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17/12/2009

Constitution d’une brigade Frédéric Lefèbvre : volontaires afghans, comptez-vous !

jeudi 17 décembre 2009, par JBB

Normalement, je reprenais aujourd’hui ma petite chronique hebdomadaire sur la radio libre FPP. Je dis "normalement" parce que la légendaire inefficacité de la ligne 13 m’a empêché de rallier le micro à l’heure prévue. Comme je ne veux pas gâcher, je te copie-colle quand même cette chronique ici.


Citoyens, citoyennes, soldats, soldates, militaires de mon coeur,

Je suis heureux de retrouver le micro de FPP.

D’autant plus que je compte bien profiter de l’audience de la radio pour faire un brin de publicité à une tâche martiale que je me suis fixée.

Un petit apostolat militaire, devenu mien depuis ce matin.

Une charge de commandement que j’ai décidée d’endosser, maigre fardeau pour mes épaules robuste, façon de rendre à la société tout ce qu’elle m’a offert de joies et de plaisirs, investissement gratuit mais si prometteur

Et ma façon à moi de me conformer à la célèbre maxime de Jésus version contemporaine : "Donne un peu de toi au parti et l’UMP te le rendra au centuple."

C’est aussi - je dois l’avouer - ma manière de vivre la sortie du dernier disque de promotion du régime, ce clip fantastique donnant envie de chopper un bâton de pèlerin et de prendre la route en colportant la bonne parole présidentielle, façon saint François d’Assise sarkozyste :

"Tous ceux qui veulent changer le monde
Venez marcher, venez chanter
Tous ceux qui veulent changer le monde
Venez marcher à mes côtés.
"

-

Ça faisait longtemps que je me demandais comment me rendre utile à mon pays.

Et c’est en écoutant le brillant porte-parole de l’UMP que la lumière m’est venue.

Frédéric Lefèbvre, qui n’est pas la moitié d’un con tant il ne fait jamais les choses à moitié (justement), évoquait ces Afghans qu’Eric Besson a fait expulser par charter, mardi soir, les renvoyant vers ce doux et paisible pays qu’est l’Afghanistan.

Et il a eu cette remarque pleine de bon sens et d’humanité : « Alors que de nombreux pays du monde, dont la France, sont engagés en Afghanistan, qui pourrait comprendre que des Afghans dans la force de l’âge n’assument pas leur devoir, et échappent à la formation que, notamment, les forces françaises leur proposent pour défendre leur propre liberté dans leur pays ? »

Je n’y avais jamais songé.

Mais c’est l’évidence même : toute cette chair fraiche, ces jeunes et solides gaillards habitués aux rudesses de la vie, feraient d’excellents soldats.

Et il est triste de s’apercevoir qu’ils ont décidé de tenter leur chance chez nous plutôt que se battre chez eux.

Regrettable de se rendre compte qu’ils ont préféré le rêve d’un avenir meilleur ici plutôt que le joyeux combat là-bas, qu’ils ont fui l’exaltante perspective de la guerre civile et la réjouissante éventualité d’une mort honorable, qu’il s’agisse de sauter sur une mine patriotique ou de se prendre quelques balles nationales dans le buffet.

Et déplorable de constater qu’ils ne se ruent pas au combat le cœur léger, aussi enthousiastes que le valeureux Bertrand du Guesclin s’écriant : « La guerre est fraiche et joyeuse. »

Frédéric Lefèbvre m’a ouvert les yeux, donc : ces réfugiés Afghans ne sont pas seulement des parasites, ce sont surtout des lâches, des déserteurs, des traîtres à leur patrie, d’immondes pacifistes sans la moindre parcelle de fierté nationale.

Je suis scandalisé.

-

Fort de ce constat, j’ai décidé d’agir.

Et j’ai eu l’idée de lancer un appel radiophonique et de créer les FFIA, les Forces française de l’intérieur de l’Afghanistan, composées de jeunes Afghans ayant retrouvé l’envie de se battre pour leur pays.

Je serai leur général.

Et nous ne rendrons compte qu’à Frédéric Lefèbvre, lui qui sait combien tout homme ne peut être heureux tant qu’on ne lui a pas offert l’opportunité de mourir pour sa patrie.

Nous nous battrons en valeureux soldats.

Et chaque matin, avant de partir affronter ces infidèles qui ne rêvent qu’à saper les fondements du monde libre, nous nous recueillerons devant la photo du porte-parole de l’UMP.

Nous serons des hommes, enfin.

Et je connais des gens - même ici, à FPP… - qui feraient bien de prendre exemple sur cette ardente volonté de servir le drapeau.

-

Voilà, ceci est donc mon Appel du 17 décembre.

Et je veux croire que le général De Gaulle serait fier de moi, lui qui s’est aussi servi d’un micro pour appeler à une digne résistance.

J’invite tous les Afghans de bonne volonté à se présenter ici, au siège de la radio, où il leur sera remis un vieux fusil, une boussole et une vareuse kaki.

Et je leur promet solennellement que dès que nous serons assez nombreux, nous partirons pour Kaboul par charter.

Nous y débarquerons en chantant cet hymne glorieux que l’UMP a offert à tous ceux qui rêvent d’un avenir meilleur…
"Tous ceux qui veulent changer le monde
Venez marcher, venez chanter.
"

Et nous l’emporteront, sans nul doute.

Vive l’Afghanistan libre, vive Frédéric Lefèbvre libre, vive l’UMP libre !

 

pris chez article XI

20:10 | Lien permanent | Commentaires (0) |

16/12/2009

ce n'est pas le cyberactivisme des lobbyistes pétitionnaires qui a mis un frein à la culture des OGM en France mais les fauchages.

Précision à l'usage des pétitionnaires



Diverses personnes, qu'elles soient agitées ou pas d'une frénésie activiste, nous adressent leurs pétitions. C'est en pure perte. Nous ne signons jamais de pétition. Cette forme de protestation par procuration est appelée à rester virtuelle. De mémoire d'électeur, aucun Etat n'a plié devant des pétitionnaires. Rappelons cette évidence : ce n'est pas le cyberactivisme des lobbyistes pétitionnaires qui a mis un frein à la culture des OGM en France mais les fauchages.

Aussi, à propos de chacune des nuisances ou des iniquités que dénoncent ces pétitions, souvenons-nous du cri de guerre des luddites :

« Enoch les a faites, Enoch les brisera. »

Qu'on se le dise!

http://julesbonnotdelabande.blogspot.com/

 

Lu sur Mondialisme.org : "-Le « luddisme » est fréquemment invoqué, mais reste peu connu. Et quand il est invoqué, c’est souvent à mauvais escient, parfois comme modèle de la résistance au progrès technologique en tant que tel, et parfois comme exemple de rage aveugle des ouvriers brisant leur outil de travail, comme ancêtre des révoltes « anti-travail » des OS de 1968. On va voir dans ce qui suit que la réalité du luddisme est très différente. Le luddisme proprement dit se concentre sur les années 1811-1812, avec quelques séquelles jusqu’en 1817. Il recouvre une phase particulièrement critique d’un mouvement plus général de décomposition des métiers traditionnels du textile et d’ajustement de la société anglaise dans son ensemble à une phase nouvelle de l’accumulation du capital. En ce qui concerne les ouvriers du textile, cette phase peut se caractériser par trois éléments :

- la crise économique, due notamment au blocus continental. Celui-ci freine les exportations et renforce la concurrence sur le marché intérieur. A cela s’ajoute le poids de la guerre contre la France, qui se prolonge pratiquement sans interruption depuis vingt ans. Il y a aussi le problème des subsistances, car l’Angleterre a connu plusieurs mauvaises récoltes au début des années 1810. Les émeutes (notamment de la faim, mais avec parfois une composante politique plus organisée) se multiplient, indépendamment de l’activité luddite, et tout le pays connaît un climat insurectionnel ;

- la fin des cadres restrictifs du système corporatif. Les travailleurs du textile et leurs petits patrons étaient en principe protégés par tout un ensemble de lois remontant parfois très loin dans l’histoire, jusqu’à l’époque élisabéthaine. Ces lois furent régulièrement invoquées dans les actions légales que les travailleurs ne cessèrent d’entreprendre à Westminster, engageant d’importantes dépenses en pure perte. De ce point de vue, « on doit comprendre que l’apparition du luddisme se situe au point critique de l’abrogation de la législation paternaliste et de l’imposition aux travailleurs, contre leur volonté et leur conscience, de la politique économique du laisssez-faire. C’est le dernier chapitre d’une histoire qui commence au xive et xve siècles (...) (594/491) [2] ». Ce processus s’accélère brutalement au début du xixe siècle. A partir de 1803, et en moins de dix ans, « presque tout le code paternaliste disparut (595/492) » ;

- le passage au système des fabriques. Thompson souligne souvent les difficultés de la police et de l’armée dans leurs tentatives d’arrêter les luddites. Ceux-ci bénéficiaient en effet de nombreux soutiens, et la sympathie qui entourait leurs actions débordait largement le cercle des ouvriers du textile. Après l’attaque de Rawfolds, dont nous parlerons plus loin, la police n’est jamais arrivée à identifier les assaillants de la fabrique, qui se fondirent sans peine dans la population. Il y avait pourtant 4 000 soldats et un nombre élevé d’espions dans la région. Car l’introduction de nouvelles machines, quand elle était effectivement en cause, n’était qu’un des aspects d’une évolution beaucoup plus générale des rapports sociaux, qui rencontrait l’opposition de nombreuses catégories de la population, ouvriers et petits patrons notamment. L’opposition au système des fabriques était très générale. C’était « des prisons monstrueuses (599/495) » pour enfants selon un journal tory, des « centres d’immoralité et de conflits du travail (599/495) » selon un journal libéral (599/495). Un projet de loi soutenu par les artisans et les petits patrons pour la défense de l’ancien système économique regrette le temps où « le système consistait à faire fabriquer le drap par des personnes qui habitaient dans les différents villages du Comté, et à le vendre dans les Halles publiques de Leeds à des marchands qui ne s’occupaient pas de la fabrication.

