba, de la Mongolie, de la Pologne, de la Roumanie, de l’URSS et de la Tchécoslovaquie.
[80] UPI, 24 mai 1984.
[81] Westad Arne Odd, « Secret of the Second World : The Russian archives and the reinterpretation of Cold War History », Diplomatic History, vol. 21, no 2, 1997, p. 268.
[82] Daily Bulletin, United States Embassy (Bern), mercredi 30 mai 1984, no 102 (par Public Affairs Counselor & responsible editor : Robert C. McLaughlin, p. 4, Reagan Library, Archiv. Hist.
[83] Allusion au « programme de l’UNESCO pour le développement des communications », l’ « IPDC » formulé lors de la 21e conférence générale. Celle-ci doit approuver la création d’une agence panafricaine de News, une « Newsletter » pour la région Asie-Pacifique et une autre agence en Amérique latine, Keesing’s Contemporary Archives, vol. XXX, p. 328332.
[84] Ibid.
[85] Ibid.
[86] Voir supra, n. 82.
[87] USIAL/HC, Smith and Neff, « Bi- and multi-national cooperation in Germany », Wagnleitner, Reinhold, op. cit., p. 57.
[88] Ninkovitch, « Diplomacy of ideas », cité dans ibid., p. 58.
[89] Reuter, 18 février 1984.
[90] « Possible Soviet Responses to the US Strategic Defense Initiative », NIC M 83-10017, 12 septembre 1983, copy 158, hhhhttp:// wwww. fas. org/ spp/ starwars,p. 4.
[91] Ibid., p. 3.
[92] Ibid., p. 4.
[93] Mémo de Fritz W. Ermarth (NSC) à Frank C. Carlucci, « Annual report on Soviet political Power », 25 mars 1987, Reagan Library, Archiv. Hist.
[94] Presidential taping, USOC House of Delegates annual meeting, Friday, 27 mars 1987, Reagan Library, Archiv. Hist. du CIO.
[95] Rosenberg, « Spreading the American Dream », p. 219, cité dans Wagnleitner, Reinhold, Coca-Colonization and Cold War : The Cultural Mission of the US in Austria after World War II, op. cit., p. 55.
[96] R. Frank, « Introduction », Relations internationales, no 115, automne 2003, p. 322.
[97] Washington Post, 15 juin 2004, D7.
[98] Henry Kissinger, « Our nearsighted world vision », Washington Post, 10 janvier 2000, A19.
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j'allais oublier le chien...

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02/03/2010

Manuel de survie en garde à vue

Ce manuel est à mettre entre toutes les mains, tant il est vrai que la garde à vue fait partie de la culture policière française.
Son but est de donner corps à une généralisation du silence, à l’extension la plus universelle possible du sabotage du travail policier.
«Coupable» ou pas, là n’est pas la question : la mise à l’amende et l’enfermement, nous ne les souhaitons à personne.
Voici le manuel en format A4 et brochure (pages impaires = recto, paires = verso).
Liberté et impunité pour tous !
Indymedia Nantes, 27 février 2010.
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28/02/2010

Surveillez l'attitude de vos enfants lorsqu' ils écrivent

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27/02/2010

Lettre à un lecteur sur les complots ( par Jules Bonnot de la Bande)

mercredi 24 février 2010

Lettre à un lecteur sur les complots


[merci pour cette analyse ... qui me (re)pose les questions suivantes: où chacun peut-il situer la limite entre lucidité et paranoia ? ... comment éviter à la fois l'ignorance (volontaire ou involontaire) de telles manœuvres occultes ; et la peur qui paralyse ?
peut être avez vous des réponses, si ces questions vous semblent pertinentes ?

chapulin colorado]


« Le mur tapissé de papier gris était éclaboussé de sang et percé de deux trous attestant que deux projectiles l’avaient traversé. Le regard vif de Counihan repéra une tache sur le papier qui n’était pas accidentelle. Elle se trouvait tout près du sol, à côté de La Tremblote dont la main droite était maculée de sang. Il avait écrit sur le mur avant de mourir, avec ses doigts trempés dans son propre sang et dans celui de la môme Salda. Les lettres composant les mots étaient inégales, incomplètes, le bout de ses doigts séchant de l’une à l’autre, et maladroites car il avait dû les tracer dans l’obscurité.
En remplissant les blancs, en interprétant les déformations et en nous livrant à des hypothèses là où il n’y avait aucune indication pour nous guider, nous obtînmes deux mots : Grande Flora. »

Dashiell Hammett, Le grand braquage.

