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23/04/2010

Initiative : la grève s'invite sur le plateau de France 2 - Grève des chômeurs !


Intrusion en direct sur le plateau de "L'objet du scandale"

 

Hier soir, un groupe d'une quinzaine de personnes a investi en direct l'émission de Guillaume Durand «L'objet du scandale » sur France 2, pour « lancer un appel à la grève des chômeurs et des précaires » à partir du 3 mai. Invité de l'émission, le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand semble prendre l'intrusion beaucoup plus légèrement que le présentateur, qui, visiblement énervé, regrette « l'impression d'avoir vécu ça 15 fois ». Autorisés par Durand à lancer leur proposition « sans que cela dure une demi-heure», le groupe appelle à la grève et à la manifestation dans plusieurs grandes villes dont Paris, Rennes, Nantes et Brest.

« Ne tremblez pas comme ca, c'est moi qui devrait trembler ! »

Brandissant des banderoles, ils déclarent «en avoir marre de la cupabilisation et de la mise au travail forcée ». Moqueur, Guillaume Durand enjoint leur porte-parole à de ne pas trembler devant les caméras, soulignant « que c'est (lui) qui devrait trembler» étant donnée la situation. « Nous avons besoin d'inventer ensemble une grève des chômeurs et des précaires, continue la jeune porte-parole. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas d'usine ou se retrouver qu'on ne va pas s'orgnaniser. » Devant l'insistance du groupe, présentateur et ministre consentent à les laisser terminer. « Nous appelons tous les travailleurs précaires, les intérimaires en colère, les intermittants du spectacle [...], les licenciés, les volcans fraichement réveillés à se rencontrer », conclue la porte-parole.

Ouest-fRance - jeudi 22 avril 2010

 

Irruption en direct sur France 2 : Ni culpabilisation, ni emploi forcé, ni management, grève des chômeurs !

Ce mercredi 21 avril, l’émission "L’objet du scandale" sur France 2 (dont les lecteurs auront pu suivre le remarquable travail préalable de casting/formatage, voir Il est beau, mon chômeur, il est beau !) a été interrompue.

Le texte qui suit y a été lu en direct.

On en a marre de la culpabilisation et de la mise au travail forcée.

Nous avons besoin d’inventer ensemble une grève des chômeurs, une grève de tous les précaires. Nous appelons à commencer dès le 3 mai.

Ce n’est pas parce que nous n’avons pas d’usine où nous retrouver qu’on ne va pas s’organiser. Mais ce serait quoi une grève des chômeurs ? Ca commencerait par un mouvement de refus. Refus de nous laisser harceler, mobiliser, culpabiliser, insérer de force.

Les réformes de Pôle emploi ou du RSA cherchent à nous coincer, un par un, pour nous faire accepter des emplois de 10h par semaine payés une misère dans les secteurs les plus difficiles.

Il faudrait accepter n’importe quel travail sous peine de perdre une allocation de survie. Et qu’en plus nous soyons reconnaissants. Devrions-nous avoir honte de ne pas savoir nous vendre à n’importe quel employeur, honte de ne pas vouloir déménager pour un boulot, honte de ne pas accepter tout et n’importe quoi, de ne pas plier, en somme, devant la raison économique ?

Pas de honte qui tienne : franchement nous avons mieux à faire. Nous avons mieux à faire que chercher des emplois inexistants, mieux à faire que ce que l’on exige de nous. Voilà pourquoi nous refusons d’être suivis, contrôlés, managés, culpabilisés, radiés.
Pendant ce temps on renfloue les banques avec de l’argent public et on ose nous dire qu’il va falloir se serrer la ceinture.

Nous serons en 2010 un million supplémentaire de chômeurs sans droits. Une fois de plus nous servirons de prétexte à des débats d’experts sur les travailleurs pauvres, qui décideront, à notre place ce qui est bon pour nous.

La grève des chômeurs et précaires ce serait -dès maintenant- ne pas rester isolé, sortir des eaux glacées du calcul égoïste dans lesquelles on nous plonge. La grève des chômeurs et précaires ce serait décider ensemble d’enrayer une machine à précariser faite pour nous manager à mort.

Nous appelons tous les travailleurs précaires, les intérimaires en colère, les intermittents du spectacle et de l’emploi, les saisonniers, les stagiaires démotivés, les étudiants désorientés, les retraités en mal de revenu, les sans-papiers, les licenciés preneur d’otage, les travailleurs forcés, les volcans fraîchement réveillé à se rencontrer, à discuter dans les queue des CAF et des Pôle emploi, dans la rue, partout.

Déjà, à Rennes, Brest, Paris, Nantes, Montreuil, Tours et dans d’autres villes des précaires et chômeurs s’organisent.

Que mille collectifs fleurissent sur les décombres du plein emploi.

Inventons ensemble la grève des chômeurs et précaires.

La vidéo de cette prise de parole

Appel de la coordination des collectifs de chômeurs et précaires : tous en grève lundi 3 mai !

Appel au lundi 3 mai - collectif brestois en marche contre l’injustice sociale

Thèses sur la grève des chômeurs et précaires

Nous préférons... une grève des chômeurs - Cafards de Montreuil

Engageons dès maintenant une grève des chômeurs contre notre subordination à l’ordre économique (Mcpl, Rennes)

Nous sommes tous des irréguliers de ce système absurde et mortifère, Coordination des intermittents et précaires

La coordination des intermittents et précaires est menacée d’expulsion, signez, faites signer, la pétition en ligne en défense de l’existence de la Cip :

Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde

Face aux institutions, radiations, comptes et mécomptes, patrons, ne restons pas seuls :

Permanence CAP (pour les intermittents) : cap@cip-idf.org

Permanence précarité (pour les autres) : permanenceprecarite@cip-idf.org

Le lundi de 15h à 18h
à la coordination des intermittents et précaires
14 quai de charente, Paris 19e, M° Corentin Cariou, ligne 7
Tel 01 40 34 59 74

Article du CIP-IDF

09:26 | Lien permanent | Commentaires (0) |

22/04/2010

Brice Hortefeux traîné devant la justice... par un policier

Philippe Pichon, policier de 41 ans, a été mis en examen en décembre 2008 pour avoir consulté et livré au site Bakchich info deux fiches de personnalités tirées du Système de traitement des infractions constatées (Stic). Suspendu de ses fonction par le ministère de l'Intérieur, le fonctionnaire assigne aujourd'hui son ministre de tutelle Brice Hortefeux en justice. Ce dernier l'empêcherait "de travailler depuis 15 mois en dépit d'une ordonnance d'un juge".

Après avoir été cité à comparaître devant le tribunal la semaine dernière pour répondre "d'injures raciales", Brice Hortefeux est de nouveau mis en accusation. Un policier du nom de Philippe Pichon l'a assigné en justice pour "voie de fait". L'audience en référé se tiendra le 19 mai prochain devant le tribunal de grande instance de Paris, selon Le Monde.

Contre le Stic
Philippe Pichon reproche à Brice Hortefeux de "l'empêcher de travailler depuis 15 mois en dépit d'une ordonnance d'un juge". Les ennuis de ce fonctionnaire de police de 41 ans avec le ministère de l'Intérieur remontent au mois de décembre 2008. A cette époque, on lui reprochait d'avoir consulté deux fiches tirées du Système de traitement des infractions constatées (Stic), celles de Johnny Hallyday et de Jamel Debouzze. Et de les avoir transmis au journal Bakchich Info.

"Un geste citoyen"
Il a été placé en garde à vue, a reconnu les faits, parlant "d'un geste citoyen" destiné à démontrer la fragilité du système. Mis en examen pour "détournement de données confidentielles" contenues dans le Stic et "violation du secret professionnel", Philippe Pichon a été mis en retraite d'office par le Ministère de l'Intérieur en mars 2009. La justice a annulé cette décision. le policier attend toujours sa réintégration.

Letelegramme.com - 20/04/2010

 

La haine des faibles n'est pas si dangereuse que leur amitié..jpg

22:00 | Lien permanent | Commentaires (0) |

Québec - Montréal - Le SPVM veut interdire les cagoules dans les manifestations

Nouvelles générales - Enjeux
Écrit par Daniel Renaud
Mardi, 16 mars 2010 13:00

Au lendemain de la traditionnelle manifestation contre la brutalité policière, qui a encore pris fin dans le tumulte, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) revient à la charge et maintient que les cagoules devraient être interdites lors de tels rassemblements.



« Il faisait 12 degrés et c’était très ensoleillé. Si des gens portaient des cagoules, c’était pour se cacher. S’ils se cachent, c’est possiblement parce qu’ils veulent commettre des délits », analyse simplement l’inspecteur-chef Sylvain Lemay, responsable de la Division de la planification opérationnelle du SPVM.

Comme c’est la tradition, la 14e édition de la marche organisée par le Collectif opposé à la brutalité policière a fini dans le tumulte, lundi soir. Une centaine de personnes ont été arrêtées. Quelques projectiles, pétards et feux d’artifice ont été dirigés vers les policiers. Des manifestants ont également fracassé quelques vitrines et renversé une remorque de bois de construction dans lequel ils ont ensuite mis le feu.

Le SPVM veut que la Ville de Montréal interdise le port de la cagoule dans les rassemblements publics.   Photo Luc Laforce

Un certain nombre de participants à la marche de lundi, que M. Lemay est cependant incapable de chiffrer, avaient le visage caché par un foulard ou une cagoule.

Au début de l’année 2009, à la suite d’une recommandation de la police, la Ville de Montréal avait examiné la possibilité d’interdire les cagoules lors de manifestations. Des organismes, dont la Ligue des droits et libertés, s’y étaient cependant opposés et la Ville avait reculé. Mais dernièrement un tel règlement a été adopté en France.