» Récemment, plusieurs marchands sont devenus des manufacturiers de drap et, pour mieux effectuer cette fabrication, ils ont construit de très grands bâtiments appelés fabriques, dans lesquels ils ont l’intention d’employer des drapiers comme s’ils étaient leurs serviteurs, de sorte que les personnes, qui, avec leurs familles, avaient été dispersées comme nous l’avons mentionné, soient rassemblées à l’intérieur ou à la proximité de ces bâtiments dans un état de dépendance (598/494). » « Serviteurs », « état de dépendance » : le vocabulaire indique clairement l’opposition des travailleurs au nouveau mode de subordination du prolétariat au capital qui se met en place. La violence du luddisme répond à la violence que les institutions exerce pour mettre en place ce nouveau mode.

Les trois foyers du luddisme

« Le luddisme proprement dit, pendant les années 1811-1817, était limité à trois ensembles régionaux et professionnels : le West Riding (et les tondeurs de drap), le Lancashire du sud (et les tisserands du coton) et la région des tricoteurs sur métier, située autour de Nottingham (570/470-471). » Les problèmes industriels et sociaux sont différents dans les trois cas, et c’est une erreur commune que de définir le luddisme comme une réaction aveugle et spontanée contre l’introduction de machines nouvelles. En particulier, ainsi qu’on va le voir, les réactions violentes des travailleurs ont parfois eu lieu sans l’introduction d’aucune machine nouvelle. Les machines qu’ils cassent alors sont anciennes et connues depuis longtemps. Bien que, comme l’indique la chronologie ci-dessous, les événements se déroulent simultanément dans les différentes régions et dans les différents métiers, je rapporterai les événements en les organisant par profession.

Les tricoteurs de bas de Nottingham

Depuis le début du xixe siècle, les métiers à tricoter sont devenus la propriété des marchands bonnetiers, ou bien d’investisseurs purs qui plaçaient là leur argent comme ils l’auraient fait dans un logement locatif. Ils louent les métiers à des ouvriers à domicile, travaillant seuls ou en petits ateliers. Les ateliers de trois ou quatre métiers sont les plus fréquents. En 1811, l’industrie compte 29 000 métiers et environ 50 000 ouvriers travaillant dans le triangle Nottingham, Leicester, Derby. Mises à part les manipulations habituelles sur le décompte des prix des marchandises produites ou sur le loyer des métiers, deux pratiques soulèvent fortement l’hostilité des ouvriers vis-à-vis des bonnetiers :

- les cut-up, qui sont des pièces de bonneterie coupées dans de grands panneaux tricotés et cousus. De qualité inférieure, ces pièces coûtent évidemment moins chères que celles tricotées de façon convenable ;

- le colting (de colt, poulain), qui consiste à employer un trop grand nombre d’apprentis ou de travailleurs non qualifiés, ce qui est particulièrement facile dans le cas des cut-up.

Ce sont de telles pratiques, avec des machines qui ne sont pas nouvelles, qui provoquent des révoltes violentes où des métiers sont cassés. Les conflits entre les tricoteurs (stockingers) et les bonnetiers ne sont pas nouveaux. Déjà en 1778-1779, il y a eu une tentative des travailleurs d’imposer un salaire minimum légal. Le projet de loi est rejeté au Parlement, et des émeutes s’en suivent, avec bris de métiers à tricoter. En 1787, un tarif est négocié avec les bonnetiers, fixant un prix pour chaque pièce. Ce tarif fonctionne pendant une vingtaine d’années. Mais en 1807, les prix tombent de nouveau. C’est dans ce contexte que la phase luddite du conflit se forme. Mais l’antagonisme entre les tricoteurs et les bonnetiers se place aussi sur le terrain légal et juridique. Les travailleurs se cotisent pour envoyer à Londres des délégués et pour acheter le service d’hommes de loi, cherchant à défendre des règlements d’avant l’ère capitaliste, et qui sont toujours formellement en vigueur. Mais ces actions s’enlisent régulièrement.

A partir de 1811, la violence se développe. En mars de cette année-là, une manifestation de tricoteurs demandant du travail et un salaire décent est réprimée par l’armée, à Nottingham. Le soir même, soixante machines à tricoter sont brisées sous les acclamations de la foule. De nombreux incidents similaires ont lieu dans les semaines qui suivent (605/500). Ces premières attaques peuvent faire penser à des émeutes plus ou moins spontanées. Elles se font cependant toujours avec discernement, ne détruisant que les métiers des marchands pratiquant le cut-up et le colting. Par ailleurs, les luddites ne sont pas seulement des briseurs de métiers. Il est probable que certains au moins d’entre eux participent simultanément à des regroupements syndicaux clandestins qui œuvrent continuellement à la négociation d’une protection légale des travailleurs. Les luddites exercent aussi une sorte de police économique, passant dans les villages pour surveiller la qualité du travail et la qualification des travailleurs. « Là où ils trouvaient un métier actionné par une personne qui n’avait pas fait régulièrement son apprentissage, ou par une femme, ils leur enjoignaient d’arrêter le travail et, s’ils promettaient de le faire, ils apposaient une note sur le métier, ainsi libellée : "Ne touchez pas à ce métier, les travailleurs au rabais sont partis" (606/501). »

Pendant l’hiver 1811-1812, le luddisme évolue vers une forme plus disciplinée. De petites bandes se déplacent la nuit de village en village, attaquant les métiers de ceux qui ne respectent pas les anciennes qualités aux anciens prix. La vague luddite atteint son sommet dans la région de Nottingham. Thompson signale en particulier le cas du village de Bullwell, où un bonnetier défend ses locaux à coups de feu et tue un luddite. Les assaillants se retirent avec la victime, puis reviennent à la charge, cassent les portes et brisent les métiers. Trois nuits plus tard, un groupe de luddites armés de pistolets, de mousquets, de barres de fer et de masses force l’entrée d’un grand atelier et détruit 60 métiers. Et ainsi de suite jusqu’en février 1812 (605/500). Au total, mille métiers furent détruits et la violence ne prit fin que lorsque le gouvernement érigea ces destructions en crime capital, passible de la peine de mort. Deux autres raisons expliquent l’arrêt de la vague luddite dans la région de Nottingham : d’une part le succès relatif de l’intimidation luddite ; la plupart des bonnetiers augmentent le tarif des différentes pièces. D’autre part la répression, la région devenant occupée par plusieurs milliers de soldats aidés de forces spéciales de police et de milices de surveillance.

L’arrêt très net de la vague luddite prêche en faveur de l’hypothèse d’une organisation relativement construite et centralisée, de même que de sa proximité avec les organisations ouvrières non violentes (585/483). Un « United Committee of Framework-Knitters » (Comité unifié des tricoteurs sur métier) se forma, qui comporte certainement des luddites, mais qui est majoritairement contre la violence en tant qu’elle risque de déconsidérer l’action légale du comité auprès du gouvernement. Bien qu’interdit en vertu du Combination Act, ce comité développe une action proprement syndicale et politique. Il consacre des mois et d’importantes ressources financières à soutenir un projet de loi réglementant les méthodes de production, l’étiquetage, la publicité des prix, etc., mais pas les salaires. Le comité considère en effet que la légalisation d’un salaire minimum est une cause perdue d’avance (586/484).

En juillet 1812, le projet de loi des tricoteurs est rejeté par les deux chambres du Parlement. Cette défaite dans l’indifférence des politiques incite le comité à se renseigner sur la façon dont les autres professions conduisent leurs syndicats. La structure du comité évolue alors dans un sens plus proprement syndical, prenant en charge les indemnités de chômage ou de grève. Cela dure deux ans, dans des conditions de complète illégalité, rappelons-le.

En 1814, de nouvelles attaques de métiers ont lieu, sans que l’on puisse dire si le syndicat les soutient ou si les luddites, reprenant le dessus, l’imposent en raison de l’insuffisance des résultats syndicaux (591/488). Il se peut aussi que certaines attaques aient été provoquées par des bonnetiers qui voulaient un prétexte pour réprimer les syndicats (627/517). Quoi qu’il en soit, deux permanents du syndicat sont arrêtés. Il y a alors une brève recrudescence d’activité luddite. Ces attaques se reproduisent de façon sporadique jusqu’en 1817, tandis que le syndicat se consolide dans une clandestinité n’excluant pas des manifestations, des grèves et des négociations.

Les « croppers » du West Riding

Un cropper est un « tondeur » de tissu en laine. Le travail consiste à redresser le poil à la main et à le couper avec une tondeuse, outil lourd et difficile à manipuler pour obtenir un bon résultat. Selon la qualité du travail du cropper, le tissu peut perdre ou gagner 20 % de son prix final. Par tradition, le salaire du cropper est de 5 % de ce prix. Les croppers travaillent en atelier, voire en usine. C’est eux qui contrôlent la finition du tissu. Ils ont une réputation d’indiscipline et d’indépendance. « "Le tondeur, à proprement parler, n’est pas un employé", écrivait un journaliste du Leeds Mercury ; il n’a pas le sentiment d’en être un, c’est pourquoi il s’appelle travailleur de l’étoffe et s’apparente beaucoup plus à un bottier, à un menuisier, à un tailleur, etc. (...) Comme eux, il va et vient, s’arrête plus ou moins longtemps (...) selon ses chances de trouver du travail (571-572/472). »

L’opposition des croppers à la mécanisation de cette opération particulière remonte loin dans l’histoire. Elle s’appuie sur une tradition artisanale dont la codification provient d’une législation très ancienne. Le gig-mill est une mécanique assez simple où un tissu est passé entre deux rouleaux qui redressent le poil afin de le tondre. Cette machine est connue depuis le xvie siècle, mais un décret d’Edouard VI en interdit l’usage. Ce décret et d’autres dispositions du même type ne sont toujours pas abolis au début du xixe siècle. D’invention plus récente, la shearing frame est une machine un peu plus perfectionnée dont la fonction est identique. C’est un cadre sur lequel le tissu est tendu avant d’être tondu par deux lames.