C’est bien volontiers que nous répondons à votre question. Nous ne savons pas si notre réponse apaisera votre perplexité mais nous ne doutons pas que vous soyez « plus agile qu'une tortue, plus fort qu'une souris, plus noble qu'une laitue ».
Précisons tout d’abord que nous ne possédons aucune clé anglaise nous permettant de déchiffrer tous les secrets d’Etat. Qui plus est, nous sommes portés à penser que les individus qui cherchent la vérité sont plus près de la rencontrer que ceux qui l’ont trouvée. Nous n’excluons pas non plus qu’ici et là un lecteur attentif puisse déceler dans les textes que nous avons publiés un fait contestable, une approximation ou une erreur. Nous sommes, à cet égard, toujours disposés à nous corriger, même si nous prenons garde à ne pas publier n’importe quoi. Ces considérations ne sont pas pour autant un plaidoyer pour un renoncement post-moderne à élaborer une connaissance plus poussée du monde actuel. Nous pensons, par exemple, que s’il n’est pas encore possible de tout savoir de l’affaire Moro, il n’en reste pas moins vrai qu’il est possible de la comprendre. Quelques pièces du puzzle manquent encore, mais le dessin général n’en serait guère modifié. C’est ainsi que nous ne nous aventurerons pas à trancher le cas controversé de Mario Moretti, tandis que d’autres l’ont déjà fait. Qu’il ait été un agent secret ou qu’il ait été manipulé par quelque officier traitant logé au sein d’Hypérion ne changera rien fondamentalement à la certitude que tant d’éléments ont apportée : il s’agissait bien d’une affaire d’Etat. De même, il ne nous est pas possible de connaître tous les tenants et aboutissants de la pseudo révolution culturelle chinoise, mais nous en savons assez pour pouvoir affirmer avec certitude que c’était une lutte descendant des sommets de la bureaucratie à la base du Parti puis s’étendant à la société toute entière, bref une guerre civile fabriquée de toutes pièces, comme le fut aussi la « décennie sanglante » en Algérie.
Ces préalables posés, reste l’examen de votre question. Remarquons d’abord que la frontière entre la lucidité la plus grande et son contraire est parfois poreuse chez un même individu. Par exemple, la tête la mieux faite de son temps, l’homme qui le premier sut comprendre et formuler la vérité sur la prétendue révolution culturelle chinoise ou l’enlèvement d’Aldo Moro est aussi celui qui s’entêta jusqu’à la fin de sa vie à nier l’existence de Jean-Patrick Manchette (croyant à tort qu’il s’agissait du pseudonyme de Jean-Pierre George) ou à croire que Morgan Sportès avait écrit une mystification en relatant une expédition au Siam, alors que ce dernier s’était appuyé sur des documents d’archives (d’autres sornettes du même acabit apparaissent ici ou là dans le septième et dernier volume publié de la correspondance de Guy Debord). On se gardera donc, devant les meilleurs exemples, de la dévotion des gardiens du temple comme de la malveillance des disciples désavoués, l’une procédant de l’idolâtrie, l’autre de son frère ennemi, le ressentiment, toutes passions qui, comme on sait, sont mauvaises conseillères.
Quant à la paranoïa elle-même, il nous semble que trois aspects fondamentaux de ce délire de la personnalité se retrouvent dans le « complotisme » et permettent de le distinguer de la critique lucide des complots réellement existants : la systématisation ; la haine pathologique ; et le comportement de persécuté-persécuteur.