Satisfaits

Même s’il ne « veut pas utiliser le mot succès », M. Lemay est satisfait de l’opération d’hier, qui s’est soldée par 100 arrestations, deux fois moins qu’en 2009.

« À la lumière de ces résultats, nous avons travaillé de façon efficace et rapide », dit l’inspecteur-chef.

La marche n’avait pas débuté depuis très longtemps lorsque les policiers ont bloqué les manifestants, devant la station de métro Préfontaine. « Nous avons adapté nos stratégies au fur et à mesure. La foule est devenue agressive rapidement », explique M. Lemay.

Les manifestants s’étaient donnés rendez-vous à la station de métro Pie-IX et les policiers ont fermé celle-ci, ce qui leur a probablement facilité la chose. C’était la 1ère fois qu’une telle stratégie était mise en pratique.

Avant la manifestation, des policiers ont confié à RueFrontenac.com craindre le pire, alors que l’enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva bat son plein et que des vandales bien organisés ont saccagé 11 auto-patrouilles deux jours plus tôt.

« Non, nous n’avions pas davantage de craintes. Après 14 ans, nous connaissons les façons de faire du collectif opposé à la brutalité policière », affirme M. Lemay.

 


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17/04/2010

Revue Z : « Porter une critique radicale dans un environnement plus large »

Z : un an et demi d’existence, trois numéros, 200 pages (environ) par exemplaire, une rédaction itinérante, un camion asthmatique, un local squatté à Montreuil, des convictions radicales, des articles fouillés et prenant le temps de creuser les choses, un graphisme léché, une bougeotte sympathique… Bref, une revue qui claque. Ça valait bien un entretien : la parole est à Z.

vendredi 16 avril 2010, par Lémi

Article pris (sans demander ce coup-ci) chez A.11

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10:17 | Lien permanent | Commentaires (0) |

10/04/2010

A Strasbourg, on recycle l'ultra-violence : " Depuis l'arrivée des Black Bloc, le Port du Rhin s'est transformé "

 




08:56 | Lien permanent | Commentaires (0) |

09/04/2010

Quelles sont les alternatives au journalisme spectaculaire ?

 

Journalistes : qui propage la rumeur du complot ?


Tu l'as remarqué, amiE de lutte, ces derniers jours les journalistes sont à l'honneur...ou plutôt, il est question de l'honneur des journalistes dans leur participation au grand jeux du Spectacle de l'information.

Tu n'as pu échapper à la dictature du complot imposé sur tous les médias par le couple présidentiel. Car c'est le seul complot dont il s'agit ici, celui de la main mise de l'appareil empirique de l'État sur l'information.

Car si vraiment coucherie il y a eu, ce qui aurait pour unique preuve que le couple présidentiel ne pratique pas uniquement l'ouverture politique, est que ce serait la seule saillie médiatique générée par un membre du gouvernement depuis le fiasco des élections régionales.

 

Bâton et carotte : Indymédia Grenoble et Indymédia Paris


Nos journalistes d'investigations ont quand mêmes essayés de fermer le caquet à un site alternatif : « au moyen d'une plainte pour « injure et diffamation », concernant des articles publiés sur le site, a été déposée à l’automne 2008. Une plainte pour délit de presse donc. »


Et ceci pour reprendre quelques mois plus tard l'information d'un autre Indymédia lors d'une manifestation anti-carcérale : « Sur le site alternatif Indymédia, un participant raconte le déroulement de la manifestation, »...mais oui toto...


 

Journalistes : otages de leur spectacle ?


Et c'est donc dans cette ambiance là, amiE de lutte, que le journaliste d'investigation essaye de nous faire prendre conscience du sort de ces quelques « camarades », tu m'excuseras l'expression, retenus loin là-bas chez les barbus-violeurs-coupeurs de main de petites filles en Afghanistan.

 

« Hier, environ 400 personnes se sont rassemblées sur le parvis de l'Hotel de Ville, à l'initiative de Reporters sans frontières, pour soutenir Hervé et Stéphane, deux journalistes de France 3, otages en Afghanistan depuis 100 jours. Tous les intervenants (Anne Hidalgo, Elise Lucet, Atiq Rahimi, Florence Aubenas, etc.) ont dit combien il était important pour les familles et les proches d'organiser ce genre de rassemblement. »

Propos à mettre sur la balance de ceux du général Georgelin : « Vous savez comme moi qu'ils sont vivants"... "D'une manière générale, a-t-il affirmé, dans ce genre d'opérations, moins on en parle, mieux c'est."...

Et qui donne encore tout son sens à la fissure abbyssale caractérisant la "Grande muette" et ses relations avec l'information, quand cette dernière n'est pas faite par le colonel Drucker...mais ce n'est pas de l'information, me diras tu, amiE de lutte, c'est de la propagande, et même notre gourmande de première dame ( non contente de s'être déjà enfilé deux "hot-dog" avec Barack) s'y colle encore une fois lors de son coming-out sur la base de Salon-de-Provence : «J'ai rarement vu quelque chose d'aussi beau. A vous regarder, je sentais mon coeur se décrocher», confie-t-elle au commandant Virgine Guyot.

 

Qui décide du spectaculaire de l'information ?


Daniel Schneidermann, qui pilote Arrêtsurimages.net , livre un avis sans concession : "Si France 2 ne faisait pas Les infiltrés, l'information n'y perdrait sans doute pas grand chose. Ce qui y perdrait beaucoup, c'est le spectacle de l'information. Le spectacle du journaliste horrifié en gros plan, parvenu à force de ruse aux côtés du monstre flouté. C'est pour ce spectacle-là, pour sa perpétuation, que Hervé Chabalier et Laurent Richard, de chez Capa, se sont transformés en auxiliaires de police".

 

L'information soumise par le journaliste sur le Spectacle n'est que l' information de sa propre soumission au Spectacle.

 

En attendant, des journalistes meurent en Irak et en Afghanistan :


Remembering the two Reuters staff killed in Iraq

« The imagery of the new Iraq has been hammered home to us every day for more than three years; sand, soldiers, veils, blood, shell-out buildings and half-exploded cars. Have we become desensitised to that horror and that violence ? »

Cette question c'est Jemima Kiss qui l'a pose dans un très bel article (en anglais) dans le Guardian

 

vidéo de l'attaque des journalistes par les forces américaines - Irak juillet 2007 :

 

 

Quelle couverture médiatique pour Sultan M. Munadi, journaliste au New York Times, mort en Afghanistan sous les balles des forces spéciales britanniques juste après l'affaire des dégâts collatéraux du bombardement de Kunduz ?


09sultan-190.jpg

 

 

article du Guardian reproduit avec autorisation : Guardian News & Media Ltd permissions.syndication@guardian.co.uk

15:33 | Lien permanent | Commentaires (0) |

08/04/2010

Indymedia Grenoble : des journalistes portent plainte pour diffamation et la justice s’emballe

Une plainte pour Injure et diffamation contre Indymedia Grenoble

Il y a plus d’un an, Indymedia Grenoble apprend qu’une plainte pour « injure et diffamation », concernant des articles publiés sur le site, a été déposée à l’automne 2008. Une plainte pour délit de presse donc. Et cette plainte, le Parquet a décidé de l’instruire en mettant d’impressionnants moyens de police pour enquêter sur l’identité des animateur-ice-s du site. Objectif : trouver le « directeur de publication » du site pour qu’il endosse la responsabilité du contenu publié sur Indymedia Grenoble et qu’il puisse ainsi en répondre devant la justice. Un gendarme spécialisé dans « la recherche à personne » a tenté de contacter le collectif à ce sujet. Il a reçu une réponse polie lui indiquant que, malheureusement pour son enquête, il n’y avait pas de directeur de publication à Indymedia. Ce que ce gendarme aurait dû savoir s’il avait pris le temps de lire la charte du collectif.

Il n’est d’ailleurs pas inutile de rappeler qu’Indymedia est un média alternatif qui fonctionne sur le principe de la publication ouverte. Il permet ainsi à toutes et tous d’être acteur-rices de l’information : il n’y a, à Indymedia Grenoble, ni journaliste ni directeur de publication. Tout le monde peut publier, tout le monde peut réagir à un article et contacter le collectif, notamment pour prétexter du caractère diffamatoire d’un article. Dans le cas présent, personne ne s’est manifesté. Ni l’auteur (ou les auteurs) de la plainte, ni le gendarme n’ont voulu nous dire de quels articles il s’agissait. Les échanges de mails se sont arrêtés là...et les emmerdements ont commencé.

En décembre 2009, l’association Antigone (café-bibliothèque-librairie) a été le théâtre d’une spectaculaire opération de gendarmerie liée à cette affaire de diffamation. Des perquisitions ont eu lieu au local d’Antigone ainsi qu’au domicile des personnes membres du bureau de l’association. Un coup pour rien ! Les gendarmes sont repartis bredouilles. Ou presque. Ils ont quand même appris une chose. Les membres d’Antigone utilisent, comme tant d’autres personnes, le site Indymedia Grenoble. Mais Antigone n’est pas la première victime collatérale de cet acharnement contre Indymedia. Depuis le début de l’enquête, plusieurs personnes et plusieurs structures ont été ennuyées. Une personne ayant été par le passé impliquée dans le projet Indymedia Grenoble a été auditionnée. Des pressions ont été exercées sur un lieu que le collectif a fréquenté et qui a lui aussi été perquisitionné. Enfin, une coupure suspecte du serveur d’Indymedia a révélé que la machine qui héberge le site avait été visitée.

Mais qui veut la peau d’Indymedia Grenoble ?

Des journalistes...