« En 1791, les négociants en drap de Leeds publièrent une déclaration publique, dans laquelle ils annonçaient leur intention d’introduire la nouvelle machine. Plus d’une fut détruite à Leeds par les tondeurs au cours des dix années qui suivirent (573/473). » Dans les dernières années du xviiie siècle, des émeutes de 1 000 à 2 000 travailleurs attaquent les usines pour y casser les machines. En 1802, les croppers forment une organisation dont le siège est à Leeds et dont le but est de veiller à ce que les gig-mills et shearing frames ne soient pas introduits. A Leeds même, ils réussissent. A Huddersfield (sud-ouest de Leeds), où des machines existaient depuis vingt ans, elles sont arrêtées par un « décret des travailleurs ». Avant même la phase luddite proprement dite, la résistance fait donc partie du paysage, dans ses formes violentes, mais aussi légales et parlementaires.

En 1811, les croppers suivent avec intérêt l’activité des luddites de Nottingham, ces tricoteurs qui cassent des métiers en petites bandes organisées et secrètes. Les articles du Leeds Mercury relatant ces événements sont lus à haute voix dans les ateliers (608/503). Les croppers ne vont pas tarder à imiter les tricoteurs. C’est au début de 1812 que les attaques commencent. En janvier, un des rares gig-mills de Leeds est brûlé. Puis les attaques nocturnes se multiplient dans la région. Après l’opération, « le chef regroupa ses hommes, fit l’appel, chacun répondant à un numéro au lieu de son nom ; ils déchargèrent alors leurs pistolets (...) poussèrent un cri et se retirèrent en bon ordre militaire. » (609/503). » Les luddites pratiquaient volontiers la lettre de menace, toujours signée par le général Ludd, telle que celle-ci, envoyée à un patron de Huddersfield :

« L’information vient de me parvenir que vous détenez une de ces détestables Tondeuses Mécaniques, et mes Hommes me demandent de vous écrire pour vous avertir loyalement qu’il faut les démolir (...) Vous Noterez que si elles ne sont pas démontées à la fin de la semaine prochaine, j’enverrai un de mes Lieutenants avec au moins 300 Hommes pour les détruire et Notez aussi que, si vous nous obligez à nous déplacer si loin, nous allons accroître vos malheurs en réduisant en Cendres vos Bâtiments et, si vous avez l’Audace de tirer sur mes Hommes, ils ont l’ordre de vous assassiner, et de mettre le feu à votre Demeure, vous aurez l’Obligeance d’informer vos Voisins que le même sort leur est réservé si leurs Machines ne sont pas rapidement démontées (610/504). »

Les luddites font reculer de nombreux petits patrons, qui détruisent ou mettent au rebut leur machine. En avril 1812, il ne reste pratiquement plus que les grandes entreprises à en utiliser, et c’est à elles que les croppers s’attaquent bientôt. Le 9 avril, 300 luddites mettent à sac et incendient une manufacture à Horbury. A la même époque, un contingent de 150 luddites échoue à briser les portes d’une manufacture à Rawfolds, après vingt minutes d’échanges de coups de feu avec le patron et des hommes à l’intérieur des locaux. Ces attaques sont tout sauf spontanées. Elles sont préparées et organisées. A Rawfolds comme ailleurs, les luddites savent qu’ils sont attendus par l’armée, mise à la disposition des propriétaires à l’intérieur de l’usine. Couvert par une partie des assaillants qui tirent sur les défenseurs, un commando s’approche de la porte pour la briser avec d’énormes masses qui servent aussi à briser les métiers. Mais la défense était trop bien organisée, et le commando a cinq blessés, dont deux mortellement (612/506). Cet échec semble marquer la fin du luddisme des croppers.

Les tisserands de coton du Lancashire

Thompson considère que, vers 1780, il y avait quatre types de tisserands de coton :

- le petit tisserand indépendant (négligeable déjà à cette date) ;

- l’artisan supérieur travaillant à la pièce pour différents patrons ;

- l’ouvrier travaillant dans un atelier ou à domicile (et dans ce cas sur son propre métier) ;

- l’agriculteur à temps partiel.

Le luddisme du Lancashire se définit comme un épisode bref et violent dans une longue évolution de la profession vers le statut de prolétaire. De 1780 à 1820, les trois derniers groupes de la typologie de Thompson évoluent vers une « fusion de ces trois groupes en un seul au statut considérablement affaibli -celui du travailleur à domicile prolétaire, qui travaillait chez lui, qui possédait ou louait son métier et qui tissait le filé selon les prescriptions de l’agent de l’usine ou de quelque intermédiaire (299/246). » Pendant un moment, la forte demande de tissu masque cette évolution. Les petits maîtres artisans se prolétarisent, mais gagnent bien leur vie. Les paysans deviennent tisserands à temps complet parce que ça rapporte plus que la petite agriculture. Bientôt, « réduits à une dépendance totale à l’égard de la filature ou des "distributeurs" qui transportaient le filé dans les hautes terres, les tisserands se trouvaient maintenant exposés à des vagues successives de réduction des salaires (305-306/251). » Car les capitalistes voyaient d’un mauvais œil la prospérité relative des tisserands. Selon un magistrat de l’époque, ces derniers étaient « (...) "tellement bien payés qu’en travaillant trois ou quatre jours par semaine ils pouvaient vivre dans un luxe relatif." Ils "consacraient une grande partie de leur temps et de leur argent au cabaret, et, chez eux, ils servaient à table, deux fois par jour, une bouteille de rhum, du pain de froment et du beurre de la meilleure qualité" (306/252). »

Sans exagérer le confort des foyers de tisserands, il faut penser en effet que leur statut est relativement privilégié, car la profession attire beaucoup de nouveaux travailleurs, par l’exode rural et par l’arrivée de travailleurs venant d’autres régions. Sous l’effet conjugué de cet afflux et de l’offensive des patrons considérant que « nous pouvons raisonnablement affirmer qu’une réduction de salaire dans l’industrie de la laine serait un avantage et un bienfait national, et ne porterait nullement tort aux pauvres (306/251) », les salaires reculent progressivement. Le tableau ci-dessous (327/269) montre que la baisse a été de plus d’un tiers au cours de la décennie précédant l’épisode luddite.

Année - Salaire hebdomadaire

- d’un tisserand
1797 - 18 s 9 d
1802 - 21 s
1809 - 14 s
1817 - 8 s 9 d
1828 - 7 s 3 d
1832 - 0 s 6 d

Dès 1790, les tisserands demandent un salaire minimum légal. Après bien des épisodes, le Parlement rejette définitivement, en 1808, la notion, ce qui entraîne une importante manifestation à Manchester. Une nouvelle tentative des tisserands échoue en 1811, ce qui provoque l’offensive luddite dans la région.

Thompson distingue deux phases dans ce long déclin d’une profession relativement prospère (327/269). La première va jusqu’en 1830-1835. La concurrence de la machine est inexistante, car il y en a peu, tandis que la demande de tissu est en hausse régulière et forte. Ce n’est qu’ensuite, dans la deuxième phase, que l’introduction de la vapeur et du métier mécanique élimine les tisserands manuels.

Seule la première phase nous concerne donc, et nous avons déjà vu deux causes à la prolétarisation accélérée des tisserands : l’offensive patronale pour faire baisser les salaires et la surabondance de travailleurs entrant dans la branche. Cette dernière cause renvoie à une situation de chômage endémique et fort dans le reste du pays. Thompson signale une troisième cause : la disparition des protections liées aux traditions. Les syndicats sont interdits, tandis que le gouvernement supprime progressivement toutes les vieilles règles corporatives protégeant les métiers (nous y reviendrons).

Par rapport au luddisme des tricoteurs, celui des tisserands se présente de façon plus complexe. Thompson estime qu’il associe des émeutes de la faim spontanées, une agitation politique, des provocations policières et le luddisme proprement dit, au sens de bris de machine organisé et délibéré (618/510-511). En mars 1812, au moment où les tricoteurs arrêtent de casser des métiers, les tisserands attaquent l’entrepôt d’une des premières usines utilisant un métier à vapeur. Le 9 avril, une émeute a lieu à Manchester à l’occasion d’un rassemblement politique des Tories, que l’opposition veut empêcher. Mais elle est débordée par les ouvriers, et les tisserands sont très actifs dans le débordement de l’opération politique de l’opposition. Plus tard en avril, des émeutes de la faim ont lieu dans plusieurs villes de la région pour protester contre la hausse du prix du pain et des pommes de terre. Ces émeutes comportent des éléments organisés. A Stockport, les émeutiers sont menés par deux hommes déguisés en femme se faisant appeler « les femmes du général Ludd ».

Le 20 avril, à Middleton, plusieurs milliers d’ouvriers attaquent une usine où se trouve un métier à vapeur. Ils sont repoussés par un tir nourri des défenseurs et laissent trois morts. Le lendemain, les assaillants reviennent plus nombreux. A midi, arrive « une masse d’hommes, entre cent et deux cents personnes, quelques-uns armés de mousquets avec la baïonnette au canon, et d’autres portant des pics de mineurs, (qui) défila à travers le village et se joignit aux émeutiers. A la tête de cette bande armée était porté un Homme en Paille qui représentait le fameux Général Ludd. » (Leeds Mercury, 25 avril 1812, cité p. 621/512.) L’usine se révélant imprenable, les émeutiers brûlent la maison du propriétaire. L’armée intervient et tue au moins sept personnes, parmi lesquelles un boulanger, un vitrier et un menuisier. S’il en était besoin, la profession de ces victimes montre suffisamment à quel point le luddisme des tisserands se fonde dans un contexte plus large d’opposition au développement des manufactures et au laisser-faire capitaliste.