Sur le premier point, rappelons, contrairement à un préjugé vulgaire, que la personnalité paranoïaque ne se manifeste pas sous la forme d’un délire dénué de raison. Comme le rappelle Henri Ey, la vie psychique du paranoïaque est caractérisée par « la clarté et l’ordre » (Manuel de psychiatrie) Il est à noter que dans sa phase de systématisation achevée, « l’interprétation tire du travail raisonnant, dans l’élaboration même de délire, la conviction qu’il [le paranoïaque] découvre enfin la vérité et cette contre-vérité il la pense, il la vit et la construit comme un système démontré jusqu’à l’évidence. » (Ibid.) Nous reconnaissons dans le complotisme ce délire d’interprétation, ou folie raisonnante, un type particulier de délire qui « obéit à un besoin, voire une manie, de tout expliquer, de tout “déchiffrer”, conformément à un système fondamental de signification. » (Ibid.). Toutefois, « c’est bien de contre-vérité qu’il s’agit car, même si les délires systématisés de la paranoïa sont caractérisés par leur construction “logique” », ils sont construits « à partir d’éléments faux, d’erreurs ou d’illusions. » Ces éléments faux, ces erreurs, ces illusions dont le complotisme nourrit sa systématisation sont de deux ordres. Il s’agit d’abord de l’attribution d’un pouvoir exorbitant à des coupables minoritaires, infimes voire inexistants : les Juifs ou les Illuminati, par exemple. Le second ordre d’erreur découle plutôt de la mégalomanie, un trait constitutif fondamental de la personnalité paranoïaque. C’est évidemment parmi les dictateurs que nous trouverons sous sa forme achevée cette tendance délirante. Devant tout ce qui dans le réel résiste, le Pouvoir absolu pense en ces termes : Le peuple, c'est l'Etat, et l'Etat, c'est moi. Donc, qui se soulève contre moi est nécessairement l'Autre, considéré dans son altérité radicale, en un mot l’Etranger (dans chaque soulèvement, à Paris en mai 68 comme à Téhéran aujourd’hui, les puissances établies croient deviner « la main de l'étranger »). Le pouvoir iranien, qui recommence ces jours-ci les procès de Moscou à l’encontre de quelques opposants dont on exige des aveux truqués, n’a pas manqué de détecter un complot de la CIA dans les troubles qu’il affronte, car comment expliquer autrement que des masses se soulèvent contre le quadrillage policier de tous les aspects de leur vie quotidienne ? Remarquons ici que la forme systématique du délire paranoïaque se présente comme relativement plausible à l’observateur, « d’où [sa] puissance de conviction et de contamination ». Les spectateurs enthousiastes des Pouvoirs absolus ont confirmé ce fait à maintes reprises. Que l’on songe seulement aux maolâtres français. N'avaient-ils pas affirmé en leur temps que Simon Leys avait puisé sa documentation sur la Chine dans les archives truquées de la CIA ?
La haine pathologique se manifeste à l’encontre de boucs émissaires, par exemple les Juifs, ou bien de personnes de l’entourage du délirant, dont l’hostilité se manifesterait secrètement. Le stalinisme a fourni les plus beaux échantillons de cette pathologie, à travers les scissions au sein de la bureaucratie où les représentants des différentes factions découvraient les uns chez les autres les complots anti-prolétariens les mieux dissimulés (les accusateurs aux ordres de Staline iront, par exemple, jusqu’à découvrir que Boukharine avait voulu assassiner Lénine en 1918, que Trotski était en liaison avec l’Intelligence Service de puis 1926, et avec l’espionnage allemand depuis 1921).