La plainte à l’origine de cette enquête émanerait de deux journalistes du canard local en situation de monopole dans la région, et connu de tous sous le doux nom de « Daubé ». Denis Masliah et Vanessa Laime n’auraient pas apprécié que l’on fasse mention de leurs noms et de leurs glorieux états de service dans deux articles publiés sur le site et datés de mai 2008 (1,2). Que ces journalistes qui servent au quotidien la soupe aux puissants et suppléent aux tâches de communication de la police jalousent l’indépendance d’un média comme Indymedia, on le comprend bien. Qu’illes soient allergiques à la critique, on peut l’entendre. Mais qu’illes aillent jusqu’à porter plainte contre l’auteur d’un texte bien senti et contre un media non aligné relève d’un degré de mesquinerie rarement égalé.

...mais pas que !

Autant de personnes auditionnées, autant de lieux perquisitionnés, autant d’énergie déployée, autant de personnel mobilisé, autant de temps et d’argent public dépensés... pour quoi ? Pour laver l’honneur de deux journalistes et apaiser leur susceptibilité ?! Ce n’est pas sérieux ! On a en effet de bonnes raisons de craindre qu’il ne s’agisse là que d’un prétexte. Un prétexte pour faire taire la critique ! Un prétexte pour nuire à l’un des espaces où s’exprime la contestation, à l’échelle locale (notamment contre la technopole et l’urbanisme mégalo de la municipalité : stade des Alpes, Minatec, rocade nord, Giant, etc.).

Dans un contexte de répression et de criminalisation croissantes de certaines pratiques et opinions politiques, il n’est pas étonnant qu’on veuille s’en prendre à un média de lutte et à un espace de parole indépendant des pouvoirs. La liberté d’expression et de critique dont tant se gaussent n’est tolérée que quand elle ne conteste pas trop les pouvoirs en place et ne remet pas en question l’ordre établi. Dans les faits, cette liberté est réduite à peau de chagrin. Ce n’est pas la première fois, en France, qu’un site Indymedia connaît des ennuis judiciaires.
- A Paris, plusieurs procès pour diffamation ont été intentées à la personne considérée par la justice comme "responsable" du site. Plusieurs condamnations ont été prononcées à son encontre. `
- En 2005, à Lille, une plainte pour diffamation contre Indymedia Lille est déposée par le ministre de l’intérieur lui-même pour défendre l’honneur de sa police impliquée dans les rafles de sans-papiers. Le procès contre un ancien membre du collectif aboutit heureusement à une relaxe.
- En juin prochain, à Paris se tiendra un procès intenté par Bouygues contre les administrateurs techniques de sites internet, dont Indymedia Paris, pour "provocation à la commission d’actes de destruction".

Au delà de ces affaires, la répression se déploie et frappe tous azimuts. Lorsque des témoins d’une bavure policière sont poursuivis pour diffamation par le ministre de l’intérieur, pour avoir osé dire ce qu’ils ont vu à des journalistes, comme c’est arrivé cet été à Bagnolet ; lorsque que même des journalistes de médias mainstream sont mis en examen ou traités comme des criminels, comme c’est arrivé à de Filipis, ex directeur de publication de Libération... plus rien ne devrait nous étonner.

D’autre part, nous savons que nos gouvernements et les majors du divertissement ne supportent plus la liberté et l’horizontalité qui existent encore sur Internet. C’est la raison pour laquelle on voit se multiplier les lois qui en restreignent l’usage et encadre sa surveillance (loi LCEN, loi DADVSI, LOPPSI 2, HADOPI, et tant d’autres).

Autant d’ardeur à la tâche ne suffira pas à bâillonner nos voix discordantes et nos pratiques subversives.

mercredi 7 avril 2010 par indymedia grenoble

 

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07/04/2010

Assassinant de Patient Chebeya BANKOME à Beni, l'ANR mis en cause

Un reporter-cameraman travaillant pour plusieurs médias à Béni dans l'est de la RD Congo a été "abattu à bout portant" lundi devant son domicile par des inconnus, peu après avoir été dépouillé, a-t-on appris mardi auprès de l'ONG congolaise Journaliste en danger (JED).

Patient Chebeya Bankome, 35 ans, plus connu sous le pseudonyme de Montigomo, "a été tué par balles lundi vers 22H30 (20H30 GMT) dans sa résidence de la commune de Mulekera par trois hommes armés et en tenue militaire", indique JED dans un communiqué transmis à l'AFP.

"Montigomo revenait de son studio d'enregistrement (. . . ) lorsqu'il a été encerclé devant la porte de sa maison par des assaillants qui manifestement guettaient son arrivée", relate l'ONG.

"Il a été dépouillé de son sac contenant des cassettes vidéo, son téléphone portable et une somme d'argent dont le moment n'a pas été précisé avant d'être entraîné vers le milieu de la cour, où il a été abattu à bout portant de six balles dans le corps", d'après le texte.

Deux suspects ont été interpellés deux heures après le meurtre, dans une commune située à 5 km du crime, affirme JED.

Il s'agit du sixième journaliste tué dans l'est de la RD Congo depuis 2005, une région très instable en raison de la présence de plusieurs groupes armés qui y sévissent depuis plus d'une décennie.

"Avant lui, Pascal Kabungulu, Serge Maheshe, Patrick Kikuku, Didace Namujimbo et Bruno Koko Chirambiza ont trouvé la mort dans des circonstances non clairement élucidées jusqu'à ce jour", rappelle l'ONG.

Trois suspects comparaissent actuellement au tribunal militaire de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, pour le meurtre de Didace Namujimbo, ex-journaliste à Radio Okapi, parrainée par l'ONU.

La ville de Béni est située à près de 300 km au nord de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu et à moins de 50 km de la frontière avec l'Ouganda.

Patient Chebeya Bankome "était un journaliste-cameraman très en vue qui a couvert tous les conflits armés qui ont eu lieu à l'est de la RD Congo, particulièrement en Ituri", écrit JED.

Le président de la société civile de Beni, Gilbert Kambale, a déploré, à cette occasion, la forte insécurité qui règne dans la ville de Beni depuis le mois de mars dernier due à la recrudescence d'assassinants et razzia, dont la plupart des cas sont attribués aux hommes des Forces armées.

M. Kambale a rappelé que dans la nuit du 2 au 3 avril, Kaski Kabinda, un journaliste d'une radio locale, a été agressé par des militaires qui l'ont blessé à la tête. Il y a beaucoup d'autres cas, notamment d'extorsion des biens de gens, des messages anonymes d'assassinant envoyés aux gens sur leurs téléphones portables et bien d'autres exactions qui se commettent quotidiennement.

Interrogé sur la recrudescence de l'insécurité, le commandant de la police de Beni a toutefois estimé qu'il s'agit de cas isolés. A ses yeux, "les efforts déployés depuis l'année dernière dans cette ville donnent déjà des résultats satisfaisants".

Le président de l'ONG Journaliste en danger (JED), Donat Mbaya, s'est dit révolté par l'assassinat du caméraman Patient Birindwa à Beni.

S'exprimant sur les antennes de la Radio Okapi, le président de cette ONG de défense de la liberté de presse en RDC, Donat Mbaya, estime que la criminalité contre les journalistes dans l'est du pays relève de la pratique de l'impunité.

"Si, par le passé, on avait mis un point d'honneur à régler à l'est les problèmes d'insécurité qui ont touché les journalistes ces dernières années, peut-être que cela aurait dissuadé l'industrie du crime. Il nous semble clair que le caméraman était attendu, et que la mission principale des assaillants était de le tuer. Tous les témoignages indiquent qu'ils lui ont dit qu'ils étaient venus le tuer après l'avoir dépouillé", a indiqué Donat Mbaya.

Selon certaines sources, les journalistes de Goma (chef-lieu de la province du Nord-Kivu) se proposent d'organiser une marche de protestation afin de solliciter des autorités compétentes la protection des professionnels des médias et une diligence dans le traitement des dossiers d'assassinats des journalistes.

Avec © Copyright Xinhuanet, Afp

Afrik.com Mercredi 7 Avril 2010 - 14:03



Un journaliste tué par balles au Nord-Kivu
Patient Chebeya Bankome assassiné
Journaliste en danger (JED) exprime sa révolte après l’assassinat d’un sixième journaliste à l’est de la RD Congo. JED exige des autorités locales des explications sur cette série de meurtres qui vise les professionnels des médias et attend qu’aucune piste d’enquête ne soit négligée pour connaître le mobile de ce crime.

Kinshasa, le 6 avril 2010

Patient Chebeya Bankome, plus connu sous le nom de Montigomo, 35 ans, journaliste cameraman indépendant respecté travaillant pour plusieurs télévisions à Béni, troisième ville de la province du Nord-Kivu, à l’est de la RD Congo, a été tué par balles, lundi 5 avril 2010 vers 22H30 locales dans sa résidence de la commune de Mulekera par trois hommes armés et en tenue militaire.

Selon les informations recoupées à Béni par Journaliste en danger (JED), Montigomo revenait de son studio d’enregistrement appelé Studio Panorama lorsqu’il a été encerclé, devant la porte de sa maison, par ses assaillants qui manifestement guettaient son arrivée, juste au moment où son épouse lui ouvrait la porte. Il a été alors dépouillé de son sac contenant des cassettes vidéo, son téléphone portable et une somme d’argent dont le montant n’a pas été précisé avant d’être entrainé vers le milieu de la cour où il a été abattu à bout portant de six balles dans le corps.

Selon les témoignages de son épouse qui a assisté à la scène, les assaillants ont refusé de céder à toutes les supplications du journaliste et de son épouse en disant qu’ils étaient venus pour le tuer. Jusqu’au matin du mardi 6 avril, le corps sans vie de Montigomo gisait sur le sol alors que le commandement de la sécurité de la ville de Béni annonçait l’arrestation, deux heures après le crime, de deux suspects dans la commune de Ruwenzori à quelques 5km du lieu du forfait.