« Ainsi, le luddisme du Lancashire abandonna la tactique de la destruction de machines au bout de trois à quatre semaines. (622/513-514). » L’échec de Middleton, ainsi que d’autres, entraîne une évolution. D’une part, les luddites envisagent de s’attaquer aux capitalistes plutôt qu’à leurs machines. D’autre part, ils s’organisent en groupes armés clandestins, prêtant serment, et fouillent les villages pour trouver des fonds et des armes en vue d’une insurrection. A ce moment, estime Thompson, tout le pays est dans une situation pré-révolutionnaire. « On a rarement vu une fureur insurrectionnelle aussi diffuse dans l’histoire de l’Angleterre (624/515). » Dans ce contexte cependant, le luddisme du Lancashire s’enlisa dans des dérives paramilitaires et disparut, soit par l’effet de la répression et des trahisons, soit par l’évolution de certains groupes vers une activité plus syndicale et politique. On a vu la même évolution avec les tricoteurs de Nottingham.

Conclusion

Les éléments qui précèdent suffisent à montrer que le luddisme n’a rien d’une réaction spontanée et incontrôlée de violence contre les machines en tant que telles. Il apparaît parfois dans des situations où aucune nouvelle machine n’est introduite, et il est alors clairement une réaction d’opposition à l’introduction de nouveaux rapports entre ouvriers et patrons, indépendamment de tout problème technologique. Et quand il y a bien introduction d’une machine nouvelle, la violence contre celle-ci diffère de l’anti-travail et du sabotage des OS modernes en ce que la révolte des luddites n’est pas contre les rythmes de travail imposés par ces nouvelles machines, mais contre la déqualification et le chômage qu’elles impliquent. Et les luddites ne détruisent pas les machines sur lesquelles ils travaillent eux-mêmes, mais celles d’autres lieux de travail où les patrons les imposent et/ou les ouvriers les acceptent.

Enfin, on a vu que le luddisme est une pratique qui, pour être violente, n’en est pas moins extrêmement organisée et réfléchie, en rapport dialectique constant avec l’activité clandestine politique et syndicale qui, pour reprendre le titre de Thompson, aboutira à la formation de la classe ouvrière anglaise en tant que somme des cultures et des institutions du prolétariat anglais.

B. A.

CHRONOLOGIE DES LUTTES LUDDITES

1811

- Mars. Manifestation de tricoteurs à Nottingham.

1812

- Janvier. Attaque de croppers à Leeds.

- 28 février. Fin du luddisme des tricoteurs.

- Mars. Attaque d’un dépôt par les tisserands.

- 9 avril. Les croppers à Horbury.

- Avril. Les croppers à Rawfolds.

- 20 avril. Attaque de Middleton par les tisserands.

- Juillet. Rejet du projet de loi des tricoteurs

Notes à partir du livre de E. P. Thompson La Formation de la classe ouvrière anglaise [1].

(Ce texte est paru dans Echanges n° 113 (été 2005), p. 43.)

Mis en ligne par libertad, le Lundi 19 Février 2007, 23:19 dans la rubrique "Pour comprendre".

http://endehors.org/news/le-luddisme

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14/12/2009

L'insurrection qu'on vit

Undgohmsuseht, Tarnac, les batailles de Strasbourg (Otan), Calais (No border), Poitiers, Genève (Omc), Grèce (insurrection généralisée), Copenhague, tous les ouvriers qui sabotent leurs usines ou menacent de les faire sauter, les occupations de lycées et de facs dans toute l’Europe…


Les batailles se multiplient et gagnent en intensité ;

De mauvaises graines, nous sommes devenus mauvaise herbe qui partout se répand.

Partout la guerre sociale fait rage, il n’est pas un jour, une heure, sans que quelque part en Europe une émeute fasse trembler le vieux monde, sans qu’un squat s’ouvre, sans qu’une frange toujours plus large du peuple sabote les dispositifs de contrôle et s’organise à ne plus payer, les loyers, les péages, les licenciements, la bouffe ; il n’est pas un jour, pas une heure, sans que quelque part en Europe la résistance s’organise contre l’Ordre Nouveau.

Arracher la vraie mauvaise herbe, cette société qui pousse et nous repousse de son sale engrais, celui de l’exploitation et de la domination. Arracher la vraie mauvaise herbe, brûler les ronces de la répression, détruire les racines de la marchandise, qui nous grattent et nous étouffent. Arracher la vraie mauvaise herbe, la propriété et le profit.
Puis, enfin, labourer la terre, la retourner, la faire respirer, d’où naîtra et émergera une nouvelle possibilité du vivre-ensemble.

Depuis quelques années jusqu’aux derniers mois, aux dernières semaines, l’État recule et rétrécit sa zone de barbelés ; les combats de rue et les brèches de vie pullulent dans une permanence non-linéaire, dans toutes les strates de la société, dans tous les coins et recoins du monde occidental, à toutes les échelles locales et internationales, et s’exposent à toutes les répressions qui ne pourront empêcher l’effondrement en cours des rouages du pouvoir.

Nous en avons tous conscience, notre guerre est latente mais totale, diffuse mais réelle, et l’État ne peut empêcher la guerre civile d’avancer ; notre guerre est pleine de positivité, remplie de tous les élans d’aspirations d’émancipation et de libération des corps, des gestes et des rapports. La contre-insurrection est en marche, l’Europe sombre dans un obscur totalitarisme, dans un sombre absolutisme du marché, dans une guerre ouverte aux squats, aux «déviants», à ceux qui font de leur finalité leurs moyens immédiats. La répression militaro-médiatique est de plus en plus dure, brutale, infernale.

Nous voguons à travers l’océan du vivre que l’on brave sur notre petite barque du vécu, entre les tempêtes du survivre.

Nous refusons de croire en la religion du spectacle qui nous fait marcher sur du vide. Nous assumons, bien au contraire, d’être au fond du ravin et remontons à la surface à partir de la base par l’effectivité de nos luttes ;
Laissons syndicats, gauche bien-pensante et Etat régner sur l’abîme.

Nous ne voulons pas être immortels, mais réels.
Nous ne voulons pas être puissants, mais vivants.
Nous ne voulons pas régner, mais exister.

Au passé que nous n’avons pas choisi, nous préférons un futur qui nous appartient.

Nos pavés sont les graines qui feront germer les rêves, l’amour et la réalité, de par la plage qu’ils libèrent, de par les casques policiers dans lesquels ils seront encastrés.
Nos Molotov chassent la mauvaise herbe du règne mensonger, du spectacle et de la consommation.

Progressivement, les brèches s’élargissent et se stabilisent, par lesquelles nous recréons de nouvelles communautés sans rapports marchands ;
Nous saurons apprécier enfin ce monde que nous ne voulons pas posséder, nous saurons nous laisser bercer par notre libre usage du temps ;
Nous réapprendrons à voir ce qui se trouve sous nos yeux, loin du bruit des villes, nous écouterons pour la première les rumeurs des collines sauvages, nous créerons l’instant perdus dans les grands espaces baignant dans le soleil.
Nous découvrirons un nouveau rapport au monde, à soi, à l’autre ; nous serons une partie du tout, notre joie sera notre confort ; nos nouveaux havres de paix seront les clés qui ouvriront les chaînes du vieux monde en ruines ;

Nous sommes l’accomplissement de l’anéantissement de la société.

Nous sommes les plantes qui émergeront des cendres de l’ancien monde, nous créons le possible. Nous clamons l’absence de gestion : de nos vies, de nos besoins, de nos désirs, de nos amitiés, de nos rires, de nos amours.

Quand les exilés se seront retrouvés pour partout créer des lieux qui détruiront les cartes, nous réapprendrons à voyager entre les communautés ;
Nous rirons devant les ruines d’une folie capricieuse de 2000 ans, nous oublierons ce qu’ont pu signifier le pouvoir, la gloire, la jalousie et la propriété ;
Nous deviendrons les enfants de notre propre existence ; l’ère de la survie, du salariat, de l’isolement et du calcul, du spectacle et de la marchandise, de la domination et de la neutralisation, nous amusera comme un mauvais rêve dissipé.

Nous sommes l’anéantissement de la représentation.

Nous sommes la brèche vivante,
Nous sommes la faille frémissante, d’où s’écroule l’autorité étatique.

Dans l’ancien monde, nos rires sont des étoiles de fissures sur les sinistres vitrines de la marchandise, nos chants sont des slogans dont les accords sont des pavés et les mélodies les crépitements des flammes qui consument les palais du pouvoir ;
Notre imagination collective détraque les machines les plus solides et effrite les usines ;
Nous combattons avec rage mais sans haine.

Rage de vivre, rage de rire, rage d’aimer.

Chaque commune autogérée que nous créons repousse les barbelés qui protègent encore les puissants qui ne règnent plus ;
Chaque ferme de liberté abolira le pouvoir du fait même qu’elle l’ignore, il se résorbera et disparaîtra ;
Les barrières et les frontières de nos têtes tombent d’elles-mêmes dans la réalisation de nos aspirations.

Quand prendra fin la guerre en cours ? Ce n’est pas la question à se poser. Car oui, la guerre est à peine commencée.

Nous sommes la conscience vivante, vibrante et joyeuse d’un monde en dépassement de lui-même.