On nous opposera peut-être que le Pouvoir ne croit pas toujours aux accusations extravagantes qu’il porte à l’encontre de ses ennemis réels ou supposés. Il ne s’agirait donc pas toujours de paranoïa mais d’une forme cynique de mystification. Nous ne doutons pas un instant du bien-fondé de cette restriction dans quelques cas, que des dirigeants aient voulu se débarrasser par cet artifice de rivaux encombrants ou détourner à l’encontre de boucs émissaires l’insatisfaction populaire. Toutefois, sur cette question de la production de preuves, l’Etat raisonne le plus souvent comme les antisémites professionnels le firent lorsqu’ils durent admettre que les Protocoles des sages de Sion étaient un faux : si non è vero, è ben trovato. Comme l’exposait l’un des tenants de l’authenticité « spirituelle » des Protocoles, Julius Evola, en 1953 : « On pourrait montrer sans peine que, quand bien même les Protocoles seraient un faux et leurs auteurs des agents provocateurs, ils n’en reflètent pas moins des idées typiques de la Loi et de l’esprit d’Israël. » De même, les accusateurs du NKVD ont illustré à leur manière spéciale la thèse hégélienne selon laquelle « le faux est un moment du vrai », en faisant un usage maïeutique de la question, comme l’Inquisition quelques siècles plus tôt. Si l’accusation d’hitléro-trotskisme portée à l’encontre de quelques membres déchus de la bureaucratie ou de quelques marxistes hétérodoxes n’a été qu’un prétexte commode à quelques épurations, il n’en reste pas moins que les inquisiteurs staliniens étaient convaincus du caractère contre-révolutionnaire de leurs victimes. En d’autres termes, la mystification est ici au service de la fausse conscience paranoïaque.
De cette haine pathologique découle logiquement, si l’on peut dire, ce triste fait que les paranoïaques « sont presque tous des persécutés-persécuteurs ». Dans la constitution paranoïaque du Pouvoir absolu, le culte de la personnalité, le besoin pathologique d’adulation, se tourne invariablement en haine à l’encontre des courtisans les plus serviles comme à l’encontre des dissidents authentiques ; et dans les deux contextes, celui de la psychologie individuelle et celui de la pratique politique, une même constatation s’impose : « Naturellement, c’est surtout le meurtre qui est le plus à craindre. » (Ey, op. cit.) Il importe ici d’observer que cette psychose trouve parfois un emploi social efficace. Et cet aspect est généralement négligé par les adversaires des « théories du complot ». Ils méconnaissent bien souvent que c’est d’abord au sommet de l’Etat que se manifeste ce délire d’interprétation et les moyens coercitifs de lui donner toute licence de s’exprimer. Un exemple de ce fait, souvent méconnu, c’est Staline, dont il faut rappeler qu’il était un authentique paranoïaque. Ce diagnostic avait été établi dès les années 30 par les docteurs Levine et Plietniev. Ils l’avaient confié à des dirigeants hauts placés (c’est la véritable raison de leur énigmatique condamnation au cours du procès Boukharine-Rykov de 1938). On ne s’étonnera pas dès lors d’apprendre que Staline partageait l’antisémitisme d’Hitler. Cet antisémitisme d’abord dissimulé se manifesta graduellement après la mort de Lénine, dès sa rupture avec Zinoviev et Kamenev. Souvarine relève dans son Staline qu' « il ne se gêna plus pour mettre sournoisement en circulation les thèmes et les procédés favoris de ceux qu’on désignait comme les “Centuries noires”. » (Ces bandes armées et organisées, « de connivence avec le gouvernement et la police, lançaient des pogroms antisémites pour détourner le mécontentement populaire », Arthur Koestler, La Corde raide.) C’est cette idée fixe de Staline qui est à l’origine de la « découverte » d’un prétendu complot de « médecins terroristes », les « assassins en blouse blanche », accusés d’avoir tuer sournoisement leurs malades (Jdanov et plusieurs personnalités politiques importantes), et « d’être à la solde de services secrets étrangers, notamment d’une institution philanthropique juive dénoncée comme criminelle » (six d’entre ces médecins étaient juifs). Le procès truqué de cet invraisemblable complot devait donner le coup d’envoi à « la déportation en masse des Juifs dans l’extrême-nord glacial de la Sibérie » (Souvarine, op. cit.)