Joint au téléphone par JED en début d’après-midi, un journaliste sur place a indiqué que les autorités locales ainsi qu’un médecin légiste sont arrivées sur les lieux au matin pour procéder aux constats habituels et à l’examen du corps. "Le corps du journaliste est tellement amoché qu’il sera inhumé aujourd’hui même", a indiqué la même source.

Patient Chebeya Bankome est le sixième journaliste tué à l’est de la RD Congo depuis 2005. Avant lui, Pascal Kabungulu, Serge Maheshe, Patrick Kikuku, Didace Namujimbo et Bruno Koko Chirambiza ont trouvé la mort dans des circonstances non clairement élucidées jusqu’à ce jour.

Selon de sources concordantes, Montigomo était un journaliste cameraman très en vue qui a couvert tous les conflits armés qui ont eu lieu à l’est de la RD Congo, particulièrement en Ituri.

Pour tout renseignement complémentaire :
Journaliste en danger
B.P. 633 - Kinshasa 1
374, av. Col. Mondjiba
Complexe Utexafrica, Galerie St Pierre, 1er niveau, Local 18 _ Kinshasa/Ngaliema
République Démocratique du Congo

Afrik.com mercredi 7 avril 2010


18:14 | Lien permanent | Commentaires (0) |

04/04/2010

Procès des inculpés de Vincennes : « Dans le monde réellement renversé »...

 

Accusés d’avoir incendié le Centre de rétention (CRA) de Vincennes le 22 juin 2008, dix sans-papiers ont été condamnés le 17 mars par la 16ème Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris à des peines de 8 mois à 3 ans de prison ferme. Ainsi qu’à verser des dommages et intérêts aux flics du CRA. Retour sur un procès où la justice se rend –dans tous les sens du terme– devant la police et l’Etat.


Procès des inculpés de Vincennes : « Dans le monde réellement renversé », le parquet est sur le siège

samedi 3 avril 2010, par Antimollusques

Relevé dans la section « Rectificatifs et précisions » de la version électronique du journal Le Monde :

« Justice. Le titre de l’article sur le procès de l’incendie du centre de rétention de Vincennes était incomplet (Le Monde du 9 février). Il aurait fallu écrire ‘Le procès des dix incendiaires présumés du centre de rétention de Vincennes a viré au fiasco’ plutôt que ‘Le procès des incendiaires du centre de rétention de Vincennes…’ » [1]

Les nouvelles du monde renversé
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Faire le choix d’assister à un procès procède de l’attitude que l’on peut avoir par rapport à l’existence : même si on en connaît l’issue, on y participe quand même. Les condamnations qui ont frappé les dix sans-papiers soupçonnés d’avoir mis le feu au Centre de rétention administrative de Vincennes sont, en ce sens, plus une confirmation qu’un démenti de ce qui était attendu : « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. » [3] Quand on se rend dans un tribunal, on perçoit très vite l’oscillation entre ces deux dimensions – le vrai et le faux. Il y a là, également, quelque chose de l’ordre du chevauchement entre le Réel, le Symbolique et l’Imaginaire [4]. Le Symbolique, dans l’institution judiciaire, pourrait se donner à voir dans la place de chaque protagoniste – que cette place s’incarne dans la prise de parole ou dans le placement de chacun dans l’enceinte du palais et dans la salle d’audience [5], la nature de la condamnation ; et l’Imaginaire, on peut le trouver dans toutes ces paroles entendues dans le public lors des audiences – les représentations que chacun se fait de la Justice, de son fonctionnement supposé, ou dans les auditions des plaignants (les flics du CRA, donc) quand ils parlent des prévenus. Le Réel ? Cette drôle de sensation quand disparaît par la porte du box vitré un prévenu, préalablement menotté par deux gendarmes.

Et puis, lié à ces dimensions qui s’imbriquent, le discours produit par et dans l’institution judiciaire : «  Je suppose que dans toute société la production du discours est à la fois contrôlée, sélectionnée, organisée et redistribuée par un certain nombre de procédures qui ont pour rôle d’en conjurer les pouvoirs et les dangers, d’en maîtriser l’événement aléatoire, d’en esquiver la lourde, la redoutable matérialité. » [6]

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Rappel des faits :

« Le centre de rétention [administrative] de Vincennes était à l’époque le plus grand de France, séparé en deux bâtiments (CRA 1 et CRA 2) de 140 places chacun. Le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) prévoit à son article R 553-3 que les centres ne dépassent pas une capacité de 140 places. Malgré l’artifice juridique qui consiste à faire croire qu’il y avait à Vincennes deux centres distincts, on était bien face à un centre de rétention de 280 places, bien au-delà du nombre de places prescrites par la réglementation. Les constats effectués par la Cimade, seule association qui était autorisée à entrer en centre de rétention avant janvier 2010, ne laissent aucun doute à ce sujet : ‘Il s’agit de la même gestion de police, un seul commandant secondé d’un capitaine, un bureau unique qui centralise les dossiers, les mêmes escortes, le même service médical…’ [7] L’association dénonce par ailleurs l’agencement du centre : ‘Sa configuration spatiale, l’exiguïté des locaux, le peu d’espace de promenade, le contact humain réduit à l’extrême, les guérites de surveillance, la multitude des caméras, les rouleaux de barbelés posés en double transforment Vincennes en un véritable camp de rétention.’ [8] » [9]

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« Monsieur Souli, ressortissant tunisien, placé en rétention en vu de son renvoi, est décédé dans le CRA de Vincennes, le 21 juin 2008. D’après les témoignages recueillis [10], le 20 juin, il aurait demandé à aller à l’hôpital, les policiers l’auraient emmené voir l’infirmier qui lui aurait affirmé qu’il était en bonne santé. Il n’aurait pas dormi de la nuit et aurait commencé à crier de douleur le matin du 21 juin. A 15 h, il ne se réveillera pas de sa sieste. Pourtant, les autorités ne feront rien pour chercher et informer ses proches. Le fils de Monsieur Souli n’a appris le décès de son père que quatre mois plus tard, la mère de l’enfant a porté plainte pour ‘rétention d’information, homicide involontaire par manquement aux obligations de sécurité, et omission de porter secours’ [11]. Les conditions du décès de Monsieur Souli ne sont toujours pas connues bien qu’une autopsie ait été diligentée en France ainsi qu’en Tunisie où le corps a été rapatrié mais seulement des conclusions lacunaires ont été transmises [12]. » [13]

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« Une marche silencieuse en mémoire de Monsieur Souli fût organisée par les détenus, le 22 juin 2008, en début d’après midi. D’après certains témoignages [14], au CRA 2, la marche a été interrompue par les services de police qui auraient essayé de faire rentrer les détenus dans leurs chambres et auraient gazé les plus virulents. La tension serait alors montée d’un cran. Les détenus seraient rentrés dans leurs chambres mais en seraient sortis avec des matelas. Au même instant, toujours d’après les témoignages, les policiers se seraient dirigés en masse vers le CRA 1 puisque apparemment, une révolte était également en cours. Selon certains témoins, le gros de la révolte – et de la répression – aurait eu lieu au CRA 1. Les témoins du CRA 2 affirment qu’ils pouvaient sentir l’odeur des gaz lacrymogènes et entendre les cris venir du CRA 1 [15]. Des témoignages venant du CRA 1 affirment que des policiers ont frappé et gazé plusieurs détenus qui étaient dans leur chambre [16]. La tension aurait encore augmenté. Puis, il y a eu le feu […] »

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Chronologie des audiences, les faits saillants [17] :

Trois demi-journées d’audience étaient initialement prévues, soit les 25, 26 et 27 février. Six demi-journées ont été ajoutées au procès, soit les 1er, 2, 3, 8, 9 et 10 février, suite à la demande de renvoi formulée par la défense. Dans les faits, la dernière journée d’audience s’est déroulée le 9 février, la défense ayant déserté le tribunal lors de la quatrième journée après le refus des magistrats du siège de prendre en compte la demande en nullité de l’ordonnance de renvoi – demande formulée par la défense. [18]

À l’ouverture du procès le 25 février, sur les dix accusés, deux sont sous mandat d’arrêt (recherchés par la police), six se présentent libres lors de la première audience, un comparaît détenu. Ils ont tous effectué de la détention provisoire (un an en moyenne).

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Jour 1 – 25 février : L’audience commence avec deux heures de retard à la 31ème chambre du TGI, l’un des prévenus ayant été arrêté le matin dans Paris, suite à un contrôle d’identité. Un autre prévenu reconnaît la présidente Dutartre, qui l’avait déjà jugé dans une affaire en 2005. Son avocate demande à ce que la présidente se dessaisisse du dossier au motif du soupçon de non-impartialité.

Jour 2 – 26 février : La présidente ne se dessaisit pas du dossier. L’avocate du prévenu qui a déjà été jugé par la présidente Dutartre annonce qu’elle présente une demande de récusation auprès du président de la Cour d’appel de Paris.

Jour 3 – 27 février : Rejet par la cour d’appel de la demande de récusation présentée par l’avocate [19]. Présentation des demandes d’ordre procédural par la défense qui questionne les modalités de l’instruction (à charge) [20]. Décision par le tribunal du prolongement des débats et du visionnage de l’intégralité de vidéosurveillance. Remise en liberté du seul prévenu qui comparaissait détenu.

Jour 4 – 1er février : 16ème chambre du TGI. Absence des prévenus. La défense quitte le procès suite au refus du tribunal de répondre favorablement à la demande en nullité de l’ordonnance de renvoi. Visionnage des bandes de vidéosurveillance.

Jour 5 – 2 février : La défense a sollicité l’intervention du vice-bâtonnier au sujet de la fixation par le tribunal du nouveau calendrier des débats. Nouveau refus essuyé par la défense suite à ses demandes : elle quitte la salle d’audience, définitivement. Reprise du visionnage des bandes de vidéosurveillance.

Jour 6 – 3 février : Visionnage des bandes de vidéosurveillance.