Les générations futures connaîtront peut-être enfin ce qu’on nous a appris à fuir et à oublier : l’innocente insouciance…

Pour l’amour,
Pour la vie et la réalité,
Viva Insurrection.


guitoto

13 décembre 2009.

pris chez le JL

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07/12/2009

Solidarité totale avec les 10 de Tarnac


Les contrées magnifiques


La piètre diligence de l’instruction du juge Fragnoli ne risque pas de repartir : les flèches d’intelligence décochées ces derniers temps pars les dits "dix de Tarnac", et singulièrement la dernière (voir http://www.lemonde.fr/opinions/arti...) ont fini de ridiculiser l’opération de communication pilotée par l’Intérieur et le piteux Bauer. Mais les tuniques bleues risquent fort de se venger. En refusant de se soumettre désormais au contrôle judiciaire, nos camarades s’exposent à retourner derrière les barreaux. Un mouvement de soutien aussi fort que celui qui s’était levé après le 11 novembre 2008 ne sera pas de trop pour contrer l’acharnement de la triste clique MAMiste et bauérienne à sauver son plan média ainsi que la guéguerre personnelle que les sbires de la SDAT mènent contre les "dix de Tarnac". Défendre nos camarades, c’est nous défendre tous contre la terrorisation étatique. La laisser s’appliquer à eux aujourd’hui, c’est prendre le risque qu’elle soit employée demain contre tous les opposants d’une société qui, à force de marchandiser et de contrôler tout ce qui vit, fait partout triompher la mort.

http://quadruppani.blogspot.com/200...

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Théorie du partisan, d'une irrégularité à une illégalité + Penser l’ennemi, affronter l’exception, réflexions critiques sur l’actualité de Carl Schmitt

théorie du partisan, paru en 1963, s'inscrit dans une approche de l'exception, du rapport ami-ennemi qui serait en quelque sorte la clé de voûte de la théorie politique. Mais cette théorie du partisan montre également que ce rapport ne va pas sans poser de problème quand il s'agit de déterminer l'ennemi parmi ses propres concitoyens (et pas seulement à l'extérieur de la nation). C'est cette approche qu'il entend développer ici à travers son ouvrage considéré par William E. Steuerman comme « d'une pertinence dérangeante pour le monde politique et juridique dans lequel nous nous trouvons et qui anticipait le développement de cette thèse dans le monde actuel », en référence aux attaques du 11 septembre. Nous parlerons ainsi ici de sa thèse sur les combattants irréguliers puis illégaux et de sa difficulté à la développer tout au long de son oeuvre, à partir de quatre grands postulats avancé par schmitt et qui tendent à définir le combattant irrégulier : irrégularité, haut degré de mobilité, haut degré d'intensité de l'engagement politique et le caractère tellurique.
Afin de voir cela, nous nous demanderons dans quelle mesure l'évolution de la notion du partisan amène à une perte de valeur de celui-ci.
Pour cela, nous nous pencherons en premier lieu sur les caractéristiques avancées par carl schmitt qui permettent de distinguer le partisan des combattants réguliers ou autres combattants irréguliers mais également l'évolution de ceux ci à travers le temps. Puis en un second temps, nous verrons qu'une perte de valeur ou du moins une évolution notable est à noter chez ces combattants avec le passage d'une irrégularité à une illégalité, puis nous nous arrêterons sur les difficultés réelles de l'auteur à développer et à répondre à toutes les questions qu'il s'est posé et nous en tirerons des conclusions quant au nouvel avenir et au nouvel avènement des nouveaux combattants non plus irréguliers, mais illégaux.

http://www.oboulo.com/carl-schmitt-notion-politique-theorie-partisan-1972-52737.html

 

Penser l’ennemi, affronter l’exception
Réflexions critiques
sur l’actualité de Carl Schmitt

Éditions La Découverte, Paris, 2007.

(extrait)..." « Disturbingly relevant » et « when read critically » :
tout est là—la pertinence des analyses de Schmitt est troublante,
dérangeante, mais, comme le note toute une tradition
philosophique, le trouble, le dé-rangement, ce que
Locke appelait l’« uneasiness », est sans doute ce qui fait
penser ; ce trouble tient en fait au mélange de sentiment que
l’on éprouve à lire Schmitt : le lecteur est souvent frappé
par la force et la capacité d’anticipation des analyses, mais
insatisfait, non seulement en raison des options réactionnaires
de l’auteur qui affleurent souvent, mais aussi en
raison de raisonnements trop elliptiques, de présupposés
massifs, d’une mauvaise foi camouflée par le brio de
l’expression. Tout cela rend indispensable une lecture critique,
hors de laquelle, d’ailleurs, la question peut être
posée, et l’a été, de savoir si les analyses schmittiennes ne
serviraient pas plutôt à légitimer ce qu’il s’agit de contester
radicalement."

doc pdf: penser l'ennemi, affronter l'exeption

 

 

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05/12/2009

Hymne au coureur des bois

Hymne au coureur des bois

De l'indien, j'ai l'insouciance
L'ouïe et l'intrépidité
Pareil mépris de l'existence
Pareil amour de liberté

Il n'est pas un souffle, un murmure
Pas un frémissement des bois
Pas un seul bruit de la nature
Que ne puisse imiter ma voix

J'ai pour sceptre ma carabine
Le dôme des cieux pour palais
Pour tapis, j'ai la mousse fine
Pour trône, les monts, les forêts

Lorsque l'ombre du soir arrive
Je me fais un lit de sapin
Couché près de la flamme vive
Je rêve et dors jusqu'au matin

 

abbé Henri-Raymond Casgrain (1831 - 1904)

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04/12/2009

Rebetiko : Ne plus payer le journal

 



Ne plus payer le journal

Rebetiko se distribue gratuitement ou contre une participation libre. Dans les bars, dans la rue, les librairies, les médiathèques, les facultés, sous les lits, dans les toilettes publiques des aires d’autoroute, chez les coiffeurs… partout où circule la plèbe. La distribution est diffuse, et a vocation à se densifier quand la situation le requiert.

Les 200 premières demandes envoyées à
Rebetiko accompagnées d’une adresse postale bénéficieront d’un abonnement gratuit. Envoi en toute discrétion ! Il est possible d’en faire parvenir un paquet pour une diffusion locale. Toute bonne adresse où laisser des stocks pourra également être approvisionnée.

Rebetiko no 3, automne 2009
Chants de la plèbe.


22:28 | Lien permanent | Commentaires (0) |

02/12/2009

Adieu Non Fides

Adieu Non Fides

samedi 28 novembre 2009

Après deux ans d’existence et quatre numéros, le journal Non Fides a décidé d’en finir.


Né de la volonté de plusieurs individus de faire quelque chose qui leur ressemble, ce journal se voulait une sorte de proposition à créer, écrire, débattre et réfléchir. Il nous apparaissait à l’époque qu’un certain manque se faisait ressentir dans les domaines de l’analyse critique et de l’écrit, un manque loin d’être comblé, à quelques exceptions prés, par les multiples journaux ne s’éloignant pas des habituels chemins militants et alternatifs.

En ces temps où tout laisse croire que la lecture, l’analyse ou la théorie sont devenus des efforts insurmontables, un privilège d’académiciens et d’intellectuels, et où au final on sait de moins en moins lire, y compris dans les milieux radicaux ; à cette époque où l’on doit choisir entre deux spécialisations : l’activisme ou l’intellectualisme ; à cette époque où tout semble converger vers la dégradation qualitative de la pensée révolutionnaire, vers l’appauvrissement des rapports humains, nous voulions, avec Non Fides, contribuer à notre mesure, à opérer une jonction entre l’activité et la réflexion, l’action et l’analyse. Les personnes qui se sont impliquées dans ce journal au cours de ces deux années, se sont rencontrées dans différentes luttes et ont voulu, ensemble, aller plus loin et partager un peu plus que de simples rassemblements, mouvements, activités, activismes.

Au fil de notre évolution, il serait malhonnête de dire que nous ne nous sommes jamais senti dépassés par l’accueil que nous avons reçu ici et là. Un accueil souvent respectueux dans sa réciprocité, mais un accueil la plupart du temps fait d’enthousiasme acritique, ou à l’inverse d’une stigmatisation permettant d’éviter tout réel conflit d’idées. L’un comme l’autre nous ont encouragés à vouloir en faire toujours plus, et c’est cette course effrénée qui a amené ce sentiment d’aliénation que nous ressentons aujourd’hui, de Non Fides par rapport à ceux qui l’animaient. Comme si Non Fides n’était plus qu’une représentation permanente de lui-même.

Nous tenons à rappeler plusieurs choses. Tout d’abord, nous n’avons jamais voulu, ni prétendu représenter quoi que ce soit, ni une organisation, ni une tendance au sein d’un mouvement plus large, ni un courant, ni une fraction quelconque d’un hypothétique mouvement social, et ce malgré les jugements à l’emporte pièce qui nous ont été adressés : tantôt nous étions les « totos », tantôt les « intellos », tantot les « rupturo-rupturistes » tantôt les « insurrectionalistes », tantôt des « assoiffés de violence ». Si nous avons certainement fait l’erreur plusieurs fois d’employer ou de reprendre à notre compte des « ismes » superflus, parfois pour les critiquer (mais sans que personne ne s’en aperçoive), parfois pour les pousser plus loin, il semble que ces erreurs, nous les avons payées cher jusqu’au bout de l’aventure.

Si nous parlons d’aventure, c’est bien cependant, que nous ne regrettons rien, pas même nos erreurs qui ont contribué à notre évolution et dont nous ne ressentons pas le besoin de nous cacher, ou de les nier. Le journal, et le site qui lui est attaché, ont été le reflet de l’évolution qui a traversé chacun de nous ; une évolution qui n’est jamais facile, certes, mais nécessaire, et qui est toujours restée attachée à son autonomie vis-à-vis des idéologues et des logiques de milieu, parfois avec tant de conviction que nos choix n’ont pas toujours reflété notre objectivité.

La publication Non Fides n’a jamais rassemblé que quelques individus motivés, et comme nous l’avons régulièrement répété, n’a jamais affiché la volonté de s’agrandir, ni fait quoi que ce soit dans ce sens. Au contraire nous avons répété à qui voulait bien l’entendre que nous préférions la multiplication des initiatives à l’unité derrière une grande et même chapelle. Toujours pousser vers la qualité, quitte à ce que la quantité en pâtisse ou ne soit pas au rendez-vous. C’est aussi pour cela que la volonté majeure derrière les publications, a toujours été de lutter contre la confusion, le frontisme et la fausse unité. Ce type de position ne nous a semblé que très rarement comprit, et cela fait partie des raisons qui nous poussent à arrêter.