Ces considérations, illustrées de quelques exemples historiques, en conduisent certains, dont nous ne sommes pas, à se débarrasser du problème des complots en rangeant uniformément leur dénonciation dans la case « complotisme ». C’est là selon nous une « systématisation » négative à laquelle il convient de ne pas céder pour autant. Quels sont les critères qui nous permettraient de distinguer le délire d’interprétation paranoïaque de la déduction juste ?
A l’encontre des paranoïaques qui sont portés à se reconnaître des ennemis cachés, que des révolutionnaires engagés dans une pratique séditieuse, visant en définitive à renverser les pouvoirs établis, soient naturellement portés à se méfier des gardiens de l’ordre public, les policiers, quoi de plus normal ? Il est dans l’ordre des choses que les voleurs se méfient des gendarmes, ou les révolutionnaires des services secrets, la réciproque étant d’ailleurs vraie (seuls des gauchistes peuvent par calcul ou par idéologie se poser invariablement en « victimes-de-la-répression »). C’est plutôt le contraire qui serait étonnant. Les services spéciaux disposent d'une force d'intervention et ont pour mission de le faire. Ils sont plutôt rarement tout à fait étrangers à ce qui se passe, ou au moins ignorants de ses préparatifs. Bien sûr, l'Etat n'est pas un démiurge et n'invente pas tout, mais sa mission est bien de tout surveiller, et la surveillance inclut forcément la manipulation. Son souhait de bien remplir son rôle et d'accomplir cette mission est exprimé on ne peut plus clairement par la surenchère permanente qu'il organise en matière d'instruments et de méthodes d'information à sa disposition.
Ces considérations ne devraient pas conduire pour autant à s’autoriser d’un don de divination stratégique pour déterminer de façon « extralucide » qui est un provocateur policier et qui est un authentique révolutionnaire. On sait, par exemple, que les socialistes-révolutionnaires russes hésitèrent avant de trancher le cas de l’agent provocateur Azev, examinant soigneusement les arguments et contre-arguments avancés par divers membres de leur organisation. On relira à ce sujet l’exemplaire chapitre « Comment fut dévoilée la trahison d’Azev » dans Souvenirs d’un terroriste de Savinkov. On sait aussi que le comportement pour le moins étrange de Moretti ayant conduit à l’arrestation de certains membres des Brigades rouges, la possibilité que celui-ci fût un espion amena les BR à ouvrir une enquête à son encontre (enquête qui le disculpera…). Il est bon de rappeler ici que les complotistes obsessionnels raisonnent en dépit du bon sens. Ainsi, au lieu d'essayer de trouver la vérité cachée dans certains faits étranges et d'éventuellement y trouver trace d'un complot, ils privilégient un renversement de la charge de la preuve qui systématise une conception paranoïaque du monde. De même qu’il ne revenait pas à Azev de prouver son innocence mais à ses accusateurs de démontrer sa culpabilité, c’est, par exemple, aux tenants d’un complot américain visant à renverser la République islamique d’Iran qu’il revient d’apporter des preuves, et non le contraire.
Beaucoup plus simplement, à l’opposé de la systématisation paranoïaque construite « à partir d’éléments faux, d’erreurs ou d’illusions. », il convient de se souvenir que la dénonciation de maints complots a été étayée par des preuves factuelles. Par exemple, la victoire de la révolution russe a livré l'accès aux archives confidentielles de l'Okhrana, contenant les fiches de 35 000 provocateurs. Une autre source d’information constamment vérifiée à travers l’histoire moderne tient dans le fait que les pouvoirs établis ne constituent pas eux-mêmes une force absolument homogène. Des trahisons ou des défections peuvent se manifester. Dès 1905, un fonctionnaire jaloux de l’Okhrana livra anonymement des informations sur Azev aux socialistes-révolutionnaires. Et c’est l’ancien Directeur de la police lui-même, Lopoukhine, qui fournit à Bourtsev des renseignements décisifs sur Azev. De même, c’est un ancien officier des forces spéciales de l’armée algérienne Habib Souaïdia qui a révélé les dessous de la « sale guerre » conduite par la Sécurité militaire algérienne, informations confirmées et développées par le numéro 2 de la direction du contre-espionnage Mohammed Samraoui dans Chronique des années de sang (Algérie : comment les services secrets ont manipulé les groupes islamistes). Enfin, il est avisé d’accorder un certain crédit aux témoins dont parle Pascal, ceux qu’on croit parce qu’ils se font égorger. Le journaliste italien Pecorelli (celui qui avait annoncé à un jour près la date de l’enlèvement de Moro) était de ceux-là, lui qui mourut assassiné à la veille de révéler des informations compromettantes sur Andreotti. De même, les journalistes assassinés dans la Russie du spectaculaire intégré. Par contre, aucun pouvoir n’a jamais songé à supprimer des faussaires comme Faurisson.
Ici, la paranoïa et la vérité s’écrivent en lettres de sang, mais les messages qu’elles tracent demandent parfois, à n’en pas douter, un certain art et une certaine méthode pour être distingués et déchiffrés.

 

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