Jour 7 – 8 février : Rappel du contexte de l’affaire par la présidente. Pour chaque prévenu, sont présentés par la présidente : les chefs d’accusation dont ils relèvent (dégradations et/ou destruction par incendie et/ou violences volontaires sur des fonctionnaires de police), l’ensemble de leurs déclarations au sujet de l’affaire, leurs réponses quant à la question de leurs conditions de rétention, la vérification éventuelle de déclarations de certains prévenus concernant leur état de santé auprès des services médicaux du CRA notamment. Lecture des dépositions des fonctionnaires de police. Lecture d’une audition d’un retenu (à charge contre les prévenus). Lecture des « éléments de personnalité » des prévenus, soit le détail de leur éventuel casier judiciaire. Auditions de trois plaignants.

Jour 8 – 9 février : Lecture des auditions – lors de l’instruction – de deux sénateurs [21]. Plaidoirie de l’avocate des plaignants. Plaidoirie de l’avocate du Trésor Public. Réquisitoire du procureur Flam. Entre six mois et trois ans ferme sont requis pour les prévenus.

Jour 9 – 17 mars : Annonce du verdict. Tous les prévenus sont reconnus coupables. Ils sont condamnés à des peines comprises entre huit mois et trois ans de prison ferme. Ils doivent également verser des dommages et intérêts aux plaignants.

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Des accusés, on ne sait rien

Lors du procès, il y a les prévenus, les plaignants, les avocats [22], les gendarmes et les flics en civil, les magistrats, un interprète, les familles et les proches des prévenus, le public, les journalistes.

Il y a eu certes en périphérie de l’audience un article de L’Humanité en juin 2009 consacré à l’un des prévenus [23] ou l’évocation de la rencontre fortuite au CRA de Vincennes entre celui-ci et le sénateur apparenté communiste Brard – évocation faite pendant le procès lors de la lecture de l’audition du sénateur au moment de l’instruction [24] ; des accusés, on ne sait rien. Comme l’ont relevé plusieurs avocats de la défense lors de la troisième journée d’audience, aucune « enquête de personnalité » n’a été versée au dossier lors de l’instruction. Le premier jour, c’est de façon presque involontaire que l’on en apprend indirectement un peu plus sur les accusés, enfin sur l’un d’entre eux. En effet, un des prévenus reconnaît la présidente Dutartre qui l’avait déjà jugé en 2005.

Le prévenu est donc défini par l’institution judiciaire ; il n’existe ainsi que dans l’histoire juridique. Lors de la troisième journée d’audience où la défense s’est appliquée à questionner les modalités de l’instruction (à charge) – en d’autres termes, la défense s’est engagée dans une stratégie procédurale –, on a appris qu’un des prévenus – celui qui avait déjà été jugé par la juge Dutartre – avait une famille, des enfants, « qu’[il] n’en pouvai[t] plus ». Comment l’a-t-on su ? Parce qu’il a pris la parole, une ou deux fois, depuis le banc des prévenus, sans y avoir au préalable « été invité » à le faire par le tribunal. Sa prise de parole a été évidemment de courte durée puisque la présidente a menacé de le faire sortir. On a entendu sa compagne, également, s’exprimant depuis le banc du public, mentionnant leurs enfants à la présidente qui a de nouveau menacé de la dégager de la salle d’audience. L’institution fixe et détermine les règles du je.

Le récit de leur propre histoire nié, c’est par d’autres biais que les prévenus sont définis par l’institution judiciaire. Lors de la septième journée d’audience, la présidente a lu les « éléments de personnalité » des prévenus. Qu’est-ce qu’un « élément de personnalité » pour la justice ? L’absence ou pas de casier judiciaire. Le prévenu n’est défini que par l’institution elle-même. En tant que prévenu, on ne se présente pas (à part pour faire référence à son état civil et à sa domiciliation), on est présenté par, voire représenté – et encore, ce sont les intérêts du prévenu qui sont représentés. Le seul statut qui soit accordé au prévenu, c’est au mieux celui de client. Dans l’histoire, les dix prévenus ne sont pas sujets mais objets [25]. S’agissant de la présentation du prévenu par lui-même, on peut noter que celle-ci dépend toujours de la validation in fine de l’institution judiciaire, par exemple lors de l’instruction : à propos de l’un des prévenus, la présidente dit « Monsieur X. qui se dit Y. ».

Défini par son rapport à l’institution judiciaire (casier ou pas), le prévenu est défini également par d’éventuelles pathologies psychiatriques. Ce sont son casier et ses médicaments qui vont dire quelque chose de lui. Lors de la septième journée d’audience, la présidente a lu les déclarations des prévenus lors de leur garde à vue et de l’instruction. Certains ont mentionné des traitements pour dépression, des traitements au Subutex, des sevrages involontaires au Deroxat, des grèves de la faim. À propos de l’argument avancé par le prévenu au sujet de l’arrêt d’un traitement au Deroxat (un antidépresseur) qui aurait influencé son comportement, le procureur – lors de son réquisitoire – avance que le prévenu « n’a pas de dossier médical qui indiquerait qu’il était traité avec ce médicament et qu’après vérification, un sevrage au Deroxat n’entraîne pas ce genre de conséquences ». Le procureur ajoute : « Il n’avait pas l’air particulièrement mal sur les photos, il n’avait aucune raison médicale de faire ça. » De plus, selon un rapport qui a été révélé lors de l’audience du 8 février, un des prévenus a fait plusieurs tentatives de suicide en détention. Le 11 août 2008, un surveillant avait découvert le prévenu « les pieds et les mains pendants ». Il s’était mutilé au niveau du visage, des bras et du cou. Il avait avalé des lames de rasoir avec du shampooing.

En creux, apparaît également la question de la prise en compte des pathologies psychiatriques par l’institution judiciaire, et plus précisément de sa non prise en compte. La « vérification » évoquée par le procureur dans son réquisitoire du «  genre de conséquences » entraînées par un sevrage aux antidépresseurs n’a pas été développée davantage. De la « vérification », on ne connaîtra rien, du «  genre de conséquences » non plus. Et pour juger de la nature de la maladie et de ses conséquences éventuelles, il y a « les photos ». [26]

Du prévenu qui a fait plusieurs tentatives de suicide en détention, le procureur mentionne en préambule de la peine qu’il demande à son encontre : « Le plus jeune, assez fragile. Il voulait rentrer chez lui, ça prouve qu’il a acquis la maturité. » [27]

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De la violence structurelle, on en sait plus

Les mécanismes de négation de l’individu/prévenu à l’œuvre dans l’institution judiciaire participent d’une violence institutionnelle qui trouve ses voies d’expression dans et hors de la salle d’audience. Si le prévenu ne peut librement accéder à la parole dans le cadre du procès et se définir hors du cadre de la médiation rémunérée de l’avocat et de la lecture que fait de lui l’institution judiciaire via la consultation du casier ou de rapports médicaux, il s’agit également pour l’État d’exercer son pouvoir de coercition par le contrôle de tous ceux qui viendraient le soutenir à un moment particulier de son histoire. Pour dire les choses autrement, la présence policière lors des audiences produit plusieurs signes : le pouvoir et l’ordre se manifestent.

Lors de la première journée d’audience, environ 200 personnes étaient venues assister au procès. Le dispositif d’accès à la salle d’audience était à ce titre intéressant : passage d’un portique sous l’œil des gendarmes et filtrage des entrées du public. «  Sont rentrés les avocats, les journalistes et les invités (sic). » Les gens qui n’ont pas pu entrer (c’est-à-dire presque tout le monde) crient : « Pas de justice à huis clos », et ce sont une cinquantaine de gendarmes qui encadrent le hall desservant les salles d’audience. À la fin de l’audience, le public est bloqué par les gendarmes dans le palais, personne ne peut sortir. La seule sortie possible : le quai des Orfèvres, mais après filtrage par les gendarmes présents également sur le quai. Les gendarmes prennent leur temps et se marrent.

La deuxième journée, les gendarmes sont plus nombreux que la veille. À la fin de l’audience, une cinquantaine de personnes est encerclée dans le grand hall par les gendarmes. Les deux minutes du chant « liberté pour les sans-papiers » entonné par les gens sont, pour les gendarmes, un désordre caractérisé (« la lourde, la redoutable matérialité » d’un discours dont parlait Foucault). Ils poussent le groupe vers la sortie ; un monsieur se fait sortir, les gendarmes se font un plaisir de le foutre à terre, puis le refourguent sur le trottoir. Irène Terrel, l’une des avocates, qui était dans le grand hall à ce moment là, demande des explications à l’un des gendarmes. Si les gens ont été très gentiment repoussés vers la sortie, c’est parce qu’ « il y avait des gens qui avaient des comportements provocants (sic) ». Quelqu’un précise que la « provocation » réside peut-être dans la présence de flics en surnombre. On apprend le lendemain que le monsieur qui s’était fait sortir a été arrêté.