Le journal est devenu de plus en plus important au fil du temps, de plus en plus présent. Cela, ajouté à l’appauvrissement général dont nous parlions précédemment, nous a amené à un résultat que nous ne souhaitions pas mais que nous avons malheureusement contribué à renforcer, à savoir une impression d’hyper-visibilité et d’omniprésence, souvent virtuelle. Nous admettons sans gène notre part de responsabilité. Cet enthousiasme nous a entre autre amenés à nous doter d’un certain nombre d’outils pratiques (site, brochures, infokiosque…) qui ont contribué à renforcer l’image d’une organisation large et formelle, et ce malgré nos vains efforts pour infirmer ces critiques. Face à la confusion ambiante (dont certains d’entre nous étaient issus), et contre laquelle nous voulions nous inscrire, nous avons eu tendance à forger un discours anti-organisations, avec la volonté de déconstruire chaque pan de ce qui nous déplaisait dans leurs divers discours nauséeux. Dans cette bataille, nous sommes sans doute tombés dans un piège malsain, celui de reproduire des réflexes d’organisation, même informelle, et par là, de nous constituer en tant que « pôle » distinct et facilement étiquettable au milieu de tout ce qui se dit « subversif ». Ceci ajouté à un réflexe de mettre des signatures et des logos là où il n’y en avait nul besoin, et la coupe était pleine. Reste qu’à la fin, et après de nombreuses discussions, nous avons identifié Non Fides comme ce logo que l’on pouvait apposer derrière chacune de nos productions, tel un réflexe conditionné propre aux organisations formelles pour lesquelles nous étions pourtant loin d’éprouver une quelconque sympathie. Cette erreur a été facilitée, à nos yeux, par la place démesurée qu’occupe internet aujourd’hui, et qui fait que les « discussions » entre révolutionnaires ont de plus en plus lieu ailleurs que dans la vie, avec l’appauvrissement qui en découle fatalement, mais aussi toute la cohorte de bassesses, d’insultes faciles et sans conséquences que cela permet, de toute part.

Malgré tout, nous avons toujours tenu à produire un journal papier, avant toute chose, et en priorité. De ce point de vue, nous sommes assez satisfaits du résultat, et contents qu’un journal comme Non Fides ait pu exister, ne serait-ce que le temps de quatre numéros.
Lorsque nous avons publié un « avis aux lecteurs », relatif à la question financière et à nos publications, cela s’inscrivait également dans cette volonté de maintenir l’existence de la presse écrite anarchiste, et quand nous disons cela, nous ne parlons évidemment pas d’une diffusion suivant les schémas et les outils de la presse classique, avec ses codes-barre, antivols, ISBN, et autres kiosques fourre-tout. Nous avions évidemment en tête la volonté de briser une tendance à la consommation de journaux anti-autoritaires, qui n’apporte rien d’enrichissant, d’un côté comme de l’autre. Cet avis traduisait une certaine lassitude, malgré la masse de compliments oraux que nous avons pu recevoir, mais qui n’allaient pas plus loin. Voici ce que nous disions à l’époque : « Le constat, avec l’émergence d’internet et la perte du contact humain qui en découle, que ce genre de publication est de moins en moins soutenue est largement partagé par une majorité de compagnons éditant du papier. Des publications de qualité meurent, réduisent leurs tirages ou se délocalisent sur le net. Pour des anarchistes, ce constat est plus que navrant. Savoir que de nombreuses personnes promettent des chèques qui ne viennent pas et ne pensent jamais aux frais d’envois qui sont les nôtres, que beaucoup, dans une attitude de consommation toute démocratique ne filent jamais un rond à la presse anti-autoritaire que pourtant ils trouvent de l’intérêt à lire, nous informe d’une détérioration claire des rapports. Avoir le même rapport à une publication comme Non Fides, qu’à des publications commerciales montre également à quel point la société de consommation a su envelopper de sa main sale les petites bulles auto-proclamées subversives. » Cette impression est toujours la nôtre aujourd’hui.

Sortir un journal comme celui-là a toujours été une galère financière pour nous, et il nous semblait qu’il allait de soi dans l’esprit de chacun, qu’un journal prêt à l’emploi et disponible ne puisse pas sortir de nulle part et tomber du ciel. Le tirage a toujours coûté cher, ce n’est pas une nouveauté, et en tant qu’anarchistes, nous ne sommes pas disposés à trouver l’argent par n’importe quel moyen, mais selon notre éthique. Ce choix était assumé, pour créer un certain contact humain, éviter la froideur totale d’un PDF balancé sur le net, lu avec les pieds et rangé dans des dossiers virtuels par des archivistes des mondes parallèles. De notre côté, lorsque nous lisons une publication qui nous intéresse sincèrement, nous nous démerdons toujours pour lui filer un coup de main, même modeste, qu’il soit financier ou non, d’ailleurs ; traduire, reprendre des textes, diffuser les publications... autant de petits gestes qui peinent à devenir réciproques, freinant ainsi la diffusion et la création de liens affinitaires et mutuels, et agrandissant l’isolement. Cette réciprocité anti-consommatrice, éliminant de fait les schémas séparatistes auteurs/lecteurs, nous ne l’avons jamais assez ressenti, encore une des raisons de cette mise à plat générale. En résumé, nous tirons des conclusions assez pessimistes, notamment sur le fait qu’il faille être riche et populaire aujourd’hui pour pouvoir proposer un journal de qualité à prix libre et s’y tenir, et pour que sa diffusion dépasse les petits cercles restreints d’aficionados. Il ne s’agit pas là de considérations économiques, et comme nous l’avons souvent répété, être déficitaires ou non, nous nous foutons de cela. La question était ailleurs : être en mesure de continuer à donner une existence papier à nos publications et à pouvoir en retirer encore un peu de sens. Un journal qui ne s’inscrit plus dans une dynamique satisfaisante (émulation, polémiques, discussions, conflits, enthousiasme, solidarité, partage) perd à nos yeux une partie de sa raison d’être.

Tout autre chose : nous avons souvent reçu le qualificatif de « juges » assis dans leur tour d’ivoire, totalement détachés des réalités et délivrant les bons et mauvais points en terme de radicalité, de façon idéologique. Ou alors d’être des « révolutionnaires hors-sol », attendant le Grand Soir en crachant sur toute initiative jugée « molle », « réformiste » et insuffisante. Face à cela, nous répondons simplement que les individus ayant participé à ce journal se sont toujours refusé à reproduire la classique division/séparation entre théorie et pratique, et cela ne changera pas. Non Fides étant un outil anonyme, il n’avait pas à rendre compte des activités de ceux qui le composent. C’est pour cela que lorsqu’on nous envoyait, comme seule réaction à des réflexions, la remarque : « Vous critiquez tout, mais qu’est-ce que vous faites concrètement ? », nous avons toujours refusé de répondre à cela. Tout ce qui a été proposé par le journal Non Fides (journaux, affiches, tracts, brochures) a eu une existence réelle : les journaux en librairies, les brochures sur les tables de presse, les tracts diffusés dans la rue, les affiches collées sur les murs. Les tables de presse, par exemple, ont toujours fait partie de nos activités régulières, et cela non plus ne s’arrêtera pas. Aussi, aux « anarcho-flics » qui nous ont sans cesse emmerdés avec leurs questions sur la concrétude de nos activités, nous n’avons qu’une seule chose à dire : sales flics. Chercher un ou des auteurs, publiquement, derrière chaque texte, chaque affiche, tract ou action, c’est faire un travail de keuf, c’est mériter sa correction.

Un journal disparaît, mais pas les individus qui le faisaient, et ceux-ci comptent fermement continuer ce qu’ils ont fait jusqu’à présent avec l’expérience de leurs erreurs, mais aussi à explorer des voies inconnues, avec au cœur une irrépressible volonté de subvertir ce foutu monde dans lequel nous vivons et contre lequel nous nous battons, et de ne pas laisser en paix tout ce qui contribue à nous maintenir esclaves. Un journal qui meurt pour exploser en une multitude de projets qui ne s’y référenceront pas.

A bientôt, ailleurs.
Vive l’anarchie.

P.-S.

On pourra toujours commander des exemplaires de Non Fides N°4, à l’adresse habituelle. Ce site, lui, plutôt que de se contenter d’être la vitrine d’un journal, continuera son chemin autrement. Il prendra peu à peu la forme d’une base de donnée anarchiste internationale et multilingue qui pourra servir (à celles et ceux qui en ressentent le besoin) d’archive de tracts, affiches, journaux, textes, brochures, analyses, actualité et contre-information. Nous continuerons le travail effectué sur les vieilleries, ainsi que les traductions. Nique la France, guerre sociale.

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01/12/2009

« Est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle » Carl Schmitt 1922

29 mai. Ce matin, La Tribune, relayée par le journal de 8 heures sur France Inter et par Libération (et d’autres sans doute), a annoncé qu’Arnaud Lagardère avait été entendu pendant près de neuf heures par l’Autorité des marchés financiers, « dans le cadre d’une enquête sur de possibles délits d’initiés ». Les retards dans le programme de l’Airbus A380 avaient été évoqués lors d’un conseil d’administration d’EADS dès le 7mars 2006. Les journaux rappellent que, le jour même, Noël Forgeard et plusieurs dirigeants du groupe faisaient signer par le directeur financier, Hans-Peter Ring, l’autorisation de vendre leurs stock-options. Deux semaines plus tard, Lagardère et Daimler-Chrysler, principaux actionnaires d’EADS, vendaient chacun 7,5% du groupe, ce qui allait leur rapporter 2 milliards d’euros chacun. Au lendemain de l’annonce publique du retard de l’A380, le 13juin 2006, ces paquets d’actions n’auraient plus valu que 1,15 milliard, l’action d’EADS ayant chuté en une journée de plus de 26%, après avoir glissé de 20% depuis avril-mai2006.