La troisième journée, après des heures d’audience, les gens ont envie d’aller aux toilettes et profitent de la suspension de l’audience pour tenter de s’y rendre. À la sortie de la salle, une soixantaine de gendarmes bloquent tous les accès aux différents couloirs. À moins de sortir quai des Orfèvres, de pisser dans cette rue prestigieuse, et ce en bonne compagnie, et donc de ne plus avoir accès à la salle d’audience, il est impossible de se vider la vessie. Des gens gueulent, les gendarmes jouissent de ce petit pouvoir. Le contrôle des corps dans ce qu’il peut avoir de plus impétueux s’exerce alors à plein. Pisser ou assister aux audiences. À la fin de la séance où l’on apprend la libération du seul prévenu qui comparaissait détenu, une partie du public (une trentaine de personnes) se retrouve quai des Orfèvres (seule sortie possible). Ça discute, ça s’embrasse ; ça s’émeut de savoir que ce soir, tard, le gars sera dehors. Ça discute, ça s’embrasse, ça s’émeut ; ça n’est pas possible pour les flics. En moins de cinq minutes, huit cars de CRS débarquent le long du quai. En sortent des flics, matraques et lacrymos bien en main, bien en vue. Dans le registre du contrôle, tant l’humiliation que les vexations multiples et le quadrillage du moindre mètre carré de trottoir ont été appliqués dans ce procès. Une vieille dame, canne en main, traversant le passage clouté : « Y m’font peur ces policiers. »

Le quatrième jour, le procès – qui s’était ouvert dans la 31ème chambre – se tient dans la 16ème chambre correctionnelle du tribunal : alors que la première disposait d’une quarantaine de places pour le public, la seconde n’en compte que vingt-cinq. Si la « publicité des débats » se heurte à une conception très étroite de l’espace dans lequel ont lieu les audiences, elle s’arrête à la porte des chambres correctionnelles. Sauf cas de huis clos, toute personne doit pouvoir accéder librement à une salle d’audience. Au motif fallacieux d’un contrôle de l’identité des témoins, les gendarmes en poste devant la 16ème chambre demandent leurs papiers aux personnes souhaitant assister à l’audience. Des contrôles d’identité sont également effectués lors de la sortie du public, après le départ des avocats de la défense.

Comme les jours précédents, les débats doivent commencer à 13 h 30. Afin de permettre leur déroulement, d’autres affaires qui devaient être jugées dans la 16ème chambre sont renvoyées (reportées, donc). Pour ces affaires, ne sont présents généralement que les prévenus, les parties civiles et leurs avocats. Des personnes venues assister au procès de Vincennes essaient d’entrer dans la salle d’audience avant 13 h 30 – ce qui est théoriquement possible puisque les affaires ne sont pas jugées à huis clos. Sauf que lors de la septième et de la huitième journée d’audience, ces personnes se voient refuser l’accès à la chambre : « On a des consignes, on nous a demandé de ne faire entrer que les personnes qui doivent comparaître », selon les gendarmes en poste devant la 16ème chambre. Le public devra donc attendre que « on » accepte de le faire entrer – ce qui sera finalement fait cinq minutes avant le début des audiences.

Lors du verdict, alors que la présidente entame la lecture du délibéré d’une voix extrêmement basse, une dame – d’un âge honorable –, présente dans le public, dit : « Je n’entends rien », et demande à la présidente de parler plus fort. La présidente lui réplique : « Madame, vous sortez ! » [28]. Des gendarmes entourent alors la dame qui explique que « c’est au nom du peuple français que la justice est rendue ». À peine sa phrase terminée, elle se fait sortir par au moins trois gendarmes [29].

Dans le dispositif de contrôle mis en place autour du procès, on peut mentionner également la présence, aux côtés des gendarmes, de flics en civil. Patauds, en casquette et bombers, dans les escaliers, sur les bancs contigus aux salles d’audience, contre les barrières délimitant une sorte d’antichambre aux correctionnelles, dans la salle d’audience près des portes, dans la salle d’audience sur les bancs. Un outil supplémentaire dans le dispositif d’intimidation mis en place par l’État pour accueillir au mieux toutes les personnes susceptibles de s’intéresser un peu à ce procès [30].

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« Raconter d’une autre manière pour finalement raconter autre chose », Jean-Luc Godard

Pourquoi cette référence au monsieur ? Eh bien parce qu’il énonce ici, dans une interview réalisée en 1972 au sujet de son film Tout va bien [31], quelque chose d’assez essentiel : comment dire la lutte ? Plus précisément, comment dire les gens qui luttent dans le cadre d’un lieu qui est déjà le produit d’une mise en scène ? Godard parlait de son film qui traitait d’une grève dans une usine. Où il est question de rapports de forces dans une «  France mise en scène par Pompidou et Marcellin ». Les « exploités » représentés dans la classe ouvrière dont parle Godard ont un droit à la parole très limité – en termes de fréquence de l’accès à la parole publique. Et quand ils sont interviewés par des journalistes, c’est la forme même de cette invitation très ponctuelle à la prise de parole qui est problématique. Car, comme le souligne fort justement Godard : «  Qui peut répondre ayant eu la bouche cousue ? »

Dans le cas du procès du CRA, la France, et plus précisément sa politique migratoire et judiciaire, est mise en scène par un pouvoir tout aussi réactionnaire. Le rapport de forces qui se joue au procès du CRA, le langage utilisé pour raconter ce qui s’y passe, la « mise en scène » du procès peuvent être analysés à la lumière des questions posées par Godard.

Le rapport de forces s’incarne par exemple dans les mots utilisés : Vincennes n’est pas une prison pour étrangers sans-papiers mais un centre de rétention administrative. La violence d’État procède – entre autres choses – du recours à l’euphémisation, telle que décrite par Éric Hazan dans LQR : la propagande du quotidien [32]. À ce propos, il est intéressant de relever le mode de qualification du statut des prévenus et du CRA par l’avocate des plaignants lors de sa plaidoirie :

« Les mesures ne sont pas celles d’une prison. Oui, l’enfermement, mais à part ça ? » L’avocate poursuit : «  Les retenus ont un nécessaire de toilette à l’arrivée, ils ont des droits, il y a quand même des visites, ils s’échangent des cigarettes, des portables, des briquets voire des allumettes. […] Les portables sont autorisés, les Playstations sont autorisées, les fonctionnaires de police ont une présence réduite au strict minimum. Les retenus bougent [car] il faut éviter un ressenti d’agression. »

Lors de la révolte au CRA, on a pu voir sur les vidéos une trentaine de flics se planquer dans une sorte de cube grillagé en extérieur, ce qui fait dire à l’avocate : « Quand les policiers sont dans la grille, c’est comme s’ils étaient du côté de l’emprisonnement, de l’enfermement. »

Douce lutte à sens unique pour le monopole de la définition de la violence dans un tribunal… L’imposition de l’ordre par la production des mots et de leur définition procède par un renversement des places de chacun dans le discours du pouvoir. A l’image de la thématique shakespearienne du «  world turned upside down » (le monde renversé), ici c’est mot et monde (word and world) qui sont inversés/renversés de façon concomitante. Dans la bouche de l’avocate des flics, cela donne très exactement ceci :

« On a beaucoup parlé de la détresse des retenus mais on n’a pas parlé de la détresse des fonctionnaires de police […] Ils sont là pour aider les retenus étrangers, laisser passer des cigarettes, expliquer la Cimade (sic). Ils ont un rôle social et humanitaire. Ils sont là pour rassurer [les détenus]. »

Le monde renversé dans les mots pour mieux le maintenir en l’état, version avocate du Trésor Public lors de sa plaidoirie : « La situation difficile des fonctionnaires de police qui appliquent la loi dans des circonstances difficiles à supporter. » Selon elle, les flics «  viennent là en soutien ». « Leur mission est d’être à l’écoute, de rendre les choses les moins difficiles possible. » Aussi, « ils ont le soutien de cet État qui n’est pas la société mais un organisme qui les emploie ». Elle poursuit : « L’État est un organisme social. » [33]

Ici, ce sont les gardiens « employés par un organisme social » qui doivent obtenir réparation dans un entre-soi tout à fait confortable – entre gardiens du statu quo en général [34] : gendarmes des plus prévenants avec les parties civiles [35], éclats de rire entre leurs avocates et le procureur pendant les suspensions d’audience, réquisitoire et jugement leur étant largement favorable.

Réquisitoire et jugement qui s’appuient notamment sur ce relevé des blessures des flics, énoncé par leur avocate lors de sa plaidoirie :

- « fracture du gros orteil – 5 jours d’ITT »
- « entorse bénigne du genou gauche et inhalations de fumées »
- « [une plaignante] tirée par les cheveux – trois semaines d’arrêt de travail, mais elle est allée travailler quand même »
- «  entorse de la cheville gauche – 3 semaines d’attelle »
- « inhalations de fumées toxiques, elle [la plaignante mentionnée dans la note n° 35] a eu la peur de sa vie, ses jambes ne répondaient plus »
- « inhalations de fumées toxiques, il [un flic] a senti le vent venir – selon le certificat d’un ORL, il est sourd d’une oreille suite à l’exposition à des fumées toxiques »
- « inflammation nasale diffuse »

Réquisitoire et jugement qui s’appuient également sur la parole des flics. Parole qui évidemment n’a pas tout à fait la même valeur que celle des prévenus. L’une des plaignantes (mentionnée dans le croquignole épisode relaté dans la note n° 35) déclarait ce qui suit lors de son audition par le tribunal :

Les détenus au CRA «  [font] [leur] vie, [leur] train-train, ils n’en font qu’à leur tête. […] On essaie d’avoir - comment ça s’appelle ? – de dialoguer (sic) […] [les détenus] étaient porteurs de briquets, ils les cachaient. Ils ont le don de pouvoir cacher des choses […] Ces gens-là [les détenus], ils ont des responsabilités, qu’ils les assument ».

Et « ces gens-là » devront payer aux flics des dommages et intérêts au titre du pretium doloris et du préjudice moral. Combien ? De 500 et 2000 € pour le pretium [36] et 500 € pour le préjudice moral (ces sommes étant versées à chaque plaignant). [37]

Si le maintien d’un certain ordre procède par le « renversement du monde » matérialisé dans le genre de discours décrit plus haut, il procède également, pour les gardiens du statu quo, dans la production d’un discours qui tente d’annuler toute correspondance (voire continuité) entre certaines pratiques policières présentes et passées qui ont permis à l’État français d’acquérir ses lettres de noblesse. Voici ce que dit le procureur en préambule de son réquisitoire au sujet du parallèle dressé par la défense entre les glorieuses années quarante et aujourd’hui :

« La défense avait de façon honteuse comparé les CRA à l’univers concentrationnaire de 1942, c’est une curieuse conception de l’Histoire. […] Comparer les CRA et la justice d’aujourd’hui à ce qui pouvait exister en 1942, c’est de la manipulation, une vision de l’esprit (sic). » Ce discours de la défense est « difficile à entendre dans cette enceinte ou même ailleurs. »

Ce discours avait été précédé par celui de l’avocate du Trésor Public qui avait insisté sur «  les excès du 22 juin et les excès de langage » : « On ne peut pas comparer certaines situations à d’autres situations. » (en d’autres termes comparer les CRA à des camps d’internement) [38].

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Il n’y a pas d’erreur judiciaire

Lors du visionnage des bandes de vidéosurveillance – pièces présentées comme « à charge » dans le dossier, les rares personnes qui étaient présentes dans le public se sont dit : « On ne voit rien sur les vidéos, on ne reconnaît aucun des prévenus ». Il n’y a en effet aucune image de mise à feu, mais seulement des allées et venues de détenus, marchant, courant, transportant parfois des matelas, des images de fumée sortant de certaines cellules, des images de matelas en feu dans la cour extérieure. On ne voit à aucun moment un détenu allumer un feu. Et donc, spontanément, le discours des personnes présentes dans le public reprenait – volontairement ou involontairement – la logique propre à l’institution judiciaire et à l’ordre, dont elle participe. Puisque, de fait, aucune image ne permet de dire si tel ou tel prévenu est coupable, s’il y a condamnation, il s’agit d’une erreur judiciaire.

Dans le cadre de « débats » posés par les gardiens du statu quo, ce qui se joue – au-delà de la mise en place du châtiment pour les prévenus, c’est l’intériorisation par l’observateur d’une terminologie juridique, d’une catégorisation qui est le fait du pouvoir. Penser les inculpés de Vincennes sur la partition du coupable/innocent, c’est accepter déjà ce contre quoi on croit lutter. Ce n’est pas tant la question de la présence à de telles audiences qui est problématique [39], mais bien plus l’intériorisation d’une grille de lecture fondée sur la dissociation coupable/innocent.

Pour dire les choses autrement, quand bien même les vidéos auraient enregistré les prévenus allumant un bûcher d’enfants diabétiques et/ou jetant des barres de plutonium siglées « nique tout », la question n’est pas tant de savoir « s’ils l’ont fait ou pas », mais plutôt celle de l’existence de prisons pour étrangers en France [40].

Le dispositif de visionnage des bandes de vidéosurveillance – huit vidéos projetées simultanément à l’écran pendant trois heures en moyenne lors des audiences – n’est en réalité qu’un épiphénomène. Disons que ce dispositif participe de l’institution judiciaire qui ne prend plus la peine d’être vraisemblable : «  Il ne suffit pas que la justice soit juste, encore faut-il qu’elle en ait l’apparence. » [41]

La question d’un procès politique a été évoquée. Certains des avocats de la défense, lors des premières audiences, l’ont souligné dans leurs interventions. Certes, le procès est politique, mais à qui les avocats adressent-ils leur discours ? Au tribunal ? Le motif politique, si juste soit-il, est irrecevable par l’institution judiciaire. Plus probablement, le discours des avocats de la défense est adressé à leurs clients, ou plus précisément aux associations qui versent les honoraires [42], et aux journalistes présents les premiers jours (et qui ont très modestement relayé ce discours). Le voile esthétisant de la fonction d’avocat confère à ses détenteurs un droit au micro et une probité nécessairement exemplaires.

Il suffit de se promener dans les tribunaux pour comprendre que parler de procès politiques revient à énoncer un pléonasme. Certes, le procès du CRA est inédit par la nature de l’objet jugé, symbolique dans son déroulement et dans le jugement qui le conclut. Mais un passage par les comparutions immédiates et les comparutions sur reconnaissance préalable de culpabilité – jugées à quelques pas de la chambre où se déroulait le procès du CRA – amène à penser que la notion de procès politique est très extensive. Sont jugées dans ce cadre – sorte de sous-produit ou de quintessence de l’institution judiciaire – les classes populaires qui ramassent cher en quelques minutes.

Alors ? Alors il faut raconter, autrement. Autrement que les traditionnelles : « De nombreuses suspensions ont à nouveau émaillé cette audience, dues à l’agitation du public. » [43]

Ce qu’il reste, c’est le Réel, le Réel qui est «  ou la totalité, ou l’instant évanoui… » [44]

Notes

[1] Extrait de la section « Rectificatifs et précisions » disponible sur le site Internet du Monde, daté du 19 février 2010. Le terme « présumés » est souligné par moi.

[2] Par l’ami Thibautcho, daté du 06/05/08.

[3] Guy Debord, La Société du Spectacle, 1967.

[4] Selon la terminologie empruntée à Lacan. Voir ICI.

[5] Notamment la place des forces de l’ordre au moment du procès et l’application par elles de dispositifs d’intimidation et de vexation sous la forme de contrôles du public venu assister aux audiences. Ce point sera développé un peu plus loin dans le texte.

[6] Michel Foucault, L’ordre du discours, Gallimard, Paris, 2005, pp.10-11.

[7] Rapport 2007, Centres et locaux de rétention administrative, p.153, La Cimade. Rapport téléchargeable sur le site de la Cimade, ICI.

[8] Rapport 2007, Centres et locaux de rétention administrative, p.153, La Cimade. Rapport téléchargeable sur le site de la Cimade, ICI.

[9] Extrait de la présentation des faits réalisée par Migreurop, réseau qui regroupe 41 associations travaillant autour des questions de la migration et des droits humains. Voir ICI leur site, extrêmement bien documenté.

[10] Source, ICI, page 2.

[11] Source ICI.

[12] Source ICI.

[13] Extrait de la présentation des faits réalisée par Migreurop, à consulter LA.

[14] A lire iCI.

[15] Les témoignages sont consultables LA, page 3.

[16] A lire ICI, page 4.

[17] Pour le détail des audiences, on peut se référer aux comptes-rendus de Migreurop et/ou à ceux que j’ai réalisés sur mon blog.

[18] Selon Irène Terrel, l’une des avocates de la défense, conformément à l’article 461 du Code de procédure pénale (CPP), si le tribunal souhaitait poursuivre les débats, il aurait dû, au préalable, rendre un jugement à cet effet. Or, le tribunal a fixé un nouveau calendrier par notes d’audience. Ainsi, selon Irène Terrel, il y a eu violation de l’art. 461 du CPP. Pour lire l’intégralité de la quatrième journée d’audience, ça se passe ICI.

[19] Rejet qui lui a valu une amende de 750 €.

[20] Tel que mentionné par les avocats de la défense lors de la troisième journée d’audience, toutes les demandes d’actes ont été refusées lors de l’instruction. En d’autres termes, il s’agit de l’accès à tous les éléments susceptibles de garantir aux prévenus un « procès équitable », tel que défini par l’article préliminaire du Code de procédure pénale (CPP - article 81) et de l’article 6 de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), qui prévoit les conditions d’un « procès équitable », c’est-à-dire l’accès à une « instruction à décharge ». Il s’agissait notamment de la jonction entre les dossiers Souli et l’incendie du CRA, de l’enquête de personnalité, de l’accès à l’intégralité des bandes de vidéosurveillance du CRA (une trentaine d’heures au total), des décrets, des rapports de la Cimade alertant les pouvoirs publics sur les mauvaises conditions de rétention et les risques afférents, de l’autopsie réalisée après la mort de Salem Souli, d’une expertise technique relative aux normes de sécurité dans le CRA. Selon l’un des avocats de la défense : «  Le tribunal ne peut pas statuer sur une instruction qui n’existe pas ».

[21] Il s’agit en l’occurrence des auditions de Jean-Pierre Brard, ex-maire de Montreuil (93), actuel sénateur apparenté communiste de la Seine-Saint-Denis, et de Jean Desessard, sénateur Verts. Voici les témoignages qu’ils ont livré lors de l’instruction : Brard est entendu le 29 janvier 2009 par le juge d’instruction. Le 21 juin 2008, « [il] [se] ren[d] au CRA de Vincennes suite au décès du retenu tunisien et rencontre le substitut du procureur. Un Malien [lui] donne [alors] des documents. » Le 22 juin, « [il] reçoi[t] un appel de RESF [l]’ informant que le CRA est en flammes. [Il] [s]’y [est] rendu, [a] pénétré dans le centre. [il voulait passer un appel depuis son téléphone] mais [son] portable [lui] a fait défaut. Un retenu [l’un des prévenus pour lequel Brard témoigne] était en ligne avec sa femme. Elle a voulu qu’[il] intervienne. […] » En gros, Brard explique que le retenu était calme malgré l’incendie et qu’il imagine mal comment quelqu’un qui aurait été l’auteur d’un tel acte aurait pu être aussi détendu à ce moment-là. Brard précise dans son témoignage que ce n’est pas la première fois qu’il visite le CRA.
S’agissant de Jean Desessard : « Dans le cadre de [son] mandat », le sénateur Desessard a visité la zone d’attente de Roissy, les CRA du Mesnil-Amelot et de Satolas. Quinze jours avant l’incendie du CRA de Vincennes, il s’est rendu sur les lieux. Il a ressenti une «  tension importante, une violence palpable ». « De retour à [son] domicile, [il] [a] été anéanti pendant deux heures » par ce qu’il avait vu à Vincennes. Il a noté de « l’agressivité [existant] entre les retenus eux-mêmes » et précise dans son témoignage que la question de l’éventuelle responsabilité individuelle des prévenus « doit être appréciée au regard de ces conditions explosives ».

[22] Notons que l’État s’est constitué partie civile la veille du week-end précédant le début du procès. L’avocate représente lors des audiences le Trésor Public.