Dans Le Monde de ce soir (daté du 30 mai), on ne trouve, sauf erreur, aucune trace de cette information. La discrétion s’impose, au moment où il y a comme du tangage à la direction et où l’on attend de Lagardère une recapitalisation du journal.

Sur une affiche de la fédération de Rome d’Alleanza Nationale (Alliance nationale, le parti de Gianfranco Fini), on voit Sarkozy, la bouche légèrement de travers, l’index tendu. La légende : « Vince Sarkozy – Cambia l’Europa » (Sarkozy a gagné –L’Europe change). Fini a préfacé l’édition italienne du livre de Sarkozy intitulé Testimonianza (Témoignage). Fini n’est pas un fasciste ou plutôt, comme son ami Sarkozy, « il a changé » : le même qui proclamait en 1992 que « Mussolini a été le plus grand homme d’État du XXe siècle et que, s’il vivait aujourd’hui, il garantirait la liberté des Italiens » a déclaré, en 2003, en Israël, que le fascisme a été « le mal absolu du XXe siècle » et que le règne de Mussolini fut « un chapitre honteux de l’histoire de notre peuple ». Entre-temps, il était devenu vice-Premier ministre du gouvernement Berlusconi. Dans la situation actuelle où le grondement de la guerre civile n’est encore perceptible qu’à des oreilles attentives, ni Fini ni Sarkozy n’ont besoin de s’encombrer des oripeaux du fascisme. Mais, de même que Berlusconi a récupéré un Fini devenu respectable pour en faire un ministre, de même on voit bien son émule Sarkozy recruter un notable du Front national, lavé bien blanc, lors d’un prochain remaniement ministériel.

http://www.marianne2.fr/Eric-Hazan-annonce-la-guerre-totale-contre-Sarkozy_a78904.html

 

 

en pluche (Probe):

"Dès 1815, Clausewitz parle, dans un sens proche, de "guerre absolue", pour désigner le stade ultime d'un conflit, celui où les belligérants mettent en œuvre tous leurs moyens non plus seulement pour vaincre, mais pour anéantir l'ennemi....le concept de « guerre totale » est élaboré à l'origine par Ludendorff dans un livre portant ce titre en 1935, dans lequel il développe l'idée que le pouvoir politique doit être entièrement subordonné à la guerre afin d'assurer la stabilité idéologique et le moral à l'arrière."

Généalogie et signification de la notion de guerre totale.

Il faut d'abord préciser, au seuil de notre propos, ce qu'est la guerre totale. La notion, associée spontanément au nazisme, remonte bien au-delà de l'histoire du IIIème Reich. Dès 1815, Clausewitz parle, dans un sens proche, de "guerre absolue", pour désigner le stade ultime d'un conflit, celui où les belligérants mettent en œuvre tous leurs moyens non plus seulement pour vaincre, mais pour anéantir l'ennemi.

La notion de "guerre totale" est reprise par le commandement allemand lors de la Ière Guerre Mondiale. En 1916, Erich Ludendorff (1865-1937), bras droit du Chef d'Etat-major Paul von Hindenburg, élabore le plan Hindenburg. Ludendorff demande que tous les pouvoirs civils et militaires de l'Empire soient confiés au commandement militaire. Toutes les ressources, toutes les forces vives de la nation doivent être orientées vers l'effort de guerre, organisé par une planification militaire cohérente et centralisée. Après la défaite, Ludendorff expose ces analyses dans un livre, publié en 1936, intitulé, précisément, Der Totale Krieg5. Pour Ludendorff, la Première Guerre Mondiale marque le passage d'une guerre traditionnelle, une guerre de cabinets, limitée dans son ampleur et dans ses objectifs, à la guerre totale. La guerre de cabinets est décidée par le pouvoir politique d'un Etat pour contraindre un autre Etat et l'amener à résipiscence. Elle est donc, comme le dit Clausewitz, "la continuation de la politique par d'autres moyens6". Prolongement du politique, elle en a la froideur calculée et l'ampleur limitée. Or, affirme Ludendorff, la définition clausewitzienne de la guerre est obsolète : Clausewitz est "aujourd'hui anachronique et en tout point dépassé7". Clausewitz concevait la guerre comme un engagement limité, référé à un objectif défini et précis, et circonscrit à la seule sphère militaire. La guerre est l'affaire des ministres et des soldats. Elle se déroule en champ clos, selon les codes d'un art et d'un droit coutumier de la guerre qui régit l'affrontement des gentilshommes depuis des siècles.

Clausewitz, contemporain de la Révolution française, de l'engagement en masse de volontaires, de la conscription et de la naissance du service militaire, percevait pourtant bien les germes d'une mutation de l'essence de la guerre. Clausewitz parle d'une "montée aux extrêmes" qui fait tendre la guerre vers sa "forme absolue". Cette forme absolue, c'est, pour Clausewitz, l'entéléchie de la guerre, son concept pleinement réalisé, en acte. Mais pour Ludendorff, Clausewitz ne va pas assez loin. Le général prussien, pourtant contemporain de la Révolution, n'a pas vu que la guerre débordait désormais le cadre circonscrit que la tradition militaire occidentale lui assignait. Désormais, la guerre est l'affaire de tout un peuple. La guerre est la "lutte du peuple pour sa vie8". Elle engage le peuple tout entier et a pour enjeu la survie du peuple tout entier. C'est lui qui est engagé, et c'est lui, désormais, qui est visé par l'ennemi :
"Déjà à l'époque de Clausewitz, le temps des guerres de cabinets était révolu, c'est-à-dire des guerres que les gouvernements faisaient au moyen de leurs armées de métier et auxquelles, généralement, les populations ne prenaient part que dans la mesure où elles se voyaient frappées d'impôts ou bien se trouvaient lésées par les marches des troupes, les quartiers d'hiver et les combats. La Révolution Française venait d'engager des forces populaires tout autres, mais la guerre n'avait pas encore réalisé, pour parler comme Clausewitz, sa forme abstraite ou absolue9".

Cette forme absolue de la guerre, c'est la Guerre Mondiale qui la réalisera :

"Dans cette guerre, il était difficile de distinguer où commençait la force armée proprement dite, où s'arrêtait celle du peuple. Peuple et armée ne faisaient qu'un. Le monde assistait, au sens propre du mot, à la guerre des peuples10".

Il y a estompement de la distinction entre civils et militaires. La ligne de partage traditionnelle est brouillée, effacée. Le civil devient combattant du front, d'un autre front, celui de l'arrière. Combattant, il l'Est indirectement par son activité productive et logistique, qui soutient et alimente l'activité du front. Comme le remarque Ernst Jünger "il n'y a, au cours de la Première Guerre Mondiale, plus aucune activité - fût-ce celle d'une employée domestique travaillant à sa machine à coudre - qui ne soit une production destinée, à tout le moins indirectement, à l'économie de guerre11". Combattant, il l'est directement comme cible et victime des attaques de l'ennemi, qui désormais, et fort conséquemment, le visent comme elles visent un élément combattant.

La pratique de la guerre totale, nous dit Ludendorff, s'est diffusée :

- Sous l'effet du service militaire obligatoire et de la conscription, qui ont associé des groupes de plus en plus larges au fait guerrier. C'est la Révolution française qui a promu l'idée de la nation en armes, d'une armée composée de citoyens soldats à l'imitation des hoplites athéniens. Le Vive la Nation ! victorieusement opposé, à Valmy, à l'armée professionnelle du Roi de Prusse marque une double révolution, politique et militaire.

- Sous l'effet des progrès techniques : l'aviation et la propagande offrent un rayon d'action balistique et psychologique qui élargit considérablement le périmètre du combat, de telle sorte que, "aujourd'hui, le champ de bataille, au sens propre du mot, s'étendra sur la totalité des territoires des peuples belligérants. La population civile, comme les armées, subira l'action directe de la guerre…12"

Contrairement à la guerre classique, la guerre politique des cabinets, "la guerre totale ne vise donc pas seulement l'armée, mais aussi les peuples13", elle les y associe comme cibles et comme combattants. C'est là une "vérité" à laquelle il faut se "conformer".

C'est précisément pour ne pas avoir su s'y conformer que l'Allemagne a perdu la guerre en 1918. Ludendorff déplore que la vieille élite des officiers allemands en soit resté, au début du XX ème siècle, à des conceptions stratégiques qui dataient d'un bon siècle : "En Allemagne, tout compte fait, la guerre était demeurée la tâche exclusive de l'armée. Notre Etat-Major en était encore aux conceptions clausewitziennes14".

Totale, la guerre nouvelle ne l'est pas seulement par l'ampleur des forces qu'elle met en œuvre. La guerre est également totale par l'investissement matériel et psychologique qu'elle implique. Quand deux peuples se jettent à la face l'un de l'autre, quand deux peuples mettent ainsi en jeu leur existence et luttent pour leur survie, l'engagement de chacun des membres du peuple doit être total. Ludendorff cite ses propres mémoires de guerre, en évoquant celle, perdue de 14-18 : "Si nous voulions la gagner, chacun de nous devait donner jusqu'à son dernier souffle, au sens propre du mot, jusqu'à la dernière goutte de notre sueur et de notre sang15".

De l'évocation du passé, il induit une prophétie pour l'avenir : "La prochaine guerre exigera encore tout autre chose du peuple. Ce sera la disponibilité absolue de ses forces spirituelles, physiques et matérielles16".

Ces forces spirituelles revêtent aux yeux de Ludendorff une importance particulière. L'engagement spirituel, celui, psychologique et intellectuel, de toute l'âme du peuple, conditionne les autres modalités de l'engagement guerrier : "Dans la conduite de la guerre, il convenait de déployer et de maintenir à l'extrême les forces intrinsèques et matérielles de la patrie (et aujourd'hui, j'ajoute tout spécialement, les forces spirituelles)17".