[23] Article intitulé Le chemin de croix de Moïse Diakité, daté du 22 juin 2009. Il est à consulter ICI.

[24] Voir note n°21.

[25] Objets de l’institution judiciaire et des mass médias présents lors des premières audiences. Si les caméras se sont braquées sur eux, ce n’était évidemment pas tant pour recueillir leur récit de vie que pour en faire une image, une chose à montrer. Les prévenus sont montrables, de jolies publicités planquées pour vendre de l’info. À ce propos, une des personnes du public présente près de la salle d’audience a demandé un jour à une journaliste d’ « arrêter de filmer » les prévenus, ce à quoi la gardienne de l’éthique lui a répondu : « Oh, c’est bon, je connais mon métier. » Très bien même, en effet.

[26] À ce sujet, notons que l’institution judiciaire convoque des « experts » quand ça l’arrange ; ou fait d’un procureur le spécialiste en tout : chimie du cerveau, sémiologie des captures d’écran vidéo servant de photos…

[27] Ou, pour paraphraser Desproges, « au lieu de vous emmerder à lire tout Sartre, [allez au tribunal], vous avez en même temps la nausée et les mains sales ».

[28] Ah, les joies de la parole performative… Voir l’ouvrage de J.L. Austin, Quand dire, c’est faire.

[29] 300 kilos de muscles dans des combis bleues pour une septuagénaire, voilà une belle leçon de courage et de gestion ad hoc du risque.

[30] Pour la petite histoire : entre un tutoiement à l’une des plaignantes et un profil aussi bas que le niveau de leurs réflexions, nos vaillants infiltrés ont réussi l’exploit de s’échanger depuis leur banc dans le public un merveilleux « Soyons T’actifs ». Ah, la subtilité des agents de liaison…

[31] Entrevue fort éclairante, à voir ICI.

[32] Eric Hazan, LQR (Lingua Quintae Respublicae) : la propagande du quotidien, Éditions Liber, Raisons d’agir, 2006.

[33] Preuve que la formule de Debord au sujet du « vrai » qui est « un moment du faux » dans « le monde réellement renversé » trouve une application très directe ici : l’avocate du Trésor Public livre peut-être ici la nature même de l’État et les implications de celle-ci. La détention monopolistique du pouvoir de coercition par l’État (euphémisé et rendu « organisme social ») se maintient grâce à la rémunération des gardiens (du statu quo). Pour faire du sous-Weber, l’État, c’est l’entreprise… qui emploie les flics (et qui le revendique avec succès !).

[34] « Né entre ces animaux féroces qu’ont pu être les hommes primitifs (à en juger d’après les hommes modernes, ce n’est pas invraisemblable), le mot de passe est justement ce à quoi non pas ‘se reconnaissent les hommes de groupe’, mais ‘se constitue le groupe’. » Extrait du Séminaire Le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel, 8 juillet 1953, par Jacques Lacan. Ici, le mot se fait «  de passe ». La Justice en bordel dont certains seulement auraient les clés, pourquoi pas ?

[35] L’avantage d’assister en direct live aux audiences réside par exemple dans le fait d’avoir pu s’émouvoir d’un haut fait de coopération gendarmes/police. Ça pourrait être du sous-Barbara Cartland ou un épisode de la Croisière s’amuse (avec un Famas) : l’une des plaignantes, très en verve lors de son audition pour charger les prévenus, s’est autorisée en pleine séance un baiser fougueux avec un gendarme – l’un de ceux qui procédaient aux contrôles d’identité à l’entrée de la salle d’audience. Qui a dit qu’il y avait des tensions entre la Défense et l’Intérieur ?

[36] De quoi payer aux collègues en civil trois mille bombers avec le husky qui hurle dans le dos, seul sous la lune.

[37] Pour l’un des plaignants, le tribunal ordonne une expertise médicale. Le rapport devra être rendu au greffe avant le 17 septembre 2010. 680 € devront être versés par le plaignant qui reçoit 500 € au titre de l’indemnité provisionnelle (non définitive donc). Dans le cas de ce plaignant, le jugement sera rendu le 18 octobre 2010 à 9 h à la 19ème chambre du tribunal correctionnel de Paris.

[38] Je conseille au sujet de l’instrumentalisation de l’histoire par le politique l’excellent ouvrage de Nicolas Offenstadt : L’histoire bling-bling, le retour du roman national, Stock, Paris, 2009. Et plus particulièrement le chapitre intitulé « Ras le bol de Vichy ! ».

[39] Selon moi. Néanmoins, la question s’est posée dans le public quand les avocats de la défense ont décidé de ne plus participer aux audiences.

[40] Et de prisons tout court.

[41] Déclaration du vice-bâtonnier sollicité par les avocats de la défense lors de la cinquième journée d’audience le 2 février 2010, consultable ICI. Illustration : lors d’une audience où étaient visionnées les bandes de vidéosurveillance, le procureur s’est installé à la place des assesseurs – la magistrature du siège ; symboliquement, le ministère public s’assied sur l’indépendance (imaginaire) du siège. Le parquet est sur le siège. Mais «  dans le monde réellement renversé »…

[42] Après les excellents Comment draguer la catholique sur les chemins de Compostelle et Comment draguer la militante dans les réunions politiques d’Etienne Liebig, on pourrait imaginer un Comment draguer les militants sur les chemins du tribunal rédigé par l’Association des avocats spécialisés dans la niche politique.

[43] Extrait d’un article du journal 20 Minutes intitulé « Entre huit mois et trois ans de prison ferme pour les insurgés du centre de rétention de Vincennes », daté du 17 mars 2010. Voir ICI.


[44] Extrait du Séminaire Le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel, 8 juillet 1953, par Jacques Lacan.

 

Pris chez Article XI, avec l'aimable autorisation d'Antimollusques (avec qui tout est possible).

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03/04/2010

Carla, la manifestation de la prison de la Santé et l'affaire Elena TEN, ou comment les journalistes se servent des blogs comme d'une source crédible

 

Comme tu le sais, amiE de lutte, l'information est une chose délicate.

On l'apprend à ses dépends tout les jours.

Tu te souviens que Carla, la première dame de France, avait fustigé la presse il y a quelques semaines en déclarant :

«Je méprise les soi-disant journalistes qui se servent des blogs comme d'une source crédible»

Et bien laisse moi te compter, amiE de lutte, qu'un blog peut être aussi une source d'information, et qu'elle peut aussi être LA source d'information elle même.

Revenons d'abord sur le traitement médiatique de la violente répression policière de la manifestation sonore et bonne enfant de dimanche dernier (28/03/2010) devant la prison de la Santé.

Le journal Le Parisien, le 28/03/2010, cite une source « anonyme » :

Sur les sites participatifs, des récits commencent à apparaître. Sur Indymédia, un anonyme, qui relève le faible nombre de participants et l'importance des moyens policiers déployés, raconte que «la Santé est de l’autre côté du métro aérien. La musique est à fond, quelques slogans sont lancés, mais finalement, vu de l’extérieur, ça semble franchement dérisoire, même pas sûr que les prisonniers entendent. Deux fusées de détresse sont tirés en direction de la prison, dont une qui finit sa course dans un immeuble, peut-être l’un des délit qui servira de prétexte...» aux interpellations.
Une source policière a confirmé cette version, expliquant à l'AFP qu'à la hauteur du boulevard Saint-Jacques, une fusée de détresse maritime avait été tirée par un manifestant brisant la vitre d'un appartement, a-t-on précisé, alors que des manifestants enfilaient des cagoules.

 

Tu notes, amiE de lutte, que Le parisien parle d'Indymédia sans préciser que c'est Indymédia Paris-île-de-France ou expliquer a son lecteur lambda ce que c'est.

Donc, dans cet article, la source est « un anonyme » qui poste un article « manif anticarcérale - récit » sur un site d'information alternatif qui a ouvert le 17 mars 2010.

L'article précise même que, Ô paradoxe suprême :  « Une source policière a confirmé cette version ».

Le journal Le Monde, signé Soren Seelow, sur son site en ligne, le 28/03/2010, cite le même article d'un « participant » (mais anonyme) :

Idem, la journaliste ne parle pas d'Indymédia, pose le lien dans son article comme si de rien n'était et surtout sans demander son avis au "participant".

 

Comme tu viens de le voir, deux journaux de presse « classique » viennent de prendre comme source un article d'un anonyme sur Indymédia.


Encore plus intéressant, le traitement médiatique d' Elena TEN :


Toute la presse informait hier, 2 avril, et aujourd’hui, pour les DNA, au sujet de l’interpellation de Elena Ten et sa rétention au CRA de Geispolsheim.

Lorsque la source est indiquée, il s’agit de l’AFP.

Mais aucun média ne s’intéresse aux sources de l’AFP elle-même.

Or, il n’y en a que deux.

La première c’est France Bleu Alsace qui ,lundi dernier, a parlé du cas de cette étudiante russe. Mais à ce jour, elle était encore libre, quoique pesait sur elle une Obligation de Quitter le Territoire Français.

La seconde source citée nulle part, c’est le groupe de solidarité VIGICRAGE, et le média indépendant La Feuille de Chou.

En effet, jeudi 1er avril avait eu lieu la première intervention du groupe VIGICRAGE (Vigilance Centre de Rétention Administrative de Geispolsheim) au CRA de Geispolsheim.

C’est ce jour que nous avons découvert le cas de Mlle Ten.

http://la-feuille-de-chou.fr/

 

Voilà donc trois exemples concrets où les journalistes d'investigations sont restés le cul dans leur chaise, en se permettant de reprendre des passages entier d'articles postés sur des site alternatifs sans expliquer comment et pourquoi ils prenaient "le risque" de faire celà ...

 

Et de plus, maitenant, Carla vous méprise...


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14:28 | Lien permanent | Commentaires (0) |

 
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