La guerre nouvelle exige donc ce qui a manqué à l'Allemagne en 1914 : un Etat et un gouvernement capables de mobiliser la totalité des forces spirituelles et matérielles d'une nation, et de les engager dans un combat total. A ses yeux, la guerre totale ne peut être adéquatement préparée que par une "politique totale", entendons une forme de régime et de gouvernement politique qui dispose et prépare le peuple à un tel combat. La politique totale consacre l'intrusion du militaire dans l'espace et le temps civil de la paix. L'Etat doit être tourné vers la guerre, et doit y préparer le peuple : "La politique totale doit déjà en temps de paix se préparer à soutenir cette lutte vitale du temps de guerre18".

L'avènement contemporain de la guerre totale inverse donc les rapports traditionnels entre politique et guerre. Dans la perspective traditionnelle qui est celle de Clausewitz, la guerre est un prolongement de l'action politique par des moyens autres. L'armée n'est qu'un outil manié par le politique. Pour Ludendorff, au contraire, la possibilité de l'éclatement d'une guerre totale qui menacerait la survie même du peuple exige que les toges le cèdent aux armes, que le politique se subordonne au militaire. La guerre de cabinet ne laissait que des cicatrices superficielles sur le corps du peuple. La guerre totale met rien moins en jeu que son existence. Le caractère radical de l'enjeu et du danger donnent la préséance au militaire, seul capable de conformer les corps et les esprits au combat total : "La guerre et la politique servent la conservation du peuple, mais la guerre reste la suprême expression de la volonté de vie raciale. C'est pourquoi la politique doit servir la guerre19".

L'Etat que Ludendorff appelle de ses vœux sera donc l'Etat qui sera capable de mener à bien ce que Ernst Jünger nomme la "mobilisation totale", la "totale Mobilmachung", c'est-à-dire "l'exploitation totale de toute l'énergie potentielle20" d'un peuple, engagé dans la guerre comme une armée : "A côté des armées qui s'affrontent sur un champ de bataille, des armées d'un genre nouveau surgissent : l'armée chargée des communications, celle qui a la responsabilité du ravitaillement, celle qui prend en charge l'industrie d'équipement - l'armée du travail en général21". L'engagement de cette armée implique une "réquisition radicale", qui "nécessite qu'on réorganise dans cette perspective jusqu'au marché le plus intérieur et jusqu'au nerf d'activité le plus ténu ; et c'est la tâche de la mobilisation totale (…). Elle branche le réseau de la vie moderne, déjà complexe et considérablement ramifié à travers de multiples connexions, sur cette ligne à haute tension qu'est l'activité militaire22".

Cette mobilisation totale prend la forme d'un dirigisme économique, d'une planification industrielle centralisée, à l'image des plans quinquennaux soviétiques23. Les "énergiques programmes d'équipement" militaro-industriel des dernières années de la guerre ont transformé les pays belligérants "en gigantesques usines produisant des armées à la chaîne afin d'être en mesure, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de les envoyer au front où un processus sanglant de consommation, là encore complètement mécanisé, jouait le rôle de marché24".

Mais la mobilisation totale ne se cantonne pas au domaine économique. Elle investit également la sphère du droit civil et du droit constitutionnel pour créer un nouveau type de contrat social, où le citoyen n'est plus doté que des droits compatibles avec la défense du pays. Jünger note ainsi, dans de nombreux pays, une tendance aux "restrictions croissantes de la liberté individuelle (…) dont le but est de faire disparaître tout ce qui ne serait pas rouage de l'Etat", une atteinte "effective en Russie et en Italie, tout d'abord, mais chez nous aussi25". Ces restrictions aux libertés individuelles, qui font des nations de gigantesques casernes, vont se multiplier à proportion de l'ambition politique des Etats, qui "seront contraints de radicaliser ces restrictions s'ils veulent être en mesure de déchaîner des forces d'un genre nouveau26".

L'Etat militarise donc la vie civile, la soumet à une organisation et à une discipline qui prépare la mobilisation et la guerre totale. On passe donc de ces deux notions à celle, théorisée par Schmitt et Forsthoff, d'Etat total. Pour Ernst Forsthoff, juriste et professeur de Droit public rallié au national-socialisme, l'Etat total est l'antithèse diamétrale de l'Etat libéral, l'Etat de droit et de partis incarné un temps par la République de Weimar, qu'il honnit : "L'Etat total est l'opposé de l'Etat libéral27". L'Etat libéral est miné par la lutte des intérêts particuliers, par la lutte des partis : il est "rendu vide de contenu, minimalisé et annihilé par sa fragmentation, à cause des garanties juridiques déterminées par des lois relevant d'intérêts particuliers28". Au contraire, l'Etat total organise et structure une communauté totale, unie, qui "dépasse les tensions conflictuelles" : "la totalité du politique doit s'incarner dans l'Etat total29".

Pour Ernst Forsthoff comme pour Carl Schmitt, l'Etat total est l'Etat par excellence, celui qui réconcilie la communauté nationale avec elle-même, promeut l'intérêt général, et la dirige, tout entière bandée vers un avenir commun et contre un ennemi extérieur. Schmitt déplore la division stérile et féroce des partis politiques, qui s'affrontent bloc contre bloc et minent ainsi de l'intérieur l'Etat et le processus de décision politique. Schmitt remarque que, par le caractère radical, intolérant de leur idéologie, par leur dimensions sociétales, les partis politiques ont des prétentions totalitaires : "Nous n'avons pas aujourd'hui en Allemagne d'Etat total, mais une majorité de partis, dont chacun tente de parvenir à la totalité, et cherche à encadrer totalement ses membres, à accompagner les êtres humains du berceau à la tombe, du jardin d'enfants à l'association funéraire et d'incinération, en passant par les clubs sportifs et ceux de joueurs de quilles, à fournir à ses membres ce qui, selon lui, est la bonne conception du monde, la bonne forme d'Etat, le bon système économique, la bonne sociabilité30". Ces partis, qui offrent tout à la fois pensée, sociabilité et association, sont "des partis totaux31". Comme ils sont plusieurs et qu'ils s'opposent frontalement, chacun disqualifiant le message de l'autre et faisant le coup de poing contre le rival, "la coexistence de plusieurs structures totales de ce type, qui dominent l'Etat par le biais du Parlement32" est la cause d'un éclatement de l'Etat et de la société, tirés à hue et à dia par des intérêts partisans et contradictoires. Paradoxalement, et de manière perverse, l'Etat pluraliste laisse donc s'épanouir les visées monopolistiques de chacun de ces partis totaux, qui ambitionnent le "monopole politique", le "polypole33", et qui l'affaiblissent, tout en développant son champ d'intervention34. Ce virage vers l'Etat total est purement quantitatif et non qualitatif. Un Etat véritablement total est un Etat fort, qui "ne laisse surgir en lui aucune force qui lui soit hostile, qui l'entrave ou qui le divise35".

L'avènement de l'Etat total est souhaitable : l'Etat total est la seule forme d'Etat qui réalise pleinement le concept d'Etat souverain et puissant. Par ailleurs, la logique qui produit l'Etat total est inéluctable, du fait du progrès technique qui dote l'Etat de moyens de domination inédits : "Nous avons aussi tous l'impression d'un énorme renforcement des Etats à travers l'accroissement de la technique, notamment des instruments technico-militaires du pouvoir36".

Les textes de Jünger, Schmitt et Forsthoff, les notions de mobilisation totale et d'Etat total, en synergie avec la pensée fasciste italienne, qui, au même moment, revendiquait fièrement la création du stato totalitario37, ces textes et notions, qui se sont fécondés mutuellement38, ont nourri la réflexion de Ludendorff et la théorisation de la notion de guerre totale.

http://www.sens-public.org/spip.php?page=imprimersans&id_article=171

 

SCHMITT, Carl, "L'évolution de l'Etat total en Allermagne", janvier 1933, in Positionen und Begriffe im Kampf mit Weimar-Genf-Versailles 1923-1939, Hamburg, Hanseatische Verlagsanstalt, 1940

Chaque parti parvenant, au gré des coalitions, à faire passer des lois qui lui sont chères, la sphère de compétence et de juridiction de l'Etat s'étend. L'Etat, instance neutre au point de vue économique et social au XIXème siècle, devient interventionniste dans ces deux domaines, amorçant un virage vers l'Etat total. Schmitt constate que la distinction traditionnelle entre Etat et société s'estompe de ce fait : "Car voici que l'Etat devient l'auto-organisation de la société. Ainsi tombe, comme on l'a dit, la distinction, toujours présupposée jusque-là, entre Etat et société, gouvernement et peuple…". Cf. SCHMITT, Carl, "Le virage vers l'Etat total", in Parlementarisme et démocratie, Paris, Seuil, 1988, 219 p.

 

Le décisionnisme de Carl Schmitt : théorie et rhétorique de la guerre

p. 25-42

Accès au texte intégral

Le texte intégral de ce document a été publié en ligne le 09 octobre 2008.

Résumé

La doctrine juridico-politique du décisionnisme que Carl Schmitt (1888-1985) expose au début des années 1920 développe une méthode et des concepts qui se verront réinvestis dans une théorie des rapports entre guerre et politique. Celle-ci trouvera sa formulation la plus achevée en 1927 et 1932 dans les deux premières éditions de La notion de politique. Ce texte opère un tournant dans la pensée schmittienne, dont on verra se développer toutes les implications théoriques au milieu des années 1930. Le concept de « guerre totale » en fournit une illustration caractéristique.

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30/11/2009

Le Passager Clandestin– parce qu’il n’y a plus rien à attendre de l’État –

 

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« Les mots nous divisent, les actes nous unissent. » Tupamaros (Uruguay)

08:33 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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